vendredi 2 décembre 2016

Ce n'est qu'un au revoir



Je m'apprêtais, hier soir, à 20h30, à lancer la soirée autour du film d'Isabelle Debraye, au Ciné Quai 02, lorsque quelqu'un est venu me dire : "Hollande ne sera pas candidat, il vient de l'annoncer à la télé". Sur le coup, je ne l'ai pas cru. Je m'attendais à tout, mais pas à ça. Pourquoi ? Parce qu'il est dans l'ADN de n'importe quel homme politique de se battre jusqu'au bout. Le sens du combat, voilà ce qui motive en politique, et qui étonne tant ou inquiète ceux qui n'aiment pas la politique. Renoncement, c'est le mot le plus laid de tout le vocabulaire politique.

Et puis, François Hollande avait un bilan à défendre, dont il est fier, et moi aussi. C'était une bonne raison de s'en expliquer devant les Français, d'autant que les premiers résultats commencent à être engrangés. Enfin, qui chez les socialistes peut faire mieux qu'Hollande ? Le Parti est profondément divisé, les candidatures multiples et éclatées. Hollande, au moins, c'est le président de la République : sa fonction suprême dans les institutions est un point fort qui n'appartient qu'à lui. Quoi qu'on dise, il disposait encore des moyens politiques d'une nouvelle candidature.

Bien sûr, il y a les sondages, qui étaient très défavorables. Mais c'est du vent, qui peut tourner très vite, surtout à plusieurs mois de l'échéance présidentielle. Bien sûr, il y a les élus socialistes, qui craignent pour leurs sièges, et qui préféraient quelqu'un de neuf. Mais c'est comme les crêpes : on les retourne facilement. Hollande à nouveau candidat, ils auraient majoritairement suivi. Les troupes ne désertent pas le chef avant l'issue de la bataille. Bien sûr, il y a le livre maudit, qui a vexé Bartolone et quelques autres. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout de leur avis ? Qu'est-ce que ça pèse lorsqu'il est question de l'avenir de la France ?

De retour du cinéma, vers 23h30, est-ce l'air vif au long du canal, mais j'ai retrouvé mes esprits : finalement, Hollande a eu raison, c'est la sagesse qui l'a emporté. La lucidité obligeait à reconnaître que les mécontentements étaient trop nombreux, la pente trop dure à remonter. En politique, il faut savoir ne pas s'accrocher, tourner la page. Je l'admets, seulement à tête reposée ; car mon naturel ne va pas à cette réaction-là. Ce que Macron souhaitait, Hollande la fait : que l'actuel président passe la main, qu'il transmette le relais à quelqu'un d'autre.

Le changement, maintenant, c'est Emmanuel Macron ! Si Hollande avait voulu faire de Valls son successeur, il l'aurait dit dès hier soir. Mais le Premier ministre est le moins bien placé pour prendre la suite : il partage l'impopularité d'Hollande, étant associé lui aussi à l'exécutif ; il est très mal perçu au sein du Parti socialiste, qui le condamne comme social-libéral et personnalité autoritaire, sécuritaire, anxiogène (au moins Macron échappe à ça) ; il est piégé par le système des primaires, où il prend le risque d'échouer, du moins d'être très mal désigné (voir le billet précédent). Macron est en homme libre, dégagé des jeux et des obligations d'appareil, plus prompt à rassembler au centre, qui a toujours été le point de gravité de toute élection présidentielle.

Et François, que va-t-il devenir ? L'homme le plus populaire de France d'ici quelque temps, j'en fais le pari ! Il a été porté en triomphe à l'Elysée en 2012, il en sortira en triomphe en 2017. Pourquoi ? Parce qu'il est entré dans l'Histoire en homme normal, parce qu'il la quitte en homme normal. N'importe qui à sa place, devant tant d'adversité, alors qu'il peut couler des jours heureux auprès de sa Julie, aurait fait le même choix. Allez savoir si François n'éprouve pas le plaisir secret de laisser ses petits camarades se démerder entre eux ? Le président a osé faire ce qu'aucun président n'a osé faire sous la Vème République : renoncer au pouvoir, ne même pas tenter de le conserver. L'Histoire le retiendra.

Sa décision colle parfaitement à notre époque, et les Français lui en seront redevables. Hier soir, en quelques minutes d'allocution présidentielle, toutes les valeurs de notre époque ont défilé, dans lesquelles ne peut que se reconnaître notre société : humilité, mea culpa (la déchéance de nationalité), profil bas, sanglot dans la voix, regard mouillé. Les Français auront reconnu en cet homme la figure qu'ils chérissent tant depuis quelques années : la victime. François Hollande, victime du destin, victime des sondages, victime des médias, victime des siens, victime de lui-même. Une telle configuration lui promet une belle postérité.

Mon dernier mot sera celui du socialiste : j'ai voté Hollande, j'ai soutenu Hollande, j'ai aimé Hollande, je défends son bilan. Hier, aujourd'hui, demain, rien ne change pour moi, même si je pense qu'avec Emmanuel Macron, les progressistes peuvent faire plus, mieux et différemment. François Hollande n'a pas terminé sa vie politique. Il restera pour la gauche de gouvernement une référence, quelqu'un avec lequel il faudra compter, qui gardera toute sa place et son influence parmi ceux qu'on appelle aussi les réformistes. Ce n'est donc qu'un au revoir !

jeudi 1 décembre 2016

La primaire ne doit pas avoir lieu



Aujourd'hui commence la primaire de la gauche, quelques jours après la fin de la primaire de la droite. Sa première étape, dans les 15 jours, c'est le dépôt des candidatures. En 2011, la primaire de la gauche a été une réussite. En 2017, elle sera un échec. C'est pourquoi elle ne doit pas avoir lieu. Pour 9 raisons :

1- En politique plus encore que dans la vie, ce qui a marché une fois ne marche pas forcément une deuxième fois. Les circonstances sont totalement différentes : en 2011, la gauche était dans l'opposition, marquée par le retrait de DSK et soudée par l'anti-sarkozysme. Rien à voir avec la situation actuelle.

2- La primaire de la gauche est un trompe-l'oeil : seuls les socialistes y participent (à quoi s'ajoutent quelques personnalités marginales qui ne représentent qu'elles-mêmes). Une véritable primaire de la gauche rassemblerait les grandes familles de la gauche, écologistes, communistes, radicaux de gauche. Ce n'est pas le cas.

3- En se présentant dans le cadre de la primaire, le chef de l'Etat perdra ce qui lui reste d'aura. La fonction présidentielle lui interdit de participer à un combat partisan, interne à un parti politique. L'imagine-t-on débattre sérieusement à égalité avec Filoche et Lienemann ?

4- Cette primaire sera forcément anti-Hollande. Ses candidats déclarés ont clairement manifesté leur hostilité à la politique menée depuis 2012. Avec une telle opposition de gauche, on n'a plus besoin d'adversaires à droite ! Pour le président de la République, la primaire sera un traquenard, une foire d'empoigne dont il ne sortira pas indemne, ou très abimé.

5- La primaire dite de la gauche sera un bal des hypocrites. Qui peut croire que Montebourg et autres adversaires de Hollande et de sa politique soutiendront au second tour l'actuel président s'il arrivait premier, puisqu'ils ne cessent pas de le critiquer ?

6- La primaire n'est utile qu'à l'aile gauche du Parti socialiste. Il est dans sa culture de "se compter", afin de peser au moment du choix des investitures pour les élections législatives. C'est une tradition bien ancrée chez les minoritaires du Parti, qui n'existent politiquement que par ce biais.

7- Contrairement à 2011, le PS n'est plus aujourd'hui en situation humaine et matérielle d'organiser la primaire. Les saignées parmi les adhérents ont vidé l'appareil, qui n'a plus les forces militantes qu'exige une telle opération électorale. Si, par malheur, elle se tenait tout de même, elle donnerait probablement lieu à de multiples contentieux, dus à l'incapacité de superviser correctement le scrutin.

8- Les primaires de la droite ont vu se développer un phénomène inconnu aux primaires de la gauche en 2011 : des électeurs de l'autre camp venant troubler le jeu. On peut penser que ce risque va s'amplifier, que de nombreux électeurs de droite ou d'extrême gauche seront tentés à leur tour de fausser les résultats, à des fins tactiques. Il est effrayant d'imaginer sur quoi cette comédie pourrait déboucher.

9- Les statuts du PS n'obligent-ils pas le Parti à mettre en place la procédure de la primaire, et François Hollande d'y participer ? Oui, mais les statuts sont des prétextes administratifs qu'on applique quand ça arrange. On l'a bien vu, à notre petit niveau, dans la section de Saint-Quentin, qui n'a pas respecté les statuts lors d'une précédente désignation du secrétaire de section, malgré le rappel à l'ordre de la direction nationale. Les puristes ont souvent les mains sales.

Le terme de primaires provoque un malentendu. On l'assimile faussement au système américain, alors qu'il n'y a qu'une identité de mot, rien de plus. Ce qu'on appelle en France primaire est une désignation propre à un parti politique, dictée par l'opportunité, pas une règle institutionnelle comme aux Etats-Unis. Si on veut changement notre système électoral, qu'on le dise, mais je ne vois personne proposer que notre République se calque sur le régime américain.

En réalité, la vraie primaire, c'est le premier tour de l'élection présidentielle. Laissons chacun candidater, au premier chef le président de la République, et nous verrons bien, en février ou mars, ce que sera le paysage politique, quand nous saurons exactement qui a et qui n'a pas les signatures nécessaires pour concourir, quand les choses se seront décantées. Actuellement, il y a trop d'agitation au milieu de trop d'incertitude. Laissons reposer, et nous verrons.

mercredi 30 novembre 2016

Je suis un révolutionnaire



Je suis un révolutionnaire, et je ne le savais pas jusqu'à présent. Je me définissais plutôt comme un réformiste, un social-démocrate : pas un révolutionnaire ! Au contraire, je me suis toujours méfié de la révolution. Elle a sa nécessité, mais aussi ses errements. Elle est certes grandiose, mais aussi tragique. Elle est un soulèvement du peuple, mais aussi un bain de sang. Surtout, la révolution produit souvent son contraire : en 1789, les Droits de l'Homme se terminent par la Terreur et le despote Napoléon ; en 1917, l'émancipation des travailleurs débouche sur le culte de Staline et son totalitarisme. Non, la révolution, ce n'est pas trop mon truc, quand je compare pertes et profits.

Pourtant, je suis bel et bien un révolutionnaire. Peut-être l'ai-je même été toute ma vie ... J'en ai pris seulement conscience la semaine dernière, en achetant le livre d'Emmanuel Macron, intitulé : "Révolution". Macron est révolutionnaire, je soutiens Macron, donc je suis révolutionnaire : voilà un syllogisme parfait. Le candidat à la présidentielle m'a révélé à moi-même. Bien sûr, certains commentateurs ont souri ou se sont indignés à l'emploi de ce mot de révolution par Macron. Y aurait-il usurpation, imposture, abus de langage ?

Allons-y, réfléchissons. Oui, les mots doivent avoir un sens, et on ne peut pas leur faire dire n'importe quoi. Qu'est-ce qu'une révolution ? Le renversement par le peuple du pouvoir en place, aboutissant à un changement de régime. Est-ce que Macron est révolutionnaire selon cette définition ? Non. Mais qui l'est, en France, plus et mieux que lui ? Montebourg, Mélenchon, Besancenot ? Non plus ! Ils participent aux élections, font partie du système médiatique, respectent le pouvoir établi, ne s'en prennent à lui que verbalement. Besancenot a peut-être un projet révolutionnaire, dans sa tête, mais il n'est pas lui-même, stricto sensu, un révolutionnaire, dans ses actes.

D'ailleurs, il serait bon de le remarquer, il n'y a eu aucune révolution en France au XXème siècle. Mai 68 était une révolte d'étudiants, le Front populaire une immense grève ouvrière. On peut parler, si l'on veut, par métaphore, de révolution, mais une métaphore ne sera jamais une réalité. Même la Commune de Paris, au XIXème siècle, n'était pas une révolution, mais une insurrection (Karl Marx la qualifie de guerre civile).

Pour aggraver notre affaire, certains n'hésitent pas à utiliser le terme contradictoire de révolution conservatrice, pour qualifier les politiques de Reagan, Thatcher et peut-être aujourd'hui Fillon. Ou bien, allant encore plus loin, de faire de Hitler, Pétain et aujourd'hui Le Pen des révolutionnaires d'extrême droite. Arrivé à ce point, le mot prend n'importe quel sens et n'en a plus aucun. Mais puisque tout le monde, ou presque, se prétend révolutionnaire, il n'y a pas plus de ridicule à ce que je m'y mette aussi, à la suite de Macron.

C'est que la définition classique et rigoureuse du mot, que j'ai rappelée en début de billet, ne tient plus à l'heure actuelle. Dans une démocratie, le peuple n'a plus à se soulever, puisqu'il peut légalement s'exprimer. Dans une démocratie, le pouvoir n'a plus à être renversé par la violence, puisqu'il peut être remplacé par l'élection. Dans une démocratie, il n'y a plus besoin de révolution. Mais, en un sens plus faible, il y a encore des révolutionnaires : ceux qui ne jouent pas le jeu, qui perturbent le système, qui veulent renverser la table. Macron est de ceux-là. Je crois bien que moi aussi, à mon petit niveau, je suis un petit révolutionnaire.

Macron, en utilisant l'expression, prend à revers tous ceux qui le critiquent, qui l'accusent d'être un pur libéral, un homme de droite. Le mot révolution est un marqueur de gauche. Jamais un homme de droite n'en ferait le titre d'un bouquin. Quand les mots sont devenus vides de sens, et c'est le cas pour celui-là, ils sont laissés en jachère, à la libre disposition. Macron s'est emparé de la révolution comme d'un clin d'œil, mais aussi dans une intention réelle : remettre en cause les privilèges de la classe politique et des rentiers de l'économie, comme en 1789 ont été remis en cause les privilèges de la classe aristocratique et des propriétaires terriens.

Le révolutionnaire d'aujourd'hui, Emmanuel Macron, a sorti son ouvrage jeudi dernier. Le lendemain mourait le dernier révolutionnaire d'hier, Fidel Castro. Encore un clin d'œil de l'Histoire !

mardi 29 novembre 2016

La politique à table



François Hollande et Manuel Valls étaient fâchés. Il y avait de quoi : le Premier ministre, ce dimanche, donnait l'impression de vouloir se présenter à la présidentielle contre le président de la République. Jusqu'à présent, il avait toujours écarté cette éventualité, arguant de sa fidélité indéfectible au chef de l'Etat. La veille, Claude Bartolone semblait accréditer une telle hypothèse. Voilà de quoi jeter un froid légitime entre les deux têtes de l'exécutif. Mais la politique en a vu d'autres : n'est-elle pas une interminable suite de fâcheries et de réconciliations ?

En même temps, une bisbille à ce niveau, au sommet, la fiche mal. La gauche, déjà mal en point, n'avait pas besoin de ça. Mais c'était dimanche, et nous sommes mardi : en politique, l'éternité se compte parfois en heures. Quelle a donc été la solution ? Un repas à l'Elysée ! Après, le problème était réglé, Valls souriant, Hollande rassuré. Je suis fasciné : comment un simple repas peut-il désamorcer une possible et grave crise ? Je lis que les deux hommes se sont expliqués. Mais ils pouvaient le faire par téléphone, eux qui sont si occupés. Non, je crois que le repas joue un rôle stratégique en politique, trop souvent ignoré. Il faudrait refaire l'histoire des grands de ce monde, au point de vue de la table.

Je les imagine, sous les lambris du palais présidentiel. Le décor est à la fois solennel et apaisant. Le cadre prestigieux n'encourage pas aux polémiques de bas étage. Les huissiers en tenue donnent du sérieux à la rencontre. On ne songe pas à s'amuser. Qu'ont-ils pris à l'apéritif ? Le kir royal détend les nerfs, repose les mâchoires. Quelques amuse-gueule aiguisent l'appétit. Le menu intéresse plus que l'ordre du jour. Un différend se règle de biais, pas de face. Il faut penser à autre chose pour être efficace. Le détour est la meilleure ligne droite. La géométrie politique a ses lois.

En plat de résistance, je suis persuadé que le président et son Premier ministre ont pris de la viande rouge, en sauce, avec légumes et féculents, pour discuter utilement le bout de gras. Mais pas encore, c'est trop tôt à ce stade du repas. Il faut remplir les ventres, caler les estomacs. Après seulement, on peut parler. Pour les cerveaux, c'est l'alcool qui doit faire son œuvre : irriguer, griser légèrement, dédramatiser. A l'approche des fromages et de la salade verte, je suis sûr que Hollande et Valls ont dû rire ensemble, de tout et de rien. Ces gamineries sont nécessaires à une bonne atmosphère.

Le moment du dessert, c'est celui du silence, une vraie prière : le sucre, la crème, le chocolat. On ne mange plus, on ne goûte pas : on jouit et on dit "c'est bon". François et Manuel oublient tout, même pourquoi ils sont là. Ils ont la tête dans leur assiette, et nulle part ailleurs. Le café fort et brûlant ramène à la réalité. Il faut maintenant discuter, mais il n'y a plus besoin : le repas a fait office de raccord. La parole est devenue inutile, comme en amour, où l'on se comprend sans parler. Une dispute ne résiste pas à une table copieuse. Les désaccords se vident aussi rapidement que les verres de cristal. Quand le serveur stylé apporte les digestifs, les deux hommes sont main dans la main, ne font plus qu'un. De leur apparent conflit, il ne reste que des miettes sur la nappe.

Oui, la politique, ce sont de perpétuelles disputailleries. Mais voyez comme il est facile et rapide de les dépasser. Quelques heures après, personne n'y pense plus, même pas BFMTV. Fillon et Juppé sont brouillés ? Un repas ! Mélenchon et Laurent ne se parlent plus ? Un repas ! Marine Le Pen et son père sont en contentieux ? Un repas ! Sarkozy et Bayrou se détestent ? Un repas ! Je pourrais continuer la liste ...

A Saint-Quentin aussi, à gauche, ce ne sont pas les intentions qui manquent, ce sont les repas ! Se retrouver dans un local pourri, au milieu d'une salle glauque, entre une bière chaude et un bol de cacahuètes, c'est l'échec assuré. Il ne peut en sortir que de l'énervement ou de l'abattement, les deux allant souvent ensemble. Lorsqu'on quitte le placard, les problèmes sont plus vifs qu'avant d'y entrer. Quand on pense qu'une table garnie, de la bonne chair, des vins roboratifs règleraient tout, infiniment mieux en tout cas que de longues discussions inutiles et désespérées. J'aurais dû y penser plus tôt, depuis bien longtemps, dès le début. La gauche locale n'aurait pas la gueule de bois, alors qu'elle n'a pourtant rien bu.

lundi 28 novembre 2016

Si la gauche était raisonnable ...



En se donnant François Fillon comme leader, l'électorat de droite a incontestablement trouvé son homme, qui lui plait, qui lui ressemble le plus. Mais un choix n'est pas forcément un bon choix, et un succès peut se retourner en échec. Que restera-t-il dans cinq mois, au jour du premier tour, de cette primaire de la droite fort réussie en apparence ? Pour le moment, ce camp vient de durcir son image. Les électeurs qui se sont déplacés, aussi nombreux soient-ils, sont loin de représenter la majorité sociologique de notre pays.

Malgré les retrouvailles obligées d'hier soir, la droite sort profondément divisée de cette primaire, qui n'a pas été de tout repos pour elle. Désormais, le FN devient un concurrent direct, chassant sur des thèmes assez proches, et les centristes, au contraire, ne peuvent qu'avoir des réserves, sinon de l'hostilité, envers le programme de Fillon, libéral et souverainiste, eux qui sont sociaux et européens. Sans compter le rejet des médias, qui pour beaucoup ne portent pas Fillon dans leur cœur. Avec Alain Juppé, la droite se serait à coup sûr donnée un candidat plus crédible, plus modéré et plus rassembleur. Les sympathisants d'une famille politique sont toujours plus radicaux que l'ensemble des Français. Ils ont des réflexes identitaires qui leur sont au bout du compte préjudiciables. C'est ce qui est arrivé hier à la droite.

La gauche ne pourrait que se réjouir de la désignation de François Fillon, y voyant là une belle aubaine et une possibilité de victoire, si elle n'était dans une situation pire que la droite. Ce n'est même plus de division dont il faut parler, mais d'explosion. Dans ces conditions, gagner semble bien difficile. Samedi, un "carrefour des gauches" s'est réuni pour répondre au problème ... et il n'a fait que l'amplifier. "Gauche", c'est vraiment le mot qui convient, mais au sens de "maladroit", et même, en ce qui concerne Claude Bartolone, de carrément très con : le président de l'Assemblée nationale a proposé que Macron et Mélenchon participent à la primaire de la gauche, alors que ni l'un ni l'autre n'en veulent. Et le jour même où Barto a cette idée géniale, le PRG décidait de présenter son propre candidat ... hors primaire (ce qui n'était pas le cas en 2011).

Mais le pire est dans sa proposition d'un double candidature, Hollande et Valls, s'affrontant à la primaire de la gauche. Bartolone est un comique insoupçonné : pour mieux rassembler, il propose que le président de la République et son Premier ministre s'affrontent sur le ring ! En politique, j'en ai entendu, des conneries, mais c'était plutôt réservé aux locaux. Des comme celle-là, venant de Barto, du sommet, je crois bien que c'est la première fois, dans de telles dimensions.

Si la gauche était raisonnable, elle saisirait l'occasion du choix déraisonnable de Fillon pour avancer une candidature progressiste contre le champion des conservateurs, quelqu'un qui rassemble la gauche social-démocrate, les centristes et la droite modérée. Il y a là un créneau assez large à occuper, une belle opportunité politique. Un seul correspond à ce profil : Emmanuel Macron. Si la gauche était raisonnable et si elle avait envie de gagner ...

dimanche 27 novembre 2016

Vierzy, le 16 juin 1972



Le cinéma de Saint-Quentin, CinéQuai 02, organisera jeudi prochain une séance unique de projection du documentaire "Et puis nous sortirons revoir les étoiles", d'Isabelle Debraye, sur la catastrophe ferroviaire de Vierzy, qui endeuilla l'Aisne et la France entière, le 16 juin 1972 : 108 victimes, 240 blessés. La réalisatrice, qui a poursuivi ses études au BTS audio-visuel du lycée Henri-Martin, est la fille d'un survivant, gravement handicapé à la suite du tragique accident. Je vous renvoie à mon billet du 28 septembre dernier, pour une réflexion sur ce magnifique et terrible film. France 3 en a diffusé une version courte. Jeudi, nous aurons droit à l'intégrale. Isabelle Debraye sera présente et j'aurai le plaisir d'animer le débat qui suivra la projection. La séance débutera à 20h30.


samedi 26 novembre 2016

Fidel Castro est mort



Fidel Castro est mort dans son lit. Il aurait pu être renversé par le peuple, périr dans un attentat ou fuir son pays, comme cela s'est déjà vu dans des régimes du même type. Non, il est mort en paix dans son lit, avec son frère à la tête du pays. C'est l'un des derniers grands révolutionnaires du XXème siècle qui nous quitte : Lénine, Mao, Fidel. Des époques et des régions différentes, mais un même espoir : le communisme.

Fidel Castro est mort, et il aura vu le communisme mourir avant lui. Fidel, c'était le dernier espoir du communisme. L'URSS et la Chine étaient devenues totalitaires, faisaient peur mais Cuba laissait une part de rêve, d'autant que Castro n'était pas un communiste patenté. Les plages de sable fin, le mojito, Che Guevara, les guérilleros, le soleil et la mer bleue, la résistance d'une petite île à la puissante Amérique, la révolution sans trop de violence ni de morts, la défaite de l'horrible Batista, les gros cigares qui n'étaient plus réservés aux richards : quelle légende ! Nous aurions tant aimé qu'elle continue encore ...

Fidel Castro est mort, mais sa légende aussi, depuis bien longtemps déjà. Une dictature en a simplement remplacé une autre. Mais combien de temps aura-t-il fallu pour que toute une partie de la gauche s'en rende compte ? Même chez certains réformistes, qui pourtant n'en avait pas besoin, l'illusion a été tenace. J'ai connu des camarades qui allaient passer leurs vacances dans l'île et en revenaient satisfaits, pas plus gênés que ça. Il est vrai que la froide social-démocratie suédoise porte moins au rêve que le socialisme sous les cocotiers.

Bien sûr, Fidel Castro a fait de bonnes choses. Je ne suis pas historien, pas spécialement intéressé par le sujet, mais je n'en doute pas. Il n'empêche que la réalité est là : Cuba n'était pas une démocratie, les prisonniers politiques étaient nombreux (je devrais sûrement le conjuguer au présent). Et quand on est de gauche et républicain, nonobstant tout le reste, les conquêtes sociales et la défense légitime du pays, cela suffit à condamner, devant l'Histoire, et l'homme et le régime. A ce titre, il sera instructif de noter, durant la journée, les réactions politiques des uns et des autres à ce décès, d'abord à gauche.

Fidel Castro est mort, et ce que l'Histoire retiendra de lui n'est pas ce qu'on croit : son communisme tropical, non, mais la séquence des missiles soviétiques, pointés sur les Etats-Unis, menaçant la paix mondiale, laissant croire pendant quelques semaines à une possible guerre nucléaire, oui, je crois que cela marquera.

Finalement, il faudrait que nos rêves restent des rêves, pour ne pas tourner au cauchemar en passant dans la réalité. Fidel Castro est mort, le communisme est mort mais les rêves, eux, ne meurent jamais.