samedi 23 septembre 2017

Mélenchon rejoue 1964



A l'heure où j'écris, nous ne connaissons pas le nombre d'insoumis qui ont défilé dans Paris. Dépasseraient-ils les 100 000 que ça ne m'étonnerait pas. Après tout, ils ont été 7 millions à voter Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Et puis, ce n'est pas, comme il y a quelques jours, une manifestation syndicale contre la seule réforme du code du travail. Il s'agit d'une marche anti-Macron : tout ce que France compte d'hostile à sa personne, riche, libéral et réformiste, va se retrouver dans la rue. C'est ce qu'on appelle classiquement une manif fourre-tout, où les revendications et les appartenances importent moins que la caricature et le rejet d'un homme politique.

Macron "dictateur", sa politique "coup d'Etat" ? Au-delà des outrances, cela ne vous rappelle rien ? Mais si ! François Mitterrand en 1964, qui publie "Le coup d'Etat permanent", visant de Gaulle, qualifié non seulement de "dictateur" mais de "Duce", "Caudillo" et "Führer". Ca, Mélenchon n'a quand même pas osé ! Il faut dire que l'époque, contrairement à la nôtre, ne lésinait pas sur la violence verbale ... et physique. Mélenchon nous fait donc le coup de Mitterrand en 1964, contre le fondateur de la toute nouvelle Vème République. Macron a de quoi en être honoré : se voir comparé au général ...

Evidemment, l'anachronisme est total et n'abuse que les gogos. Mitterrand parle de "coup d'Etat" parce qu'il accuse, à tort ou à raison, le général d'être parvenu au pouvoir en 1958 avec le soutien et sous la pression de l'armée, exerçant en quelque sorte, par la suite, un chantage sur le péril militaire que représentaient les soldats factieux de l'Algérie française. Rien à voir avec Macron et ses ordonnances, qui sont un dispositif totalement légal et institutionnel de notre République.

Quant à la figure du "dictateur" ou du "monarque", c'est un lieu commun non pas contre un homme mais contre le pouvoir présidentiel défini par notre Constitution. Le chef d'Etat a une forte responsabilité, oui, mais un pouvoir dictatorial ou monarchique, non, absolument pas. De Gaulle n'était pas Franco, Macron n'est pas Louis XIV : employer ces mots, c'est faire de la rhétorique, pas de la politique. Tout juste bonne à rédiger des slogans ? Non plus, car un slogan doit être juste, vrai.

Alors, une manif pour rien ? Non pas ! Son objectif n'est pas tant de gêner Macron, qui n'a rien à en craindre, qui ne reviendra pas sur sa promesse d'une réforme du code du travail. Non, Mélenchon a autre chose en vue à travers ce défilé des insoumis : installer durablement son leadership sur l'ensemble de la gauche, par delà sur l'opposition à Macron, après que le PS et le PCF aient été marginalisés. Désormais, dans le camp progressiste, c'est eux ou nous : insoumis contre macroniens. Et nous sommes bien en 2017, pas en 1964 !

vendredi 22 septembre 2017

La démocratie et la rue



Les manifestations contre la réforme du code du travail ont connu hier une baisse d'affluence sensible, sans surprise en ce qui me concerne : le temps et les circonstances ne sont pas à l'explosion sociale. On peut certes en rêver, mais la réalité ne suit pas forcément. D'autant que ce mouvement est accompagné de signes baroques qui ne plaident pas en sa faveur : la dernière fois, c'était le ralliement des forains, qui ne sont tout de même pas l'avant-garde du prolétariat ; cette semaine, ce sont les ... CRS, qui font grève en se mettant en arrêt-maladie (on aura tout vu !).

Demain, en revanche, à la grande marche de la République insoumise, je pense qu'il y aura du monde, parce que l'opposition à Macron ne peut mobiliser que si elle est politique, pas seulement syndicale. Le thème de l'antilibéralisme est tellement à la mode qu'il ne peut qu'être porteur. Ceci dit, je ne crois pas non plus que le président de la République ait de quoi s'inquiéter : le positionnement de Mélenchon est tellement extrême qu'il ne peut que coaliser les gros bataillons de la gauche radicale, pas plus. Ca fait bien sûr du monde, mais pas une majorité, même pas relative (voir le résultat des dernières élections).

Une opposition est dangereuse pour le pouvoir en place qu'à partir du moment où elle représente une alternative, où elle constitue une possible relève : ce n'est pas le cas avec Mélenchon. Ses slogans sont si outranciers (le "coup d'Etat social", par exemple, déplacé, grotesque) qu'ils ne peuvent entrainer que les radicalisés. Cette opposition-là ne sait que s'opposer.

Il y a bien sûr, plus préoccupante, la théorie de la coagulation : dans les jours qui viennent, la grogne des retraités, fonctionnaires, chauffeurs routiers, agriculteurs et surtout étudiants pourrait faire boule de neige. Je n'y crois pas non plus : ces revendications sont trop disparates pour se retrouver dans un front commun, un front de classes, comme on disait à la grande époque.

La force de Macron, c'est qu'il fait ce qu'il a promis, ce pour quoi il a été élu, rien de moins, rien de plus. En démocratie, c'est du béton : personne ne peut aller contre ça. La preuve : on vient le chercher sur des mots, des bouts de phrase. C'est assez lamentable, c'est un signe de faiblesse. Dernière polémique en date : "La démocratie ne se fait pas dans la rue", a-t-il dit. Et alors ? Cette formule est banale, évidente de vérité. La démocratie, ce sont les élections, pas les manifestations.

Quand je défilais contre les réformes de Sarkozy, j'exprimais un mécontentement, légitime en démocratie. Mais jamais il me venait à l'idée de contester la légitimité du gouvernement en place, de le taxer de "coup d'Etat" lorsque ses mesures ne me convenaient pas. Je suis trop républicain pour réagir ainsi ! De même, quand plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue pour refuser le mariage homosexuel, ce n'était pas une raison pour renoncer à cette réforme.

Le pouvoir doit écouter la rue, prendre la mesure de ses revendications, mais c'est lui, le pouvoir, qui a, qui doit avoir le dernier mot, parce qu'un mandat irrévocable le lie au peuple, à l'issue de l'élection où une équipe gouvernementale a été préférée à toutes les autres. Je ne bouge pas de là. C'est pourquoi Emmanuel Macron a totalement raison de solenniser la signature des ordonnances aujourd'hui. C'est une excellente pédagogie, pas un vulgaire coup de com' : rappeler en République où est le pouvoir, quelle autorité impose le respect et d'où elle tire sa légitimité. Oui, mille fois oui, et pardon pour la banalité du propos, la démocratie ne se fait pas dans la rue.

jeudi 21 septembre 2017

Le FN diabolise Philippot



Il n'y aurait pas grand chose à dire du départ de Florian Philippot du FN, sinon qu'il révèle les pires travers de la politique, qui ne sont d'ailleurs pas propres à l'extrême droite. J'en déplore cinq aspects :

1- La franche inimitié et l'hypocrite camaraderie. Bras dessus bras dessous un jour, à couteaux tirés le lendemain. Je crois qu'aucun parti n'y échappe. Et dire que certains vont chercher en politique de la convivialité ! Rares sont les activités humaines où l'on rencontre autant de haine et de faux semblants. Les bons amis font les farouches ennemis.

2- Le Pen est incompétente, caricaturale et vulgaire mais c'est elle qui reste. Philippot est intelligent, fin et sympathique mais c'est lui qui est obligé de partir. On retrouve là un axiome de la logique d'appareil : les mauvais l'emportent toujours sur les meilleurs. Comme le disait Pierre Mauroy : "Quand les dégoûtés s'en vont, il ne reste plus que les dégoûtants".

3- Contre Philippot, les arguments de ses ex-compagnons ne sont pas politiques mais psychologiques : on lui reproche son comportement vaniteux, narcissique et solitaire. On voit bien que ce n'est pas un affrontement entre des lignes idéologiques, ou bien à la marge. Les idées ne pèsent pas lourds dans ces querelles de personnes. Allez savoir si les frontistes ne jalousent pas tout simplement l'intelligence et l'aisance médiatique de Philippot ?

4- L'explication de sa déchéance : avoir fondé une association dont il a refusé de démissionner. Là, le FN se distingue radicalement des autres partis politiques et confirme sa nature totalitaire. Car dans aucune autre formation on ne serait poussé vers la sortie pour cette raison, parfaitement antidémocratique et un peu ridicule.

5- Pour résoudre la crise, qu'est-ce que Le Pen a cru bon de proposer à Philippot ? Une vice-présidence privée de sa délégation, c'est-à-dire un titre sans pouvoir, "vice-présidence de rien", a très bien résumé sa victime. Voilà un cynisme de la plus belle eau.

Moi aussi, je ne suis pas exempt de vieille politique et de cynisme : j'applaudis au départ de Philippot, qui enlève au FN un excellent élément, le plus dangereux de tous, mais sans avenir à l'extérieur du parti. Le FN diabolise Philippot et se rediabolise par la même occasion, gardant à sa tête une femme repoussoir : c'est très bien ainsi.

mercredi 20 septembre 2017

Nous n'irons plus à Solférino



Les mauvaises nouvelles arrivent à la nuit tombée. Quand j'ai appris hier soir, de la bouche de Jean-Christophe Cambadélis, la vente du siège du Parti socialiste, rue de Solférino, à Paris, j'ai ressenti un pincement au cœur, parce que je suis volontiers nostalgique. Solférino ! Combien de fois y suis-je allé ? Je ne sais plus. Il parait que quand on aime on ne compte pas ... Des dizaines de fois peut-être, quand j'étais secrétaire de section, puis responsable fédéral à la formation, ensuite représentant de courant. Jospin, DSK, Hollande, voilà ceux que je rencontrais le plus souvent, pour les plus importants. C'était la belle époque du socialisme !

Solférino, j'ai aimé, oui. D'abord, l'emplacement. Aujourd'hui, certains reprochent cette installation dans les beaux quartiers. Et alors ? Des socialistes n'ont pas le droit d'y séjourner ? Ce serait réservé à la bourgeoisie ? Personne n'a fait ce reproche à François Mitterrand quand il l'a acquis en 1981, pas pour la sociologie environnante, mais parce qu'il fallait être près de l'Assemblée nationale. Cet achat symbolisait ce que le Parti socialiste a cessé d'être cette année, aux dernières élections : un parti de pouvoir, un parti de gouvernement. Et puis, Solférino, c'est tout à côté du quartier Saint-Germain, de l'intelligentsia, que le PS a perdu elle aussi.

L'immeuble lui-même est magnifique, puissant, de la belle pierre. A l'intérieur, les salles sont multiples, fonctionnelles. Que de souvenirs, que de débats entre ces murs ! Solférino, c'était notre fierté. Un parti politique se juge aussi à sa façade. Se séparer de ce siège, c'est une triste fin. Quand on vend les bijoux de famille, c'est que tout va très mal. J'ai l'impression que le PS va tout lâcher, petit à petit, jusqu'à son nom, ce qu'il a déjà commencé de faire à l'Assemblée nationale, puisque le groupe socialiste est devenu "Nouvelle gauche".

Pour ne pas paraître trop dithyrambique, je vais apporter un bémol : ce que je n'aimais pas à Solférino, c'est sa grille d'entrée, qui faisait prison ou forteresse assiégée. De plus, la porte était lourde à pousser. Sinon, c'était merveilleux. Le mot lui-même me plaisait : Solférino, la grande bataille que Napoléon III remporta en 1859 sur les armées autrichiennes ! Aujourd'hui, c'est une défaite qui fait abandonner le siège. Nous n'irons plus à Solférino, mais quand nous passerons devant, au hasard de nos promenades dans la capitale, comme on visite un cimetière, nous nous souviendrons qu'a longtemps vécu en ce lieu un grand parti, une belle histoire qui ont l'un et l'autre pris fin.

mardi 19 septembre 2017

Tous les mêmes !



Il est beaucoup question, depuis quelques temps, des conflits au sein du FN. Je n'y crois pas du tout. C'est l'écume des choses. Il n'y a pas de courants qui menacent l'existence de l'extrême droite. Le Pen, sa nièce, Philippot et les autres partagent le même noyau idéologique : nationalisme, xénophobie et autoritarisme. Le clivage entre un FN fréquentable et un autre qui ne le serait pas est une légende. Ce sont tous les mêmes ! Les nuances ne font pas des différences.

Ce qui les déchire, ce n'est pas l'idéologie, c'est le pouvoir. Avec Marine Le Pen, ils sentent qu'ils ne gagneront pas. Son débat face à Macron l'a totalement décrédibilisée. Elle ne remontera jamais la pente. C'est la grande vertu de la démocratie : à la tribune d'un meeting, dans l'entre soi militant, on peut faire illusion. Lors d'un débat avec l'adversaire, on a rendez-vous avec sa propre vérité : les masques tombent. Le Pen reste à jamais Le Pen, c'est-à-dire une femme d'extrême droite : c'est ce que ce débat nous a appris, que nous savions déjà. La suite était inévitable : dissensions au sein du parti, qui ne peut accepter d'être aussi mal représenté s'il veut un jour accéder au pouvoir. Cette séquence nous rappelle aussi que l'inimitié est le ressort naturel de la politique, que la camaraderie y est intéressée et manipulatrice.

Le plus dangereux des frontistes n'est pas celui qu'on croit, mais Philippot. Il est intelligent, compétent, sympathique, crédible et, par dessus tout, il laisse croire que sa ligne n'est pas identitaire mais souverainiste, qu'il n'est pas d'extrême droite mais social-patriote. Si Le Pen lui laissait la place, ce serait terrible pour tous les démocrates. Heureusement, elle ne le fera pas. Et si Philippot quitte le FN ou s'en fait exclure, il connaitra le sort de Bruno Mégret : une rapide marginalité.

Une dernière chose : beaucoup se réjouissent de ces affrontements à l'intérieur du FN et de la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle. Je serais moins catégorique : d'une part parce que ce sont des batailles de Polichinelle, qui ne change rien à la nature de ce parti ; d'autre part, et surtout, parce que cette femme incompétente et dangereuse, qui a donné d'elle une lamentable image lors de ce fameux débat, a malgré tout réussi à capter 11 millions de voix, ce qui est proprement sidérant. Quelques centaines de milliers de fanatiques et d'imbéciles, toute société peut en produire facilement ; mais 11 millions d'électeurs, non, c'est effrayant, et ce ne sont pas les remous actuels au sein du FN qui doivent nous le faire oublier.

lundi 18 septembre 2017

Ni communiste, ni anticommuniste



Il y a eu un temps où la fête de l'Humanité était un gros événement politique, qui mobilisait toute l'attention. Nous n'en sommes plus là : disons que c'est un petit événement, qui ne passe pas inaperçu, qui fait encore parler. Mais quelle dégringolade ! Cette année, que pouvons-nous en retenir ? Ce ne sont pas les attaques contre Macron : elles vont de soi, et je serais presque vexé que notre président ne soit pas la cible du PCF. Non, ce qui est stupéfiant, c'est la charge contre Mélenchon, candidat tout de même soutenu par les communistes à plusieurs reprises.

Cette critique a quelque chose de pathétique. Mélenchon était absent : soit. Et alors ? Pourquoi en faire tout un plat ? Comme si le grand Parti communiste, au passé jugé autrefois glorieux, se sentait orphelin ou perdu quand l'ex-socialiste n'est pas là ... Le plus pitoyable, c'est que Mélenchon méprise l'appareil communiste et se sert surtout de ses électeurs et militants, du moins ce qu'il en reste, pour alimenter ses manifs, ses meetings et ses multiples candidatures. Il a tué le PCF, et le PCF en redemande, en pleurant son absence. Cette attitude me fait penser au syndrome de Stockholm, qui fait sympathiser les victimes avec leurs bourreaux.

J'ai peut-être plus de respect pour les communistes que n'en a Mélenchon. Pourtant, communiste, je n'ai jamais été tenté de l'être : après mai 68, c'était impossible. Une révolution en a tué une autre. A l'extrême limite, je préfère une société injuste et inégalitaire à une société totalitaire et liberticide. En même temps, je n'ai jamais été anticommuniste, sachant reconnaître chez les militants du PCF des hommes et des femmes de cœur, dévoués, se battant pour un idéal très élevé, hélas tragiquement contredit par la réalité.

vendredi 15 septembre 2017

Ah ! les radicaux de gauche ...



En ces journées du Patrimoine, nous allons assister à la disparition d'un joyau de notre patrimoine politique : le Parti radical de gauche (PRG), qui va se fondre dans une nouvelle formation, avec son homologue de centre-droit, le Parti radical-valoisien (quel nom ! il me faisait rêver quand j'étais adolescent : être radical-valoisien, c'était tout aussi mystérieux pour moi qu'être trotskiste lambertiste). Ce week-end, à Montpellier, les deux partis vont commencer leur réunification. Un événement historique ou microscopique ? Les deux, mon capitaine.

Les radicaux de gauche ravivent d'abord en moi la nostalgie de mes premiers pas en politique, dans les années 70. Le MRG, comme on l'appelait alors (Mouvement des radicaux de gauche), m'intriguait par son sigle, pas comme les autres : un sapin, qui faisait bizarre à côté de la rose au poing socialiste et de la faucille et marteau communiste. En 1977, son leader, Robert Fabre, un pharmacien (!), m'avait épaté en volant la vedette à Georges Marchais, devant les caméras et micros, accusant le communiste d'avoir rompu l'union de la gauche. Et puis, ce courant disposait d'un jeune intellectuel sympathique, Roger-Gérard Schwartzenberg, autour d'un ouvrage à succès, "L'Etat-spectacle", qui m'avait bien plu à l'époque. En 1981, au premier tour de la présidentielle, je votais pour Michel Crépeau, candidat du MRG : le centre gauche, ça m'allait bien. Depuis, j'en suis resté là !

Bon, on ne fait pas de politique sur la nostalgie. Je crois que le PRG a pris une décision intelligente, contrairement au PS qui refuse de se remettre en cause et se replie sur lui-même. Emmanuel Macron a fait exploser tout le paysage politique. Le PS et le PCF n'existent plus vraiment, remplacés qu'ils sont par la République En Marche et par la France Insoumise. Les radicaux en ont pris acte, en travaillant à leur unité. Leur démarche n'est pas exempte de macronisme, puisqu'à leur tour ils cherchent une alternative qui ne soit ni de droite, ni de gauche. A l'origine, le Parti radical, c'est le parti de la République, et les républicains sont de droite comme de gauche. Quand même, Robert Fabre, Michel Crépeau, le sapin et Roger-Gérard Schwartzenberg, c'était bien ...