mardi 16 septembre 2014

La gauche est majoritaire



En ce jour de vote de confiance à l'Assemblée nationale, il faut rappeler une évidence institutionnelle : nous vivons dans une République parlementaire, pas dans une République sondagière. Ce ne sont pas les enquêtes d'opinion, aussi intéressantes soient-elles, qui expriment la souveraineté nationale : ce sont les représentants du peuple, c'est-à-dire les députés. Aujourd'hui, ils ont été une majorité à approuver la politique proposée par le chef du gouvernement. Toute contestation de cette légitimité serait factieuse, frondeuse, antirépublicaine.

Mais, me direz-vous, cette majorité de gauche a rétréci, est relative, et plus absolue. Je vous réponds : et alors ? Une majorité, petite ou grande, relative ou absolue, est une majorité, et c'est la seule chose qui compte. S'il fallait exclure ou décrédibiliser, dans l'histoire de la République, tous les votes qui ont été obtenus d'une courte voix, il n'y aurait plus d'histoire de la République !

Ce que je retiens surtout de l'événement, c'est que les "frondeurs" ont raté leur coup, ont fait un flop, et je m'en réjouis. On les annonçait à 50, ils se retrouvent à une trentaine. C'est encore trop, je suis bien d'accord. Mais s'il y a un rétrécissement, c'est de leur côté. Ils n'ont pas réussi à entraîner. Que leur reste-t-il maintenant ? Rien, ils sont gros-Jean comme devant : pas d'alternative, pas d'influence, pas de chef, pas d'avenir. Je suis à peu près sûr qu'ils disparaîtront, comme le lavabo qui se vide.

Le discours du Premier ministre n'a révélé aucun surprise : tant mieux, un discours de politique générale n'est pas fait pour ça. Tout socialiste honnête et en cohérence avec son parti ne peut que l'applaudir. Certains commentateurs repèrent des "signes" pour plaire à l'aile gauche. Je ne vois rien de cela. Et puis, quel mépris se serait pour elle, que de vouloir lui plaire, comme un enfant turbulent à qui on distribue des bonbons pour le calmer !

Enfin, j'ai aimé l'esthétique du discours. La politique, c'est d'abord une forme de rhétorique. Valls a un beau profil de médaille, un visage tendu et une parole fougueuse, qui me plaisent beaucoup. Son intervention est structurée, saccadée, assénée, comme je les apprécient. Un tel niveau oratoire fait rêver. A côté, bien des discours politiques sont de la bave de limace, de la neige sale fondue au soleil. Les "frondeurs" sont des petits bras, à la petite semaine, juste capables de pisser contre leur propre camp. Manuel Valls, c'est un cogneur qui va chercher l'adversaire, le nomme et s'apprête à le combattre. Du grand art, de la grande politique, du Clémenceau en plus jeune.

6 commentaires:

patrick biellmann a dit…

et la France dans tout cela,vous y pensez un peu par hazard , les médias et les fonctionnaires font de la politique mais pas de la création d'emploi .... déficit à 4,4% ... dette immense ....

Emmanuel Mousset a dit…

Vous n'avez qu'à proposer de supprimer les médias, les fonctionnaires et la politique, et on verra si la France ira mieux ...

Anonyme a dit…

quel mépris pour les frondeurs! peut-on quand même vous rappeler qu'ils sont socialistes, élus du peuple et que- bien que leur attitude vous déplaise- ils ont droit AUSSI au respect; vos derniers billets sur le fonctionnement du groupe des députés PS manquent un peu de retenue; on vous avait connu plus "mesuré" et surtout constructif; la réaction " à chaud" est quelquefois risquée

Emmanuel Mousset a dit…

Vous vous méprenez : rien n'est plus froid, glacé même, que mon mépris envers les "frondeurs", ces torpilleurs de la majorité socialiste. Il est impossible d'être "constructif" avec des destructeurs. Quant au "respect", contrairement à ce que vous pensez, ce n'est pas un "droit" mais un mérite : les "frondeurs" méritent d'être condamnés, pas d'être respectés.

Anonyme a dit…

eh ben..E.Mousset le justicier est arrivé ( comme Zorro)s'arrogeant le droit de juger mais à quel titre? êtes-vous élu politique? de quelle légitimité pouvez- vous vous prévaloir? on sent dans vos propos une aigreur justement de ne pas pouvoir peser sur la vie politique parce que chroniqueur( pourquoi pas) mais pas acteur; ça concerne la forme de votre propos
sur le fond: reconnaissez en toute franchise que le tandem exécutif navigue à vue; je ne lui jette pas la pierre; dans le contexte économique actuel la droite n'y arriverait pas non plus mais ça n'est pas pour me réjouir; il va bien falloir expliquer aux Français qu'en économie tout ce qui semble de bon sens a de grands risques d'être faux ( ex :prendre aux riches pour donner aux pauvres). si je n'ai retenu qu'une chose en passant à Sciences Po(modestement en formation personnelle à mes frais)c'est ce principe mais ensuite..que faire pour que ça redémarre? un bon point à celui qui a la solution

Emmanuel Mousset a dit…

1- Je porte des jugements politiques en tant que citoyen. La République me donne ce droit, que visiblement vous me déniez.

2- En toute franchise, je pense que le "tandem exécutif" garde le cap, suit la bonne ligne et navigue au mieux. Comme vous ne lui jetez pas la pierre, me voilà rassuré.