dimanche 25 juin 2017

Le PS n'a rien compris



J'ai lu attentivement la résolution du Parti socialiste, adoptée hier à l'issue de son Conseil national. Elle est importante, puisqu'elle définit sa position à l'égard du gouvernement. J'ai souligné, surligné, encadré, fléché, griffonné ce texte, mis en marge des points d'interrogation, des points de suspension et des onomatopées. C'est un document qui fait réagir : il m'a accablé. Le PS n'a rien compris de ce qui lui est arrivé.

L'élection présidentielle ? "Insaisissable" et "troublante" : je veux mon neveu, mais ce n'est pas comme ça qu'on avance. Pas le début du commencement d'une esquisse de légère autocritique dans la résolution. Seulement un rappel des "valeurs" : ça nous fait une belle jambe ! Le Parti socialiste aurait-il perdu toute intelligence politique ? Oui. Un immeuble lui tombe sur la tête, et c'est comme si de rien n'était. Si j'étais cynique, je m'en réjouirais, laissant ce parti s'enfoncer encore plus. Mais c'est l'accablement et la tristesse que je ressens.

Par rapport à Emmanuel Macron, aucun trouble : "Le Parti socialiste ne peut se reconnaître dans les mesures annoncées et déjà engagées par le gouvernement" (sauf le projet de loi sur la moralisation de la vie publique, quand même !). Et cette phrase au couteau : "Nous nous situons clairement dans l'opposition au gouvernement d'Edouard Philippe. Nous ne voterons pas la confiance à ce gouvernement". Voilà qui a au moins le mérite de la franchise : mais quelle erreur politique !

Le Parti socialiste aurait dû suivre son électorat, qui a majoritairement basculé du côté de la République En Marche : se dire qu'il se passait là quelque chose de neuf, dans le camp des progressistes, qu'il valait le coup d'en être au lieu de s'y opposer. Une bonne partie des députés LREM ne viennent-ils pas de la gauche ? N'ont-ils pas comme pire ennemi l'extrême droite ? Ces éléments auraient dû être pris en considération. Mais voilà ce qui arrive lorsqu'on ne réfléchit plus !

Le porte-parole du PS, Rachid Temal, comme s'il était conscient de la radicalité de la décision, l'a un peu modérée, en parlant d'"opposition constructive". Il n'aurait plus manqué qu'elle soit destructrice ! Non, une opposition, constructive ou pas, reste une opposition. Ce que j'attendais du PS, c'était un soutien critique : là oui, la position aurait été politiquement intelligente. Quand on n'est plus que 31 députés socialistes, on peut jouer si on veut les poils à gratter, mais on ne s'oppose à rien du tout, parce qu'on n'en a pas les moyens. En revanche, par ses avis, ses propositions, ses critiques, le groupe socialiste pouvait être utile à la majorité présidentielle, sans rien renoncer à ce qu'il est (voir billet d'hier). L'action politique ne se justifie que par son utilité ; sinon, elle ne sert de rien.

A quoi s'ajoutent une ambigüité, une inconséquence, une contradiction : en toute logique, quand on s'oppose et qu'on refuse la confiance, on vote contre. Eh bien, l'abstention sera aussi admise, si l'on en croit les déclarations à la suite du Conseil national. Partant de là, je me dis que certains socialistes se sentiront libres de franchir le pas et de soutenir le gouvernement. Après tout, plusieurs députés PS se sont fait élire en se réclamant de la majorité présidentielle, Manuel Valls le premier.

Si les socialistes veulent se reconstruire, après avoir fait leur deuil, ça ne pourra être qu'autour de l'ancien Premier ministre, qui réussira peut-être à constituer un groupe formant l'aile gauche de la majorité présidentielle. Sinon, les derniers survivants du PS se feront bouffer par Mélenchon, comme leurs électeurs lors de la présidentielle. Et là, peut-être qu'enfin le PS aura compris, mais beaucoup trop tard.

samedi 24 juin 2017

Une question de confiance



La vie est une question de confiance. Au travail, dans la famille, entre amis, tout repose sur la confiance. En politique aussi : on choisit rarement un candidat, dans quelque scrutin que ce soit, uniquement sur des bases rationnelles, par pure idéologie. C'est d'ailleurs impossible (il y a toujours des désaccords), et non souhaitable (car nous tomberions dans le fanatisme aveugle). La confiance, c'est un acte de foi, une forme d'espérance, qui n'exclut pas la lucidité, les réserves et même la critique. Donner sa confiance est toujours une prise de risque. Mais c'est la vie ! comme on dit.

En démocratie, les votes sont permanents. Ils mobilisent tout le corps électoral ou bien concernent des collèges plus restreints. Le 04 juillet aura lieu un vote important : les parlementaires nouvellement élus devront dire s'ils accordent ou non leur confiance au gouvernement et à sa politique. Il ne s'agira pas d'un vote d'adhésion, de soutien, de ralliement, encore moins de soumission, mais d'un vote de confiance. Si notre législation emploie ce mot, qui peut paraître plus moral que politique, c'est qu'elle a ses raisons, c'est qu'elle tient à la précision. Disons-le encore autrement, de façon plus triviale, moins juridique : veut-on oui ou non donner ces chances au nouveau pouvoir, lui accorder au moins le bénéfice du doute, jeter sur lui, quoi qu'on en pense, un regard bienveillant ? Souhaite-t-on, en un sens très actif, pas uniquement sous forme de vœu pieux, sa réussite ? Voilà ce sur quoi devront se déterminer nos députés le 04 juillet.

Preuve que la décision dépasse la pure politique, c'est-à-dire les enjeux de pouvoir : Emmanuel Macron, disposant de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, n'a nullement besoin de réclamer la confiance. Il lui suffit que les siens, députés estampillés La République En Marche, accordent leurs suffrages au gouvernement. Mais là, ce n'est plus de la confiance : c'est de la cohérence vis-à-vis de soi-même et de la discipline à l'égard du groupe parlementaire auquel on appartient. Alors, pourquoi le Premier ministre irait-il chercher ailleurs la confiance ? Justement parce que le président de la République s'est fait élire sur la promesse de rassembler, autour de son projet, tous les progressistes d'où qu'ils viennent, de droite, de gauche, d'ailleurs ou de nulle part, comme le reflète la composition du gouvernement. Il doit donc élargir sa base parlementaire, ne pas en rester confortablement à ce que certains craignent à tort, en exagérant, comme un "parti unique", LREM.

L'entreprise est en cours. La droite constituera un groupe de "constructifs" qui, sans renoncer à ce qu'ils sont, à leurs idées et leur famille d'origine, voteront la confiance au gouvernement, ou du moins s'abstiendront. Par cette décision, ils enverront un signal positif à l'égard du nouveau pouvoir, manifestant ainsi leur volonté de contribuer à la mise en place de sa politique. J'espère, je souhaite qu'un pareil groupe s'organise du côté des socialistes : le président ne vient-il pas de leurs rangs ? Une grande partie de leur électorat ne les a-t-elle pas abandonnés au profit de la République En Marche ? Ce serait un comble s'il n'y avait pas, chez les socialistes aussi, des "constructifs" qui votent la confiance ! Ce qui reste du PS mérite mieux que le repli sectaire, la radicalité et l'opposition systématique. Il faudrait être aveugle à ce qui se passe en ce moment en France pour tomber dans cette erreur.

Il y en a qui ne voteront pas la confiance, à qui d'ailleurs elle n'est pas demandée, parce que nous savons que ceux-ci sont fondamentalement anti-Macron : la France insoumise et le Front national, extrême gauche et extrême droite, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Ils seront, les uns et les autres, des forces d'opposition irréductibles, sans concession, contre le nouveau gouvernement, par principe, par idéologie. C'est très bien ainsi, car il en faut aussi. La démocratie a besoin de confiance, mais la vie est faite aussi de défiance. Nous le verrons le 04 juillet : à l'issue du vote, il y aura une majorité élargie, éventuellement critique, et une opposition absolue, frontale. C'est ça, la démocratie, jusqu'à un prochain vote.

vendredi 23 juin 2017

Jupiter parmi les siens



Elle a fait parler, la photo officielle du nouveau gouvernement ! Tout ce que fait Emmanuel Macron fait parler, même quand lui ne parle pas. Pendant cinq ans, ce sera sans doute comme ça. Merveilleux ! Qu'est-ce qu'elle a donc, cette photo ? D'abord, elle est belle. Pour le moment, tout ce que fait Macron est beau. Surtout, elle est inhabituelle, originale alors que rien n'est plus conventionnel, normalement, que la photo officielle d'un gouvernement. Mais voilà : avec Macron, tout est beau et tout est nouveau. Avec lui, rien ne sera plus jamais comme avant, même dans ce qui peut paraître (à tort), comme un détail, la photo officielle du gouvernement.

Jusqu'à présent, un gouvernement se faisait immuablement photographier sur "le perron de l'Elysée". Ah ! "le perron de l'Elysée"...  C'est comme le parvis de Notre-Dame ou l'esplanade du Trocadéro : un lieu commun, un cliché (de photo), quelque chose à quoi on ne peut pas échapper. Sauf Emmanuel Macron, qui échappe à tous les clichés. "Le perron de l'Elysée", c'est le palais et le pouvoir en fond de décor. Dans la nouvelle photo officielle, le gouvernement pose dans un magnifique parc, sous un beau soleil. Nous pourrions très bien être à Saint-Quentin, dans le parc des ... Champs Elysées ou n'importe où ailleurs. La nature a été préférée à l'architecture, la vie à la pierre. Avec Macron, le pouvoir se délocalise, n'est plus assigné à résidence. Les seules marques de territorialité, ce sont les drapeaux fichés au sol : la France, l'Europe.

Surtout, le pouvoir se dilue. L'ordre protocolaire n'est pas respecté, chacun semble se placer où il veut et l'on pourrait croire que le président de la République, sans cravate, s'appelle ... Nicolas Hulot. Car le chef de l'Etat est traditionnellement devant, en avant, au milieu. Là, et c'est stupéfiant, Emmanuel Macron est au second plan, en retrait, un parmi d'autres, qu'il faut presque rechercher, comme sur une photo de classe. Voilà une symbolique déconcertante ! Que nous dit-elle ? Que nous avons d'abord devant nous une équipe, au sens fort du terme, un travail collectif. Le groupe est d'ailleurs assez coloré, bigarré, par comparaison avec les photos officielles précédentes, plutôt grises. La seule logique qu'on discerne, c'est l'alternance homme-femme dans la disposition.

Emmanuel Macron n'a pas besoin de faire le chef, d'apparaitre en majesté, le premier, au centre, entouré de sa garde rapprochée, de ses ministres d'Etat. Leader, il l'est naturellement, sans jouer ou sur-jouer ce rôle. Il l'est aussi naturellement que les arbres plantés à l'arrière, forts et puissants, qui se dressent et dominent dans le ciel. Macron est au milieu des siens, sans forcer la distinction, parce que les siens sont des Macron à leur façon : des personnes qui se retrouvent dans ce gouvernement non par allégeance personnelle ou affinité politique, mais à cause de leur compétence (voir le billet d'hier).

Que nous donne à voir cette photo officielle qui marque tant les esprits ? Des hommes, des femmes, une équipe. Elle ne renvoie à aucune transcendance, solennité, majesté ou hiérarchie, à aucun apparat. Elle ne s'inscrit pas dans l'Histoire, mais elle exprime la société d'aujourd'hui. On parle beaucoup de "société civile", mais c'est un pléonasme. A la limite, cette photo n'a rien de politique. On reproche beaucoup à Macron de ne pas représenter toute la société. Mais ce n'est ni possible, ni souhaitable ! Un gouvernement n'est pas un panel sociologique : c'est la réunion de ce qu'on croit être les meilleurs, à un moment donné, dans une situation donnée.

Emmanuel Macron n'a pas besoin d'incarner, de représenter, de symboliser : il lui suffit d'être et d'agir, et avec lui tous ceux, sur cette photo, qui sont non pas autour de lui, mais à ses côtés, à son niveau. Vercingétorix avait besoin qu'on le hisse sur un bouclier. Louis XIV n'était roi que sur son trône. Même le socialiste François Mitterrand aimait à user des signes extérieurs de la souveraineté. Quelle nécessité chez notre nouveau président, puisque la souveraineté en lui est toute intérieure ? Mitterrand était surnommé Dieu, en toute simplicité : c'était l'image du Créateur, solitaire, jaloux, vengeur, dans le monothéisme biblique. Macron, c'est le Jupiter du polythéisme, dieu parmi les dieux, parce qu'ils sont nombreux sur l'Olympe.

jeudi 22 juin 2017

Le gouvernement des compétents



Platon, dans son ouvrage La République, s'interroge sur la meilleure forme de gouvernement. Il passe en revue quelques possibilités : le gouvernement des sages (l'aristocratie), le gouvernement des militaires (la timocratie), le gouvernement des riches (l'oligarchie). Le philosophe aurait pu aussi citer le gouvernement des religieux (la théocratie) ou le gouvernement des anciens (la gérontocratie). Quel type de dirigeants une société doit-elle se donner ? Eternelle question de la philosophie politique !

De Platon à Macron, il n'y a qu'un pas, juste 2400 ans d'écart. Avec le remaniement d'hier, nous avons la confirmation de qui doit occuper le pouvoir, selon notre nouveau président : le gouvernement des compétents (appelons ça la méritocratie). Exemples : au ministère du Travail, une spécialiste de longue date dans ce domaine ; à l'Education nationale, un ancien recteur d'académie. A première vue, faire de la compétence le critère principal pour choisir les ministres parait une évidence, et même une banalité. Eh bien non ! Si vous prenez la liste des ministres sous la Vème République, il est impressionnant de constater que beaucoup ne connaissaient rien du ministère à la tête duquel ils étaient affectés, sans d'ailleurs que ça ne gêne le moins du monde quiconque.

Allons plus loin. Il y a eu longtemps, en France, un mépris, un déni, un rejet de la compétence en politique, pour des raisons profondes, cinq au moins :

1- La compétence a été associée à la technocratie, à la simple gestion sans âme ni convictions. L'idéal politique national, c'était l'homme cultivé, pas l'homme compétent. A gauche, François Mitterrand contre Michel Rocard. Ce n'est pas un hasard si Emmanuel Macron se réclame de ce dernier. Evidemment, pour moi, il n'y a aucune contradiction à ce qu'un homme de compétences soit aussi un homme de culture et de convictions.

2- La compétence est perçue comme antidémocratique, élitiste, sélective, inégalitaire, avec l'idée sous-jacente, apparemment républicaine, que les postes, notamment ministériels, doivent être ouverts à tout citoyen, sans que les compétences n'entrent en compte. Je récuse ce raisonnement : la compétence en politique est parfaitement démocratique et égalitaire, puisque chaque citoyen a ses compétences, qui ne sont pas les mêmes d'un individu à un autre. Tout l'art politique consiste à mettre les bonnes personnes aux bons endroits. The right man at the right place, disent les Anglais.

3- La compétence est jugée inutile, puisque c'est l'administration, les hauts fonctionnaires, les cabinets ministériels qui se chargent du travail. Conception dangereuse : en distinguant ainsi le politique et l'administratif, on vide le premier de sa responsabilité pour la transférer au second ! Bien sûr, il y a la fameuse réplique du général de Gaulle : "L'intendance suivra". Mais c'est faux : le ministre incompétent finit par suivre son administration plus que celle-ci ne suit ses avis.

4- La compétence est discréditée par une critique psychologique et morale, qui lui reproche d'être l'expression d'un orgueil, d'un sentiment de supériorité malvenu en République. C'est le soupçon contemporain qu'on porte sur les experts. Je ne sais pas si cette critique est pertinente, mais de toute façon elle n'a pas sa place en politique, où l'on ne juge que des résultats, de l'utilité, pas des intentions.

5- La compétence a mauvaise presse parce que son contraire, l'incompétence, est un véritable mode de gouvernement des hommes, qu'on pourrait rapprocher de celui de l'armée, quand elle reposait sur la conscription : vous êtes juristes ? Alors vous serez affecté aux cuisines ! Ne rions pas : dans le gouvernement de la République, on a bien mis, à une époque, un garagiste à la tête de l'Education nationale ! C'est que la politique et l'armée ont des points communs, qui ignorent ou relativisent la compétence : nécessité d'un chef, sens de la discipline, pratique de l'obéissance ... Un politique a besoin qu'on l'admire, qu'on le soutienne et qu'on le suive sans trop discuter. Jamais un compétent n'acceptera une telle soumission, une confiance aveugle. Si quelqu'un obtient un poste pour sa compétence, il ne le doit plus simplement au bon vouloir de celui qui le nomme ; il n'en fera donc qu'à sa tête, il se montrera incontrôlable. Voilà pourquoi la compétence est malvenue en politique.

Pourquoi, avec Emmanuel Macron, les choses ont-elles changé ? Pourquoi la compétence est-elle devenue la première qualité pour entrer au gouvernement (mais aussi dans le choix des candidats aux législatives) ? D'abord parce que la société a changé, qu'un peu partout on demande à ce que tel postulant pour telle activité dispose de compétences. Pourquoi la politique échapperait-elle à ce phénomène de professionnalisation ? Ensuite parce que la mystique du chef en politique a quasiment disparu. De Gaulle ou Mitterrand pouvaient se contenter de compétences économiques superficielles : ça n'entamait pas leur légitimité, leur aura. Enfin parce que l'actuel président de la République est lui-même un homme de grandes compétences, sachant donc les reconnaître et les apprécier chez les autres, sans qu'il en souffre aucun complexe.

Car on ne le dira jamais assez : les compétents sont généralement remis en cause par les incompétents, et on comprend bien pourquoi. Alors, ce gouvernement Macron-Philippe pourra toujours être taxé de gouvernement de techniciens, en quoi serait-il pire que les gouvernements de notables, d'apparatchiks et de militants, de droite comme de gauche, que nous avons connus par le passé ?

mercredi 21 juin 2017

Mélenchon : morgue, mépris et mensonge



Le mathématicien Cédric Villani est une figure marquante parmi les nouveaux députés de la République En Marche. C'est une personnalité brillante, un chercheur de renom et un pédagogue hors-pair, qui a la rare qualité de mettre à la portée de tous sa difficile matière. C'est aussi un personnage original, pas du tout le mathématicien tel qu'on l'imagine : cheveux longs, ruban autour du cou, énorme araignée sur son col de veston, il fait penser à un homme venu d'un autre temps. C'est d'ailleurs ce qui fait tout son charme.

En même temps, rien de fantaisiste chez lui : sa parole est calme, douce, son propos est posé, modéré, très clair, raisonnable. Sa présence à l'Assemblée nous rappelle que la Révolution française avait, elle aussi, ouvert la représentation nationale à des chimistes, des mathématiciens, des ingénieurs ... Seule la République En Marche pouvait accepter dans ses rangs, comme candidat, quelqu'un d'aussi atypique, qu'aucun autre parti n'aurait osé présenter.

Eh bien, c'est cet homme-là, qui suscite l'intérêt et qui inspire le respect, que Jean-Luc Mélenchon a choisi d'attaquer hier, lors de son entrée au Palais Bourbon. Lui et les siens nous ont d'abord offert cette scène ridicule : poings levés autour du chef, gueulant tous "résistance ! résistance !" (à quoi ?! Tu parles !). Le décor était planté, Mélenchon n'avait plus qu'à parler, ce qu'il sait très bien faire, puisqu'il ne sait faire que ça. Sa déclaration mérite d'être intégralement citée : "J'ai vu le matheux, je vais lui expliquer ce que c'est qu'un contrat de travail et il va tomber par terre. Il ne le sait pas tout simplement. Il ne sait pas que la journée de 8 heures, c'est 100 ans de luttes. Le gars, il croit que ça a été toujours comme ça".

En matière de morgue et de mépris, j'ai rarement entendu pire. Tout y est : le "matheux", terme qui vise à disqualifier la personne, à rabaisser sa valeur, à lui refuser son titre exact. Lui, Mélenchon, il a le savoir pour lui, pas Villani : savoir juridique (la rédaction d'un contrat de travail), savoir historique (les luttes sociales). Non seulement Cédric Villani est un ignorant, mais c'est également un idiot (il croit savoir, il pense que "ça a été toujours comme ça"). Voilà de quoi est capable un soi-disant insoumis : morgue, mépris et par dessus le marché mensonge, puisque Villani, en tant que directeur d'un institut scientifique, responsable des embauches, connaît parfaitement les contrats de travail et en a vu beaucoup plus dans sa vie que n'en verra jamais Jean-Luc Mélenchon, qui n'a à aucun moment de son existence exercé une telle responsabilité.

Cette minable polémique pourrait faire sourire, ne pas prêter à attention et être vite oubliée. A tort ! Mélenchon se dévoile : fanfaron, prétentieux et surtout méprisant envers l'homme de science, l'intellectuel, qu'il cherche à décrédibiliser en portant atteinte à ce qui fait sa légitimité, le savoir. Il y a sans doute une part de jalousie chez cet homme manifestement envieux. Ce que déteste aussi probablement Mélenchon chez Villani, c'est sa personnalité hors norme, sa liberté : le véritable insoumis, ce n'est pas Mélenchon (qui a trainé toute sa vie dans la haute classe politique française), c'est Villani !

Mélenchon, c'est qui ? Le type qui a tué le PCF, puis le PS et qui, au premier tour de la dernière présidentielle, mécontent de voir que Sa Grandeur n'avait pas été qualifiée, a refusé d'appeler à voter républicain pour faire barrage à l'extrême droite, comme le veut pourtant la plus ancienne tradition de gauche. Voilà le type qui se permet de faire la leçon à Cédric Villani ! M comme morgue, M comme mépris, M comme mensonge ... M comme Mélenchon. 

mardi 20 juin 2017

En Marche ! toujours debout



Alors, En Marche ! n'avance plus ? C'est ce que m'a lancé une connaissance, à propos du comité de Saint-Quentin, privé de candidature aux législatives (les gens se croient drôles). Comme si l'action politique se réduisait à la participation électorale ! Actuellement, on parle beaucoup, avec raison, des ministres, des députés de la République En Marche. Mais il y a aussi le mouvement, qui doit se structurer sur le terrain et préparer les prochains scrutins locaux, principalement les élections municipales. Il y a de quoi faire et de quoi réfléchir !

C'était l'objectif de la réunion du comité En Marche ! Saint-Quentin hier soir (voir vignette). Pas du tout démotivé ou démobilisé, mais confiant et enthousiaste : l'avenir est devant nous et à nous. L'atelier a abordé les missions, les objectifs et l'organisation du mouvement, en planchant sur plusieurs lignes de réflexion : former une nouvelle classe politique, soutenir l'action gouvernementale, contribuer au travail des parlementaires, susciter le débat d'idées, s'engager dans la vie locale, recruter de nouveaux adhérents ...

La méthode de la REM est la même qu'il y a un an, après sa fondation, et elle a fait ses preuves : partir des questions et propositions de la base, les faire remonter au sommet, alimenter ainsi la réflexion collective et coproduire ensemble ce que sera l'architecture future de notre mouvement. Personne n'est exclu, puisque les réponses des adhérents peuvent être individuelles, sur le site internet d'En Marche ! Le but est d'inscrire maintenant notre belle victoire dans la durée.

lundi 19 juin 2017

Ni trop ni trop peu



Alors, cette victoire ? Que voulez-vous que je vous dise ! Enorme, magnifique, joyeuse ... Emmanuel Macron a les dieux avec lui. Ses adversaires annonçaient il y a un mois une majorité relative et donc ingouvernable. Ces derniers temps, les mêmes adversaires prévoyaient une majorité pléthorique et donc ... ingouvernable (tous les arguments sont bons, y compris contradictoires, quand on veut discréditer). Eh bien le président de la République n'a ni l'une ni l'autre, pas de paralysie, pas d'hégémonie : une majorité absolue, juste ce qu'il faut, ni trop ni trop peu. N'est-ce pas beau ?

L'Aisne désigne trois députés En Marche et garde pour témoins un socialiste et un Républicain. Rappelez-vous, là aussi, il y a un mois : le FN était donné gagnant dans le département. Ah ! les prédictions en politique ... Tout à ma joie, je ne peux que dire : bravo, bravo, bravo ! Les Français ont mis à la retraite la vieille classe politique qui avait fait son temps, malgré les services rendus. Place maintenant aux jeunes, aux nouveaux, aux femmes, à toutes ces catégories sociales qui sont les forces vives de la nation et qui étaient jusqu'à présent trop souvent exclues de la représentation parlementaire.

Je voudrais saluer, en ce lendemain de victoire, trois personnalités qui ne sont pas de la République En Marche, mais qui méritent un coup de chapeau :

- Manuel Valls, pour son élection de justesse (mais qui n'est que justice) : l'ancien Premier ministre aurait pu jouer le rôle finalement assumé par Emmanuel Macron, la modernisation du camp du progrès et le rassemblement des progressistes. Mais il a trop lié sa démarche politique à celle de François Hollande pour incarner aux yeux des Français la nouveauté. Il n'empêche que c'est un homme de valeur, qui pourra apporter dans le travail législatif. Son élection me réjouit d'autant plus que Benoit Hamon, qui est décidément au dessous de tout, avait souhaité activement sa défaite.

- Myriam El Khomri : l'ancienne ministre du Travail a été battue, et c'est bien dommage. Emmanuel Macron lui avait pourtant apporté son soutien personnel. Cette femme est remarquable de courage et la loi travail est tout à son honneur. Son propre parti l'a insuffisamment soutenue, les frondeurs l'ont carrément trahie. Il revient maintenant au nouveau pouvoir de reprendre l'esprit de ce projet et de le porter beaucoup plus loin que ce à quoi les nombreuses dénaturations ont abouti. Nous n'oublierons pas Myriam El Khomri.

- Jean-Christophe Cambadélis : ce n'est pas que j'apprécie particulièrement ce lambertiste retors (pléonasme) à la grande intelligence, mais une décision responsable doit être reconnue et saluée. Ils ne sont pas si nombreux que ça, en France, contrairement aux autres démocraties, les politiques qui démissionnent à la suite d'un échec. Généralement, ils s'accrochent, fanfaronnent et prétendent que ça ira mieux la prochaine fois. Cambadélis quitte la direction du Parti socialiste, parce qu'il prend sa part de responsabilité dans la défaite. Quelqu'un comme Benoit Hamon, et quelques autres, feraient bien de s'en inspirer.