dimanche 26 mars 2017

Voyage en Macronie



Dans Le Monde de ce week-end, Florence Aubenas a fait un excellent papier sur la France de Macron. On comprend mieux pourquoi, dans notre vieux pays fatigué, le jeune candidat fascine. C'est sa petite musique que les Français aiment, son charisme. Aux yeux de beaucoup, c'est un héros d'aujourd'hui, dit Jérémie. Rodolphe rêve de mettre à la retraite les politiques de toujours : On aidera les anciens élus à se réinsérer, la politique doit devenir un CDD, lance-t-il très sérieusement. Bien vu.

Nils se réjouit : Macron a un coup d'avance, il est différent. Il apprécie que les comités En Marche ! se montent et se gèrent tout seul, avec des responsabilités à prendre tout de suite, et des places pour tout le monde. Dans les appareils politiques, il faut attendre des années, après avoir courtisé le sous-chef ou fait allégeance à l'élu de service. Charles est enthousiaste : Voilà un jeune qui croit dans le monde qu'on lui laisse et ne dit pas : tout est foutu. Marre en effet des plaintes, des gémissements, de se complaire dans l'impuissance.

Oui, ça fait du bien, et c'est la clé du succès d'Emmanuel Macron. Quand je l'ai rencontré, par hasard dans Paris il y a deux ans (voir billet du 8 mai 2015), il était ministre mais pas très connu, pas candidat à la présidentielle, et En Marche ! n'existait pas. J'ai immédiatement accroché, j'ai senti en lui un possible avenir. En bas de la rue Soufflot, téléphone portable à l'oreille, il a traversé sans trop regarder, au milieu des voitures, en dehors du passage piéton. C'est tout Macron, audacieux, un peu inconscient, comme en politique !

Profitez de votre dimanche pour lire cet article du Monde : qui sait ? à votre tour, vous rejoindrez peut-être En Marche ! A Saint-Quentin, retrouvez-nous vendredi prochain, à 18h00, salle Paringault, où nous débattrons de la sécurité et de la moralisation de la vie publique.


En vignette : une partie de notre équipe locale, vendredi soir, salle Vermand-Fayet.

samedi 25 mars 2017

Suicide en direct



J'ai regardé François Fillon jeudi soir à la télévision. L'émission m'a fait penser à une scène de film d'aventure : un type est pris dans un marécage, il s'enfonce doucement, on ne voit plus que la tête qui dépasse, bientôt la vase va lui entrer dans la bouche, il agite la main, essaie désespérément de se raccrocher à n'importe quoi. Les spectateurs savent qu'il va mourir, comme les électeurs savent que l'élection présidentielle est perdue pour François Fillon. Je le dis sans plaisir : d'abord pour l'homme, mais surtout pour la dignité du débat présidentiel, qui exigerait que la droite gouvernementale soit présente au second tour, avec un candidat valable, au lieu de l'extrême droite.

Encore mon image de l'enlisement n'est-elle pas complètement juste, tant j'ai l'impression que c'est Fillon lui-même qui s'est mis dans ce bourbier, et que chacun de ses gestes le condamne encore plus. Il y a quelque chose de suicidaire dans ce comportement. Pourquoi être allé chercher, pour expliquer ses déboires, cette histoire de "cabinet noir", cousue de fil blanc ? Fillon se réfère à un bouquin dont les auteurs eux-mêmes démentent ce qu'il prétend ! Quelques heures plus tard, Fillon revient sur ses accusations, en disant qu'il n'en sait rien, qu'il faut enquêter. C'est gamin !

On n'a jamais vu ça, dans cette présidentielle vraiment pas comme les autres : un candidat qui s'en prend violemment à quelqu'un qui n'est pas candidat ! Si j'étais Fillon, j'en resterais à la défense de mon programme, j'essaierais de faire oublier les affaires. Eh bien non ! Et puis, il y a chez lui cette suite de maladresses, la dernière en date étant de dire qu'il a rendu les costumes qu'on lui a offerts : mais c'est ne pas les prendre qu'il aurait fallu ! Fillon a encore perdu une occasion de se taire ... Remarquez bien que ça m'arrange plutôt : pendant que Fillon attaque Hollande, Macron continue de progresser, personne ne s'en prenant vraiment à lui sur le fond.

Quand je parle de suicide, je n'exagère pas : François Fillon dégage volontairement une odeur de mort autour de sa campagne, à tort il me semble. Qu'est-il allé évoquer la fin de Pierre Bérégovoy ? Déjà, bien avant, à la télévision, il s'était référé à une fausse rumeur portant sur le suicide de son épouse. Son vocabulaire est volontiers morbide : "c'est un assassinat", avait-il déclaré après sa mise en examen. Et hier, en meeting : "On veut me tuer". Je comprends la stratégie : c'est celle de la victimisation, pour sauver ce qui peut l'être, le noyau dur de son électorat. Mais ce n'est pas comme ça qu'on gagne une élection présidentielle.

L'essentiel, pour moi, jeudi soir, était encore ailleurs. Car je ne juge pas la personne de François Fillon, n'étant ni moraliste, ni juge, encore moins justicier. Ce qui m'intéresse, ce à quoi je m'oppose, c'est son programme politique. Jeudi soir, c'était très clair, et le candidat n'a pas démenti : un pouvoir d'achat qui progressera de 1,3% pour les familles modestes et de 21,6% pour les familles fortunées. Je ne doute pas de la bonne intention : relancer l'économie en donnant plus à ceux qui en sont les acteurs. C'est sans doute ce qui fait de Fillon un homme de droite et de moi un homme de gauche : je ne crois pas qu'un projet inégalitaire puisse être la condition de la relance de notre économie. Qu'on aide tant qu'on voudra les entreprises, parce qu'elles sont les principales créatrices d'emplois, oui, mille fois oui : c'est ce qui fait que je suis social-démocrate et partisan de Macron. Mais favoriser ceux que la vie (et pas forcément le travail) a déjà favorisé, non, mille fois non.

vendredi 24 mars 2017

Les temps ont changé



Avec Mike, nous avons distribué ce matin le programme de Macron, sur le marché Europe. Le public, populaire et parfois pauvre, est très différent du marché de centre ville, mais l'accueil est tout aussi bon. Il y a peu de refus, et nous arrivons à engager le dialogue avec certains. Les gens ont aussi besoin d'une présence, qu'on les écoute. La politique et l'argent : le sujet revient dans les réactions. Il faut expliquer que Macron n'est pas concerné, que tout est clean de son côté. Des lycéens font de la provoc : Le Pen ! Le Pen ! Ne pas dramatiser, répondre calmement que ce vote est une impasse et un danger.

Il y a ceux qui n'attendent plus rien de personne, comme cet ajusteur chez Alstom, qui a commencé à travailler dès 14 ans : expliquer que les problèmes de la France ne sont pas faciles à régler, qu'il faut continuer à croire en la politique, que nous avons la chance de vivre dans un régime où c'est le peuple qui choisit ses dirigeants. Je ne fais pas forcément la promotion de Macron, car il y a aussi quelque chose d'indécent à vouloir à tout prix imposer ses idées. Mais nos concitoyens doivent savoir que nous sommes là, que nous avons des solutions à proposer.

Ce marché a beaucoup changé, depuis que j'y distribuais pour le Parti socialiste, il y a quinze ans. Des jeunes, des filles, des voiles, une population de plus en plus bigarrée : c'est très bien comme ça, c'est la République, c'est la France. Emmanuel Macron est bien perçu ici : il a été très clair dans sa vision de la nation, ouverte, plurielle et tolérante. L'hostilité du Front national à ses propos est révélatrice. En Marche ! doit bien sûr s'adresser à tous, mais il y a des secteurs de la société qui sont plus sensibles à notre message. Je crois que ce qu'on appelle les quartiers en font partie. "Macron a toujours bossé, il n'a pas vécu de la politique", me dit un passant en prenant le tract. Il y a quinze ans, on n'aurait pas entendu ça. Les temps ont changé.

jeudi 23 mars 2017

Le dernier des socialistes



Quand j'ai adhéré au Parti socialiste, en 1995, j'étais très fier de ma carte : elle était signée "Henri Emmanuelli", qui était alors le secrétaire général du PS. C'est donc une figure importante de la gauche qui nous a quittés il y a deux jours. Ironie du sort ou signe du destin : Emmanuelli s'en va au moment où sa sensibilité politique a pour la première fois un candidat à l'élection présidentielle, Benoit Hamon. Car Henri Emmanuelli a toujours appartenu à l'aile gauche, et l'on dit qu'il qualifiait Macron d'"imposteur".

Dernier des socialistes, parce qu'il incarnait un courant qui, paradoxalement, est en train de vivre son été de la Saint-Martin. Hamon est en train de diviser durablement le Parti socialiste : après lui, rien ne sera plus comme avant. Hamon n'est même pas un héritier fidèle de ce socialisme traditionnel que représentait Emmanuelli : il a commencé par être rocardien ; l'aile gauche historique, Lienemann et Filoche,  s'est initialement reconnue en Montebourg, pas en Hamon. Nous ignorons ce qui se passera à la suite de la défaite du candidat socialiste. Mais l'aile gauche ne pourra pas se maintenir à la tête d'un Parti qu'elle aura conduit à la catastrophe. Sa position naturelle, celle où elle se sent bien, c'est la minorité, c'est l'opposition. Hamon, en fin de compte, c'est une erreur de casting, un accident industriel, provoqué par une primaire pleine de malentendus, puisque c'est Hollande qui devait être son candidat.

Dernier des socialistes, Henri Emmanuelli l'est aussi par son parcours politique : il a construit sa carrière en collectionnant les mandats, député, président de conseil général, premier secrétaire du PS, président de l'Assemblée nationale. Il a même tenté d'être président de la République, en étant candidat à la candidature, en 1995. Nous ne retrouverons plus ce genre de cursus dans les jeunes et futures générations d'élus. L'opinion publique, à tort ou à raison, n'a plus la même admiration pour ce type de parcours à l'ancienne. Le succès d'Emmanuel Macron, jamais élu, frais émoulu en politique, est un signe.

Dernier des socialistes, Emmanuelli n'a jamais aimé cette social-démocratie qui est majoritaire aujourd'hui. Il a suivi François Mitterrand, mais pas jusqu'à épouser le virage idéologique de 1982-1983. En 2005, il combat le Traité constitutionnel européen. En 2014, il s'abstient lors du vote de confiance à Manuel Valls. Déjà, 20 ans auparavant, il s'opposait à Lionel Jospin, les deux hommes s'affrontant dans ce qu'on n'appelait pas encore une primaire (déjà, j'avais voté Jospin contre Emmanuelli, méfiant envers l'aile gauche).

Dernier des socialistes, Emmanuelli a pourtant un point commun avec le social-libéral honni, Macron : tous les deux ont travaillé pour la banque Rothschild. Je pense même qu'Emmanuelli était plus spécialiste de la finance que Macron. Mais quand on fume des gitanes maïs et qu'on parle le langage de la gaugauche (néologisme pour désigner les plus à gauche), tout est pardonné.

Dernier des socialistes, Henri Emmanuelli l'est enfin pour avoir couvert, en tant que trésorier du PS, un système de financement illégal, qui lui a valu une condamnation à 18 mois de prison avec sursis et la privation de ses droits civiques pendant deux ans. Depuis quelques semaines, on parle beaucoup de corruption et d'argent dans la vie politique. N'ayons pas la mémoire courte : c'était pire avant ! Depuis, nous devons à la gauche d'avoir instauré une loi sur le financement des partis politiques. Les abus d'autrefois ont été supprimés. Bien sûr, la moralisation de la vie publique est un combat permanent. Mais qu'on ne dise pas que rien n'a été fait et que la situation empire !

La disparition d'Henri Emmanuelli n'est pas seulement celle d'un homme : c'est la fin d'une époque, d'un socialisme hérité des années 70, mort d'ailleurs depuis longtemps mais survivant sous forme de nostalgie, plus très loin de s'effacer totalement (je ne parle pas ici de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, qui représente encore une autre sensibilité, une sorte de néo-communisme).

mercredi 22 mars 2017

Familles, je vous hais



Nous vivons une drôle d'époque, et la folie de cette campagne présidentielle n'en est que l'expression parfois grotesque. Il y a 40 ans, à l'issue de Mai 68, la famille était brocardée. Depuis quelques années, elle est portée aux nues. C'est l'ultime valeur refuge. Même les homosexuels, qui ont obtenu le mariage, rêvent de fonder une famille. Et pourtant, après Fillon, avec Le Roux, on se déchaîne contre ceux qui n'ont fait que le geste de solidarité filiale le plus banal : employer quelqu'un de sa famille.

Quoi d'ailleurs de répréhensible ? L'embauche serait ouverte à tous, à l'exception des proches ? On comprend bien, en politique comme dans le commerce ou l'entreprise, la commodité qu'il peut y avoir à travailler avec les siens. Je vois une contradiction entre cette condamnation et la défense de la famille. J'y vois aussi beaucoup d'hypocrisie : dans la société, depuis toujours, nombreux sont ceux qui privilégient leurs parents ou leurs amis : quoi de plus normal, quoi de plus humain ? En vérité, ce n'est pas tant la famille qu'on vise, c'est l'homme politique.

Au nom de quoi ? De la morale. On n'arrête pas de nous dire que dans ces affaires, il n'y a rien d'illégal (du moins tant que la justice n'a pas tranché), mais que le problème est moral. Mais quelle morale ? Il y a 40 ans, à l'issue de Mai 68, la morale était brocardée, au bénéfice de la liberté individuelle. La page est-elle en train de se tourner ?

Et puis, il y a cette folie des mots, qui tournent les têtes. Deux m'amusent beaucoup, souvent répétés ces temps-ci. "Emploi fictif" : quelle drôle d'expression ! Un emploi, un travail, c'est toujours faire quelque chose. Un emploi ne peut pas être fictif. Ou alors ce n'est pas un emploi, c'est autre chose, et le mot ne convient pas. "Emploi fictif", c'est un oxymore, comme l'"obscure clarté" de Corneille. De même, le fameux "enrichissement personnel", qui n'est qu'un pléonasme : tout enrichissement est personnel, par définition, dans sa réalité. S'enrichir, c'est pour soi ou pour ses proches, rarement pour les autres.

Vous me direz peut-être que ces termes sont purement juridiques : c'est bien ce que je leur reproche ! La politique et la vie, ce n'est ni le droit, ni la morale. Or, notre drôle d'époque a décidé de faire prévaloir les seconds contre les premiers. C'est une catastrophe. Le langage public, de moins en moins maîtrisé, est désormais truffé d'oxymores, de pléonasmes et d'hyperboles. Le mot juste a tendance à disparaître. La première des corruptions, c'est celle du vocabulaire, dans un régime, la démocratie, qui ne repose pas sur la force mais sur la parole. En politique, il ne faut parler que de politique ; le reste n'a aucune importance.

mardi 21 mars 2017

Débat cata



Porter un commentaire sur un débat politique est un exercice difficile. Celui d'hier soir n'échappe pas à la règle. Objectivement, il est difficile d'en tirer des leçons, encore plus de désigner un vainqueur et un perdant. Que reste-t-il à faire ? Donner ses impressions, qui valent ce qu'elles valent. Même l'audience, excellente, puisque près de dix millions de Français étaient devant leur poste, est sujette à discussion : que signifie-t-elle vraiment ? Est-ce une assurance contre l'abstention de masse ? Je n'en suis pas trop sûr. La politique est devenue un spectacle : on vient voir les grands fauves se battre. Mais le devoir électoral en sort-il renforcé ?

Ma première impression confirme ce que j'avais écrit dans le billet du 22 février : un débat avant le premier tour est une mauvaise idée, parce qu'il ne peut tourner qu'à la confusion. La démonstration a été faite, selon moi, hier soir. On compare les candidats comme des lessives, et on ne voit pas trop les différences. Bien sûr, quand on est militant, le jugement est faussé : on soutient son champion, on le trouve forcément bon puisqu'on se reconnaît dans ses idées, on le juge meilleur que les autres puisqu'on souhaite qu'il gagne. Je ne veux pas tomber dans cette facilité. Quand on est militant, on comprend aussi aisément les clivages, on repère les lignes, on identifie les projets. Mais il faut se mettre à la place de la plupart des gens, qui ne connaissent pas grand-chose à la politique, qui souvent font des confusions : qu'ont-ils pu retenir du débat d'hier ? A mon avis, surtout une cacophonie, où l'on avait du mal à s'y retrouver.

C'était couru d'avance : tant de sujets à aborder avec autant de candidats, et une durée d'émission totalement folle, 3h30 de direct (j'ai tenu jusqu'au bout, presque par devoir, mais j'ai eu du mal). Qui a tiré son épingle du jeu, qui va profiter de cette confrontation ? Il m'est pénible d'avoir à le dire : je crois que c'est Marine Le Pen. Elle était à l'aise, très claire, offensive. Son avantage, c'est de parler en toute irresponsabilité, dans une parfaite démagogie. Ses concurrents s'efforcent d'argumenter en tenant compte de la complexité des dossiers ; Le Pen pratique la simplification outrancière. Ce qu'elle propose est dangereux et intenable ; elle n'a aucune maitrise de la technique gouvernementale, mais je crains que ces défauts ne se retournent en attraits au regard de l'opinion. Tous les grands leaders fascistes ont usé de cette facilité, de cette rouerie. Le Pen exerce sûrement une part de fascination, par sa présence physique et verbale à l'écran. C'est effrayant.

Tous les autres candidats n'hésitaient pas, même Mélenchon, à reconnaître parfois des convergences entre eux sur certains points. Le Pen était la seule à ne jamais acquiescer, à conserver son quant à soi, à marquer sa différence de brute blonde devant et contre les hommes en costard bleu. Même sa grosse voix de fumeuse tranchait : elle assénait avec arrogance ses certitudes, qu'elle accompagnait régulièrement de son sourire de rongeur. Quand elle s'exprime, on comprend tout et ça fait peur. Les autres exigent notre effort, qui n'est pas toujours récompensé. Le Pen joue d'autant plus sur du velours que personne ne l'attaque : qui, hier soir, a rappelé que c'était la candidate de la xénophobie, que son projet n'était pas républicain ? Personne ...

De Macron, cible de toutes les critiques, j'ai aimé sa réplique : "Si je n'étais pas là, vous vous ennuieriez". Et j'ai trouvé dégueulasse l'insinuation de Benoit Hamon, chafouin, faisant son malin, à propos du financement de la campagne de Macron, laissant entendre qu'elle serait sous influence des lobbies. Ce genre de soupçon, totalement infondé, est indigne d'un candidat à la présidentielle. Hamon est vicieux : il réclame à Macron quelque chose que celui-ci ne peut pas lui donner, les noms de ses donateurs, que la loi interdit de dévoiler. Qu'on affronte tant qu'on voudra Macron sur ses convictions, mais qu'on ne fasse pas de la politique de caniveau. Mélenchon a bien des défauts, mais il est honnête : ce serait justice qu'il coiffe au poteau le candidat que je n'ose plus qualifier de socialiste.

A l'issue de ce débat pour moi catastrophique, je suis très pessimiste. Une consolation tout de même, qui contredit mon appréhension : Emmanuel Macron a été jugé le plus convaincant dans deux sondages effectués juste après, et Benoit Hamon arrive en bon dernier. C'est parfois un bonheur d'avoir tort dans ses impressions.

lundi 20 mars 2017

Le point de non retour



Il restait une chance, une toute petite chance, une dernière chance à Benoit Hamon pour rassembler sa famille politique, recentrer son projet et revenir dans la maison des réformistes. C'était hier, à Paris, pour son grand meeting national. Cette chance, il ne l'a pas saisie, il lui a au contraire ostensiblement tourné le dos, en s'entêtant dans le sectarisme et la radicalisation, qui ne font pas partie de la tradition socialiste. Ce faisant, Benoit Hamon a ruiné définitivement ses chances non seulement d'être président de la République, mais même de figurer au second tour de l'élection présidentielle.

Tenir une ligne politique contre les siens, contre la majorité de son Parti, c'est suicidaire, on l'a bien vu à Saint-Quentin. Quand on ne rassemble pas ses propres rangs, on ne peut pas rassembler les Français. Et quand on va chercher des réserves de voix ailleurs, dans l'électorat de Mélenchon, on prend le risque de voir l'original l'emporter sur la copie. Actuellement, dans les sondages, Hamon et Mélenchon sont au coude à coude, 12% chacun. Après le meeting d'hier après-midi, je crains que la chute d'Hamon ne se poursuivre.

Malgré les commentaires bienveillants, partisans ou ignorants, ce meeting a été un échec. Les 20 000 participants revendiqués (c'est-à-dire beaucoup moins, dans la bonne vieille tradition d'appareil) ne font pas le poids, en comparaison avec la marche citoyenne de Mélenchon la veille, qui a mobilisé cinq fois plus de monde. Quand Macron et Mélenchon organisent une réunion régionale, ils rassemblent presque autant qu'Hamon hier, dans un meeting national. Macron n'a aucun parti avec lui, il ne dispose pas d'un réseau d'élus, il n'organise pas de cars pour déplacer le bétail. Le PS, lui, à tout ça à son service, et il ne parvient à réunir qu'une pauvre vingtaine de milliers de personnes, en prenant la fourchette la plus élevée.

Ce meeting raté, c'est le chant du cygne de la candidature Hamon : l'oiseau émet des sons d'autant plus beaux qu'il va mourir. Le contenu de son discours a été affligeant, presque pathétique, une fois qu'on a ôté le froufrou des références historiques. Le sommet de l'inanité aura été son attaque contre l'argent. On aurait pu croire à un sketch, une parodie tellement c'était gros, cousu de fil blanc. L'argent ? J'ai envie de dire à Hamon : "Passe-moi ton portefeuille, camarade, et on discutera après". Quand on voit le mode de vie, les amis et les partisans de Hamon, on éclate de rire à l'entendre s'en prendre à l'argent. Que Poutou et Arthaud dénoncent l'argent, oui, je les comprends et j'ai du respect pour eux, pour leurs positions, cohérentes et sincères, même si je ne les partage pas. Mais quand Hamon fait son numéro contre l'argent, non, cette pitrerie ne passe pas. Le seul avantage que j'y vois, c'est qu'elle le discrédite : comment peut-on prendre au sérieux ce type ?

L'ambiance du meeting était bonne ? Oui, comme n'importe quelle ambiance de n'importe quel meeting. J'ai bien connu ça, et ça ne veut rien dire du tout. Hamon a caressé son public dans le sens du poil, il a prononcé les mots qui font se lever une salle. Mais ce ne sont que des mots, qui ne se traduisent pas forcément en bulletins de vote. Hamon s'est fait plaisir et a fait plaisir à son public : ce n'est pas comme ça qu'on gagne une élection. Les enquêtes d'opinion montrent que son électorat potentiel est le plus volatile. Mon intuition, qui n'est pas un pronostic, mais qui s'appuie quand même sur quelques indices : Hamon sera battu par Mélenchon et arrivera en cinquième position. Le meeting d'hier m'apparait comme un point de non retour.