mardi 11 décembre 2012

Tchatche, com et coups



Hier soir, réunion d'une des séances les plus importantes du Conseil municipal à Saint-Quentin : le vote du budget. Xavier Bertrand, une écharpe bleue autour du cou qui ne le quittera pas de la soirée, fait face à son opposition, sur le pont mais pas au grand complet, la moitié seulement : Aurigny (qui interviendra le plus souvent), Zanditenas, Tournay et Lançon (seul socialiste présent et chef de file en queue de peloton, qui n'interviendra pas sur la question de fond du budget).

Faire de la politique, c'est imposer un style, une rhétorique. Celle du maire est tout en douceur, enrobante, longue dans ses interventions, truffée d'anecdotes concrètes, mêlant le national et le local, très à l'aise, souvent amusée, n'hésitant pas à questionner son opposition, dans un curieux renversement des rôles auquel la dite opposition se laisse prendre. La rhétorique du chef de file de l'opposition est plus courte, souvent goguenarde, très réactive, avec des sautes de voix qui frisent le hurlement et l'étranglement de gorge, déclenchant les rires ou les réprobations dans toute l'assemblée. Un style ne se discute pas, chacun a le sien, qui ne prête pas à un jugement politique ; l'appréciation qu'on peut porter est seulement affaire de goût personnel.

Après que la majorité ait présenté et défendu son budget, c'est Michel Aurigny, du Parti ouvrier indépendant, qui est intervenu le premier, au nom de l'opposition, pour rejeter "un budget de stagnation, voire de régression". A son habitude, il s'est lancé dans une étude analytique des lignes budgétaires, une description comptable serrée qui impressionne toujours par sa complexité administrative mais dont on a du mal à tirer une lecture politique, sauf dans sa chute. Anne Zanditenas, de Lutte ouvrière, a suivi, dans un style qui passe mieux en termes de communication, mais son intervention était plutôt une déclaration de politique générale, dans laquelle elle a d'ailleurs, à propos des augmentations tarifaires en cours, renvoyé dos-à-dos gouvernements de gauche et de droite.

C'est Olivier Tournay, du Parti communiste français, qui a conclu les prises de parole de l'opposition sur le budget municipal. Incontestablement, de tous les opposants, c'est le meilleur communicant : clair, précis, convaincant, à tel point que lorsqu'il parle, Xavier Bertrand l'écoute, renonçant à consulter pour un moment son téléphone mobile, et il prend soin de lui répondre point par point. A l'égard des autres opposants, sa réaction est généralement de dédain et d'ironie. Seul reproche que je ferais à Olivier : le mélange des genres. Hier, il a commenté en même temps la brochure "Le budget à la loupe" et le questionnaire envoyé aux Saint-Quentinois. Je sais bien que tout est dans tout et réciproquement, mais tout de même ... Tournay a souligné que si les impôts locaux n'augmentaient pas, en revanche la fiscalité intercommunale (l'agglo) était en hausse.

La majorité, pas en reste, a donné droit de suite, d'abord par une intervention de Pierre André, en réponse à Olivier Tournay, pour défendre la communauté d'agglomération dont il est le président. Son argumentation est que l'effort fiscal demandé a reposé essentiellement sur les entreprises, et que la fiscalité additionnelle, qui touche l'ensemble des contribuables, n'a connu qu'une faible hausse. En revanche, il a dénoncé une fois de plus la politique fiscale du Conseil général de l'Aisne, "tour de prestidigitation", "frisant la malhonnêteté", empêchant les entreprises de s'implanter et l'emploi de se développer à cause de la hausse de la taxe foncière. Je bous sur mon siège de n'entendre aucun élu d'opposition prendre la parole pour défendre la politique du Conseil général !

Ensuite, c'est Freddy Grzeziczak qui a commencé par se fendre d'une sorte d'oxymore en affirmant, dans son soutien à la politique sociale de la Municipalité, "ne pas tomber dans l'assistanat mais jouer la carte de la solidarité" (sic). Il a justifié son ralliement à Pierre André et Xavier Bertrand par un lyrique "Mon parti à moi, c'est Saint-Quentin", que même le maire, membre et leader d'un parti politique, s'est senti un peu plus tard obligé de nuancer. Surtout, Freddy s'en est pris, sans le nommer, à Jean-Pierre Lançon, qualifié de "Monsieur 22 voix", dans une réponse du berger à la bergère, puisque le même Lançon l'avait, lors du Conseil municipal précédent, égratigné. C'est ce que Xavier Bertrand a appelé, dans un langage moins bucolique et plus sportif, "une partie de ping-pong".

Sur la vidéo-surveillance, thème récurrent des séances du Conseil municipal, le maire a justifié de nouvelles implantations de caméras par la demande des habitants et la multiplication des incidents. Si je suis favorable à ce dispositif de sécurisation, il me semble problématique de vouloir l'étendre et le généraliser. Dans une ville comme Saint-Quentin, 70 à 80 caméras de surveillance, disséminés sur les points sensibles et les passages importants de public, oui, mais pas au-delà, et encore moins pour satisfaire des exigences individuelles, aussi compréhensibles soient-elles. Car jusqu'où va-t-on aller dans cette direction-là ? Vers une surenchère qui n'aura plus guère de sens.

Michel Aurigny s'est interrogé légitimement sur les subventions accordées à SQBB et à l'association Loisirs et traditions pour le Village des métiers d'antan. Les clubs sportifs reçoivent énormément d'argent, il est normal que les élus soient scrupuleux à leur demander des comptes précis. Mais notre camarade lambertiste est fâché avec la com : car dire tout de go qu'on n'aime pas le basket, qu'on n'y va pas, c'est admirable de sincérité mais pas politiquement très malin (et je n'y suis pour rien si la politique exige moins d'être sincère que d'être malin !). En revanche, sur Loisirs et traditions, c'est la réponse du maire qui ne m'a pas convaincu : en appeler à la confiance envers l'association, constater que l'argent est bien utilisé quand on voit le résultat qu'est le Village des métiers d'antan, c'est très bien, mais ça ne doit pas priver un élu d'opposition de juger sur pièces en recevant un récapitulatif financier.

Un moment assez surprenant de la séance a fait descendre le maire de sa présidence pour rejoindre les rangs de l'opposition, du moins mentalement : c'est lorsqu'il a été question des problèmes de chauffage et d'ascenseurs dans les HLM du quartier de Neuville, où Xavier Bertrand a eu des mots très durs pour dénoncer la situation faite aux locataires, inconfortable c'est le moins qu'on puisse dire.

Après le logement, c'est la santé qui a été au coeur des débats (comme quoi un Conseil municipal est une réunion passionnante, politiquement importante, à laquelle j'invite à assister) : Xavier Bertrand a annoncé qu'une Maison de la santé, ouverte à tous les professionnels, verrait le jour dans le Faubourg d'Isle, puis dans chaque quartier de la ville. Il a rappelé que la santé n'était pas une compétence municipale mais que l'évolution en cours allait amener de plus en plus les villes à entrer en concurrence dans ce secteur, qu'il fallait donc anticiper le mouvement. Ce faisant, l'ancien ministre de la Santé applique aujourd'hui ce qu'il a conçu hier, dans sa responsabilité gouvernementale. Il s'est même permis de souligner les limites de la zone franche, qui conduit certains médecins à abuser de cette opportunité fiscale.

C'est Olivier Tournay qui a répondu, à nouveau dans une bonne intervention qui n'a d'ailleurs pas provoqué l'ire de Xavier Bertrand, pourtant généralement peu tendre avec ses opposants : il a pointé la baisse du nombre de généralistes sur la ville depuis dix ans, les "zones blanches" dans des quartiers entiers, l'obligation des patients à se déplacer parfois à travers toute la ville, la fermeture du cabinet médical du quartier Europe, la fuite de 24 médecins en zone franche, la concentration de la profession sur le boulevard Richelieu, le pis aller que sont les Maisons de santé.

Le point consacré à l'édition d'un journal municipal a donné l'occasion à Jean-Pierre Lançon de critiquer la communication de la Ville, "dont regorgent nos boîtes aux lettres", se demandant si cette nouvelle publication était opportune. Mais il a élargi son propos en attaquant l'omniprésence du maire sur le terrain, surnommé "Monsieur Présent Partout", allant jusqu'à faire une allusion à moi, accusé du même travers (un comble ! comme si c'était un défaut, quand on a des activités publiques, d'être présent un peu partout !). Puis, c'est L'Aisne Nouvelle qui a été la cible du tonton-flingueur, le journal étant présenté comme l'auxiliaire de la Municipalité (il visait l'article récent sur les parachutés socialistes de Saint-Quentin, qui n'a pourtant rien d'outrageant). Au passage, Maurice Vatin, ancien conseiller régional socialiste, en a pris pour son grade. Si on laissait parler Jean-Pierre, je crois que tout le monde serait fusillé par son verbe, à l'exception de ses très proches. Se rend-t-il compte qu'il est en train de se détruire lui-même ? Il faudra bien qu'un jour quelqu'un le lui dise ...

Dans ce Conseil municipal plutôt bon enfant, la fin a été très violente, me mettant mal à l'aise. Personne il me semble n'a vu venir l'incident, provoqué indirectement par une question de Michel Aurigny qui au contraire avait provoqué les rires, une demande de précision sur la quantité de bouteilles de champagne pour je ne sais plus quelle occasion. En quelques secondes, la bonne humeur s'est transformée en altercation brutale. Xavier Bertrand a haussé le ton, tapé du poing sur la table et adressé à l'encontre de Jean-Pierre Lançon de graves accusations, l'associant à la précédente majorité municipale, dont certains membres (dont il a exclu le maire communiste Daniel Le Meur) auraient bénéficié indûment de voitures de fonction, couverts dans les restaurants, notes de frais scandaleuses ... (je cite). Le chef de file de l'opposition n'a pas récusé sur le fond ces accusations mais a démenti y être mêlé. L'assemblée au contraire a approuvé bruyamment. Ces "révélations" ne sont pas nouvelles, déjà Pierre André les évoquait, mais tout ça à chaque fois crée en moi un malaise, tant je ne sais trop quoi en penser. Bertrand qui tchatche, qui communique, qui cogne, n'est-ce pas ça aussi la politique ?

Je veux tout de même terminer sur un sourire, ou plutôt deux sourires, deux phrases sans doute cultes qui resteront de cette séance du 10 décembre 2012. D'abord, de Xavier Bertrand, sur un point que j'ai oublié, cette formule poétique, lui qui pourtant n'a rien d'un poète : "Les arbres ne montent jamais au ciel". C'est joli. Surtout, la réplique, dont on se souviendra longtemps, de Marie-Laurence Maître en direction de l'ancien assureur Xavier Bertrand, celui-ci rappelant qu'il n'exerçait plus ce métier depuis plusieurs années : "Vous avez de beaux restes". C'est superbe, comme Gabin disant à Arletty dans "Quai des brumes" : "T'as d'beaux yeux, tu sais !" La politique, ce n'est pas finalement que tchatche, com et coups, ça peut aussi être rigolo et émouvant.

17 commentaires:

Anonyme a dit…

cher Emmanuel mousset j ai assister moi même au cirque et au mensonge de notre cher maire lors du conseil municipale concernant certaines embauche de certains salaries il faut dénoncer certaine pratique en effet si vous ète un proche vous avez de grande chance d être stagiairisè tout cela avec l aval de certains syndicat tout cela est scandaleux.

Emmanuel Mousset a dit…

A ce propos, Antonio, où en sont vos rapports avec vos anciens amis de l'opposition qui sont redevenus vos nouveaux amis ?

Anonyme a dit…

sauf erreur de ma part antonio ribeiro n étais pas hier soir au conseil municipal emmanuel par consequent ne lui atribuè pas ce commentaire qui n est pas le sien. amitiè socialiste

Emmanuel Mousset a dit…

Merci Antonio pour cette précision que je savais. Mais vous n'êtes pas socialiste et vous avez confortablement regardé chez vous la séance du Conseil municipal sur le site internet de la Ville.

Anonyme a dit…

quai des brumes c'est Michèle Morgan pas arletty!!!!

Anonyme a dit…

MONSIEUR JE VOUS INVITE A LIRE LE DÉCRET N O 2012 1293 DU 22 NOVEMBRE 2012 RELATIVE A L ACCÈS A L EMPLOI TITULAIRE DES AGENTS CONTRACTUELS DANS LA FONCTION PUBLIQUE .CE DÉCRET A ÉTÉ SIGNE PAR LE GOUVERNEMENT DE GAUCHE JUSTEMENT POUR EVITER TOUTES CES PRATIQUES SCANDALEUSE. PAR AILLEURS UN AGENT NON TITULAIRE QUI A TRAVAILLE 4 ANS A TEMPS COMPLET LA FONCTION PUBLIQUE A LE DEVOIR DE LUI PROPOSER UN C D I.PAR CONSÉQUENT J APPROUVE COMPLÈTEMENT LE COMMENTAIRE DE L ANONYME DU 11 DÉCEMBRE A 21H10.FABIEN JURISTE

Anonyme a dit…

ben oui Arletty c'est avec Louis Jouvet dans Hotel du Nord ( atmosphère,atmosphère est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère?)la réplique est excellente,hélas la voix d'Arletty beaucoup moins;pour l'anecdote:alors qu'on lui reprochait d'avoir eu dees "relations complaisantes " avec l'occupant allemand pendant le 2e guerre mondiale,elle eut ce mot "culotté(c'est le moisn qu'on puisse dire): si mon cul est international ,mon coeur est toujours resté français..fallait le faire non?

Anonyme a dit…

il faut bien constater que l'Etat français est le plus gros principal employeur ayant recours à des CDD; on expère,la gauche étant au manettes, que tout ça va se régulariser( on ^peut toujours rêver..et je suis de gauche)

Anonyme a dit…

Comment peut-on poster des messages avec autant de fautes d'orthographe - au lieu de donner des leçons, messieurs les anonymes, prenez des cours de français comme les enfants où bien même retournez à l'école, cela vous fera le plus grand bien - lorsque certains blogueurs se permettent de dire autant d’âneries, j'aurais honte à leur place - je sais tout, j'ai tout vu et je fais 20 fautes dans une phrase - c'est vraiment désagréable à lire - vous Monsieur MOUSSET, professeur de philosophie - comment pouvez-vous acceptez cela - enfin, il faut de tout pour faire un monde

Emmanuel Mousset a dit…

L'indulgence me perdra, c'est sûr.

ancien instit' a dit…

ne pas confondre fautes d'orthographe et fautes de frappe et puis..on écrit " comment pouvez-vous accepter ( er) et non acceptez (ez)...c'est l'arroseur arrosé ou il faut savoir tourner sept fois sa plume dans l'encrier avant de réagir

ancien instit' a dit…

post-scriptum: j'ai oublié dans le billet du donneur de leçon d'orthographe " où bien même.." non Monsieur le censeur: on écrit ou ( sans accent)..et re-belote

Anonyme a dit…

à l'ancien instit à dit : vous avez entièrement raison- j'ai fait 2 faute d'orthographe mais en faire 2 et en faire 10 dans une phrase, quand même! manque d'attention évidemment - et je ne vous parle pas du "langage petit nègre"que l'on a l'habitude de lire sur un certain blog - apparemment vous êtes également un donneur de leçons- restez dans votre école parce qu’il y a beaucoup à dire sur les instits - à part être en grèves,absents, et j'en passe, soyez sérieux

Antonio Ribeiro a dit…

Cher Monsieur Mousset

vous n'êtes pas sans savoir que je n'étais pas présent au dernier conseil municipal, j'avais à cet effet demandé à M. Lançon si je pouvais lui attribuer le pouvoir à la fin de représenter. malheureusement celui-ci n'a pas jugé utile de me répondre libre à lui? cela répond à votre question sur les rapports de mes anciens amis redevenus mes nouveaux amis. certes je ne suis pas socialiste mais notre formation politique est bel et bien de gauche nous vous rappelons Notre participation est notre implication à l'élection de François Hollande, j'ai lequel nous avons rencontré avant son élection ainsi que M. Cambadélis et bien d'autres, c'est pourquoi je vous saurais gré de nouveaux de ne pas me prêter des propos qui ne sont pas les miens, si j'ai des positions à prendre et des choses à vous dire j'estime être assez grand pour le faire sans écrire sous anonyme . je vous rappelle qu'il y a quelques semaines je vous avais fait part du fait de ne pas être d'accord que votre candidature ne soit pas retenue à l'élection interne de la section locale du PS car j'ai trouvé cela antidémocratique, bien sûr cela malgré les différents ou du moins certains différends qui nous séparent mais si je peux me permettre je viens de lire votre article concernant Stephane monnoyer et je dois me rendre à l'évidence que vous êtes hostiles à toutes les personnes voulant accompagner le futur pensez-vous être capable d'aller seule aux élections municipales sans les autres partis politiques et sans les appuis qui peuvent être les nôtres je pose la question??

Et comme vous voyez je signe mon article

Antonio Ribeiro

Emmanuel Mousset a dit…

Votre parti ne représente rien, ni à St-Quentin, ni ailleurs. Je n'en veux donc pas.

Antonio Ribeiro a dit…

Cher Monsieur

Je ne sais pas si notre parti ne représente rien je vous laisse livre de vos opinions,mais une chose est sûre c'est que notre parti représente beaucoup plus que 50 adhérents sur la places de Saint Saint-Quentin je trouve vos remarques totalement dépourvues de bon sens lorsqu'on connaît le nombre d'adhérents du PS local vous vous posez systématiquement en donneur de leçons c'est pourquoi je vais me positionner officiellement en ce qui vous concerne le parti politique que je représente et jamais tant que je serai secrétaire régional ne vous suivra (donc effectivement la GMR ne veut pas de vous) car à mes yeux ne représentait que vous-même

Emmanuel Mousset a dit…

Bon débarras !