lundi 31 mars 2014

Valls en Premier



Nous apprenons à l'instant la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre. Je suis bien sûr très satisfait, puisqu'il appartient, au sein du parti socialiste, à ce qu'on appelle un peu abusivement l'aile droite, en réalité la social-démocratie, dans laquelle je me reconnais pleinement. Mais l'essentiel est ailleurs : il fallait à Matignon quelqu'un qui incarne parfaitement la politique du gouvernement et qui applique dans toute sa rigueur le pacte de responsabilité, qui en est le socle. Valls le fera avec la clarté, la pédagogie et l'autorité qui le caractérisent.

Et puis, il fallait répondre aux Français, qui ont massivement voté à droite aux élections municipales (quand ce n'est pas à l'extrême droite) : ils demandent moins d'impôts et plus de sécurité, voilà le message qui a été lancé au gouvernement et au parti socialiste. Bien sûr, la gauche doit garder ses valeurs, poursuivre dans les orientations qui sont les siennes. Mais il aurait été fou de ne pas écouter les voix qui sortent des urnes. Il aurait été encore plus fou de s'écouter soi-même en faisant une politique "plus à gauche" : c'est satisfaisant pour l'ego, on se donne ainsi bonne conscience, mais on s'enferme, on devient autiste, on ne parle plus qu'à son parti et on ignore les besoins des Français.

La nomination de Manuel Valls posera-t-elle des problèmes internes ? Aucun ! Je suis persuadé que ses plus violents détracteurs parmi mes camarades deviendront ses plus chauds partisans (parce qu'ils devront en faire plus que d'autres pour prouver leur loyauté). La nature humaine est ainsi : la loi du pouvoir est la plus forte. Les anti-Valls s'adapteront, car c'est l'autre grande loi de la nature humaine (et animale) : l'adaptation. Il n'y a que quelques rares spécimens qui sont des esprits rebelles. En politique, on suit le plus fort, le premier, la tête, le chef. Je ne sais pas s'il faut le déplorer, je ne suis pas un moraliste, mais on est bien obligé de le constater. C'est comme ça depuis toujours.

Mais pour être suivi, il ne faut pas être soi-même suiveur : Manuel Valls ne l'a jamais été, puisqu'il s'est installé, au sein du parti, dans une position, des convictions qu'on peut qualifier, pour aller vite, de sociales-libérales, ultra-minoritaires, à faire hurler le soir dans les réunions de section ! Son courant était quasiment inexistant (qui a dit que la logique des courants était l'alpha et l'oméga au parti socialiste ?). A la primaire citoyenne de 2011, chargée de désigner le candidat à l'élection présidentielle, Valls n'avait obtenu que 5%. Qui a dit que la politique résultait d'un rapport de force ? Si c'était le cas, Manuel Valls n'aurait même pas été nommé sous-secrétaire d'Etat, à peine premier secrétaire fédéral du parti dans son département !

Non, il se retrouve ce soir à Matignon parce qu'il a vu juste avant beaucoup d'autres, parce qu'il est animé par une implacable volonté alors que tant de politiques sont velléitaires, parce qu'il sait communiquer alors que tant de socialistes ne savent même pas rédiger un communiqué de presse, parce qu'il a su se rendre indispensable auprès de François Hollande, parce qu'il est professionnel et populaire. Ca fait beaucoup pour un seul homme, et assez pour être nommé Premier ministre. Je veux terminer en rendant hommage à Jean-Marc Ayrault, qui a été un bon Premier ministre, dans son style à lui, très différent de Manuel Valls : sa grande qualité aura été sa fidélité au président de la République, une vertu suffisamment rare en politique pour qu'elle soit soulignée et appréciée. Mais les socialistes avaient besoin d'un cogneur à la tête du gouvernement ; ce soir, ils l'ont. Et ça non plus, ça n'est pas pour me déplaire.

Que faire d'une défaite ?



Se demander ce qu'il faut faire d'une défaite est aussi important et aussi difficile que se demander ce qu'on va faire d'une victoire. La seule différence, c'est que la seconde situation est plus confortable que la première. D'une défaite, on fait d'abord l'analyse, et c'est là où tout se complique. Qu'ont voulu dire, lors de ces élections municipales, les électeurs ? D'une élection locale, il n'est pas facile, par principe, de faire une lecture nationale. Et puis, les élections intermédiaires ont toujours eu un rôle de défouloir : aucun parti n'y échappe, même si la sanction cette fois-ci a été plus rude que d'habitude. L'interprétation doit aller au plus simple et ne pas se perdre dans les commentaires : perdu c'est perdu, point. En revanche, c'est l'action, la décision, les conséquences qui importent, qui prévalent.

Le taux énorme d'abstention oblige les politiques à changer leurs méthodes, leur langage, leur personnel. Il est évident que la politique ne parle plus à beaucoup de gens, qui ne s'y reconnaissent plus. Le discours d'appareil, le langage technocratique, le parler politiquement correct ne passent plus. La solution ? Il faut que les partis se "relocalisent", qu'ils investissent des citoyens engagés, reconnus, actifs. Là où le maire fait du bon boulot depuis longtemps, il l'emporte ; là où une liste a un leader, une équipe crédible, une présence durable sur le terrain, elle fait un bon score ou elle gagne. Il n'y a pas de secret en politique : la volonté, la persévérance, l'intelligence sont toujours récompensées.

Le vote FN doit conduire à cesser de déculpabiliser, de décomplexer les électeurs de ce parti, au nom de la prétendue "détresse sociale" qu'ils seraient censés exprimer. C'est faux ! Ce vote n'est pas protestataire ou anti-système, sinon il se porterait sur les parti révolutionnaire d'extrême gauche. Il est clairement xénophobe, nationaliste et autoritaire, il faut le dénoncer et le combattre comme tels. En dédiabolisant le FN, il a été angélisé, normalisé, il a gagné en fausse respectabilité. Ce n'est pas parce qu'une partie de l'électorat populaire vote FN qu'il ne faut pas attaquer ce parti. Ne soyons pas tétanisés par la rhétorique du "respect" ni par l'accusation de "mépris", ne craignons pas de "victimiser" l'extrême droite, à rebours des réflexes à la mode : c'est en ne disant rien, en laissant faire, en considérant le FN comme un parti normal que nous faisons son lit. Et les réveils sont douloureux !

La ligne politique et économique du gouvernement est-elle en cause ? Les électeurs souhaitent-ils être gouvernés plus à gauche ? Si c'était le cas, le calcul serait étrange : pour souhaiter une politique plus à gauche, leur vote se porterait plus à droite et à l'extrême droite ! Non, je n'y crois pas. D'autant que le PCF, le Parti de gauche et la gauche radicale n'ont pas récolté de bons résultats. Le vote de ces municipales ne traduit pas une poussée à gauche, pas une volonté d'être gouverné "plus à gauche" (si cette expression a d'ailleurs un sens ...).

François Hollande a été élu pour 5 ans, ainsi que sa majorité parlementaire : cette ligne, qui correspond au contrat passé avec les Français, doit être maintenue. Ce n'est pas un scrutin local qui peut contrarier une ligne nationale. Le "pacte de responsabilité" doit être appliqué intégralement. Les résultats sont longs à se faire attendre, il y a des impatiences ? Oui, c'est normal. Mais les résultats viendront.

Remanier le gouvernement ? Oui, c'est nécessaire : trop de ministres, quelques incompétents, et surtout des figures éminentes doivent entrer (Royal, Delanoë, Aubry). Avec le même Premier ministre ? Je ne sais pas, c'est secondaire : la restructuration de l'équipe me semble plus importante que le choix de son chef.

Le parti socialiste aussi doit être remanié, à tous les niveaux : changer les équipes qui ont perdu, faire accéder celles qui pourront demain gagner. Il manque un sens de l'autorité et une pédagogie des réformes. Dans les heures qui viennent, nous en saurons un peu plus. Le pire, c'est de ne rien faire d'une défaite, c'est quand le mort fait le mort : alors, il n'y a plus de résurrection possible.

dimanche 30 mars 2014

Faire de la politique



J'ai la réponse à mes quatre questions de cet après-midi. La victoire de la droite à Gauchy est un événement pour Gauchy ... et pour Saint-Quentin. Je ne croyais pas en une défaite d'une gauche si durablement implantée dans cette ville. Un quasi inconnu qui bat un candidat conseiller général ! Explication : quand le chef s'éloigne, les troupes et l'électorat se démobilisent, se fragilisent. La gauche à Gauchy, les grandes heures de la ville, c'était Serge Montfourny. Avec Josette Henry, une première distance a été prise, et plus encore avec Jean-Claude Cappèle. C'est aussi une leçon et un avertissement pour la gauche saint-quentinoise limitrophe : l'UMP de Pierre André et de Xavier Bertrand est si puissante qu'elle bouffe tout, dans la ville et à côté, chez sa voisine.

A Soissons, je pensais aussi que la victoire de Patrick Day pouvait être obtenue. Je savais que son mandat et son bilan étaient contestés sur certains points par une partie de la population, que la défection de Frédéric Alliot, qu'on retrouve maintenant au côté de Xavier Bertrand à Saint-Quentin, était un mauvais signe. Et puis, là comme en d'autres endroits, la section socialiste n'était pas très forte, ce qui n'est jamais de bonne augure. Je salue le travail de mon camarade Patrick Day, qui a été un bon maire (ça n'empêche pas toujours d'échouer).

Le passage de Villers-Cotterêt à l'extrême droite, c'est évidemment une catastrophe, un "tremblement de terre", comme l'a dit sur France 3 le premier secrétaire fédéral du parti socialiste, Arnaud Battefort. Je ne connais pas très bien Jean-Claude Pruski, le maire sortant, mais j'ai ce soir une pensée émue pour nos camarades, notamment Patricia Caron, qui subissent cette infamie. Courage pour la suite, et résistance au FN !

A Amiens, je ne suis pas trop surpris de la défaite de Thierry Bonté : ses 20% du premier tour étaient quasiment irrattrapables. C'était pourtant un bon candidat, une figure de la rénovation du parti socialiste. Qu'est-ce qui s'est passé ? Une transition mal assurée, selon moi : Gilles Demailly, pas très médiatique, pas assez politique, a annoncé son retrait tardivement, sans suffisamment préparer sa succession. La question de la continuité dans l'action est primordiale en politique.

Globalement, c'est ce soir la défaite pour la gauche et le parti socialiste. Mais je n'oublie pas les belles victoires du premier tour, la grande popularité des maires de gauche Jean-Louis Bricout, Jean-Jacques Thomas, Jacques Krabal, pour ne citer que les plus emblématiques. Comme quoi l'action politique locale est payante, quel que soit le contexte national. Il faut maintenant se ressaisir, analyser les faiblesses, renouveler les équipes, anticiper les prochaines échéances et préparer les futures victoires. Faire de la politique, quoi !

Questions pour une élection



Tous les résultats de ce soir m'intéresseront, mais particulièrement quatre d'entre eux, en Picardie :

1- Gauchy, la petite soeur de Saint-Quentin, va-t-elle passer à droite, après ce deuxième tour inattendu et 40 ans à gauche ?

2- Soissons va-t-elle rester à gauche, six ans après avoir été ravie par le socialiste Patrick Day ?

3- Villers-Cotterêt va-t-elle basculer à l'extrême droite, seule ville de l'Aisne où cette perspective n'est pas exclue ?

4- Thierry Bonté va-t-il reprendre à Amiens le flambeau de Gilles Demailly ou laisser la place à l'UDI-UMP ?

Réponses dans la soirée sur le blog pour les premiers résultats et les premiers commentaires.

Un tour à Paris



En ce jour de second tour d'élections, je vous propose un petit tour à Paris, où je me suis rendu hier, pour un peu de détente dans ce monde de brutes qu'est la politique. Comme cet été, trois questions sont soumises à votre sagacité :

Vignette 1 : non, je ne fume pas la moquette, mais seulement un cigare virtuel, pour faire comme la dame. Dans quel bar parisien suis-je ?

Vignettes 2 et 3 : c'est un charmant petit musée de remarquables sculptures, avec en supplément, hier, une exposition de photographies. De quel musée s'agit-il ?

Vignette 4 : ces hommes tout en blanc, casqués, qui ressemblent à des cosmonautes et qui s'affairent dans un cadre très vert, qui sont-ils, que font-ils, où sont-ils ?

Les gagnants auront droit à mes félicitations et à mon estime.

Le peuple contre la démocratie



Abstention massive, vote d'extrême droite, sondages montrant que les Français jugent majoritairement les hommes politiques corrompus, menteurs et incapables : c'est affolant, la République passe un sale moment. Tous ces jugements et réactions sont évidemment faux : notre classe politique est dévouée, compétente et quand on veut gagner du fric, on ne fait pas de politique. Mais pourquoi l'opinion publique pense-t-elle le contraire ?

Il y a une hypothèse que jamais personne n'ose envisager : le peuple est hostile à la démocratie, aujourd'hui encore plus qu'hier. Et pourquoi cette montée de fièvre ? Tout simplement parce que la vie politique, en 40 ou 50 ans, s'est considérablement démocratisée : les citoyens sont beaucoup plus consultés, les partis ont un fonctionnement beaucoup moins autocratique. Plus la société se démocratise, plus le peuple se lève contre la démocratie, c'est logique.

Qu'est-ce qui me fait penser à une idée d'apparence aussi aberrante ? L'étymologie est trompeuse : la démocratie, c'est le pouvoir au peuple. Mais le peuple en veut-il ? Le régime qui donne le pouvoir au peuple n'est pas forcément un régime populaire : le malentendu est ici. La monarchie, par exemple, est très populaire : les événements princiers mobilisent, devant les écrans de télévision, y compris dans la France républicaine. Jeudi, à l'émission "Des paroles et des actes", sur France 2, un sondage ahurissant a montré qu'un quart des Français seraient favorables à un autre régime que la démocratie (sans préciser lequel, mais on devine).

Pourquoi ce rejet souvent violent de la démocratie par le peuple ? Parce que la démocratie est, contre toute attente, un régime de nature aristocratique ! Elle l'est pour quatre raisons :

1- Ses origines sont aristocratiques : les premières démocraties, en Grèce antique, étaient réservées à une poignée de citoyens, sur le dos d'une masse d'esclaves ne disposant d'aucuns droits civiques. En 1789, la Révolution est l'affaire des philosophes, des nobles éclairés et des bourgeois intéressés : Karl Marx explique très bien que la Révolution française n'est pas populaire. La IIIe République donne le pouvoir aux notables (et l'interdit aux femmes). Pendant longtemps, le peuple a été conservateur, monarchiste et clérical : les républicains constituaient une petite élite cultivée et progressiste.

2- Ses valeurs sont aristocratiques : liberté, égalité, fraternité, ce sont des concepts de philosophes (ces aristocrates de la pensée), pas des préoccupations du peuple. Boulot, logement, santé, voilà ce qui parle aux gens et les préoccupe : pas les valeurs de la République, dont l'idéal peut être qualifié d'aristocratique tant il est exigeant, élevé.

3- Son fonctionnement est aristocratique : la dictature repose sur le principe d'autorité, la monarchie sur le principe d'hérédité, la démocratie sur le principe d'excellence, puisque la compétition électorale vise à choisir les meilleurs (c'est l'étymologie du mot : aristo-cratie, le pouvoir aux meilleurs), ce qui suppose que les citoyens soient vertueux, informés et volontaires. C'est un modèle parfait qui ne peut que rebuter un peuple imparfait.

4- Ses vertus sont aristocratiques : la démocratie, c'est l'exercice de la politique (qui n'existe pas en dictature, puisque le pouvoir n'est pas mis au voix). La politique, c'est le goût du pouvoir, l'ambition pour y parvenir, qui exige un ego supérieur à la moyenne, le sens de l'adversité, l'usage de la ruse : Machiavel, philosophe italien et rigoureusement républicain, explique très bien tout ça. Mais le peuple n'aime pas : l'ambition, la démesure narcissique, l'esprit calculateur répugnent à ses goûts simples (la vie de famille, le travail honnête, l'existence modeste). Le peuple a peut-être moralement raison, mais politiquement tort : les vertus républicaines exigent de se salir les mains et de relever la tête.

Dans cette affaire, la démocratie s'est piégée elle-même : en sacralisant le peuple, elle le rend intouchable. Aujourd'hui, plus personne n'ose dire que les électeurs du Front national sont des racistes, de peur de les fâcher et de se fâcher avec eux. La démocratie s'est dévoyée dans un axiome totalement erroné : le peuple a toujours raison, même quand il a tort. Du coup, le peuple en profite, sachant qu'il sera excusé d'avance : il peut dire n'importe quoi, ce sera toujours vrai, même quand c'est faux ! A l'ombre de la démocratie, au nom de la démocratie, le peuple s'autorise à un concours de crachats sur la démocratie. Jusqu'où ira-t-on comme ça ? L'abstention galopante, le FN en pointe, les injures et les mensonges permanents contre les hommes et les institutions politiques ... Jusqu'au renversement de la démocratie ? Ou plutôt sa transformation de l'intérieur en régime autoritaire ?

Je ne veux pas être aussi pessimiste. La démocratie a des ressources, à condition qu'elle revienne à ses sources, à ses fondamentaux, qui sont aristocratiques. Ainsi, les hommes politiques ne doivent plus se soucier de plaire au peuple, de se préoccuper de leur popularité ou de leur impopularité : qu'ils fassent simplement ce pour quoi ils ont été élus, sans écouter une opinion publique versatile et incohérente. Qu'ils parlent, avec autorité, au lieu de se mettre mollement à l'écoute (un politique n'est pas un psy). Qu'ils restaurent la dignité, la gravité, la souveraineté du politique. Qu'ils responsabilisent les citoyens, au lieu de leur chercher, par démagogie, mille excuses. Bref, il faut que les hommes politiques redeviennent des républicains, c'est-à-dire des aristocrates de la chose publique, qu'ils défendent la démocratie contre le peuple, s'ils ne veulent pas voir un jour le peuple rompre définitivement avec la démocratie.

samedi 29 mars 2014

Un Conseil très ... juridique



Après avoir relaté hier de façon factuelle la première séance du nouveau Conseil municipal, je voudrais commenter aujourd'hui son contenu politique ... en réalité plutôt juridique. En effet, ce qui est à retenir, c'est que Michel Garand a annoncé avoir déposé un recours devant le tribunal administratif, à cause du sondage publié pendant la campagne, accusé d'avoir influencé le choix des électeurs. De son côté, Xavier Bertrand a annoncé qu'il avait porté plainte pour diffamation contre Michel Garand, à cause de ses propos durant cette même campagne. A quoi le candidat socialiste va répondre, à son tour, par une plainte en diffamation (le maire a affirmé que Michel Garand "incarnait la haine et la calomnie"), selon le Courrier picard de ce samedi.

On constate donc que ce premier Conseil municipal a donné lieu à des échanges d'une violence inattendue, accompagnés par des manifestations d'humeur des conseillers municipaux. Il est sans doute très rare qu'en tout début de mandature, durant la séance d'installation d'un Conseil municipal, alors même que les adjoints n'ont pas été désignés, des élus, et pas n'importe lesquels, se convoquent mutuellement en justice. Je le déplore, je crois que ça ne donne pas une bonne image de la politique. Il n'y a que l'abstention et l'extrême droite qui peuvent y gagner. Le juridique ne doit pas prendre le pas sur le politique. Il n'y a qu'un seul tribunal dans le débat démocratique : c'est celui des électeurs, pas des juges. L'affrontement entre Xavier Bertrand et Michel Garand prend une tournure très personnelle. Je souhaite, pour le bien public et l'honneur de la politique, que cet affrontement redevienne et reste purement politique. De la passion, tant qu'on voudra ; de la critique, il en faut bien sûr ; du conflit, oui c'est nécessaire : mais sur des idées, des convictions, des projets.

Parmi les autres têtes de liste, Olivier Tournay, qui est intervenu le premier, a été égal à lui-même, tel qu'on le connaît depuis six années d'opposition. Il a pris plusieurs fois la parole, pointilleux et même pointilliste. Plusieurs de ses amis politiques, dont Corinne Bécourt, étaient venus le soutenir. Yannick Lejeune, du Front national, a fait une déclaration surprenante, en confessant qu'il n'était pas "un grand débatteur". De fait, son intervention a été brève et sans réel contenu politique (à la limite, tout le monde pouvait s'y reconnaître). Voilà qui promet une opposition d'extrême droite sans doute assez molle. Je ne vais pas m'en plaindre, mais je souligne la contradiction : lorsqu'on est le leader d'une formation politique, qui plus est d'opposition, on ne dispose que d'un seul pouvoir, celui de débattre (puisqu'on n'a pas le pouvoir de décision). Les nombreux électeurs du Front national feraient bien d'y réfléchir : ils ont élu quelqu'un qui n'est manifestement pas en mesure de défendre ses idées ni de contester celles des autres, de son propre aveu. Quelqu'un qu'ils ont élu pour rien.

vendredi 28 mars 2014

C'est (re)parti pour 6 ans



Séance d'installation du Conseil municipal, ce soir à Saint-Quentin. Deux candidats se sont présentés au poste de maire : Xavier Bertrand, le sortant, et Yannick Lejeune (FN). 36 voix au premier, 4 voix au second et 5 votes blancs.

13 adjoints ont été élus (dont 6 nouveaux) : Monique Ryo aux politiques publiques et à la contractualisation, Christian Huguet à la santé et aux anciens combattants, Frédérique Macarez au développement et à la sécurité, Freddy Grzeziczak aux affaires sociales et à la solidarité, Françoise Jacob à l'éducation, jeunesse et petite enfance, Thomas Dubedout à la démocratie de proximité, Marie-Laurence Maître à la culture, Dominique Fernande à la promotion de la ville, Sylvie Robert à l'administration et aux finances, Frédéric Alliot aux sports, Monique Bry à la rénovation urbaine, Alexis Grandin aux relations internationales, Mélanie Massot à l'animation. Les conseillers délégués seront désignés ultérieurement.

Les représentations de l'opposition socialiste : Carole Berlemont au Conseil d'agglomération, Jacques Héry (titulaire) et Michel Garand (suppléant) à la commission d'appel d'offre, Marie-Anne Valentin au CCAS.

L'annonce la plus marquante de cette séance très solennelle et très protocolaire, c'est le dépôt de plainte de Xavier Bertrand contre Michel Garand, à la suite des propos tenus pendant la campagne. De son côté, le chef de file socialiste a dénoncé à nouveau "l'erreur" du sondage d'opinions publié avant le premier tour, en rappelant son intention d'en faire intégrer le coût dans le compte de campagne de son adversaire.

A cette nouvelle équipe municipale, dont je ne partage pas les opinions politiques, je souhaite tout le succès possible dans leur travail en faveur de Saint-Quentin et des Saint-Quentinois. A mes camarades, je les encourage dans la voie de cette "opposition constructive" dont a parlé Michel Garand dans son intervention.


En vignette : Christian Huguet, doyen d'âge, remet à Xavier Bertrand l'écharpe tricolore de maire.

jeudi 27 mars 2014

La campagne ne fait que commencer



Quand on est de gauche et de Saint-Quentin, c'est la gueule de bois. Pas tant à cause de la défaite de dimanche : perdre, en politique, ce n'est rien du tout, une tape sur le museau, on n'en meurt pas, on se relève et ça repart. Non, la gueule de bois vient de ce que c'est la 4ème défaite à des élections municipales, depuis 1995. Honte et humiliation : l'extrême droite passe nettement devant nous, s'installe en premier parti d'opposition ... Une gueule de bois qui ferait presque retomber dans l'alcool, pour oublier (c'est une image, bien sûr).

Les lendemains de défaite, on refait le match, on se repasse le film, on se demande ce qui n'a pas marché, et quand on se laisse aller (mais il faut se ressaisir), on se dit, pessimiste, que rien n'a marché. Perdre, soit, même les plus optimistes à gauche n'avaient pas exclu cette hypothèse : mais perdre à ce point, c'est là où quelque chose ne va pas. J'étais prêt, faute de mieux, à mendier un second tour, je m'en serai presque contenté : mathématiquement, avec 5 listes, on devait y aller ; même Xavier Bertrand pensait, par modestie ou par tactique, que c'était inéluctable. Heureusement qu'il y a bien longtemps que je ne crois plus en la magie des chiffres !

Gueule de bois chez moi, coup de massue pour Stéphane Andurand, directeur de campagne de Michel Garand : dans le Courrier picard de mardi, il se dit "assommé". Gueule de bois pourtant, parce qu'il y a eu un moment d'ivresse : la réunion au Conservatoire de musique, trois jours avant le scrutin. Du monde comme je n'en n'avais pas vu depuis longtemps dans une réunion socialiste (mais encore ces satanés chiffres qui ne veulent rien dire), une équipe gonflée à bloc, les premiers colistiers déclinent leurs prochaines délégations au sein du Conseil municipal, s'y voient, s'y croient, et nous aussi, le public, on y croit, les applaudissements nourris le confirment. La réunion arrive trop tard pour qu'elle soit rapportée dans la presse. Mais est-ce que ça aurait changé quelque chose aux résultats ? Il n'empêche que dans une campagne, il y a des moments d'ivresse, dont celui-là. Mais gare à la gueule de bois ...

En politique, il y a pire que la défaite, c'est la déprime, le blues qui vous prend quand on a échoué et qu'on ne voit plus très bien l'avenir. Les pages Facebook des uns et des autres, qui se sont excitées comme des puces pendant la campagne, sont vite retombées dans le train-train de la vie ordinaire, les considérations d'ordre privé (qui ne sont jamais totalement absentes de ce réseau "social"). Xavier Bertrand et Olivier Tournay finissent par des remerciements aux électeurs ; Michel Garand a préféré clore son compte (c'est peut-être mieux comme ça).

En politique, dans la défaite, il y a pire que la déprime, c'est la rage, les règlements de comptes, l'auto-destruction. Nora Ahmed-Ali, dans un très sérieux communiqué, accuse Michèle Cahu d'avoir privé Michel Garand d'un second tour, à la suite du désistement des Verts. Andurand c'est le coup de marteau, moi c'est la gueule de bois, mais Nora c'est la taffe de shit (je ne vois pas d'autre explication à son explication ; et puis, les Verts sont pour la dépénalisation). J'ai assez pleuré depuis dimanche : là, je ris (et je n'ai pas fumé, je vous jure).

Hier matin, j'étais sur le marché du centre-ville. J'ai vu qui, à votre avis ? Xavier Bertrand, évidemment ! (je le vois partout, depuis des années, dans la rue, au cinéma, dans les magasins, parfois en rêve : il n'y a que dans ma cuisine qu'il ne soit pas allé). Notre maire portait l'écharpe bleue de sa campagne, géniale trouvaille pour s'identifier. Quelques minutes plus tard, c'est Freddy Grzeziczak que j'apercevais, toujours plus grand, plus radieux, plus victorieux, avec autour du coup la fameuse écharpe bleue. Je me suis dit : putain, pas possible, incroyable, ils font campagne ... pour 2020. Ils sont là, ils ne lâchent rien : ils ont gagné ? Ils veulent regagner, ils s'y préparent.

La politique, cet éternel recommencement ... Quand c'est fini, ce n'est pas fini, ça continue. Alors, cette pensée m'a donné un coup de fouet (plus de coup de massue !) : fini la gueule de bois, bonjour l'ivresse du combat ! C'est pourquoi j'ai changé le titre initial de ce billet, "Gueule de bois", par celui-ci : "La campagne ne fait que commencer". Oui, la campagne des prochaines élections municipales a démarré cette semaine, par un flash que j'ai eu sur la place du marché. 2020, ce n'est pas si loin, 6 ans ce n'est rien, c'est ce qu'il faut à la gauche pour se reconstruire, tant il y a de boulot. Le 23 mars 2014 appartient à la préhistoire ; 2020, c'est demain.

mercredi 26 mars 2014

Une nouvelle opposition



Xavier Bertrand n'a pas tardé, c'est dans son habitude : le nouveau Conseil municipal, élu dimanche à Saint-Quentin, sera installé vendredi soir. En 2008, la réunion avait eu lieu au palais de Fervaques, plus vaste, plus solennel : cette fois-ci, dans la salle de l'Hôtel-de-Ville. Nouveau Conseil, nouvelle opposition, très différente de celle des mandats précédents, que j'observe depuis 1998.

De 1995 à 2001, l'opposition socialiste a été représentée par Jean-Pierre Lançon et Yves Mennesson. Les autres élus d'opposition ne siégeaient pratiquement pas, leurs leaders étaient absents (Jacques Wattiez pour le PS, Daniel Le Meur pour le PCF). Les interventions de Lançon et Mennesson étaient très individuelles, manifestement sans coordination. Ils jouaient plutôt les francs-tireurs, semblaient les rescapés d'une hécatombe, les survivants d'une gauche en déroute. Au moins, ils avaient le mérite d'être présents, de faire le boulot, de résister. Mais tous les deux avaient le handicap d'avoir été exclus du parti socialiste, pour avoir choisi de faire équipe avec les communistes plutôt qu'avec leur parti.

De 2001 à 2008, la situation s'est normalisée avec l'entrée d'Odette Grzegrzulka et de trois autres élus socialistes. Sauf que l'un d'entre eux, Régis Chevalier, chargé de l'administration dans la ville de Gauchy, a très vite renoncé à siéger. Mais avec Odette, le PS a bénéficié d'une forte tête en Conseil municipal, ce qui est un atout quand on est dans l'opposition. De plus, l'accord avec les deux autres élus a été parfait : Martine Bonvicini en fonceuse, dans le sillage d'Odette, dont elle était un peu la soeurette en politique ; Jean-Louis Cabanes, dans un style plus soft mais tenace. Une bonne opposition, c'est d'abord un bon travail d'équipe.

De 2008 à 2014, changement de décor et de personnes : c'est l'entrée fracassante de l'extrême gauche, avec la singularité d'avoir comme chef de file un socialiste, Jean-Pierre Lançon de retour, accompagné par deux élus socialistes seulement. Céline Sené va, au bout de deux ans, cesser de siéger (on ne saura jamais officiellement pour quelle raison) ; Carole Berlemont va très peu intervenir en séance. Du coup, la tête de liste aura des prises de parole (et de bec) en solo, sans bénéficier d'un collectif socialiste qui le porte.

Vendredi, l'opposition aura un tout autre visage que les précédentes. D'abord, pour la première fois, il n'y aura plus une mais des oppositions, PS, PCF, FN. On ne pourra plus parler de chef de file, puisqu'il n'y aura plus de file unique. L'opposition FN, la première par son résultat électoral, représente la grande inconnue : comment vont-ils se comporter, s'opposer ? Le refus de son chef, Yannick Lejeune, de participer au grand débat organisé par la presse locale laisse penser que ce n'est pas un débatteur d'envergure. Mais parmi les autres élus, certains vont peut-être se révéler. Quoi qu'il en soit, ils ne connaissent pas les dossiers, ce sera leur principale limite (je ne m'en plains pas !).

L'opposition communiste, par la voix d'Olivier Tournay, arrive avec 6 ans d'avance et d'expérience sur les autres oppositions. Elle n'aura qu'à suivre le fil tendu depuis 2008. Olivier a prouvé qu'il était un attaquant tout en habileté et en finesse. Il s'est construit un personnage dans la presse locale. Sa limite à lui, ce sera désormais sa solitude. Mais il aura aussi la liberté d'intervenir sur tous les sujets, étant en quelque sorte son propre leader.

Michel Garand aura la tâche la plus difficile, parce que dans la situation la plus délicate : devoir affronter Xavier Bertrand (ce qui n'est pas une sinécure) et entrer en concurrence, en compétition avec les deux autres oppositions, pour ne pas se faire distancer et marginaliser par elles. Ce sont donc tous les conseillers municipaux socialistes, avec lui, autour de lui, qui devront intervenir, monter à l'assaut de la majorité UMP-centristes. Je me répète : le travail d'équipe sera déterminant.

L'équipe socialiste, justement : Carole Berlemont, en 6 ans, n'a pas fait ses preuves (ce n'est pas désobligeant envers elle de le reconnaître, c'est seulement faire un constat) ; rien ne dit qu'elle ne les fera pas à partir de maintenant. L'environnement d'extrême gauche n'encourageait pas à intervenir, le chef de file prenait toute la place : avec Michel Garand, je crois qu'il y aura plus de respiration, plus d'esprit collectif, qu'il saura motiver les uns et les autres à donner le meilleur d'eux-mêmes, comme c'est la mission d'un vrai chef. Carole peut donc profiter de cette opportunité et nous étonner. Marie-Anne Valentin a un profil effacé, mais là encore, nous pouvons avoir d'heureuses surprises, car un élu ne se révèle vraiment qu'en situation. C'est ce que je souhaite à Marie-Anne.

Celui qui est surtout attendu, après Michel Garand, c'est Jacques Héry : il a commencé, depuis quelques temps, à être en ville un personnage public, à prendre des responsabilités dans la vie locale, autant de signes positifs. Mais jusqu'à présent, il a surtout été habile homme d'appareil, créant une section qui a fini par s'imposer, accédant à de hautes responsabilités fédérales, faisant de Michel Garand le leader incontesté des socialistes : ces qualités sont-elles transférables dans un rôle d'opposant à Xavier Bertrand ? C'est ce qu'il aura à démontrer. Il lui faudra quitter sa veste lisse d'homme discret, secret, tactiquement consensuel (vertus de tout homme d'appareil) pour endosser l'armure moins fine du combattant. Un bon point pour Jacques : il a su prendre des risques professionnellement en s'engageant en politique, on peut penser qu'il conservera cette audace en Conseil municipal.

Quoi qu'il en soit, vendredi soir, c'est Michel Garand, en sa qualité de tête de liste, qui donnera le ton, qui tracera la ligne pour les 6 ans à venir. Son discours d'investiture sera un peu l'équivalent d'un discours de politique générale, qui fixera le cap. J'attends de lui la hauteur de vue et le sens de l'adversité : se poser d'emblée en premier opposant à Xavier Bertrand ; creuser la distance, par le contenu, avec les autres opposants ; marquer pleinement, bien sûr, l'identité socialiste, qui a tant manqué ces dernières années. Je serai à ses côtés, par l'esprit à défaut d'y être physiquement. Et tout socialiste aura à coeur d'assister, ce vendredi, à 19h00, en mairie, au premier Conseil municipal de la nouvelle mandature.

mardi 25 mars 2014

Reconstruction et reconquête



Dans la défaite, il y a deux attitudes possibles : faire le dos rond, se taire, attendre que le vent passe, ne pas bouger ou bien réagir immédiatement, prendre des décisions à la hauteur de la situation, changer en profondeur. A Saint-Quentin, la défaite du parti socialiste a pris une telle ampleur (il devance l'extrême droite dans 7 bureaux de vote seulement sur 39, et parfois de justesse ; il est battu partout par la droite : même en 2001, nous n'avions pas connu un tel désaveu) que c'est la deuxième solution qui s'impose : si rien n'est fait dans les quinze jours, non seulement le PS sera mort, mais enterré pour de longues années. Il faut en débattre collectivement, impliquer nos sympathisants dans cette réflexion, faire très vite des propositions. J'en ai trois à mettre sur la table, à faire circuler :

1- Vendredi ou samedi prochains aura lieu l'installation du nouveau Conseil municipal. Il faut que la gauche rassemblée marque le coup : l'opposition républicaine, c'est elle ! la future alternance à Xavier Bertrand, c'est la gauche, pas le Front national ! Il ne faut pas laisser l'extrême droite s'installer tranquillement dans les esprits comme premier parti d'opposition. Ce qui s'est passé ce dimanche à Saint-Quentin, et ailleurs, est très grave. Le vote des électeurs, ainsi que la légalité, doivent bien sûr être respectés. Mais la gauche ne peut pas ne pas réagir démocratiquement.

C'est pourquoi je lance l'idée d'un rassemblement des forces de gauche et de tous ceux qui veulent manifester leur opposition à l'extrême droite, au moment et à l'endroit où aura lieu l'installation du nouveau Conseil municipal. Cette manifestation, je le répète, n'a pas pour but de contester le résultat de l'élection, que tout républicain respecte, mais de rappeler et de défendre les valeurs républicaines, que le Front national bafoue. Il faut faire le Front républicain dans la rue, à défaut de l'avoir fait dans les urnes, en usant du droit de manifester, comme la loi républicaine le permet.

Ce sera l'occasion pour le parti socialiste et le parti communiste, qui doivent être à l'initiative de cette manifestation, de se retrouver, non pas dans la confusion ou l'ambiguïté, mais sur une ligne très claire et partagée d'opposition à l'extrême droite. Je sais parfaitement que le problème de fond ne sera pas réglé : reconquérir l'électorat populaire qui vote aujourd'hui FN sera un travail de grande ampleur et de longue durée, par une activité militante en direction des déshérités, des exclus, des familles modestes. Mais ce vendredi ou ce samedi, c'est par une action symbolique, non moins importante, qu'il faut enclencher la reconquête.

2- Le grand perdant de l'élection, c'est le parti socialiste. C'est donc à lui qu'il revient, en premier, de changer. Je propose que se réunisse, dans les plus brefs délais, une assemblée générale de réunification des deux sections, Saint-Quentin et Neuville-Saint-Amand. Nous sommes si peu nombreux, et nous continuerions le ridicule de nous diviser en deux sections ? Michel Garand, désigné par les électeurs comme représentant socialiste en mairie, siégerait dans une section, celle de Neuville, et pas dans l'autre, celle de Saint-Quentin ? Non, ce n'est pas acceptable, ce serait absurde.

La séparation était légitime il y a quelques années, lorsque la création d'une seconde section signifiait le refus des alliances avec l'extrême gauche. Aujourd'hui, elle n'a plus aucune raison d'être. Battus par l'extrême droite, fâchés avec les communistes et divisés entre nous, non, ce n'est plus possible. Les socialistes de Saint-Quentin doivent se réunir dans une seule section, élire un même bureau, avoir un unique secrétaire de section. C'est une question interne, administrative et politique, mais sa solution sera un gage d'efficacité et un signe positif adressé aux Saint-Quentinois, le modeste mais réel et indispensable début de la reconstruction et de la reconquête.

3- C'est autour de Michel Garand, chef de file des élus socialistes, que la reconstruction et la reconquête doivent s'organiser. Le travail qui l'attend, avec nos trois camarades conseillers municipaux, est immense : découvrir les dossiers, siéger en commission, préparer les interventions en séance, faire de la représentation, marquer leur présence dans la vie publique locale. Ce travail d'élus et d'opposants ne pourra s'effectuer qu'avec le soutien d'une section socialiste réunifiée, forte et active, à l'équipe renouvelée.

Il se trouve qu'à la suite du vote contesté du secrétaire de section à la fin 2012 (la direction nationale avait souhaité un nouveau scrutin, les modalités n'ayant pas été respectées), le secrétaire fédéral chargé des élections s'était engagé, publiquement, dans la presse, à ce qu'une nouvelle élection ait lieu après le scrutin des municipales. Nous y sommes.

Ma demande ne recherche pas une revanche personnelle, mais l'intérêt collectif : il faut élire un nouveau secrétaire de section, renouveler notre équipe, changer nos méthodes, revoir nos relations avec la presse, redéfinir notre action publique, etc. Là aussi, le travail est immense. Et puis, un engagement public est fait pour être tenu.

Ces trois idées sont avancées pour être discutées, précisées, éventuellement corrigées, et surtout complétées par d'autres. Le pire dans la situation actuelle, pour la gauche saint-quentinoise, serait de ne rien faire, de se diviser encore plus, de se chercher de piètres motifs de consolation ou des boucs émissaires à sa défaite. Qu'on ne se méprenne pas sur mon rôle et mes intentions dans cette affaire : je suis un citoyen engagé, un lanceur d'idées, un militant fidèle à son parti, toujours respectueux de ses règles et de ses choix, un homme de gauche qui veut garder espoir, rien de plus, rien d'autre.

lundi 24 mars 2014

L'avenir, c'est maintenant



La défaite de Michel Garand est-elle due à Michel Garand ? Non, il ne faut pas surestimer le rôle des personnes en politique. Le candidat socialiste a fait le job, à sa façon, animé d'une foncière bonne volonté : on ne peut rien lui reprocher de ce côté-là. Pas assez offensif face à Xavier Bertrand ? Non, Michel Garand a simplement été lui-même : posé, calme, pondéré. Il n'aurait servi à rien de jouer à ce qu'il n'est pas, agressif. Et puis, il n'a pas l'expérience d'un élu s'opposant à Xavier Bertrand, à la différence d'Olivier Tournay. Enfin, Michel Garand n'est pas trop dans la communication, mais c'est bon nombre de socialistes qui, quasi culturellement, éprouvent des réticences, pour ne pas dire plus, à l'égard des médias, de la presse, des journalistes. Quant au dépassement par l'extrême droite, les dernières cantonales avaient déjà été un sévère avertissement : mais qui en a vraiment tenu compte ?

Les attaques contre le maire sortant ont-elles été trop personnelles ? Je ne me serais pas engagé là-dedans, mais c'est un choix tactique dont il est difficile de mesurer les effets ou les contre-effets. Les divisions avec les communistes n'ont rien arrangé, c'est évident. Il y a eu aussi les épiphénomènes fâcheux : l'épisode Monnoyer, le désaccord avec les Verts. On a beau tourner et retourner tout ça dans sa tête, je crois que les raisons de la défaite sont ailleurs, plus structurelles et surtout plus anciennes :

Il y a, à chaque scrutin, un manque certain d'anticipation et de préparation. Cette fois-ci, Michel Garand a fait connaître sa candidature 9 mois avant l'élection, alors que nos candidats devraient être choisis et lancés sur le terrain au moins trois ans auparavant. Depuis cinq ans, à intervalles réguliers dans la presse, Anne Ferreira laissait entendre qu'elle serait candidate, pour finalement renoncer. Ce n'est pas bon, l'électorat n'a plus de repère. Nous aurons, l'an prochain, des élections cantonales. Si nos candidats ne sont pas désignés et préparés dès maintenant, nous connaîtrons la même défaite. Pour ces municipales, j'avais suggéré de passer par des primaires citoyennes, au lieu d'un vote interne, d'une désignation par l'appareil. Dans l'avenir, il faudra songer à élargir notre audience, impliquer dans nos choix nos sympathisants et nos électeurs. Les socialistes ne peuvent plus rester entre eux, aussi peu nombreux.

Le parti socialiste est absent, depuis des années, de la vie locale, du débat public, du tissu associatif. Nos réseaux sont très affaiblis. Le fond de la défaite vient de là, Michel Garand ou pas. Quand on pense que la section n'a même plus de site internet, qu'aucun leader national, hors période de congrès, n'a été invité depuis bien longtemps, que très peu de réunions ouvertes à la population sont organisées hors période électorale ... C'est tout le parti socialiste à Saint-Quentin qui est à reconstruire. Face à l'extrême droite, qui nous a ravi la première place d'opposant, nous devons être beaucoup plus offensif, pédagogue : c'est un électorat populaire qu'il nous revient de reconquérir. Enfin, c'est avec toute la gauche que nous devons rouvrir le dialogue, en premier lieu nos camarades communistes, et mener des actions communes, quand c'est possible.

Dans cette analyse de la défaite, il serait trop facile d'en faire porter la responsabilité sur la politique nationale. Le scrutin municipal est d'abord local, les raisons de l'échec sont d'abord locales. Et puis, dans beaucoup d'endroits, les socialistes résistent bien, améliorent leurs scores ou conservent leurs mairies : c'est bien la preuve qu'on ne peut pas mettre totalement l'échec sur le dos du gouvernement ! En tout cas, cette réaction de défausse serait irresponsable : des socialistes doivent défendre leur gouvernement et sa politique, même si elle est impopulaire. L'arbre sera jugé à ses fruits, qui prennent du temps : en attendant, défendons dès maintenant les acquis, les avancées qui sont nombreux mais pas assez connus ni soutenus.

Je n'ai fait ici qu'évoquer brièvement quelques raisons d'une cruelle défaite, qui mériteraient d'être plus amplement développées, quand le moment viendra. Pour l'heure, le plus important me semble d'écarter tout découragement, toute désespérance. Pour cela, il va falloir très vite proposer une perspective d'avenir pour le parti socialiste et l'ensemble de la gauche locale. Comme je l'écrivais hier, l'avenir commence maintenant.

dimanche 23 mars 2014

Message d'espoir



Ma première pensée, ce soir, va à Michel Garand. Il a eu le courage de se présenter contre Xavier Bertrand. Il a hérité, à gauche, d'une situation très difficile, nationalement mais surtout localement. Il a mené une campagne honorable, avec les moyens qui étaient les siens et les nôtres. Qu'il en soit remercié. Désormais, Michel Garand aura la rude tâche de représenter, au sein du Conseil municipal, l'opposition socialiste, en compagnie de trois de nos camarades. Qu'ils soient assurés de notre soutien et de notre contribution.

Ma deuxième pensée va à tous mes camarades, aux militants socialistes, à nos sympathisants, à notre électorat, dont j'imagine facilement ce soir l'état d'esprit. C'est un message d'espoir que je veux leur adresser. Aucune défaite, en politique, n'est irrémédiable, pourvu qu'on en tire des leçons. La gauche saint-quentinoise est à reconstruire. C'est possible, si nous en avons l'intelligence et la volonté. Ce sera l'objectif des prochains mois et des prochaines années. L'avenir commence aujourd'hui.

Ma dernière pensée va à notre partenaire historique, le parti communiste. Je salue la belle campagne d'Olivier Tournay, même si sa ligne politique n'est pas la nôtre, loin de là. Il n'empêche que l'avenir de la gauche locale ne se fera pas dans la division mais, d'une façon ou d'une autre, dans le rassemblement.

Les analyses approfondies suivront, des décisions devront être collectivement prises, assez rapidement. Mais le seul mot, le seul objectif, la seule obsession qui importent ce soir, c'est espoir.

samedi 22 mars 2014

F4



Tous les candidats et tous les militants voudraient ce soir être à demain soir, devant l'écran des résultats. La soirée électorale, à Saint-Quentin, sera celle des 4 F : Fervaques, frayeur, ferveur, fureur. Dans l'auguste palais, chez les uns et chez les autres, dans l'attente du verdict (qui prend souvent du temps), c'est la frayeur qui se lit sur les visages : peur de perdre, peur de ne pas gagner, peur d'être en dessous de 5% et pas remboursé, peur d'être en dessous de 10% et pas qualifié, peur de ne pas être à la hauteur, peur de la suite, peur d'avoir peur. Quand les résultats tombent, certains tombent des nues, d'autres tombent de haut, ou bien dans les bras les uns des autres. C'est l'instant de la ferveur bruyante des vainqueurs et de la fureur tout aussi bruyante des vaincus. Fervaques, frayeur, ferveur, fureur, nous revivrons demain tout cela, comme nous l'avons vécu tant de fois.

C'est un moment délectable, instructif, étonnant, celui d'une soirée électorale : peut-être le plus passionnant de toute la campagne, de toute la politique. Pourquoi ? Parce que c'est l'heure de vérité, non seulement des résultats, mais des personnalités : chacun, à travers ses réactions, montre son vrai visage. Celui qu'on croyait maître de lui explose. Un autre, qu'on pensait au contraire exalté, fait montre de retenue. Par le passé, j'ai vu des forts s'effondrer et se terrer, des timides devenir audacieux et loquaces, des gagnants se confondre de modestie, des perdants se gonfler d'importance. Je ne connais pas d'exercice de psychologie publique plus démonstratif qu'une soirée électorale : dans ce bal masqué qu'est la politique, tout le monde se retrouve, pour une fois, une seule fois, à découvert. Plus de mensonge, plus de tricherie : la nature humaine à vif, à l'état brut, à condition d'être fin observateur.

Il faut dire que les candidats et leurs partisans ne seront pas, demain soir à l'étage du palais de Fervaques, dans leur état normal. D'abord, il y a la fatigue d'une journée mobilisée à vérifier les opérations électorales. Ensuite, il y a la tension causée par l'incertitude des résultats. Et puis, c'est le moment unique où tous les partis se retrouvent, se mêlent, se surveillent : les bouches parlent trop ou se taisent, les oreilles traînent et se font indiscrètes, les regards ne savent plus trop où regarder à force de regarder partout. Enfin, les journalistes sont là, souvent France 3. Le tout constitue une scène étrange, un climat unique, une ambiance très spéciale.

On y voit des larmes couler, sans qu'on sache très bien si c'est la joie de la victoire ou le chagrin de la défaite. On y entend des cris, des insultes, des chants qui n'aident pas toujours à distinguer les gagnants et les perdants. Des militants, en petits groupes, s'entre-excitent, faisant circuler des rumeurs faute d'avoir encore des certitudes. Les responsables ont leur téléphone portable vissé à l'oreille, à quoi l'on reconnaît que ce sont des responsables. Mais à quoi bon s'agiter puisque le grand tableau des résultats se remplit peu à peu ? Fervaques n'est plus alors un palais, mais un théâtre, où se joue une comédie aux allures de tragédie. Attendre, ne pas savoir rendent fou. Une fois qu'on sait, on est toujours aussi fou, de bonheur ou de rage.

J'aime cette soirée et je n'aime pas cette soirée, à cause trop souvent des vainqueurs indécents et des mauvais perdants. Les premiers devraient, dans l'idéal, rester humbles et les seconds faire preuve de lucidité : en politique, on ne gagne jamais autant qu'on ne le croit et on perd beaucoup plus qu'on ne le craint. Je déteste les atmosphères de fin de match, comme si on était parmi des supporteurs de foot. A la différence du sport, les candidats à une élection ne gagnent pas par leurs propres efforts, mais par les suffrages du peuple. S'il y a des vainqueurs ou des vaincus, ce sont les citoyens, par leurs choix, judicieux ou non ; pas les politiques.

Je rêverais d'une soirée électorale sans exubérance ni mauvaise foi, où les militants camperaient sur leur quant-à-soi, félicitant sobrement les nouveaux élus et ceux qui ne le sont pas. J'aimerais que le fond de l'air soit doux, doucement démocratique, Fervaques à température ambiante, très calme, les résultats accueillis avec intérêt et dans l'indifférence partisane. J'apprécierais que la courtoisie et le respect républicains soient de rigueur. Je sais qu'il n'en sera rien, que l'exaltation, l'irrationnel, l'illusion vont s'abattre demain soir sur Fervaques et tout emporter.

Quand ce sera fini et que le maire aura proclamé les résultats, les militants feront ce qui convient le mieux à tout être humain : se retrouver entre soi, rejoindre leurs locaux respectifs de campagne, refaire le match ou préparer l'avenir, en rester à un premier tour ou commencer le second, et regarder à la télé ce qui se passe ailleurs, où il se passe à peu près la même chose qu'ici, même quand les résultats sont différents. On sort le champagne, pour se réjouir ou pour se consoler, ou on le garde au frais parce que la partie n'est pas finie. De toute façon, victoire ou défaite, un tour ou deux tours, la politique est un éternel recommencement : vainqueur un jour veille à l'être toujours, vaincu aujourd'hui travaille à être vainqueur demain.

vendredi 21 mars 2014

Pourquoi voter Garand



Dimanche, je vais voter Michel Garand, comme en 2008 j'ai voté Jean-Pierre Lançon et en 2001 Odette Grzegrzulka. C'est sans surprise et sans mérite, puisque je suis socialiste : question de conviction et de cohérence, tout simplement. Je n'ai de leçons ni de consignes à donner : chacun vote selon ses idées, sa sensibilité, ses fidélités. Voter Xavier Bertrand est parfaitement honorable, justifié et cohérent ; mais ce n'est pas mon choix.

Cependant, chaque vote a ses spécificités. Si je vote Michel Garand, ce n'est pas uniquement parce que je suis, comme lui, socialiste : c'est qu'il y a des raisons particulières, conjoncturelles, qui n'étaient pas les mêmes dans mes votes précédents, et dont je voudrais aujourd'hui vous entretenir. A vous ensuite d'y réfléchir, d'être d'accord ou pas. Trois motifs fondamentaux m'amènent à voter Garand :

1- L'unité. Il n'y a pas de bonne politique dans la division. Pour réussir, il faut rassembler. C'est ce à quoi Michel Garand est parvenu. Quand on prétend rassembler les Saint-Quentinois (il le faut pour gagner, c'est-à-dire devenir majoritaire), il convient au préalable de rassembler les socialistes : avant de vouloir mobiliser les autres, il faut commencer par mobiliser les siens. Michel Garand a réussi ce tour de force. Je dis bien "tour de force", tant les socialistes saint-quentinois étaient divisés, déchirés depuis plusieurs années, au point de se séparer en deux sections différentes ! De ce point de vue, Garand a fait ses preuves. Ce n'est pas anodin ou purement interne : jamais les Saint-Quentinois ne confieraient les clés de la Municipalité à une équipe divisée. Car qui se divisent en section se divisent ensuite en mairie, et là, c'est autrement plus grave, plus irresponsable.

2- La clarification. Après plusieurs années d'errance idéologique et de compromission avec l'extrême gauche, Michel Garand a rétabli une ligne purement socialiste, social-démocrate, réformiste : il a rompu avec l'esprit contestataire, son programme s'en ressent. Les principales revendications de l'opposition municipale n'ont pas été reprises par lui (c'est le candidat communiste Olivier Tournay qui en assume et prolonge l'orientation) : qu'il s'agisse de la condamnation de la vidéo-surveillance, de la municipalisation des cantines scolaires, de la critique des emplois aidés ou de la réduction du prix de l'eau, aucun de ces thèmes, radicaux et démagogiques, n'a été mis en avant par Michel Garand. Ses propositions sont raisonnables, réalisables, crédibles. C'est aussi ce qui motive mon vote.

Clarification également dans son soutien sans faille à la politique du gouvernement : là encore, ce n'est pas dans l'ambiguïté qu'on peut l'emporter. Quand on choisit d'être socialiste, on choisit de défendre le bilan du gouvernement : c'est un principe de fidélité et d'honnêteté. On ne peut pas être dedans et dehors à la fois. Michel Garand est intellectuellement dans la fidélité et la cohérence. C'est une qualité très précieuse quand on doit se donner un responsable.

3- Le renouvellement. Je ne suis pas de ceux qui pensent que Xavier Bertrand a fait tout mal et que son projet est archi-nul. Mais si j'avais un reproche à faire au maire sortant, et un argument en faveur de Michel Garand, c'est qu'il n'a pas vraiment su ou pas voulu renouveler son équipe, sinon à la marge, en deuxième moitié de liste. En ce qui concerne les possibles adjoints, nous retrouvons à peu près les mêmes. Ce sont d'ailleurs des personnalités estimables, dévouées, qui ont fait leurs preuves. Mon reproche est ailleurs : il n'y a pas de démocratie sans renouvellement de son personnel politique. Même quand on est une équipe talentueuse et gagnante, il y a du côté de la population une aspiration légitime au changement. A un tout autre niveau, le grand Churchill a eu beau gagner la guerre, les électeurs n'ont plus voulu de lui quelques mois après.

Beaucoup d'électeurs de gauche respectent Pierre André et estiment Xavier Bertrand, jusqu'à, pour une part d'entre eux, leur apporter leurs suffrages dans les scrutins locaux (les résultats l'attestent). Mais ces électeurs souhaitent aussi que la gauche, avec ses personnalités, ses compétences, sa sensibilité, exerce un jour, à Saint-Quentin, les responsabilités. Ce jour, ce peut être dimanche prochain. Car si Xavier Bertrand l'emporte, si la droite gagne pour la quatrième fois consécutive l'élection municipale, ce sera grosso modo la même équipe depuis 1995, jusqu'en 2020 : 25 ans, un quart de siècle, toute une génération avec un personnel identique aux affaires ! Il est donc naturel de vouloir changer, de donner leurs chances à d'autres.

D'autant que Saint-Quentin est une ville de gauche, qui a une forte sociologie de gauche, qui vote à gauche lors des échéances nationales : aux dernières élections présidentielles, François Hollande était majoritaire, et aux élections législatives qui ont suivi, la candidate socialiste n'était pas loin de l'emporter. Il faut normaliser cette situation (de même que Michel Garand a normalisé la gauche socialiste, en la réintégrant dans le giron du réformisme). L'impopularité du gouvernement ne gêne aucunement : l'élection municipale est locale, pas nationale, les électeurs le comprennent bien. Et puis, être déçu, exigeant, critique, ça fait partie de la vie, ça n'empêche pas d'être fidèle à sa famille et à ses amitiés politiques. Dimanche, le peuple de gauche et, au-delà, tous ceux qui souhaitent que l'alternance fonctionne à Saint-Quentin, iront voter pour Michel Garand.

jeudi 20 mars 2014

Vivement dimanche !



Il y avait bien longtemps que je n'avais pas vu une aussi belle salle de gauche à Saint-Quentin (au moins une bonne centaine de personnes). C'était ce soir au Conservatoire de musique (vignette 2), là même où s'était déroulé il y a exactement une semaine le débat entre les candidats aux élections municipales, dont une prestation de Michel Garand diversement appréciée par la presse. La réunion d'aujourd'hui était une sorte de revanche, de sursaut. C'était aussi l'attestation d'un mouvement de curiosité pour la candidature socialiste, et un signe de bonne santé pour la démocratie !

Deux invités d'honneur n'ont pu être présents, deux parlementaires axonais : Marie-Françoise Bechtel (aux Etats-Unis) et René Dosière (en Roumanie). Michel Garand a commencé par rappeler son parcours personnel. Le ton général de ses propos a été très positif, moins focalisé sur Xavier Bertrand qu'à l'ordinaire (et c'est tant mieux). Il s'est efforcé d'apparaître en possible futur maire.

A la suite, plusieurs colistiers se sont exprimés, thématiquement, comme les prochains adjoints qu'ils se préparent à être, chacun dans son style : Stéphane Andurand (hésitant) sur la sécurité, Annick Merlen (la meilleure intervention, la plus applaudie) sur les personnes âgées, Carole Berlemont (appliquée) sur l'éducation, Anne Ferreira (très anti-Bertrand) sur l'Université, Jacques Héry (commercial) sur les quartiers et les associations.

Les dernières prises de parole ont été celles des partenaires : Nora Ahmed-Ali (amusante) pour les écologistes, Laurent Elie (technique) pour le MRC (autour de Michel Garand, vignette 1).

La réunion s'est terminée, traditionnellement, par les questions du public. La toute première a exprimé un regret, celui de ne pas voir une liste d'union de la gauche. Sur l'attitude du PS entre les deux tours, j'ai eu le sentiment que la position de Michel Garand s'était infléchie, assouplie : s'il réaffirme que les communistes locaux campent sur "des bases anciennes", il ne semble plus fermer catégoriquement la porte à une alliance. Parmi les autres questions, le prix et la gestion de l'eau ont été abordés, comme si la campagne insistante d'Olivier Tournay sur le sujet s'invitait dans le débat. Petit miracle : Jean-Pierre Lançon n'a pas pris la parole (son silence a dû être sévèrement négocié !).

Le mot de la fin de Michel Garand a été dans une tonalité très social-démocrate : défense du gouvernement, éloge de l'entreprise, arrêt de l'impôt. Quelques grandes villes de gauche ont été énumérées, pour leur bonne gestion : Nantes, Montpellier, Strasbourg, Toulouse, Paris ... et demain Saint-Quentin ? Vivement dimanche !

mercredi 19 mars 2014

Les trois mystères du débat



Le débat qui a eu lieu à Saint-Quentin la semaine dernière entre les quatre prétendants au poste de maire a eu ses secrets, ses mystères, dont personne n'a parlé et que je veux aujourd'hui évoquer, et même tenter de décrypter. Je suis un peu comme Peter Falk, l'inspecteur Columbo : je m'intéresse aux détails, je les trouve plus révélateurs que les discours, souvent convenus, sans surprise, artificiels.

Premier mystère, un objet, visible sur les photos du débat, au premier plan, en gros plan : on a même l'impression de ne voir que lui, le sac à dos de la candidate de Lutte ouvrière, Anne Zanditenas. Elle aurait pu le ranger ailleurs, le dissimuler tout simplement derrière son fauteuil. Mais non, il est devant, tout à côté, exhibé, ostentatoire : on ne peut pas ne pas le voir, il fixe l'attention, il frappe le regard, c'est presque une note discordante dans le tableau. Comme s'il y avait chez la candidate d'extrême gauche une volonté de le montrer, comme si c'était un drapeau déployé, une provocation au sac à dos !

Je dois vous faire un aveu : je fantasme depuis longtemps sur le sac à dos d'Anne Zanditenas. Car c'est un objet qu'elle porte fréquemment sur elle, comme la tortue sa carapace. Et ce n'est pas un petit et féminin sac à dos avec de gentilles bretelles : non, c'est un bien gros, de randonneur, de campeur, de montagnard. Fantasmer, c'est se faire des idées, des images, tout un film : qu'est-ce qu'Anne Zanditenas peut bien ranger, dissimuler dans son sac à dos qu'elle traîne un peu partout depuis des années ? Je me pose la question depuis longtemps. D'autant qu'Anne m'intrigue : comment peut-on être trotskiste aujourd'hui ? D'où tire-t-elle son énergie politique, elle qui n'a aucune chance de gagner ? Comment a-t-elle pu arriver à constituer sa liste, quand on connaît les difficultés de l'exercice ? Anne Zanditenas est vraiment la candidate la plus mystérieuse de ces élections municipales.

Je suis persuadé que la clé du mystère est contenue dans son sac à dos. Qu'y a-t-il à l'intérieur ? Des vêtements de rechange, les oeuvres de Trotsky, du matériel de propagande, des manuel scolaires, des feuilles de cours (Anne est enseignante) ? J'ai l'impression qu'il n'y a rien de tout ça, que le mystère restera longtemps, éternellement entier. Mais il était là, devant nos yeux, sous notre nez, pendant presque trois heures, jeudi dernier, au Conservatoire de musique.

Le deuxième mystère, c'est un habit, la chemise d'Olivier Tournay. Rien de moins mystérieux qu'une chemise, pourtant. Mais dans ces conditions, si ! Quelqu'un qui veut être maire de Saint-Quentin ne vient pas débattre publiquement en chemise (ni en tee-shirt ou en maillot de corps). En politique, l'habit fait le moine et le maire. Michel Garand et Xavier Bertrand avaient sorti la panoplie : costume cravate, couleur plutôt sombre. Même les deux journalistes ne s'étaient pas vêtus comme à l'accoutumée, mais s'étaient adaptés à l'événement. Pas le candidat communiste. C'est un mystère pour moi (mais sûrement pas pour lui !). Qu'a-t-il voulu nous dire (car un mystère est souvent une énigme à comprendre) ? Peut-être qu'il ne jouait pas un rôle, qu'il venait comme il était, appliquant le précepte de Mc Do (Venez comme vous êtes). Comme de Gaulle en Algérie lançait son "Je vous ai compris", Olivier Tournay a implicitement, par son vêtement, signifié aux électeurs : "Je suis comme vous". En même temps, aux candidats PS et UMP, il semblait dire l'inverse : "je ne suis pas comme vous, je n'appartiens pas à votre monde, je ne porte pas de costard, je ne suis pas cravaté".

La chemise d'Olivier Tournay est comme lui : révolutionnaire ! Car, détail qui en dit très long, elle n'est pas glissée sous le pantalon, mais ses pans dépassent très librement, flottent au vent. Et puis, cette chemise est blanche : le candidat rouge porte une chemise blanche ! Ce n'est pas contradictoire : le blanc, c'est le symbole de la pureté, de la candeur, de l'innocence. Olivier est le chevalier blanc de cette élection. Il est pur et dur, mais on a oublié le dur, on n'a retenu que le pur, à son avantage.

Dans cette campagne d'images qu'est une élection, y compris municipale, Olivier Tournay est sorti gagnant. Lui, le candidat du communisme d'autrefois, plus proche de Marchais que de Mélenchon, a réussi à paraître comme l'ange (blanc) de la colère, de la révolte. En termes de communication, c'est un sacré tour de force. Ses références politiques et idéologiques ne pouvaient que le ringardiser : c'est tout le contraire qui est arrivé, Olivier est blanc comme neige, pur comme l'enfant qui vient de naître. Sa chemise blanche, c'est sa robe de baptême. Il a réussi à redonner une éternelle jeunesse à de très vieilles idées. Il n'a pas retourné sa veste, il a endossé une chemise blanche.

Mais ce choix vestimentaire peut signifier encore autre chose : "je n'ai pas envie d'être maire", puisqu'il n'en porte pas l'uniforme. Dans le meilleur des cas, les choses étant ce qu'elles sont (mais on ne le saura vraiment que dimanche soir), il n'est même pas certain qu'Olivier Tournay soit réélu conseiller municipal. Auquel cas, il n'aura rien à changer à sa vie, continuer à porter sa blanche chemise, comme il le fait sans doute en famille ou lorsqu'il va enseigner.

Cette chemise blanche a un dernier sens : les gentilshommes sous l'Ancien Régime la portaient pour aller se battre en duel. Tournay veut en découdre avec Bertrand, jusqu'à ce que sa chemise soit tachée de sang, on l'a vu pendant le débat : voilà aussi ce qui le motive, dans cette tellement démotivante et ingrate activité qu'est la politique. Le candidat communiste est un duelliste. Mais la chemise blanche, in fine, c'est ce qu'on mettait, sous la Révolution française, au condamné à mort avant de l'envoyer à l'échafaud. Et si cette chemise trop blanche, immaculée, annonçait la disparition (politique) d'Olivier Tournay (j'analyse, je ne souhaite pas !) ? Si cela était, je crois alors, métaphoriquement bien sûr, qu'Olivier mériterait le sort voulu par Danton, disant à son bourreau à propos de sa tête qui allait tomber : "Montre-là au peuple, elle en vaut la peine !"

Troisième et dernier mystère du débat, concernant Michel Garand cette fois : la photo dans le Courrier picard le montre, pendant le débat, avec un objet entre les mains, nettement identifiable, il s'agit d'un téléphone portable. A première vue, c'est assez stupéfiant : un candidat qui fait usage de son téléphone en plein débat, comme si de rien n'était. Michel sait que tout le monde le voit, l'observe, qu'on le filme, et il a ce geste, d'emblée tout aussi mystérieux, incompréhensible, énigmatique que le sac à dos d'Anne Zanditenas ou la chemise blanche d'Olivier Tournay. On peut certes tout rationaliser, tout banaliser et dire que ce sont des détails sans importance, des anecdotes insignifiantes : vous avez compris que ce n'était pas le parti pris de ce billet.

D'abord, j'ai pensé que nous étions au tout début des échanges, et que le candidat socialiste éteignait tout simplement son portable. Mais non, le débat était déjà engagé, et il semble bien que Michel utilise l'appareil, et non se contente de l'éteindre. Mais qu'en fait-il ? Normalement, ce genre d'ustensile sert à envoyer des messages. Mais à qui, et pourquoi ? Je me suis dit que Michel Garand cherchait peut-être, sur internet, une information pour répondre à son adversaire ou pour vérifier une affirmation de celui-ci. L'hypothèse me paraît tout de même invraisemblable. A moins qu'il ne questionne l'un de ses camarades, dans la salle, pour recueillir son avis sur le cours du débat, pour solliciter éventuellement un conseil (le portable faisant alors un peu office d'oreillette, comme chez les animateurs télé).

Je ne suis toujours pas convaincu par mes propres explications. En revanche, je me demande, de façon plus pertinente, si Garand n'a pas cherché par ce geste à déstabiliser Bertrand, comme moi-même je suis un peu déstabilisé à vouloir le comprendre. Dans une réunion publique, sortir et utiliser son portable, c'est manifester à son interlocuteur une indifférence et même un mépris à l'égard de ce qu'il dit. Mais je ne crois pas non plus que ce soit l'état d'esprit de Michel Garand, qui est un homme d'écoute, de respect et de dialogue.

Alors quoi ? Une folle idée me passe par la tête, je vous la confie : Michel s'emmerde, toute cette campagne l'ennuie, il le manifeste ostensiblement en tripotant son portable, s'affichant ailleurs. Michel est un homme libre, il serait capable d'une telle audace ! Mais je ne crois pas non plus, une seule seconde, à cette lecture, qui est trop folle. Pourtant, j'en ai une encore plus folle, que je ne résiste pas à vous livrer : Michel Garand, à la façon de DSK, envoie des textos enflammés et sensuels à une maîtresse ! Ca ne manquerait pas d'allure : au milieu de la grisaille et des mensonges de la politique, ouvrir discrètement son coeur à une personne qu'on aime, exprimer son désir dans cet exercice de retenue et de contrôle qu'est le débat politique. Mais ça ne colle pas au personnage : Michel Garand est un homme de bonnes moeurs, fidèle en amour, en amitié et en politique, homme de raison et pas de passion débridée.

Il est à craindre que le sac à dos d'Anne Zanditenas, la chemise blanche d'Olivier Tournay et le téléphone portable de Michel Garand garderont à jamais leur mystère. Mais c'est très bien comme ça, il faut s'en réjouir : un mystère est fait pour le rester.

mardi 18 mars 2014

Esthétique de l'affiche



J'aime beaucoup, à chaque élection, étudier la composition des affiches officielles. C'est une réflexion sur la forme, mais qui n'est pas superficielle : une affiche, c'est la carte d'identité des candidats. L'étude comparative est la plus intéressante. Mine de rien, on apprend des choses. A Saint-Quentin, ils sont cinq (en vignette, devant l'Hôtel de Ville).

Une affiche, c'est d'abord une tête, de liste bien sûr, un visage qui nous regarde quand on passe, qui nous interpelle. La plus grosse figure, la plus volumineuse, c'est celle du candidat FN (grosse à faire peur : j'espère que les électeurs comprendront et seront dissuadés de voter pour lui). La liste LO se partage, elle, en deux têtes égales, en noir et blanc, la n°1, Anne Zanditenas, et le n°2, Jean-Claude Chuquet. On sent bien que chez eux, il n'y a pas de place pour le vedettariat, que personne n'y a pris la grosse tête, même pas la première de liste. Les communistes ont mis carrément toute la liste, genre photomaton, trombinoscope. Du coup, la curiosité est attisée, on s'approche pour dévisager, voir s'il y a des gens qu'on connaît ou qu'on reconnaît.

Une affiche, c'est ensuite une couleur. LO et PCF, d'ailleurs côte à côte, tirent franchement sur le rouge. Les trois autres virent au bleu. Michel Garand et Xavier Bertrand, les plus sérieux adversaires, se côtoient, comme au jour du débat. Leurs affiches graphiquement se ressemblent. Le FN est à l'extrême gauche, isolé, et c'est tant mieux. Quatre candidats profitent du panneau électoral pour annoncer une réunion publique, dans une affichette surajoutée, en bas, sauf le PCF (qui n'aura fait durant la campagne aucune réunion publique, si on veut bien excepter la présentation des voeux, de la liste et du programme, qui étaient plutôt à destination de la presse et des militants). Les appartenances politiques, partisanes, sont clairement affichées, c'est le cas de le dire, pour LO, le PCF et le FN, mais absentes chez Xavier Bertrand et Michel Garand.

Une affiche, c'est enfin un slogan. PS, UMP et FN font figurer dans le leur le nom de Saint-Quentin, qu'ignorent en revanche LO et le PCF (sans doute parce que ce sont des révolutionnaires internationalistes ...). Lutte ouvrière ne se contente pas d'une formule : elle tartine tout un texte. C'est la seule affiche qui nécessite d'être lue, les autres se suffisant à être regardées (mais on peut ignorer ostensiblement celle du FN). A la fin du texte de LO, on peut lire : "Pour envoyer au conseil municipal des militants vraiment communistes". "Vraiment" ? Est-ce que la précision s'adresse aux camarades du PCF, qui ne le seraient pas "vraiment" ?

Quand j'ai commencé, adolescent, à m'intéresser à la politique, c'était par le biais des affiches. Faire passer un message et mobiliser l'attention des citoyens sur une surface aussi restreinte, c'est tout un exercice ! Dans ma jeunesse, je collectionnais ces affiches, dont je tapissais ma chambre. Aujourd'hui, je me contente de les regarder. Elles ont tant de choses à nous dire, elles aussi !

lundi 17 mars 2014

Les chiffres ne prouvent rien



Influencés par l'économie, nous vivons sous la religion du chiffre, dont je suis l'athée, parce que les chiffres ne prouvent rien, surtout pas en politique (comme en théologie, on ne peut pas rationnellement prouver l'existence de Dieu). Le Courrier picard d'aujourd'hui donne les chiffres de participation aux réunions électorales de ce week-end : 500 pour l'UMP à Jean-Vilar (800, annonce le site de Xavier Bertrand) ; 40 pour le FN à Paringault ; 22 pour LO salle de Verdun. Mais qu'est-ce que ça prouve ? Que le maire est fort (on le sait), que le FN est discret (ça se comprend), que LO est très minoritaire (c'est l'évidence). Les chiffres de participation aux réunions publiques sont des éléments de curiosité ou de confirmation, rien de plus.

Les chiffres peuvent aussi être trompeurs. 42 votants pour l'investiture de Michel Garand en juin, 12 personnes à sa première réunion de quartier : on pourrait penser que le PS est en grave difficulté dans notre ville. Mais il y a trois ans, 1 000 Saint-Quentinois de gauche se déplaçaient pour participer aux primaires citoyennes. Qu'est-ce qui est le plus important, le plus influent ? Réunir plusieurs centaines de sympathisants acquis à la cause ou bien contacter, informer et tenter de convaincre 3 000 Saint-Quentinois par le porte à porte (effectué par le candidat socialiste) ? Querelles de chiffres ...

Qu'y a-t-il de plus incertain qu'un chiffre ? Une statistique ! (c'est-à-dire un chiffre en pire ...). Un sondage donne 55% à Xavier Bertrand et 21% à Michel Garand au premier tour. C'est donc plié ? Mais comment se fait-il qu'il y a deux ans, Anne Ferreira a failli battre Xavier Bertrand de 222 petites voix ? Et ce n'est pas internet qui va départager la droite et la gauche ! Xavier Bertrand y recueille, à ce jour, 1 396 "J'aime", et Michel Garand 193. Là encore, qu'est-ce que ça prouve ? Facebook, c'est le règne de Pavlov (voir mon récent billet sur ce réseau social) : on clique, on claque, on s'envoie, on se renvoie, on aime, on s'aime, on se re-aime, les chiffres défilent et ça ne veut plus rien dire ("Quand les cons auront des ailes, les pages Facebook voleront dans le ciel", c'est beau comme du Audiard, c'est seulement du Mousset ...).

Le grand débat des municipales a prouvé, s'il le fallait, l'inanité, l'inutilité et l'absurdité des chiffres en politique (que n'importe quel esprit un peu scientifique devrait condamner). Sur le chômage à Saint-Quentin : c'est 21% pour Olivier Tournay et 16,7% pour Michel Garand. Qui croire ? Le coût de la réforme des rythmes scolaires : 800 000 euros pour Xavier Bertrand, 300 000 euros pour Michel Garand. L'écart, ce n'est pas une paille ! Le coût de la vidéo-surveillance : 4 millions d'euros pour Olivier Tournay, 2 millions d'euros pour Xavier Bertrand. On se demande où les uns et les autres vont chercher leurs chiffres pour qu'il y ait de pareilles différences ! En tout cas, le débat politique s'appuyant sur de tels chiffres ne peut être que pipé, biaisé. Qu'est-ce que le citoyen peut en conclure ?

Ma chiffrophobie a tout de même des limites : les seuls qui soient à mes yeux sacrés, irrécusables, ce sont les résultats de l'élection, les chiffres qui vont s'afficher dimanche soir sur le grand écran du palais de Fervaques, devant le nom de chaque candidat. L'heure de vérité aura sonné, plus de contestation possible. Quoique ... Je suis persuadé que les perdants diront que les chiffres prouvent qu'ils n'ont pas tant perdu que ça, et que les gagnants diront que les chiffres prouvent qu'ils ont gagné beaucoup plus qu'ils ne le prévoyaient (c'est classique un soir d'élection : il y a un seul élu, mais plusieurs vainqueurs ...). Les chiffres, ce n'est pas de la science, c'est de la magie. C'est une tare de notre époque : faire du chiffre, à tout prix. Pourtant, les chiffres ne prouvent rien du tout, mais ils servent à se prouver à soi-même qu'on est le meilleur, qu'on a raison. Le chiffre, c'est l'arme du faible, de celui qui a besoin de se rassurer.

dimanche 16 mars 2014

Une affaire d'hommes ?



Dans le prolongement de la journée mondiale des femmes, nous avions choisi, avec le musée de la Caverne du Dragon, de traiter cet après-midi, en café philo, de la question suivante : "La guerre est-elle une affaire d'hommes ?" Anne Belouin, directrice du musée, a prononcé le mot d'accueil (vignette 1). J'ai distribué les questions d'introduction (vignette 2), puis le débat s'est engagé (vignette 3, une intervention). A la fin, une partie du public a posé pour le correspondant de L'Union (vignette 4). Prochain rendez-vous : le 13 avril, à 15h00, autour du sujet "Le devoir de mémoire est-il indispensable ?"

La belle aventure



L'assemblée générale de l'association Rencontre Citoy'Aisne s'est réunie hier après-midi à Soissons (vignette 1), immédiatement suivie par la séance ordinaire du café philo (vignette 2). J'ai remis mes fonctions de président, que j'occupais depuis 10 ans, et de membre du bureau, depuis 16 ans. Pourquoi ne pas continuer ? Parce que 10 et 16 ans, c'est beaucoup, et même trop : il faut du renouvellement, pour les autres et pour soi.

Rencontre Citoy'Aisne, quelle belle aventure ! J'en suis devenu président, la première fois, à l'automne 1998, alors que je venais à peine de m'installer à Saint-Quentin. C'est Jean-Philippe Cayla, son fondateur, qui m'avait sollicité. Et puis, un an après, il m'est arrivé un grand bonheur, ou un grand malheur, c'est selon : je suis devenu secrétaire de la section socialiste de la ville. N'ayant jamais aimé la confusion des genres, et surtout pas le mélange associatif et politique, j'ai laissé ma place. En 2003, quand j'ai cessé mes fonctions au sein de la section, mes amis m'ont réélu président de l'association, jusqu'à cette année.

Au départ, je ne savais rien de la vie associative, du fonctionnement statutaire, des subventions, des rapports avec les collectivités locales. Ma première réunion de bureau s'est tenue au collège Montaigne, le principal d'alors étant membre de l'association. Et puis, il y a eu la période des rencontres dans mon petit appartement de la rue des Frères Desains. J'étais loin d'imaginer l'ampleur que prendrait l'association, les cafés philo s'étendant jusqu'à Château-Thierry et Cambrai, les multiples sollicitations que nous allions recevoir de toute part (y compris du café parisien des Phares). En 2004, comme une sorte de consécration, j'accédais à la fonction, qui me semblait initialement redoutable, de président de la FOL de l'Aisne, à laquelle Rencontre Citoy'Aisne est affiliée. C'était un changement de dimension, à tous les sens du terme.

Je suis heureux de tout ce que nous avons fait ensemble durant ces longues années, de tout ce que nous avons apporté aux Saint-Quentinois et aux Axonais. Autant j'accumulais succès et réussites dans la vie associative, autant je collectionnais les échecs et les défaites dans la vie politique ! Comme quoi les compétences et les expériences ne se transfèrent pas forcément d'un domaine à un autre ...

J'ai cependant un regret, purement personnel : dans la vie associative, les activités se suivent et s'effacent, se succèdent et s'oublient. Un café philo, un ciné-débat, un colloque, une conférence ont lieu, attirent du monde, intéressent le public, mais le lendemain, il n'en reste plus rien, sauf le souvenir, qui lui aussi disparaît assez vite. C'est là ma grande frustration : j'ai le sentiment que dans l'associatif, tout est relativement éphémère.

L'importance que j'accorde à la politique, c'est que son action est durable, ses conséquences s'inscrivent dans la vie et l'avenir de la cité. Le pouvoir permet de faire de grandes choses et beaucoup de choses, qui marquent, qui demeurent. Ce n'est pas le cas dans l'activité associative, aussi utile et efficace soit-elle. Il y a aussi une solennité, une grandeur de la fonction politique : détenir un mandat du peuple, même en étant dans l'opposition, c'est une fierté, une dignité (c'est pourquoi je suis sévère à l'égard de ceux qui n'en font rien), alors qu'une responsabilité associative est d'une valeur beaucoup moins grande, beaucoup moins estimable.

Mais si l'associatif est fragile et le politique au contraire durable, l'écriture, elle, est éternelle, et je la mets en fin de compte au dessus de tout : si quelqu'un dans quelques siècles, daigne se pencher sur l'histoire politique de Saint-Quentin, il trouvera sur ce blog une mine d'informations qui n'a sûrement pas son équivalent.

Pour toutes ces années, je voudrais remercier les milliers de participants à nos centaines d'activités (à certains moments, trois ou quatre par semaine !). Remercier les dizaines de membres du bureau qui se sont succédés pendant 15 ans à la tête de l'association. Remercier aussi tous nos partenaires, associatifs et institutionnels, puisque nous avons toujours cherché à nous ouvrir. Remercier enfin la presse, qu'il est aujourd'hui de bon ton de critiquer (et quand on ne hurle pas avec les loups, on vous exclut de la meute ...) : les journaux locaux ont rapporté nos activités avec intérêt et constance.

Je ne quitte pas bien sûr Rencontre Citoy'Aisne : mes animations se poursuivent, la prochaine pas plus tard que cet après-midi à la Caverne du Dragon, mais elles seront plus ponctuelles, moins régulières. Le ciné philo demeurera le rendez-vous mensuel fixe. Il me restera ainsi plus de temps pour la lecture, l'écriture et la réflexion, et puis bien sûr, forever, la politique, qui attend toujours au coin du bois, (pourvu que le grand méchant loup n'y soit pas) : si la gauche gagne dans une semaine l'élection municipale, il faudra tout construire ; si elle perd, il faudra tout reconstruire.

Place maintenant à la nouvelle équipe de Rencontre Citoy'Aisne, les six membres de son bureau : Philippe Henry, président (vignette 1, à l'extrême gauche ; il est enseignant au lycée Condorcet, à Saint-Quentin) ; Francis Legrand, trésorier ; Pierre Jarret, secrétaire ; Annie Duménil, Jean-Marie Pata et Jean-Michel Bouchet. Félicitations à eux tous, et bon courage !

samedi 15 mars 2014

Dernière ligne droite



La lecture de la presse de ce matin confirme les réactions d'hier sur les réseaux sociaux : le débat entre les candidats aux élections municipales de Saint-Quentin a tourné à l'affrontement entre Xavier Bertrand et Olivier Tournay, aux dépens de Michel Garand. Les termes employés sont parfois très sévères pour la tête de liste socialiste. La disposition des débatteurs dans l'espace, sur scène, est visuellement éloquente : Garand tout à côté de Bertrand n'est pas en situation physique d'opposant, alors que, à l'autre bout, Tournay à côté de Zanditenas peut jouer ce rôle.

Un socialiste qui lit ce matin les journaux a de quoi avoir le moral en berne. Il ne faut pas. Car les critiques qui sont adressées à Michel Garand ne sont que de pure forme : manque de pugnacité, approche trop généraliste, fixation sur Xavier Bertrand. Finalement, il n'a pas été assez "chef de guerre". Mais le fond politique n'est aucunement contesté, ses propositions ne suscitent pas de critiques ou de remarques négatives : de ce point de vue, il n'y a pas faute. Mais dans ce genre d'exercice qu'est le débat médiatique, le style est sans doute plus important que le contenu.

Et puis, dans la semaine de campagne qui reste, je crois que Michel Garand peut mettre en avant certains atouts, qui n'ont pas été suffisamment valorisés jusqu'à maintenant :

1- Le soutien d'Anne Ferreira. Il y a deux ans à peine, la vice-présidente du Conseil régional de Picardie a failli battre Xavier Bertrand aux élections législatives. Je sais bien que comparaison n'est pas forcément raison, mais tout de même ! Il y a, dans cette ville de gauche qu'est Saint-Quentin, tout un gisement électoral potentiellement favorable au parti socialiste. Il faut qu'Anne Ferreira monte au créneau, qu'elle crédibilise la candidature de Michel Garand. A défaut d'avoir été sa n°2 sur la liste, qu'elle soit au moins son premier soutien !

2- La valorisation de l'équipe. Il est important de montrer que le candidat socialiste n'est pas seul, qu'il bénéficie d'un entourage, que d'autres noms que le sien peuvent s'imposer durant cette campagne. Nous sommes dans un scrutin de liste, c'est une équipe qui gère, autour du maire, la municipalité. Cette dimension collective peut être encore plus soulignée. Il faut créer, en quelque sorte, un effet de groupe autour de Michel Garand.

3- La défense du programme. Il n'y a que les propositions qui peuvent faire bouger l'opinion. La mise en circulation douce de la place de l'Hôtel de Ville a suscité, un temps, un mouvement d'intérêt, de sympathie. C'est vers ce type de démarche, programmatique, qu'il faut aller dans les jours qui viennent. Un exemple : les offices de la tranquillité, voilà une suggestion qui peut prendre, si elle est bien expliquée. La sécurité est une préoccupation évidente, la population a besoin d'être rassurée, les incivilités au quotidien lui pourrissent la vie : il y a là tout un dossier à faire prospérer, afin de sortir du débat stérile entre Olivier Tournay et Xavier Bertrand, pour ou contre la vidéo-surveillance.

En revanche, deux tentations sont impérativement à écarter : désigner la presse comme responsable, en faire le bouc émissaire des difficultés de la gauche ; s'attaquer au candidat communiste, pour faire la différence, creuser l'écart, lui ravir des voix. Ce seraient de terribles erreurs, une fuite en avant, un déni de réalité. Michel Garand peut-il gagner ? En principe, oui : en démocratie, rien n'est joué d'avance ; en réalité, la réponse à la question n'appartient qu'aux électeurs, et pas maintenant, mais le 23 mars. Nous sommes dans la dernière ligne droite ... pour passer à gauche. C'est possible.

vendredi 14 mars 2014

Débat en indirect



Je n'ai pas pu assister hier au grand débat entre les candidats à l'élection municipale de Saint-Quentin. C'est donc à partir d'informations indirectes et partielles, prises sur les sites internet et les pages Facebook, que je vais commenter cet important moment de la campagne électorale. Je ne crois pas que ce soit le débat en lui-même qui ait un impact : le public présent était convaincu d'avance, les candidats ont tenu des propos attendus. Ce qui va être déterminant, ce sont les gros titres de la presse locale de demain matin, dans la publication des échanges. C'est ce ressenti qui peut infléchir le cours de la campagne. Sites, blogs et Facebook ont une influence très limitée ; mais les journaux touchent de beaucoup plus près et beaucoup plus largement l'opinion publique.

Ce qui a fait le buzz toute la journée, c'est évidemment la "révélation" de Xavier Bertrand, prétendant que Michel Garand aurait souhaité être son premier adjoint. Ma réaction est simple : une conversation privée reste privée, il n'y a aucun témoin pour la confirmer, la saine politique repose sur des déclarations, des choix et des comportements publics. Il faut juger sur les faits, pas sur les confidences : est-ce que Michel Garand a déjà fait partie d'une liste de droite ? Est-ce qu'il a, à aucun moment de son parcours politique, exprimé le désir de rejoindre une liste de droite ? La réponse est doublement non. S'il l'avait voulu, il l'aurait fait depuis bien longtemps, comme d'autres avant lui, comme d'autres encore maintenant. Mais pas lui. C'est un homme fidèle à ses engagements, à ses convictions et à son parti. Il n'y a donc pas de soupçon à porter sur sa sincérité.

L'Aisne nouvelle présente Olivier Tournay comme "le grand vainqueur du débat", allant même jusqu'à s'interroger sur une "renaissance du PCF à Saint-Quentin". Grand vainqueur du débat, peut-être, je n'ai pas suivi tout le débat, mais la seule chose qui importe politiquement, c'est d'être le grand vainqueur de l'élection. Qu'Olivier fasse un bon score, c'est possible ; mais qu'il soit en situation de devenir maire de Saint-Quentin, c'est autre chose (c'est pourtant le seul objectif qui compte, quand on est de gauche). L'idée communiste n'a plus suffisamment le vent en poupe, même dans notre ville, pour espérer véritablement renaître à Saint-Quentin et retrouver son niveau électoral d'il y a 30 ans.

Quant à envisager une "quadrangulaire", comme le fait L'Aisne nouvelle, là encore le cas de figure n'est pas exclu, mais ce serait catastrophique pour la gauche : c'est pourquoi, au milieu de toutes les difficultés que cette stratégie représente, je suis depuis le début favorable à l'union des forces de gauche entre les deux tours et à la constitution d'une liste commune. Michel Garand n'est pas sur cette position ; je respecte son point de vue, qui a sa cohérence, et je m'y rangerai le moment venu, puisque c'est lui le candidat, pas moi. Mais s'il fallait pour l'instant émettre un souhait, ce serait de voir les lignes bouger sur ce point, et les uns se rapprocher des autres en vue de l'unité et de la victoire.

Je veux revenir sur la performance oratoire attribuée à Olivier Tournay : il faut être juste, et comparer ce qui est comparable. Olivier a bénéficié pendant six ans d'une formidable tribune, celle du Conseil municipal, qui lui a permis de faire ses preuves et d'être positivement médiatisé. D'autre part, en tant qu'élu, il a eu accès aux dossiers, il s'est familiarisé avec les questions municipales. Michel Garand n'a pas bénéficié de ces opportunités. La comparaison ne peut donc que lui être défavorable, mais injustement. Dans une élection, tous les candidats sont par principe sur la même ligne de départ. Ce qu'il est juste de comparer, ce ne sont pas les hommes, ce sont les programmes : projet contre projet, ça aussi, c'est mon idée depuis le début. Une élection ne se fait pas sur le passé, sur ce qu'on a été, mais sur l'avenir, sur ce qu'on fera. Garand/Tournay, si on tient à les comparer, c'est à cette aune-là.

L'Aisne nouvelle désigne Olivier Tournay comme "le véritable opposant" à Xavier Bertrand. Mais il n'y a qu'un seul véritable opposant : c'est celui qui battra le maire sortant. Dans les circonstances actuelles, en étant le plus rigoureux et le plus honnête possible, je ne vois que Michel Garand qui soit dans cette capacité, pas Olivier Tournay (et ce n'est pas parce que je suis socialiste que je le dis, mais parce que je le pense et que ça me semble être une évidence, quelle que soit la sympathie réelle que je puisse éprouver pour Olivier).

De ce que j'ai vu et lu de ce débat, je retiens aussi le petit coup médiatique qu'a voulu faire Michel Garand dans sa conclusion, utilisant ses 30 secondes de parole à ... ne rien dire, pour symboliser ce qu'il estime être le vide du bilan de Xavier Bertrand. L'effet est un peu forcé, je ne pense pas qu'on puisse dire que Xavier Bertrand n'ait rien fait, mais l'idée est astucieuse. Sa limite, en termes de communication, c'est qu'elle aurait été très efficace à la télévision, mais beaucoup moins dans un débat destiné à être publié sur papier. Ceci dit, Michel a eu raison de tenter cette originalité.

Il ne fallait pas attendre grand chose, électoralement, du débat d'hier. Mais c'était, au peu que j'ai pu en voir, un beau moment de démocratie, bien organisé, qu'il faudra, pour d'autres scrutins, rééditer. Les véritables retombées électorales, comme je l'ai précisé au début, auront lieu demain matin, à la lecture des compte-rendus dans les journaux, et les réactions qu'ils vont susciter. Après, il ne restera plus qu'une semaine pour confirmer, amplifier, infléchir ou renverser la tendance. Michel Garand organisera un grand meeting le 20 mars au Conservatoire : ce sera pour lui, pour nous, la dernière occasion de convaincre, d'entraîner.

jeudi 13 mars 2014

Facebook tue la politique



La grande nouveauté de cette campagne des élections municipales, à Saint-Quentin comme ailleurs, c'est l'irruption et l'usage du réseau social Facebook dans le débat politique. En 2008, les partis utilisaient déjà l'internet, mais sous forme de sites, de blogs ou de vidéos postées sur Youtube. Aujourd'hui, ces modes d'expression sont largement détrônés par les pages Facebook des candidats, colistiers et partis. Je le regrette, je le déplore : c'est la politique qui en fait les frais, qui en est la victime, c'est le débat public qui s'égare dans des ornières dans lesquelles il n'aurait jamais dû s'engager. J'ai 8 griefs à faire à Facebook et à la détestable mentalité qui règne sur ce réseau dit social :

1- Le narcissisme. Comme son nom l'indique, Facebook est d'abord rédigé pour la pomme de ses administrateurs, qui déclinent sous de multiples photos, avantageuses ou folkloriques, leur propre personne. Si le narcissisme est un trait du caractère humain, il n'y a pas non plus nécessité à en faire exhibition sur le net ! Facebook, c'est le triomphe de l'individualisme assumé, revendiqué, fier de lui. La politique, ce n'est pas ça : c'est le collectif.

2- La confusion. Vie privée et activité politique se confondent. Facebook, c'est le people du pauvre : on y parle de soi, de ses enfants, de ses vacances, de sa santé, de ce qu'on fait, de son intimité, mêlés à des convictions, des opinions, des prises de position politiques. C'est le prolongement, la confirmation et l'accentuation d'une dérive de la vie politique contemporaine : le mélange des genres, l'interpénétration des activités privées, problèmes personnels et considérations politiques. Ce qui était depuis quelques années l'erreur des hommes politiques au niveau national se généralise aujourd'hui à tous les militants.

3- L'indigence. Aucun débat politique de fond ne naît, n'apparaît ou ne se développe sur les pages Facebook. Et pour cause : le format, l'usage, l'état d'esprit l'interdisent. Nous y lisons une somme de remarques lapidaires, superficielles, réactives, faites assez souvent de méchanceté, de stupidité et de grotesque. Aucune réflexion, aucune proposition, mais le style permanent de la polémique, de l'anecdote et de l'attaque personnelle. Facebook, c'est la politique dans le caniveau.

4- Le mimétisme. Ce qui est stupéfiant, c'est que les pages Facebook se copient les unes les autres, à travers un système de renvoi, de lien et de partage. Il y a un effet de miroir assez consternant, qui fait que les mêmes informations (qui n'en sont pas) se retrouvent un peu partout. Les commentaires sont souvent publiés plusieurs fois. Facebook, c'est le monde dépressif et régressif de la répétition, le degré zéro de la créativité : vous n'y trouverez aucun point de vue original, personnel ou intéressant (politiquement, j'entends).

5- L'entre soi. Faire de la politique, c'est aller vers les autres, les informer, discuter, essayer de les convaincre. Rien de tout ça sur Facebook, où l'on reste entre soi, avec les mêmes personnes qui fréquentent les mêmes pages et qui, comiquement, se congratulent entre elles. Facebook, c'est la meilleure façon de montrer qu'on est d'accord avec soi-même et avec ceux qui pensent comme vous ! D'ailleurs, pour renforcer cet entre soi, le langage utilisé (si on peut appeler ça un langage) est souvent implicite, allusif, codé. Il faut être initié pour comprendre les remarques, les références, les clins d'oeil, les blagues.

6- Le conformisme. La politique consiste à secouer les idées reçues, à contester, débattre, faire preuve d'esprit critique. Sur Facebook, on se gargarise de "like" (sic), c'est-à-dire de la mention "J'aime". Mais il n'y a aucune mention "Je n'aime pas" (qui devrait normalement figurer) : c'est bien la preuve que Facebook entretient l'esprit approbateur. On n'y applaudit pas avec les mains, mais avec le doigt, en cliquant sur une touche. Mais pas question de pouvoir s'opposer.

7- La paresse. Facebook, c'est l'esprit anti-militant, c'est même pire que ça : c'est le faux semblant, l'apparence du militantisme, en vérité une imposture. Chacun reste devant son écran, confortablement assis, bien au chaud chez soi, en ne faisant rien d'autre que transmettre des resucées d'information, dérisoires et parfois mensongères. L'image quasi héroïque du militant qui tracte, qui colle, qui s'engueule en prend en sacré coup : c'est hélas une figure en voie de disparition, remplacée par le pitre au pupitre, l'ado attardé dans un corps d'adulte. Nicolas Sarkozy, qui n'est pourtant pas mon philosophe préféré, a eu ce mot très juste : "Facebook, ah oui, Mickey parle à Minnie et lui demande comment ça va pendant des heures. Vous trouvez que c'est intéressant ?" (au Conseil des ministres du 22 juillet 2009, cité par Frédéric Mitterrand, dans La récréation, page 31). Facebook, c'est le royaume des Mickey et des kékés.

8- La chronophagie. Je me rends sur Facebook par curiosité, ennui et fatigue, comme les enfants visitent le dimanche le zoo avec leurs parents. Lorsque je constate le temps de présence de beaucoup de ces rédacteurs, c'est hallucinant, ils y passent une bonne partie de leur journée, y reviennent très régulièrement. Sur mon blog, je prends au maximum une heure pour rédiger un billet, et j'éteins l'ordi, je passe à autre chose, qui n'a plus rien à voir avec le net : les accro de Facebook donnent l'impression de coucher avec, d'y consacrer leur vie. Est-ce bien normal, docteur ?

Facebook est qualifié de "réseau social", mais c'est tout le contraire : un réseau asocial, hyper-individualiste, non militant, contre-politique. Son impact sera quasi nul sur le résultat des municipales. Ses membres sont des polygraphes de l'inutile et du néant. L'origine de Facebook en dit long et le condamne : des étudiants américains désoeuvrés, cherchant à draguer des filles, en comparant leur photo, leur état civil et bien sûr leurs mensurations (voir le film The social network, édifiant). On ne fait pas plus con !

La preuve définitive de l'inutilité et de la nuisance politiques de Facebook, c'est qu'au parti socialiste, un réseau social analogue a été mis en place il y a quelques années (la COOPOL, ça s'appelait), dont on disait monts et merveilles et dont je n'entends plus parler, tellement il a lamentablement foiré.

Si l'usage politique de Facebook est déplorable ... pour la politique, il n'en reste pas moins que ce réseau est un formidable moyen de communication en matière de vie privée, tout à fait comparable aux albums de famille ou à la correspondance personnelle d'autrefois. C'est uniquement la pratique publique de Facebook qui suscite mes vives critiques. A une seule exception : l'agenda d'élu, qui peut par ce moyen énumérer ses multiples activités. Pour le reste, Facebook, c'est une farce,Farcebook. J'y ai pourtant ma page, comme tout le monde, vide et désertée depuis des années. Je ne sais même plus comment la supprimer ...