lundi 31 décembre 2012

Une victoire, une défaite



En ce dernier jour de l'année, je me plie, comme chaque fin d'année, à l'exercice traditionnel de la rétrospective politique, nationale et locale, pour une fois assez simple : une victoire et une défaite, une joie et une tristesse, voilà ce que je retiens de 2012.

La victoire, c'est bien sûr celle de François Hollande, pas sûre du tout ! Ma joie, c'est de voir qu'enfin la gauche française applique une politique authentiquement social-démocrate, pour la première fois dans son histoire. L'impopularité au bout de quelques mois m'attriste-t-elle ? Non, il vaut mieux qu'elle vienne maintenant que dans quatre ans (on a vu avec Lionel Jospin ce que donnait une popularité précoce ...).

Et puis, la société étant ce qu'elle est, il est normal que le mécontentement apparaisse assez rapidement. Ce qui compte, c'est que la politique menée soit la bonne, bien sûr du point de vue qui est le mien. Le challenge, c'est la réélection d'Hollande en 2017, comme l'a réussie Obama ; car le problème en France, à gauche singulièrement, c'est de ne pas arriver à s'inscrire dans la durée. Je crois qu'une politique social-démocrate, parce qu'elle est raisonnable et crédible, peut y parvenir.

La défaite, c'est celle d'Anne Ferreira aux élections législatives, alors qu'une chance historique de l'emporter se présentait, que la gauche locale ne retrouvera pas de sitôt. Tristesse et stupeur : pourquoi avoir perdu alors que la victoire était acquise ? François Hollande, sur Saint-Quentin, avait 2038 voix d'avance sur Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle ; six semaines plus tard, l'avance de la gauche sur la droite fond comme neige au soleil et Xavier Bertrand, dans un contexte pourtant très défavorable à l'UMP, retourne la situation en sa faveur, battant Anne avec 196 voix d'avance !

La faute à qui ? Non, la faute à quoi ? Réponse facile, que tout le monde connaît à Saint-Quentin : gauche divisée, leadership insuffisant, faible présence, alliances incohérentes, absence de projet, effectifs limités, bref tout ce que je m'efforce de dénoncer depuis plusieurs années, et qui me vaut bien des ennuis, l'aveuglement étant préféré à la lucidité, l'immobilisme à la rénovation. Combien d'échecs douloureux faudra-t-il pour que la prise de conscience se fasse, pour que les changements nécessaires aient lieu ? De ce point de vue, je n'aimerais pas que 2013 ressemble localement à 2012.

dimanche 30 décembre 2012

La police sur son 31



Ce qui est intéressant dans la vie, autour de nous, ce sont les paradoxes : eux seuls nous font réfléchir, pas les situations normales. C'est demain jour de fête, peut-être la plus grande fête de l'année : la joie, la paix, le partage, l'amour, l'amitié, le bonheur prévalent donc, dans ces moments-là. Or, que lisons-nous dans la presse, que voyons-nous sur nos écrans de télévision ? Que la police et la gendarmerie vont être mobilisées comme jamais dans l'année, dissuadant, contrôlant, réprimant, allant jusqu'à survoler en hélicoptère les quartiers "sensibles", c'est-à-dire populaires. Les villes, moyennes et grandes, vont être quadrillées, les forces de l'ordre sur le qui-vive. Des préfectures et des municipalités ont pris, par prévention, des arrêtés interdisant l'alcool, les carburants, les feux d'artifice, les pétards, les armes ... Nous se sommes pourtant pas dans un Etat policier et c'est pourtant une soirée conviviale, festive. La contradiction est devenue tellement coutumière que personne n'y pense ni ne s'interroge.

Ce qu'on ne dit pas, qu'on ne dit plus, qu'on n'ose pas dire, c'est que la fête n'est pas seulement la rencontre sympathique, gentillette et amusante qu'elle prétend être. Elle libère aussi les pulsions, les violences, les jalousies, les rancoeurs dont les êtres humains sont capables, même si la civilisation, la plupart du temps, fait correctement en nous son travail. C'est pourquoi les autorités sont requises pour éviter, canaliser, empêcher les débordements et les dérapages, selon les euphémismes en vogue : l'alcool qui favorise les bagarres, la vitesse et l'imprudence sur les routes qui occasionnent des accidents, les jeux morbides de feux de poubelles et de voitures, les agressions, vols et cambriolages en hausse durant cette nuit, voilà la face cachée de la fête, son visage sordide, sous les flonflons, les cotillons et les bulles de champagne.

Ce qu'on préfère ne pas voir, c'est que la fête, moment exceptionnel dans une existence, moment qui promet d'être heureux, a quelque chose de trouble, de sauvage et parfois de barbare. Même dans l'intimité de l'espace privé, la fête provoque des incidents qu'on découvre, stupéfaits alors qu'on devrait être habitués, dans la presse locale des jours suivants, à la rubrique des faits divers. La fête, c'est du rose bonbon qui vire au bleu marine.

Je serais tenté de vous conseiller de faire demain comme moi, c'est-à-dire rien, strictement rien : se coucher de bonne heure, vers 22h00, lire un peu avant, et se lever tôt le 1er janvier, savourer le petit matin, entre le dégueulis, le verre brisé et les carcasses calcinées sur la chaussée : apprécier à sa juste mesure la journée qui commence d'une nouvelle année. Mais si la vie ordinaire vous attriste à ce point qu'il faut vous étourdir dans les quelques heures de la fête, allez-y, cédez à votre faiblesse, je ne vous le reprocherai pas. Attention tout de même aux abus, au retour et à la police ...

samedi 29 décembre 2012

Les dieux dans la cuisine



Pour le réveillon, nous allons tous bien manger. Pas seulement pour cette occasion : depuis quelques années, notre société est obsédée par la cuisine. Avant, on s'en fichait : les fourneaux, c'était une préoccupation de grand-mère. Dans les années 60 et 70, il y a eu les conserves, le surgelé, le fast food. La bouffe, dont Marco Ferreri s'était moqué dans un film fameux, c'était ringard et réac, autant qu'un cuistot avec sa toque, autant que Maïté et Jean-Pierre Coffe à la télé. Aujourd'hui, la cuisine est tendance, les bobos en raffolent. Radios, télévisions, magazines, bouquins, tous s'y mettent ; il y a un peu partout des ateliers cuisine et, sur l'internet, des blogs culinaires.

Je vous donne mon point de vue : j'ai horreur de faire la cuisine et les plaisirs de la table m'indiffèrent. Je pense même que cette passion des Français pour la cuisine, sous son apparente convivialité, est une nouvelle preuve de la crise de société que nous traversons. Pour plusieurs raisons :

1- La France a presque tout perdu : son industrie, son influence à travers le monde, sa création artistique. Que lui reste-t-il ? Ce qui est le plus emblématique de notre pays, sa gastronomie, dernier sursaut nationaliste face au reste de la planète qui nous écrase.

2- Pendant des siècles, les familles se transmettaient naturellement les savoir faire culinaires. Réapprendre la cuisine par la télé ou les livres, c'est le signe d'une rupture dans les traditions, d'une crise de transmission entre les générations.

3- L'art de la table, c'est le repli sur soi, la pratique de l'entre soi, la survalorisation de la vie privée, le recours à ce qu'il y a de plus basique dans l'existence : le manger ! La civilisation autrefois se développait dans les domaines de la politique, de l'art, de la spiritualité, de la science, de l'aventure mais aujourd'hui c'est au milieu des poêles et des casseroles, des légumes et des viandes : on mesure la chute ...

4- La gastronomie est devenue la valeur-refuge des autres valeurs : on lui attribue une dimension esthétique (la déco compte beaucoup), technique (son vocabulaire est sophistiqué, spécialisé) et même morale (faire la cuisine est associé à la bonté, à la générosité, au bonheur). Le philosophe grec Héraclite disait que les dieux étaient dans la cuisine et pas forcément dans les temples ; ça se confirme aujourd'hui, où les dieux ont quitté les églises pour inspirer les fourneaux.

Bien sûr, comme toute idéologie, celle autour de la cuisine a ses contradictions, dont trois principales :

a- Notre société veut vivre rapidement, dans l'urgence, elle déteste perdre son temps et attendre. Or, la cuisine prend énormément de temps, que nous ne sommes pas près à lui sacrifier, tous très affairés.

b- Nos contemporains sont avides de confort, de loisirs et de liberté. Or, la cuisine est une discipline contraignante, un exercice laborieux, une corvée à quoi bien peu sont disposés à s'astreindre, sauf à pratiquer une cuisine de dînette.

c- Le souci d'un corps fin, svelte, la peur des graisses, l'ascèse des régimes diététiques entrent en contradiction avec le fond bon vivant de la cuisine, son épicurisme foncier. Manger, c'est forcément épaissir le corps, et la revendication d'un bien manger n'y change pas grand chose.

Bref, l'idéologie culinaire qui envahit l'espace public a pour but de faire oublier les réalités sociales, économiques et existentielles : bien au chaud dans notre cuisine, le nez plongé dans un livre de recettes, nous ne pensons plus au monde immense et dangereux qui nous entoure, jusqu'au moment où il frappera à notre porte, car il n'attend pas d'être invité pour mettre les pieds sous la table et la renverser.

Bon appétit, bon réveillon !

vendredi 28 décembre 2012

Un monde de bisous



Dans quelques jours, pour la nouvelle année, on va se faire plein de bisous. Mais non, c'est maintenant tous les jours, partout, qu'on se fait ou plutôt qu'on se dit, qu'on s'écrit : "bisou !" Certains en rajoutent avec un redondant "bisou bisou". Cette mode du bisou trahit une dégradation progressive du langage : on parlait autrefois du "baiser", qui avait quelque chose d'intense, on est passé ensuite à la "bise", qui déjà perdait en force, on arrive aujourd'hui au "bisou", qui fait petit, sans conséquence.

D'ailleurs, c'est le plus souvent un mot, "bisou", qu'on prononce sans passer à l'acte (attitude un peu étrange qui consiste à dire sans faire, mais bien dans l'esprit de l'époque). Le bisou est très conventionnel ; c'est presque une marque de politesse, sous une apparence affective (la politesse est le monde des apparences) : on dit "bisou" pour saluer, à la place de "bonjour", ou pour partir, pour signifier "au revoir".

La généralisation du bisou est enfantine, peut-être même infantile, régressive, puisque c'est aux enfants, habituellement, qu'on fait des bisous, c'est avec eux, pour eux qu'on emploie ce mot. Ce n'est pas la seule occurrence qui prouve que notre société traite les adultes, qui en sont ravis, qui en redemandent, comme de grands enfants. A l'époque, que j'ai connue, où l'on s'embrassait éventuellement mais où l'on ne se disait pas "bisou" entre grandes personnes, il y avait une chanson de Carlos, "Big bisou", qui interdisait de prendre le bisou trop au sérieux. On comprenait alors que c'était un truc d'enfant, amusant. Aujourd'hui, on se dit très sérieusement "bisou".

Bon, le bisou, ce n'est pas uniquement un mot, ça peut être aussi un acte, "se faire la bise". Autour de moi, je remarque que les vieux messieurs en sont friands quand ils approchent de jeunes dames : ça leur permet de roucouler, de claquer une bise à défaut d'autre chose, de se faire des illusions de séduction ... Il n'y a pas de mal à ça, me direz-vous. Oui, mais mettez-vous à la place des dames ... et même des hommes, puisque c'est semble-t-il, là aussi, la mode de se faire la bise parmi la gent masculine (quand un barbu vient vers moi, c'est l'horreur ; quand c'est un camarade socialiste, je suis bien obligé de tendre l'autre joue).

On devrait pourtant se méfier du baiser : celui de Judas au Christ est de sinistre réputation. Quand les invités s'exclament "le bisou ! le bisou !" devant les jeunes mariés, on perçoit la charge conventionnelle de l'invitation. Un bisou ou une bise, appelez ça comme vous voudrez, a quelque chose de compromettant. C'est une petite frime, une fausse intimité, avec quelque chose de baveux qui ne me plaît pas trop. Je lui préfère la poignée de main, plus honnête, plus égalitaire (hommes et femmes sont alors logés à la même enseigne). Mieux, j'incline au signe, au geste sans contact des épidermes, appuyé par le regard et le hochement de la tête, sauf bien sûr en famille ou entre amis.

Quoique, allez savoir, mes affaires s'arrangeraient peut-être si je faisais localement la bise à Xavier Bertrand, Jean-Pierre Lançon, Freddy Grzeziczak (un peu grand) et même, en me forçant, Antonio Ribeiro.


Bisou à tous (désolé, je n'ai pas pu m'empêcher, moi aussi).

jeudi 27 décembre 2012

Nom de nom !



Dans "L"Echo du Berry", je lis un article consacré aux nouveaux prénoms des enfants d'aujourd'hui. C'est dingue, écoutez plutôt : Djaôz, Loâzati, Maëlle, Elea, entte autres ... Où les parents sont-ils allés chercher des trucs comme ça ? En fait, il faut remonter près de vingt ans en arrière : la loi du 9 janvier 1993, qui autorise la liberté des prénoms. A la limite, votre gamin, vous pouvez l'appeler Ducon, personne n'y trouvera rien à redire (sauf l'intéressé, un peu plus tard, mais c'est une autre histoire ...). En tant qu'enseignant, je subis depuis quelques années les résultats de ce changement majeur : des élèves aux prénoms invraisemblables, improbables comme on dit maintenant, inconnus au bataillon, que j'ai du mal à prononcer et à mémoriser.

Les prénoms rares, sophistiqués, bricolés sont de plus en plus nombreux. Pierre, Paul, Jacques, ce sera bientôt du passé. Si on pousse la logique à bout, dans plusieurs décennies, plus personne n'aura le même prénom, comme presque plus personne aujourd'hui n'a les mêmes habits. C'est l'individualisme accompli, jusque dans la façon de nommer les gens. A quoi s'ajoutent la vanité et la préciosité : souvent, une syllabe, un accent suffisent à se distinguer ... et aussi à induire en erreur. Du coup, les gens vous font répéter plusieurs fois en vous corrigeant, car malheur à celui qui se plante ou ne se souvient plus d'un prénom ! Si vous rajoutez à ça les femmes qui prennent des noms à rallonge, tenant à leur nom de jeune fille autant qu'à celui d'épouse, beaucoup de personnes deviennent littéralement innommables !

L'identité est devenue tellement hyper-individualisée que le prénom ne permet pas toujours de repérer le sexe. A force de vouloir trop signifier, les prénoms égarent plus qu'ils ne renseignent. En vérité, c'est une vraie mutation de civilisation, contre laquelle les cathos n'ont même pas protesté, alors que c'est leur calendrier qui en a fait les frais (ils s'insurgent contre le mariage homo, autrement moins grave sur le plan théologique). Il n'y a pas si longtemps, les enfants étaient rattachés, par leur prénom, à un saint de l'Eglise. Ils étaient renvoyés non pas à eux-mêmes ou à leur famille, mais à toute une histoire collective et à des valeurs transcendantes, celles du christianisme. Aujourd'hui, à tort ou à raison (je ne juge pas, je constate), c'est fini, et cette révolution n'a pas été perçue comme une révolution, y compris par ses premières victimes, les chrétiens.

Quand on sait l'importance psychologique qu'il y a à nommer quelqu'un avec justesse et précision, quand on comprend l'influence du nom et prénom qu'on porte dans le développement de l'esprit, on se demande ce que va donner dans les têtes et les rapports humains ce changement de civilisation. Moi, personnellement, ça va : c'est Mousset, Emmanuel, ça s'arrête là et ça ne change pas, nom de nom !

mercredi 26 décembre 2012

C'est cadeau



Mon exil berrichon m'a contraint à vous être infidèle, hier et avant-hier. Mais me revoici, pour distribuer le lendemain mes cadeaux de Noël, comme chaque année, à la classe politique locale. Car à Saint-Amand, je n'oublie pas Saint-Quentin. Ma hotte est bien chargée, en vrac, d'un téléphone mobile, costume, chaussures, cravate, tablette tactile, magazine et autres. A chacun son cadeau, mais pas à tout le monde, je n'ai pas les moyens :

Pour Xavier Bertrand, je réserve un costume, forcément présidentiel, puisqu'il s'est déclaré pour 2017. Et une veste peut-être aux prochaines municipales ? (il y a aussi des cadeaux empoisonnés). Freddy Grzeziczak, ce sera un cadeau compliqué : soit un parti politique, puisqu'il est en manque, mais lequel ? Soit une place éligible sur la prochaine liste de droite aux élections locales, mais ce n'est pas de mon ressort. A Vincent Savelli, j'offre le cadeau le plus attendu en ce qui le concerne : une cravate ! Comme il les a toutes, je lui laisse choisir le motif.

Quant à Antonio Ribeiro, je me souviens lui avoir offert, l'an dernier, un siège éjectable, qui a d'ailleurs parfaitement fonctionné. Cette année, je veux le gratifier d'un magazine, "Saint-Quentin à votre service", que chaque Saint-Quentinois a chez soi, avec la liste de tous les élus municipaux ... sauf le pauvre Ribeiro (vérifiez, vous verrez). Les rédacteurs ont dû ne pas savoir où le caser, entre majorité et opposition. Je lui offre donc un numéro corrigé du magazine, où son nom et sa qualité enfin apparaîtront. Car mon cadeau de Noël dernier n'était pas chargé de l'envoyer sur la Lune ! Un homme comme Ribeiro, il ne faut pas l'oublier, puisque c'est l'exemple à ne pas suivre en politique, d'un usage tout aussi pédagogique que les bons exemples.

Je ne suis pas ingrat, je n'oublie pas mes camarades de l'opposition, en premier lieu Anne Ferreira, en lui donnant un téléphone mobile dernier cri, fonctionnant même dans les zones blanches, afin que la presse locale ne dise plus qu'elle est "injoignable" (mais Anne n'est pas la seule à Saint-Quentin à avoir des problèmes de téléphonie mobile quand les journalistes appellent). A Jean-Pierre Lançon, j'offre une paire de chaussures, dont il n'a absolument pas besoin, mais de la boîte, si ! pour la prochaine élection du secrétaire de section en janvier, en guise d'urne.

Pour Michel Aurigny, j'ai choisi un cadeau très tendance
, une tablette tactile ultra-perfectionnée, qu'il pourra consulter pendant les séances du Conseil municipal. Ainsi, il pourra vérifier en live
les comptes du maire et refaire les calculs. Il pourra aussi, comme les autres élus, prendre une allure d'homme affairé, toujours en train de caresser sa tablette du bout des doigts. L'image en politique, ça compte ! A ce propos, j'ai failli lui acheter des billets pour le prochain match de SQBB, mais je ne veux pas forcer au sport, même au profit d'une bonne réputation.

Olivier Tournay, j'ai également hésité (nous sommes tous comme ça quand il s'agit de faire des cadeaux) : un abonnement gratuit à tous les spectacles de Pascal Cordier, puisque Olivier est devenu en quelque sorte son biographe personnel ; ou bien un dîner en tête à tête, à la Villa d'Isle, avec le même Cordier (mais pour un jeune communiste, ça la fiche un peu mal, j'ai laissé tomber l'idée).

Voilà, ma tournée est terminée. Et eux, vont-ils me faire des cadeaux ? Il n'est pas interdit d'espérer, c'est Noël, c'est cadeau.

dimanche 23 décembre 2012

Ha, ha ! bip, bip !



Si vous souhaitez offrir pour les fêtes un livre politique agréable, je vous conseille "Rien ne se passe comme prévu", de Laurent Binet, chez Grasset, qui raconte la campagne présidentielle de François Hollande, dans un style simple et vif. On y apprend plein de choses sur la vie politique en général, qui sont souvent pour moi des confirmations. Quelques morceaux d'anthologie :

Pp 34-37 : Binet décrit avec vérité et drôlerie la réunion de préparation du grand meeting du Bourget, qui est pour Hollande fondamental, qui doit effacer le discours de Versailles de Sarkozy en 2007. Les "échanges" sont constamment interrompus par les bips des téléphones mobiles, les propos des uns et des autres sont complètement décousus, chacun semble d'abord parler pour lui-même.

Pp 62-63 : François Hollande visite un lycée professionnel, s'arrête au stand de la filière bois, discute avec les élèves et les enseignants. Binet sent qu'il "fait semblant", que l'avenir de la filière bois est un sujet technique qui ne fait pas partie des fondamentaux de sa campagne, et on comprend bien pourquoi. Mais voilà : la politique, c'est "faire semblant" ; pas pour mentir, mais pour écouter et quand même répondre à des questions qu'on ne maîtrise pas forcément et qui ne concerne pas forcément le champ strictement politique.

Pp 274-282 : Hollande s'entraîne au grand débat d'entre les deux tours, en faisant appel à un fabiusien, Guillaume Bachelay, qui a balancé dans un passé récent pas mal de vacheries contre lui, qui là joue le rôle de Sarkozy. Scène stupéfiante, où le futur président retourne un adversaire de gauche et lui demande d'interpréter, sans qu'il ait beaucoup à se forcer, un adversaire de droite ! Une constante que Laurent Binet souligne souvent : les renversements permanents d'alliance au sein du PS, qui font du rival d'aujourd'hui l'alliée de demain (et inversement !).

Le milieu politico-journalistique tel que le décrit Binet se distingue également par sa capacité à blaguer sans arrêt (des "ha ha !" scandent fréquemment les conversations, avec des plaisanteries qui sont souvent de potaches). François Hollande, plus que "l'homme normal", c'est "l'homme ironique", lâchant des bons mots. Il en ressort, au sein même de ce stress qu'est l'activité politique, une forme de décontraction, de distance, presque d'insouciance qui est sûrement une réaction de défense. Finalement, une réunion politique, ce sont des gens qui, entre deux interventions, se marrent ou répondent à leur téléphone : ha ha ! bip, bip !

J'avoue que la lecture de "Rien ne se passe comme prévu" ne donne pas trop envie de s'engager en politique, même si je trouve le regard de Binet assez juste, pas démago et plutôt respectueux. Car voir la dimension personnelle l'emporter souvent sur la dimension idéologique dans les choix des uns et des autres n'est pas à mes yeux très emballant. Il est amusant aussi d'entendre ces hommes politiques, qui ne peuvent pas s'empêcher de faire des pronostics, de tirer des plans sur la comète, se planter le plus souvent, être démentis par la suite des évènements. C'est ce qui justifie le titre, c'est la grande leçon de la politique : rien ne se passe comme prévu. Mais cette conclusion, vraie, est néanmoins dangereuse : elle conforte les mauvais, qui sont aussi nombreux en politique qu'ailleurs, dans leur paresse, leur inaction, leur croyance en une possible victoire qui tomberait du ciel, en ne faisant rien, en pensant même qu'une action malheureuse pourrait contrarier leur destin. Ceux-là confondent ne pas pouvoir prévoir et ne rien vouloir préparer.

Pp 267-268, il est question de Saint-Quentin ! Au lendemain du premier tour, François Hollande veut visiter un territoire populaire, ouvrier, pas trop loin de Paris. Son équipe pense assez vite à l'Aisne, et à sa principale ville. Mais Julien Dray met le holà : "Attention au chahut ! Saint-Quentin, il y a un risque". Nous n'en saurons pas plus, et Hollande se rendra en définitive à Hirson.

samedi 22 décembre 2012

Un monde sans fin









Hier soir, place de l'Hôtel de Ville à Saint-Quentin, j'ai lu comme convenu ma proclamation solennelle, en guise d'introduction à la soirée fin du monde (vignette 1). Quelques personnes ont osé venir déguisés, dont Joselyne, en magnifique planète bleue. A l'intérieur de la Brasserie du Théâtre, la quarantaine de convives ont trinqué à la santé du monde, qui en a bien besoin quand il approche de sa fin (vignette 2). Wadir a magistralement animé un quiz d'enfer, pendant que je distribuais des cadeaux paradisiaques, ou presque (vignette 3). Plusieurs invités ont dévoilé ce qu'ils souhaitaient conserver de ce monde et qu'ils avaient apporté : une rose rouge, une paire de pantoufles, un sac de couchage, "Phèdre" de Racine, ... (moi, un stylo et un carnet, pour continuer à vous écrire). Nous avons accroché nos voeux à des ballons à l'hélium qui ont été lâchés, non loin de minuit, et se sont élancés dans l'obscurité de cet immense monde sans fin (vignette 4).

vendredi 21 décembre 2012

Pour en finir



C'est ce soir la fin du monde. Venez la passer avec moi ! Nous serons une quarantaine, dans la Brasserie du Théâtre, place de l'Hôtel de Ville, à Saint-Quentin. Vous pouvez arriver déguisés, en extra-terrestre, astéroïde géant ou bombe atomique. Chacun est invité à se munir d'une valise ou d'un quelconque bagage, contenant l'objet auquel il tient le plus, avant que la catastrophe ne l'emporte.

La soirée commencera par une proclamation solennelle, à 19h00, du haut des marches du théâtre Jean-Vilar. De nombreuses animations interviendront au cours de dîner, mais vous pouvez simplement prendre un verre, le dernier avant la fin. Nous terminerons en partageant une coupe de champagne cuvée fin du monde, trinquant à la santé de l'humanité qui disparaît.

Puis nous nous quitterons sur un lâcher de ballons, emportant dans la nuit nos ultimes voeux à destination des éventuels survivants. Et si jamais nous nous étions trompés, si demain matin le monde était toujours là, j'aurai bien sûr le plaisir de vous raconter sur ce blog notre folle soirée.

jeudi 20 décembre 2012

Le lieu de la philo





J'ai animé des cafés philo (peut-on encore appeler ça ainsi ?) en prison, dans un cirque, une boulangerie (authentique !), dans un château, un hôpital psychiatrique ; ce soir, j'ajoute à cette liste non exhaustive un théâtre, celui du Familistère Godin, à Guise (vignette 1), sur un sujet qui ne se prêtait pas forcément à l'endroit : "Salauds de pauvres ?" (vignette 2, une partie du public). Un rêve (si on peut dire) : faire une animation philo sur la mort dans un cimetière ... Pierre Desproges affirmait qu'on pouvait rire de tout mais pas avec n'importe qui. Je dirais qu'on peut philosopher n'importe où mais pas sur n'importe quoi.

mercredi 19 décembre 2012

Mon dernier jour







Mon dernier jour, ce n'est pas celui de la fin du monde, prévue pour après-demain (j'y reviendrai); c'était hier, la fin pour moi d'un certain monde : lors du conseil d'administration de la Ligue de l'enseignement de l'Aisne, je ne me suis pas représenté au poste de président. Déjà, l'an dernier, je voulais cesser ; c'est Michel Lefèvre, mon prédécesseur, qui m'avait demandé de continuer. Mais 8 ans à la tête de ce que beaucoup continuent à appeler la FOL (Fédération des oeuvres laïques), c'est long, même si le temps a passé vite. Un mandat associatif ne devrait pas durer plus de 4 ou 5 ans. Quand les responsables se maintiennent, ce n'est pas bon signe pour la structure : le renouvellement est toujours souhaitable. Quant à dire qu'on ne trouve personne d'autres pour la suite, c'est une mauvaise excuse, un laisser aller : une succession se provoque et se prépare.

C'est en 2004, après son élection au Conseil général de l'Aisne, que Michel Lefèvre m'avait proposé cette tâche redoutable de prime abord : la présidence de la Ligue. A l'époque, je n'étais que membre du CA, même pas du bureau. J'ai dit oui immédiatement, je ne l'ai pas regretté. La FOL m'a fait connaître l'Aisne, en m'amenant à me déplacer régulièrement à travers le département. Je me souviens de ma première représentation officielle, à Brasles, dont le maire était Jacques Krabal, qui avait bien fait les choses, lors d'un colloque sur le thème de la différence : chaque invité en repartait, en guise de remerciemenst, avec une bouteille dont l'étiquette portait son nom et fonction !

J'ai appris de ces 8 années deux leçons, en fréquentant de nombreuses collectivités, en participant à de multiples projets : le poids des féodalités territoriales, le rôle prépondérant des pouvoirs politiques (qui m'a confirmé dans l'idée qu'on ne peut vraiment agir que si on exerce un mandat d'élu ; l'associatif, aussi créatif soit-il, ne suffit pas). De quoi suis-je le plus fier durant ces 8 ans de présidence ? D'abord d'avoir été réélu chaque année à l'unanimité ; ensuite d'avoir réalisé à Saint-Quentin, pour l'occasion du centenaire de la loi de séparation des églises et de l'Etat, un banquet très mobilisateur au palais de Fervaques ; enfin d'avoir accompagné une mutation historique de la Ligue, le départ du château de Beauregard pour s'installer à Presles-et-Bove.

Mon dernier jour a été à l'image de tous les précédents à la direction de la FOL, comme si de rien n'était, comme si j'allais continuer (!): à 13h30, rencontre avec une salariée ; à 14h00, réunion avec le commissaire aux comptes ; à 15h30, rendez-vous avec un responsable d'association ; à 18h00, représentation de la Ligue à l'inauguration des nouveaux locaux de la Communauté de communes du Val de l'Aisne, nos voisins, dont nous occupons les anciens locaux ! (vignette 1, Annick Venet, présidente, à ses côtés le préfet Pierre Bayle et la vice-présidente du Conseil régional de Picardie Mireille Tiquet).

Le nouveau président de la Ligue de l'enseignement de l'Aisne est Daniel Cadet (vignette 2), bien connu dans les milieux de l'athlétisme, membre de l'UFOLEP. Je lui présente tous mes voeux de réussite. Le nouveau bureau de l'association (vignette 3) est composé de Marie-Françoise Lefèvre, secrétaire générale, Colette Clauet, trésorière, Jean-Hugues Lenoir, trésorier-adjoint, Nathalie Hanquart, secrétaire général-adjointe et Nathalie Tahri, déléguée générale. Merci à tous, que j'embrasse, pour leur engagement.

Je ne m'éloigne pas de la Ligue, je reste membre de son CA et toujours militant quand il le faudra, quand on me le demandera. Mais le temps libre qui me sera désormais dégagé, je l'investirai à Saint-Quentin, où m'attendent d'importants rendez-vous dans les prochains mois et prochaines années : une aventure s'arrête, une nouvelle commence ; la fin d'un monde, c'est le début d'un autre.

mardi 18 décembre 2012

Respect et débat



Le recours en annulation de l'élection du secrétaire de section à Saint-Quentin a reçu une issue positive : il y aura un nouveau vote, cette fois dans le respect des règles. La direction nationale du parti socialiste a confirmé que tout adhérent pouvait être candidat, soutenu ou non par une motion (un courant). Je remercie Marc Mancel, du Bureau national, Alain Fontanel, Secrétaire national aux fédérations et Arnaud Battefort, Premier secrétaire fédéral de l'Aisne, d'avoir permis une résolution rapide de ce contentieux, d'ailleurs tout-à-fait exceptionnel : il est rare qu'une section soit amenée à revoter pour la désignation de son secrétaire.

Ma satisfaction n'est pas personnelle. Chacun sait que n'étant pas soutenu par une motion, mes chances d'être élu sont très restreintes. Ma satisfaction va à mon parti, qui sait faire respecter les règles, qui ne transige pas là-dessus. Quand on fait de la politique, quand on aspire à représenter ses concitoyens, quand on brigue des mandats électoraux, il faut être irréprochable en matière de respect des règles, en commençant par être intransigeant avec soi-même.

Si je souhaite me présenter sans l'ambition ni la possibilité d'être élu, c'est que j'ai des choses à dire, des propositions à faire, parce que la situation actuelle de la gauche locale ne me convient pas, est en grande difficulté. Je veux que ma candidature provoque un débat et si possible amène à des changements, des évolutions (on voit par exemple que sur les alliances, les lignes bougent, lire mon billet d'hier).

Il reste que les socialistes auront donné collectivement une piètre image d'eux-mêmes ces dernières semaines. Et il y a un mystère que je ne m'explique pas : pourquoi ne pas m'avoir laissé être candidat puisque, n'étant pas soutenu par un courant, je n'ai quasiment aucune chance de l'emporter, je ne menace donc personne ? La nature humaine est parfois insondable ...

Pour moi, l'élection qui comptera vraiment, c'est la désignation de la tête de liste aux élections municipales. Si la procédure des primaires citoyennes est retenu pour Saint-Quentin, je retrouverai toutes mes chances. Car ce sera l'électorat, nos sympathisants, qui choisiront. Plus personne ne pourra alors se retrancher derrière des bisbilles autour des statuts. C'est mon souhait : donner la parole à notre électorat, le laisser décider et choisir. C'est quand même ça la démocratie !

lundi 17 décembre 2012

Pas ça, pas lui !



En lisant L'Aisne Nouvelle de samedi dernier, en page 12, j'apprends que les alliances de la section locale du parti socialiste avec l'extrême gauche auraient du plomb dans l'aile en vue des prochaines élections municipales. Enfin, la situation se débloque et évolue positivement ! Depuis cinq ans, je dénonce l'incohérence de cette stratégie et l'échec auquel elle aboutit. Mes idées avancent. Mais combien de temps perdu !

Si la presse relate cette bonne nouvelle, elle en annonce aussi une mauvaise, toujours en ce qui concerne nos alliances : Stéphane Monnoyer, après une rencontre avec Anne Ferreira, sous-entend que celle-ci lui a promis une place sur la prochaine liste municipale. Non content de cette offre, il se permet de poser trois conditions : ne pas être obligé d'adhérer au PS, être en situation éligible et voir le parti communiste exclu de cette liste !!!

Je le dis très nettement : tout ça est inacceptable et même, en matière de méthode, scandaleux. Une liste pour des élections municipales ne se constitue pas à partir de ralliements personnels mais d'abord autour d'un projet local et de la tête de liste dûment mandatée. D'autre part, la négociation (et non pas les allégeances individuelles) doit être menée avec des forces politiques, pas des individus isolés. Quant à la place occupée par les uns et les autres sur la liste, elle résulte de l'issue de cette négociation et des arbitrages rendus par la tête de liste : les exigences personnelles, qui font le jeu des ambitions privées, sont à rejeter. Enfin, le Front de gauche est un parti qui appartient, à sa façon, le plus souvent critique, à la majorité présidentielle. A ce titre, il doit avoir des représentants sur la liste.

J'espère qu'Anne Ferreira démentira très vite les propos que Stéphane Monnoyer lui prête, peut-être insidieusement, et qui sont la plus mauvaise méthode qu'on puisse envisager dans le cadre de la préparation des élections municipales. Puisque je suis candidat pour la tête de liste, je vais être très clair avec Stéphane Monnoyer : si j'ai l'honneur d'être désigné, je ne le prendrai jamais sur ma liste, ni lui ni un de ses semblables (avec Antonio Ribeiro, on a déjà donné, ça suffit !). Il faut quand même que la gauche locale commence à vouloir devenir sérieuse et crédible, et ce n'est pas avec Stéphane Monnoyer qu'elle le sera, bien au contraire.

Les exigences qu'il met en avant le condamnent, le renvoient à une démarche arriviste et opportuniste que je déteste. Son passé récent d'appartenance à la droite radicale de Philippe de Villiers ne plaide pas non plus en sa faveur. Et puis, il ne représente que lui-même, il n'est même plus membre ou représentant du MoDem ! Il est plus que temps que la gauche saint-quentinoise gagne en sérieux et en autorité en cessant de jouer avec ce genre de personnage. Pour le moment, faute d'un leader, ce n'est pas le cas, et c'est déplorable. Les primaires citoyennes seront l'occasion pour remettre de l'ordre dans tout ça. Je veux garder un esprit positif : après tout, qui aurait dit, il n'y a pas si longtemps, que les alliances avec l'extrême gauche seraient remises en question ?

Bien sûr, mon rejet sévère de Stéphane n'enlève rien à la sympathie que je peux avoir, en privé, pour lui : c'est un garçon aimable et gentil. Mais il doit comprendre, et tout le monde à gauche doit comprendre, que la politique ne résulte pas de sympathies privées mais d'une démarche collective, publique où ne compte que l'intérêt général, ou du moins l'idée qu'on s'en fait.

dimanche 16 décembre 2012

Mariage, mariage









J'ai participé cet après-midi à Paris à la manif en faveur du mariage pour tous. Non pas que je sois d'accord avec tous ses mots d'ordre : sur la PMA (procréation médicament assistée), je suis réservé, je souhaite qu'on en reste au texte gouvernemental. Et puis, comme partout, il y a des radicaux, des excessifs, des extrêmes qui desservent la cause qu'ils prétendent pourtant défendre. Mais je suis favorable à l'extension du mariage aux couples homosexuels et à leur droit à l'adoption, ce qui justifiait ma présence. Mon parti avait d'ailleurs appelé à manifester (son cortège, vignette 2).

La foule avait envahi les marches de l'opéra Bastille, qui programmait, ironie du sort, Carmen de Bizet : L'amour est enfant de bohème, aurions-nous pu reprendre (vignette 1) ! Mais c'est la chanson de Desireless, Voyage, voyage, devenu pour l'occasion Mariage, mariage, qui a donné le signal de départ. La tonalité des slogans était très républicaine, liberté et égalité, tout le contraire de ce communautarisme dont sont accusés les partisans du mariage pour tous et que je récuse moi-aussi. On a même vu des drapeaux tricolores brandis, notamment par deux jeunes femmes en robes de mariés, qui ont cédé au traditionnel bisou, sous les encouragements de la foule ! (vignette 3)

Plusieurs slogans étaient provoc, c'est la loi du genre et l'atmosphère ambiante. Il faut le prendre avec humour, saluer ces amusantes trouvailles néanmoins pleines de sens (vignette 4). Au total, une bonne manif en faveur d'une loi qui mettra la législation française au niveau d'autres pays européens, sans drame.

samedi 15 décembre 2012

Lonsdale, artiste et croyant



Combien étions-nous hier soir dans le palais de Fervaques pour écouter le comédien Michael Lonsdale ? 400, 500 peut-être, beaucoup en tout cas, accueillis sur la musique du Lac des cygnes, en hommage bien sûr au film "Des hommes et des dieux". Lonsdale, c'est d'abord une voix : en fond de salle, je ne le voyais pas ou très mal, mais qu'importe, la voix était là, douce, profonde, lente, parfois rieuse. C'est un homme âgé, courbé, qui se déplace à petits pas, qui donne à la fois une impression de force et de fragilité.

Au moment des dédicaces (voir vignette), c'est un peu comme à confesse (d'après mes souvenirs) : il y a une file, il faut attendre, le vieux prêtre un peu sourd est assis et chacun à son tour s'assied près de lui, visage proche du visage. Mais ce n'est pas une absolution qu'il m'a délivrée, seulement quelques mots gentils, d'une écriture naïve d'enfant, dans l'ouvrage que je lui ai acheté ("Confiance", dont la maquette a été réalisée par un Saint-Quentinois, Matthieu Arnéra, ancien pasteur de l'Eglise réformée de notre ville). Je ne lui ai avoué aucune faute, seulement des remerciements pour ses films, en soulignant que j'avais apprécié sa collaboration avec Luis Bunuel dans "Le fantôme de la liberté". Et puis j'ai laissé ma place aux nombreux autres.

Michael Lonsdale, avec son châle sur les épaules, sa longue chevelure, sa barbe blanche, a des allures d'ermite ou de moine orthodoxes. La rencontre avec le personnage impressionne : nous l'avons vu tant de fois, dans tant de films, depuis si longtemps ! Ce qui est étonnant dans sa filmographie, c'est la diversité des genres : il aura tout fait, tout joué, avec une prédilection pour les rôles d'ecclésiastiques, ironie du sort pour ce croyant profond. Car on ne comprend pas le bonhomme sans la spiritualité chrétienne qui l'anime.

Ce qui est surprenant, c'est qu'il a su faire cohabiter, sans contradiction, son métier et sa foi, alors que la profession de comédien n'a pas toujours été en odeur de sainteté, qu'encore aujourd'hui le milieu des artistes a quelque chose de sulfureux : ces créateurs ne sont-ils pas en concurrence avec le seul et unique Créateur véritable, Dieu ? La liberté de l'artiste, qui théoriquement n'a pas de limite, s'accorde difficilement avec les rigueurs de la religion. Chez Lonsdale, aucun problème : il a tourné avec Luis Bunuel et Jean-Pierre Mocky, athées notoires, anticléricaux provocateurs, sans que ça ne pose de difficulté à personne. Cet harmonie entre l'art et la foi, la liberté et la religion n'est pas si évidente ; elle est naturelle dans la vie de Michael Lonsdale. Une exception cependant : il a dit non à Costa-Gavras quand celui-ci lui a proposé de jouer dans "Amen", le comédien estimant que sa description d'un pape laissant massacrer les Juifs durant la Seconde guerre mondiale était erronée.

Ce que j'apprécie chez cet acteur, c'est sa capacité à s'engager dans un superproduction internationale, par exemple auprès de Steven Spielberg, et accepter en même temps de participer au dernier petit film de Mocky, dont la diffusion est confidentielle. C'est enfin un homme qui a plusieurs cordes à son arc, qui ne s'est jamais enfermé dans sa foi ni dans son métier, mais qui a su s'ouvrir à bien d'autres activités (la peinture par exemple). Une bien belle soirée, une magnifique rencontre, dont nous a gratifié Cécile Jaffary et la librairie Cognet.

vendredi 14 décembre 2012

Questions pour une opposition



C'était hier le dernier délai pour envoyer le questionnaire adressé par la Municipalité de Saint-Quentin à ses administrés sur l'avenir de la ville (voir vignette). On peut toujours dire que c'est une opération de communication, que les réponses sont dans les questions, que le coût est élevé et qu'il y a mieux à faire, on peut si on veut pinailler sur les formulations du questionnaire ou ironiser sur certains choix proposés, ça n'avance strictement à rien, ça n'apporte rien.

Une opposition n'est utile que si elle se voit déjà majoritaire, que si elle se met mentalement en situation d'exercer les responsabilités. Ce genre de questionnaire, beaucoup de municipalités, de droite et de gauche, le pratiquent, avec les caractéristiques et les limites propres à ce type de support. Ne cherchons pas à le contester ; au contraire, emparons-nous du document, profitons de la parole donnée aux habitants pour construire un projet. Il n'y a d'opposition que dans la proposition.

J'ai choisi neuf rubriques du questionnaire et j'ai privilégié, à l'intérieur de chacune, les réponses qui me semblaient porteuses d'avenir, qui pouvaient dessiner un projet municipal. C'est le rôle d'un parti politique, quand il est parti de gouvernement, d'entreprendre cette démarche et d'en assumer les choix. Bien sûr, d'autres que ceux proposés par le questionnaire pourraient être faits, et ce sera l'objet de la campagne des élections municipales que d'apporter des solutions nouvelles, mais nous n'en sommes pas encore là. Pour le moment, il y a déjà fort à faire et à dire avec les pistes qui sont avancées.

1- Rénovation : la création d'un centre de congrès et d'exposition répondrait à un besoin qu'aucune grande salle de réunion ne couvre aujourd'hui en ville. J'ai organisé depuis dix ans de nombreuses rencontres publiques : Fervaques, Jean-Vilar, l'école de musique, Matisse et j'en passe, on fait avec, on se débrouille mais ce n'est pas très adapté. De plus, un centre de congrès et d'exposition générerait évidemment de l'activité économique.

2- Numérique : l'équipement de l'ensemble des écoles doit passer avant les services aux particuliers (dans l'idéal, il faudrait tout faire, mais la politique a ses limites qui obligent à des choix : c'est l'exercice intéressant de ce questionnaire). La fameuse "fracture numérique" se combat d'abord dans le système scolaire, en formant les nouvelles générations.

3- Solidarité : j'opte pour la construction d'un centre social dans le Faubourg d'Isle. Chaque quartier qui le nécessite doit pouvoir en bénéficier. Je connais bien les centres sociaux, je m'y rends régulièrement dans le cadre de mes activités associatives, ils font un boulot formidable et très utile.

4- Enfance : il faut développer les structures d'accueil des jeunes enfants de 0 à 6 ans. C'est l'âge déterminant où la psychologie se constitue, où l'enfant a le plus besoin de soutien. Il faut mettre le paquet là-dessus.

5- Sécurité : il y a des automobilistes qui roulent fréquemment en ville comme des fous ! Je m'étonne que les accidents ne soient pas plus nombreux. En tout cas, c'est intolérable. Voilà pourquoi de nouveaux radars pédagogiques me sembleraient les bienvenus. En revanche, je dis non à l'extension de la vidéo-protection, qui a atteint une limite raisonnable dans une ville comme la nôtre.

6- Développement durable : parce que j'ai un peu étudié le problème en organisant avec mes amis astronomes le Jour de la Nuit, je recommande la réduction de la consommation d'énergie de l'éclairage public. Je me demande toujours pourquoi certains lieux ou édifices sont illuminés au beau milieu de la nuit, où personne ne va et vient, sans aucune utilité flagrante. Des économies, oui on peut en faire là !

7- Culture : reconstruire le théâtre de la Manufacture est indispensable, il ne peut pas continuer ses activités en nomade, aussi talentueux soit son vagabondage ! Dans le quartier populaire du Vermand, pourquoi pas.

8- Impôts locaux (le questionnaire demande trois réponses sur 18 possibilités) : je mets en numéro 1 le développement économique, même si ce n'est pas directement une compétence municipale (le chômage, qui est la plaie de Saint-Quentin, se soigne avec des mesures sociales mais se guérit avec des mesures économiques). En numéro 2, je choisis, parmi les aides aux publics en difficulté (jeunes, seniors, handicapés), l'aide aux personnes défavorisées parce qu'elles sont, plus qu'aucune autre catégorie, frappées par les injustices. Enfin, en numéro 3, je retiens le développement de l'animation et de la vie culturelle. Avec la solidarité, la culture est un marqueur de gauche, qui doivent fortement imprimer son projet municipal.

9- Télévision locale : bravo d'abord à mes collègues du BTS audio-visuel du lycée Henri-Martin de contribuer à la belle réussite de Saint-Quentin TV. Son passage sur la TNT doit permettre de relayer les actions des associations et des entreprises. Mais les projets de la municipalité, non ! Cette chaîne doit demeurer indépendante, ne pas devenir un bulletin municipal sur écran.

Bref, des questions et des réponses pour une opposition en quête de projet, qui ne sera crédible, qui ne l'emportera que sur cela, pour devenir des champions aux élections ! Bon, c'est pas gagné, mais la voie est tracée.

jeudi 13 décembre 2012

Un horrible cauchemar



Depuis six ans que ce blog existe, je n'ai pas pour habitude d'y raconter mes rêves, qui sont comme les vôtres insensés et inintéressants. Sauf aujourd'hui, je veux dire cette nuit, où j'ai fait un horrible cauchemar, en rapport avec la politique. Je ne suis pas spécialement freudien, je n'y vois pas une manifestation de mon inconscient. A vrai dire, je n'en sais rien, je vous laisse seuls juges.

C'est peut-être parce que j'ai rencontré hier Alice Meunier, du Courrier Picard, qui voulait en savoir plus sur mes intentions en vue des prochaines élections municipales et qui m'a interrogé (article paru ce jour). Ses questions ont sans doute continué à me travailler pendant mon sommeil ... Toujours est-il que j'ai fait le rêve suivant, dont je vais essayer de n'omettre aucun détail, autant qu'il est possible.

Ma proposition de primaires citoyennes locales pour désigner le chef de file de la liste avait été acceptée. Au départ, c'est donc un joli rêve puisque je tiens beaucoup à cette procédure, qui seule pourra mobiliser la gauche saint-quentinoise, lui donner un leader légitime et la faire gagner. Le cauchemar commence (j'ai presque envie de dire : recommence) juste après : je suis bien sûr candidat, mais ma candidature n'est pas ... validée. Je ne peux pas vous dire pourquoi, c'est là où les détails me manquent. Je l'ai évidemment mauvaise ...

Le cauchemar aurait pu s'arrêter là, déjà assez pénible en soi. Mais non, le pire est à venir, du moins dans les souvenirs que j'en ai. Bien qu'ayant été à nouveau évincé, je participe cette fois au scrutin en tant qu'électeur (c'est incohérent, mais les rêves sont incohérents). Le vote a lieu dans un immense hangar (ne me demandez pas pourquoi, je suppose que ces primaires remportent un immense succès). J'ai mon bulletin de vote en mains, dans son enveloppe (hélas, aucun souvenir des candidats), et je fais face, dans l'immensité de ce hangar, à des milliers et des milliers de ... boîtes à chaussures (la boîte à chaussures fait office, dans la section socialiste de Saint-Quentin, d'urne électorale, signalé dans L'Aisne Nouvelle du 17 novembre).

C'est à ce moment que mon cauchemar est devenu le plus cauchemardesque (ça ne s'explique pas, il faut le vivre, ou plutôt le rêver) : j'errais comme un damné entre les boîtes à chaussures, je passais de l'une à l'autre, complètement désemparé, ne sachant pas dans laquelle déposer mon bulletin. C'est ça qui est étrange : l'horreur ne venait ni d'avoir été écarté du scrutin, ni d'aller voter pour un candidat autre que moi, mais du choix à faire entre ces milliers et ces milliers de boîtes à chaussures, qui s'étalaient à l'infini devant moi. Je me suis alors brusquement réveillé, très angoissé. Peut-être qu'un lecteur psychologue ou psychanalyste pourrait m'en dire plus, proposer une interprétation (j'ai insisté sur les détails parce que je sais qu'ils sont importants dans la démarche freudienne).

Ne croyez pas non plus que cette histoire de recours m'obsède, me monte à la tête, hante mes jours ... et mes nuits. En politique, il faut regarder en avant, pas en arrière, même si le passé est très récent. Je ne suis pas dans une logique d'ambition ou de revanche personnelles mais dans le débat d'idées : ma candidature au secrétariat de la section n'avait pas d'autres objectifs. Comme je l'ai dit à Alice Meunier qui m'interrogeait sur ce sujet, quand on prétend comme moi exercer le plus haut mandat municipal, il faut être très exigeant sur les règles, ne rien laisser passer, vis-à-vis de soi-même, de ses camarades et de ses partenaires politiques. Ce qu'on admet aujourd'hui à un petit niveau, celui d'une section, on l'admettra hélas demain à un haut niveau, celui de la municipalité, avec des conséquences autrement plus graves. Et ça, je n'en veux pas. J'ai déposé ce recours, et j'irai jusqu'au bout de la procédure, pour cette unique raison : faire respecter la règle. Je ne le fais pas pour moi, qu'est-ce que j'en ai à faire ! mais pour le parti, pour la gauche et pour l'avenir : que nous soyons, devant nos électeurs, clairs, carrés, irréprochables, en commençant par nos propres pratiques internes.

Ce recours, après trois semaines, n'a toujours pas reçu de réponse. Je comprends l'embarras de mes camarades de la direction nationale, qui n'y sont évidemment pour rien. Si j'étais fautif, un courrier m'aurait été adressé dès le lendemain. Mais les torts sont ailleurs, et il n'est jamais simple d'annuler une élection et de la recommencer (voyez ce qui se passe à l'UMP !). Bref, je ne sais pas du tout quelle sera la suite. Je veux surtout me prémunir contre toute prochaine éventuelle mauvaise surprise. Ce n'est pas que je sois superstitieux, encore moins que je crois aux rêves prémonitoires, mais je veux avoir des garanties de bon respect des règles pour l'avenir.

Pour en finir avec cet horrible cauchemar, plus j'y pense et plus je me dis que la clé de sa compréhension est dans la boîte à chaussures, qui est vraiment son élément le plus marquant, le plus traumatisant en même temps qu'insignifiant, dérisoire. C'est le Rosebud de cette histoire qui, telle sa fin dans le film Citizen Kane d'Orson Wells, ne sera sans doute jamais élucidé.

mercredi 12 décembre 2012

Le têtu veut une tête



Vous ne connaissez sûrement pas Yann Galut. Mais vous avez entendu parler de lui ces dernières heures : c'est le député socialiste qui va déposer un projet de loi pour déchoir Gérard Depardieu de sa nationalité française, après son "exil fiscal". Galut, moi je connais, c'est un Berrichon (donc un têtu), élu de la 3e circonscription du Cher, celle de Saint-Amand Montrond, ma ville natale. Yann m'a invité à son mariage, en 2001 je crois. Après la cérémonie à Bourges, nous sommes allés à une petite réception en campagne, en présence d'une guest star : Jean-Luc Mélenchon, qui n'était à l'époque qu'un des leaders de l'aile gauche du PS, dont Yann faisait alors partie. Depuis, il a rejoint Ségolène, et aujourd'hui il est hollandais, comme presque tout le monde chez les socialistes. Un hollandais berrichon, comme moi, et têtus tous les deux !

Mais sur l'affaire Depardieu, on n'est pas d'accord. Quelle mouche l'a piqué ? Nous n'avons pas à préjuger des intentions de l'acteur. Et puis, il fait ce qu'il veut ; en République, on est libre, même de prendre ses cliques et ses claques et de partir. A la limite, que les riches quittent la France, je m'en moque, c'est leur choix, que je ne discute pas. Et qui ne m'inquiète pas économiquement : le destin de notre pays ne repose pas sur les épaules d'Obélix. C'est le travail de tout un peuple qui fait vivre la France, pas l'argent de quelques privilégiés.

De toute façon, nous ne sommes pas au temps de la guillotine et de l'émigration dorée de masse. Avec le départ de Depardieu, il n'y a pas le feu au lac. La proposition de mon compatriote berrichon et camarade socialiste me gêne : elle suppose qu'il y aurait de "mauvais Français" qu'il faudrait priver de leur nationalité. Le raisonnement ne me plaît pas. La vraie solution, ce serait de continuer à assujettir à l'impôt national les contribuables qui s'installent à l'étranger, pas cette déchéance de nationalité. Mais Yann est têtu, il ira jusqu'au bout de son idée, il veut la tête à Depardieu.

mardi 11 décembre 2012

Tchatche, com et coups



Hier soir, réunion d'une des séances les plus importantes du Conseil municipal à Saint-Quentin : le vote du budget. Xavier Bertrand, une écharpe bleue autour du cou qui ne le quittera pas de la soirée, fait face à son opposition, sur le pont mais pas au grand complet, la moitié seulement : Aurigny (qui interviendra le plus souvent), Zanditenas, Tournay et Lançon (seul socialiste présent et chef de file en queue de peloton, qui n'interviendra pas sur la question de fond du budget).

Faire de la politique, c'est imposer un style, une rhétorique. Celle du maire est tout en douceur, enrobante, longue dans ses interventions, truffée d'anecdotes concrètes, mêlant le national et le local, très à l'aise, souvent amusée, n'hésitant pas à questionner son opposition, dans un curieux renversement des rôles auquel la dite opposition se laisse prendre. La rhétorique du chef de file de l'opposition est plus courte, souvent goguenarde, très réactive, avec des sautes de voix qui frisent le hurlement et l'étranglement de gorge, déclenchant les rires ou les réprobations dans toute l'assemblée. Un style ne se discute pas, chacun a le sien, qui ne prête pas à un jugement politique ; l'appréciation qu'on peut porter est seulement affaire de goût personnel.

Après que la majorité ait présenté et défendu son budget, c'est Michel Aurigny, du Parti ouvrier indépendant, qui est intervenu le premier, au nom de l'opposition, pour rejeter "un budget de stagnation, voire de régression". A son habitude, il s'est lancé dans une étude analytique des lignes budgétaires, une description comptable serrée qui impressionne toujours par sa complexité administrative mais dont on a du mal à tirer une lecture politique, sauf dans sa chute. Anne Zanditenas, de Lutte ouvrière, a suivi, dans un style qui passe mieux en termes de communication, mais son intervention était plutôt une déclaration de politique générale, dans laquelle elle a d'ailleurs, à propos des augmentations tarifaires en cours, renvoyé dos-à-dos gouvernements de gauche et de droite.

C'est Olivier Tournay, du Parti communiste français, qui a conclu les prises de parole de l'opposition sur le budget municipal. Incontestablement, de tous les opposants, c'est le meilleur communicant : clair, précis, convaincant, à tel point que lorsqu'il parle, Xavier Bertrand l'écoute, renonçant à consulter pour un moment son téléphone mobile, et il prend soin de lui répondre point par point. A l'égard des autres opposants, sa réaction est généralement de dédain et d'ironie. Seul reproche que je ferais à Olivier : le mélange des genres. Hier, il a commenté en même temps la brochure "Le budget à la loupe" et le questionnaire envoyé aux Saint-Quentinois. Je sais bien que tout est dans tout et réciproquement, mais tout de même ... Tournay a souligné que si les impôts locaux n'augmentaient pas, en revanche la fiscalité intercommunale (l'agglo) était en hausse.

La majorité, pas en reste, a donné droit de suite, d'abord par une intervention de Pierre André, en réponse à Olivier Tournay, pour défendre la communauté d'agglomération dont il est le président. Son argumentation est que l'effort fiscal demandé a reposé essentiellement sur les entreprises, et que la fiscalité additionnelle, qui touche l'ensemble des contribuables, n'a connu qu'une faible hausse. En revanche, il a dénoncé une fois de plus la politique fiscale du Conseil général de l'Aisne, "tour de prestidigitation", "frisant la malhonnêteté", empêchant les entreprises de s'implanter et l'emploi de se développer à cause de la hausse de la taxe foncière. Je bous sur mon siège de n'entendre aucun élu d'opposition prendre la parole pour défendre la politique du Conseil général !

Ensuite, c'est Freddy Grzeziczak qui a commencé par se fendre d'une sorte d'oxymore en affirmant, dans son soutien à la politique sociale de la Municipalité, "ne pas tomber dans l'assistanat mais jouer la carte de la solidarité" (sic). Il a justifié son ralliement à Pierre André et Xavier Bertrand par un lyrique "Mon parti à moi, c'est Saint-Quentin", que même le maire, membre et leader d'un parti politique, s'est senti un peu plus tard obligé de nuancer. Surtout, Freddy s'en est pris, sans le nommer, à Jean-Pierre Lançon, qualifié de "Monsieur 22 voix", dans une réponse du berger à la bergère, puisque le même Lançon l'avait, lors du Conseil municipal précédent, égratigné. C'est ce que Xavier Bertrand a appelé, dans un langage moins bucolique et plus sportif, "une partie de ping-pong".

Sur la vidéo-surveillance, thème récurrent des séances du Conseil municipal, le maire a justifié de nouvelles implantations de caméras par la demande des habitants et la multiplication des incidents. Si je suis favorable à ce dispositif de sécurisation, il me semble problématique de vouloir l'étendre et le généraliser. Dans une ville comme Saint-Quentin, 70 à 80 caméras de surveillance, disséminés sur les points sensibles et les passages importants de public, oui, mais pas au-delà, et encore moins pour satisfaire des exigences individuelles, aussi compréhensibles soient-elles. Car jusqu'où va-t-on aller dans cette direction-là ? Vers une surenchère qui n'aura plus guère de sens.

Michel Aurigny s'est interrogé légitimement sur les subventions accordées à SQBB et à l'association Loisirs et traditions pour le Village des métiers d'antan. Les clubs sportifs reçoivent énormément d'argent, il est normal que les élus soient scrupuleux à leur demander des comptes précis. Mais notre camarade lambertiste est fâché avec la com : car dire tout de go qu'on n'aime pas le basket, qu'on n'y va pas, c'est admirable de sincérité mais pas politiquement très malin (et je n'y suis pour rien si la politique exige moins d'être sincère que d'être malin !). En revanche, sur Loisirs et traditions, c'est la réponse du maire qui ne m'a pas convaincu : en appeler à la confiance envers l'association, constater que l'argent est bien utilisé quand on voit le résultat qu'est le Village des métiers d'antan, c'est très bien, mais ça ne doit pas priver un élu d'opposition de juger sur pièces en recevant un récapitulatif financier.

Un moment assez surprenant de la séance a fait descendre le maire de sa présidence pour rejoindre les rangs de l'opposition, du moins mentalement : c'est lorsqu'il a été question des problèmes de chauffage et d'ascenseurs dans les HLM du quartier de Neuville, où Xavier Bertrand a eu des mots très durs pour dénoncer la situation faite aux locataires, inconfortable c'est le moins qu'on puisse dire.

Après le logement, c'est la santé qui a été au coeur des débats (comme quoi un Conseil municipal est une réunion passionnante, politiquement importante, à laquelle j'invite à assister) : Xavier Bertrand a annoncé qu'une Maison de la santé, ouverte à tous les professionnels, verrait le jour dans le Faubourg d'Isle, puis dans chaque quartier de la ville. Il a rappelé que la santé n'était pas une compétence municipale mais que l'évolution en cours allait amener de plus en plus les villes à entrer en concurrence dans ce secteur, qu'il fallait donc anticiper le mouvement. Ce faisant, l'ancien ministre de la Santé applique aujourd'hui ce qu'il a conçu hier, dans sa responsabilité gouvernementale. Il s'est même permis de souligner les limites de la zone franche, qui conduit certains médecins à abuser de cette opportunité fiscale.

C'est Olivier Tournay qui a répondu, à nouveau dans une bonne intervention qui n'a d'ailleurs pas provoqué l'ire de Xavier Bertrand, pourtant généralement peu tendre avec ses opposants : il a pointé la baisse du nombre de généralistes sur la ville depuis dix ans, les "zones blanches" dans des quartiers entiers, l'obligation des patients à se déplacer parfois à travers toute la ville, la fermeture du cabinet médical du quartier Europe, la fuite de 24 médecins en zone franche, la concentration de la profession sur le boulevard Richelieu, le pis aller que sont les Maisons de santé.

Le point consacré à l'édition d'un journal municipal a donné l'occasion à Jean-Pierre Lançon de critiquer la communication de la Ville, "dont regorgent nos boîtes aux lettres", se demandant si cette nouvelle publication était opportune. Mais il a élargi son propos en attaquant l'omniprésence du maire sur le terrain, surnommé "Monsieur Présent Partout", allant jusqu'à faire une allusion à moi, accusé du même travers (un comble ! comme si c'était un défaut, quand on a des activités publiques, d'être présent un peu partout !). Puis, c'est L'Aisne Nouvelle qui a été la cible du tonton-flingueur, le journal étant présenté comme l'auxiliaire de la Municipalité (il visait l'article récent sur les parachutés socialistes de Saint-Quentin, qui n'a pourtant rien d'outrageant). Au passage, Maurice Vatin, ancien conseiller régional socialiste, en a pris pour son grade. Si on laissait parler Jean-Pierre, je crois que tout le monde serait fusillé par son verbe, à l'exception de ses très proches. Se rend-t-il compte qu'il est en train de se détruire lui-même ? Il faudra bien qu'un jour quelqu'un le lui dise ...

Dans ce Conseil municipal plutôt bon enfant, la fin a été très violente, me mettant mal à l'aise. Personne il me semble n'a vu venir l'incident, provoqué indirectement par une question de Michel Aurigny qui au contraire avait provoqué les rires, une demande de précision sur la quantité de bouteilles de champagne pour je ne sais plus quelle occasion. En quelques secondes, la bonne humeur s'est transformée en altercation brutale. Xavier Bertrand a haussé le ton, tapé du poing sur la table et adressé à l'encontre de Jean-Pierre Lançon de graves accusations, l'associant à la précédente majorité municipale, dont certains membres (dont il a exclu le maire communiste Daniel Le Meur) auraient bénéficié indûment de voitures de fonction, couverts dans les restaurants, notes de frais scandaleuses ... (je cite). Le chef de file de l'opposition n'a pas récusé sur le fond ces accusations mais a démenti y être mêlé. L'assemblée au contraire a approuvé bruyamment. Ces "révélations" ne sont pas nouvelles, déjà Pierre André les évoquait, mais tout ça à chaque fois crée en moi un malaise, tant je ne sais trop quoi en penser. Bertrand qui tchatche, qui communique, qui cogne, n'est-ce pas ça aussi la politique ?

Je veux tout de même terminer sur un sourire, ou plutôt deux sourires, deux phrases sans doute cultes qui resteront de cette séance du 10 décembre 2012. D'abord, de Xavier Bertrand, sur un point que j'ai oublié, cette formule poétique, lui qui pourtant n'a rien d'un poète : "Les arbres ne montent jamais au ciel". C'est joli. Surtout, la réplique, dont on se souviendra longtemps, de Marie-Laurence Maître en direction de l'ancien assureur Xavier Bertrand, celui-ci rappelant qu'il n'exerçait plus ce métier depuis plusieurs années : "Vous avez de beaux restes". C'est superbe, comme Gabin disant à Arletty dans "Quai des brumes" : "T'as d'beaux yeux, tu sais !" La politique, ce n'est pas finalement que tchatche, com et coups, ça peut aussi être rigolo et émouvant.

lundi 10 décembre 2012

Au salon des auteurs locaux









L'idée vient de Pierre André : organiser un salon qui regroupe les auteurs d'ouvrages vivant ou ayant vécu à Saint-Quentin, tous genres confondus, romans, essais, livres d'enfants, bandes dessinés, documents historiques, albums photos, etc. Nous étions hier après-midi une vingtaine, dans l'Hôtel de Ville, à l'intérieur de la salle des adjudications, un nom peu poétique pour une manifestation littéraire et artistique, mais un lieu pratique (vignette 2). Auparavant, c'est Xavier Bertrand himself qui nous recevait en salle des mariages (là, la poésie retrouve ses droits), autour d'un café. Vincent Savelli avait choisi la cravate appropriée, pleine de livres sur tranche.

Pour une première, c'était réussi : beaucoup de passage, des lecteurs qui achètent, qui font dédicacer ou qui plus simplement viennent discuter avec les auteurs. L'organisatrice, Cécile Jaffary, gérante de la librairie Cognet, nous a gratifiés de son sourire pendant tout l'après-midi, et offert un vin chaud à la fin, pris au village de Noël tout proche. Elle a l'oeil et le geste vifs de la commerçante efficace, cultivée et affable, qu'on ne retrouve pas toujours chez les membres de cette corporation. Son collaborateur Monsieur Louis est d'un autre genre, plus calme, moins mobile, mais vigilant. L'un et l'autre sont des libraires au sens fort du terme, une espèce qui a tendance à se perdre au profit des marchands de livres (qui vendraient aussi bien des chaussettes).

La guest star, c'était Pascal Brunner, vedette de la télévision il y a quelques années, imitateur, humoriste, chanteur et formidable animateur (vignette 3). Il a connu la disgrâce, les excès et la maladie, mais il est resté celui qu'on a connu et apprécié : un homme public, disponible, sympathique, saluant tout le monde, sachant dire un petit mot à chacun. C'est celui d'entre nous qui a reçu le plus de visiteurs, normal. Non loin, Philippe Lacoche, qui depuis longtemps s'est fait un nom dans le monde des écrivains (vignette 4) : comme Brunner, c'est un ancien du lycée Henri-Martin. Il faudrait que nous formions une ligue !

J'étais bien entouré, entre Sam Bellet et Frédéric Pillet, un Berrichon comme moi, mais de l'Indre alors que je suis du Cher (là aussi, il faudrait constituer une ligue, des Berrichons de l'étranger). Tous les deux ont réalisé un magnifique ouvrage sur l'art déco à Saint-Quentin, dont je vous recommande l'achat pour les Fêtes. Pour l'heure, notre problème à nous trois était autre : comment sortir de la table des dédicaces, coincés entre le mur et elle, bloqués à droite et à gauche par les auteurs ? Deux écoles, deux méthodes : par dessus ou par dessous, aussi acrobatiques et risquées l'une que l'autre ... Pendant ce temps, notre éditeur commun Michel Marcq, au noeud papillon qui le distingue, jetait un oeil gourmand sur les livres, les gaufrettes (offertes à tous par son fils Thibaut) et les jolies femmes.

Dans ce genre de manifestation, il y a des moments plus tranquilles qu'il faut savoir occuper. Les dessinateurs n'ont aucun problème, leur art donne un prétexte, ils ont, comme Serge Dutfoy, le crayon à la main et une feuille non loin. Mais les autres ? Karim Saïdi et Jean-Claude Natteau, côte à côte, tous les deux conseillers municipaux, ont manifestement trouvé un sujet de discussion, peut-être la séance municipale de ce soir, consacrée au vote du budget. Bernard Lebrun est le seul à pianoter sur un ordinateur portable, .... en train de rédiger un prochain manuscrit ? Un salon des auteurs locaux et de la bonne humeur saint-quentinoise, à rééditer.

dimanche 9 décembre 2012

André Comte-Sponville



Je participe environ une fois par an à une réunion organisée par des francs-maçons. Hier soir, c'était à Villeneuve-Saint-Germain, près de Soissons, trois cents personnes, venues parfois de Belgique ou de Strasbourg, et un invité tout à fait exceptionnel : André Comte-Sponville, philosophe à succès, médiatique depuis vingt-cinq ans et surtout mon prof quand j'étais étudiant à la Sorbonne ! Je ne l'avais pas revu depuis ce temps-là, une bonne vingtaine d'années. Il n'a pas changé, rendant claires et ordonnées des réflexions pourtant complexes, qui fait qu'on se surprend toujours à comprendre ce qu'il dit, qu'on se sent intelligent en l'écoutant. Sa conférence d'hier, sur la spiritualité laïque, l'a une fois de plus confirmé. Encore aujourd'hui, je reste marqué par son enseignement, mes cours s'inspirent en partie, dans la forme, de ses cours.

A part ça, Comte-Sponville n'est pas un type très chaleureux : il donne tout ce qu'il a pendant sa conférence (deux heures !); après, c'est un homme presque timide, pas très causant. Je lui ai dit que j'avais été son étudiant et que j'étais devenu prof de philo à mon tour ; mais il n'a pas cherché à en savoir plus. Tant mieux d'ailleurs : j'ai une sainte horreur des bavards, des expansifs, des m'as-tu vu c'est moi que vl'a. J'ai eu ma photo et ma dédicace, ça me suffit.

Pendant sa conférence, André Comte-Sponville a justifié son athéisme paradoxal, fidèle aux valeurs judéo-chrétiennes et ne voulant nullement démontrer que Dieu n'existe pas (c'est impossible, selon lui). Mais il a décliné longuement les arguments qui font qu'il n'y croit pas personnellement. Certains sont très classiques, parfois un peu faciles (c'est le seul reproche que je lui ferais). Son point de vue s'est terminé par la défense d'une certain "mysticisme", fait d'"états modifiés de conscience", tels qu'on peut en expérimenter dans le bouddhisme. Bref, André Comte-Sponville est l'illustrateur assez convaincant d'une spiritualité sans Dieu ni transcendance. Son propos est bien sûr, à plusieurs reprises, discutables, mais la philosophie n'est-elle pas faite pour ça ?

La rencontre m'a aussi permis de retrouver mes amis maçons du Grand Orient, qui ne cesseront jamais de me surprendre. Parmi les loges organisatrices, je découvre, à la tribune, que l'un des responsables est un élu saint-quentinois (et pas de gauche !). Avec les filles, j'ai un problème (pas celui que vous croyez) : dans la vie courante, on se fait deux bises, mais là c'est trois, parce que tout marche par trois chez les soeurs et les frères (petite délire dans ma tête en imaginant jusqu'où peut aller dans d'autres domaines de leur existence cette logique trinitaire ...). Or, spontanément, je fais deux bises ou, plus rarement, quatre, mais trois je ne m'habitue pas. Du coup, hier soir, soit je m'arrêtais à la deuxième et la copine était frustrée, soit je claquais la quatrième et elle était déstabilisée. Bref, je naviguais entre le trop et le pas assez. C'est compliqué, une réunion chez les francs-maçons.

Quand je les observe, j'ai toujours l'impression que les dames sortent de chez le coiffeur et les messieurs du pressing. Et puis, c'est bien le dernier endroit où l'on parle encore de religion et de théologie, où l'on cite, comme hier soir, saint Paul, saint Augustin et saint Thomas d'Aquin. Les cathos n'osent plus, ils se veulent plus modernes que ça ... Sinon, il n'y a pas plus sympa et intéressant qu'un franc-maçon. C'est quand la prochaine réunion ?

samedi 8 décembre 2012

La perte des symboles





Nous vivons dans une société déboussolée qui a largement perdu le sens de ses symboles. Une directrice d'école vient d'interdire l'accès de ses classes au Père Noël, "au nom des valeurs laïques". Je crois que cette dame ne comprend pas bien le principe de laïcité. Il paraît que cette décision a été prise à la demande de parents musulmans, "au nom du respect de toutes les convictions religieuses". Je crois que ces familles n'ont pas bien saisi le sens de l'Islam. Le Père Noël, malgré son nom, n'est ni anti-laïque, ni anti-musulman.

Dans les rues du centre ville d'Amiens, municipalité de gauche, je suis tombé sur une magnifique et gigantesque crèche, sur le marché de Noël et sur fond de cathédrale (vignette 1). Les laïques sourcilleux pourraient s'en plaindre. Mais que signifie-t-elle ? Prosélytisme chrétien ou élément décoratif ? Je penche pour la seconde hypothèse, et c'est moins les laïques que les croyants qui seraient en droit de se chagriner d'une telle utilisation, mercantile, de leur symbolique.

Devant l'Hôtel de Ville amiénois, c'est une autre confusion des symboles que j'ai constatée (vignette 2) : des coupoles d'églises orthodoxes qualifiées de "palais" ; à l'intérieur, les consultations gratuites d'une "diseuse de bonne aventure" (pratique strictement condamnée par la Bible !) et une référence littéraire à Michel Strogoff (ville de Jules Verne oblige). Plus personne n'y retrouve ses petits ...

Retour à Saint-Quentin, dans le magasin Cultura : on y vend, tenez-vous bien, des poupées vaudou ("pour forcer votre chance"), des pendentifs pierre de vertu (sic), des bijoux astrologiques, des cartes de Chakra, des baguettes de divination, des cristaux magiques, des pendules à la professeur Tournesol ... (j'ai noté tout ça sur un bout de papier). Entre un étalage "Esotérisme" et "Développement personnel", au beau milieu d'un établissement normalement consacré à la culture (c'est son nom), vous trouvez donc des gadgets de superstition et de sorcellerie.

Vous me direz qu'il y a plus grave dans la vie que cette perte et ce mélange des symboles. C'est vrai, il y a toujours plus grave. Mais il fallait que ce soit dit.

vendredi 7 décembre 2012

Téléthon 2012



Ce soir, pour le Téléthon, j'ai innové, avec une conférence-débat à la bibliothèque municipale sur le thème de cette année, "Oser vaincre", que j'ai déclinée en quatre pistes de réflexion :

1- Vaincre quoi ? La maladie, la souffrance, la fatalité, la peur, soi, le regard de l'autre, l'indifférence.

2- Vaincre comment ? L'argent, l'amour, l'espoir, la volonté, le courage, la patience, la société.

3- Pourquoi oser ? L'audace, la prise de risque, l'incertitude.

4- Un combat gagné ? Les progrès de l'humanité, les "miracles" de la médecine.

La participation à cette rencontre était de 3 euros. Jacqueline Debadier, responsable locale AMF-Téléthon, était présente (en vignette).

jeudi 6 décembre 2012

Picsou des Bois





Ce soir, au café philo de l'Epide à Saint-Quentin, les jeunes stagiaires étaient venus nombreux (vignette 1) pour parler argent, sujet de la séance, dans cette approche concrète de la philosophie qu'ils aiment et que je pratique : cadeau, aumône, tirelire, profit, jeux, crédit, salaire, gratuité, pourboire, troc, consommation, riches, oncle Picsou ou Robin des Bois ... , les entrées étaient multiples, toutes propices à la réflexion. Les demandes de parole ont fusé spontanément (vignette 2) : c'est aussi, pour les jeunes de l'Epide, un salutaire exercice d'expression orale en public.

mercredi 5 décembre 2012

L'Envolée d'IDG



J'ai reçu par courrier il y a quelques jours le numéro 1 du nouveau journal d'IDG, L'Envolée, un beau quatre-pages en couleurs, sur papier glacé, agrémenté de photos (voir vignette). La maquette est bien conçue et la lecture agréable. IDG, c'est l'Initiative Démocratique de Gauche, le mouvement fondé il y a vingt ans par Roland Renard, maire de Montescourt-Lizerolles, vice-président du Conseil général de l'Aisne et ancien député. Mouvement certes d'apparence modeste, mais politiquement très influent, avec un groupe au Conseil général et un élu au Conseil régional de Picardie (Bernard Bronchain).

D'où vient son succès ? D'être une structure souple, pas un appareil mais plutôt un réseau apte à recevoir différentes personnalités de gauche, bref un mouvement plus qu'un parti au sens strict. IDG prospère sur les pesanteurs et les rigidités du parti socialiste. Sa ligne politique ? Parfois plus à gauche que je ne le suis (sa critique, page 4, du traité budgétaire européen ne me convient pas). En même temps, IDG n'est pas aligné sur une ligne foncièrement radicale : le mouvement a appelé à voter dès le 1er tour pour François Hollande, il a soutenu dans l'Aisne René Dosière et accueilli en son sein Jacques Krabal, ce qui est quand même un gage de réformisme !

IDG est absent de Saint-Quentin même. Il y a bien le conseiller général Jean-Claude Capelle, mais c'est notre voisin de Gauchy. Autrefois pourtant, IDG a largement contribué à la victoire de la députée Odette Grzegrzulka. Lionel Josse et Patrick Dupont étaient alors les représentants locaux du mouvement. Je souhaite vivement qu'IDG retrouve une extension sur la ville, une présence militante : le jour, proche, où le parti socialiste sortira des alliances avec l'extrême gauche, il devra bien se tourner vers d'autres partenaires, dont IDG pourrait faire partie.

mardi 4 décembre 2012

Un passé en chute libre



Jérôme Poinsu, dans L'Aisne Nouvelle parue hier, revient sur un point intéressant de l'histoire locale du parti socialiste, sur une pleine page : les nombreuses tentatives de "parachutages" dans la circonscription. Particularité : à part Odette Grzegrzulka, tous les autres étaient des personnalités nationales, et non des moindres, François Hollande en personne, Dominique Strauss-Kahn, Marisol Touraine ou, moins connu, Pierre Guidoni. On peut même ajouter à la liste Jack Lang, dont le nom avait un moment couru à l'occasion des dernières élections législatives. Je veux moi aussi revenir sur ce passé qui éclaire en partie notre présent, et apporter quelques réflexions complémentaires.

Les témoins de ce temps qui n'est pas si éloigné (quinze-vingt ans) sont toujours présents, plus ou moins, dans la vie publique saint-quentinoise : Maurice Vatin, Jean-Pierre Lançon, Bernard Lebrun, Denis Lefèvre. Ce qui retient tout de suite mon attention, c'est la prudence et même la retenue dans les propos des deux premiers. Bernard Lebrun est un peu plus prolixe. Ce que je trouve incroyable, et révélateur de toute une mentalité, c'est le témoignage de ce "Saint-Quentinois qui préfère garder l'anonymat" (sic). Et puis cette "autre personnalité locale" qui, elle aussi, ne donne pas son nom, comme si ce passé faisait peur, comme si sa vérité était difficile à regarder en face.

Ce passé de "parachutages" généralement avortés est singulier et embarrassant. D'abord, il prouve que les socialistes locaux ne trouvaient pas en leur sein, à l'époque, un leader capable de les conduire à la victoire. Ensuite, durant ces années-là, la notion de "parachutage" n'avait pas le sens péjoratif qu'elle a pris aujourd'hui, où l'enracinement local est beaucoup plus valorisé. Enfin, ces "parachutages" n'étaient envisagés que parce que les socialistes locaux étaient très divisés, que seul un leader venu de l'extérieur pouvait les rassembler. Vatin, Lançon, Lebrun, Lefèvre n'ont pas cessé de s'entre-tuer politiquement, de charrettes en charrettes, dans une logique, je dirais même une culture infernale de l'éviction : Lançon a été exclu dix ans, Vatin, Lebrun, Lefèvre l'ont été il y a quelques années. La prochaine fois, à qui le tour ? Dans ces conditions, le salut vient d'ailleurs, si possible du national.

Le problème, et Poinsu le montre bien avec le "parachutage" raté de Marisol Touraine, c'est que le mal entraîne le mal : une section divisée, affaiblie, complexée de devoir faire appel à l'extérieur n'est pas le meilleur terrain pour que la "parachutée" se pose en douceur. Odette Grzegrzulka, la seule à réussir son "parachutage" parce qu'en 1997, le parti avait été saigné à blanc (des exclusions en masse, à cause de la double dissidence, les socialistes rejoignant Chevènement ou ralliant la liste communiste en 1995), n'a cependant pas réussi à s'implanter durablement, à défaut d'une section suffisamment forte et unie. Ce passé ne passe pas. Il vaudrait mieux le regarder en face, l'assumer, en tirer des leçons pour ne pas le reproduire, au lieu de se réfugier dans l'anonymat ou la retenue, quand ce n'est pas dans le déni. Car ce passé-là, en chute libre, n'a aucun avenir.

lundi 3 décembre 2012

Fin du monde



La fin du monde est annoncée pour le 21 décembre 2012. Il nous a semblé important de célébrer dignement cet évènement. C'est pourquoi nous vous invitons à cette date au dernier repas avant la fin du monde, qui aura lieu à la Brasserie du Théâtre, place de l'Hôtel de Ville, à Saint-Quentin, à partir de 19h00.

La participation est de 25 euros tout compris.

Menu :

- Apéritif : soupe de champagne
- Entrée : tarte au maroilles accompagnée de petits fours
- Plat : tranche de faux-filet accompagnée de pommes allumettes
- Dessert : tarte aux pommes et glace vanille
- Boissons : eau et vin
- Café

Ambiance musicale, prises de parole, animations surprises, participation du public... lâcher de ballons en fin de soirée.

Pour la bonne organisation de la soirée, nous vous demandons de vous inscrire dès maintenant par courriel (emmanuel.mousset@wanadoo.fr) et d'envoyer ensuite votre chèque de 25 euros, à l'ordre de la "Brasserie du Théâtre", au plus tard le 7 décembre à l'adresse suivante :

Centre Henri Matisse,
association Rencontre Citoy'Aisne,
Emmanuel Mousset, président
1, rue Théophile Gautier
02100 SAINT-QUENTIN

dimanche 2 décembre 2012

Sardou, chanteur populaire



Avant de mourir, j'ai trois voeux que j'aimerai voir se réaliser : que l'homme retourne sur la Lune, que la municipalité de Saint-Quentin devienne socialiste et que j'assiste à un spectacle de Michel Sardou. Le troisième, c'est fait, c'était hier soir, au Zénith d'Amiens. Aller voir Sardou ! Mes amis de gauche, enseignants ou pas, ont fait une drôle de tête quand je leur ai dit ça : ce ringard, ce réac, ce facho , ce macho ! Tout doux, tout doux : paix et liberté à l'artiste, c'est son art qui compte, pas ses convictions politiques. Oui, j'aime depuis toujours les chansons de Michel Sardou. Et alors ?

D'abord, un spectacle de Sardou, ça commence sur le parking : pas de quoi se garer, la foule des grands jours, des bagnoles partout, même là où il ne faut pas. Sardou, c'est aussi une salle, un public : populaire, qui rit, qui gueule, qui chante, un peuple immense (voir vignette). Et le spectacle ? Michel Sardou arrive en scène à l'heure pile, 20h30. Il ne cherche pas à se faire désirer par un délai d'attente. Le chanteur terminera à 22h30 pile, faisant la bise aux filles qui accompagnent son orchestre (rien pour les mecs), puis disparait par une porte sur le côté, sans rappel.

Avec Sardou, quand c'est fini c'est fini : il vient à Amiens pour faire le job, chanter, pas pour rencontrer un public, à l'égard duquel il restera deux heures durant froid, distant, sans empathie. A l'exception de quelques "merci, merci beaucoup" après la plupart de ses chansons. Quand une fan lui lance un "Michel, t'es trop beau !", il répond mécaniquement : "Merci, t'es trop gentille" et puis il continue comme si de rien n'était. Des bras se tendent pour lui offrir des fleurs, il prend, répète son inusable "merci" de politesse obligée et dépose les bouquets sur un tabouret. Il est comme ça, Sardou, il est là, devant des milliers de personnes, mais il s'en fout. Et je crois qu'on l'aime comme ça, le Michel.

Ce n'est pas vraiment un showman, une bête de scène. Ses chansons sont des "tubes" pour transistor, pas fait pour une salle de spectacle. Micro en main, Sardou se déplace paresseusement. Les effets ne sont pas géniaux, des lumières de toutes les couleurs en veux-tu en voilà, une zik si forte que les paroles de l'interprète sont parfois pas très audibles. Le timbre de voix est toujours là, mais le souffle un peu court : on sent l'âge qui vient. Mais Sardou s'en fout, il en plaisante, il est comme nous, et c'est aussi pour ça qu'on l'aime. Une fois, il se plante dans les paroles ; à la fin, descendant un escalier, il manque de trébucher. T'inquiète Mimi, on est avec toi !

Le spectacle s'intitule : "Les grands moments". Michel Sardou ne s'est pas embêté : il a repris ses plus grands succès, qu'il enfile à la queue leu-leu. Le déroulé est sans surprise : ouverture avec "la maladie d'amour" (qui m'a éveillé aux sens dans ma pré-adolescence !), conclusion avec son carton, "le Conémara". Sardou est-il un bon chanteur ? Un grand chanteur ? Je n'en sais rien, je pourrai presque en douter un peu. Mais je suis comme lui, je m'en fous. La certitude, l'évidence, c'est que Michel Sardou est un chanteur populaire et qu'il ne sont que deux en France à prétendre à ce titre, Johnny et lui.

Hier soir, avec tout le public, dans les premières minutes, j'ai senti l'émotion monter en moi : Sardou, là, devant nous, un mythe vivant, un monument de la culture populaire française ! Et ce qui me plaît par dessus tout chez cet homme-là, c'est qu'il ne cherche pas à plaire ! Johnny se construit un personnage, qui évolue au fil des modes. Pas Sardou, qui est le même qu'il y a trente ans ! Sa force, c'est d'être toujours là, depuis quarante-cinq ans de chansons à succès. Avant d'entrer dans le Zénith, j'observais les alentours, pensif : où sont-ils donc, les gauchistes et les féministes qui manifestaient contre Mimi dans les années 70 ? S'ils avaient sans doute à l'époque de bonnes raisons d'être présents, ils ont tort aujourd'hui d'être absents. Sardou, lui, n'a pas changé, et il est toujours là.

L'émotion que dégage cet homme si peu émotif et si peu émouvant vient uniquement de ses chansons : entendre "les Ricains" quarante-cinq ans après, ressentir la beauté et la vérité de cette chanson, voilà ce qu'a réussi Sardou, que très peu d'artistes de variétés parviennent à faire. Ses chansons ont gagné une part d'éternité, elles dépassent le chanteur, et il le sait. Et puis, il y a cette incroyable accumulation de succès énormes, à tel point qu'on se demande comme il fait, quel est son secret. Sardou touche quelque part l'âme du peuple (excusez la formule grandiloquente), je l'ai ressenti hier soir. Ses chansons lui "parlent", comme on dit aujourd'hui.

Il y a bien sûr les chansons d'amour ("La fille aux yeux clairs", mélancolique, est ma préférée dans le genre), mais aussi les chansons qui abordent les questions de société et qu'on peut à juste titre qualifier de politiques. Le génie de Michel Sardou, c'est qu'il a constamment su traiter les problèmes qui touchent les gens, à la différence de Claude François qui est resté bien souvent dans la mièvrerie. Pourtant, devenir populaire avec des thèmes politiques, ce n'est pas évident. Mais ça marche, parce que Sardou, quand il rend hommage aux soldats américains venus libérer notre pays, quand il dénonce (au nom de Lénine !) le mensonge du communisme soviétique, vise juste, fait vibrer en nous une fibre qui ne trompe pas, celle de la vérité.

Un homme de droite ? Dans ses opinions privées, oui sûrement, mais c'est son affaire et sa liberté, je ne juge pas là-dessus. Ses chansons sont-elles de droite ? Quelques-unes oui, quand il évoque le colonialisme ou la peine de mort, mais ce sont des prises de position assez distanciées, quand on a l'honnêteté de lire de près les textes, le plus souvent d'une grande qualité d'écriture (les références littéraires sont chez lui assez fréquentes). La plupart de ses chansons ne sont pas réactionnaires mais tout simplement, j'y reviens, populaires.

Prenez l'exemple du "France", qu'il affectionne tout particulièrement : rien de nationaliste, mais au plus profond de la mentalité ouvrière, la fierté blessée d'assister à la vente d'un fleuron issu de notre système de production. Au-delà du navire, c'est le symbole de l'industrie française qui est remis en question. Quand on est ouvrier, on comprend ces choses-là, et parfois on pleure, pendant que le petit-bourgeois ricane. C'est pourquoi les manifestants de la CGT ont pu défiler avec cette chanson, faisant écho à "Ma France", de Jean Ferrat.

Un regret hier soir : ni "les bals populaires", ni "j'habite en France", qui sont pourtant les deux chansons qui ont fait accéder Sardou à la popularité. En revanche, une satisfaction : "Le surveillant général", un peu oublié aujourd'hui, chanson ambigu, subtile, troublante. C'était mon premier spectacle Michel Sardou, après quarante ans d'écoute fidèle de ses chansons ; ce sera pour moi le dernier : un voeu ne se réalise qu'une seule fois. Il me reste maintenant la radio et l'internet pour retrouver Mimi. Quant à mes deux autres voeux, la reconquête de la Lune et la victoire socialiste à Saint-Quentin, je saurai attendre, j'ai la patience du Bouddha. J'ai bien attendu trente ans avant d'aller voir Sardou ...

La victoire de Florange



L'issue du conflit à ArcelorMittal est une victoire pour le gouvernement et les salariés, si l'on veut bien reconnaître honnêtement les faits . Que voulait Mittal ? Fermer le site de Florange, licencier tout le personnel et investir ailleurs. Qu'a obtenu le gouvernement ? Que le site reste ouvert, qu'aucun licenciement n'ait lieu, que 180 millions d'euros soient investis. C'est une belle victoire, car les faits sont têtus, comme disait Lénine, et les mots ont un sens.

Pourtant, qu'est-ce qui laisse croire à certains qu'il y a une défaite ? On retient le mot du responsable local de la CFDT, qui qualifie Ayrault de "traître", mais on oublie de dire que FO se déclare "satisfait". La nationalisation n'a pas été retenue ? Montebourg a été franc et honnête dès le début : pour forcer Mittal à un accord, il faut brandir cette possibilité. L'accord s'est fait, il est à l'avantage des salariés, la nationalisation ne se justifie plus !

Mais si Mittal ne tient pas ses engagements ? Non, on ne fait pas de la politique, on ne dirige pas un grand pays avec des "si". Ou alors on doute de tout et on ne fait plus rien. Surtout, l'hypothèse de la nationalisation demeure en cas d'éventuel reniement. Il n'en reste pas moins que la déception et l'inquiétude sont là. Mais dues à quoi ?

Il y a, je crois, ce mot de "nationalisation", prononcé par le ministre, qui a eu un effet magique, comme s'il pouvait immédiatement tout régler : non, et même si nationalisation il y avait eu, elle aurait été temporaire. Jamais le gouvernement n'a eu à l'esprit d'administrer le site de Florange et d'en garantir de cette façon l'emploi et la pérennité ! Montebourg aurait-il dû s'abstenir d'utiliser le mot, pour ne pas susciter de faux espoirs ? Mais non, puisque son évocation était un élément fondamental et boostant dans la négociation !

Autrefois, quand ce type de négo se passait à huit clos, rien ne filtrait, on ne connaissait que le résultat final. Aujourd'hui, tout est médiatisé, sous l'oeil de la caméra, d'heure en heure : un mot et c'est l'emballement médiatique, hors contexte et en dehors de toute raison. Après le tourbillon des mots et des images, il reste l'amertume, sur fond de malentendu.

Il y a aussi un problème de fond : la gauche française, politique et syndicale, est encore mal à l'aise avec la notion social-démocrate de "compromis". Dans une logique de "lutte de classes", elle raisonne en gagnant et perdant, en vainqueur et vaincu, elle conçoit difficilement que les deux parties en conflit puissent trouver un terrain d'entente. C'est la révolution culturelle que François Hollande a lancé et que le parti socialiste doit relayer sur le terrain, avec force pédagogie, en saluant et expliquant aujourd'hui la victoire de Florange.