mardi 30 septembre 2014

Des têtes tombent enfin



Au parti socialiste, nous avons une tradition de guillotineurs, Révolution française oblige. Je me souviens de Paul Quilès, c'était en 1983, au congrès de Valence (à vérifier). Il avait lancé une formule qui avait fait trembler : "il ne suffit pas de dire, comme Robespierre, que des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles". Quilès avait fait fort, plus fort que Robespierre, ce qui lui avait valu à l'époque le surnom de Robespaul ! En tout socialiste, il y a un robespierriste qui sommeille et qui ne demande qu'à se réveiller. Ne le prenez pas pour de la barbarie : d'abord, le couperet aujourd'hui est pacifique, métaphorique. Et puis, dans n'importe quelle démocratie européenne ou anglo-saxonne, quand un responsable devient irresponsable, sa tête tombe, il est viré.

Pourquoi vous dire tout ça ? Parce que je me réjouis ce soir, j'applaudis à la décision de mon camarade Bruno Le Roux de sanctionner les députés frondeurs (sept seulement, c'est dommage, il y a encore de la place dans la charrette). Les frondeurs, vous connaissez : ce sont ces socialistes qui jouent contre leur propre camp. Pendant la Grande Révolution, les guillotinés venaient principalement du parti républicain : on n'est jamais si bien trahi que par les siens. C'est une guillotine plutôt douce, dont ils n'auront pas trop à se plaindre : les députés renégats sont seulement mutés dans d'autres commissions moins sensibles que celles dans lesquelles ils siégeaient. Logique : on ne pouvait pas les laisser détruire la politique du gouvernement. D'autant que l'Assemblée nationale se prépare à des débats et à des votes importants : le budget, la Sécurité sociale.

Je suis heureux que ces fortes têtes tombent, parce qu'il y a, au sein de mon parti, une tendance ancienne à laisser faire, un coupable laxisme, au nom de la démocratie interne. Sauf que la démocratie a bon dos, quand il s'agit pour des élus de piétiner les choix du parti et de cracher sur les décisions du gouvernement. J'ai été traumatisé (le mot n'est pas trop fort) par ce qui s'est passé en 2005 : la majorité du parti avait démocratiquement adopté la Constitution européenne, la minorité de l'aile gauche s'est assise sur ce vote et a miné de l'intérieur le PS en militant contre sa direction et la décision des adhérents. A l'époque, aucune tête n'était tombée, la gangrène avait gagné tout le parti, en une sorte de chienlit délibérée.

Ce n'est pas tant les méfaits des frondeurs au sein du groupe parlementaire qui m'inquiètent : ils sont peu nombreux et isolés, encore plus depuis les sanctions prises aujourd'hui par Bruno Le Roux. Non, ce qui me préoccupe, ce qui me semble périlleux, c'est le mauvais exemple donné à la base du parti. Tout ce que les sections comportent de pétomanes de la contestation risquait, sur le modèle des frondeurs, de jouer de concert contre le parti et le pouvoir auprès de l'opinion. Ce soir, ils y réfléchiront à deux fois, ils savent que l'air de 2005 n'est plus possible.

Les termes que j'emploie dans ce billet sont forts, mais ils viennent du coeur : je ne supporte pas ceux qui en sont sans en être, qui ont le cul entre deux chaises, qui voudraient bien avoir le beurre et l'argent du beurre, être socialiste tout en critiquant la social-démocratie. Si tel est leur choix, ok, respect, mais il y a un parti pour ça, qui leur tend les bras : le Front de gauche. Le parti socialiste, lui, ne peut pas supporter ni admettre des ennemis de l'intérieur. Des têtes, oui, encore des têtes.

lundi 29 septembre 2014

Pauvert n'est pas en enfer



On nous a beaucoup parlé ce week-end de l'anniversaire de Brigitte Bardot, 80 ans, qui ne m'a pas du tout ému, cette femme ayant politiquement mal tourné. En revanche, j'ai été attristé par une disparition, un nom beaucoup moins connu, qui ne dira sans doute rien à certains : Jean-Jacques Pauvert, 88 ans, éditeur.

C'était un homme libre, non conformiste, qui a été le premier à publier les oeuvres du marquis de Sade. Aujourd'hui, c'est banal : dans n'importe quelle librairie, vous trouvez ces ouvrages qui, près de deux siècles après la mort de l'auteur, faisaient encore scandale. A l'heure où le porno passe à la télé, Sade ne choque plus personne. Qui le lit encore ? Pourtant, c'est un grand écrivain, un grand républicain (et un petit philosophe, ce qui est encore mieux que pas être philosophe du tout).

Pauvert a eu le courage d'éditer une littérature qui demeurait cachée, censurée ou moralement condamnée. Il a publié aussi bien des écrivains d'extrême gauche (Guy Debord) que d'extrême droite (Lucien Rebatet). Sa personne et ses engagements nous font comprendre que l'art est une libre activité, qui ne supporte aucune limite (pourvu que ce soit de l'art, et pas une vulgaire propagande).

Cet hommage vient à point nommé. Nous vivons une époque qui souffre d'une restriction des libertés. Ce qu'on appelle le "politiquement correct" fait des ravages. S'y ajoute une sorte de moralisme, de puritanisme très répandue. C'est fou ce qu'il y a de curés depuis qu'il n'y a plus de curés ! Les remontrances, les leçons, les mises en demeure, les injonctions à s'excuser sont légions. Un mot de trop, un propos qui heurte la susceptibilité, une image qui froisse les vanités et vous voilà rapidement devant la justice à devoir vous expliquer. Mon maître, parmi d'autres, c'est Pauvert, c'est la libre pensée, sur ce blog, dans la presse ou en politique : ne jamais renoncer à dire ce qu'on pense, dans la forme que l'on s'est choisi. Et peu importe si toute une ribambelle de momies indignées vous poursuivent pour vous condamner.

S'il existe un autre monde, Jean-Jacques Pauvert est-il en ce moment en enfer, au milieu des flammes, en compagnie du marquis de Sade ? Ce n'est pas si sûr ... Les hypocrites à la vertu faussement outragée ont sans doute plus que lui, plus qu'eux deux, leur place dans les marmites du diable. Pauvert a fait sortir toute une littérature de l'enfer, ce lieu qui désignait autrefois les ouvrages interdits à la lecture, ce n'est pas pour le rejoindre outre-tombe. J'en suis sûr, Pauvert était trop libre pour se retrouver parmi les âmes damnées. Mais si j'étais à la place de Bardot, je m'inquiéterais ...

dimanche 28 septembre 2014

Daudigny résiste



Le Sénat est passé à droite. Ca ne me fait ni chaud, ni froid. Il y a trois ans, je n'avais pas ouvert le champagne pour la victoire de la gauche ; aujourd'hui, je ne vais pas verser de larmes pour sa défaite. Sous Sarkozy, le Sénat de gauche n'a pas empêché une politique de droite ; sous Hollande, un Sénat de droite ne gênera pas, ou si peu, la politique du gouvernement. Ce qui compte, c'est le pouvoir : qui décide, qui tranche, qui a le dernier mot. C'est l'Assemblée nationale, pas le Sénat.

Il y a quand même quelque chose qui me chagrine dans les résultats de l'élection sénatoriale : c'est l'entrée de deux FN au palais du Luxembourg. L'assemblée des sages, comme on l'appelle, va accueillir deux fous et deux fourbes, des extrémistes de droite (voilà leur folie), des adversaires de la République (voilà leur fourberie). Vous me direz que deux, ce n'est pas beaucoup, ce n'est pas bien grave : mais si, c'est sérieux. Le Front national s'installe progressivement dans les fauteuils de la République. Bientôt, avec ses mauvaises manières néo-facho, il posera ses bottes sur les bureaux de Matignon et de l'Elysée. Il faut y penser et le redouter, ne pas jouer avec ça, ne pas le prendre à la légère. L'extrême droite au Sénat, même à petite dose, c'est un symbole désastreux pour les démocrates. Deux gouttes de nitroglycérine suffisent à tout faire péter.

Dans l'Aisne, je salue et je me réjouis de la réélection de mon camarade Yves Daudigny. Le siège n'était pas acquis d'avance, loin de là. Yves aura su résister à l'antisocialisme ambiant, qui a gagné forcément les grands électeurs. Sa campagne de proximité a été bien menée, hormis le couac organisationnel et médiatique à Saint-Quentin, dans lequel Daudigny n'est d'ailleurs pour rien (Saint-Quentin porte la poisse à la gauche, c'est une ville déclarée maudite pour les socialistes). Pour finir, j'adresse mes félicitations à la Saint-Quentinoise Pascale Gruny, candidate de l'UMP. C'est ça aussi, les bonnes manières républicaines.

L'art du mannequinat



Soyons légers en ce dimanche matin. C'était hier le défilé de mode sur la place de l'Hôtel-de-Ville, organisé par les Boutiques de Saint-Quentin. Il y avait du monde derrière les barrières, du monde sur le podium et du monde au balcon (vignette 1, observez bien). Le mannequinat, c'est un art de l'allure et de l'élégance, tout en jambes et en fesses (vignette 2).


samedi 27 septembre 2014

Un nouveau Front



J'ai très envie d'adhérer au nouveau parti que vient de lancer aujourd'hui Jean-Luc Bennhamias, le Front démocrate, social et écologiste. D'abord parce que, paradoxalement, le parti socialiste n'est pas, avec le travail de sape des frondeurs et de l'aile gauche, le meilleur soutien du gouvernement. Le Front démocrate se propose de défendre sans complexes la politique menée par Manuel Valls, ce qui évidemment me ravit.

Ensuite parce que je ne crois pas que le PS puisse changer de l'intérieur : c'est un parti d'élus, peu porté à débattre sur le fond des choses. Le changement ne peut venir que de l'extérieur. C'est ce qu'on a vu avec les primaires citoyennes, qui se sont ouvertes aux sympathisants et aux électeurs de gauche, au lieu d'en rester au petit noyau des militants, qui va progressivement en se réduisant comme peau de chagrin.

Enfin, le socialisme traditionnel, qui marque encore beaucoup les cadres intermédiaires du PS, n'est plus tenable. La ligne Hollande-Valls, ce n'est plus Jaurès-Blum, c'est Blair-Schroeder : il faut en tirer les conséquences politiques et organisationnelles. Le Front démocrate adhère totalement à la social-démocratie (une partie du PS y résiste). Bennhamias évoque avec justesse la culture du compromis et du consensus qui manque à notre pays (voyez à propos de la réforme des rythmes scolaires : tout le monde est d'accord sur le principe, personne n'arrive à s'entendre sur son application). Nous vivons une époque de refus, de pessimisme et de désespérance particulièrement inquiétante (c'est un climat propre à la France).

Ce qui me séduit aussi dans ce nouveau parti, le Front démocrate, c'est qu'il ne veut pas être une formation politique qui se rajouterait aux autres et rivaliserait avec elles (auquel cas je n'aurais aucun envie d'y adhérer). Non, le FD pousse à une recomposition de la gauche et de la majorité parlementaire, pour se diriger, d'ici quelques années, vers la création d'une sorte de Parti démocrate, à l'image de celui des Etats-Unis. Je pense en effet que l'avenir de la gauche est de ce côté-là (les primaires en étaient d'ailleurs la préfiguration).

Toutes choses égales, les socialistes sont dans la situation des années 60. Notre PS est proche de la SFIO d'alors : un appareil reposant essentiellement sur des élus, disposant de places fortes localement mais coupé en partie de la société (quand on voit le nombre et la qualité des adhérents dans les sections, on comprend vite le déphasage avec la population). Le socialisme ne s'est pas renouvelé grâce à la SFIO, incapable de se transformer, mais par la réflexion et l'action de petites structures (Convention des institutions républicaines, Fédération de la gauche démocratique et socialiste, Club Jean-Moulin, entre autres) qui ont abouti, dans les années 70, à la fondation d'un nouveau parti socialiste, en rupture avec la vieille SFIO. Il me semble que c'est dans cette stratégie que s'inscrit le Front démocrate de Bennahmias.

Il faut souhaiter bien sûr que ce nouveau parti ait des antennes locales. A Saint-Quentin, qui ne voit qu'on ne gagnera jamais dans l'état où se trouve actuellement la gauche ? Il faut remettre du débat, de l'activité publique, des perspectives d'avenir. Le Front démocrate peut sûrement remettre du mouvement dans cette morne plaine.

Et puis, Jean-Luc Bennhamias, c'est pour moi une retrouvaille, puisque j'étais membre (suppléant) de sa liste écologiste ouverte, aux élections municipales de 1989, dans la ville de Pantin, où alors je résidais. Son parcours personnel est assez intéressant : Vert à l'origine, il a quitté ce parti quand il a vu que c'était le PS en pire, jeux d'appareil et opportunisme à tous les étages. Il a tenté l'aventure centriste au MoDem, espérant constituer un introuvable centre gauche, avant de rompre récemment avec Bayrou, revenu à droite. Bennhamias, c'est un peu notre Cohn-Bendit national, dont il partage les grandes idées, "une vision libertaire de la social-démocrate". Tout ça me va, me plaît et m'enthousiasme.

vendredi 26 septembre 2014

Michel Morcrette



Ce n'est pas tous les jours qu'une journaliste du magazine TELERAMA vient à Saint-Quentin pour débattre d'un film. C'était hier soir, au multiplexe, Guillemette Odicino, à la suite du film "Party Girl" (en vignette à gauche, et à droite, au micro, Martine Davion, organisatrice de la rencontre, au titre de l'ACAP).

J'ai une pensée ce soir pour Michel Morcrette, qui nous a quittés mardi dernier, à l'âge de 54 ans. Michel était enseignant, directeur de l'école maternelle Camille-Desmoulins et responsable du syndicat SGEN-CFDT. Ses obsèques auront lieu demain, à 9h30, en l'église Jean XXIII, dans le quartier Europe.


jeudi 25 septembre 2014

La guerre



La France est en guerre. Mais combien de nos concitoyens en ont-ils conscience ? On parle d'"intervention militaire", de "frappes aériennes". Il n'y a pas de "déclaration de guerre", pas même de véritable armée adverse, puisqu'on parle de "terroristes". On bombarde des bâtiments, on ne vise pas des hommes. Il n'y a pas de troupes françaises au sol. Aucune négociation avec l'ennemi, aucune démarche diplomatique ne cherchent à trouver une résolution au conflit. On a plutôt l'impression, à entendre les mots utilisés, à une opération de police au niveau international, contre une bande de criminels. Or, ce n'est pas le cas : la France est bel et bien en guerre, et le président de la République a eu raison de ne pas esquiver ce mot terrible, la guerre.

La mort du malheureux otage et les réactions qu'elle a suscitées prouvent que la France n'est pas prête à la guerre, du moins dans les esprits, parce que nous ne savons plus très bien ce que c'est que la guerre. Il y a pourtant une expression commune qui le résume très bien : les "horreurs de la guerre". Toute guerre produit des horreurs, il n'y a pas d'exception. La guerre est toujours sale (mais il faut la faire, quand elle est juste). Nous sommes effarés par la mort de cet homme, comme si c'était une découverte, comme si la guerre pouvait échapper à ces atrocités, alors que toute l'histoire de l'humanité le dément, hélas. La guerre est forcément un événement tragique qui fait d'innocentes victimes.

Le mot de "décapitation" (d'ailleurs inexact) est répété à satiété, comme une sorte de jingle sinistre. Employer le langage de l'adversaire, c'est déjà s'avouer vaincu. Les commentaires ne cessent pas d'additionner les superlatifs : horrible, effrayant, terrifiant. Là encore, les terroristes, qui veulent semer la terreur, y réussissent parfaitement. L'arme efficace et redoutable que nous pourrions opposer à leur logique de mort, ce serait un silence de mort. Mais notre société bavarde et médiatique en est incapable : il lui faut toujours tout commenter, tout rapporter. La vidéo du crime n'est pas montrée, mais partiellement décrite, en tout cas évoquée : la part laissée à l'imagination est sans doute aussi terrible que la diffusion des images.

Notre société est prête à bien des aventures, sauf à faire la guerre. Nous sommes devenus hypersensibles, ultra-émotifs. La plus petite violence domestique nous révulse, même certains mots nous choquent et nous font réagir. Notre mentalité est pétrie de morale, de bons sentiments, respect, tolérance, humanisme, vertu d'indignation, et c'est sans doute un grand progrès de l'humanité. Mais la guerre n'a rien à voir avec tout ça : la guerre est le contraire de tout ça. Elle nous oblige à riposter, à être durs, impitoyables, à rendre coups pour coups : c'est ça la guerre, depuis toujours, mais si loin de nous, de notre état d'esprit.

Nous qualifions les djihadistes de "barbares", de "terroristes". Oui, mais ce ne sont pas non plus de vulgaires délinquants prêts à tout pour du fric ou des fous furieux qui font n'importe quoi. Ils sont motivés par une idéologie qui nous est devenue, dans nos pays occidentaux, largement étrangère : le fanatisme religieux, la soif sanglante d'absolu, le sacrifice de sa propre vie et de celle des autres. Toute notre histoire nous montre, mais nous l'avons oublié, que la religion peut être source de spiritualité, d'art et de civilisation, mais qu'elle peut être aussi le moteur de massacres, de tortures et de guerres. Employer les termes définitifs de "barbares" et de "terroristes" en quelque sorte nous rassurent en fixant nos consciences, mais ils n'expliquent rien du tout, ils passent à côté de la réalité (relisez le livre de Vercors, "Le silence de la mer", qui en pleine Occupation décrit l'officier allemand pas du tout comme un "barbare", alors qu'il participaient pourtant à un système de "barbarie").

Notre faiblesse, c'est aussi le régime d'opinion qui est le nôtre. C'est une force en situation de paix, mais une faiblesse en état de guerre. Voyez les réactions du maire et des habitants du village où résidait Hervé Gourdel : une nuance de "colère" se fait entendre au milieu de l'accablement, de la tristesse et de la stupeur, le sentiment que les autorités françaises n'ont peut-être pas fait ce qu'il fallait, que les "frappes" sont peut-être intervenues trop tôt. La critique est encore diffuse, retenue, mais elle est là, on la sent, il suffirait de peu de choses pour qu'elle éclate. C'est exactement là-dessus que comptent les "terroristes" : amener la France à céder, à reculer, parce que l'opinion ne supporte pas les "horreurs de la guerre".

Il y a aussi ce paradoxe tragique, qui ne peut que nous mettre mal à l'aise : l'armée française et l'une des plus puissantes au monde, dotée de la force nucléaire. Les djihadistes, à côté, ne sont rien du tout, à peine une armée, sans grands moyens, sans technologies ni spécialistes, des bandes de fanatiques à la mitraillette et au couteau. Mais ils donnent le sentiment de la puissance, ils se paient le luxe inouï de nous faire peur, de nous faire douter, ils espèrent nous faire reculer, nous les géants. C'est quelque chose qui ne s'est jamais vu dans l'histoire militaire, où ce sont toujours les plus forts qui s'imposent aux plus faibles et qui ne redoutent rien d'eux.

Enfin, je suis assez surpris par cette campagne sur l'internet, Not in my name, ces jeunes musulmans qui refusent que les djihadistes se réclament de leur foi. Comme si c'était l'essentiel, comme s'il suffisait de passer par le vocabulaire. De fait, les djihadistes agissent "au nom de Dieu" et s'inspirent de l'Islam, comme les Croisés massacreurs portaient la croix du Christ sur leur armure, comme les catholiques suppliciaient et exterminaient autrefois les protestants. Ce n'est pas en changeant les mots qu'on change les réalités. "Not in my name" est une réaction très contemporaine, individualiste, qui revient à dire : "moi, je n'ai rien à voir avec tout ça". Mais supposons que les djihadistes ne se réfèrent pas à la religion musulmane, qu'est-ce que ça changerait à l'ignominie de leurs actes ? Rien du tout. Ce que je pense, c'est que ces tueurs vont puiser leurs forces dans une transcendance sanglante, à l'aune de quoi la vie est quantité négligeable et la mort promesse de paradis. Nous qui ne croyons plus en rien du tout (religieusement parlant), nous sommes éberlués par une telle attitude.

La guerre ne se règle pas par la sensibilité ou la morale, mais par la guerre, en utilisant les mots justes pour décrire ce qu'on veut et ce qu'on fait, dans la désignation de l'ennemi. De cette guerre dont nous savons qu'il nous est impossible de la perdre, il n'y a qu'une seule chose à espérer : qu'elle soit la plus courte, la plus rapide possible.

mardi 23 septembre 2014

La maladie qui ne s'oublie pas



C'était aujourd'hui, au palais de Fervaques, la journée d'information sur la maladie d'Alzheimer, à l'invitation de l'association France Alzheimer Aisne, présidée par Jean-Michel Pouchain. Une table ronde a réuni Hélène Lefèvre, neuropsychologue, Réjane Waget, vice-présidente, Martine Jullin, gériatre (au micro), Adeline Venet, pilote de la MAIA (vignette 1), devant un auditoire attentif (vignette 2). De nombreux stands ont pu accueillir tout l'après-midi le public.

Vous avez dit Bizz'art ?



Vous avez jusqu'à demain pour leur rendre visite, au 115 rue d'Isle : c'est l'expo Bizz'art festival (quelques oeuvres en vignettes), avec Yan Plastic Bertrand, le photographe du festival, Fay Paul, graffeur, Jocelyn et Narkia, virtuoses dans la peinture et la sculpture dark, Phi'Lo, paysagiste, les associations Artifices/Rimka (art Urban) et Art Mature (inspiré par l'art tribal et primitif).

lundi 22 septembre 2014

Un conseil sans éclat



Le conseil municipal de Saint-Quentin est la seule réunion qui n'a pas droit à son quart d'heure saint-quentinois. Il commence à 18h00 pétantes. Résultat : cette année, terminant à cette heure-là mes cours, j'aurai forcément 15 minutes de retard. Imaginez si j'avais été conseiller municipal ! Je suis arrivé au moment où Olivier Tournay (PCF) se livrait à une double critique de Xavier Bertrand et du gouvernement sur les dotations d'Etat aux collectivités locales. Bon, rien n'a changé par rapport à la saison précédente, un peu comme dans certaines séries américaines qui peinent à se renouveler.

Je m'attendais, pour une séance de rentrée et la mise en jambes de la nouvelle opposition, à quelque chose de pétaradant. Je suis resté sur ma faim (qui est grande, comme vous le savez). Il y a tout de même eu un petit sursaut, à propos du nouveau règlement intérieur : Olivier Tournay (qui pose toujours autant de questions) doute de la légalité d'y voir mentionner les "groupes politiques". Xavier Bertrand lui suggère de porter l'affaire devant le tribunal administratif. Décidément, à Saint-Quentin, les règlements de compte politiques ne se font pas à coups de pétoires mais de prétoires ...

Autre petit sursaut, à propos de la désignation du défenseur municipal des droits. Son titulaire, Philippe Mancheron, a osé une métaphore risquée, pour expliquer qu'il avait répondu favorablement à la proposition du maire : "j'ai tout de suite mordu à l'hameçon". Reste à savoir si c'est un gros poisson ou du menu fretin ... Carole Berlemont (PS) n'est pas contente d'avoir appris la nouvelle dans St-Quentin Mag (excellent magazine au demeurant). Elle se demande si on ne la prend pas pour un "pantin". Moi aussi, je me le demande.

Parmi les annonces, celle d'une "mairie mobile", dans un mini-bus : si tu ne viens pas à la mairie, la mairie viendra à toi, ça pourrait être son slogan. Il a été question d'un achat de parcelle (ou de vente, je ne sais plus) "impasse Garand". Les paupières assoupies de certains élus de droite se sont alors lourdement soulevées, laissant percer sous des yeux mi-clos une vague étincelle d'ironie. La lutte finale, ce ne sera pas pour aujourd'hui.

dimanche 21 septembre 2014

Sarkozy toujours Sarkozy



Je viens de voir Nicolas Sarkozy à la télévision, à l'instant. En début d'émission, il a fait le gentil, le modeste, celui qui joue collectif avec les siens, qui ne veut pas polémiquer avec son prédécesseur. Et puis, au fur et à mesure, les minutes passant, la nature a repris ses droits, Sarkozy tel qu'en lui-même nous est réapparu, comme si, en vérité, il ne nous avait jamais quittés. Lui, en tout cas, n'a jamais quitté la politique.

Des propositions ? Aucune, sinon faire des référendums, ce que proposent généralement ceux qui n'ont rien à proposer. Un bilan de son action ? Aucun, sinon des regrets sur son comportement, ce qui ne nous avance pas beaucoup. A plusieurs moments, en le voyant, en l'écoutant, j'avais envie de rire : tant d'outrance, de culot ... Cet homme est fou, oui, mais fou de politique, et c'est ce qui en fait, pour la gauche, un homme dangereux.

Juppé n'est pas dangereux : quand l'ancien Premier ministre dit qu'il ira "jusqu'au bout", personne ne le croit. Quand Sarkozy ne le dit pas, tout le monde pressent, et moi aujourd'hui, qu'il ira "jusqu'au bout", c'est-à-dire jusqu'à la prochaine élection présidentielle. Mitterrand disait : "en politique, on ne peut rien contre la volonté d'un homme". Sarkozy, ce soir, était Sarkozy, et rien d'autre : un homme de droite, un homme de volonté, un homme dangereux pour la gauche.

La philo au village



Agréable et instructif café philo, proposé par le musée de la Caverne du Dragon, accueilli par la bibliothèque municipale de Corbeny et sa sympathique responsable, Christelle Tourrier, et animé par votre serviteur, toujours aussi polyvalent (vignette 1, je prépare le café et les gâteaux). Anne Bellouin, responsable du musée, lance la séance (vignette 2). Pendant le débat, même le photographe a pris de la hauteur (vignette 3). A la fin, tout le monde s'est retrouvé, ravi, pour la photo de groupe, en souvenir (vignette 4). Ah, j'oubliais, le sujet c'était "après la guerre, la nature reprend-t-elle ses droits ?" Le café philo décentralisé dans des villages, c'est une formule qui marche, que nous reprendrons sans doute pour la prochaine séance, le 16 novembre.

La nature des jardins



Dans le cadre des Journées du Patrimoine, j'ai exposé hier, à la bibliothèque municipale, une petite réflexion sur les jardins de Saint-Quentin, intitulée "la nature des jardins", dont je vous livre la version écrite.

Introduction : à la suite d'une déambulation cet été dans 16 jardins publics de notre ville, je me suis interrogé sur la nature des jardins, au double sens de leur végétation et de leur identité. A la façon d'Aristote qui classait les animaux, j'ai rangé les jardins locaux en 7 catégories. Le jardin comme objet de réflexion philosophique, c'est inhabituel, mais Jean-Pierre Le Dantec ("Poétique des jardins", 2011) et Jean-Christophe Bailly ("Le Dépaysement", 2011) m'ont largement précédé dans cette tâche.

1- Les jardins souverains. Ils sont grands, élégants, majestueux et très fréquentés, à tel point qu'on les appelle plus volontiers des parcs. Il s'agit bien sûr des Champs Elysées et du parc d'Isle. Le premier rassemble des populations opposées : jeunes et vieux, actifs et retraités, sportifs et paresseux, solitaires et amoureux, boulistes et tennismen, humains et chiens. Ce jardin est un suzerain qui a son vassal, le jardin d'horticulture, jardin dans le jardin. Le parc d'Isle est à double visage : nature domestique, réserve sauvage. C'est ce face à face inédit qui le rend intéressant. Son vassal, c'est la fermette d'animaux.

2- le jardin d'ornement. A la différence du jardin souverain, qui constitue un monde en soi, ce deuxième type est dépendant d'un monument ou d'une bâtisse. Par lui-même, il perd un peu de son intérêt. C'est un décor, un écrin, un moyen d'embellissement : jardin de la gare, jardin de la basilique, jardin du musée (Antoine-Lécuyer). Ce dernier ne se visite d'ailleurs pas, mais se regarde, à travers ses grilles, comme au zoo.

3- Les jardins îlots. Ce sont des émergences de nature au milieu de la mer de bitume, cernées par les voitures qui passent : le jardin de la place Branly, le jardin de la place Danton.

4- Les jardins de quartier. Ils sont en osmose avec leur environnement direct, immobilier, et ne sont généralement fréquentés que par leurs proches habitants : le jardin au milieu du quartier Europe, le jardin du quartier de Vermand (en haut de la rue de Vermand), les jardins de l'Hôtel-Dieu (au milieu du lotissement du même nom, dans le centre-ville).

5- Les jardins de passage. Ce sont des entre-deux, des lieux de circulation, à faible identité personnelle : le square Romain-Tricoteaux (immense espace de gravier, vide, barré d'une longue allée, entre le centre-ville et le quartier Saint-Martin), l'espace vert entre le quartier de Vermand et Auchan, coincé aussi entre le cimetière militaire et les entreprises de la zone commerciale, passage quasi réservé aux habitants du quartier qui se rendent à pieds faire leurs courses.

6- Les jardins cachés (ce qui est un paradoxe pour un jardin public). Ce sont des jardins qu'on ne voit pas ou très peu : le jardin du Nain d'Alsace, rue Quentin-Barré, très intérieur, repérable pourtant de loin par la cheminée de son ancienne distillerie ; le jardin le plus petit et le plus méconnu de la ville, un banc, un jeu d'enfants, deux arbres, à l'angle des rues Blanc Mont et Epargnemailles.

7- Les jardins d'occupation. Ils sont généralement ... inoccupés, on se demande à quoi ils servent, ils sont là pour faire joli, distraire les automobilistes ou occuper un vide (la ville comme la nature ont horreur du vide). On ne peut pas y lire (trop bruyant), on ne peut pas y jouer (trop dangereux, près de la chaussée encombrée) : le jardin du boulevard Richelieu, à l'angle de la rue Albert Thomas ; le jardin rue de Paris, du côté de l'APF et du collège Jean-Moulin (tous les deux sont à des feux tricolores, pollués par les automobiles).

Conclusion : les jardins de Saint-Quentin se déclinent en diverses natures, de la plus noble, le jardin souverain, à la plus indéterminée, le jardin d'occupation. On pourrait dire d'un jardin que c'est un lieu sage : il n'en est rien, c'est plutôt un endroit de transgression, où les très pauvres viennent se réfugier après avoir été chassés d'ailleurs, où les drogués et alcooliques satisfont à leurs vices, où les couples illégitimes cachent leurs baisers, et parfois, derrière les bosquets, leurs ébats.

samedi 20 septembre 2014

Dédé a gagné



André Bergeron nous a quittés. Bergeron, que de souvenirs ! Années 70 : Dédé, comme on l'appelait, n'avait pas la tête de l'époque. Cheveux très courts, en brosse, fines lunettes dorées dont les branches lui entraient dans la chair, costard cravate, il n'avait rien pour plaire, en tout cas pour me plaire. Le leader syndical de Force ouvrière ressemblait à un notable SFIO de la IIIe République, un rad-soc, laïque et républicain certes, mais il en fallait beaucoup plus en ce temps-là pour intéresser et séduire.

Surtout, il y avait le discours et les idées d'André Bergeron. Quelques années après la secousse de Mai 68, il nous ressortait les vieilles lunes : négociation, compromis, résultats concrets, syndicalisme de la feuille de paye. Son expression favorite : "il faut du grain à moudre". Tu parles ! Moi, j'étais plutôt CFDT, syndicalisme de transformation sociale, ce qui avait quand même une autre gueule. Dédé voulait augmenter le pouvoir d'achat et préserver les retraites, moi et beaucoup d'autres à gauche, on voulait changer le monde, réduire les inégalités, modifier les conditions de travail.

Bergeron, à mes yeux, était un réac, bien que membre du parti socialiste (ça ne se voyait pas vraiment). Mon grand-père, cégétiste et communiste, me disait : "FO, c'est le syndicat qui signe avec les patrons". Trahison de classe, redistribution des miettes de la prospérité : impossible d'être du côté de Dédé. Pourtant, je voyais bien qu'Arlette Laguiller était à FO, les terribles lambertistes de l'OCI aussi (Organisation communiste internationaliste). Mais justement, dans mon milieu, la réponse était toute prête : les gauchistes, ce sont les diviseurs de la gauche, payés par le patronat (eh oui, l'époque n'était pas toute en finesse, surtout chez les stals - les staliniens, je veux dire).

Et puis, l'anticommunisme d'André Bergeron faisait vraiment ringard. Pour lui, les cocos étaient des bolcheviques, des moscoutaires, des Russes en France. Je n'étais pas communiste, mais je ne craignais pas les communistes, et j'avais compris, avec Mitterrand, qu'il valait mieux les avoir dans sa poche que sur le dos. Dédé, au nom de la charte d'Amiens, dissociait complètement syndicalisme et politique, prônait les vertus de l'indépendance. Moi, non : je savais bien que la CFDT était à gauche, que la FEN était socialiste, que la CGT était aux mains des communistes. Et alors ? C'était plutôt bien, ça ne me gênait pas : FO, pour moi, c'était du corporatisme, un peu comme certains syndicats dans l'Education nationale qui revendiquaient pour avoir plus de taille-crayons (c'est une image). Spontanément, j'établissais un lien entre politique et syndicat. Encore aujourd'hui, je le pense, même si je pense aussi qu'une organisation professionnelle doit être autonome à l'égard des pouvoirs et des partis.

40 ans après, à l'annonce du décès d'André Bergeron, quelle est ma principale réaction, en dehors du petit coup de nostalgie ? Dédé a gagné ! Aujourd'hui, son réformisme (on ne disait pas encore à l'époque "social-démocratie", c'était réservé à l'Allemagne et à la Suède) imprègne toute la gauche : négociation, dialogue social, compromis, signature avec le patronat, défense des acquis, etc, même la CGT y est venue. Par un curieux retournement de l'histoire, FO, avec Blondel et Mailly, s'est un peu plus, au contraire, radicalisé, depuis les grandes grèves de 1995. Mais, en gros, la ligne Bergeron l'a emporté dans la culture de gauche. Avec ça, je crois qu'il a pu mourir tranquille, ses petits yeux plissés d'ironie derrière ses fines lunettes dorées. Oui, c'est sûr, Dédé a gagné.

Philippe a la technique



A chacun ses journées du patrimoine. Pour moi, c'était à la bibliothèque municipale, pour une conférence sur les jardins de Saint-Quentin (je vous en reparlerai demain). Mon collègue Philippe Henry, professeur de philosophie au lycée Condorcet et président de Rencontre Citoy'Aisne, m'a succédé, avec une belle intervention sur "la technique nous détache-t-elle nécessairement de la nature ?" (en vignette, au micro).

Cette année, les journées du patrimoine ont pour thème : patrimoine naturel, patrimoine culturel. Philippe nous a entraînés dans de multiples références, Jonas, Descartes, Kuhn, Rousseau, Heidegger, Machiavel et Simone Weil. Il fera prochainement une conférence sur l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick. Demain, 16h30, café philo à Corbeny, sur la nature dans la guerre. Qui m'aime me suive !

vendredi 19 septembre 2014

Sarkozy m'inquiète



Un socialiste aurait tout lieu de se satisfaire, sinon de se réjouir, du retour de Nicolas Sarkozy dans la vie politique. L'antisarkozysme a tellement bien fonctionné en son temps qu'on se dit qu'il pourrait resservir. Hélas, la politique, ce n'est pas comme la cuisine, il ne suffit pas d'appliquer immuablement les mêmes recettes pour que la mayonnaise prenne à l'identique. Le retour de Sarkozy m'inquiète. Cet homme est dangereux pour la gauche, le plus dangereux des hommes de droite. Je vais vous dire pourquoi :

1- Ce n'est pas parce qu'un homme politique a été battu une fois qu'il le sera une seconde fois. D'autant que Sarkozy, en 2012, n'a pas été battu de beaucoup. A droite, chez les sympathisants, il reste populaire. Sa base électorale est donc réelle. Qui l'aurait cru, il y a deux ans ? Non, la bête n'est pas morte, loin de là.

2- Qu'un ancien président de la République redevienne président de la République parait invraisemblable, de la politique-fiction peu crédible. Mais qu'en savons-nous ? Le FN, premier parti de France dans un scrutin européen, qui aurait imaginé ce cauchemar ? Nous vivons dans une société où tout est possible, pour le meilleur ou pour le pire : Sarkozy président, ce n'est pas impossible.

3- La comparaison avec Valéry Giscard d'Estaing, ancien président qui n'est jamais revenu au sommet de l'Etat malgré son jeune âge, n'est pas probante. D'abord, il est difficile de juger à partir d'un cas unique. Mais surtout, VGE en 1981 sort de l'Elysée sous les huées et les crachats, complètement impopulaire, et dans des circonstances historiques sans comparaison avec aujourd'hui.

4- Nicolas Sarkozy choisit la bonne stratégie, celle de Mitterrand, celle de Chirac : prendre d'abord le parti, pour prendre la tête de l'Etat. Qui tient le parti décide de la suite. L'UMP est en morceaux, divisé, ses adhérents restent sarkozystes dans l'âme : Nicolas Sarkozy serait bien bête, et peu politique, de ne pas s'en emparer. Quand un pouvoir vous est offert sur un plateau, on le prend, on ne le repousse pas.

5- Mais ce qu'il y a de plus dangereux chez Sarkozy, quand on est de gauche, c'est Sarkozy lui-même, l'homme, le caractère. Il a la niaque, le désir de revanche, c'est-à-dire la pulsion la plus puissante et la plus motivante en politique, contre laquelle on ne peut pas grand chose. Un homme battu, qui veut se relever et se venger, c'est un animal blessé prêt à tout, qui n'a plus rien à perdre : il est plus dangereux qu'un serpent.

6- Sarkozy est le seul dans son camp à savoir faire de la politique. Il a fait ça toute sa vie, il ne sait rien faire d'autre : le secret de son retour, le voilà. Alain Juppé, c'est un gentil et un rigide. Jean-Pierre Raffarin ne pense qu'à la présidence du Sénat. François Fillon, c'est un brillant second, pas un premier capable de tout écraser sur son chemin. Le Maire, Bertrand, ce n'est pas encore le tour, ça viendra, plus tard.

7- La chance de Sarkozy, c'est Le Pen. La victoire en politique est une question d'opportunités. J'en vois une belle se présenter pour Sarkozy, un possible positionnement pour lui : se présenter comme le meilleur rempart face à l'extrême droite (les sondages donnant pour l'instant le candidat de gauche battu par celui du FN). Ce serait évidemment paradoxal, quand on se souvient que Nicolas Sarkozy, dans la campagne de 2012, a braconné sur les terres de l'extrême droite. Mais la vie politique est autant faite d'opportunités que de paradoxes.

Finalement, en tant que socialiste, je préférerais avoir à la tête de l'UMP et comme adversaire à la prochaine présidentielle Alain Juppé ou François Fillon, beaucoup moins dangereux que Nicolas Sarkozy. Quant aux affaires judiciaires dans lesquelles est pris l'ancien chef de l'Etat, je crois qu'elles ne seront d'aucune influence : jamais un tribunal ou un jugement n'ont déterminé le sort d'une élection ou d'une carrière politique. J'aurais donc souhaité que Sarkozy reste chez lui. Trop tard, le grand méchant loup est sorti du bois. Si l'ouverture de la chasse pouvait nous faire oublier l'extrême droite, ce serait la seule bonne nouvelle.

jeudi 18 septembre 2014

Hollande, président dur dur



J'aime beaucoup les conférences de presse présidentielles dans les salons de l'Elysée. Elle redonne du lustre, du sens, de la grandeur à la fonction, qui en a bien besoin en ce moment. J'ai regardé toute la conférence de François Hollande, que j'ai trouvé très bien, très président. La première demi-heure était un peu ennuyeuse, le chef de l'Etat un peu crispé (c'est la partie présentation de son action, très conventionnelle). En revanche, face aux questions des journalistes, il a été bon, s'est détendu, s'est montré mordant, combatif, caustique quand il le fallait.

L'exercice est forcément ritualisé, donc figé. Mais c'est très bien comme ça. Le tapis rouge, les chaises en rangs d'oignons, les tentures des deux côtés du président de la République, le paysage bucolique qu'on devine tout au fond, à travers une fenêtre, j'aime aussi beaucoup. Ce qui est amusant, ce sont les mouvements de caméra sur les visages des ministres, tout aussi figés que le décor, esquissant parfois un timide sourire ou bien secouant très légèrement la tête de haut en bas, pour exprimer leur acquiescement aux propos présidentiels ( ces visages-là me font penser aux têtes de chien en peluche qui bougent à l'arrière ou à l'avant des voitures, quand celles-ci sont en marche).

Sur le fond, ce sont les principes de la fonction présidentielle, rappelés par François Hollande, que j'ai retenus. D'abord, le fait qu'il n'est pas candidat, mais pleinement président, jusqu'au terme de son mandat. Ensuite, qu'il n'agit pas pour lui-même, en vue de son intérêt personnel, mais dans l'intérêt général de la France et des Français. Et puis, il a fort justement écarté toute nouvelle question sur sa vie privée. Il faut quand même redire que la vie personnelle de nos hommes publics, leurs problèmes de famille, de santé ou d'argent, on s'en fout ! Ce qui compte, aux yeux des Français, qui eux aussi ont leurs problèmes de famille, de santé et d'argent, c'est l'action publique de l'homme public, et les résultats qu'il peut apporter. Rien d'autre. Enfin, il était essentiel que le président s'inscrive dans la durée et dans l'avenir : l'action politique ne se fait pas dans le temps présent (parce que rien de sérieux ne peut se construire dans le temps présent).

Je veux terminer cette rapide réaction à chaud par ce qui m'a semblé la question la plus stupide de toute la conférence : pourquoi le président de la République n'avait-il pas de parapluie pour le protéger lors des cérémonie à l'île de Sein ? Cette imprudence n'a-t-elle pas porté atteinte à la fonction présidentielle ? La journaliste en question aurait pu aussi, dans sa lancée, sans honte, lui demander la couleur de son slip ou la marque de ses chaussettes ... Il y a des moments où la retenue du chef de l'Etat est digne d'admiration. Mais ne l'a-t-il pas dit en conclusion : Hollande est encore plus "dur" envers lui-même que les autres ne sont "durs" avec lui.

mercredi 17 septembre 2014

A bas la dictature langagière !



Je dénonçais hier la République sondagière, dans laquelle nous sommes entrés. Aujourd'hui, je veux m'en prendre à la dictature langagière, qui sévit depuis une quinzaine d'années dans notre société. Les personnes publiques, et tout citoyen, sont soumis à un politiquement correct du langage. Les mots que nous proférons ou écrivons doivent être désormais soigneusement choisis, passés au crible de l'auto-censure et mis en conformité avec la morale ambiante, dont les trois commandements sont les suivants : ne pas blesser, ne pas mépriser, mais respecter.

Je vous le dis, et vous le savez : j'emmerde la morale ambiante, je refuse la dictature langagière ! Ne pas blesser ? Alors, c'est accepter l'hypocrisie et le mensonge, car chacun sait bien qu' "il n'y a que la vérité qui blesse". Ne pas mépriser ? Mais si ! Il y a des comportements, des paroles et des personnes qui sont éminemment méprisables. En ce sens, le mépris est un devoir sacré. Respecter ? Non, le respect n'est pas un droit, mais un mérite, une récompense. Ce serait un crime que de respecter quelqu'un qui n'est pas respectable. Ma morale personnelle, contre la morale actuelle : dire toujours la vérité, quoi qu'il en coûte ; mépriser ce qui est méprisable ; respecter ce qui mérite le respect. Simple, non ?

Pourquoi vous dire tout ça ? Parce que je veux ce soir prendre la défense du ministre de l'Economie, ignoblement attaqué. Emmanuel Macron a dit une vérité, connue de tous, qui est l'objet d'une lutte nationale depuis longtemps : il s'agit de l'illettrisme, dont il a donné un exemple précis, concret. C'est un fléau de notre société, qui frappe en premier ses victimes : les illettrés sont ceux qui sont passés par l'école, mais ne maîtrisent plus ou mal l'usage de l'écrit, ce qui est lourdement pénalisant pour leur vie quotidienne et surtout l'accès à l'emploi. Macron a rappelé cette vérité, et il a eu mille fois raisons.

Alors, que lui reproche-t-on ? Seulement d'avoir utilisé le mot d' "illettrés" ! C'est assez stupéfiant. Comment aurait-il dû s'exprimer ? Peut-être aurait-il dû dire : "les personnes qui ne maîtrisent pas bien le français" (comme on dit "les personnes à mobilité réduite" au lieu des "handicapés en fauteuil roulant"). Mais allez savoir si ces mots-là ne sont pas, eux aussi, "blessants" et "méprisants" ? C'est vraiment une histoire de fou et un tour de con ! Mais c'est surtout malhonnête : on veut faire croire qu'il y avait du mépris dans la bouche et dans la tête de Macron, alors que l'évidente vérité est que non.

Emmanuel Macron a eu tort de présenter ses excuses devant l'Assemblée nationale, de s'être ainsi plié aux impératifs de la dictature langagière. C'est donner le mauvais exemple, encourager au vice. Il aurait dû au contraire, crânement, assumer ses propos et les balancer de nouveau à la gueule des députés de droite qui l'attaquaient. Ne craignons pas de blesser au nom de la vérité, de mépriser au nom de la justice et d'être irrespectueux à l'égard de ceux qui le méritent. Dressons-nous devant ce que le philosophe Nietzsche appelait la "moraline", ce mélange de fausse morale, de psychologie vaseuse et de tyrannie syntaxique. Prenons garde : bientôt, mais c'est déjà commencé, nous ne pourrons plus rien dire, plus rien écrire sans devoir passer devant le tribunal de la bienséance du vocabulaire. Non, résistons : à bas la dictature langagière !

mardi 16 septembre 2014

La gauche est majoritaire



En ce jour de vote de confiance à l'Assemblée nationale, il faut rappeler une évidence institutionnelle : nous vivons dans une République parlementaire, pas dans une République sondagière. Ce ne sont pas les enquêtes d'opinion, aussi intéressantes soient-elles, qui expriment la souveraineté nationale : ce sont les représentants du peuple, c'est-à-dire les députés. Aujourd'hui, ils ont été une majorité à approuver la politique proposée par le chef du gouvernement. Toute contestation de cette légitimité serait factieuse, frondeuse, antirépublicaine.

Mais, me direz-vous, cette majorité de gauche a rétréci, est relative, et plus absolue. Je vous réponds : et alors ? Une majorité, petite ou grande, relative ou absolue, est une majorité, et c'est la seule chose qui compte. S'il fallait exclure ou décrédibiliser, dans l'histoire de la République, tous les votes qui ont été obtenus d'une courte voix, il n'y aurait plus d'histoire de la République !

Ce que je retiens surtout de l'événement, c'est que les "frondeurs" ont raté leur coup, ont fait un flop, et je m'en réjouis. On les annonçait à 50, ils se retrouvent à une trentaine. C'est encore trop, je suis bien d'accord. Mais s'il y a un rétrécissement, c'est de leur côté. Ils n'ont pas réussi à entraîner. Que leur reste-t-il maintenant ? Rien, ils sont gros-Jean comme devant : pas d'alternative, pas d'influence, pas de chef, pas d'avenir. Je suis à peu près sûr qu'ils disparaîtront, comme le lavabo qui se vide.

Le discours du Premier ministre n'a révélé aucun surprise : tant mieux, un discours de politique générale n'est pas fait pour ça. Tout socialiste honnête et en cohérence avec son parti ne peut que l'applaudir. Certains commentateurs repèrent des "signes" pour plaire à l'aile gauche. Je ne vois rien de cela. Et puis, quel mépris se serait pour elle, que de vouloir lui plaire, comme un enfant turbulent à qui on distribue des bonbons pour le calmer !

Enfin, j'ai aimé l'esthétique du discours. La politique, c'est d'abord une forme de rhétorique. Valls a un beau profil de médaille, un visage tendu et une parole fougueuse, qui me plaisent beaucoup. Son intervention est structurée, saccadée, assénée, comme je les apprécient. Un tel niveau oratoire fait rêver. A côté, bien des discours politiques sont de la bave de limace, de la neige sale fondue au soleil. Les "frondeurs" sont des petits bras, à la petite semaine, juste capables de pisser contre leur propre camp. Manuel Valls, c'est un cogneur qui va chercher l'adversaire, le nomme et s'apprête à le combattre. Du grand art, de la grande politique, du Clémenceau en plus jeune.

lundi 15 septembre 2014

Journées du patrimoine



Les journées du patrimoine, c'est le week-end prochain. Je vous invite à me retrouver le samedi, à 15h00, dans la bibliothèque municipale de Saint-Quentin, pour une conférence intitulée "nature et culture", le thème des journées, cet année, étant "patrimoine naturel, patrimoine culturel". L'intervention sera originale puisqu'elle se fera à deux voix, deux prises de parole successives sur le même sujet, suivies bien sûr d'un débat avec le public : je serai en (bonne) compagnie de mon collègue Philippe Henry, professeur de philosophie au lycée Condorcet.

Le lendemain, c'est à Corbeny que nous pourrons nous rencontrer, à l'initiative cette fois du musée de la Caverne du Dragon, qui proposera un circuit thématique sur la forêt dans la guerre, une promenade dans les bois, qui se terminera à la bibliothèque municipale, où j'animerai un café philo sur ce thème (tout le programme en vignette). Car les hommes ne sont pas les seuls victimes d'un conflit militaire : la nature aussi. Le sujet est moins souvent évoqué, parce qu'il semble secondaire, sinon sans intérêt. Nous en discuterons, à partir de 16h30.

dimanche 14 septembre 2014

Frondeurs et guignols



L'image était saisissante : à la fête de l'Huma, à la même table, partageant le pain et le sel, des parlementaires socialistes paisiblement installés, discutant avec Mélenchon, Laurent et ceux qui s'apprêtent, dans deux jours, à censurer le gouvernement. Le Christ, lors de la Cène, n'avait qu'un Judas, là il y en a trois : Paul, Guedj et Lienneman. Les caméras les filment complaisamment, les trois ont l'air content de leur affaire.

Que disent-ils pour leur misérable défense ? "Il y a toujours eu des socialistes à la fête de l'Humanité". L'argument est puant d'hypocrisie. Oui, il y a toujours eu des militants socialistes à La Courneuve, moi même je m'y suis souvent rendu, parce que le PCF fait partie de la grande famille de la gauche, que sa fête historique est vraiment intéressante. Mais la venue d'un parlementaire, ce n'est pas la même chose, ça a un tout autre sens ! Surtout dans le contexte politique actuel. A la fête de l'Huma, il y a déjà eu des ministres ou des élus socialistes invités à des débats, mais pour défendre la politique du gouvernement socialiste, pas pour la dénigrer. Alors je dis non, cette présence est une guignolade.

Les trois frondeurs ont un autre argument, pour se protéger : ils n'ont pas l'intention de renverser le gouvernement, ils ne font que s'abstenir. Elle n'est pas mal, celle-là ! Peut-être faudrait-il les remercier de leur mansuétude ? La vérité, Valls la très bien dit, c'est que le vote de mardi prochain devra exprimer un fort soutien au gouvernement : si la majorité était de justesse, l'effet politique serait déplorable (d'autant qu'un vote n'est jamais à l'abri d'un accident, comme l'a souligné le Premier ministre). Les frondeurs veulent nous faire croire qu'ils tirent à blanc, que leurs lames de couteaux sont en plastique : avec eux, c'est guignol, les coups de bâton seraient faux, pour de rire, ne feraient pas mal. Hélas, leur nuisance politique est tout ce qu'il y a de plus réel.

Jean-Luc Mélenchon, qui s'y connaît en guignolade, a flairé la contradiction de ses invités d'un jour : s'abstenir, dit-il en substance, ça n'a aucun sens ; si on est contre la politique du gouvernement, on vote contre. De son point de vue, il a raison, les frondeurs sont incohérents. D'un autre côté, leur manque de courage, ou leur inconséquence, arrangent fort heureusement, si on peut dire, le parti socialiste, qui échappe ainsi au pire. Mais on se passerait fort bien de ce genre d'attitude, dans la crise que nous traversons. Des frondeurs ? Non, des guignols.

Le beau monde



Séance de rentrée du ciné philo, demain, à 20h00, avec du beau monde ! puisque ce sera le titre du film, réalisé par Julie Lopes Curval, avec Ana Girardot et Bastien Bouillon. Débat sur un thème éternel, l'amour au-delà des barrières sociales. Pot de l'amitié offert à l'issue de la rencontre.


samedi 13 septembre 2014

L'acier dans tous ses états



Vernissage hier après-midi, à la bibliothèque municipale, d'une très belle et originale exposition, L'acier dans tous ses états, que l'on doit aux élèves en chaudronnerie du lycée Condorcet. A partir d'un matériau de récupération, ils se sont laissés aller à créer sur les thèmes du masque, du mythe et de l'animal, ce qui donne des oeuvres surprenantes, comme ce hibou petit duc (vignette 3) ou ce Don Quichotte (vignette 4), réalisés respectivement par Mickaël Bauchard et Gaëtan Pons. Un public nombreux est venu les encourager (vignette 2), à qui leurs travaux ont été présentés (vignette 1, Marie-Laurence Maître, adjointe à la Culture ; Giovanni Sorano, proviseur ; Santos de Gouveia, professeur, et les lycéens). L'expo est visible jusqu'au 27 septembre.

vendredi 12 septembre 2014

La solitude, ça n'existe pas



Le Courrier picard de ce jour, rendant compte de la réunion d'Yves Daudigny mercredi soir à Saint-Quentin (voir billet d'hier), fait ses titres sur la solitude des candidats socialistes, en notant qu'il y avait "à peine dix participants" (douze en tout, très précisément) et une seule grande électrice de Saint-Quentin, conseillère municipale, Carole Berlemont ( deux en réalité, avec Marie-Anne Valentin, arrivée en cours de réunion). Le constat est vrai, l'effet est désastreux, mais je voudrais relativiser et montrer que cette situation n'augure pas d'une défaite aux élections sénatoriales :

1- Il y a le contexte local : n'importe quel socialiste, pour n'importe quelle raison, viendrait à Saint-Quentin, il y aurait peu de monde. A une exception près (la dernière réunion de la campagne municipale dans l'auditorium de l'école de musique), les réunions socialistes n'ont jamais vraiment mobilisé. J'ai souvent fait remarquer que le phénomène est ancien. Qu'il s'accentue avec le temps, c'est certain.

2- Le conseil général de l'Aisne n'y est pour rien dans cette affaire. De fait, c'est bel et bien les sections socialistes, la faiblesse de l'appareil local, son implantation très limitée, ses défaites successives depuis 15 ans, qui sont en cause, et pas Yves Daudigny ou Roland Renard. Faire déplacer des militants, remplir une salle n'a jamais été facile en politique. Dans les circonstances actuelles, le climat national aidant (ou plutôt n'aidant pas !), ça devient très difficile.

3- Je crois qu'il y a aussi un problème, permanent, également ancien, de communication des socialistes avec la presse locale. La venue du président du conseil général, candidat à la sénatoriale, ce n'est pas rien, c'est quelque chose qui se prépare. Un point presse aurait sans doute été, pour Saint-Quentin, mieux adapté pour toucher les électeurs (ce qui n'empêchait pas, bien sûr, une réunion plus militante). Ou, mieux encore, la visite symbolique d'une réalisation locale (associative, administrative) du conseil général de l'Aisne.

4- Mais la raison de fond, c'est que l'UMP, depuis 20 ans au moins, a tissé un réseau très serré, très efficace dans le Saint-Quentinois, auprès de ses élus. Les deux conseillers généraux sont de droite. Je me souviens qu'il y a 10 ans, lors de ma candidature aux cantonales (canton de Saint-Quentin nord), l'argument de me prévaloir de la majorité de gauche du conseil général ne portait pas vraiment. Les élus des communes rurales restaient attachés plus ou moins à la ville de Saint-Quentin, à l'influence de Pierre André et de Xavier Bertrand. On en revient toujours à la même chose : la politique est un jeu d'influence.

La presse de ce matin avait donc de quoi déprimer un socialiste saint-quentinois. Mais, en matière de déprime locale, nous sommes depuis longtemps blindés, inoculés ! Le sort de l'élection sénatoriale dans la circonscription ne s'est pas joué mercredi soir dans une lointaine salle de l'espace Matisse. La solitude, ça n'existe pas, y compris en politique. Il y a des forces, qui sont là, qui ne demandent qu'à être mobilisées. Il y a surtout des arguments, des idées, un bilan, des projets qui sont portés par la liste de gauche aux élections sénatoriales. Au final, il n'y a que ça qui compte et qui décidera les électeurs.

jeudi 11 septembre 2014

Il faut un sénateur de gauche



En arrivant hier soir à Matisse, pour la réunion organisée par Yves Daudigny dans le cadre des élections sénatoriales (en vignette, avec Roland Renard, lui aussi candidat sur la liste de gauche), j'ai entendu une phrase qui m'est allée droit au coeur, prononcée par le président du conseil général à la journaliste du Courrier picard : "je ne fais pas partie des frondeurs". Roland Renard, en cours de réunion, a confirmé cette position. Pourtant, l'un et l'autre ne sont pas toujours d'accord avec les réformes du gouvernement. Mais ils sont dans le soutien et la fidélité, pas la contestation. Et je trouve ça bien. Critique, on peut et il faut l'être, car l'accord n'est jamais unanime en politique, au sein même d'un parti. Mais dans la clarté, la cohérence, la discipline.

Ces élections sénatoriales, on n'en parle pas encore beaucoup, mais ça va sans doute venir : le dépôt des candidatures est jusqu'à demain, le scrutin aura lieu le 28 septembre, en un seul tour, avec trois sièges à pourvoir dans l'Aisne. Toute élection est importante. Le Sénat, c'est la haute chambre de la République, par laquelle passent d'abord les lois. C'est une enceinte moins politisée, moins partisane que l'Assemblée nationale. On parle volontiers, à son propos, d'une "assemblée des sages", et on a raison. C'est pourquoi, avant d'entrer dans le vif du sujet, je veux commencer par rendre hommage à un sénateur qui ne se représente pas, qui est cher au coeur de bien des Saint-Quentinois, qui a mené au palais du Luxembourg son travail de "sage de la République", notamment en réfléchissant à la politique de la ville : c'est bien sûr Pierre André que j'ai à l'esprit, et que je salue pour son dévouement à la cause publique.

Yves Daudigny a d'ailleurs précisé hier soir qu'il ne se présentait pas "contre" le chef de file de la liste de droite, Antoine Lefèvre. Encore une fois, les logiques ne sont pas les mêmes qu'au Palais Bourbon. Yves se présente pour défendre la ruralité, d'abord menacée par un fait quasi culturel : nos élites ne pensent qu'en termes de métropoles comme moteurs de la croissance, de l'innovation et du développement. Or, la France des petites villes, des villages et des campagnes existent, est inventive, résiste tant bien que mal à la crise économique, dont elle est la première victime. Dans l'Aisne, nous en savons quelque chose, hélas ! C'est pourquoi une voix de gauche doit s'exprimer sur ce sujet, la défense des déshérités et des oubliés de la modernité.

Ensuite, la campagne d'Yves Daudigny met en garde contre deux textes de lois. Le premier, c'est la constitution des nouvelles grandes régions, qui a entraîné de la zizanie, qui repose sur un calendrier si serré qu'il semble difficile à tenir. Non pas que le président du conseil général de l'Aisne se soit vraiment impliqué dans ce débat. Mais il voit les choses autrement : mieux aurait valu, selon lui, mobiliser les collectivités territoriales existantes, dans la lutte contre le chômage et les déficits publics, au lieu de créer de méga-régions à l'efficacité incertaine.

C'est surtout sur le projet de disparition du département qu'Yves Daudigny est critique. Le projet lui parait "destructeur", et il choisit de défendre méthodiquement, avec conviction, toutes les réalisations de cet échelon à ses yeux indispensable. Par exemple, les transports scolaires, qui demandent de la minutie dans la préparation et de la réactivité dans la gestion, ne pourront pas être organisés à partir de Lille. D'autant que nous risquons d'y perdre la gratuité. Même démonstration avec la voirie, le développement de l'internet, les collèges. Le maître mot d'Yves, c'est la proximité.

Ce n'est pas non plus qu'il prône l'immobilisme des structures. Mais il y a des actions qui ne peuvent être menées que par le département. L'APA, cette belle réalisation, l'aide aux personnes âgées : il serait prévu de la confier aux communautés de communes, ce qui lui semble difficilement concevable. Yves Daudigny rappelle que le rôle du département a été reconnu et renforcé dans les lois de décentralisation de 1982-1983. L'idée même de "doublon" néfaste, au coeur du raisonnement de ceux qui veulent supprimer le département, n'est pas pertinente, puisque le projet de loi reconnaît qu'en matière de sport, de culture et de tourisme, tous les niveaux territoriaux demeureront concernés. Yves Daudigny propose, dans l'immédiat, que se réunisse une conférence départementale de tous les acteurs du territoire axonais, en vue d'une réflexion sur son organisation et sa sauvegarde.

Roland Renard, à son tour, a fait l'éloge de la structure départementale, en insistant sur les risques de sécession, puisque des territoires ne se reconnaîtront plus dans la nouvelle région (voir ce qui se passe au sud, avec l'action de Jacques Krabal). Le conseiller général, c'est l'élu indispensable des petites communes, qui soutient les projets et qui fait remonter les doléances. Dans un département pauvre comme le nôtre, son rôle est précieux.

Yves a terminé la réunion par une terrible mais véridique anecdote : lors de l'inauguration de la foire aux fromages de La Capelle, il y a quelques jours, un quidam, voyant passer le cortège des élus, a eu cette formule, "ceux qui ne servent à rien". C'est évidemment faux, scandaleux, injuste, mais surtout dangereux. A l'orée du bois, quand sont tenus de tels propos, c'est l'extrême droite qui est en embuscade. Quand on sait l'aide concrète, financière et humaine, que le conseil général, de l'Aisne et d'ailleurs, de gauche comme de droite, apporte aux populations en difficulté, on est atterré par de telles accusations, qui ne sont pas anodines. Le vote sénatorial du 28 septembre sera un vote pour la défense de la ruralité, de la proximité, des déshérités, mais aussi de la République et de ses représentants, aujourd'hui bafoués (et ce n'est pas quelques brebis galeuses dans leurs rangs qui pourraient justifier ces attaques).

Celles et ceux qui suivent ce blog savent que je ne suis pas toujours d'accord avec les idées défendues par Yves Daudigny en matière de réforme territoriale. Mais si je devais être d'accord avec tous les socialistes, je ne serais pas socialiste ! Peu importe : le 28 septembre, il faut que l'Aisne ait un sénateur de gauche, cela seul compte. Nous savons qu'Antoine Lefèvre et Pascale Gruny, l'un et l'autre de l'UMP, sont quasiment assurés d'être élus. Le véritable enjeu, c'est le 3e siège. Ni le Front de gauche, ni EELV ne pourront l'emporter. Le sénateur de gauche, ça ne peut être qu'Yves Daudigny. Il faut voter pour lui, pour la ruralité, la proximité, l'aide sociale aux défavorisés, pour son bilan, que nul ne peut sérieusement critiquer. Voter Daudigny, c'est voter pour l'Aisne, finalement. Vote local, mais aussi national : le maintien de la majorité de gauche au Sénat, c'est également l'enjeu du 28 septembre.

Nous nous sommes quittés avec le pot de l'amitié : champagne du lycée de Crézancy, jus de pomme de Rozoy-sur-Serre. Ruralité, proximité, on vous dit ! Après Saint-Quentin, Yves Daudigny et Roland Renard se rendaient à Bellicourt. Deux réunions chaque soir, jusqu'à la victoire.

mercredi 10 septembre 2014

La confiance ne se discute pas



C'était hier la rentrée parlementaire. Dans une République, c'est un moment important, solennel, politique. Un dossier extrêmement précieux, utile, fondamental pour la vie des Français a été abordé : le problème de la dépendance, le traitement de la grande vieillesse dans notre société. Mais de quoi hier, sur la scène publique, a-t-il été question ? Du secrétaire d'Etat qui ne payait ni ses impôts, ni son loyer et qui ne veut pas démissionner de son siège de député ; de Martine Aubry qui a lâché des petites phrases pour égratigner le gouvernement ; des députés "frondeurs" qui appellent à "l'abstention collective" pour le vote de confiance de mardi prochain. Voilà ce que les Français ont sûrement retenu de la rentrée des députés. Mais la grande réforme de la dépendance, qui les concerne tant, sans doute pas grand chose, sinon rien. La vie politique nationale en est arrivée là, dans cet état moral catastrophique.

Thomas Thévenoud, j'ai traité de son cas hier. Il se plaint d'en prendre "pleine la gueule". Moi, je trouve qu'elle n'en prend pas assez, sa petite gueule de "négligent" de la République. Martine Aubry, qui n'a pas voulu participer au gouvernement, veut bien maintenant, après deux ans de prudent et malin silence, participer à la critique du gouvernement. Ce n'est pas joli joli. Et que reproche-t-elle à ses camarades qui ont choisi de mettre les mains dans le cambouis, pendant que les siennes restaient blanches, propres et parfumées ? Manuel Valls est trop "crispé". Tu parles d'une critique ! Et que propose la dame de Lille ? Des "infléchissements". Quel programme, quelle pertinence, quelle hauteur de vue ! De quoi en tomber du haut du beffroi de sa chère ville ...

Non, tout ça n'est pas sérieux. Ce sont des griffures de chat, pas une alternative politique. Je suppose que la fameuse "crispation", c'est la fermeté, l'autorité, l'intransigeance du Premier ministre ? Alors, vive la "crispation" ! Quant aux "infléchissements", ça ne veut tien dire : "infléchir" quoi, dans quel sens ? infléchir, ça veut dire, précisément, courber, incliner : rien de tel pour se casser la gueule ! Ce n'est plus le beffroi de Lille, c'est la tour de Pise. Les "infléchissements" d'Aubry, dont on ne voit pas ce qu'ils sont, sinon des critiques à bon marché pour prendre date, je n'en veux pas.

Mais le pire, c'est l'attitude des "frondeurs", qui prônent "l'abstention collective". Déjà, l'abstention individuelle, ce n'est pas très glorieux pour un parlementaire, ça veut dire qu'il se débine devant ses responsabilités, quand on lui demande de se prononcer sur la politique générale du gouvernement. On ne peut pas à la fois dénoncer l'abstention des électeurs et la pratiquer soi-même à l'Assemblée. Mais pire de chez pire, c'est "l'abstention collective", concertée, organisée, c'est-à-dire la révolte contre son propre camp, le refus de la ligne qu'on est pourtant censé soutenir et défendre. Qu'on puisse, personnellement, s'abstenir sur tel ou tel projet, pour une question de conscience, je peux l'admettre ; mais retirer sa confiance de toute la politique du gouvernement socialiste quand on est député socialiste, non, c'est incohérent, contradictoire et scandaleux.

En matière de petit scandale, il y en a un qui est allé très loin hier (jusqu'où les "frondeurs" vont-ils aller ?), c'est Laurent Baumel, en affirmant que si l'extrême droite faisait des scores aussi élevés, c'était la faute à la politique du gouvernement ! Baumel, je crois qu'il est bon pour adhérer à l'UMP (bon débarras, d'autant que je l'ai connu strauss-kahnien propre sur lui ; comme les temps changent ...).

Vous me ferez peut-être remarquer que l'abstention des députés "frondeurs" ne changera rien au résultat, puisque leur vote (si on peut appeler ça un vote) ne sera pas pris en compte. Mensonge, hypocrisie ! Si la déclaration de Manuel Valls est adoptée par une large majorité ou bien par une majorité ric-rac, ça change tout, l'interprétation sera complètement différente, le gouvernement en sortira fragilisé et l'opposition requinquée. Non, le mot d'ordre d'"abstention collective" est une petite saloperie, un cure-dents enfoncé dans le dos du gouvernement par des "frondeurs" à la petite semaine, dont les conséquences politiques seraient pourtant désastreuses. En politique comme dans la vie, il faut de la confiance. Quand on n'a plus confiance, on s'en va. La confiance ne se discute pas.

Des jardins sans suspense



Voici une nouvelle série de trois jardins de Saint-Quentin à découvrir, des lieux très ouverts et beaucoup plus faciles à trouver que la série proposée à votre sagacité dans le billet du 28 août dernier, sur laquelle vous avez séché, et dont je vais vous donner maintenant les résultats, pour mettre fin à un suspense insoutenable.

La vignette 2 (puisque la 1 avait été identifiée, square Romain-Tricoteaux), c'était le tout petit square à l'angle des rues de Blanc Mont et d'Epargnemailles (avec son seul et unique banc). En vignette 3, nous étions rue de Paris, non loin du collège Jean-Moulin, aux feux tricolores. Enfin, le plus difficile, le moins localisable, c'était l'espace vert en haut de la rue de Vermand, dans le tournant qui conduit sur la route du Tréport. Le lieu est surtout fréquenté par les habitants de la cité du Vermandois.

mardi 9 septembre 2014

La tête du poisson



Le comportement de Thomas Thévenoud est unanimement jugé inadmissible, à gauche et à droite. Personne ne prend sa défense. Et pourtant, cet homme persiste à vouloir rester député. Pour ne pas risquer de sanction de la part de son parti, il le quitte et le tour est joué ! C'est consternant. Que dit-il pour se justifier ? Qu'on ne peut pas lui reprocher de la "fraude", mais seulement de la "négligence". Comme si la négligence était excusable de la part d'un parlementaire de la République, à ce titre responsable de l'impôt et de la loi.

Sa réaction pitoyable prouve un abaissement de la conscience civique de certains élus, qui prennent à la légère leur comportement, en diminuent la gravité. L'explication de Thévenoud vaut condamnation, et il ne s'en rend même pas compte. Il y a de l'indécence, de la morgue, du je-m'en-foutisme dans cette attitude. Il n'empêche que cet homme a été estimé suffisamment digne pour devenir secrétaire d'Etat, alors qu'il ne l'était pas. Ce qui pose aussi le problème du recrutement de la classe politique.

Thomas Thévenoud prétend que seuls les électeurs peuvent décider de son sort de législateur, qu'il n'a donc pas à démissionner de son poste de député, que son mandat doit être mené à son terme. Non, quand on contrevient si radicalement à la règle de la République, on ne peut pas se maintenir. Je suis pour le respect des mandats, à condition que leurs titulaires respectent la République, dans son esprit et sa lettre.

Je crains que le comportement de ce député ne soit le signe d'un relâchement qui affecte bien d'autres élus, quelle que soit leur sensibilité politique. Autrefois, ces manquements seraient sans doute passés inaperçus, parce que la vie privée avait beaucoup moins d'importance que les enjeux idéologiques. Aujourd'hui, l'idéologie a perdu de son importance, mais la moralité et l'exemplarité des élus sont observées à la loupe. Les moeurs publiques ont changé. On demande à un élu, quel que soit l'importance de son mandat, de la transparence et de la rectitude. Avant, on était moins regardant.

Si la classe politique veut retrouver un certain lustre et l'estime des Français, il faut qu'elle se mette au diapason de l'époque, qu'elle sacrifie aux nouvelles exigences. Un élu qui ne retient plus que la dimension honorifique de sa tâche et l'indemnité qui va avec, ce n'est plus tenable ni acceptable. Un élu qui ne siège pas ou peu, qui ne rend aucun compte de son travail, qui ne se rend pas disponible, qui ne fait rien ou pas grand chose, nos concitoyens ne supportent plus et ont raison.

Le poisson pourrit par la tête ; la République aussi. Et la tête de la République, du plus petit niveau au plus élevé, du conseiller municipal au député, ce sont les élus. Si nous étions dans une période faste, leurs faiblesses humaines n'auraient pas grande importance. Mais la République est aux abois, avec l'extrême droite à ses basques (voir le billet d'hier, "L'heure est grave"). La reconquête se fera par des élus démontrant leur dévouement, leur honnêteté, leur désintéressement : pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le cas. Mais les brebis galeuses doivent être chassées.

Historiquement, la République a été renversée soit par la guerre, soit par la corruption. Ce dernier mot est sans doute trop fort, appliqué à la situation actuelle. Mais le rapport à l'argent et aux avantages matériels des élus et responsables politiques ne souffre plus aucun laxisme, sauf à profiter à l'extrême droite, qui pourtant n'a aucune leçon à donner en matière de pureté morale. Quand la tête du poisson est pourrie, il faut lui couper la tête.

lundi 8 septembre 2014

L'heure est grave



En déclarant que l'extrême droite était, en France, "aux portes du pouvoir", le Premier ministre a pu sembler excessif, alarmiste. Je crois qu'il a été tout simplement réaliste : combien faudra-t-il de victoires du Front national pour qu'enfin la classe politique réagisse, que les Français se réveillent et que riposte la République ? Qui ne voit que l'extrême droite, depuis 30 ans, étend sa tache d'huile sur notre société ? Aux élections européennes, le FN est devenu le premier parti de France (le fort taux d'abstention ne change rien à ce fait) : l'avertissement ne suffit-il donc pas ?

Et puis, il y a eu ces jours-ci ce sondage ahurissant, affolant, quasi-surréaliste : l'actuel président de la République battu par le chef de l'extrême droite aux prochaines présidentielles ! Le Pen père avait déjà disqualifié il y a 12 ans le Premier ministre socialiste candidat : allons-nous assister à pire, à une catastrophe pour toute la République ? Ce n'est qu'un sondage, me direz-vous, et il ne veut pas dire grand chose, à trois ans du scrutin. Oui, mais il signifie tout de même quelque chose, et de terrible. Arrêtons de tempérer, de nuancer, de nous rassurer à bon compte : cette perspective, même lointaine, même hypothétique, d'un leader extrémiste battant le représentant de la social-démocratie est effrayante.

Je précise que ce n'est pas la défaite de François Hollande qui me scandalise : en démocratie, l'alternance est dans l'ordre des choses, même si je préfère personnellement que la présidence demeure socialiste. Non, ce qui est terrifiant, anormal, quasiment pathogène, c'est cette possible victoire présidentielle d'un parti néo-fasciste dans un pays comme le nôtre.

Ce qui me désole, c'est de voir plusieurs leaders de l'UMP réagir de manière totalement irresponsable. Certains demandent la démission du chef de l'Etat, comme si la France était une entreprise ou une association desquelles on peut se retirer parce qu'il y a des mécontentements. Non, la France est une République, dont le président est lié au peuple par un mandat de cinq ans, dont la durée doit être intégralement respectée. Si démission il devait y avoir, ce ne pourrait être que de la seule décision, en conscience, du chef de l'Etat, sans qu'on la lui réclame ou qu'on la force.

D'autres membres de l'UMP demandent la dissolution de l'Assemblée nationale, d'une façon tout aussi irresponsable. Car une dissolution ne se justifie que si le gouvernement n'a plus au Parlement une majorité pour le soutenir : ce n'est pas actuellement le cas, avec ou sans les "frondeurs". Mais la pire des attitudes, dans les rangs de l'UMP, revient à rejeter toute éventuelle cohabitation, alors que cette situation est prévue par les institutions, qu'elle résulterait des élections, qu'elle a déjà été éprouvée par le passé. Du coup, l'extrême droite a beau jeu de dire qu'elle ne s'y refuserait pas, apparaissant ainsi, à bon compte, comme plus légaliste que l'UMP. Je ne vois vraiment pas comment une majorité UMP à l'Assemblée pourrait s'abstenir de cohabiter : quand les électeurs vous envoient au pouvoir, on l'exerce, on ne se dérobe pas.

Face au danger Front national, l'heure est grave. Au lieu d'hésiter entre démission du président, dissolution de l'Assemblée et rejet de la cohabitation, l'UMP serait mieux avisée de jouer son rôle d'opposition républicaine, en donnant un chef à son parti, un candidat en vue de la présidentielle et un programme d'alternance. Le parti socialiste, de son côté, doit refonder son projet dans le cadre de ses Etats Généraux, le rendre conforme à sa nouvelle ligne social-démocrate. Pour les uns et les autres, il y a de quoi faire. A défaut, le Front national accédera au pouvoir, nous basculerons dans un autre régime et ce sera la défaite de tous, gauche et droite, France et République. Oui, l'heure est grave.

De tout à la braderie



A la braderie de Saint-Quentin, il n'y a pas que des vieilles robes, des bibelots poussiéreux et des parfums éventés. Il n'y a pas non plus que des vendeurs à la criée d'instruments inutiles, qui ne marchent plus quand on arrive chez soi. Il y a aussi des associations caritatives (vignette 1), culturelles (vignette 3), et même des syndicats (vignette 2). Et comme on trouve de tout à la braderie, on découvre même une secte religieuse, les Témoins de Jéhovah (vignette 4). De quoi faire polémique ?

La campagne en ville



Le dirigeant communiste Pol Pot a tenté, au Cambodge, de déplacer les villes à la campagne. A Saint-Quentin, naturellement, sans volonté politique, la campagne s'est installée en ville. Les deux photographies ci-dessus ont été prises non pas aux abords de Saint-Quentin ou à ses limites, mais à l'intérieur même de la ville, dans des quartiers très différents. Saurez-vous les retrouver ?

samedi 6 septembre 2014

St-Fiacre a 50 ans



Les 50 ans de la Saint-Fiacre ont été fêtés avec éclat, en fanfare, avec un final exceptionnel sur la place de l'Hôtel-de-Ville, animé par l'Harmonie municipale, les Stimulants (vignette 3) et la Vaillante (vignette 4). Daniel Caudron, président de l'association Saint-Jean, a procédé à la traditionnelle distribution des légumes (vignette 1), en présence de Christian Vilport, des Jardins ouvriers. Les AMAP avaient leur stand et le Village des métiers d'antan son exposition. Les ânes ont fait la joie des enfants (vignette 2). Les plus surpris ont été les mariés sortant du bâtiment municipal et ne s'attendant pas à un tel accueil ! Saint-Fiacre n'a fait aujourd'hui que des heureux.

La rentrée des socialistes



Au niveau national, la rentrée des socialistes a été assombrie par ce que nous savons. Mais au niveau local, la rentrée des socialistes à Saint-Quentin ? Les hasards du calendrier font que le tribunal administratif a émis un avis sur la plainte de Michel Garand contre Xavier Bertrand, concernant le sondage diffusé pendant la campagne des municipales : elle ne va pas déboucher, semble-t-il. C'était couru d'avance : généralement, il n'y a pas de poursuites dans ce genre de cas. Et même s'il y en avait eues, quel aurait été le bénéfice politique ? A peu près nul, sauf la satisfaction personnelle de voir les frais de sondage versés aux comptes de campagne de Xavier Bertrand.

Politiquement, la conséquence est même fâcheuse : non seulement le candidat de l'UMP l'emporte devant les électeurs, mais aussi devant le tribunal. Et puis, il y a cette incompréhensible négligence du demandeur de n'avoir pas été présent en séance, ni de s'être fait représenté. Il y a même retournement de situation, puisque c'est le plaignant qui se voit maintenant visé par des frais judiciaires ! Sans parler de l'avenir de la plainte pour diffamation, déposée cette fois par Xavier Bertrand contre le candidat socialiste. Tout ça est déplorable, à la limite malsain : les débats politiques devraient rester politiques, et pas balancer dans le juridique.

Mais la rentrée des socialistes locaux s'est surtout signalée par un communiqué de presse sur les rythmes scolaires, non repris par L'Aisne nouvelle, mais commenté par le Courrier picard, en un sens pas très positif. "Les élus socialistes du conseil municipal se réveillent dans un communiqué de presse", écrit Alice Meunier (ce qui laisse à supposer qu'ils étaient endormis ?). "Le parti socialiste s'inquiète ... à deux jours de la rentrée", ce qui sous-entend, cette fois, un retard à l'allumage. Enfin, l'article souligne l'absence de propositions : "un communiqué de presse qui fait tout dans le tacle". Il n'y a bien sûr pas que ça, mais il y a ça.

C'est, à nouveau, la confirmation d'un problème de communication entre les socialistes et la presse locale, qui avait été rendu manifeste durant la campagne. Il faudra bien, un jour ou l'autre, que Michel Garand, en sa qualité de leader de l'opposition, prenne ce problème à bras-le-corps et lui apporte des solutions. Il n'est plus possible, à l'époque moderne, d'avoir une couverture de presse aussi défavorable. Le tort, bien sûr, serait d'incriminer les journalistes au lieu de se remettre, techniquement, en question.

Heureusement, la rentrée n'est pas que grise. Le parti socialiste va s'engager, durant tout le trimestre, dans des "Etats Généraux", où son projet va être totalement rediscuté. Ce sera l'occasion d'insuffler du débat, de s'ouvrir à la société, puisque la réflexion ne sera pas réservée aux seuls adhérents, mais impliquera aussi les sympathisants et les électeurs de gauche. Souhaitons aux socialistes saint-quentinois de se saisir de l'événement pour redynamiser leurs trois sections.

Enfin, nous aurons le plaisir de recevoir le sénateur socialiste et président du conseil général de l'Aisne, Yves Daudigny, le mercredi 10 septembre, à 18h30, au centre Matisse, dans le cadre des élections sénatoriales. Ce sera, une fois de plus, un honneur pour les socialistes de Saint-Quentin, mais aussi un encouragement.

Pour la nouvelle opposition socialiste issue du dernier scrutin, l'enjeu est assez simple : il faut que son chef devienne un chef, que Michel Garand endosse le costume d'homme public, présent dans les événements de la ville, à la rencontre de ses habitants, sachant s'entourer, insufflant aux socialistes et à la gauche l'énergie nécessaire pour se battre et pour espérer. Dans ce rôle-là, j'ai toujours pensé que j'étais le meilleur et le mieux préparé. Mais comme je suis à peu près le seul à y croire et que mes camarades se sont massivement tournés vers Michel, à lui maintenant de faire la démonstration que je me suis trompé, ce à quoi je veux bien volontiers souscrire, parce que, de toute façon, les dés sont jetés, il n'y a pas d'autre solution pendant six ans.

vendredi 5 septembre 2014

Dent pour dent



C'était prévisible : à l'occasion de la vente du livre de la garce, nous assistons à la ruée des cochons vers l'auge à merde, couinements de plaisir en sus. Dans cette affaire, François Hollande va y perdre, c'est certain. Non pas tant dans les révélations sur sa vie de couple, aux péripéties très banales et sans scandales : non, c'est la formule assassine, et faite pour assassiner, des "sans dents" qui lui restera, comme un poignard fiché dans son dos. C'est tellement bien inventé, et vicieux à souhait, que l'expression paraîtra vraie, authentique à beaucoup de gens. Le monstre a visé juste et frappé fort.

L'accusation est pourtant fausse, invraisemblable, mensongère. François Hollande ne méprise pas plus les pauvres que Dominique Strauss-Kahn n'est violent avec les femmes. L'histoire des "sans dents", c'est son Sofitel. Remarquez bien que dans les deux cas, nous avons affaire à un règlement de comptes où des femmes se transforment en pompes à fric, où l'intimité supposée dévoilée autorise toutes les manipulations, sans vérification. Si vous voulez détruire quelqu'un, affirmez le contraire de ce qu'il est, faites de l'abbé Pierre un salaud et de mère Térésa une pute. Allez réfuter, allez démentir quoi que ce soit après ça !

"Sans dents" : c'est violent, crasseux, fourbe. Un chef de l'Etat digne de ce nom ne peut pas s'exprimer ainsi, un socialiste encore moins, puisque son combat est dans la défense des plus pauvres (voir mon récent billet "Rebs borderline"). Mettre cette formule dans la bouche de François Hollande, en faire l'inventeur, c'est lui exploser la tête. C'est le but de la perverse. La dentition parfaite, le sourire à l'américaine, c'est aujourd'hui un signe de classe, un identifiant bourgeois. Le pauvre a les dents niquées, pourries, mal entretenues, parce qu'il est négligeant, se soigne mal, n'a pas les moyens pour ça : voilà ce que l'image des "sans dents" véhicule, une discrimination sociale. Les pauvres n'ont que le dentier comme solution, qui en fait des vieux avant l'âge. Les riches peuvent se payer des implants, plus vrais que vrais, méconnaissables. Voilà tout ce que remue la crapule dans l'esprit des gens, avec son "sans dents" qu'elle attribue à son ex-compagnon.

Comment réagir à l'affront, quand on est socialiste ? Au début des années 70, il y avait un slogan mao de la Gauche prolétarienne que j'aimais beaucoup : "pour un oeil, les deux yeux ; pour une dent, toute la gueule". Voilà la réaction "appropriée", comme on dit aujourd'hui. Il ne faut rien laisser passer, rien laisser dire sans réagir à la foldingue. D'autant que le parti traverse une mauvaise passe, sondages au plus bas, secrétaire d'Etat obligé de démissionner, ennemis de l'intérieur qui poursuivent leur travail de sape, ...

Il ne m'étonnerait pas que nos rangs se clairsèment, que gonfle l'armée des indécis, des prudents, des trouillards, des mous, des tièdes, des traîtres et des déserteurs. Tous les chefs connaissent ce grand moment de solitude, où le vide se fait autour d'eux, où il ne reste plus que le carré des fidèles. Pourtant, rien n'est perdu. Les légions romaines adoptaient la tactique de la tortue : tous rassemblés sous les boucliers bien serrés, et avancer droit devant, sans se poser d'inutiles questions. C'est ainsi que l'empire a dominé le monde. Nous le pouvons, les barbares ne sont pas encore tout à fait dans la place.

jeudi 4 septembre 2014

Femme de président



Il n'y a pas plusieurs façons pour une femme de président de la République d'être femme de président de la République : il n'y en a que deux, soit se montrer discrète, anonyme, effacée, soit se créer son propre personnage public. Yvonne de Gaulle, Claude Pompidou et Anne-Aymone Giscard d'Estaing correspondaient à la première espèce : tante Yvonne en restait au registre privé, familial, madame Pompidou s'occupait d'art moderne et Anne-Aymone faisait potiche. Dans la seconde catégorie, Danièle Mitterrand a joué un rôle politique dans l'associatif, l'humanitaire, tandis que Bernadette Chirac a poursuivi sa fonction d'élue, de conseillère générale.

Il y a une exception, hors cadre : Carla Bruni, vedette de la chanson, déjà célèbre avant de devenir l'épouse de Nicolas Sarkozy, qui n'avait donc pas à chercher une place ou une image qu'elle avait déjà. Et puis, il y a deux échecs patents, des femmes de président qui ne parviennent pas à devenir femmes de président, qui ne sont manifestement pas faites pour ça : Cécilia Sarkozy, qui en avait assez avant même d'avoir commencé ; Valérie Trierweiler, qui a tenu un peu plus d'un an avant de craquer.

Ces deux échecs, hormis les psychologies inappropriées des personnages, s'expliquent aussi par l'évolution de la perception française de la femme du président : influencée comme en bien d'autres domaines par la culture américaine, celle-ci est devenue la "première dame de France", un concept qui n'existe qu'aux Etats-Unis, qui n'aurait jamais dû être introduit chez nous, où la femme du président n'a strictement aucun rôle institutionnel ou politique : soit elle se tait, soit elle se fait un rôle à sa mesure. Trierweiler n'a été capable ni de l'un, ni de l'autre. Elle a voulu jouer à la dame, à la première dame, à la grande dame qu'elle n'était pas, les Français l'ont dès le début senti et, pour cette raison, ne l'ont pas aimée.

Que se passe-t-il aujourd'hui, avec la publication de ce livre infect, infâme, minable : Trierweiler se venge, de la façon la plus basse, la plus méprisable qui soit : elle ment, elle invente, elle manipule, elle salit l'homme qu'elle a aimé et qui ne l'aime plus (ces choses-là arrivent), elle porte atteinte à la fonction présidentielle par ses déclarations odieuses, scandaleuses. Dès le départ, le ver était dans le fruit, à partir du bécot au soir de la victoire présidentielle devant Ségolène Royal et la France consternée. Cette femme est jalouse, méchante, hystérique, malade, dangereuse. La maligne joue la victime, alors qu'elle a imposé à François Hollande une vie d'enfer. Il aurait dû s'en séparer beaucoup plus tôt, avant que cette mégère, cette harpie, ce monstre ne sévissent.

Trierweiler, souvenez-vous, avait jugé bon, pour le magazine VSD, de s'afficher au restaurant avec Alain Delon, après son départ de l'Elysée. Quelle femme ridicule, rancunière, sans élégance ! Son visage, son regard, son rictus sont dévorés par je ne sais quel mal : maintenant, elle cherche à tout prix à faire le mal, à faire souffrir autour d'elle. Autrefois, on l'aurait qualifiée de sorcière.

Comparez avec Anne Sinclair et vous comprendrez la différence entre la classe et le caniveau : l'épouse de DSK avait mille raisons valables de haïr son mari, de se venger de lui, de le mettre plus bas que terre (les mésaventures de Trierweiler, à côté, c'est du pipi de sansonnet). Non seulement, elle n'en n'a rien fait, mais elle l'a soutenu dans l'épreuve, puis l'a quitté dans la discrétion et la dignité. Valérie Trierweiler est incapable de sentiments élevés : elle ne sait pas se tenir. Son livre, mal écrit, est un chapelet de rots et de pets. Ceux qui l'achèteront, ceux qui en parleront se reconnaîtront à leur odeur : l'égout va à l'égout. Et quand nous en découvrirons un exemplaire dans la bibliothèque d'un "ami", nous saurons alors que ce n'était pas notre ami. Il faut fermer la fenêtre quand l'air est pestilentiel.

De tout coeur, j'espère que le bénéfice des ventes n'ira surtout pas à une association caritative : l'argent sale ne doit pas ternir une noble cause. Que Trierweiler garde le fric, tout le fric, qu'elle parte très loin avec et que plus jamais on n'entende parler d'elle.