mercredi 24 mai 2017

Une bulle anti-médiatique ?



Vous vous souvenez ? "Macron, c'est une bulle médiatique, elle va exploser". C'était il y a un siècle ! Aujourd'hui, les adversaires du nouveau président ont de nouveaux griefs, qui ne feront pas long feu, eux aussi. Sur la fameuse bulle, il faut même se demander si elle n'est pas devenue son contraire : anti-médiatique ?

Reprenons : Macron a trompé son monde en s'affichant plusieurs fois à la une de Paris Match. La presse people a fait ses choux gras de sa personnalité et de son couple. L'intéressé n'y était pas d'ailleurs pour grand chose : notre société est ainsi faite qu'elle veut du spectacle et des images. Je prédis qu'Emmanuel Macron sera le moins médiatique de tous nos présidents de la République, parce qu'il a commencé, parce qu'il l'a conceptualisé (manie de philosophe).

Désormais, comme autrefois, le chef de l'Etat choisira les journalistes qui l'accompagneront dans ses déplacements. Ce ne sera plus open bar. La profession a renâclé, prise dans les habitudes. Mais quand elles sont mauvaises, il faut en changer. Les médias, contrairement au préjugé, ne constituent pas un quatrième pouvoir (il n'y en a que trois dans notre République) : en revanche, ils forment un indispensable contre-pouvoir, et c'est déjà très bien comme ça.

Il y a quelques jours, le Premier ministre a commis un petit sacrilège médiatique, une sorte de blasphème : visitant un foyer pour personnes handicapées, il a refusé de répondre à une question de BFMTV sur la réforme du code du travail. Incroyable : la liberté de poser des questions va maintenant de concert avec la liberté de ne pas y répondre. Eh oui, c'est que la liberté ne se divise pas !

Depuis dix ans, l'activité politique s'était corrompue et rabaissée dans ses pratiques médiatiques, qui lui étaient souvent imposées, mais auxquelles elle concédait. Sarkozy souffrait d'une incontinence médiatique sévère, une boulimie à la radio et à la caméra. Son bling bling s'étalait jusque dans le domaine de la communication. Il éprouvait une fascination-répulsion pour les journalistes, qui le lui rendaient bien.

Avec Hollande, nous avons changé de ton, nous sommes entrés dans la normalisation, sans rompre avec le même appétit médiatique, allant jusqu'à la familiarité, effaçant la frontière convenue entre la parole publique et le off. Hollande en est mort d'indigestion, à cause d'un volumineux pavé au titre suggestif ("Un président ne devrait pas dire ça ..."), qui a précipité sa chute. Macron a assisté de près à cet univers de la confidence et de la fausse connivence. Il ne refera pas.

La politique n'est pas seule en cause, ni les médias traditionnels : les réseaux sociaux et les chaînes d'information continue ont tout chamboulé, dans un mauvais sens. Emmanuel Macron veut rétablir la dignité présidentielle, préserver et contrôler son image, raréfier et valoriser sa parole, maîtriser son temps, ne pas se soumettre à l'impératif de l'urgence, ne pas céder au commentaire qui n'est souvent qu'un commérage. C'est nouveau et c'est très bien.

mardi 23 mai 2017

Le retour de Balligand



Le socialiste Jean-Pierre Balligand, député, maire et président du conseil général de l'Aisne, a quitté la vie politique il y a quelques années. Il a su de pas s'accrocher, partir au bon moment, passer le relais à d'autres. C'est suffisamment rare pour ne pas être salué. En même temps, il a laissé derrière lui un vide. Balligand est un analyste de la vie politique qui nous manque. Il a l'intelligence des situations, sans laquelle on ne peut pas bâtir une action militante. Le voilà de retour, hier, dans L'Aisne Nouvelle, pour un bref entretien, plein de pertinence.

Balligand commente d'abord l'échec historique du Parti socialiste : "Sa première erreur a été de ne pas reconstruire un corps doctrinal. Le Parti a fait comme si rien ne s'était passé". Oui, c'est bien là le drame : quand on ne change pas, c'est la vie qui nous change, à notre détriment. C'est ce qui arrive hélas au PS, qui aura bien du mal à se remettre de sa défaite. L'échec n'est pas gravissime en politique, mais l'aveuglement condamne. Je ne crois pas que les socialistes avaient les moyens intellectuels ni l'audace morale de se transformer.

Pourtant, Balligand trace un avenir au PS : "Il devra être l'aiguillon de la majorité présidentielle". C'est ce que j'espère aussi, mais je crains le repli : quand la bête est blessée, elle ne cherche pas à comprendre, elle se défend et retourne dans son trou. Déjà, on voit bien que le Parti socialiste est dans l'opposition à Macron, ne lui laisse aucune chance de réussite. C'est une erreur. Mais comment faire autrement quand un appareil politique joue sa survie ?

Sur Macron, Balligand porte ce jugement sûr, que trop peu d'observateurs ont : "Avant d'être énarque, n'oublions pas que Macron est philosophe. Chez lui, la question du sens est fondamentale. Il sait où il va". En effet, je crois de plus en plus qu'un individu, en politique, se juge non à ses intentions mais à sa formation, qui explique beaucoup de chose. Une formation, c'est comme une éducation : elle structure un esprit. C'est la clé pour le comprendre.

Jean-Pierre Balligand termine par une intuition que j'ai eue, dès le soir de la victoire de Macron, mais que je n'ai jamais osé livrer, de peur de paraître présomptueux : "Il est plus de Gaulle que Mitterrand. Il est dans l'autorité. Je le vois à l'Elysée pour dix ans". Exactement ! Parce que les réformes de structures dont notre pays a besoin nécessitent cette durée. Parce que je sens que Macron est de la race des Obama et Merkel : son énergie le portera loin, jusqu'à un deuxième mandat. C'est en tout cas ce que je lui souhaite. Et à Jean-Pierre Balligand de nous revenir avec ses salutaires analyses.

lundi 22 mai 2017

Révolution au Parlement



La demande d'une moralisation de la vie publique est forte dans l'opinion. Emmanuel Macron l'a portée durant sa campagne. Ce sera l'une de ses premières lois, dès avant les élections législatives. L'initiative est heureuse. Il se trouve qu'un parlementaire de l'Aisne, au travail exemplaire, de longue durée, en est largement l'inspirateur : René Dosière, qui a remis aujourd'hui ses propositions. Elles sont salutaires. J'en retiens quelques-unes, parmi les plus marquantes :

Renforcer le financement des partis politiques, notamment ces micro-partis, qui sont en réalité des comités électoraux, et qui ont fleuri ces dernières années, sans être suffisamment soumis à contrôle. Limiter le cumul des indemnités d'élus, sans doute plus important et plus efficace que la limitation des mandats. Interdire à tout ministre un mandat électif, quel qu'il soit, pour le consacrer entièrement à sa tâche gouvernementale. Supprimer la fameuse réserve parlementaire, qui nourrit fâcheusement le clientélisme. Interdire les emplois familiaux, y compris (surtout) dans les collectivités territoriales. En finir avec la présence à vie des anciens présidents de la République au sein du Conseil constitutionnel, et réduire la rémunération qui va avec, et qui ne se justifie guère, du moins dans son montant actuel, élevé.

Toutes ces mesures ne seront sans doute pas retenues, mais toutes sont soumises au débat. Je crois que ce sera l'occasion pour le président Macron de susciter ces majorités d'idées dont il veut faire la démonstration de la possibilité durant son quinquennat. La preuve de son "et droite et gauche" peut être faite sur ce genre de sujet. J'irais plus loin, personnellement : un parlementaire de la République, quelle que soit sa sensibilité politique, devrait pouvoir prendre position sans être contraint par une quelconque discipline de groupe, désormais fictive (on l'a vu chez les socialistes avec les frondeurs).

Chaque député devrait se déterminer en son âme et conscience, en seule fonction de ce qu'il pense être l'intérêt général. Ce serait alors redonner à la fonction parlementaire son sens premier, républicain, et non pas partisan. Il n'empêche que les grands courants d'idées, auxquels chacun se sent attaché, demeureront. Mais les votes ne dépendront plus, ou beaucoup moins, des considérations tactiques. C'est bien sûr aller loin dans la révolution des mœurs parlementaires. Mais n'est-ce pas Emmanuel Macron qui s'est présenté comme un "révolutionnaire" ?

dimanche 21 mai 2017

Donner à Macron une majorité



Les Républicains ont lancé hier à Paris leur campagne pour les législatives, avec François Baroin en nouveau chef de file. Les attaques contre Emmanuel Macron ont été frontales, sans nuance. C'est un choix stratégique, bien connu : celui de la radicalité, de l'opposition sans concession. A droite, à gauche ou ailleurs, localement ou nationalement, j'ai toujours été contre ce positionnement. Oui, chacun est attaché à ses idées et cherche à les faire triompher : c'est normal, c'est la démocratie. Mais en quoi cela impose-t-il une critique et un rejet systématiques de ce que proposent les autres, le camp adversaire ? Il me semble que les Français ne veulent plus de ces jeux de rôle, et que la victoire de Macron s'explique en grande partie par cette évolution de l'électorat.

Heureusement, toute la droite ne verse pas dans cette facilité. 170 personnalités LR et UDI ont appelé à ne pas pratiquer une opposition pure et dure, à savoir soutenir le gouvernement quand les réformes leur sembleront bonnes. Je n'aime pas trop le terme de "bon sens", qui recouvre un peu n'importe quoi, mais là il s'impose. Pour ma part, dans les cinq ans qui viennent, je défendrai sur ce blog la politique menée par Emmanuel Macron ... sauf quand elle ne me conviendra pas. Commençons aujourd'hui :

François Baroin dénonce les "girouettes", le "mercato", le "cynisme" que serait le nouveau gouvernement. Non, il y a un projet, validé par une majorité de Français par leur vote, auquel ont décidé de participer des élus de droite. On peut être en désaccord avec leur choix, mais c'est du sectarisme que de les condamner en de tels termes. Baroin affirme qu'En Marche ! c'est en réalité A Gauche ! Oui, des hommes et des femmes de gauche y contribuent. Mais la légende d'un faux nez de François Hollande ne trompe personne. Voyez la réaction du Parti socialiste, qui immédiatement s'oppose au nouveau gouvernement.

Entrant dans le projet de Macron, Baroin lui reproche l'augmentation de la CSG, oubliant de mentionner que les plus démunis en seront exemptés. Oubliant aussi que l'effort de solidarité est nécessaire, que le financement des réformes ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. Oubliant surtout les mesures sociales, et pas seulement fiscales, du nouveau gouvernement, notamment la suppression de l'impôt le plus injuste qui soit : la taxe d'habitation. Valérie Pécresse réclame, pour ces législatives, "un troisième tour de la présidentielle". Non, quand on respecte les institutions, on distingue les deux scrutins : le président de la République a été élu sur un projet, dont l'application sera respectée. Les Français lui donneront, en juin, la majorité de leur choix, et le président, dans le respect des résultats, avisera. Mais il serait logique qu'une majorité La République En Marche soit désignée, majorité absolue ou relative. Je n'en doute pas.

samedi 20 mai 2017

L'épreuve du pouvoir



Pour un mouvement politique, accéder au pouvoir est un bonheur en même temps qu'une épreuve. On a gagné, mais les difficultés commencent, c'est bien connu. En Marche ! non plus n'échappera pas à cette épreuve paradoxale. Je vois quatre épreuves immédiates :

1- L'épreuve de la déception. Des milliers d'entre nous se sont portés candidats, quelques centaines ont été retenus pour participer aux législatives. La plupart des circonscriptions sont couvertes, sauf une cinquantaine, pour les raisons que j'ai évoquées hier. Dans les deux cas, les déceptions sont inévitables. Et plus que cela : naturelles, logiques, légitimes. Mais elles ne doivent pas se transformer en ressentiment ou en contestation. Sinon, plus rien ne tient.

2- L'épreuve de la division. C'est une plaie d'Egypte en politique. J'en ai personnellement soupé, je ne veux pas y revenir. Des affrontements avec l'adversaire, tant qu'on voudra ! Mais entre soi, jamais plus ! Or, rien n'est plus facile que de se diviser, puisqu'un désaccord peut rapidement devenir une opposition. On se combat, puis on se quitte. Le pire : on se combat, mais on reste. C'est sans doute la plus redoutable épreuve : la cohésion interne. Nous verrons bien.

3- L'épreuve de la responsabilité. Soutien du gouvernement, la République En Marche devra le défendre, quand il sera attaqué, et il l'est déjà. Chaque animateur, chaque membre du mouvement en est en quelque sorte, désormais, le porte-parole. Nos propos cessent d'être personnels ; ils doivent refléter et représenter quelque chose de supérieur à nous. Nous entrons dans la vie publique. Ce ne serait pas macronien de s'y comporte en dilettante, en amateur. Ce sera une épreuve difficile pour un mouvement très libre, marqué par l'individualisme.

4- L'épreuve de la durée. Nous ne pouvons pas réagir dans l'instant, pas plus que nous pouvons raisonner de façon purement locale. Dans la circonscription de Saint-Quentin, nous n'avons pas de candidat. C'est donc une situation plus difficile qu'ailleurs. Mais la vie politique ne s'arrête pas en juin. Il y a la suite, les autres scrutins. Il nous faut localement gagner, un jour ou l'autre, accéder à des responsabilités. Sinon, c'est la marginalisation, l'inutilité, la mort. Les idées justes, les personnes compétentes, les équipes soudées finissent toujours par l'emporter dans la durée, par rencontrer l'assentiment des électeurs, qui ne s'y trompent pas.

Puisse la République En Marche, notamment à Saint-Quentin, surmonter ces quatre épreuves. Il n'y a pas de raisons que non, mais il y a des risques.

vendredi 19 mai 2017

La recomposition passe par St-Quentin



La République En Marche ne présentera pas de candidat dans la circonscription de Saint-Quentin aux élections législatives. Le cas n'est pas isolé : 55 circonscriptions sont dans ce cas. C'est inhabituel : un parti politique, surtout lorsqu'il est en tête, présente partout des candidats. Avec le président Macron, rien n'est plus comme avant. Pourquoi ?

L'objectif, annoncé pendant sa campagne, est de former une majorité qui dépasse le clivage gauche/droite. Les candidats estampillés En Marche ! correspondent à ce choix. Mais dans une minorité de circonscriptions, le mouvement a décidé de soutenir ou de laisser leur chance à des élus dont le parcours, les prises de position peuvent les amener à participer, d'une façon ou d'une autre, à la nouvelle majorité. C'est le cas à Saint-Quentin. Pourtant, le collectif local d'En Marche ! avait plusieurs candidats de qualité, qui étaient en capacité de faire campagne et peut-être de l'emporter. Mais l'objectif national prévaut.

Xavier Bertrand, à la suite du premier tour des élections présidentielles, a clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron. Il a même reproché à ses amis politiques de ne pas en faire assez dans ce sens. En vue des élections législatives, s'il souhaite une majorité de cohabitation Les Républicains et rejette les ralliements individuels au nouveau gouvernement, il n'exclut cependant pas la possibilité d'une majorité LR-REM et la constitution d'un gouvernement d'union nationale (voir un récent entretien au Figaro). De plus, au sein de la droite, Xavier Bertrand a toujours défendu une composante sociale et populaire, distincte de la droite conservatrice. Ce sont des signes et des faits à ne pas négliger, quand on est à la recherche d'une majorité ouverte et plurielle.

Tous ces éléments, à quoi il faut ajouter une condamnation sans équivoque du Front national, ont conduit Emmanuel Macron à proposer à Xavier Bertrand d'entrer au gouvernement. De même, le comité national d'investitures d'En Marche ! a proposé à Julien Dive, député LR sortant, de se présenter sous la bannière de la République en Marche. L'un et l'autre ont refusé, préférant garder leur identité. C'est leur droit, c'est leur choix, compréhensible et respectable. Mais c'est le devoir de la République en Marche de pousser jusqu'au bout la logique de recomposition qu'elle a initiée avec le président Macron et qui se poursuivra après les élections législatives. Alors, il faudra s'ouvrir à toutes les bonnes volontés, y compris à celles et ceux qui n'auront pas fait le choix immédiat de cette recomposition.

Dans la circonscription de Saint-Quentin, Julien Dive ne peut pas gagner sans les voix qui se sont portées, dès le premier tour de la présidentielle, sur Emmanuel Macron. Une grande part de cet électorat vient de la gauche. Le député sortant devra donc faire les signes et les gestes nécessaires pour que cet électorat, qui souhaite la recomposition, se mobilise en sa faveur. Il ne s'agit pas de lui demander de renoncer à ce qu'il est, un homme de droite, pas plus que je renoncerai à ce que je suis, un homme de gauche, en votant pour lui dès le 1er tour de la législative, mais de prendre la mesure de ce qui est en train de se passer en France : le désir d'affronter et de régler les lourds problèmes de notre temps, en dépassant les clivages anciens, qui gardent leur légitimité, mais qui ne peuvent plus être à eux seuls l'alpha et l'oméga de notre vie politique.

jeudi 18 mai 2017

Tout a changé



Si on m'avait dit un jour que je soutiendrai Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ... Depuis hier, avec leur entrée dans le gouvernement Macron, c'est fait. Et c'est très bien ainsi. Emmanuel Macron l'avait dit, c'est ce qui a permis son élection : je ferai travailler ensemble des gens de gauche et de droite. Promesse tenue ! Les Français l'attendaient, il l'a réalisé. Je suis satisfait. Le Maire et Darmanin eux non plus n'auraient jamais imaginé se retrouver avec Le Drian et Collomb, des socialistes historiques (le maire de Lyon appartenait au petit groupe autour de Mitterrand, dans les années 60, avant même que le PS existe !).

Il y a la droite, il y a la gauche, et puis tous les autres : les centristes et l'écologiste, Hulot, qui jusqu'à présent ne voulait appartenir à aucun gouvernement. S'il y a UN écologiste en France, c'est lui : connu, compétent, sympathique. Comme Macron, comme beaucoup d'autres en politique, les jeux d'appareil, il en a beaucoup souffert. Le voilà récompensé : une belle opportunité lui est maintenant donné d'appliquer ses idées, dont on sait l'importance à notre époque. Les médias parlent de "prise de guerre" : quelle drôle d'expression ! Où est la guerre et qui prend quoi ? Formule absurde, inepte, désobligeante.

Mais l'essentiel de ce premier gouvernement Macron est encore ailleurs, pour moi : c'est la place accordée à la "société civile", terme un peu ridicule (où sont les militaires ?). Non, ce que fait Macron, qu'il avait là aussi annoncé durant sa campagne, c'est de former, comme auraient dit Platon ou les républicains libéraux du XIXème siècle, le gouvernement des meilleurs. Non pas qu'auparavant, nous ayons eu les pires, mais la compétence était un critère secondaire : il fallait alors que les ministres soient d'abord représentatifs, d'une région ou d'une sensibilité politique, et si possible des élus. Je suis heureux que cette page soit tournée. Car il ne faut pas confondre le gouvernement, dont la fonction est exécutive, qui doit donc privilégier l'efficacité, et le Parlement, dont la fonction est, là, représentative. Il n'y a aucun problème à ce qu'un ministre ne soit ni élu ni membre d'un parti. Dans ce genre complètement nouveau, la composition du gouvernement est parfaite.

Dans cette logique, ce qui compte, ce ne sont pas les origines ou les appartenances, mais les actions et les résultats. Les bonnes intentions, nous avons donné. Les convictions, elles sont fréquemment dévoyées au contact des réalités. En politique, il n'y a finalement que les décisions et les actes qui importent. Pas ce qu'on est, mais ce qu'on fait. C'est une révolution dans les mentalités. Tout a changé, et c'est tant mieux.


En vignette : hier soir, atelier d'En Marche ! Saint-Quentin sur la moralisation de la vie publique.

mardi 16 mai 2017

Elargissement, ouverture et recomposition



La nomination, demain, d'un gouvernement dans lequel figureront des hommes de gauche, de droite, du centre et de l'écologie est d'une nouveauté totale sous la Vème République. C'est pourquoi on ne sait pas trop comment les choses seront perçues ni comment elles vont se passer. Mais le coup vaut d'être tenté, et il est conforme à la promesse de campagne d'Emmanuel Macron.

Nouveauté mais aussi nécessité, inhérente à nos institutions : quand on est élu à plus de 50%, on déborde très largement son propre camp, il faut s'ouvrir à d'autres qu'aux siens si l'on veut être représentatif, vertu majeure d'une République. Chaque scrutin, même ancien, a connu ça. Giscard, en 1974, fait entrer au gouvernement Françoise Giroud, qui est une femme de gauche. Mitterrand, en 1981, fait pareil avec Michel Jobert, auparavant ministre dans des gouvernements de droite. Mais ces élargissements du gouvernement passaient presque inaperçus.

Il faut attendre de véritables politiques d'ouverture pour que la chose soit visible : c'est Mitterrand en 1988, qui fait venir auprès de lui plusieurs responsables et élus de droite ; c'est Sarkozy, en 2007, qui nomme ministres des personnalités de gauche. La limite de l'exercice, c'est qu'il est purement individuel. D'où le soupçon de débauchage dont on l'a rapidement affligé. Ce que tente Emmanuel Macron aujourd'hui, ce n'est ni un élargissement, ni une ouverture, mais quelque chose d'inédit : une recomposition par le haut du paysage politique, en passant par dessus les partis.

Ce n'est pas même comparable à ce qui se passe dans certaines sociales-démocraties, notamment l'Allemagne, où il arrive à ce que conservateurs et socialistes fassent alliance et gouvernent ensemble. Car dans un tel cas de figure, il y a accords entre partis politiques, ce qui n'est pas le cas avec Macron. Nouveauté totale par conséquent, dont il faut attendre les effets immédiats et les résultats à long terme.

J'entends bien une autre forme de critique : opportunisme, recherche de places, goût pour le pouvoir, trahison de sa famille politique. Mais ces travers sont propres à la nature humaine, et le reproche pourrait être fait dans n'importe quelle situation politique. Surtout, ce jugement moral, sentencieux et réprobateur, porté sur nos hommes politiques est l'expression d'un sentiment profondément pessimiste et, pour tout dire, antihumaniste : pourquoi ne pas créditer les hommes et les femmes qui rejoignent Macron de bonnes intentions, d'une volonté louable de travailler à l'intérêt général, de participer à une aventure totalement nouvelle ? D'autant que la plupart n'ont pas besoin d'un portefeuille ministériel pour augmenter celui dans leur veston ! Eh puis, l'extrême droite continue à menacer, malgré son échec à la présidentielle. J'attends donc avec impatience, intérêt et enthousiasme la composition du gouvernement qui sera dévoilée demain, sachant que ce ne sera que le début de la grande recomposition.

lundi 15 mai 2017

Jupiter entre à l'Elysée



Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait prévenu : c'est une "présidence jupitérienne" qu'il voulait. Eh bien, hier, Jupiter est entré à l'Elysée. Ce qui m'a frappé, c'est son allure, et quelle allure ! Cet homme au pas pressé (je peux en témoigner) s'est mis, durant les cérémonies d'investiture, à la marche lente, solennelle, souveraine, presque impériale, de toute façon royale : un pas de majesté. Ce qui m'a frappé aussi, c'est son regard droit et sa poignée de main ferme, donnant à chacun, et ils étaient nombreux, toute l'importance qu'il mérite.

Jupiter, c'est le dieu romain, seigneur de la foudre, maître du temps, "maître des horloges", comme dit Macron. C'est donc dans un véhicule militaire qu'il a remonté les Champs-Elysées : aucun président jusqu'à présent n'avait osé dans ces circonstances. Dans l'après-midi, le président a fait une visite à l'hôpital militaire de Clamart. Jupiter est le chef des armées. Nous renouons avec la présidence gaullienne, c'est évident, un retour salutaire à l'autorité, dans "une France qui doute d'elle-même", comme Emmanuel Macron l'a souligné dans son discours.

C'est le retour à l'esprit initial de la Vème République. Chirac avait commencé à l'écorner : trop bonhomme, trop corrézien, trop provincial, trop rad-soc, pas assez monarque. Sarkozy a précipité la chute : trop nerveux, trop omniprésent, trop médiatique, trop trivial. Hollande a suivi la pente, en se déclarant président "normal", président copain, surtout avec les journalistes. Macron, c'est la distance en même temps que la bienveillance, la hauteur associée à l'empathie. Sa guerre d'Algérie, c'est le chômage de masse : comme de Gaulle, il se donnera les moyens de la solution.

Jupiter détruit le vieux monde et en crée un nouveau. En 1958, de Gaulle fait exploser le régime des partis, en prenant dans son gouvernement des personnalités de gauche et de droite. En nommant Edouard Philippe Premier ministre, en dévoilant demain le nouveau gouvernement, nous y sommes. Finalement, la politique est un éternel recommencement. Il n'y a que Jupiter qui reste immuable, lançant à droite et à gauche les éclairs de sa foudre.

dimanche 14 mai 2017

Monsieur le Président



En ce jour d'investiture du nouveau président de la République, je ne résiste pas au plaisir de rappeler ma rencontre avec lui, par hasard, le jeudi 07 mai 2015, dans les jardins du Luxembourg, à Paris. C'est un lieu où j'aime beaucoup aller me promener. Cet après-midi-là, il y avait beaucoup de monde, et je n'étais pas sûr au début que c'était lui. Après un moment d'hésitation, j'ai osé l'interpeler, et il m'a répondu avec le naturel et la sympathie que nous lui connaissons.

Nous avons discuté jusqu'en bas de la rue Soufflot (en vignette). Au loin, le Panthéon. C'était un clin d'œil de l'Histoire et nous ne le savions pas : en 1981, François Mitterrand remontait cette même rue pour marquer solennellement son accession à la présidence de la République. Je me souviens encore d'avoir suivi la cérémonie à la télévision, comme nous suivons ce matin celle qui fait d'Emmanuel Macron le huitième président de notre cinquième République.

Nous avons discuté de philosophie (non loin de cette Sorbonne où j'ai fait mes études), de politique, d'Amiens, de Saint-Quentin ... Autour de nous, peu de gens reconnaissaient celui qui n'était ministre que depuis moins d'un an. Qui aurait pu imaginer que deux années plus tard ... A l'instant de nous quitter, Emmanuel Macron m'a dit : "Je passerai vous voir à Saint-Quentin, en voisin". Ce n'est pas la promesse la plus difficile à tenir, monsieur le Président. En attendant, tous mes vœux de réussite à la tête de la France, pour la France.

samedi 13 mai 2017

Arrogance, mépris et humilité



Entre les deux tours de l'élection présidentielle, juste avant le débat Macron-Le Pen, une intervention a retenu mon attention. C'était lors de l'émission de LCI animée le soir par Yves Calvi. Une dame faisait partie des invités. J'ai oublié son nom et sa fonction. Journaliste, politologue, communicante ... je ne sais plus. En tout cas, c'était une commentatrice. A propos d'Emmanuel Macron, elle a eu ce propos, que j'ai tout de suite noté tant il m'a étonné : "Il ne faut pas qu'il se montre arrogant, voire méprisant. Il doit faire preuve d'humilité".

Pourquoi ce conseil, plein de bonne intention, m'a-t-il surpris ? Depuis quelques années, les termes d'arrogance, de mépris et d'humilité sont souvent utilisés dans la rhétorique politique (qui a aussi tendance à influencer le langage commun, je l'ai constaté). Non, ce n'est pas leur usage qui m'a interloqué, c'est leur application à Macron. On peut lui reprocher beaucoup de choses, d'être trop libéral, trop riche, trop technocrate ou pas assez de gauche : cela au moins se discute. Mais le dépeindre en personnage "arrogant, voire méprisant", manquant d'"humilité", non, là quelque chose ne va pas. Macron donne plutôt l'impression d'un type gentil, n'hésitant pas à aller vers les autres et attentif à ce qu'on lui dit. Pourquoi alors cette dame, à la télévision, craignait-elle, chez celui qui n'était pas encore président de la République, des sentiments aussi étrangers et même contraires à sa personnalité, lui qui prêche l'ouverture et la bienveillance ?

Le reproche n'était pas gratuit (la dame n'était d'ailleurs pas hostile au candidat). Elle s'est expliquée, et c'est là où j'ai été halluciné. Voici rapporté, aussi fidèlement que possible, son raisonnement : face à Le Pen, il ne faut pas que Macron apparaisse comme le plus intelligent (l'arrogance). Sinon, il va se poser en supérieur (le mépris), et les gens ne vont pas s'y reconnaître. Il ne faut surtout pas qu'Emmanuel Macron adopte un ton professoral (sic), les électeurs n'aiment pas ça (l'humilité).

J'ai été à la fois stupéfait et éclairé par cette explication. Eclairé parce que la dame en question emploie les mots selon des définitions très particulières, inhabituelles, que je peux résumer ainsi : arrogance = intelligence, mépris = supériorité, humilité = stupidité. Hallucinant, je vous dis ! Face à Le Pen, pour flatter l'ego du public, la commentatrice demandait à l'homme politique d'en rabattre avec son intelligence, de renoncer à son autorité et de tenir des paroles faciles ! Je me demande ce que cette personne aura pensé du débat, et si ses souhaits ont été satisfaits (ce que je ne crois pas, sinon par Le Pen, avec le résultat qu'on sait).

En même temps, je me dis que ce détournement de langage, cette sorte de novlangue sont aujourd'hui répandus dans les médias et autour de nous. Arrogance et mépris sont des vices que condamne la morale commune. L'humilité est une vertu essentiellement chrétienne (à la différence de la modestie). On voit bien que tous ces termes sont inappropriés dans le contexte politique. De Gaulle et Mitterrand avaient un style grand seigneur ; nul n'aurait songé à leur reprocher arrogance ou mépris, et les obliger à l'humilité aurait fait éclater de rire, à leur époque. Aujourd'hui, on ne rit plus.

Mais le plus stupéfiant est encore ailleurs. Pendant longtemps, le professeur, l'intellectuel, le savant (Le Pen distord le langage, elle invective le "sachant") bénéficiaient d'une excellente image. De Gaulle était réputé pour le choix de ses hauts fonctionnaires, Mitterrand avait instauré en 1981 la République des professeurs. Si on remonte plus loin dans notre histoire, on constate que droite et gauche mettaient en avant, avec fierté, leurs intellectuels. C'est mal vu aujourd'hui. L'admiration (qu'on porte à tout être qui dispose d'une quelconque supériorité) est le sentiment le moins bien partagé dans la société actuelle.

Politiquement, cette évolution des esprits est dommageable à la République. Ce régime repose initialement sur le culte de la Raison, du citoyen éclairé, apte à délibérer, à faire des choix réfléchis. J'ai bien conscience que ce principe n'a jamais cessé d'être un idéal, et que les individus sont plus mus par les passions, les égoïsmes que par les arguments. Malgré tout, la République affichait fièrement ce repère et nous encourageait à s'en rapprocher autant que possible, même rien qu'un peu. Aujourd'hui, c'est terminé.

A mon tour de reprendre à mon compte les mots de la dame de LCI : la véritable arrogance est celle de l'individu narcissique de la société contemporaine. Sa fausse humilité, c'est de ramener tout à lui-même, d'abaisser tout le reste, de mépriser toute forme de supériorité pour ne jamais être remis en question par autrui. A chacun ses raisons, à chacun ses définitions. Mais le dénouement de l'élection présidentielle laisse à espérer.

vendredi 12 mai 2017

Le meilleur dans son camp



Après la désignation d'une majorité de ses candidats aux élections législatives, Emmanuel Macron s'attaque à un nouveau défi, qu'il n'a pas le droit de rater : le choix de son Premier ministre. Qui doit-il être ? Plusieurs noms circulent. Comme souvent, le problème est pris à l'envers, en partant des personnes, alors que ce sont les principes qui comptent, ceux qui fondent la ligne politique de la République en Marche : renouvellement, rajeunissement et ouverture. En vertu de ces principes, je vois mal d'anciens membres du gouvernement occuper le poste de Matignon. Bayrou, Borloo ou Le Drian ont d'éminentes qualités, mais pas le profil demandé. Il faut quelqu'un de relativement jeune et surtout de nouveau.

Ensuite, il y a le profil purement politique. Un socialiste, même social-démocrate, ne conviendrait pas, ne répondrait pas à l'exigence d'ouverture. On peut dire de Macron qu'il est de centre gauche : pour que son gouvernement soit représentatif et corresponde à sa majorité électorale, il ne peut pas prendre quelqu'un de cette même couleur. Pour cette raison, un Premier ministre de centre droit, notamment juppéiste, serait une bonne idée. Un nom est souvent avancé, je pense que ce sera lui, en tout cas je le souhaite : Edouard Philippe, le maire Les Républicains du Havre.

Il se trouve que je lui ai consacré un billet sur ce blog, l'an dernier, à l'occasion d'un documentaire télévisé qui faisait son portrait, que j'avais beaucoup apprécié ("Je m'appelle Edouard Philippe", 25 août 2016). Lisez ou relisez ce billet, qui pourrait bien être prémonitoire. J'avais alors remarqué deux vertus chez Philippe : l'autorité naturelle et le sens du dialogue, notamment à l'égard de sa gauche locale (il a été socialiste, rocardien, au début de son parcours). J'ai eu cette expression, pour le qualifier : "Le meilleur dans son camp". Emmanuel Macron est à la recherche des meilleurs. Pour le poste de Premier ministre, ce pourrait bien être lui, le meilleur, Edouard Philippe.


En vignette : réunion hier soir d'En Marche ! Saint-Quentin, pour faire le point de la situation locale.

jeudi 11 mai 2017

Génération Macron



Nous connaissons, depuis ce début d'après-midi, la plupart des candidat(e)s de la République en Marche aux élections législatives de juin prochain. La procédure de désignation est totalement inédite : individuelle, centralisée et sur dossier. Elle me va complètement : les rapports de force ne jouent plus, mais seulement la compétence ; c'est ce que je souhaitais depuis longtemps. Jusque-là, n'importe qui pouvait se retrouver candidat ... et élu, sur aucun critère, sinon les accointances, les affinités, les services rendues, les allégeances. Avec Emmanuel Macron, la sélection est exigeante, y compris au plan judiciaire. Surtout, l'engagement de loyauté doit être total : pas question de réitérer le désolant spectacle donné par les frondeurs socialistes, qui ne sont pas pour rien dans l'échec du précédent quinquennat.

Le résultat est probant : pour la première fois, la parité homme/femme est rigoureusement respectée, la très grande majorité des candidats sont de nouveaux venus en politique et la société civile est considérablement représentée. Tous ces éléments sont inédits et positifs. On peut même parler d'une véritable révolution dans les habitudes politiques. Tout cela ne peut être que bénéfique et bien augurer d'une large majorité en faveur du président de la République.

A noter, là aussi totale nouveauté, la décision de ne pas présenter automatiquement des candidats contre des députés sortants, socialistes ou de droite, qui ont manifesté un esprit d'ouverture, ne sont pas clivants, même s'ils ne partagent pas le projet d'En Marche ! C'est une remarquable réaction de tolérance, rarement constatée en politique, où l'esprit de parti, quand ce n'est pas de chapelle, généralement prévalent. Ainsi a été habilement solutionné le cas Manuel Valls (voir le billet d'hier) : ne pas l'investir, mais ne pas lui faire l'injure de le combattre, alors qu'il est clairement social-démocrate.

Dans l'Aisne, plusieurs circonscriptions ne sont pas immédiatement couvertes, dont celle de Saint-Quentin. On comprend bien pourquoi : le FN très sérieusement menace, et pour un macronien, il n'y a pas pire ennemi. Avec ce parti, rien n'est possible, aucun compromis n'est envisageable. Il faut donc y réfléchir plus qu'à deux fois avant que la République en Marche ne valide ses candidats. Réponse définitive d'ici au plus tard mercredi. Quoi qu'il en soit, la bataille des législatives est aujourd'hui lancée.

mercredi 10 mai 2017

Chacun a ses raisons



En demandant d'être candidat de la République en Marche, Manuel Valls est cohérent avec lui-même. Depuis très longtemps, au sein du Parti socialiste, il a défendu une ligne rigoureusement social-démocrate, en contraste et même en opposition avec le socialisme traditionnel. Devenu Premier ministre, il a poursuivi dans cette logique. Avant le premier tour de la présidentielle, Manuel Valls a clairement apporté son soutien à Emmanuel Macron. Là encore, aucune ambiguïté dans sa démarche. Faut-il pour autant qu'En Marche ! accepte cette offre de service et valide sa candidature ?

Emmanuel Macron s'est fait élire président de la République essentiellement sur une promesse de renouvellement du personnel politique. Il faut ouvrir les portes de l'Assemblée nationale à celles et ceux qui jusqu'à présent en étaient trop souvent exclus : les jeunes, les femmes, les salariés du privé, les professions indépendantes, toutes celles et ceux qui n'ont jamais exercé un quelconque mandat, parce que la machine à trier des appareils politiques les en empêchait. Emmanuel Macron doit tenir, autant que possible, cette promesse, sur laquelle il est très attendu. Je ne crois donc pas que ce serait une bonne idée d'adouber Manuel Valls. En l'acceptant, Macron ne serait pas cohérent avec lui-même.

J'ai fait mienne, depuis longtemps, en politique comme dans la vie, cette maxime de Jean Renoir, tirée de son film "La Règle du jeu" : "Le drame en ce monde, c'est que chacun a ses raisons". Manuel Valls a raison de vouloir rejoindre la majorité parlementaire et se battre sous ses couleurs. Emmanuel Macron aurait raison de refuser cette candidature, qui illustrerait fâcheusement le retour des gens du sérail. Mon désaccord avec Renoir, c'est qu'il n'est pas forcément dramatique que "chacun ait ses raisons", surtout en politique. Manuel Valls est un homme de conviction, de qualité et d'expérience. Il est encore jeune, il pourra à nouveau servir la République, et je le souhaite. Mais pas maintenant.

mardi 9 mai 2017

Rien que des âneries



Une campagne présidentielle est quelque chose de très sérieux, mais aussi plein de drôleries. Prenez les attaques contre Emmanuel Macron : c'est un florilège de reproches cocasses.

Le tout premier a été la fameuse bulle médiatique. Comme la grenouille de la fable, plus elle grossissait, plus elle allait exploser. Une explosion de rire, oui, au nez des ânes qui répétaient : Macron, c'est une bulle médiatique ! Macron, c'est une bulle médiatique ! De bulles, je n'en vois que dans leur cerveau en décomposition. C'est vraiment prendre les Français pour des imbéciles : réduire la fulgurante ascension d'Emmanuel Macron à une belle gueule et des passages à la télévision ! Les ânes n'ont pas vu que le mouvement venait de loin, que l'élan était profond. Ils ont l'air malin, maintenant : la bulle est à l'Elysée !

Après la bulle médiatique, il y a eu l'absence de programme. Vous vous souvenez, n'est-ce pas ? est le programme de Macron ? Quand Macron va-t-il annoncer son programme ? Macron n'a pas de programme ! Les ânes avaient trouvé dans cette redite une nouvelle botte de foin. La vérité, c'est qu'Emmanuel Macron a toujours fait de nombreuses propositions et qu'il arrive à la tête de l'Etat avec plein d'idées. Mais les ânes ne voient rien, n'entendent pas : c'est tellement plus facile, ça évite le débat.

Une fois passé le premier tour, qui a mis Emmanuel Macron en tête, il fallait trouver une nouvelle ânerie. Les ânes manquent d'intelligence, c'est sûr, mais ils ont beaucoup d'imagination. Alors, ils nous ont parlé du vote par défaut, un truc inédit, pour faire comprendre que le gagnant n'avait pas en fait vraiment gagné, qu'il était minoritaire dans l'opinion. Tant qu'ils y sont, pourquoi ne pas refaire l'élection ? Une voix égale une voix : elle est un fragment inaliénable du suffrage universel. Il n'y a pas à faire le tri des bulletins dans les urnes, entre votes d'adhésion et votes par défaut. C'est une ânerie supplémentaire, antidémocratique, un tripatouillage des résultats du scrutin. Mais je me demande si les ânes sont capables de comprendre ce que je viens d'écrire, à la base pourtant du principe républicain.

La récente carotte des ânes, c'est que Macron n'aurait qu'une majorité relative à l'issue des élections législatives. Pourquoi ? Pour rien, comme ça, parce qu'ils prennent leurs désirs pour des réalités. La vérité, c'est que la vague macroniste va tout emporter en juin prochain et que Macron aura une majorité absolue. De son côté, les règles sont claires : des candidat(e)s d'En Marche ! dans chaque circonscription, sans négociation ni accord d'appareil. Des candidatures de rassemblement, de renouvellement et de rajeunissement. Les postulants pourront venir des partis traditionnels, pourvu qu'ils se présentent sous l'étiquette de "La République en Marche" et adhèrent à sa charte. Même les ânes peuvent comprendre ça. Ce qui ne les empêchera pas de braire.

lundi 8 mai 2017

D'une victoire à une autre



Hier soir, ce n'est pas un homme ou une équipe qui ont gagné, mais le suffrage universel, la souveraineté nationale, à travers son principe majoritaire, indivisible et inaliénable. Ce n'est surtout pas la victoire d'une partie de la France contre une autre. Après le temps des débats vient le temps de la réconciliation : Emmanuel Macron est le président de TOUS les Français. Ainsi l'exige la République.

C'est pourquoi, hier soir, notre joie a été contenue. En Marche ! change les comportements et les habitudes politiques jusque dans les soirées électorales. A Saint-Quentin, nous n'avons pas attendu la proclamation officielle de notre victoire pour nous applaudir nous-mêmes ou manifester avec indécence un choix qui n'est pas le nôtre, mais celui des citoyens appelés aux urnes. En privé, c'est bien sûr autre chose : nous n'avons pas manqué de partager ensemble notre satisfaction, dans une brasserie du centre ville (en vignette).

Ce matin, nous nous sommes retrouvés pour les cérémonies commémoratives de la victoire du 8 mai 1945. Non pour commencer la campagne des élections législatives. Nombreux sont ceux qui pourtant nous demandent : quels seront les candidats d'En Marche ! dans la circonscription de Saint-Quentin ? alors que les personnes comptent moins que les projets en politique. A cette question, nous répondrons demain. Aujourd'hui, c'est à une manifestation patriotique à laquelle nous avons été convié : pas pour afficher une couleur politique. La défense de la patrie et des valeurs de la République appartient à tous. Si nous avons pu hier fêter notre victoire, c'est parce que nous vivons dans un régime démocratique, pour lequel se sont battus et sont morts les hommes et les femmes que nous avons honorés ce matin.

dimanche 7 mai 2017

La révolution commence ce soir



Emmanuel Macron est élu, sans surprise, président de la République. L'événement est historique, à la mesure de ce qu'avait été l'élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, en matière de nouveauté. En quelques mois, un homme jeune a réussi à bousculer le système politique et à disqualifier les partis de gouvernement, pourtant implantés depuis plusieurs décennies et disposant de milliers d'élus. Le phénomène Macron est objectivement extra-ordinaire. Il correspond incontestablement à un changement des mentalités françaises, une évolution en profondeur de notre société et de ses comportements politiques.

Emmanuel Macron a cinq années devant lui pour réformer notre pays. Deux enjeux majeurs l'attendent : d'abord, la réduction significative du chômage de masse, à quoi ont échoué les différents gouvernements qui se sont succédés depuis 30 ans ; ensuite, redonner à l'Europe toute sa force, alors qu'elle est attaquée de toute part, à l'intérieur comme à l'extérieur, par de multiples courants politiques. En rupture avec la déprime nationale, Emmanuel Macron a gagné en restaurant l'optimisme et la bienveillance, des vertus que nous avions perdues depuis longtemps. Il a réhabilité l'enthousiasme et l'espérance, par le renouvellement et le rajeunissement. Il promettait une révolution, d'après le titre de son ouvrage : elle commence ce soir.

Dès ce soir, et pour cinq ans, commenceront aussi les difficultés : d'abord les problèmes des Français à résoudre, qui sont immenses ; ensuite les résistances et offensives de toute sorte que va devoir affronter le nouveau pouvoir issu des urnes. En Marche ! va devoir passer d'un club de supporters, à l'organisation parfois un peu artisanale, à un parti de défenseurs du gouvernement et de sa politique. Ce sera plus qu'un changement de degré : un changement de nature. Dans l'immédiat, la campagne des élections législatives démarre lundi matin, avec un seul mot d'ordre, à Saint-Quentin comme partout ailleurs : dans la foulée de l'élection présidentielle, offrir à Emmanuel Macron une majorité parlementaire afin qu'il puisse appliquer la politique pour laquelle il a été élu. La révolution continue demain.

vendredi 5 mai 2017

Un esprit d'optimisme



La campagne des élections présidentielles se termine ce soir. A Saint-Quentin, nous avons constitué un groupe d'En Marche ! actif, ouvert et uni. Ce matin, de bonne heure, Yann et Jean-Marc ont distribué devant l'hôpital, recevant un excellent accueil. Puis l'équipe s'est retrouvée sur le marché Europe (en vignette). Dès lundi, nous serons prêts à mener une nouvelle campagne, celle des législatives, autour de nos candidats.

De cette présidentielle 2017, que pouvons-nous retenir ? J'ai bien du mal à répondre. Lors des scrutins précédents, une formule ou une image restait, par exemple l'affiche de la force tranquille en 1981 ou la phrase sur le monopole du cœur en 1974. Aujourd'hui, impossible. Pourquoi ? Parce que nous vivons dans une médiatisation à outrance, où le commentaire est permanent, où l'on commente à l'infini le commentaire du commentaire, où les images succèdent à un rythme effréné aux images. Dans une telle inflation de mots et de vidéos, plus rien n'accroche, plus rien n'émerge.

Même les programmes : qui se souvient des propositions politiques et techniques ? En revanche, chaque candidat a été clairement identifié dans ce qu'il porte, dans ce qu'il représente. Si j'avais à traduire le projet d'Emmanuel Macron par un mot, un seul, ce serait celui-là : optimisme. Il lui doit, je crois, son succès : dans une France qui doute, qui souffre et qui désespère, le candidat d'En Marche ! aura réussi l'impossible, insuffler à notre vieux et grand pays un esprit d'optimisme qu'il n'avait pas connu depuis bien longtemps. Demain sera l'ultime journée de réflexion et dimanche les citoyens feront leur choix. Nous nous retrouverons ce soir-là pour réagir aux résultats.    

jeudi 4 mai 2017

Le rictus du diable



Alors, ce débat tant attendu d'hier soir ? Que voulez-vous que je vous dise, sinon des banalités ! A l'évidence, la messe est dite. La seule incertitude, qui n'est pas négligeable, est l'écart entre le vainqueur et la battue, dimanche soir. Pour le reste, nous étions au spectacle, d'ailleurs délectable. Marine Le Pen s'est rediabolisée elle-même, en direct, effaçant ainsi plusieurs années d'efforts pour ne pas paraître ce qu'elle est : une femme d'extrême droite. Hier soir, malgré eux, le père et la fille se sont réconciliés.

Avec l'image qu'a donnée hier la candidate du FN, je crois qu'il n'y a plus trop à s'inquiéter : tous ceux qui doutaient, qui pensaient s'abstenir ou voter blanc, auront compris qu'entre elle et Macron, il n'y a pas photo. Quels que soient les reproches légitimes qu'on peut faire au candidat d'En Marche ! la stature présidentielle est de son côté : Le Pen est indigne de la fonction, et il serait gravissime que le pouvoir tombe entre ses mains. Elle était comique à observer, se perdant dans ses dossiers, ne sachant pas répondre à des questions pourtant pas très compliquées. Il y avait surtout son allure : elle n'arrêtait pas de bouger son corps, comme si son physique traduisait son embarras, son incompétence sur quasiment tous les dossiers.

Et puis, les observateurs l'ont remarqué, il y avait son rire : Le Pen riait, plus précisément elle ricanait, en guise de réponse, ne pouvant faire autrement. Un ricanement à faire peur, s'il n'y avait le grotesque de sa situation. Le contenu de ses interventions a été sans surprise : insinuation, mensonge, perfidie, attaque personnelle, bref la rhétorique classique de l'extrême droite. Quand Le Pen cessait de ricaner, c'était pour laisser voir un visage fatigué, défait, presque perdu, qui semblait se demander : qu'est-ce que je fais là ? A certains moments, son corps se balançait tellement, son rictus devenait si crispé, son ironie échappait tant à toute raison qu'elle paraissait comme à moitié folle.

Et Emmanuel Macron ? Nickel chrome, fidèle à lui-même, à l'aise, d'une autorité naturelle sur tous les sujets. Trop facile ! Le Pen, c'est du gâteau dont on ne fait qu'une bouchée. Ma grande déception est là : la démocratie française n'a pas eu le seul débat qu'elle aurait mérité, Macron contre Fillon. L'extrême droite, c'est la haine, la bêtise et le désespoir : on peut et il faut y résister, mais on ne peut pas véritablement débattre avec. Souhaitons que les élections législatives qui commenceront lundi prochain seront l'occasion de ce vrai débat.

D'ici là, pas une minute ni une voix à perdre : rendez-vous demain matin, sur le marché Europe, avec l'équipe d'En Marche ! Saint-Quentin.

mercredi 3 mai 2017

Que veut le peuple ?



Dernière distribution ce matin sur le marché de centre ville, avant le scrutin. Nous sommes 6 ou 7, autant que le FN, à quelques mètres les uns des autres. Je m'accroche avec l'un de leurs militants, pour un tract dégueulasse, malhonnête, manipulateur sur Macron et son prétendu gouvernement, le genre de propagande très répandue dans les années 30. Quand on est facho, on ne se refait pas. Après tout, si ce torchon pouvait servir à éclairer ceux qui pensent encore que le FN n'est pas dangereux ...

Je vous livre quelques réactions, et mes réponses, et la méthode qui va avec : agressif avec les agressifs, pacifique avec les pacifiques, et une règle d'or, ne jamais rien laisser passer, même les détails. Florilège :

- "De toute façon, Macron sera élu" : non madame, vous n'en savez rien. Un résultat électoral est imprévisible. Tout peut se retourner dans les derniers jours et les prochaines heures. Et puis, prétendre que tout est plié, c'est un prétexte pour ne pas aller voter.

- "On n'a pas le choix" : si monsieur, en démocratie comme dans la vie, on a toujours le choix. Vous avez fait votre choix au premier tour, vous le faites au second : abstention, vote blanc, Le Pen, Macron. Ce n'est pas un choix, ça ?

- "Le prochain président sera élu par défaut" : pas du tout, jeune homme. Aucun vote n'a lieu par défaut. La République, c'est le règne de la majorité. Un président mal élu, ça n'existe pas. Tout élu est bien élu, à 50% plus une voix. C'est la règle de la démocratie. Vous pouvez ne pas l'aimer, mais c'est ainsi.

- "Le Pen-Macron, c'est la peste et le choléra" : monsieur, au regard de vos cheveux blancs, vous ne devriez pas dire ça. Si vous avez de la mémoire et un peu d'intelligence, vous devriez comprendre que vos propos sont infâmes" (il s'éloigne vite fait, fâché).

- "Macron escroc !" : escroc vous-même ! (j'avais envie de le gifler).

- "Nous n'avons pas la même vision de la France" (un militant FN) : c'est le moins qu'on puisse dire ...

- "Macron, on ne sait pas ce qu'il veut" : le quidam me balance ça alors que je lui mets sous son nez le programme de Macron. Et lui, ce type, sait-il ce qu'il veut ? Tout le problème de chaque citoyen est là : non pas tant connaître ce que veulent les candidats (nous le savons depuis longtemps) mais savoir ce que veut le peuple, c'est-à-dire chacun d'entre nous. Ce n'est tout de même pas bien compliqué : le projet nationaliste et xénophobe de Le Pen ou le projet républicain et progressiste de Macron. C'est l'unique question que nous devons en conscience nous poser, d'ici dimanche prochain. Après, il sera trop tard.


En vignette : quatre d'En Marche ! Saint-Quentin, ce matin, près de la place de l'Hôtel-de-Ville.

mardi 2 mai 2017

Jocelyne et Antoine



Nous saurons cet après-midi quel sera le choix de la France insoumise pour le second tour de l'élection présidentielle. Leur candidat, Jean-Luc Mélenchon, a été prompt à se porter candidat en solitaire, sans consulter personne, même pas le PCF. Mais au moment de donner son avis sur son vote de second tour, il fait le cachotier, il se reporte sur les autres, il s'en lave les mains. Tous les commentateurs ont souligné l'irresponsabilité du beau parleur. C'est souvent comme ça avec les beaux parleurs.

Avant de connaître le résultat de la consultation, j'ai un début de réponse, à mon petit niveau. Samedi matin, je distribuais pour Macron, à l'angle de la rue des Toiles et de la rue de la Sellerie. Jocelyne passe. C'est une militante communiste, que je connais depuis 20 ans. Il y a 20 ans, nous militions ensemble dans un comité antifasciste local, pour dénoncer les accords entre la droite et l'extrême droite dans les assemblées régionales. En 2002, bien sûr, Jocelyne a voté pour Chirac, contre Le Pen, comme moi. Aujourd'hui, elle me dit, peu amène : "Je ne veux pas d'une société libérale, je ne voterai pas Macron". Passons sur l'argument du libéralisme. Je sais qu'elle ne votera pas Le Pen. Mais elle a perdu le réflexe républicain qu'elle avait autrefois et que j'ai pour ma part conservé, parce qu'il est inscrit dans mon ADN politique. Jocelyne, elle, hélas, est en train de muter.

Dimanche, lors de la cérémonie pour la journée nationale de la déportation (voir billet de ce jour-là), je discute, au long du cortège, avec Antoine, adhérent communiste comme Jocelyne. Mais le propos est différent : "Je voterai pour ton candidat", me dit-il alors que je ne lui ai rien demandé. Même culture politique chez Jocelyne et Antoine, même choix au premier tour ; et pourtant, deux réactions diamétralement opposées face au second tour.

Dans cette affaire, Mélenchon est lourdement responsable, c'est-à-dire irresponsable, comme je l'ai noté. Les troupes attendent la décision de leur leader. Là, le chef s'est défaussé, parce que ce n'est qu'un chef de théâtre, seulement bon pour les discours. C'est effrayant : Mélenchon ressent le besoin de dire qu'il ne votera pas Le Pen, comme si le doute pouvait s'insinuer dans la tête de certains de ses électeurs, comme s'ils pouvaient être tentés par cette solution. Il est grave qu'un courant de gauche, qui se présente comme antifasciste, en arrive à cette incertitude et à cette éventualité.

Effrayant et bouffon : Mélenchon se dit prêt à être le Premier ministre de Macron. Une cohabitation de le dérangerait pas. Rien ne le dérange quand c'est centré sur sa chère personne. Il met une condition à un hypothétique vote Macron : que celui-ci se renie, retire la loi travail qu'il a non seulement défendue mais qu'il trouve insuffisante. C'est n'importe quoi. La nouveauté de Macron, c'est de refuser les petits arrangements, les trocs, les compromis boiteux. Macron se fera élire sur son programme et sur rien d'autre, parce que c'est ce que les Français ont mis en tête de leurs préférences au premier tour.

Je ne demande pas à Jocelyne d'adhérer aux idées d'Emmanuel Macron. Elle peut même les combattre si elle veut : c'est la démocratie ! Mais ce que je lui demande, c'est de faire comme elle a toujours fait, jusqu'à présent : distinguer un candidat républicain et une candidate antirépublicaine, distinguer un candidat de centre gauche ou de centre droit (comme elle voudra) et une candidate d'extrême droite.

Ne pas faire ces distinctions objectives, ne pas les faire suivre du choix qui s'impose, c'est non seulement inintelligent et irresponsable, mais c'est surtout grave et dangereux, c'est joué avec le feu, au risque de faire flamber la maison démocratie. Antoine l'a compris : il ne votera pas Macron dimanche, il votera républicain. Tout républicain devrait dimanche réagir ainsi. J'ai la faiblesse de croire que les républicains forment encore une large majorité en France. Car quand les républicains deviendront minoritaires, il n'y aura plus de République.

lundi 1 mai 2017

Godin ne votera pas Le Pen



Belle journée de Premier Mai à Guise, au Familistère, pour célébrer en fanfare un double anniversaire : les 200 ans de la naissance de Jean-Baptiste Godin, les 150 ans de la Fête du Travail. L'occasion de rappeler, à quelques jours du second tour de l'élection présidentielle, que l'extrême droite en France n'a jamais été à l'origine d'aucune conquête sociale, qu'elle a au contraire toujours été, historiquement, du côté de la répression ouvrière et syndicale.

Qui y a t-il aujourd'hui de social dans le programme du Front national ? Rien, absolument rien. En façade, Le Pen défend les 35 heures, la retraite à 60 ans. Elle s'oppose aux délocalisations et à la loi travail. Mais c'est du flan. Derrière, elle refuse une augmentation du Smic, écarte l'idée d'un salaire maximum pour les grands patrons, prône le retour de l'apprentissage dès 14 ans. Sa priorité, c'est les petits patrons, les artisans et commerçants, pas les salariés. Le FN, c'est la France de la boutique, pas de l'usine. Le Pen demande l'amnistie générale des arriérés des cotisations sociales pour tous les indépendants. Voilà l'idée que la candidate se fait du progrès social !

Elle veut verser 80 euros par mois aux bas revenus et petites retraites, financés par une taxe sur les importations. Ce n'est pas le grand capital qui sera frappé, mais tous les consommateurs. Ce qui est donné d'une main sera repris par l'autre. Où est le progrès social ? Surtout, l'extrême droite veut instaurer la priorité nationale à l'embauche, au logement, aux allocations : outre la dimension antirépublicaine de la mesure, elle pénalisera plusieurs millions d'immigrés, parfaitement intégrés, mais qui font partie des couches les moins favorisées de la population.

Enfin, Le Pen s'en est toujours prise aux organisations syndicales, accusées d'être politisées et inefficaces. Jamais elle n'a appelé à soutenir une grève, à participer à une manifestation. Elle réclame un contrôle public du financement des syndicats et la suppression du monopole de représentativité, qui aurait pour conséquence de favoriser les syndicats maisons, patronaux, jaunes. On peut voter FN pour de multiples raisons, mais certainement pas pour des raisons sociales. Jean-Baptiste Godin ne voterait pas Le Pen, ni aucun homme ou femme de gauche conséquent avec lui-même.

dimanche 30 avril 2017

Les braves gens ne sont pas des salauds



Longtemps, je n'ai pas assisté aux cérémonies patriotiques. Drapeaux, fanfares, gerbes, allocutions me paraissaient vieillots, inutiles. C'était bon, à mes yeux, pour les officiels. Et puis, il y a une vingtaine d'années, devenant représentant d'une famille politique, je me suis senti le devoir d'honorer les invitations à ces manifestations. Très vite, j'ai changé d'avis. N'étant plus responsable, j'ai continué à participer, autant que possible, à ces rendez-vous traditionnels, que je considère maintenant de la plus haute importance : ce sont des leçons d'histoire, dont la valeur symbolique est essentielle. J'aimerais que nos concitoyens soient plus nombreux à les rejoindre.

Ce matin, devant le monument de la Résistance et de la Déportation, boulevard Gambetta, hommage a été rendu à toutes les victimes des camps de concentration. Il est évidemment fondamental de se souvenir de cette monstrueuse tragédie pas si ancienne, en plein cœur du XXème siècle. Bien sûr, il y a tous ceux qui vous diront : c'est vieux, c'est du passé, on ne reverra plus ça, inutile d'en parler, pensons aux problèmes d'aujourd'hui. Non, ce n'est pas du passé, et rien ne garantit que l'horreur ne se reproduira pas, sous des formes nouvelles, inédites, inattendues. L'histoire est pleine de ce genre de répétitions.

La journée nationale de la déportation nous invite aussi à réfléchir : comment un continent civilisé, moderne, humaniste a-t-il pu laisser s'installer une machine de mort collective ? Vu d'aujourd'hui, nous désignons avec raison les salauds : nazis, fachos, collabos. Mais ceux-ci, à toutes les époques, n'ont jamais été qu'une poignée, qui existent et gouvernent parce que des millions de gens les ont soutenus et portés au pouvoir. Des braves gens, des types honnêtes, qui n'auraient pas fait de mal à une mouche, de bons copains, des pères de famille, des travailleurs consciencieux, des citoyens irréprochables : dans les années 30, ils ont peu à peu glissé du côté des salauds, sans toujours s'en rendre vraiment compte ...

Qu'est-ce qui a séduit ces braves gens, en ce temps-là ? Le culte de l'ordre et de l'autorité, la critique de la finance internationale, l'aspiration au protectionnisme économique, l'exaltation de l'identité nationale. Racistes, les braves gens ? Non, seulement un peu xénophobe, juste ce qu'il faut : halte à l'immigration, les étrangers dehors, fermeture des frontières ! Les braves gens ne sont pas des salauds, mais leurs sentiments et leurs ressentiments ont permis aux salauds de s'installer, de poser des miradors et des barbelés et d'exterminer des millions d'innocents.

Impensable aujourd'hui ? Dans les années 30, c'était déjà impensable, et on a vu la suite ... La barbarie peut se reproduite, certes pas à l'identique, mais de façon différence, plus atténuée, mise au goût du jour, présentable. En tout cas, les braves gens ne peuvent plus dire qu'ils ne savent pas. Ils sont encore moins excusables qu'autrefois. Il ne dépend que d'eux de ne pas rejoindre les salauds.


En vignette : dépôt de gerbes, par Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin, William Damien, représentant des associations d'anciens combattants, résistants et déportés, Magali Daverton, sous-préfet.   

samedi 29 avril 2017

Ambiance de marché



J'ai toujours pensé qu'une distribution sur un marché valait bien un sondage d'opinion. Ce matin, nous étions six En Marche ! du côté de la rue des Toiles. Aucun militant FN, contrairement à mercredi dernier, mais ceux du POI, Parti ouvrier indépendant (extrême gauche), avec le tract au titre suivant : "Pas une voix pour les candidats de la réaction ! Pas une voix pour M. Macron et Mme Le Pen ! RESISTANCE !" Ce n'est pas vraiment l'idée que je me fais de la résistance, sur le plan historique du moins. La droite n'était pas absente, mais individuellement : Julien Dive, Marie-Laurence Maitre, Vincent Savelli, Freddy Grzeziczak ...

Autant le dire tout de suite : l'accueil envers Macron est moins bon qu'avant le premier tour. A Saint-Quentin, on sent que les 30% du Front national sont passés par là. C'est qu'un deuxième tour inaugure une campagne nouvelle. Cette fois-ci, les passions, quand il y en a, sont exacerbées : on ne fait pas plus opposés que Le Pen et Macron ! Les réactions traduisent ce choc des candidatures. Et puis, il y a tous ceux, nombreux ce matin, qui rejettent les deux candidats et s'apprêtent à s'abstenir ou à ne pas aller voter. Là aussi, la situation a complétement changé : plus de réflexe anti-FN, plus de vote républicain. On a beaucoup parlé, à propos de Fillon, d'un "vote caché", finalement inexistant. Je crois qu'il pourrait être réel, du côté de l'électorat de Mélenchon, au profit de Le Pen, dans un souci de radicalisation.

Bien sûr, il faut relativiser ces impressions par le fait que de nombreux passants prennent notre tract favorablement, nous assurent de leur soutien, manifestent leur rejet de l'extrême droite. Encore heureux ! Mais si je devais faire une estimation à la louche, je dirais que c'est du 50/50. Il y a aussi les silencieux, les souriants, les polis dont on ne sait pas ce qu'ils pensent ni ce qu'ils feront le jour de l'élection.

Ce qui est stupéfiant, c'est l'influence des médias. Une dame m'asticote sur l'épisode de la Rotonde. Je lui répond assez facilement que c'est une brasserie ordinaire et que Macron a bien le droit d'aller prendre un pot pour remercier son équipe au soir du premier tour. Elle en convient mais me dit que l'image véhiculée par la télévision reste négative aux yeux de beaucoup, y compris à ses propres yeux, nonobstant mon explication. Comme si l'image télévisée prévalait sur la réalité. J'ai immédiatement pensé à la distinction que fait désormais la météo entre la température réelle et la température ressentie. C'est la victoire assumée de la subjectivité sur le réel ! Nous ne sommes plus dans la politique, mais dans le fait de société.

Dans la même veine, une marcheuse se dit horrifiée de ce qu'elle lit sur les réseaux sociaux (où je ne vais pas) contre Emmanuel Macron : un torrent de boue, les pires rumeurs pour l'avilir. Les pères de la République rêvaient à un citoyen responsable faisant des choix argumentés à l'issue d'un débat rationnel : nous en sommes très loin ! Mais, après tout, la République en a vu d'autres et son idéal n'a jamais cessé d'être malmené.

Ce que je retiens de ces deux heures passées sur le marché de Saint-Quentin, c'est que rien n'est joué pour le second tour : le résultat demeure incertain et le pire n'est pas à exclure. Pour tout dire, je suis inquiet, raisonnablement inquiet. Il faudra mobiliser jusqu'au dernier jour, défendre Macron jusqu'au bout, ne lâcher sur rien. J'irais plus loin : la victoire ne suffit pas ; il faut une LARGE victoire. Sinon, aux législatives qui suivront, ce sera une vague FN qui emportera tout et rendra le pays ingouvernable. Oui, aujourd'hui, pour la première fois depuis le lancement d'En Marche ! je suis inquiet.

Je ne doute évidemment pas qu'une grande partie de la population française est attachée à la République. Mais je crains qu'une autre partie, non négligeable, n'en a rien à faire, est au contraire séduite par la figure autoritaire de Le Pen, dans une société qui travers une crise de l'autorité, à tous les niveaux. Qu'est-ce que cela donnera dans huit jours ? Je n'en sais rien. Je sais seulement qu'il faut tout faire pour que Macron soit élu et Le Pen largement battue.

vendredi 28 avril 2017

Humanisme ou barbarie



Dans cette campagne du second tour, chaque jour apporte sa part de vérité. Hier, Le Pen, attifée d'un ciré jaune, nous a menés en bateau, avec Gilbert Collard à la barre, en faux capitaine Haddock. La scène était grotesque. Le Pen riait, riait, riait. Plus l'échéance approche, plus elle rit. Mais de qui, de quoi ? Rire nerveux, peut-être. Ou bien n'a-t-elle plus rien d'autre à dire qu'à rire ? Moi, ce rire me fait peur.

Macron, c'est l'inverse : très souriant il y a quelques temps, son visage se creuse, devient plus grave, gagne en retenue. Hier, il nous a conduits à Sarcelles, pour jouer au foot avec des jeunes. C'était spontané, joyeux. En bien des coins de France, Le Pen n'est pas la bienvenue, elle ne s'y risque pas. Macron est partout chez lui. Tout le monde, de bonne volonté, quelle que soit sa sensibilité, y compris critique, peut se retrouver en lui. Le Pen, non : elle suscite le rejet, et même le dégoût d'une grande majorité.

Hier soir, Macron était l'invité de l'émission politique de TF1-LCI, deux jours après Le Pen. Des deux candidats, il n'y a plus grand-chose à apprendre ni à attendre : le républicain et le progressiste d'un côté, la nationaliste et la xénophobe de l'autre, voilà le choix. Et un troisième, celui de la lâcheté : l'abstention ou le vote blanc. J'ai tout de même regardé, dans les deux cas, jusqu'au bout. Il y a toujours, dans une émission en direct, un moment de vérité, qui ne dure parfois que quelques secondes. Quand on a demandé à Le Pen ce qu'elle admirait chez son adversaire, elle a répondu :"rien". Quand la même question a été posée à Macron, il a répondu : "la détermination". Et il a ajouté (je cite de mémoire) : il faut admirer en chacun sa part d'humanité, y compris chez son ennemi. Quelques mots départagent beaucoup plus qu'un volumineux programme : Macron est un humaniste, Le Pen ne l'est pas. D'une part l'homme qui sait admirer, de l'autre la femme qui ne sait pas.

Hier soir, d'autres images nous ont interpellés : ces lycéens manifestant derrière le slogan "Ni Marine ni Macron", "Ni patrie ni patron". Il y a quinze ans, la jeunesse déferlait dans les rues pour "faire barrage à Le Pen" en votant Chirac au second tour de la présidentielle. "La jeunesse emmerde le Front national" : c'était le slogan. Comme nous sommes loin de cette époque pourtant si proche ! Le vote Chirac était-il alors plus facile que le vote Macron ? Ce renvoi dos à dos, dans le même sac, de l'extrême droite et du centre gauche a quelque chose de barbare, d'effrayant.

Je pense aux années 20, un siècle bientôt, où le PCF révolutionnaire rejetait à la fois Blum et Hitler, les socialistes et les nazis. C'était la stratégie "classe contre classe", avant que les communistes ne comprennent, dans les années 30, avec le Front populaire, qu'il valait mieux adopter la stratégie du "front de classe", c'est-à-dire l'union des forces républicaines et progressistes. Nous ne sommes plus du tout dans le même contexte, mais l'esprit de défaitisme, la perte des nuances et des repères sont exactement les mêmes. J'ai toujours pensé qu'on ne pouvait faire de la politique qu'en faisant aussi de l'histoire.

Il y en a un qui semble avoir retenu les leçons de l'histoire, c'est Xavier Bertrand : non seulement en appelant à voter pour Macron, parce que Le Pen c'est le pire, mais en demandant à Sarkozy et à son parti de s'impliquer plus clairement dans ce sens. Il faut dire que le président des Hauts-de-France est bien placé, dans l'assemblée régionale, pour voir la réalité du Front national. A l'inverse, et paradoxalement, Martine Aubry ne prend position que du bout des lèvres, comme si le nom de Macron lui arrachait la gueule.

Ne parlons même pas de Mélenchon : son silence coupable, consternant, irresponsable trahit l'homme : un batteur d'estrade, pas un politique digne de ce nom. En se montrant mauvais perdant, il a perdu en une soirée toute crédibilité, il a gâché ce qui était pourtant, avec son score, un beau succès. Au lieu de faire prospérer son résultat en vue des élections législatives, il le détruit, il rompt avec la tradition de désistement républicain. S'il se rattrape, ce sera trop tard, le mal aura été fait. Pourquoi ce naufrage ? Parce que cet homme ne pense qu'à lui, n'écoute que lui, ne croit qu'en lui. C'est du césarisme en bonnet phrygien, pas de l'humanisme.

jeudi 27 avril 2017

Le Pen, Macron et les ouvriers



C'est un passage obligé d'une campagne présidentielle : la visite d'usine, les ouvriers attentifs, le candidat casqué comme un prolétaire, le discours devant les machines, les belles promesses ... C'est un peu ridicule et très électoraliste. Sarkozy l'a fait, Hollande aussi. Hier, sur le site de Whirlpool à Amiens, nous avons eu droit à quelque chose d'approchant, en même temps que différent. Sur le fond du dossier, nous n'avons rien appris, les premiers concernés non plus. C'était essentiellement une bataille d'images. Mais n'est-ce pas aussi ça la politique ?

En tout cas, nous avons beaucoup appris sur les deux candidats, et l'épisode lance vraiment la campagne du second tour. Marine Le Pen n'avait pas prévu de venir. Son intervention est purement tactique. Elle a planté Paris pour atterrir sur le parking de l'usine, entourée de militants FN du cru. Elle est restée un quart d'heure, pour quelques selfies et des cris. Le Pen ne connaît strictement rien au dossier Whirlpool. Pour preuve, elle s'engage à maintenir un site qui est déjà fermé, dont les syndicats eux-mêmes ne demandent pas la réouverture.

Le Pen était là pour le cinéma, pour capter une partie de l'électorat de Mélenchon, ce qui est aberrant : la tradition ouvrière n'a jamais été sensible à l'extrême droite. La sociologie du FN, ce sont les commerçants, les artisans, les PME, la classe moyenne déclassée et les rejetons de la bourgeoisie qui veulent s'encanailler. Un vote authentiquement de gauche, internationaliste, pacifiste et antifasciste comme celui de Mélenchon ne peut pas se reporter sur le FN.

Emmanuel Macron était hier à Amiens parce qu'il l'a choisi, parce qu'il a fait volontairement la démarche. Ce ne sont pas les circonstances qui l'ont pressé. Il n'est pas venu pour les caméras ni pour la campagne (ça, c'était le soir, à Arras, pour son meeting). Non, Macron s'est entretenu, à la Chambre de commerce, avec les délégués syndicaux, pour discuter du dossier, qu'il connaît bien, qu'il a traité quand il était ministre. Après, il a bien fait de se rendre sur le site, sachant que son adversaire exploitait la situation. Le début a été houleux, mais la suite a montré que le candidat reprenait la main, qu'il forçait l'écoute et le respect. Il est resté le temps qu'il fallait, pour dialoguer, pour expliquer, sans se faire suivre constamment par les caméras.

Aux ouvriers, Emmanuel Macron a adressé un message de vérité et d'espoir : non, il n'est pas possible de maintenir le site en l'état ; oui, il faut se battre pour trouver un repreneur ; oui, l'urgence est à l'adoption d'un plan social qui ne soit pas a minima, qui permette aux ouvriers de bénéficier d'une formation et d'un reclassement. Si Macron l'emporte dans dix jours, je crois qu'il le devra beaucoup à cette journée amiénoise où, en matière de sérieux, de compétence, d'honnêteté et de proposition, il n'y a pas photo entre Marine Le Pen et lui. Même en selfie.

mercredi 26 avril 2017

Et pourtant ils existent






Vous connaissez la chanson de Léo Ferré : "Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent ..." Les anarchistes, bien sûr ! Bien que ne partageant pas leurs idées, j'ai une tendresse particulière pour eux. C'est pourquoi, ce week-end, j'ai fait un saut à Paris, au Salon du Livre Libertaire, dans le Marais, où j'ai retrouvé mon vieux copain Dominique Lestrat, l'anarchiste le plus célèbre de l'Aisne (vignette 1).

Si j'aime les anars, c'est parce que ce sont les oubliés et les persécutés de l'Histoire. Qui se souvient qu'au XIXème, ils représentaient le courant de gauche le plus puissant, alors que les communistes n'étaient que des marginaux ? J'aime leur irrévérence envers tous les pouvoirs (voyez ce beau slogan, à l'entrée du Salon, vignette 4). J'aime leur ironie (vignette 2, l'affiche de la manifestation, qui détourne la figure d'un des plus grands tyrans du siècle dernier, Mao, transformé en propagandiste de l'anarchie !).

"Y'en a pas un sur cent ..." et ça fait pourtant du monde (vignette 3, vue d'ensemble). Dans les allées, j'ai croisé l'intellectuel rocardien, l'un des pères de la deuxième gauche, Pierre Rosanvallon. Sa présence ne m'étonne pas. Dans les années 70, pour contrer le socialisme autoritaire et stalinien, Jacques Julliard et lui s'étaient intéressés au courant proudhonien, au syndicalisme révolutionnaire. C'était l'époque où les penseurs irriguaient encore de leurs idées les partis de gauche.

Dimanche, j'ai quitté le Salon du Livre Libertaire pour rejoindre Saint-Quentin et aller voter pour qui vous savez. Que mes amis anarchistes me pardonnent cette infidélité.

mardi 25 avril 2017

Abstention = vote FN



Une élection n'est jamais gagnée d'avance, celle-ci pas plus qu'une autre, et même moins qu'une autre. Le peuple est libre, souverain et imprévisible. Il est hautement probable qu'Emmanuel Macron sera élu président de la République, mais nullement certain. Surtout, un score élevé de Marine Le Pen, même défaite, reste à craindre, car les élections législatives en pâtirait pour le camp du progrès, quelle que soit la sensibilité de ses candidats.

Ce qui m'inquiète fort, c'est que l'écart entre les deux candidats en lice est relativement réduit. Certes, Macron a des réserves de voix, mais on ne peut pas préjuger de leur ampleur. Le Pen en a aussi, même si les reports en sa faveur ne se manifestent pas publiquement. Quinze jours, c'est long. L'opinion peut évoluer, des événements troubler la situation, le grand débat changer la donne. Franchement, il y a hésitation quant au résultat final.

Le pire est ailleurs. En 2002, la présence de l'extrême droite au second tour, à un niveau pourtant plus faible qu'aujourd'hui, avait provoqué une vague d'indignation et de manifestations dans toute la France. Là, rien. Comme si le FN s'était normalisé, était accepté, s'était installé définitivement dans le paysage. C'est affolant. Le Front national progressera entre les deux tours, je le crains. La droite républicaine a choisi clairement de soutenir Emmanuel Macron. Elle sait, au-delà de ses convictions républicaines, qu'une victoire du FN signerait sa mort. Mais une partie de son électorat, peu soucieux de stratégie, ne suivra pas : une fraction de la droite se reconnaitra toujours beaucoup plus dans l'extrême droite que dans Macron. Nous savons aussi qu'aujourd'hui les consignes de vote sont moins suivies qu'autrefois.

Paradoxalement, le plus grand danger vient peut-être de la gauche. Pas de l'électorat socialiste, qui a intégré depuis longtemps la logique de front républicain. Mais l'électorat important de Mélenchon me préoccupe. Cette gauche radicale considère Macron comme un banquier, un privilégié, un homme de droite pour lequel elle n'est pas encline à voter, même pour faire barrage à Le Pen. L'abstention est sans doute sa tentation. Je crois même qu'une minorité de cet électorat irait jusqu'à voter Le Pen, par ressentiment, par goût pour la transgression, pour faire péter le système. La xénophobie lui fait horreur, mais la radicalité, la brutalité et l'antilibéralisme de Le Pen peuvent la séduire. Je crois en l'existence à la marge d'un gaucho-lepénisme. Et les marges comptent, dans ce genre d'élection.

Il faut nous efforcer de détruire une idée fausse : s'abstenir au second tour, ce n'est pas s'abstenir, renvoyer dos à dos les deux candidats ; c'est voter indirectement FN. Toute voix qui manque à Macron favorise Le Pen. L'abstention n'est pas la neutralité, qui n'existe pas en politique. Depuis 15 ans, quand il le faut, je vote à droite, bien que je ne partage pas ses idées : mais parce qu'il faut empêcher le FN. Je le fais sans problème ni hésitation. Que tous ceux qui n'apprécient pas Macron mais sont hostiles à Le Pen fassent comme moi : qu'ils votent pour lui. 

lundi 24 avril 2017

La fin d'une époque


Depuis une vingtaine d'années, j'ai assisté à bien des soirées électorales au palais de Fervaques. Mais des comme hier soir, jamais ! C'était littéralement surréaliste. D'abord, la salle à moitié vide, là où d'habitude, quels que soient les résultats, elle est archi pleine. Explication : la droite, qui assure depuis longtemps le remplissage, est partie massivement dès 20h00, quand elle a su que son candidat ne se serait pas présent au second tour. Il est vrai aussi que l'annonce officielle s'est faite tardivement, vers 22h00, à cause de la fermeture des bureaux une heure plus tard.

En revanche, et contrairement au passé, le Front national était très présent, avec de nombreux militants, jeunes pour la plupart. Le suppléant de Sylvie Saillard aux dernières législatives n'hésitait pas à aller vers les uns et les autres, se faisant notamment connaître auprès de la presse. Le temps de la marginalité est terminé pour ce parti : il est désormais puissant sur Saint-Quentin, il s'installe et ça se voit, au-delà des simples résultats électoraux.

A l'inverse, le Parti socialiste passe en catimini et ne s'attarde pas : pour lui, c'est fini. Mais le plus surprenant est l'absence des partisans de Jean-Luc Mélenchon, qui ont pourtant réalisé chez nous une formidable percée (au moment de la proclamation de leur résultat, aucun applaudissement). Décidemment, d'où qu'on la prenne, cette soirée n'était pas comme les autres. A 21h00, je reçois un texto de Pierre André, qui me dit qu'il votera Macron. Je lui réponds : c'est à votre tour ! En effet, moi aussi, contre le FN, il m'est arrivé souvent de voter pour quelqu'un qui n'était pas de mon camp. Thomas Dudebout me confie également ce vote. S'il n'y a pas de front républicain, il y a manifestement un réflexe républicain.

Un certain Patrick vient discuter avec moi. Au revers de sa veste, j'aperçois la fleur bleue du FN. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années, chez des amis communs, écologistes à Ribemont. C'est un ancien électeur de gauche, qui a rejoint le Front national il y a quatre ans. Je l'écoute, il me dit : "Je suis un homme de l'ancien monde". Il rejette fortement Macron, qui représente à ses yeux ce nouveau monde dont il ne veut pas. Après tout, ce n'est pas si mal vu, même si nos conclusions divergent totalement. A Patrick et à tous ceux comme lui qui éprouvent des peurs devant ce monde qui change, je veux leur dire qu'il n'y a rien à craindre, qu'il faut épouser notre temps, que le remède illusoire est pire que le mal apparent, que la nostalgie largement fabriquée ne tient pas lieu de ligne politique.

L'équipe d'En Marche ! était bien sûr présente à Fervaques (en vignette, en l'absence de Mike Plaza, notre animateur, retenu à Paris). Sans joie excessive, sans satisfaction déplacée, mais fidèle à ce que nous voulons être : une équipe sage et sérieuse, au présent et pour l'avenir, bien conscients que nous sommes en train de vivre la fin d'une époque, que les comportements passés sont dépassés, qu'il nous revient de préparer avec responsabilité le futur. Attention : rien n'est joué. Au premier tour, nous avons mobilisé les progressistes, dans le respect de leurs sensibilités. Au second tour, nous devons rassembler les républicains, dans le respect de leurs sensibilités. Nous vous donnons dès à présent rendez-vous mercredi matin, sur le marché de Saint-Quentin, à partir de 10h30.

vendredi 21 avril 2017

Jeux interdits



La dernière grande émission politique entre tous les candidats à l'élection présidentielle a eu lieue hier soir, sur France 2. Chacun était invité à présenter un objet lui tenant à coeur, comme dans ces jeux pédagogiques, à l'école primaire. Un seul a refusé, n'étant pas "fétichiste", a-t-il justifié. Après, les candidats devaient réagir à une photo d'eux, ancienne : pensaient-ils déjà, à cette époque-là, être président de la République ? Tous ont répondu que non. J'ai pensé à ce petit jeu entre enfants, pour savoir ce qu'ils veulent être plus tard, pompier ou infirmière. Léa (Salamé) ouvrait ses grands yeux de biche et le sourire qui va avec, en écoutant les confidences attendrissantes des grands et des petits candidats. Séquence émotion.

Enfin, l'entretien se terminait par l'aveu d'un regret. Nous n'étions pas loin du désormais célèbre mea culpa, un passage obligé pour toute personnalité publique. Père Pujadas et Soeur Salamé soumettaient leurs invités à confesse, sans leur donner pour autant l'absolution. Ce n'est qu'un jeu, après tout. Certains s'y sont pliés, sachant que l'exercice de la repentance est aujourd'hui très apprécié. D'autres ont résisté, affirmant presque que la politique consiste à dire des choses, faire des choix et entreprendre des actions sans remords ni regrets, en assumant tout. Mais aller jusqu'à cette clarté aurait paru arrogant, voire méprisant : la réponse a donc été atténuée.

En cours d'émission, David (Pujadas) a informé en direct d'une fusillade sur les Champs-Elysées, à Paris, faisant un tué parmi les policiers. Les candidats, embarrassés, ne sachant rien de ce qui était en train de se passer à l'extérieur, ont été sommés malgré tout de dire quelque chose. L'opération était en cours, on ignorait l'identité et l'intention des auteurs, la déontologie aurait exigé que Pujadas n'en parle pas. Mais la loi de l'audimat s'impose : il ne fallait pas que les nombreux spectateurs partent sur les autres chaînes pour s'informer.

Dans leur conclusion, lorsque tous les candidats se sont retrouvés sur le plateau, la gêne dans laquelle les journalistes et les circonstances les avaient plongés était encore plus grande et plus fâcheuse. Tous se sont sentis obligés d'exprimer leurs condoléances et de modifier leur déclaration finale. A trois jours du premier tour, il ne s'agissait pas, pour les possibles gagnants, de risquer un faux pas qui entrainerait leur défaite. En matière de compassion, ils devaient se montrer impeccables. Ce qui n'a pas empêché les fausses notes. Mélenchon a soutenu qu'il ne fallait surtout pas arrêter la campagne, alors que Fillon prétendait qu'il faut la suspendre. Poutou a mis au même niveau le meurtre d'un policier et le suicide d'un ouvrier. Le Pen affirmait que le "cauchemar" recommençait, sans s'être regardée dans une glace : le cauchemar, c'est elle.

Macron a demandé à ce qu'on ne fasse pas "le jeu des terroristes". Mais c'est trop tard : les tueurs voulaient qu'on parle d'eux et déstabiliser la campagne électorale. Ils y sont parvenus, en direct, lors de cette dernière émission politique. Pujadas et Salamé leur ont offert sur un plateau ce qu'ils voulaient. Après, il ne leur restait plus qu'à fuir ou à mourir, puisque leur seul objectif, c'est de faire peur. Hier, sur nos écrans, c'était la peur en direct. L'émission a commencé gentiment par des jeux d'enfants, elle a continué par le jeu tragique des terroristes avec les médias. Il faudrait interdire les uns et les autres.

mercredi 19 avril 2017

La tête de l'emploi



Dans mon billet d'hier, j'ai été arrogant et méprisant envers les indécis, j'ai manqué à leur égard de charité, oui je le confesse. Je veux aujourd'hui me rattraper, avec humilité, en les aidant à sortir de leur indécision. Il faut faire vite, nous n'avons plus que quelques jours. J'ai une solution à leur proposer et à vous proposer, simple et efficace, dont j'use à chaque scrutin : l'observation et l'analyse des affiches électorales, qui économisent la lecture d'un long et fastidieux programme. A d'étonnants détails, qui passent souvent inaperçus, nous pouvons établir des préférences.

Sur les onze affiches, tous sourient, mais deux seulement montrent les dents, ce qui ne vous surprendra pas : Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen ! La facho a évidemment un slogan de facho : "Remettre la France en ordre". Sauf qu'avec d'elle, dès le soir de son élection, ce serait le gros bordel, nous le savons bien. Eliminons tout de suite ces deux dangereux extrémistes (Dupont a beau avoir un brave nom, il a flirté dans un récent passé avec le FN : ils ne sont pas allés jusqu'à coucher ensemble, mais leur frottement suffit à me dégoûter).

Sur les onze affiches, tous fixent l'électeur droit dans les yeux, sauf un qui regarde de travers : Jean Lassalle. Normal, il n'est pas très net. Ce faux berger, qui veut émouvoir dans les bergeries et les chaumières, balance ce slogan : "Le temps est venu". Oui, mais de quoi ? Pas de ce qu'il croit, en tout cas. Jacques Cheminade, lui, se retranche derrière une formule de Résistant : "Se libérer de l'occupation financière". Peut-être que cet anti-américain veut nous faire oublier que son mouvement politique a ses origines dans l'extrême droite américaine ... François Asselineau nous demande de faire "un choix historique". Je n'en doute pas, mais ce ne sera pas le sien. Cheminade et Asselineau sont deux anciens énarques : comment quoi l'intelligence n'est pas une garantie.

Sur les onze affiches, il y a une grosse tête et un slogan, sauf chez Lutte ouvrière, qui nous gratifie d'un long texte, privilégiant ainsi le lecteur à l'électeur. Nathalie Arthaud est en petit : dommage, c'est le plus joli visage. Philippe Poutou, son collègue d'extrême gauche, est le seul des candidats à afficher une barbe naissante (selon ses partisans) ou à être mal rasé (selon ses adversaires). Jean-Luc Mélenchon offre la photo la plus naturelle : un visage reposé, lui dont le verbe est souvent excité. Je crois que ce doux regard, ce sourire serein rassurent alors que son programme, lu de près, inquiète.

François Fillon est le plus triste des onze. Triste comme son slogan, triste comme sa campagne, triste comme ses affaires, triste comme sa prochaine défaite. Benoit Hamon est la seule tête qui penche, fortement, à gauche bien sûr. Tous les autres visages se tiennent droit. Le candidat socialiste est bancal. Logique : il manque de soutiens, il baisse dans les sondages, on sent qu'il va s'effondrer. Il aura sans doute le destin de la tour de Pise : elle penche, elle s'enfonce mais elle tient encore.

Voilà, j'ai passé en revue les onze. Mais non ! J'ai gardé le meilleur pour la fin : mon Manu Macron ! C'est le seul qui emploie en gros, dans son slogan, le mot de "président". Aucun autre ne le fait. Et vous savez pourquoi ? Parce qu'ils ne le seront pas, et qu'ils le savent déjà. Il faut savoir observer les signes des temps. A vous maintenant, amis indécis, de faire votre choix. Je vous ai aidés comme j'ai pu. Ne me remerciez pas.

mardi 18 avril 2017

Indécents indécis



Le plus anormal de cette campagne anormale, c'est le nombre d'indécis à quelques jours du premier tour. Pourtant, les réunions font salle comble, les émissions de télévision sont multiples et très suivies, le suspense est grand jusqu'à dimanche prochain, les jeux sont ouverts. Voilà qui manifeste un réel intérêt et devrait mobiliser les électeurs. Eh bien non, pour le moment. Car un indécis, s'il le reste jusqu'au bout, se transforme rapidement en abstentionniste. A force d'indécision, on finit par ne plus savoir quoi choisir et donc par renoncer à voter. Il parait qu'un tiers de l'électorat serait atteint par le mal de l'indécision.

Les abstentionnistes, je peux les comprendre, sans bien sûr les approuver : ils ne s'intéressent pas à la politique, ils ne se sentent pas concernés. Pourquoi pas : s'abstenir, c'est aussi une forme de point de vue. Qu'on ne croit pas au système de gouvernement, qu'on se méfie des hommes de pouvoir, qu'on estime qu'il est plus sage de cultiver son jardin ou d'aller à la pêche, c'est après tout une philosophie de vie qui n'est pas réservée qu'aux anarchistes. Mais les indécis, je ne les comprends pas et, pour tout dire, je ne les aime pas : l'hésitation, la pusillanimité, l'incertitude, ce sont de très condamnables faiblesses, dans la vie d'homme comme dans la vie de citoyen.

Les abstentionnistes, au moins, ne faussent pas la démocratie. Ils veulent rester chez eux ? Qu'ils y restent ! De toute façon, leur abstention compte heureusement pour du beurre dans le calcul des résultats. Mais les indécis, eux, perturbent tout. Ils ne savent pas sur quel pied danser et ils risquent de faire tourner le scrutin en bourrique. On se demande même si le pur hasard ou la stupide intuition de dernière minute ne vont pas conditionner leur choix. Car on me dit que certains indécis demeurent indécis jusque dans l'isoloir ! Pas sérieux, ces gens-là.

Et ne me dites pas que l'indécision aurait sa légitimité : elle n'en a aucune, elle est un vice. Qu'on puisse hésiter à quelques mois de l'élection, je l'admets. Mais à quelques jours, c'est une sottise. Les candidats, leur personnalité et leur programme sont connus pour la plupart depuis longtemps. Il n'y a rien de bien nouveau à en attendre. Les citoyens ont largement eu le temps de se faire une idée. Aussi loin que je remonte dans mon existence d'électeur, je n'ai jamais été indécis. Macron, je savais que j'allais voter pour lui avant même qu'il se porte candidat. Je crois même pouvoir dire que j'étais son supporter avant qu'il soit né, puisque le courant politique qu'il incarne a toujours été le mien, sous d'autres visages.

Alors, comment expliquer le boom actuel de cette manie détestable, anti-citoyenne : l'indécision ? Comme le reste, je pense qu'elle est à l'image de notre société. Le choix est si grand que les gens ne savent plus choisir. Ne pas s'engager, passer de l'un à l'autre, n'être satisfait par personne, c'est notre époque ! L'indécision devient presque une forme de décision, le parti pris de ne pas en prendre. Fromage ou dessert ? La vérité, c'est que l'homme d'aujourd'hui veut les deux, et ne surtout pas trancher. C'est politiquement embêtant, c'est moralement méprisable.