mercredi 31 juillet 2013

Si j'étais de droite



L'été, c'est le temps des jeux, qu'on fait sur la plage. Je n'aime pas le sable, mais je joue. Aujourd'hui, je me suis demandé qui la droite saint-quentinoise se donnera comme tête de liste aux élections municipales, si Xavier Bertrand renonce, en vertu de la prochaine loi contre le cumul des mandats ? C'est un jeu comme un autre, instructif, et qui fait réfléchir.

Pierre André, dans un récent entretien au Courrier picard, avait indiqué quelques pistes : une femme, la quarantaine, pas forcément UMP. Mine de rien, c'est assez restrictif. Une tête de liste ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval ! Et puis, il n'y a pas de droit à l'erreur, il faut dénicher la perle rare, le bon candidat, le champion de son camp. Première condition, il me semble : quelqu'un de connu. Et je ne vois pas comment faire autrement que d'aller puiser parmi les élus actuels, que leur mandat, depuis dix-huit ans d'exercice, a largement fait connaître auprès de la population.

Je n'imagine pas un seul instant la droite se donner un anonyme. Elle renouvellera son équipe, c'est certain, et en profondeur. Mais pas la tête. Je ne crois pas non plus, malgré le souhait de Pierre André, qu'elle retiendra nécessairement une femme . Un instant, en réfléchissant aux trois critères avancés par l'ancien maire, j'ai pensé à quelqu'un qui correspondait assez bien : Cécile Jaffary, gérante de la librairie Cognet, qui a le mérite d'être connue sans être élue. Elle a du chien, de l'énergie, et je crois qu'elle peut mordre quand il le faut, qualité indispensable en politique. Mais, tout compte fait, non, je ne pense pas que ce sera elle. On ne s'improvise pas brusquement leader politique.

J'en reste à ma première intuition : partir de la liste des actuels conseillers municipaux, les adjoints au maire. Chez les hommes, Christian Huguet ferait un bon successeur à Xavier Bertrand : il a l'allure, le verbe mais pas l'âge. Alexis Grandin est dans la même situation, atteint par la limite d'âge, mais en sens inverse : un peu trop vert. Alain Gibout ? Populaire, très présent (c'est un pléonasme), beau profil "société civile", mais pas assez politique. Stéphane Lepoudère ? Non, pas assez UMP, quoique fortement bertrandiste. Freddy Grzeziczak ? Il en rêve, mais c'est un grand enfant qu'il faut laisser à ses rêves. René Huel ne renouvellera pas son mandat. J'ai fait le tour des hommes, je ne vois pas le candidat.

Chez les femmes, Monique Ryo serait la tête de liste la plus logique : quand le n°1 est empêché, on prend le n°2. La politique gagne à ce genre de logique élémentaire, qui fait taire les contestations et les rivalités. Mais il y a un problème : Monique est centriste, tendance Borloo. Xavier Bertrand laissera le siège à quelqu'un de l'UMP, dûment carté, j'en suis quasi certain. Il est trop politique pour laisser son bureau à une personne qui n'appartient pas à son parti. Agnès Potel est trop effacée ; je ne la vois pas dans un combat. Colette Blériot a de l'obstination, du galon et un sourire dont il faut se méfier. De là à en faire une guerrière, il y a quand même de la marge. Françoise Jacob ? Non, ce n'est pas son truc. Sylvie Robert est un bon second, mais pas un premier de liste. Vous voyez, on fait vite le tour, à mon petit jeu de l'été.

Mais il manque bien sûr quelqu'un, que j'ai omis volontairement. Pas pour faire un petit effet, mais parce que j'ai gardé le meilleur, en l'occurrence la meilleure, pour la fin, comme le dessert termine le repas. Celle-là, qui sera selon moi tête de liste si Xavier Bertrand ne l'est pas, ce sera ... (roulements de tambours) Marie-Laurence Maître ! Pour plusieurs raisons : d'abord, gages de fidélité, c'est une UMP pur jus et une fan de XB. Ensuite, elle a les compétences et l'expérience, étant chargée de l'administration générale et du personnel. En conseil municipal, lorsqu'elle intervient, la voix est claire, pleine d'assurance. Elle ne se laisse pas facilement démontée par une question, elle a la capacité d'argumenter. Enfin, Marie-Laurence Maître a une vraie présence, un bon contact avec les gens : des yeux lumineux qui vous fixent longuement, un visage attentif, une allure agréable derrière laquelle on sent de l'autorité.

Ce sera elle, je vous dis ! Et puis, pour moi qui m'intéresse un peu à la psychanalyse, Marie-Laurence a un nom prédestiné ... Faites une petite expérience : quand vous la rencontrerez, saluez-là d'un "bonjour madame le maire", vous verrez bien. Mais mon petit jeu de l'été part d'un postulat qui conditionne mon choix : si j'étais de droite ... Or, je suis de gauche : mon raisonnement peut donc complètement capoter.

mardi 30 juillet 2013

L'été d'Hitler



Pendant l'été, de quoi nous parlent les magazines ? D'immobilier, de franc-maçonnerie ou de New-York. Cette année, ils ont choisi Adolf Hitler (voir vignette), qui n'est pas spécialement un sujet de plage. Pourtant, ces deux numéros sont intéressants. Le Fig-mag a retrouvé les dernières lettres du dictateur (les archives ont encore beaucoup à dire !). C'est fascinant : alors que tout est perdu, que le Reich est mort, les dignitaires nazis se disputent un pouvoir qui n'existe plus. Goering cherche à succéder à Hitler, Himmler prend contact avec les Alliés, Borman soutient le Führer qui jusqu'au bout s'accroche et élimine. La folie, le mystère sont là, pas dans le génocide, hélas préparé par plusieurs siècles d'antisémitisme touchant tous les milieux.

Le Nouvel Obs est revenu sur le personnage Hitler. Rien de bien nouveau, mais un mystère là aussi : comment Hitler a-t-il pu devenir Hitler ? C'est un raté, un marginal, sans culture ni intelligence, affectivement pauvre. Pendant la première guerre mondiale, il n'a qu'un rôle subalterne, sans gloire. Ni idéologue, ni héros, Hitler est un concentré de médiocrité, y compris au pouvoir : il commet des erreurs stratégiques énormes qui le conduisent à la défaite, beaucoup plus que les Alliés. Qu'est-ce que cet homme avait pour lui pour que tout un peuple le suive aveuglément ? Une seule chose : ses talents d'orateur, gueulard hystérique dont s'est moqué Charlie Chaplin, mais qui a fait effet sur les Allemands.

Il est bon aussi de revenir sur sa prise de pouvoir, qui n'est pas forcément ce qu'on croit. Son parti obtient 2,6% en 1928 et ... 37,4% en 1932. Mais c'est pour refluer quelques mois plus tard. Ce qui permet à Hitler de gagner, ce n'est pas la force (son putsch a raté) ni le vote (il est minoritaire au Parlement), mais la droite traditionnelle, qui s'allie avec lui et le désigne comme leader, croyant ainsi le neutraliser : six mois après, c'est la dictature absolue !

Adolf Hitler ne m'intéresse pas pour des raisons historiques, mais parce qu'il nous apprend sur ce qu'est la politique. D'abord, cette lutte pour le pouvoir jusqu'à l'absurde, dans les ruines de Berlin. Comme si le moteur de la politique n'était que celui-là, quoi qu'il se passe autour. N'est-ce pas ce que nous constatons parfois encore aujourd'hui ? Ensuite, il y a ce paradoxe du charisme : comment un individu falot et fanatique, dont personne ne voudrait pour ami, exerce-t-il sa séduction sur des millions de personnes ? Ce mystère se vérifie encore de nos jours, à petite échelle, et moins tragiquement. L'activité politique est décidément passionnante, consternante et inquiétante.

lundi 29 juillet 2013

La popularité d'un ministre



Quand un socialiste est populaire, je suis content, quel que ce soit ce socialiste. Je vais plus loin : un idiot socialiste, s'il est populaire, je suis content. En politique, peu importe qu'on soit idiot : ce qui compte, c'est d'être populaire. Et puis, en démocratie, où le peuple a toujours raison par principe, quelqu'un de populaire ne peut pas être complètement idiot puisque des gens votent pour lui. De toute façon, je ne connais pas de socialiste qui soit idiot, en tout cas au niveau national.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Parce que le Journal du Dimanche, dans son édition d'hier, a confirmé que Manuel Valls était le ministre socialiste le plus populaire de France, à tel point que la moitié des Français trouvent qu'il ferait un bon Premier ministre. Quand on pense qu'il n'a fait que 5% aux primaires de 2 011 ! La politique, à bien y réfléchir, on ne sait pas par quel bout la prendre ... Donc, pour illustrer ce que je disais au début, Manuel est loin d'être idiot, c'est un socialiste authentique, ancien partisan de Michel Rocard, et un camarade à mon goût, de centre gauche. Ce que j'apprécie surtout chez lui, c'est qu'il assume totalement ce que doit être une gauche de gouvernement, il n'est pas complexé par le pouvoir.

Mais Valls n'est-il pas le ministre de Sarkozy, suivant ses pas et se glissant dans ses bottes ? Non, absolument pas : la politique aujourd'hui suivie au ministère de l'Intérieur n'est pas celle que menait la droite. Ministre de la droite, alors, puisque sa popularité dépasse son propre camp ? Oui, sûrement, mais je m'en réjouis : plus il y a d'électeurs de droite qui approuvent un homme de gauche, mieux ça vaut, selon moi (que les électeurs de gauche l'approuvent, c'est en revanche normal, banal, cohérent).

Alors, suis-je vraiment content que ce ministre et socialiste soit populaire ? Bin non, pas vraiment ! Je vous surprends ? Attendez mes explications. Je crois que les raisons pour lesquelles j'apprécie Valls (qui sont des raisons socialistes) ne sont pas les mêmes que celles pour lesquelles une moitié des Français l'apprécient et le verraient bien chef du gouvernement. J'en veux pour preuve le détail du sondage Ifop commandé par le JDD : à la question de savoir si Manuel Valls aurait la capacité à sortir le pays de la crise, sa popularité retombe à ... 30%. Bref, la popularité de Valls est une popularité d'image. Tant mieux, c'est toujours bon à prendre, quand on est socialiste comme moi. Mais quelle est cette image exactement ?

Valls, c'est d'abord le ministre des médias, celui qu'on voit à la télé. C'est bête à dire, mais en politique, si on ne vous voit pas, bon boulot, belle intelligence ou jolie gueule, vous n'existez pas. Valls surexiste. Sa patrie, c'est BFMTV. Mais je ne m'en plains pas, au contraire. Valls n'est pas que ça : c'est surtout le ministre des flics. L'ordre et l'autorité, c'est son rayon, et il en faut en République. Mais c'est là où ça fait hic chez moi : que les Français choisissent comme chouchou le ministre de la répression (un mot qui n'est pas à mes yeux péjoratif).

Sous la Vè République, les ministres de l'Intérieur n'ont jamais été très populaires, et d'ailleurs ils ne sont pas faits pour ça (de même qu'un bon prof est craint par ses élèves, éventuellement admiré, mais pas populaire). Michel Poniatowski, sous Giscard, n'était pas populaire (Gros Ponia, comme on l'appelait, chasseur de gauchistes). Gaston Defferre, sous Mitterrand, n'était pas populaire non plus (il ne faisait pas très socialiste). Pierre Joxe, tout en raideur, comme il sied à la fonction, ne donnait pas envie qu'on l'aime, et il avait raison.

Des ministres populaires, il y a vingt ou trente ans, c'était Simone Weil, Robert Badinter, Jack Lang ou Jacques Delors, quelqu'un qui attache son nom à une grande réforme, un projet ambitieux, ce que ne peut pas faire un ministre de l'Intérieur, qui est là pour faire régner l'ordre, qui a une mission en quelque sorte administrative, mais pas essentiellement politique. Le locataire de la place Beauvau, c'est l'homme lige du président de la République ; son action, qui est d'application des lois, ne peut pas dessiner une ligne politique propre.

C'est l'objet de mon inquiétude, et mon peu d'enthousiasme devant la popularité de Manuel Valls : elle traduit la crise morale que traverse notre peuple, son désarroi, son besoin d'autorité, son envie de chef. Ce peuple ne croit plus en la politique mais en la force, et c'est préoccupant. Je n'ai aucun problème avec l'ordre, l'autorité et la répression, qui sont nécessaires à toute société. Mais je ne pense pas qu'on puisse réduire la politique à ça, ni l'apprécier pour ça. Surtout, je ne comprends pas qu'une popularité puisse en être issue. Javert qui devient populaire, ça ne va pas. Je rêve d'un peuple qui rendrait populaire le ministre du Logement, le ministre de la Culture ou le ministre du Travail. Mais l'Intérieur, non. Le détenteur de ce portefeuille doit être utile et efficace (ce qu'est Valls) ; mais pas populaire.

dimanche 28 juillet 2013

Que sont-ils devenus ?



Que sont-ils devenus ? C'est le titre de la rubrique du Courrier picard consacrée aux personnalités saint-quentinoises qui ont quitté la une de l'actualité. Aujourd'hui, c'était Daniel Le Meur. Quand on dit monsieur le député-maire, tout le monde pense à Xavier Bertrand, comme avant au sénateur-maire Pierre André, tous les deux à l'UMP. Mais qui oserait croire qu'il n'y a pas si longtemps (qu'est-ce que c'est, en politique, 20 ou 25 ans ?), député-maire qualifiait un membre du parti communiste ? Qui oserait imaginer que cet homme, Daniel Le Meur, a été élu cinq fois député, deux fois maire dans une circonscription et une ville qui semblent aujourd'hui acquise à la droite ? Et pourtant, cela a eu lieu, cela a existé.

Ce qui retient aussi mon attention dans l'article d'Alice Meunier, ce qui me surprend, c'est l'âge auquel Daniel Le Meur a accédé aux responsabilités politiques, à des mandats importants : tête de liste à 31 ans, député à 34 ans, maire à 38 ans ! Il cesse toute activité alors qu'il est encore relativement jeune, 56 ans. De ce départ d'une figure historique, le parti communiste ne se remettra pas, mais l'ensemble de la gauche non plus, ne parvenant pas jusqu'à présent à combler le vide, à occuper le poste vacant, à se donner un nouveau leader (c'est-à-dire un nouveau vainqueur, un nouveau champion). De l'article, je retiens aussi cette photo en noir et blanc : même en politique, le temps passe ...

Me laissant aller à une forme de mélancolie et à un retour sur le passé, je me suis moi aussi posé la question, à propos de camarades qui ont occupé des postes de premier plan et dont aujourd'hui les noms eux-mêmes ne disent parfois plus rien du tout : que sont-ils devenus ?

Qu'est devenue Françoise Mado ? En 1997, elle était secrétaire de section, ambitionnait d'être la candidate socialiste aux élections législatives, avant qu'il ne soit fait appel à Odette Grzegrzulka.

Qu'est devenu Philippe Maillot ? Il était lui aussi secrétaire de section, en 2003. Je crois qu'il est parti en Nouvelle-Calédonie.

Qu'est devenue Martine Bonvicini ? Proche d'Odette, conseillère municipale d'opposition de 2001 à 2008, elle accompagnait l'ancienne députée dans les événements locaux, intervenait avec virulence pendant les séances du conseil municipal. J'ai entendu dire qu'elle vivait maintenant dans le nord.

Qu'est devenu Jean-Louis Cabanes ? C'était le bras droit d'Odette Grzegrzulka, le numéro 2 sur la liste de 2001. Il est devenu par la suite secrétaire de section. L'Aisne Nouvelle l'a retrouvé, il y a six ou sept mois je crois, dans le midi, à nouveau secrétaire de section, puis candidat dissident aux législatives, exclu du parti. Quelle histoire !

Last but not least, qu'est devenue Odette Grzegrzulka ? Députée de 1997 à 2002, elle aurait pu prétendre succéder à Daniel Le Meur en tant que chef de la gauche locale. Ca n'a pas marché. La rumeur disait qu'elle avait rejoint les écolos de Corinne Lepage. Mais vous savez ce que je pense de la rumeur ...

Et puis, il y a ceux qui sont toujours là, qu'on voit de temps en temps dans les rues de Saint-Quentin, qui ont marqué leur époque et dont on a envie de se demander : que sont-ils devenus politiquement ? Je pense à Maurice Vatin, ancien conseiller régional, à Denis Lefèvre, ancien président du district (l'agglomération aujourd'hui), à Gérard Bécu, ancien secrétaire de section, de 1997 à 1999 (les deux premiers ont été exclus du PS en 2008).

La mélancolie ne produit que de la mélancolie. J'ai l'impression d'assister à un long cortège de fantômes qui disparaissent peu à peu dans la nuit (ok, l'image est un peu forcée, mais j'exprime ce que je ressens). Je me dis qu'un jour ou l'autre, Alice Meunier ou un collègue à elle se posera de nouveau la question : qu'est-il devenu ? à propos de ... moi-même ! C'est effrayant. Est-ce que j'ai l'âge de devenir un fantôme ? Est-ce que la vie me condamne à cette mort (politique) ? Je ne sais pas, je sais seulement que ces questions font réfléchir ... et font peur.

samedi 27 juillet 2013

La droite de Fillon



Je me réjouis de la publication des 35 propositions pour la France de François Fillon. La politique, c'est d'abord le débat d'idées : voilà 35 mesures précises à partir desquelles on peut discuter. Autre satisfaction de ma part : ce programme souligne fortement la différence entre la droite et la gauche. Quand on pense que certains ne veulent pas la voir ! Ce sont des hypocrites : trop facile de renvoyer tout le monde dos-à-dos !

Vraiment marqué à droite, Fillon ? Mais oui, et ce n'est pas moi qui le dis, c'est Le Figaro d'aujourd'hui, fin connaisseur en la matière : "propositions radicales", "libéral assumé", "nettement de droite", voilà ce qu'en pense le journal. D'abord, pour bien tracer son territoire, François Fillon propose de revenir sur trois réformes très symboliques de la gauche : les 35 heures, l'ISF (l'impôt sur les grosses fortunes) et la CMU (gratuité totale des soins pour les plus démunis).

Réduire le temps de travail, taxer les plus riches et protéger les plus pauvres, c'est l'ADN, le disque dur de l'homme de gauche, à quoi François Fillon s'attaque. Au moins, les choses sont claires. Et à ceux qui chercheraient des différences fondamentales entre lui et Sarkozy, ce serait peine perdu : il n'y a pas le gentil ancien Premier ministre d'un côté et le violent ex-président de l'autre ; au contraire, Fillon ose des réformes que Sarkozy n'avait pas osées.

Mais il y a plus (et pire à mes yeux) : François Fillon remet en cause un principe républicain, déjà en vigueur sous la monarchie, sous le nom de "droit du sol". Il s'agit de l'acquisition automatique de la nationalité française à tout enfant d'immigrés né en France. C'est, pour moi, un principe absolu, intangible, irréversible. Si on touche à ça, on rame en direction du FN, on abîme le contrat social qui unit les citoyens de la République française, on contrevient à un principe que la Grande Révolution avait solennellement réaffirmé.

Imaginez un peu : des enfants nés en France, vivant toute leur jeunesse dans ce pays qui est leur pays, scolarisés ici et qui ne seraient pas considérés comme des Français à part entière, qui ne bénéficieraient pas des mêmes droits que leurs petits camarades ? Je pèse mes mots : ce serait dégueulasse. Nous souffrons déjà de problèmes d'intégration : veut-on en créer d'autres, et de pires, en ghettoïsant encore plus une partie de la jeunesse ? Quand on est né en France et qu'on y vit durablement, on est français, un point c'est tout. Que d'autres démocraties européennes ne raisonnent pas ainsi, ça les regarde : moi, je m'inscris dans notre tradition nationale et républicaine, je ne vais pas chercher mes modèles ailleurs.

Je retiendrais deux autres propositions de François Fillon qui entraînent mon désaccord : remplacer l'indemnisation du chômage par une indemnisation de formation (comme si l'allocation-chômage n'était pas entièrement un droit, comme s'il fallait absolument la corréler à autre chose, comme si le problème n'était pas le manque d'emplois mais la motivation du chômeur) ; instaurer le port de l'uniforme à l'école (belle hypocrisie là aussi : cacher les marques de richesse pour établir une pseudo-égalité, laisser croire que l'autorité des enseignants sera renforcée par le retour de la blouse de grand-papa).

La philosophie politique de François Fillon est assez simple : les riches sont trop contrôlés et les pauvres pas assez ; il faut se méfier de ceux-ci parce qu'ils mettent de la mauvaise volonté, il faut encourager ceux-là parce qu'ils sont pleins de bonne intention. Je caricature à peine, juste ce qu'il faut pour faire ressortir la logique d'une pensée, par ailleurs cohérente et respectable, mais qui n'est pas la mienne, même si, sur certains points, par exemple sur le coût du travail ou le départ à la retraite, je peux me retrouver à peu près d'accord avec Fillon. En tout cas, le débat est lancé, le clivage droite-gauche est tracé et 2017 n'est pas si loin que ça !

vendredi 26 juillet 2013

Les vacances pour tous ?



Après le mariage pour tous, le concept fait florès : maintenant, les vacances pour tous ? Y compris et surtout pour nos ministres ? si j'en crois les interrogations de la presse. De ce point de vue, la ligne de François Hollande est à peu près la même que celle de Nicolas Sarkozy : pas longtemps, pas loin ... c'est-à-dire pas vraiment de vacances pour les membres du gouvernement, qui paraît-il s'en plaignent parce qu'ils travaillent beaucoup et ont besoin de souffler !

On s'attendrait peut-être qu'un candidat normal devenu président normal se réjouisse d'avoir des ministres normaux, qui ont envie comme tout le monde de repos en cette période de l'année. Sauf que tout ça est faux : un homme politique n'est pas quelqu'un de normal et un ministre n'est pas monsieur tout le monde. La politique n'est pas un travail ou une profession, mais une vocation, un engagement. Un ministre n'est pas un salarié, ministre n'est pas un métier, mais une charge, une mission.

La notion de congés payés, qui est à la base des vacances, n'a pas de sens pour un membre du gouvernement. Un travail, qui mérite salaire et congés, c'est une activité pour gagner sa vie : on ne fait pas de la politique, on ne devient pas ministre pour gagner sa vie, mais pour améliorer celle des autres. Donc, quand j'entends parler en politique de travail et de son corollaire, les vacances, je me dis toujours que c'est une imposture.

Autrefois, il y a vingt ou trente ans au moins, évoquait-on ce problème ? Discutait-on de savoir si les ministres devaient prendre des vacances ou non, où, comment, combien ? Non, tant il allait de soi que la fonction ministérielle avait une éminence, une dignité, celle d'oeuvrer pour toute la nation, qui la détachait et l'élevait d'un travail ordinaire. On savait d'instinct qu'être ministre n'était pas un travail, mais un service.

Et puis, on savait autre chose, qui a hélas disparu : c'est qu'il y a, en République, une distinction absolue entre vie publique et vie privée, à la différence de la monarchie, où il peut y avoir un royal baby, alors que la République n'engendre pas de bébé républicain. Les éventuelles vacances des ministres, leur temps consacré au repos ne regardent pas, n'intéressent pas les citoyens, ne font pas partie de la sphère publique. Je n'ai donc pas à m'interroger sur ce que vont faire ou ne pas faire nos ministres dans la première quinzaine d'août, s'ils vont se tremper les pieds dans l'eau ou crapahuter sur des chemins de montagne, s'ils vont à Dijon ou à Tahiti.

Cette discrétion est-elle encore possible dans une société médiatique qui a fait de l'indiscrétion son principe de fonctionnement ? Je pense que oui. On ne voit dans les médias que ceux qui s'y montrent. Rien de plus facile que se faire oublier provisoirement. Mais voilà le hic : l'homme politique d'aujourd'hui, et on ne peut pas vraiment le lui reprocher, veut qu'on parle de lui jusque sur la plage, au creux de l'été. C'est pour lui une façon d'exister. Ce n'était pas le cas à une époque, pas si lointaine, où les moyens de communication étaient moins nombreux et moins présents dans la vie des gens. Aujourd'hui, quelques heures d'absence lors d'un événement crucial, pas de passage à la télé, le silence radio, et votre carrière politique est amochée, sinon foutue.

Pourtant, paradoxalement, les ministres ont moins besoin d'être dans leur ministère qu'autrefois. Avec l'informatique, le travail en ligne, le téléphone mobile, la notion d'espace est relativisée. On n'a plus besoin d'être sur place pour être présent. Et puis, et la remarque est de tout temps, un ministre n'est pas un homme seul : il s'entoure d'une équipe, d'un directeur de cabinet, de conseillers ; il décide rarement seul. Sa fonction est souvent d'arbitrage ; les décisions techniques sont renvoyées à d'autres, bien sûr avec son aval. Bref, l'idée d'un ministre rivé à son bureau me semble discutable et dépassée.

Enfin, cette petite polémique autour des vacances de nos ministres part d'un présupposé qui ne va pas de soi, d'une équation que je ne fais pas mienne : vacances = partir. Non, ce n'est pas ma définition des vacances. Pour moi, on ne va pas en vacances, on est en vacances, qui consiste essentiellement à ne rien faire (c'est la définition du repos), quand on fait beaucoup le reste de l'année. Plus précisément, ne rien faire de ce qu'on fait habituellement (ce n'est pas glander).

En ce qui me concerne, je ne pars pas (sauf quelques jours dans ma terre natale du Berry, mais c'est une destination régulière, pas vacancière), je me promène dans Saint-Quentin, je rencontre les personnes que je n'ai pas eu le temps de voir dans l'année, et surtout je lis et j'écris : lecture d'une pile de bouquins et magazines qui s'empilent dans un coin de mon salon ; écriture qui n'a plus rien à voir avec ce qui m'intéresse sur ce blog, c'est-à-dire la politique (mais je n'arrête pas la rédaction du blog, ça je ne peux pas, comme je ne peux pas m'arrêter de respirer).

Ceci dit, autour de moi, très fréquemment, quand on m'interroge sur mes vacances, on me demande : tu pars où ? (le mot vacances a disparu de la question). Et quand je réponds : nulle part, quand je dis que je reste à Saint-Quentin, que je m'y sens bien, on me regarde d'une drôle de façon, à la limite comme si je n'étais pas normal. J'essaie alors de philosopher : pourquoi partir ? Pour fuir quoi ? Aller vers quoi ? Les vacances, quand il faut partir, c'est fatiguant, stressant. Le président de la République a raison de prévenir ses ministres de l'illusion des vacances, ce faux délassement. Paradoxalement, les périodes de travail sont plus reposantes. Bref, je suis un peu comme François Hollande : les vacances, c'est pas trop mon truc. Faire un break de temps en temps, une journée ici ou là, oui : mais un éloignement de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, non. Les grandes vacances, c'est pour les petits enfants, pas pour les grandes personnes, et encore moins pour ces grands que sont nos ministres.

jeudi 25 juillet 2013

Le devoir d'optimisme



En annonçant, lors de son entretien du 14 juillet, que "la reprise était là", le président de la République a surpris. En affirmant avec assurance que la courbe du chômage allait s'inverser à la fin de l'année, François Hollande rompt avec un mal français : la sinistrose, sorte de dépression nationale, qui fait qu'on ne croit plus en rien, qu'on se décourage de tout et qu'on s'illusionne en votant pour les extrêmes. Nicolas Sarkozy n'était pas parvenu à sortir le pays de cette névrose, étant lui-même anxiogène par son comportement politique très conflictuel. Hollande réussira-t-il là où l'ancien président a échoué ? Pierre Moscovici et Michel Sapin ont poursuivi ces derniers jours sur cette ligne qui réclame et applique un devoir d'optimisme.

L'optimisme peut sembler, en politique, une vertu critiquable, c'est-à-dire un vice. Le magazine Marianne de cette semaine ne se prive pas d'ironiser sur "le ravi de la crèche", entendez le chef de l'Etat. Mais je n'ai que mépris pour le France-Dimanche de la gauche râleuse et populiste, qui porte bien mal son titre. Quand on est au pouvoir, quand on exerce des responsabilités, oui, l'optimisme est un devoir : on doit croire en ce qu'on fait, et faire partager sa confiance aux autres, en expliquant le bien-fondé de sa politique.

Je connais quelques camarades qui font grise mine, qui pincent les lèvres, qui s'interrogent, qui voudraient plus, mieux, autrement : ce n'est pas avec ceux-là qu'on gagnera ! Le pessimisme, l'inquiétude, le doute ne font pas de bons militants mais de gros boulets. On demande en politique des états de service, pas des états d'âme. Si les socialistes ne sont pas des optimistes, personne ne le sera à leur place, et surtout pas la droite !

L'optimisme est d'autant plus un devoir que la France est la championne du monde du pessimisme, autant qu'un pays en guerre ou frappé par le sous-développement (les sondages le montrent). Quand la moitié de la population n'écarte pas la possibilité de devenir clochard, c'est que quelque chose ne cloche pas dans la tête des gens. La France n'est pas si mal placé que ça en matière de niveau de vie (et là, je ne fais pas de politique, puisque c'était déjà vrai, soyons honnêtes, sous Sarkozy). Si le président de la République n'est pas optimiste, c'est toute la République qui sera pessimiste. Est-ce qu'on sera plus avancé pour autant ?

Attention : l'optimisme hollandais et socialiste n'est pas de commande ou d'apparence. Des engagements ont été pris pendant la campagne, des objectifs ont été donnés : tous les Français, le moment venu, c'est-à-dire lorsqu'il faudra voter, pourront vérifier, évaluer et se prononcer, en connaissance de cause. C'est un optimisme des résultats, pas des intentions. Ce n'est pas un optimisme survitaminé mais raisonné. Encore une fois, nos concitoyens en ont besoin. Mais la gauche aussi : elle a été trop souvent irriguée par une culture du refus, de la contestation, avec cette idée sous-jacente que tout va de mal en pis, qu'on ne peut rien à rien, que ça va finir par péter. Cette gauche critique est incapable de construire quoi que ce soit : elle se plaît dans l'opposition, veut conserver sa virginité pseudo-révolutionnaire et se méfie, c'est un euphémisme, de la gauche de gouvernement. "Que la République était belle sous l'Empire !" disait-on au XIXè siècle : Que la gauche est formidable quand elle n'est pas au pouvoir ! disent ses partisans puritains, applaudis par la droite, qui adore la gauche tant qu'elle n'est pas aux responsabilités.

Pourtant, au plan idéologique, c'est plutôt la droite qui est pessimiste (elle ne croit pas vraiment en un changement de société mais en une bonne gestion) et la gauche qui est optimiste (elle croit au progrès de l'humanité). Un socialiste est donc, par convictions, un optimiste. Sinon, c'est un faux socialiste et un vrai protestataire, qui ne croit jamais en rien et se plaint de tout, y compris des socialistes !

Ce devoir d'optimisme, je souhaite qu'il descende du national jusqu'au local, qu'il souffle de Paris jusqu'à Saint-Quentin. Nous en avons bien besoin ! Ici, je déclinerais le devoir d'optimisme en devoir d'ambition : pour les élections municipales, ne pas se contenter de vouloir grignoter quelques places d'opposants, mais aspirer à la victoire, avoir de l'appétit, le montrer aux Saint-Quentinois (quelqu'un qui a faim, ça se voit !). Optimiste, je vous dis, comme François !

mercredi 24 juillet 2013

Le Chouchou de mon coeur



Hier matin, je m'attendais à ce que la conférence de presse d'Yves Daudigny, président du Conseil général de l'Aisne, fasse la une des journaux locaux, puisque c'est la double polémique de ce mois de juillet : la suppression des bourses départementales et le retrait de la délégation de Thierry Lefèvre. Mais non : ce n'est pas Yves qui tenait la vedette, mais Chouchou. Il s'agit d'un chien qui a gravement mordu les deux fillettes de son maître. Celui-ci veut le faire euthanasier, mais l'affaire se retourne contre lui : une pétition prend la défense du chien et le maître se retrouve accablé !

C'est plus qu'un fait divers, c'est ce qu'on peut appeler un fait de société : des hommes qui prennent fait et cause pour une bête violente, qui aurait pu être meurtrière, et qui dénoncent quelqu'un de leur espèce, un autre homme. Mine de rien, le sujet est philosophique, avec ce gros titre de couverture de L'Aisne Nouvelle, qui ressemble à un sujet de dissertation : à qui la faute ? C'est tout le problème de la responsabilité, mais aussi du devoir, qui sont posés. L'homme ou l'animal ? Et si l'on choisit d'incriminer l'homme, qui exactement ? L'actuel propriétaire de la bête ? L'ancien ? Pourquoi pas l'attitude des enfants eux-mêmes ? Epineuse réflexion ...

Le Courrier picard cite l'initiatrice de la pétition, Nathalie Boulfani : "Un chien ne mord jamais sans raison. Il n'y a que les humains qui font les choses gratuitement". Voilà une pensée qui prête elle aussi à un commentaire philosophique. Elle présuppose qu'un animal serait doué de raison, du moins que ses actes seraient prédéterminés par des motifs et pas forcément par des pulsions folles. En revanche, les hommes échapperaient à cette condition, seraient capables de comportements infondés, inattendus, gratuits. Le point de vue est évidemment très discutable (mais c'est ça la philosophie !) : on pourrait tout aussi bien soutenir que l'attitude d'un chien est irrationnelle, purement animale, et que celle de l'être humain est au contraire civilisée, c'est-à-dire motivée et réfléchie.

Quoi qu'il en soit, qu'est-ce que ça change ? En supposant que Nathalie Boulfani dise vrai, le chien n'échappe pas à sa responsabilité : si son geste n'est pas gratuit, sa culpabilité est alors engagée ! Bref, on ne s'en sort pas (mais c'est souvent comme ça en philosophie). Pour ma part, à voir la bête en photo dans les journaux, elle ne me rassure pas, elle fait plutôt gros bestiau, un mélange d'ours pour la tête et de lion pour la crinière. Les propos d'un spécialiste, Louis Gombart, renforce mon impression : le corps d'un show-show (c'est sa race) est musclé, c'est un canidé fier et distant, très indépendant et peu porté à la tendresse, pas très obéissant. Le show-show, tel que je le sens (c'est-à-dire pas bien), c'est un faux nounours.

Je pense à ces chiens qui vous gueulent après, vous menacent de tous leurs crocs, les babines pleines de bave, le regard perçant, et dont le maître vous dit doucement, en souriant : n'ayez pas peur, il n'est pas méchant ! Le comble est atteint quand le propriétaire vous reproche votre peur (forcément incontrôlée) comme étant à l'origine de la réaction hurlante et agressive du clébard ...

Mais l'affaire ne s'arrête pas là : Nathalie Boulfani accuse le propriétaire de Chouchou, Sébastien Graux, de maltraitance envers les animaux. Il s'en défend, en évoquant un autre show-show malade, qu'il a fait piquer en déboursant 600 euros alors qu'il aurait pu le laisser mourir. La mort comme preuve d'amour ? Afin d'abréger les souffrances ? Et l'argent engagé attestant du sacrifice de l'homme pour l'animal ? Nous revoilà dans une réflexion philosophique ... Mais Yvette Bertin, vice-présidente de la SPA de Saint-Quentin, ne sait pas du tout si Sébastien Graux peut être ainsi soupçonné de maltraitance. En tout cas, celui-ci a décidé de retourner l'accusation en écrivant au procureur de la République. L'affaire est à suivre. La pétition, en deux jours, a atteint 878 signatures ; celle contre la suppression des bourses départementales 1 470, en une semaine.

Je me souviens d'un air ancien, de je ne sais plus qui :

Il est le chouchou, le chouchou de mes rêves
Il est le chouchou, le chouchou de mon coeur


Mais je ne crois pas que la chanson s'adressait à un show-show. Toujours est-il que je ne possède pas de chien, mais un chat, que je n'appelle pas Chouchou mais Chacha. Il s'est installé chez moi, partage ma vie depuis quatre ans, me rejoint dans mon lit. Ce matin, je l'ai regardé dans les yeux, un peu inquiet : qui peut savoir ce qu'il y a dans la tête d'une bête ? Chacha se jette parfois sur moi, pour jouer. Mais si je n'étais pas le plus fort, que se passerait-il ? On ne se méfie jamais assez des animaux. Certes, les bêtes sont nos amies. Mais justement : voyez nos amis à deux jambes ; croyez-vous qu'ils sont toujours dignes de confiance ? Alors, à quatre pattes ... J'aime beaucoup cette formule de Rivarol : "Dans chaque ami, il y a la moitié d'un traître". Je la dédie à Chouchou le show-show, qu'il vive ou qu'il meurt. Et toi, Chacha, fais gaffe ...

mardi 23 juillet 2013

Brétigny, Trappes, Cholet



Brétigny, Trappes, Cholet : non, ce ne sont pas les étapes d'une ligne ferroviaire, mais les trois villes d'où le scandale ces derniers jours est arrivé. D'abord, une tragédie qui suscite parallèlement une rumeur invérifiable et contradictoire, d'où il ressort que nos jeunes de banlieue sont perçus comme des barbares détrousseurs de cadavres. Ensuite, le contrôle d'identité d'une femme intégralement voilée qui tourne mal et entraîne une nuit d'émeute, à la suite de quoi les accusations opposées de laxisme et de racisme sont lancées. Enfin, le maire d'une ville importante tient des propos fous et criminels en évoquant l'extermination insuffisante des Roms par Hitler.

Brétigny, Trappes, Cholet : voilà une bien mauvaise image qui nous est donnée du débat politique. A chaque fois, la gauche et la droite sont perdantes : c'est le Front national qui ramasse la mise. Parce qu'à chaque fois, ce sont ses délires, ses fantasmes, ses références idéologiques qui sont mis en scène : l'insécurité et la xénophobie. Les convictions ne sont plus en jeu, mais les pulsions, les émotions, les obsessions. Il est temps pour les républicains, de gauche et de droite, de rappeler ce qu'est le débat politique en démocratie :

1- Les opinions politiques reposent sur des faits et des raisonnements, pas sur des rumeurs et des invectives.

2- La parole d'un homme public est responsable et maîtrisée. Elle s'appuie sur un langage choisi et recherche le mot juste. Elle se distingue des réactions et des émotions de la personne privée.

3- Les sujets politiques ordinaires sont circonscrits aux questions économiques et sociales, ainsi qu'au domaine de la politique étrangère. Les questions de sécurité et d'ordre public en sont exclues et réservées aux seuls professionnels, police et justice. La politique n'est pas en charge de tout dans une société.

4- Les partis et hommes politiques se déconnectent des impératifs médiatiques pour se concentrer sur le moyen et le long terme. Les événements ponctuels et éphémères, transformés en spectacle par les médias, notamment les chaînes d'information continue, n'ont pas à être commentés et traités.

5- Les thèmes et les thèses de l'extrême droite en général et du Front national en particulier sont unanimement disqualifiés et mis hors de la République par la gauche et la droite.

Après Brétigny, Trappes et Cholet, il est urgent de revenir à un débat politique et démocratique normal. Les préoccupations ne manquent pas : l'emploi, le pouvoir d'achat, le logement, la santé, l'éducation, l'environnement et bien d'autres sujets. Il en est bien sûr régulièrement question, et c'est heureux. Mais j'aimerais que la politique ne nous parle que de ça, et pas d'autre chose.

lundi 22 juillet 2013

Le jour le plus chaud



Il paraît que c'est aujourd'hui le jour le plus chaud de l'été, comme il y a eu autrefois le jour le plus long. La météorologie, bien sûr, n'en sait rien, puisqu'elle n'est pas une science exacte. Nous non plus, nous n'en savons rien mais le sujet est dans toutes les conversations et dans toutes les préoccupations. J'ai connu un temps où il ne venait à l'esprit de personne de se plaindre du temps, surtout pas de la grosse chaleur. Trouver qu'il faisait trop chaud l'été, trop froid l'hiver, c'était une manie de vieux, parce qu'ils souffraient de la température ou qu'il leur fallait un sujet de discussion : quand ce n'était pas le temps, c'étaient leurs maladies. En 1976, le mot de canicule n'existait que dans le dictionnaire. On parlait alors de sécheresse, parce que la forte chaleur n'exaspérait que les agriculteurs.

Depuis, nous avons été habitués au confort, nous voulons un soleil à température ambiante. A Saint-Quentin, les agents municipaux chargés de la propreté font grève pour ne pas travailler dans l'après-midi, comme leurs collègues des autres services : ils demandent à bénéficier, eux aussi, du plan canicule. La chaleur, accélérant la copulation et la reproduction des moustiques, multiplie les attaques d'insectes dans le centre ville, faisant fuir les consommateurs des terrasses de café, affectant ainsi le chiffre d'affaires des commerçants (je l'ai lu dans le journal).

La montée de chaleur ne frapperait pas tant les esprits si nous n'avions pas été traumatisés, il y a dix ans, par la canicule meurtrière : 15 000 victimes dans le pays qui se targue d'avoir le meilleur système de santé et de prévention du monde ! Mais ce n'était nullement lui qui était en cause, ni même cette pauvre canicule (c'est à partir de ce tragique événement que le mot est devenu à la mode) : seulement l'individualisme contemporain, qui fait que beaucoup de nos vieux restent seuls et meurent seuls. Car mourir parce qu'il fait trop chaud, on n'a jamais vu ça dans un pays moderne et hyper-médicalisé.

Désormais, le terme de canicule est une formule magique, une forme d'exorcisme qu'on brandit même et surtout lorsqu'il n'y a pas de canicule (comme en ce moment). On pourrait fort bien utiliser l'expression de chaleur tropicale, qui serait le pendant du fameux froid polaire qu'on évoque durant l'hiver, deux mots aussi faux, aussi menteurs l'un que l'autre. Mais la canicule historique a été préférée en termes de langage, tant elle ravive le souvenir, tant elle est efficace en matière de mémoire. Et puis, je ne vois pas, pour le très grand froid, l'existence d'un vocable technique équivalent à canicule.

Les spécialistes, dans les médias, viennent nous expliquer comment nous préparer pour le grand combat. Ils le font à leur façon, très scientifique, parfois involontairement comique. Car ce que les médecins nous recommandent sont des gestes et des précautions de bon sens, que les générations passées avaient spontanément à l'esprit sans qu'on ait besoin de leur expliquer savamment à la radio ou à la télévision. Les comportements les plus élémentaires de protection contre le soleil et la chaleur ont été oubliés depuis que notre société a rompu avec la nature, ses risques, ses dangers (d'où le succès un peu naïf de l'écologie). Mes grands-parents eux-mêmes auraient rigolé à entendre un monsieur en blouse blanche leur conseiller de boire quand il fait chaud et de mettre un chapeau quand le soleil tape. Quant à moi, j'ai choisi de vous parler aujourd'hui de ce dont tout le monde parle aujourd'hui, mais entre nous soit dit, cette histoire de grosse chaleur, ça ne me fait ni chaud ni froid.

dimanche 21 juillet 2013

Un crime contre la France



La commémoration de la rafle du Vel d'Hiv n'est pas la cérémonie la plus fréquentée de l'année, surtout en cette période de vacances. Mais c'est pourtant la plus émouvante et, pour moi, je n'hésite pas à le dire, la plus importante parce qu'elle touche à un mystère et à une tragédie du siècle passé : le génocide juif. Célébrer la fin d'une guerre ou le début d'une révolution, c'est bien sûr fondamental, mais il n'y a pas cette dimension d'horreur énigmatique qu'a été la volonté des nazis d'exterminer tout un peuple innocent. Je crois que c'est du jamais vu, dans ces conditions et à une telle échelle, durant toute l'histoire de l'humanité. J'ai été heureux de constater qu'au monument aux morts, ce matin, nous étions plus nombreux que d'habitude, élections municipales obligent.

Paul Elkaim, le président de la communauté juive de Saint-Quentin, a parlé d'"un crime contre la France", et c'est une expression très juste. Oui, ce crime contre l'humanité est aussi "un crime contre la France", contre ses traditions séculaires, contre ses valeurs nationales, contre son peuple dont les juifs font partie, contre la patrie pour laquelle ils ont, eux aussi, donné leur vie. Les antisémites, qui hélas sont toujours bien présents, sont la honte, le déshonneur de notre pays. La rafle du Vel d'Hiv, c'est une douleur pour tout Français, parce que ce sont des Français qui l'ont organisée. Mais l'honneur est heureusement sauvé par quelques-uns : contre beaucoup de lâches et quelques salauds se lèvent une foule de héros, petits et grands, et c'est rassurant.

Cette commémoration qui me tient à coeur n'a de sens que si elle parle à notre époque et n'est pas seulement le rappel d'un triste événement historique. Comment une telle tragédie a-t-elle pu se commettre ? Comment faire en sorte qu'elle ne se reproduise plus jamais ? C'est aussi de ce dont nous débattrons le lundi 16 septembre, pour la séance de rentrée du ciné- philo, consacrée au magnifique film de Margarethe von Trotta, "Hannah Arendt", qui a fait polémique tant la pensée de la philosophe semble provocatrice : non, les nazis et les collabos n'étaient pas des monstres mais des gens ordinaires, et c'est de leur banalité qu'est sorti le mal. A méditer, à discuter, pour continuer à dénoncer ce "crime contre la France" et contre l'humanité.

samedi 20 juillet 2013

Dura lex ...



Les violences à Trappes la nuit dernière doivent être condamnées et réprimées avec la plus grande sévérité. En République, force revient toujours à la loi. Or, la loi interdit le voile intégral. Et quand des policiers sont agressés, le délit est aggravé. Ce rappel étant fait, je m'empresse de le faire suivre d'un autre : j'ai souvent argumenté, sur ce blog, contre cette loi, qui ne m'a jamais semblé bonne. Je continue à la critiquer, même si je m'y soumets et demande qu'elle soit partout appliquée, puisque c'est la loi de la République. Mais le débat n'en cesse pas pour autant.

A cette loi, je reproche de s'immiscer dans l'intimité du citoyen, ses choix vestimentaires. Peu importe que la cause soit bonne, c'est la conséquence qui me préoccupe : imposer de découvrir son visage. Etant laïque, je n'entre surtout pas dans la signification du voile intégral : motifs religieux ou pas, ça ne me regarde pas et ça ne devrait pas regarder la loi. J'aimerais simplement qu'en République chacun soit libre de s'habiller comme il l'entend, de dissimuler ou non aux yeux des autres son visage. Sauf évidemment dans les cas particuliers et obligatoires qui exigent de faire connaître son identité. La République, c'est aussi le droit à l'anonymat, à la discrétion et même au secret. Qu'est-ce qui peut bien embêter dans le fait de cacher son visage ? Personnellement, je m'en fous totalement ...

Et puis, second reproche que je fais à cette loi, elle montre du doigt, qu'elle le veuille ou non (et je sais bien qu'elle ne le veut pas), une communauté de notre pays, les musulmans. Elle donne du grain à moudre à l'extrême droite, ce poison de notre démocratie. A Trappes, ce ne sont pas seulement des voyous qui mettent le bazar ; c'est un quartier, une communauté qui se sent attaquée, qui le vit d'autant plus mal que ses conditions d'existence, en matière de logement, d'emploi et tout simplement d'avenir, sont déplorables. Oui, la gauche doit être très ferme en matière d'autorité et d'ordre public, et Manuel Valls fait un travail remarquable. Mais quand on est socialiste, il faut aussi rappeler que bien des violences ont des origines économiques et sociales, même si ça ne fait pas plaisir à toute une partie de l'opinion que d'entendre cette vérité.

vendredi 19 juillet 2013

Hou hou fais-moi peur



Je m'intéresse depuis très longtemps au phénomène des rumeurs, ces prétendues vérités qui n'en sont pas du tout ou à moitié (mais une moitié de vérité, c'est un parfait mensonge). Pourquoi se propagent-elles parmi les êtres humains ? Pourquoi y adhèrent-ils si facilement ? Bien sûr, deux préceptes éclairent le phénomène : il n'y a pas de fumée sans feu et plus c'est faux mieux ça passe (traduction personnelle du plus c'est gros mieux ça passe). J'ai une autre explication : la rumeur est le moyen pour les humains de se faire peur, de justifier leurs angoisses. Trois exemples dans la récente actualité corroborent cette thèse :

1- Il y a quelques jours, la tour Eiffel a été illuminée aux couleurs du drapeau arc-en-ciel des homosexuel(le)s. L'information a été reprise par plusieurs médias, des auditeurs se sont étonnés, pour ne pas dire scandalisés, de ce choix du maire de la capitale. Sauf que tout était faux, rien à voir avec les homos : les couleurs étaient celles de l'Afrique du Sud, en hommage à Nelson Mandela. Le mariage pour tous a tellement ébranlé une partie de l'opinion, qui y voit un complot du genre, que les fantasmes des anti se sont projetés sur le plus phallique des monuments de Paris, mondialement connu. Et l'arc-en-ciel après la pluie, est-ce une divine bénédiction au sein même de la Création ?

2- Kristian Vikernes est une moitié de fou et une pauvre tête, survivaliste, sataniste, néo-nazi et, il y a 20 ans, criminel. Il entrepose chez lui des armes et délire sur son blog. Il passe de tranquilles vacances dans la campagne française, seulement interrompues par une garde à vue et un sale bruit qui court (c'est aussi comme ça qu'on appelle la rumeur) : il préparerait sur le sol national un attentat terroriste. Mais la justice l'a laissé partir hier soir, ne trouvant rien de semblable à lui reprocher. L'opinion en sera pour ses frais : il est tellement tentant de se faire peur avec un affreux néo-nazi norvégien pour oublier la gentille et bien française Marine. La rumeur est un subterfuge , un déplacement de nos peurs.

3- La tragédie de Brétigny s'estompe au profit d'un scandale : les victimes auraient été dévalisées, y compris les morts ; les secours auraient été empêchés de faire leur travail. La rumeur ajoute l'ignominie à l'horreur, comme si celle-ci ne suffisait pas. Et la vérité dans tout ça ? Calomniez, il en restera toujours quelque chose ... Aucun fait de cette ampleur n'a été sérieusement signalé, seulement un vol de portable et quelques jets de pierre par des gamins. Aucune plainte n'a été déposée, les témoignages sont rares et contradictoires. Certains politiques croient malin et électoralement rentable de faire monter l'affaire comme une crème chantilly. La rumeur est une boîte à fantasmes : les voici les voilà, les "jeunes de banlieue", barbares des temps modernes, dépouillant les cadavres comme autrefois sur les champs de bataille, riant à coup de jets de pierre du malheur, de la souffrance et de la mort, transgressant ainsi les règles élémentaires de la civilisation. Comme elle est riche et misérable, astucieuse et bête à la fois, la rumeur qui cherche à nous faire peur, à se faire peur.

jeudi 18 juillet 2013

35 heures ? Non, 29 !



La gauche étant au pouvoir, ses partis, ses élus, ses militants doivent soutenir la politique gouvernementale et la défendre publiquement. C'est une question de discipline et de cohérence élémentaires. D'honnêteté aussi. Cependant, la réflexion et le débat ne s'arrêtent pas. C'est au contraire du rôle des intellectuels d'apporter des idées nouvelles, d'autant que l'ambition de la gauche est de gouverner la France dans la perspective de la décennie, si les électeurs en décident ainsi. Parmi les ouvrages qui contribuent à enrichir la pensée de la gauche réformiste, je vous recommande "La gauche n'a plus le droit à l'erreur", de Michel Rocard et Pierre Larrouturou, , aux éditions Flammarion, qui bouscule les idées reçues.

Première idée iconoclaste : inutile de rêver à un retour en arrière, cessons de mythifier les Trente Glorieuses, le plein emploi, etc. La notion de "crise" est erronée : elle suppose une période passagère de difficultés avant de retrouver une situation normale. Non, ce que nous vivons depuis 40 ans n'est pas une "crise", c'est une mutation, un changement complet de système économique qu'il faut analyser en des termes tout à fait nouveaux.

La croissance, par exemple : tous les gouvernements ne jurent que par elle, laissant entendre qu'elle serait la solution à nos problèmes. Mais jamais nous ne retrouverons les taux de croissance des années d'après-guerre, quand il fallait reconstruire le pays et que la société de consommation était dans sa phase ascendante. Jamais nous ne pourrons rattraper et concurrencer les pays émergeants, dont la croissance s'établit dans des conditions que nous ne trouverons pas chez nous, par bonheur.

Faut-il blâmer, comme on le fait souvent, l'Etat-providence ? Non, Rocard et Larrouturou s'en prennent plutôt au capitalisme dérégulé, qui rend aujourd'hui inopérantes les réponses classiques. Les plans de relance ne servent à rien. Si l'économie tient encore le coup, c'est grâce à l'endettement sans fin des ménages et des Etats, sans quoi le monde serait en récession depuis quinze ans.

Les préconisations des deux socialistes sont aussi décapantes que leurs analyses : créer deux millions d'emplois avec une croissance nulle, c'est possible, selon eux ! Il faut d'abord cibler les secteurs, notamment le logement et les questions climatiques (on ne peut plus suivre une politique énergétique qui met en cause l'avenir de la planète), tous les deux créateurs d'emplois.

Surtout, il faut poursuivre la réduction du temps de travail (Aïe ! c'est la droite qui va être furax, elle qui n'a toujours pas digéré les 35 heures), se diriger vers les 29 heures, la semaine de quatre jours. Tant pis pour les moralisateurs de la valeur travail ! Je suis moi aussi persuadé qu'on ne peut pas attendre le retour hypothétique de la croissance, que notre rapport au travail a beaucoup changé dans une société où existe depuis plusieurs décennies un chômage de masse.

De même que certains gagnent trop, d'autres travaillent trop (je parle du travail rémunéré). Quand le gâteau se réduit, il faut le partager et ne pas laisser croire qu'il pourrait enfler ; il faut aussi songer à produire d'autres gâteaux. Et puis, le travail ne se limite plus aujourd'hui à sa définition classique d'activité salariée : si je prends ne serait-ce que le bénévolat, on constate qu'il dégage lui aussi de la richesse économique et sociale. Il faut repenser le travail, ne plus le limiter aux heures de bureau et d'usine.

Voilà des idées sur le travail qui sont à méditer, sur la plage ou à la campagne, puisque une bonne partie de la France, pendant deux mois, sans trop de mauvaise conscience, cesse de travailler, du moins légalement. Lisez Rocard et Larrouturou, non pour adhérer, mais pour réfléchir (et puis, lire et réfléchir, même dans le farniente, c'est un travail !).

mercredi 17 juillet 2013

Politique aux ciseaux



Quand je vais chez ma coiffeuse, je cause politique. Elle me voit dans le journal, elle m'interroge. La dernière fois, elle m'a demandé, en me faisant un shampoing : vous n'êtes pas trop déçu ? (à propos de mon échec pour la tête de liste aux municipales). Je lui ai répondu que non, que la politique n'était pas faite de sentiments personnels, mais de choix collectifs. Elle n'a pas eu l'air de me suivre. Vous serez quand même sur la liste ? a-t-elle insisté. Non plus, lui ai-je dit : quand on est vaincu, il faut laisser la place aux vainqueurs. Ca ne l'a pas mieux convaincu, mais le shampoing était terminé.

Quand elle a commencé à me couper les cheveux, je lui ai demandé comment allait son mari, un ouvrier qui installe des câbles électriques. Elle m'a appris qu'il était ... en Corée, en train de travailler sur un bateau de croisière en cale sèche. Ce n'est pas la première fois que sa boîte (saint-quentinoise) l'envoie à l'étranger : à Abu-Dhabi, il est même tombé dans un restau sur un cuisto venant de Saint-Quentin ! Le monde est petit, surtout avec la mondialisation, que j'ai défendue hardiment, profitant de l'occasion.

De fil en aiguille et de mèche de cheveux en mèche de cheveux, nous avons parlé de l'éducation de ses enfants, qui sont à Saint-Jean. Croyant contrarier ma laïcité, elle m'explique qu'au départ, habitant dans un village, l'établissement privé lui permettait plus facilement une dérogation. Est-elle contente de son choix ? Dans les petites classes, il y a mélange social, ça va. Mais arrivé au lycée, son fils se retrouve avec les "fils de ..." (sic) et c'est plus difficile pour lui, en matière de niveau scolaire. Je n'ai pas voulu m'écrier vive la laïcité !, je craignais qu'elle me coupe par accident ...

Au moment d'attaquer au rasoir ma nuque, nous avons discuté pouvoir d'achat. Elle s'est installée à Saint-Quentin, pour économiser les frais d'une voiture entre son village et son salon. Et puis, pour les enfants, c'était plus simple. Mais elle n'y a pas gagné : les impôts, en comparaison d'où elle vient, sont trop élevés, se plaint-elle ! Je lui demande si au moins les affaires vont bien, elle peste contre la concurrence : dans le quartier, il y a quatre ou cinq salons de coiffure, dont un à quelques mètres seulement !

Au moment de me montrer dans le miroir le résultat de son travail et l'état de ma nouvelle tête, elle me confesse que la crise se fait sentir jusque dans son secteur : la clientèle âgée se réduit forcément, par les lois de la biologie ; les jeunes tiennent à se faire beaux et belles, mais les rendez-vous sont plus espacés qu'avant. Pour la consoler, en mettant ma carte bleue dans sa machine, je lui dis que les êtres humains auront toujours besoin d'acheter du pain et de se faire couper les cheveux. En la quittant, j'ai pensé que ma coiffeuse pourrait être candidate aux élections municipales, qu'elle avait en elle une sorte de politique spontanée. On en reparlera dans environ deux mois, quand mes cheveux auront suffisamment repoussé.

mardi 16 juillet 2013

Bourses : les vrais problèmes



La politique, qui est une école de l'adversité, offre deux tactiques possibles dans le combat, face à son contradicteur : soit laisser passer les flèches, ne rien dire, jouer l'indifférence, faire le mort, en se disant que l'attaque passera, qu'elle sera oubliée, que la contrer reviendrait à la valoriser ; soit ne rien laisser passer, répondre à chaque critique, rendre coup pour coup, en se disant qu'une offense laissée impunie s'installe, enfle et finit par tuer. Bref, vous avez le choix entre l'ignorance et la riposte. Depuis longtemps, par expérience, je me suis rangé à la riposte, en faisant mienne la formule de Staline, seule occasion où je suis stalinien : "La meilleure défense, c'est l'attaque".

Une pétition a décidé de s'en prendre au Conseil général de l'Aisne en particulier et au parti socialiste en général, à propos de la suppression des bourses départementales (voir billet d'hier). J'ai riposté, comme à chaque fois que mon parti et le gouvernement que je soutiens sont attaqués. Mais je suis républicain : j'ai donc publié le point de vue de la partie adverse (voir les commentaires, hier, de Simon Dubois-Yassa). Les hasards du calendrier font que le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a exposé aujourd'hui même une réforme des aides financières aux étudiants. Je remonte donc sur mon cheval, je repars à la charge.

Quel est le vrai problème que posent les bourses universitaires ? Non pas leur disparition au niveau départemental, qui n'est qu'un épiphénomène, mais tout un système de financement des études qui est ancien et injuste. D'abord les faits : un quart seulement des étudiants sont boursiers, alors que cette population n'a cessé de progresser. C'est bien peu. Et puis, le principe qui consiste à calculer le montant des bourses sur les conditions de la famille est remis en cause par le nombre grandissant d'étudiants qui sont indépendants, travaillent au risque de voir leurs études en pâtir (autrefois, il n'y a pas si longtemps, l'étudiant faisait un job d'été, mais pas toute l'année). Le principe des bourses, conçu pour aider les familles à financer les études des enfants, a ainsi perdu de sa pertinence et de son efficacité quand le lien entre la famille et l'étudiant se distend. Le montant des bourses, de ce fait, est maintenant largement insuffisant.

A ce problème de principe (rendu criant par les évolutions de la société) s'ajoute un problème d'organisation. L'aide financière se répartit à plusieurs niveaux : l'Etat principalement, mais aussi les collectivités, région, département, parfois municipalité ou association. Cette aide financière est de nature différence : elle peut se porter sur le logement, le transport, parfois le matériel universitaire. Bref, cet éclatement rend difficile d'apprécier à sa juste mesure l'aide que reçoit un étudiant puisque les situations sont multiples. Il en ressort un risque d'inégalités qui est généralement passé sous silence. La meilleure solution est la refonte du système, et c'est ce qu'a commencée à faire le gouvernement.

Toutes les bourses, à la prochaines rentrée, seront revalorisées à la hauteur de l'inflation. Le budget a été abondé de 118 millions d'euros supplémentaires. Les bénéficiaires augmenteront de 15% en 2013 et de 25% en 2014. Un nouvel échelon est créé pour les familles les plus modestes : c'est 30 000 étudiants qui percevront 803 euros supplémentaires. Quant aux classes moyennes, qui n'ont droit qu'à l'exonération des droits d'inscription, elles recevront 1 000 euros, ce qui concerne 55 000 étudiants.

Enfin, pour les étudiants indépendants, ils bénéficieront d'une allocation spécifique de 4 000 à 5 500 euros (7 000 ayant droit). Les bourses au mérite seront supprimées en 2014. Elles ne profitent qu'à un tout petit nombre et leur principe est contestable : le mérite, c'est le travail et les résultats qu'on obtient en luttant contre les difficultés, pas forcément obtenir la mention très bien au baccalauréat. Je me méfie beaucoup de la valorisation de l'excellence, qui ne concerne qu'une petite minorité n'ayant pas besoin de lauriers supplémentaires ; car on oublie la masse des étudiants de bonne volonté, qui n'en sont pas moins méritants.

Ces mesures ne sont qu'un premier volet de la refonte du système d'aides financières aux étudiants, qui en a bien besoin. La suite viendra pour la rentrée 2014. Mais les jalons sont posés, et ils sont bons. Pour juger honnêtement de la suppression des bourses départementales par le Conseil général de l'Aisne, il faut avoir à l'esprit l'ambitieuse réforme qu'est en train de mettre en place le gouvernement et qui apportera plus de justice et d'efficacité. L'effort financier est d'autant plus remarquable que nous sommes en période de rigueur budgétaire.

lundi 15 juillet 2013

Les choix et les contraintes



Depuis que la politique existe, cette discipline consiste à faire des choix au milieu de contraintes. Celui qui ne voit que les choix et qui prétend que tout est possible est un menteur ; celui qui ne retient que les contraintes et qui affirme qu'on n'a pas le choix est un hypocrite. Ni volontarisme, ni fatalisme, mais la prise de conscience des contraintes, à partir de quoi il faut opérer et assumer des choix : c'est le réalisme politique.

Ce petit rappel, confirmé par l'histoire des décisions politiques, m'a semblé nécessaire pour vous dire ce que je pense de la suppression de l'aide départementale pour les bourses d'études de l'enseignement supérieur, décidée la semaine dernière par le Conseil général de l'Aisne. Une pétition circule sur le Net pour la dénoncer. Je l'ai reçue, je ne l'ai pas signée. Pourtant, protester contre une telle suppression semble juste et de bon sens. Je vous explique pourquoi je ne l'ai pas fait :

D'abord, il y a le ton général de la pétition, initiée par Simon Dubois-Yassa, un ton excessif, radical, polémique. Par exemple, le texte accuse le Conseil général de l'Aisne de pousser les étudiants à la prostitution (c'est écrit en toutes lettres) et à la vente de drogue (c'est nettement suggéré). On laisse ainsi croire que les étudiants n'auraient plus d'aides du tout, se retrouveraient totalement démunis. C'est faux. La part départementale n'est pas la plus importante dans le financement des études : la Région et surtout l'Etat contribuent grandement. Dans le Courrier picard du 13 juillet, Lucas Monvoisin, étudiant en STAPS à Amiens, dit fort justement que c'est "un petit plus". Je comprends que les étudiants et leurs familles soient mécontents : on n'est jamais contents quand on vous retire de l'argent. Mais il faut respecter la vérité : les étudiants axonais ne seront pas sur la paille, ils bénéficieront d'autres aides qui leur permettront de poursuivre leurs études.

Ensuite, il y a des accusations politiques, orientées, discutables comme celle-ci : "Le conseil général ne fait pas de politique, il fait de la gestion comptable" (Dubois-Yassa, le Courrier picard). Mais la politique, c'est aussi de la gestion comptable ! Les contraintes que j'évoquais au début de ce billet, ce sont principalement les contraintes budgétaires. Peut-on faire comme si elles n'existaient pas ? Croit-on que le Conseil général de l'Aisne supprime de gaieté de coeur les bourses départementales ? Non, les contraintes obligent à faire des choix.

Le Conseil général aurait pu faire un autre choix, par exemple supprimer la gratuité des transports scolaires, à quoi il n'est pas soumis. Mais ce choix aurait-il été plus juste ? Non, je ne le crois pas, car dans ce cas, c'aurait été une perte sèche pour les familles, à la différence de la suppression de la bourse d'études. Et puis, le transport vers les écoles et les établissements scolaires concerne cette fois toutes les familles, qui sont dans l'obligation de scolariser leurs enfants.

La contrainte qui s'exerce sur une collectivité territoriale n'est pas seulement budgétaire : elle est aussi institutionnelle. Le Conseil général n'a pas vocation ni obligation à financer les étudiants, tâche qui revient à la Région (en charge de l'enseignement supérieur) et à l'Etat (puisque l'Education, y compris à son niveau supérieur, est nationale). En revanche, le département est affecté à toutes les dépenses sociales, dont le RSA. Là, c'est son devoir de subvenir aux populations en difficulté. Que le Conseil général mette tout en oeuvre pour y parvenir dans un contexte économique très difficile, qu'il fasse les choix nécessaires à cette mise en oeuvre, c'est tout à son honneur : il faudrait mieux l'en féliciter que le lui reprocher.

A propos du RSA, Simon Dubois-Yassa déploie une étrange dialectique : un étudiant qui n'a plus sa bourse se retrouvera au RSA ; le Conseil général supprime les bourses pour financer le RSA, mais en augmentant le nombre des bénéficiaires du RSA, il aggrave le problème de son financement. C'est un pur sophisme ! D'abord, il n'est pas vrai qu'un étudiant qui perd l'aide financière départementale soit condamné au RSA. Surtout, les bénéficiaires du RSA, dans leur très grande majorité, n'ont hélas pas eu la chance d'accéder aux études supérieurs (ce n'est pas l'aide financière qui est en jeu, mais le système de formation et l'état de notre économie). Evitons donc les raisonnements faciles, complètement erronés, fallacieux.

La pétition fait une proposition insensée : "Si le Conseil général n'a pas les moyens de ses ambitions pour la jeunesse, il doit courageusement entrer en déficit pour entamer un rapport de force avec l'Etat et réclamer les moyens nécessaires". Ce n'est pas ma définition du courage, mais c'est ma définition de la folie ! Le Conseil général, loin d'entretenir le déficit, doit lutter contre, faire face à la montée des dépenses sociales, au risque d'entrer en faillite. Croire que l'Etat viendra à son secours, c'est joindre la naïveté à la folie, c'est surtout entraîner les étudiants et leurs familles dans un combat qui n'est plus revendicatif mais politique : Julien Dive, responsable des jeunes UMP, l'a bien compris, en signant la pétition et en envoyant un courrier de protestation à Yves Daudigny, président du Conseil général. Notons aussi que les élus UMP ont voté contre la suppression des bourses, mais qu'ils n'ont pas été suivis par les centristes.

S'il y avait besoin d'une preuve supplémentaire de la politisation de ce dossier, elle est contenue dans la fin de la pétition : "Vous nous avez rayés des dépenses du Conseil général, si cette décision est maintenue, nous vous rayerons des bulletins de vote". Appréciez le petit chantage, mais surtout l'inanité politique : quand les électeurs auront à se prononcer sur le bilan des conseillers généraux de l'Aisne, ils ne le feront pas exclusivement sur la question des bourses départementales, car il y a bien d'autres sujets d'appréciation, autrement plus sensibles. Leur jugement sera global, comme toujours en politique, où c'est l'intérêt général qui prime, pas l'intérêt de telle catégorie de la population, aussi légitime soit-elle. En l'occurrence, dans cette difficile décision de supprimer l'aide financière aux étudiants, je pense que le Conseil général de l'Aisne ait allé dans le sens de l'intérêt général. Au milieu des pires contraintes, il a fait le meilleur choix.

dimanche 14 juillet 2013

Dansons le hip hop !



La Révolution française a coupé des têtes, proclamé la République et inventé une danse, la Carmagnole. Car la révolution se fait aussi en chansons. Cet après-midi, dans le quartier Europe, je ne sais pas si c'était révolutionnaire, aucune tête n'est tombé, la République existe depuis longtemps, mais les corps se sont démenés dans de nouvelles danses (vignette 2), lors du festival Eur'Ipope, organisé par le centre social Saint-Martin (bravo à eux !) : hip hop, breakdance et roller free style, où le vélo devient un accessoire chorégraphique à part entière (vignette 4).

En 1789, la Grande Révolution embrasait l'Europe entière, se voulait universelle. A Saint-Quentin, ce ne sont pas seulement les habitants du quartier Europe qui se sont impliqués, mais trente jeunes de Belgique, Bulgarie, Grèce et Turquie, venus s'initier au hip hop et roller. Des champions étaient présents pour les encourager. 400 à 500 personnes ont assisté au festival (vignettes 1 et 3, en fin d'après-midi, au skatepark). Dansons la Carmagnole ? Non, dansons le hip hop ! Et vive la Révolution !

La République nous appelle



Je suis très 14 juillet, très défilé militaire. C'est la fête de la République ! A Saint-Quentin, ce matin, j'ai été gâté. Il y en avait pour tous les yeux. En tête, les anciens combattants, superbes en tricolore (vignette 1). Et puis, bien rangés, attendant sagement leur tour, les véhicules, camions et jeeps (vignette 2). Mais ce que je préfère, et je ne suis pas le seul, c'est le défilé aérien, toujours impressionnant (vignette 3). Les officiels étaient présents en nombre, et la population : tous républicains, même nos amis à quatre pattes (vignette 4) !

samedi 13 juillet 2013

Le défi de l'impôt



Un programme municipal mobilisateur ne peut pas être un catalogue de mesures qui reprend toutes les doléances possibles et imaginables, légitimes et excessives, faisables ou irréalistes, particulières et diverses, un trou à boucher ici sur un trottoir, un lampadaire à rajouter là dans une rue. Il faut un projet resserré autour d'une mesure qui imprime. C'est plus facile à dire qu'à faire. Mais il est déjà bien d'écarter ce qu'on ne veut pas : le contre-pied systématique de l'équipe en place, la fuite en avant dans la radicalisation aveugle.

Par méthode, il ne faut pas partir de soi, de ses a priori idéologiques, de ses clichés politiques qui font plaisir aux siens mais pas forcément à tous les autres. Il faut partir de l'opinion publique, de ce qui se dit. A Saint-Quentin, qu'est-ce qu'on entend communément ? Il n'y a pas assez de travail, les impôts sont trop élevés. C'est brut de décoffrage, mais il faut partir de là : l'emploi et la fiscalité. Le reste n'est pas à exclure, l'écologie, la culture, la circulation. Mais il faut hiérarchiser.

L'emploi : je l'ai écrit hier, à l'occasion de l'inauguration de PlaNet Finance, c'est l'économie nationale, la reprise de la croissance qui décideront de sa relance. La mythologie du grand projet, il ne faut pas trop y compter : le canal Seine Nord est en pourparlers, mais je suis plutôt pessimiste quant à la suite ; le troisième aéroport à Chaulnes a été rangé dans les tiroirs depuis longtemps. Dans les deux cas, c'est dommage, c'est préjudiciable, mais c'est ainsi. Alors quoi ? Ce que j'ai dit hier : tout est bon à prendre, il faut se battre sur tous les fronts. Mais je ne doute pas que c'est ce que fait la droite. On ne va pas cliver sur ce point. Quant au recours à l'emploi municipal, personne n'y songe (sauf peut-être Olivier Tournay et l'extrême gauche).

Reste le deuxième marqueur : les impôts locaux. La droite en a fait un dogme, constamment répété, une ligne de partage identitaire avec la gauche : c'est sur ce terrain qu'il faut attaquer, ce sont les thèmes de l'adversaire dont il faut s'emparer, ce sont ses positions qu'il faut occuper. Pas un sou d'impôt supplémentaire ? Ok, mais figer la pression fiscale ne suffit pas, s'il est vrai qu'elle est trop forte ; il faut la diminuer, voilà le projet ! Pour la gauche, ce sera redonner du pouvoir d'achat aux Saint-Quentinois, qui en ont bien besoin. Il faut que la gauche ose ce que la droite n'ose pas. L'emploi, c'est une donnée qui échappe largement à une municipalité, parce que le contexte national est surdéterminant. Mais l'outil fiscal est à portée : c'est une question de choix.

Facile à dire, là aussi, mais on fait comment pour baisser les impôts ? Je ne sais pas, je lance l'idée : après, il faut y réfléchir, examiner toutes les possibilités, leur faisabilité technique. Le tarif de l'eau, par exemple : certaines villes ont municipalisé ce service ; c'est à voir, sans préjuger de la réponse. Tout ça bien sûr doit être financé, sinon c'est du vent. D'autres taxes peuvent être envisagées à la baisse. A condition de dire ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas : je ne serai pas choqué de renoncer à un grand projet, pourvu que les impôts baissent.

Tout ça est une question de choix, de volonté politique. Ce qui est certain, c'est que l'argent, quoi qu'on fasse, vient toujours de quelque part : la question est de savoir où on le prend et où on le met. Il n'y a pas de tabou : rien n'est figé, tout peut être revu et discuté. Pour la gauche locale, il sera difficile de gagner : elle ne pourra le faire que sur projet. La baisse de l'impôt n'est pas forcément dans ses gènes, mais dans les semaines qui viennent, elle peut y penser. Chez les socialistes, le contexte idéologique n'est plus un glacis, il est désormais très ouvert, et c'est heureux. S'engager à baisser les impôts exige d'être étudié avec beaucoup de sérieux et de compétence ; mais, dans toute sa difficulté, c'est tout de même moins difficile que promettre de réduire le chômage, à quoi il ne faut pas non plus, évidemment, renoncer.

La santé a sa maison



Hier soir, au 54 avenue Schuman, la Maison de Santé a ouvert ses portes à une foule venue nombreuse pour l'inauguration du nouveau cabinet médical (vignette 1). C'est un local municipal qu'occupent désormais deux médecins généralistes, les docteurs Anne Arnera et Milhail Stan, une pédicure-podologue, Céline Cacheux, et une orthophoniste, Brigitte Ritouret (vignette 2). Aux dires même de Christian Huguet, l'espace est "peut-être un peu petit, mais il a vocation à s'agrandir" et à recevoir d'autres professionnels de la santé. L'objectif est de fixer dans le quartier des praticiens tentés d'aller exercer ailleurs. Le maire-adjoint à la santé, ancien médecin, a souligné que la carrière dans le métier avait changé, qu'un docteur ne reste plus aujourd'hui quarante ans au même endroit, qu'il faut donc rendre attractifs certains quartiers et zones.

Et puis, il y a l'attrait de la zone franche, sur laquelle le docteur Arnera a plaisanté dès le début de son intervention, laissant entendre qu'elle pourrait la rejoindre, sur le ton de la boutade. Xavier Bertrand, à sa suite, a écarté le sujet polémique, la zone franche étant un dispositif d'Etat se terminant l'an prochain. C'est pourquoi je crois personnellement qu'il est inutile d'en faire un sujet de campagne municipale, ni en pour, ni en contre : les Saint-Quentinois attendent des candidats qu'ils soient dans la prospective, pas dans le bilan, critique ou favorable (qu'on doit faire aussi, mais qui ne doit pas être prépondérant). La vraie question, à laquelle le gouvernement apportera des réponses bientôt, est de savoir ce qu'on fera après la zone franche, par quoi elle sera remplacée. Mais le dispositif en lui-même n'est déjà plus un sujet d'actualité politique.

Pour faire face à la demande sanitaire, le maire a rappelé qu'il avait implanté SOS médecins et qu'il recrutait, avec Christian Huguet, dans les facs de médecine, à Lille ou à Reims, pour attirer les personnels de santé sur Saint-Quentin. D'autres Maisons de Santé seront implantées, à Neuville, Remicourt, Saint-Jean. Voilà un beau sujet de débat pour les élections municipales : l'offre de santé en ville, son organisation, sa diversité, tant il est vrai que la population y est très sensible, c'était perceptible hier lors de l'inauguration.

vendredi 12 juillet 2013

Tout pour l'emploi



Cet après-midi a été inaugurée à Saint-Quentin, avenue Buffon (voir vignette), l'antenne locale de l'association PlaNet Finance, présidée par Jacques Attali, homme de gauche, longtemps conseiller spécial de François Mitterrand. Son idée : aider à la création d'entreprises dans des quartiers en difficulté, par les habitants de ces quartiers, en les soutenant financièrement (Caisse des dépôts, BNP-Paribas, l'Oréal, Pôle emploi participent à l'opération). C'est la 14ème ville qui bénéficie en France de ce dispositif. C'est à la suite des émeutes urbaines de 2005 qu'Attali a lancé ce projet aujourd'hui adopté par Saint-Quentin.

Xavier Bertrand, dans son allocution, a rappelé que le chômage était dans notre ville "très élevé, mais progressant deux fois moins vite qu'ailleurs dans le département". PlaNet Finance ne réglera pas à lui seul ce grave problème, mais je crois qu'il faut multiplier ce genre de dispositifs, faire en quelque sorte feu de tout bois contre le chômage, ne se fermer aucune porte. Nous savons bien qu'aucun grand projet miracle, hélas, ne viendra dans les prochaines années créer les milliers d'emplois dont nous aurions besoin. C'est donc par l'accumulation des opportunités que nous pourrons, localement, progresser dans la lutte pour l'emploi. Le reste, c'est la politique nationale qui créera l'élan, la dynamique économique à laquelle je crois.

Les emplois francs font également partie de ces opportunités. C'était une promesse de François Hollande, qui va voir le jour à Saint-Quentin (une aide de 5 000 euros pour chaque embauche en CDI d'un jeune issu d'un quartier sensible). Attali, Hollande, la gauche saint-quentinoise doit s'appuyer sur ce qui est proposé au niveau national contre le chômage. Paradoxalement, les socialistes trouveront sur leur route ... les communistes, qui sont sceptiques, pour ne pas dire critiques à l'égard de ces dispositifs (Olivier Tournay, dans L'Aisne Nouvelle, n'est pas très enthousiaste à l'idée des emplois francs, contrairement à sa collègue socialiste de l'opposition Carole Berlemont). Moi, je dis qu'il faut tout faire pour l'emploi, ne se laisser arrêter par aucun préjugé idéologique ou par un excès d'idéalisme : il n'y a que le résultat qui compte, c'est-à-dire la création d'emplois.

jeudi 11 juillet 2013

La France de Verchuren



Je n'écoutais pas spécialement André Verchuren, je ne suis pas très musique, l'accordéon pas plus qu'un autre instrument. Mais sa disparition, hier à Chantilly, me fait quelque chose, me rappelle des souvenirs : le matin, de bonne heure, mes grands-parents allumant la radio, RTL, et commençant la journée sur des airs de Verchuren. L'accordéon nous donne du courage et de la gaieté : il en faut, pour affronter une nouvelle journée, le travail, l'école, la famille, les soucis ... Grâce à André Verchuren, on partait du bon pied, la joie dans la tête, certes pas pour toute la journée : un air d'accordéon n'effacera jamais, hélas, toute la misère du monde, les tristesses de l'existence. Mais du moins le petit matin était-il égayé ...

André Verchuren, c'était aussi les bals musettes, les thés dansants, les guinguettes au bord de l'eau, les galas dans les salles polyvalentes de la France profonde, toute une culture populaire qui a tendance à disparaître dans notre société infestée par l'esprit bourgeois, qui se moque de tout ça, qui le méprise. Verchuren, c'était la possibilité de l'amour et du bonheur simple chez les gens simples. Le "piano à bretelles", c'était le nom infamant et fièrement revendiqué de son drôle d'instrument, qui faisait gentiment la nique au vrai piano, à queue, celui des bourgeois, que les enfants d'enseignants, de pharmaciens et d'avocats rêvent d'avoir dans leur appartement. Dans cette lutte des classes qu'est la vie, je serai toujours du côté de l'accordéon, contre le piano.

Mais le bourgeois est malin là où le peuple est benêt : Giscard, faux aristo mais vrai grand bourgeois, a récupéré l'accordéon pour faire peuple. Nos bobos d'aujourd'hui aiment bien introduire le piano à bretelles dans leurs groupes musicaux, comme ils ont su s'approprier le vélo et la casquette du prolo. Sacrés bourges ! je ne connais pas de classe sociale qui ait autant le sens de l'adaptation ...

La France de Verchuren se met de la gomina dans les cheveux et s'endimanche pour aller danser. L'accordéon soulage ses malheurs (le bourgeois a l'argent pour ça). André Verchuren était à l'image de cette France silencieuse parce qu'elle ne sait pas très bien parler : c'est pourquoi elle joue de l'accordéon ou en écoute. Le malheur, André connaissait : celui de Dachau, où il avait été interné pour faits de Résistance (cette France-là est courageuse et héroïque, mais elle ne le dit pas : les bourgeois causent beaucoup alors qu'ils n'ont souvent rien fait, surtout à cette époque-là). Verchuren a connu aussi, dans les années 70, la tragédie alors ordinaire de l'accident de la route, qui lui a enlevé son épouse.

Je n'oublie pas, pour terminer, qu'il était Picard, né dans l'Oise et débutant sa carrière dans notre région. Je retiendrai son sourire et ce clin d'oeil du destin : André Verchuren nous quitte à quelques jours du 14 juillet, la fête par excellence populaire où se font entendre, dans ses bals, les airs d'accordéon. La gauche se demande comment reconquérir l'électorat populaire : au lieu de relire Karl Marx, elle ferait bien d'écouter André Verchuren ...

mercredi 10 juillet 2013

La réforme des retraites



La politique ne part pas en vacances. Hier soir, le parti socialiste a arrêté sa position sur ce qui sera LE sujet de la rentrée, et le premier rendez-vous délicat pour le gouvernement : la réforme des retraites. Dès demain commenceront les rencontres bilatérales avec les syndicats.

Déjà, les centrales non réformistes s'apprêtent à manifester le 10 septembre (sans savoir ce que sera la position du gouvernement). La gauche radicale, fondation Copernic et ATTAC en tête, pétitionnent contre le rapport Moreau, qui moi ne me choque pas : c'est un bon diagnostic, suivi de propositions pertinentes. Et le PS, qu'a-t-il finalement choisi ? Sa propre voie, qui ne s'aligne ni sur les uns, ni sur les autres, dont je retiens les trois recommandations suivantes, qui me conviennent parfaitement :

1- Le possible allongement de la durée de cotisation, après 2020

2- L'augmentation très modérée des cotisations patronales et salariales

3- La contribution des revenus du capital et des retraités aisés

La droite dénonce un nouveau recours à l'impôt. Elle est fondamentalement fâchée avec cet outil de redistribution sociale ; pas moi. Je ne suis pas un forcené de la fiscalité, mais tout dépend qui elle frappe, et pourquoi ? Là, il s'agit de préserver le système par répartition, que tout le monde tient à sauver.

En tout cas, ce que la droite a fait ne suffisait pas, puisque la gauche doit reprendre cette réforme des retraites, qui fait l'unanimité au PS (seule l'aile gauche s'est abstenue). Mais il faudra faire un effort de pédagogie, surtout à quelques mois des élections municipales. J'ai confiance en un PS qui ne renonce pas à ce qu'il est, qui affiche sans complexe son identité réformiste, qui ne cède pas aux sirènes de la radicalité.

mardi 9 juillet 2013

La fin du député-maire



L'Assemblée nationale va se prononcer aujourd'hui sur une réforme qui fera date dans le quinquennat de François Hollande : la limitation du cumul des mandats, plus précisément l'impossibilité pour un parlementaire d'exercer une fonction exécutive locale. L'opinion le réclame depuis longtemps, la société en a besoin, la France doit rejoindre sur ce point les autres pays d'Europe, je suis à fond pour. A terme, notre paysage politique en sera complètement bouleversé. C'est le plan de carrière, au demeurant fort légitime, de nos hommes et femmes politiques qui en sera profondément modifié, et aussi le rapport des citoyens à la chose publique.

Jusqu'à présent, la réussite en politique passait par trois étapes, une sorte de sainte trinité de l'action politique : maire, député, ministre (le dernier niveau pour les plus chanceux et les plus talentueux), sans parler du stade suprême, président de la République, qui ne concerne que ceux qui se rasent le matin en y pensant (au lieu comme tout le monde de veiller à ne pas se couper, ce qui fait que ceux-là sont très peu nombreux). Pour l'immense majorité des ambitieux, député-maire suffit à leur bonheur, c'est la consécration qui fait dire qu'on n'a pas perdu son temps dans cette perte de temps qu'est la politique. Aux yeux des citoyens, il n'existe vraiment que Monsieur le maire ou Monsieur le député qu'on connaisse et respecte. Conseillers ou adjoints, c'est de la valetaille. Le conseiller général n'est connu et apprécié que dans les campagnes et le conseiller régional que dans son parti. En politique, il faut être maire, parlementaire, ministre ... ou rien.

La nouvelle loi va changer tout ça, il va falloir choisir. Ce sera la fin de la figure la plus populaire de notre République, le député-maire. Je n'ai aucun regret ni aucune inquiétude, je suis au contraire plein d'espoir : le parlementaire pourra se consacrer entièrement aux lois, le maire au service de ses administrés, la tentation du potentat local, prince dans sa ville et seigneur dans la capitale, disparaîtra, la classe politique s'ouvrira et se renouvellera. Tout ça est très bien.

Est-ce que la campagne des municipales (je pense bien sûr à Saint-Quentin) en sera modifiée ? Je ne crois pas. Bien sûr, Xavier Bertrand devra choisir entre le palais bourbon et l'hôtel de ville, soit dès maintenant, soit en 2017 (date d'application de la loi). L'honnêteté à l'égard des citoyens l'incite à dévoiler sans attendre ses intentions : réclamer un mandat qu'on sait devoir interrompre à mi-parcours, ça ne va pas. D'autant qu'entre maire et parlementaire, je ne doute pas qu'il choisisse la seconde solution : quand on est candidat à la candidature pour la présidence de la République, je suppose qu'on tient à conserver un mandat national. La gauche aura donc peut-être à affronter l'an prochain quelqu'un d'autre que Xavier Bertrand. Mais ça n'augmentera ni ne diminuera ses chances de l'emporter. Xavier Bertrand, de toute façon, restera très présent dans la campagne et dans la ville. Surtout, les thèmes de campagne, les attentes des Saint-Quentinois, avec ou sans Bertrand, seront les mêmes : la gauche n'a donc rien à craindre ni rien à espérer d'un changement de tête dans la liste de l'UMP.

Pierre André, dans le Courrier picard, a dressé le portrait d'un possible candidat : 40 ans, femme, gaulliste, pas forcément UMP. A-t-il quelqu'un à l'esprit ? On peut toujours s'amuser à chercher parmi les personnalités locales ... Une seule, finalement, a devancé la réforme : c'est Anne Ferreira, dont on peut penser que le renoncement inattendu aux élections municipales a été motivé par le désir de redevenir députée européenne (le non cumul s'appliquera aussi aux parlementaires européens, à partir cette fois de 2019). Quoi qu'il en soit, la population ne se prononcera pas sur les ambitions des uns et des autres, mais sur leurs propositions.

lundi 8 juillet 2013

Une sérieuse concurrence



Le choix des communistes saint-quentinois de partir sans les socialistes et de se donner Olivier Tournay comme tête de liste municipale n'est pas une surprise pour moi : je l'avais annoncé sur ce blog, et devant mes camarades lors de l'assemblée générale de présentation des candidatures pour le premier des socialistes. Mine de rien, c'est un tournant historique : depuis les années 70 (avant, je ne sais pas), les communistes ont toujours fait alliance avec les socialistes, d'une façon ou d'une autre (en 1995, il n'y a pas eu d'alliance officielle, mais des socialistes figuraient sur leur liste). Pour la première fois depuis au moins un demi-siècle, les communistes se passent des socialistes.

Est-ce une bonne chose pour le PS ? En 2008, j'aurais répondu que oui sans hésiter, puisque j'avais souhaité alors des listes autonomes, mais à l'initiative des socialistes, pour que nous assumions notre différence. Aujourd'hui, c'est l'inverse, ce sont les communistes qui, sans discussion préalable, décide de nous lâcher et de faire cavalier seul. Surtout, depuis 2008, les communistes ont pleinement bénéficié des accords avec l'extrême gauche, qui leur a offert une tribune en or dont les socialistes n'ont hélas pas fini de payer les conséquences. Olivier Tournay est parvenu à s'imposer comme un des conseillers municipaux les plus pugnaces et les plus sérieux, avec Michel Aurigny (POI). Ses interventions sont remarquées, il a réussi à se médiatiser. Il peut espérer en tirer l'an prochain un bénéfice électoral.

Pour les socialistes, les communistes vont être de très sérieux concurrents, d'autant que le rapport de force militant est en leur faveur, du simple au double (90 votants pour l'investiture, contre 46 chez les socialistes). Le nom de Tournay renvoie à toute une tradition saint-quentinoise sur laquelle Olivier peut capitaliser des voix. Et puis, sa liste peut s'ouvrir, comme je le crois, à toute l'extrême gauche, POI en tête. Nous aboutirions à ce paradoxe que la liste communiste contiendrait plus d'élus locaux que la liste socialiste ! Mais en sommes-nous à un paradoxe près ? Je ne suis même pas certain que le Front de gauche ne finisse pas par les rejoindre. Certes, les amis de Mélenchon sont très critiqués par ceux de Bécourt et Tournay, mais quand je vois à quel point le Front de gauche critique la politique gouvernementale, je me dis qu'ils se retrouveront plus dans une liste radicale que dans une liste social-démocrate. Je me demande même si les écolos ne vont pas céder à la séduction.

Ceci dit, il faut relativiser le danger que peut représenter la concurrence communiste : d'abord parce que, en 2011, Olivier Tournay a fait un faible score aux élections cantonales ; ensuite parce que sa section, malgré ses intentions, n'a pas pu présenter de candidat aux dernières élections législatives. La position de dissidence à l'égard de la direction nationale du PCF les marginalise et fragilise. Je ne m'en réjouis pas : la gauche ne pourra gagner l'an prochain que si elle est forte dans toutes ses composantes et bien sûr rassemblée. Là, le rassemblement, je ne le sens pas très bien.

En fait, tout va dépendre de la campagne des socialistes : soit une dynamique est assez vite créée et la victoire deviendra possible, soit c'est la dispersion et l'échec. Pour créer cette dynamique, il faut mettre le paquet sur la communication et la présence sur le terrain. Un exemple : la Municipalité vient d'exposer sa saison culturelle, qui concerne des milieux très sensibles aux messages de la gauche. Les socialistes doivent donc faire entendre sur ce sujet, comme sur bien d'autres, leur petite musique.

Autre exemple : l'ouverture des plages, qui donne l'occasion de s'exprimer sur la politique des loisirs à Saint-Quentin. Les socialistes doivent se saisir de tout événement de façon à initier des débats, lancer des propositions. C'est de cette façon qu'ils pourront reconquérir le coeur des Saint-Quentinois. Il sera également indispensable, toujours par rapport à la liste conduite par Olivier Tournay, d'assumer sans réserve notre soutien au gouvernement et notre identité réformiste, social-démocrate.

Entre socialistes et communistes, dans cette situation inédite de concurrence électorale, je souhaite que cette concurrence soit saine, franche et loyale. Car la concurrence peut aussi avoir des vertus : elle incite chacun à donner le meilleur de lui-même, dans le respect de l'autre. Les socialistes doivent tout faire pour arriver largement en tête au soir du premier tour, mais tout faire aussi pour que le rassemblement de la gauche se fasse dans les meilleures conditions au second tour. Je n'irai pas jusqu'à dire : vive la concurrence ! parce qu'au fond de moi je la redoute un peu pour les socialistes, mais je me dis aussi qu'il faut savoir en tirer le meilleur parti.

dimanche 7 juillet 2013

Fricbook



Nicolas Sarkozy est incorrigible. Il avait promis d'arrêter la politique après sa défaite, ce que Xavier Bertrand ne manque pas de rappeler quand l'occasion se présente. Et voilà maintenant l'ancien chef d'Etat qui revient ! Il est certes permis de changer d'avis. Mais le moyen pour rentrer dans le jeu est surprenant : Facebook, comme les adolescents et les solitaires ! On s'attendrait à un cadre plus solennel pour quelqu'un qui a été président de la République.

Et puis, il y a le motif de ce retour : l'invalidation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel. Sarkozy, battu parce qu'il apparaissait aux yeux des Français comme un homme d'argent, réapparaît sur cette question, qui est presque chez lui une forme de surmoi, un problème récurrent : l'argent ! De plus, il s'agit d'un argent, celui de sa campagne, qu'il n'a pas su gérer au plus près, ce qui lui vaut les reproches des sages de la République.

Du coup, Nicolas Sarkozy s'en prend implicitement au Conseil constitutionnel, la plus haute juridiction de la République. En tant qu'ancien premier magistrat de l'Etat et membre de ce Conseil constitutionnel, il devrait au contraire le défendre, ou du moins faire silence devant ses décisions, qui n'appelle juridiquement aucun commentaire, à l'instar de toute décision de justice. Mais Nicolas Sarkozy a montré à plusieurs reprises, durant son quinquennat, qu'il était fâché avec le droit, dont il n'a une idée qu'à travers son ancien métier d'avocat, en politique, avocat exclusif de lui-même et pas des principes constitutionnels. Quand le Conseil a censuré des projets de l'actuel gouvernement, je n'ai rien dit, j'ai simplement souhaité que les projets soient retoqués.

Nicolas Sarkozy fait courir l'idée d'un vilain complot contre lui. Quelle faiblesse que d'en arriver à ce pauvre argument ! Des faits, ce n'est pas un complot. Le Conseil constitutionnel est majoritairement composé de gens de droite, qui font très bien leur métier : où est le complot ? Comme toujours, seulement dans la tête de ceux qui croient en être les victimes. Victime, le mot est lâché : Nicolas Sarkozy veut jouer ce petit jeu qui aujourd'hui rapporte gros auprès de l'opinion, la victimisation. Mais qui croira qu'un mauvais gestionnaire de ses comptes de campagne est une victime ?

Pour habiller son retour en politique, Nicolas Sarkozy se présente comme le défenseur de la liberté d'expression démocratique, selon lui mise en péril par la lourde sanction financière qui frappe le premier parti d'opposition. C'est un peu fort de café : c'est Sarko qui plante l'UMP à cause de ses négligences, et il voudrait maintenant la défendre et la sauver ! De fins analystes font remarquer que rien de tout ça ne se serait passé si Sarkozy avait été réélu, qu'on n'imagine pas le Conseil constitutionnel invalider le résultat d'une élection présidentielle. Mais la raisonnement est purement théorique, hypothétique. De fait, peu importe le résultat, Nicolas Sarkozy s'est trompé dans le calcul de ses comptes et c'est là-dessus qu'il est sanctionné. Redevenu président dans ces mêmes conditions, il le serait malgré tout resté, le Conseil constitutionnel pouvant difficilement s'opposer en démocratie à la souveraineté du peuple et au suffrage universel. Mais je suis persuadé que la sanction serait tombée de la même façon.

Demain, Nicolas Sarkozy va participer au bureau politique de l'UMP. C'est par cette porte qu'il retourne sur scène. Imaginez le général de Gaulle, censé être son mentor, jugeant de cette démarche : passer par la réunion restreinte d'un parti politique pour signifier son retour ! C'est de la pure hérésie gaulliste. Et tout ça pour une histoire de fric ! On attend d'un ancien président qui veut peut-être le redevenir une certaine hauteur de vue, pas des préoccupations de trésorier. Je vois mal les Français s'émouvoir et se mobiliser pour les problèmes d'argent de l'UMP (j'aurais le même jugement à propos du PS).

Oui, Nicolas Sarkozy est bel et bien victime, mais de lui-même et de ses excès : il est trop malin, c'est ce qui le perd. Se réintroduire dans l'appareil, sonner le rassemblement des adhérents en expliquant que la maison brûle, obliger Copé, Fillon et tous les autres à s'aligner derrière lui, c'est malin, très malin. Ca marchera à coup sûr auprès du noyau dur du parti, qui mettra sans broncher la main au portefeuille et s'excitera à la perspective d'un come back. Mais l'opinion publique restera indifférente. On n'attend pas d'un ex et possible futur président de la République qu'il soit malin, mais rigoureux et légaliste.