samedi 29 avril 2017

Ambiance de marché



J'ai toujours pensé qu'une distribution sur un marché valait bien un sondage d'opinion. Ce matin, nous étions six En Marche ! du côté de la rue des Toiles. Aucun militant FN, contrairement à mercredi dernier, mais ceux du POI, Parti ouvrier indépendant (extrême gauche), avec le tract au titre suivant : "Pas une voix pour les candidats de la réaction ! Pas une voix pour M. Macron et Mme Le Pen ! RESISTANCE !" Ce n'est pas vraiment l'idée que je me fais de la résistance, sur le plan historique du moins. La droite n'était pas absente, mais individuellement : Julien Dive, Marie-Laurence Maitre, Vincent Savelli, Freddy Grzeziczak ...

Autant le dire tout de suite : l'accueil envers Macron est moins bon qu'avant le premier tour. A Saint-Quentin, on sent que les 30% du Front national sont passés par là. C'est qu'un deuxième tour inaugure une campagne nouvelle. Cette fois-ci, les passions, quand il y en a, sont exacerbées : on ne fait pas plus opposés que Le Pen et Macron ! Les réactions traduisent ce choc des candidatures. Et puis, il y a tous ceux, nombreux ce matin, qui rejettent les deux candidats et s'apprêtent à s'abstenir ou à ne pas aller voter. Là aussi, la situation a complétement changé : plus de réflexe anti-FN, plus de vote républicain. On a beaucoup parlé, à propos de Fillon, d'un "vote caché", finalement inexistant. Je crois qu'il pourrait être réel, du côté de l'électorat de Mélenchon, au profit de Le Pen, dans un souci de radicalisation.

Bien sûr, il faut relativiser ces impressions par le fait que de nombreux passants prennent notre tract favorablement, nous assurent de leur soutien, manifestent leur rejet de l'extrême droite. Encore heureux ! Mais si je devais faire une estimation à la louche, je dirais que c'est du 50/50. Il y a aussi les silencieux, les souriants, les polis dont on ne sait pas ce qu'ils pensent ni ce qu'ils feront le jour de l'élection.

Ce qui est stupéfiant, c'est l'influence des médias. Une dame m'asticote sur l'épisode de la Rotonde. Je lui répond assez facilement que c'est une brasserie ordinaire et que Macron a bien le droit d'aller prendre un pot pour remercier son équipe au soir du premier tour. Elle en convient mais me dit que l'image véhiculée par la télévision reste négative aux yeux de beaucoup, y compris à ses propres yeux, nonobstant mon explication. Comme si l'image télévisée prévalait sur la réalité. J'ai immédiatement pensé à la distinction que fait désormais la météo entre la température réelle et la température ressentie. C'est la victoire assumée de la subjectivité sur le réel ! Nous ne sommes plus dans la politique, mais dans le fait de société.

Dans la même veine, une marcheuse se dit horrifiée de ce qu'elle lit sur les réseaux sociaux (où je ne vais pas) contre Emmanuel Macron : un torrent de boue, les pires rumeurs pour l'avilir. Les pères de la République rêvaient à un citoyen responsable faisant des choix argumentés à l'issue d'un débat rationnel : nous en sommes très loin ! Mais, après tout, la République en a vu d'autres et son idéal n'a jamais cessé d'être malmené.

Ce que je retiens de ces deux heures passées sur le marché de Saint-Quentin, c'est que rien n'est joué pour le second tour : le résultat demeure incertain et le pire n'est pas à exclure. Pour tout dire, je suis inquiet, raisonnablement inquiet. Il faudra mobiliser jusqu'au dernier jour, défendre Macron jusqu'au bout, ne lâcher sur rien. J'irais plus loin : la victoire ne suffit pas ; il faut une LARGE victoire. Sinon, aux législatives qui suivront, ce sera une vague FN qui emportera tout et rendra le pays ingouvernable. Oui, aujourd'hui, pour la première fois depuis le lancement d'En Marche ! je suis inquiet.

Je ne doute évidemment pas qu'une grande partie de la population française est attachée à la République. Mais je crains qu'une autre partie, non négligeable, n'en a rien à faire, est au contraire séduite par la figure autoritaire de Le Pen, dans une société qui travers une crise de l'autorité, à tous les niveaux. Qu'est-ce que cela donnera dans huit jours ? Je n'en sais rien. Je sais seulement qu'il faut tout faire pour que Macron soit élu et Le Pen largement battue.

vendredi 28 avril 2017

Humanisme ou barbarie



Dans cette campagne du second tour, chaque jour apporte sa part de vérité. Hier, Le Pen, attifée d'un ciré jaune, nous a menés en bateau, avec Gilbert Collard à la barre, en faux capitaine Haddock. La scène était grotesque. Le Pen riait, riait, riait. Plus l'échéance approche, plus elle rit. Mais de qui, de quoi ? Rire nerveux, peut-être. Ou bien n'a-t-elle plus rien d'autre à dire qu'à rire ? Moi, ce rire me fait peur.

Macron, c'est l'inverse : très souriant il y a quelques temps, son visage se creuse, devient plus grave, gagne en retenue. Hier, il nous a conduits à Sarcelles, pour jouer au foot avec des jeunes. C'était spontané, joyeux. En bien des coins de France, Le Pen n'est pas la bienvenue, elle ne s'y risque pas. Macron est partout chez lui. Tout le monde, de bonne volonté, quelle que soit sa sensibilité, y compris critique, peut se retrouver en lui. Le Pen, non : elle suscite le rejet, et même le dégoût d'une grande majorité.

Hier soir, Macron était l'invité de l'émission politique de TF1-LCI, deux jours après Le Pen. Des deux candidats, il n'y a plus grand-chose à apprendre ni à attendre : le républicain et le progressiste d'un côté, la nationaliste et la xénophobe de l'autre, voilà le choix. Et un troisième, celui de la lâcheté : l'abstention ou le vote blanc. J'ai tout de même regardé, dans les deux cas, jusqu'au bout. Il y a toujours, dans une émission en direct, un moment de vérité, qui ne dure parfois que quelques secondes. Quand on a demandé à Le Pen ce qu'elle admirait chez son adversaire, elle a répondu :"rien". Quand la même question a été posée à Macron, il a répondu : "la détermination". Et il a ajouté (je cite de mémoire) : il faut admirer en chacun sa part d'humanité, y compris chez son ennemi. Quelques mots départagent beaucoup plus qu'un volumineux programme : Macron est un humaniste, Le Pen ne l'est pas. D'une part l'homme qui sait admirer, de l'autre la femme qui ne sait pas.

Hier soir, d'autres images nous ont interpellés : ces lycéens manifestant derrière le slogan "Ni Marine ni Macron", "Ni patrie ni patron". Il y a quinze ans, la jeunesse déferlait dans les rues pour "faire barrage à Le Pen" en votant Chirac au second tour de la présidentielle. "La jeunesse emmerde le Front national" : c'était le slogan. Comme nous sommes loin de cette époque pourtant si proche ! Le vote Chirac était-il alors plus facile que le vote Macron ? Ce renvoi dos à dos, dans le même sac, de l'extrême droite et du centre gauche a quelque chose de barbare, d'effrayant.

Je pense aux années 20, un siècle bientôt, où le PCF révolutionnaire rejetait à la fois Blum et Hitler, les socialistes et les nazis. C'était la stratégie "classe contre classe", avant que les communistes ne comprennent, dans les années 30, avec le Front populaire, qu'il valait mieux adopter la stratégie du "front de classe", c'est-à-dire l'union des forces républicaines et progressistes. Nous ne sommes plus du tout dans le même contexte, mais l'esprit de défaitisme, la perte des nuances et des repères sont exactement les mêmes. J'ai toujours pensé qu'on ne pouvait faire de la politique qu'en faisant aussi de l'histoire.

Il y en a un qui semble avoir retenu les leçons de l'histoire, c'est Xavier Bertrand : non seulement en appelant à voter pour Macron, parce que Le Pen c'est le pire, mais en demandant à Sarkozy et à son parti de s'impliquer plus clairement dans ce sens. Il faut dire que le président des Hauts-de-France est bien placé, dans l'assemblée régionale, pour voir la réalité du Front national. A l'inverse, et paradoxalement, Martine Aubry ne prend position que du bout des lèvres, comme si le nom de Macron lui arrachait la gueule.

Ne parlons même pas de Mélenchon : son silence coupable, consternant, irresponsable trahit l'homme : un batteur d'estrade, pas un politique digne de ce nom. En se montrant mauvais perdant, il a perdu en une soirée toute crédibilité, il a gâché ce qui était pourtant, avec son score, un beau succès. Au lieu de faire prospérer son résultat en vue des élections législatives, il le détruit, il rompt avec la tradition de désistement républicain. S'il se rattrape, ce sera trop tard, le mal aura été fait. Pourquoi ce naufrage ? Parce que cet homme ne pense qu'à lui, n'écoute que lui, ne croit qu'en lui. C'est du césarisme en bonnet phrygien, pas de l'humanisme.

jeudi 27 avril 2017

Le Pen, Macron et les ouvriers



C'est un passage obligé d'une campagne présidentielle : la visite d'usine, les ouvriers attentifs, le candidat casqué comme un prolétaire, le discours devant les machines, les belles promesses ... C'est un peu ridicule et très électoraliste. Sarkozy l'a fait, Hollande aussi. Hier, sur le site de Whirlpool à Amiens, nous avons eu droit à quelque chose d'approchant, en même temps que différent. Sur le fond du dossier, nous n'avons rien appris, les premiers concernés non plus. C'était essentiellement une bataille d'images. Mais n'est-ce pas aussi ça la politique ?

En tout cas, nous avons beaucoup appris sur les deux candidats, et l'épisode lance vraiment la campagne du second tour. Marine Le Pen n'avait pas prévu de venir. Son intervention est purement tactique. Elle a planté Paris pour atterrir sur le parking de l'usine, entourée de militants FN du cru. Elle est restée un quart d'heure, pour quelques selfies et des cris. Le Pen ne connaît strictement rien au dossier Whirlpool. Pour preuve, elle s'engage à maintenir un site qui est déjà fermé, dont les syndicats eux-mêmes ne demandent pas la réouverture.

Le Pen était là pour le cinéma, pour capter une partie de l'électorat de Mélenchon, ce qui est aberrant : la tradition ouvrière n'a jamais été sensible à l'extrême droite. La sociologie du FN, ce sont les commerçants, les artisans, les PME, la classe moyenne déclassée et les rejetons de la bourgeoisie qui veulent s'encanailler. Un vote authentiquement de gauche, internationaliste, pacifiste et antifasciste comme celui de Mélenchon ne peut pas se reporter sur le FN.

Emmanuel Macron était hier à Amiens parce qu'il l'a choisi, parce qu'il a fait volontairement la démarche. Ce ne sont pas les circonstances qui l'ont pressé. Il n'est pas venu pour les caméras ni pour la campagne (ça, c'était le soir, à Arras, pour son meeting). Non, Macron s'est entretenu, à la Chambre de commerce, avec les délégués syndicaux, pour discuter du dossier, qu'il connaît bien, qu'il a traité quand il était ministre. Après, il a bien fait de se rendre sur le site, sachant que son adversaire exploitait la situation. Le début a été houleux, mais la suite a montré que le candidat reprenait la main, qu'il forçait l'écoute et le respect. Il est resté le temps qu'il fallait, pour dialoguer, pour expliquer, sans se faire suivre constamment par les caméras.

Aux ouvriers, Emmanuel Macron a adressé un message de vérité et d'espoir : non, il n'est pas possible de maintenir le site en l'état ; oui, il faut se battre pour trouver un repreneur ; oui, l'urgence est à l'adoption d'un plan social qui ne soit pas a minima, qui permette aux ouvriers de bénéficier d'une formation et d'un reclassement. Si Macron l'emporte dans dix jours, je crois qu'il le devra beaucoup à cette journée amiénoise où, en matière de sérieux, de compétence, d'honnêteté et de proposition, il n'y a pas photo entre Marine Le Pen et lui. Même en selfie.

mercredi 26 avril 2017

Et pourtant ils existent






Vous connaissez la chanson de Léo Ferré : "Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent ..." Les anarchistes, bien sûr ! Bien que ne partageant pas leurs idées, j'ai une tendresse particulière pour eux. C'est pourquoi, ce week-end, j'ai fait un saut à Paris, au Salon du Livre Libertaire, dans le Marais, où j'ai retrouvé mon vieux copain Dominique Lestrat, l'anarchiste le plus célèbre de l'Aisne (vignette 1).

Si j'aime les anars, c'est parce que ce sont les oubliés et les persécutés de l'Histoire. Qui se souvient qu'au XIXème, ils représentaient le courant de gauche le plus puissant, alors que les communistes n'étaient que des marginaux ? J'aime leur irrévérence envers tous les pouvoirs (voyez ce beau slogan, à l'entrée du Salon, vignette 4). J'aime leur ironie (vignette 2, l'affiche de la manifestation, qui détourne la figure d'un des plus grands tyrans du siècle dernier, Mao, transformé en propagandiste de l'anarchie !).

"Y'en a pas un sur cent ..." et ça fait pourtant du monde (vignette 3, vue d'ensemble). Dans les allées, j'ai croisé l'intellectuel rocardien, l'un des pères de la deuxième gauche, Pierre Rosanvallon. Sa présence ne m'étonne pas. Dans les années 70, pour contrer le socialisme autoritaire et stalinien, Jacques Julliard et lui s'étaient intéressés au courant proudhonien, au syndicalisme révolutionnaire. C'était l'époque où les penseurs irriguaient encore de leurs idées les partis de gauche.

Dimanche, j'ai quitté le Salon du Livre Libertaire pour rejoindre Saint-Quentin et aller voter pour qui vous savez. Que mes amis anarchistes me pardonnent cette infidélité.

mardi 25 avril 2017

Abstention = vote FN



Une élection n'est jamais gagnée d'avance, celle-ci pas plus qu'une autre, et même moins qu'une autre. Le peuple est libre, souverain et imprévisible. Il est hautement probable qu'Emmanuel Macron sera élu président de la République, mais nullement certain. Surtout, un score élevé de Marine Le Pen, même défaite, reste à craindre, car les élections législatives en pâtirait pour le camp du progrès, quelle que soit la sensibilité de ses candidats.

Ce qui m'inquiète fort, c'est que l'écart entre les deux candidats en lice est relativement réduit. Certes, Macron a des réserves de voix, mais on ne peut pas préjuger de leur ampleur. Le Pen en a aussi, même si les reports en sa faveur ne se manifestent pas publiquement. Quinze jours, c'est long. L'opinion peut évoluer, des événements troubler la situation, le grand débat changer la donne. Franchement, il y a hésitation quant au résultat final.

Le pire est ailleurs. En 2002, la présence de l'extrême droite au second tour, à un niveau pourtant plus faible qu'aujourd'hui, avait provoqué une vague d'indignation et de manifestations dans toute la France. Là, rien. Comme si le FN s'était normalisé, était accepté, s'était installé définitivement dans le paysage. C'est affolant. Le Front national progressera entre les deux tours, je le crains. La droite républicaine a choisi clairement de soutenir Emmanuel Macron. Elle sait, au-delà de ses convictions républicaines, qu'une victoire du FN signerait sa mort. Mais une partie de son électorat, peu soucieux de stratégie, ne suivra pas : une fraction de la droite se reconnaitra toujours beaucoup plus dans l'extrême droite que dans Macron. Nous savons aussi qu'aujourd'hui les consignes de vote sont moins suivies qu'autrefois.

Paradoxalement, le plus grand danger vient peut-être de la gauche. Pas de l'électorat socialiste, qui a intégré depuis longtemps la logique de front républicain. Mais l'électorat important de Mélenchon me préoccupe. Cette gauche radicale considère Macron comme un banquier, un privilégié, un homme de droite pour lequel elle n'est pas encline à voter, même pour faire barrage à Le Pen. L'abstention est sans doute sa tentation. Je crois même qu'une minorité de cet électorat irait jusqu'à voter Le Pen, par ressentiment, par goût pour la transgression, pour faire péter le système. La xénophobie lui fait horreur, mais la radicalité, la brutalité et l'antilibéralisme de Le Pen peuvent la séduire. Je crois en l'existence à la marge d'un gaucho-lepénisme. Et les marges comptent, dans ce genre d'élection.

Il faut nous efforcer de détruire une idée fausse : s'abstenir au second tour, ce n'est pas s'abstenir, renvoyer dos à dos les deux candidats ; c'est voter indirectement FN. Toute voix qui manque à Macron favorise Le Pen. L'abstention n'est pas la neutralité, qui n'existe pas en politique. Depuis 15 ans, quand il le faut, je vote à droite, bien que je ne partage pas ses idées : mais parce qu'il faut empêcher le FN. Je le fais sans problème ni hésitation. Que tous ceux qui n'apprécient pas Macron mais sont hostiles à Le Pen fassent comme moi : qu'ils votent pour lui. 

lundi 24 avril 2017

La fin d'une époque


Depuis une vingtaine d'années, j'ai assisté à bien des soirées électorales au palais de Fervaques. Mais des comme hier soir, jamais ! C'était littéralement surréaliste. D'abord, la salle à moitié vide, là où d'habitude, quels que soient les résultats, elle est archi pleine. Explication : la droite, qui assure depuis longtemps le remplissage, est partie massivement dès 20h00, quand elle a su que son candidat ne se serait pas présent au second tour. Il est vrai aussi que l'annonce officielle s'est faite tardivement, vers 22h00, à cause de la fermeture des bureaux une heure plus tard.

En revanche, et contrairement au passé, le Front national était très présent, avec de nombreux militants, jeunes pour la plupart. Le suppléant de Sylvie Saillard aux dernières législatives n'hésitait pas à aller vers les uns et les autres, se faisant notamment connaître auprès de la presse. Le temps de la marginalité est terminé pour ce parti : il est désormais puissant sur Saint-Quentin, il s'installe et ça se voit, au-delà des simples résultats électoraux.

A l'inverse, le Parti socialiste passe en catimini et ne s'attarde pas : pour lui, c'est fini. Mais le plus surprenant est l'absence des partisans de Jean-Luc Mélenchon, qui ont pourtant réalisé chez nous une formidable percée (au moment de la proclamation de leur résultat, aucun applaudissement). Décidemment, d'où qu'on la prenne, cette soirée n'était pas comme les autres. A 21h00, je reçois un texto de Pierre André, qui me dit qu'il votera Macron. Je lui réponds : c'est à votre tour ! En effet, moi aussi, contre le FN, il m'est arrivé souvent de voter pour quelqu'un qui n'était pas de mon camp. Thomas Dudebout me confie également ce vote. S'il n'y a pas de front républicain, il y a manifestement un réflexe républicain.

Un certain Patrick vient discuter avec moi. Au revers de sa veste, j'aperçois la fleur bleue du FN. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années, chez des amis communs, écologistes à Ribemont. C'est un ancien électeur de gauche, qui a rejoint le Front national il y a quatre ans. Je l'écoute, il me dit : "Je suis un homme de l'ancien monde". Il rejette fortement Macron, qui représente à ses yeux ce nouveau monde dont il ne veut pas. Après tout, ce n'est pas si mal vu, même si nos conclusions divergent totalement. A Patrick et à tous ceux comme lui qui éprouvent des peurs devant ce monde qui change, je veux leur dire qu'il n'y a rien à craindre, qu'il faut épouser notre temps, que le remède illusoire est pire que le mal apparent, que la nostalgie largement fabriquée ne tient pas lieu de ligne politique.

L'équipe d'En Marche ! était bien sûr présente à Fervaques (en vignette, en l'absence de Mike Plaza, notre animateur, retenu à Paris). Sans joie excessive, sans satisfaction déplacée, mais fidèle à ce que nous voulons être : une équipe sage et sérieuse, au présent et pour l'avenir, bien conscients que nous sommes en train de vivre la fin d'une époque, que les comportements passés sont dépassés, qu'il nous revient de préparer avec responsabilité le futur. Attention : rien n'est joué. Au premier tour, nous avons mobilisé les progressistes, dans le respect de leurs sensibilités. Au second tour, nous devons rassembler les républicains, dans le respect de leurs sensibilités. Nous vous donnons dès à présent rendez-vous mercredi matin, sur le marché de Saint-Quentin, à partir de 10h30.

vendredi 21 avril 2017

Jeux interdits



La dernière grande émission politique entre tous les candidats à l'élection présidentielle a eu lieue hier soir, sur France 2. Chacun était invité à présenter un objet lui tenant à coeur, comme dans ces jeux pédagogiques, à l'école primaire. Un seul a refusé, n'étant pas "fétichiste", a-t-il justifié. Après, les candidats devaient réagir à une photo d'eux, ancienne : pensaient-ils déjà, à cette époque-là, être président de la République ? Tous ont répondu que non. J'ai pensé à ce petit jeu entre enfants, pour savoir ce qu'ils veulent être plus tard, pompier ou infirmière. Léa (Salamé) ouvrait ses grands yeux de biche et le sourire qui va avec, en écoutant les confidences attendrissantes des grands et des petits candidats. Séquence émotion.

Enfin, l'entretien se terminait par l'aveu d'un regret. Nous n'étions pas loin du désormais célèbre mea culpa, un passage obligé pour toute personnalité publique. Père Pujadas et Soeur Salamé soumettaient leurs invités à confesse, sans leur donner pour autant l'absolution. Ce n'est qu'un jeu, après tout. Certains s'y sont pliés, sachant que l'exercice de la repentance est aujourd'hui très apprécié. D'autres ont résisté, affirmant presque que la politique consiste à dire des choses, faire des choix et entreprendre des actions sans remords ni regrets, en assumant tout. Mais aller jusqu'à cette clarté aurait paru arrogant, voire méprisant : la réponse a donc été atténuée.

En cours d'émission, David (Pujadas) a informé en direct d'une fusillade sur les Champs-Elysées, à Paris, faisant un tué parmi les policiers. Les candidats, embarrassés, ne sachant rien de ce qui était en train de se passer à l'extérieur, ont été sommés malgré tout de dire quelque chose. L'opération était en cours, on ignorait l'identité et l'intention des auteurs, la déontologie aurait exigé que Pujadas n'en parle pas. Mais la loi de l'audimat s'impose : il ne fallait pas que les nombreux spectateurs partent sur les autres chaînes pour s'informer.

Dans leur conclusion, lorsque tous les candidats se sont retrouvés sur le plateau, la gêne dans laquelle les journalistes et les circonstances les avaient plongés était encore plus grande et plus fâcheuse. Tous se sont sentis obligés d'exprimer leurs condoléances et de modifier leur déclaration finale. A trois jours du premier tour, il ne s'agissait pas, pour les possibles gagnants, de risquer un faux pas qui entrainerait leur défaite. En matière de compassion, ils devaient se montrer impeccables. Ce qui n'a pas empêché les fausses notes. Mélenchon a soutenu qu'il ne fallait surtout pas arrêter la campagne, alors que Fillon prétendait qu'il faut la suspendre. Poutou a mis au même niveau le meurtre d'un policier et le suicide d'un ouvrier. Le Pen affirmait que le "cauchemar" recommençait, sans s'être regardée dans une glace : le cauchemar, c'est elle.

Macron a demandé à ce qu'on ne fasse pas "le jeu des terroristes". Mais c'est trop tard : les tueurs voulaient qu'on parle d'eux et déstabiliser la campagne électorale. Ils y sont parvenus, en direct, lors de cette dernière émission politique. Pujadas et Salamé leur ont offert sur un plateau ce qu'ils voulaient. Après, il ne leur restait plus qu'à fuir ou à mourir, puisque leur seul objectif, c'est de faire peur. Hier, sur nos écrans, c'était la peur en direct. L'émission a commencé gentiment par des jeux d'enfants, elle a continué par le jeu tragique des terroristes avec les médias. Il faudrait interdire les uns et les autres.

mercredi 19 avril 2017

La tête de l'emploi



Dans mon billet d'hier, j'ai été arrogant et méprisant envers les indécis, j'ai manqué à leur égard de charité, oui je le confesse. Je veux aujourd'hui me rattraper, avec humilité, en les aidant à sortir de leur indécision. Il faut faire vite, nous n'avons plus que quelques jours. J'ai une solution à leur proposer et à vous proposer, simple et efficace, dont j'use à chaque scrutin : l'observation et l'analyse des affiches électorales, qui économisent la lecture d'un long et fastidieux programme. A d'étonnants détails, qui passent souvent inaperçus, nous pouvons établir des préférences.

Sur les onze affiches, tous sourient, mais deux seulement montrent les dents, ce qui ne vous surprendra pas : Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen ! La facho a évidemment un slogan de facho : "Remettre la France en ordre". Sauf qu'avec d'elle, dès le soir de son élection, ce serait le gros bordel, nous le savons bien. Eliminons tout de suite ces deux dangereux extrémistes (Dupont a beau avoir un brave nom, il a flirté dans un récent passé avec le FN : ils ne sont pas allés jusqu'à coucher ensemble, mais leur frottement suffit à me dégoûter).

Sur les onze affiches, tous fixent l'électeur droit dans les yeux, sauf un qui regarde de travers : Jean Lassalle. Normal, il n'est pas très net. Ce faux berger, qui veut émouvoir dans les bergeries et les chaumières, balance ce slogan : "Le temps est venu". Oui, mais de quoi ? Pas de ce qu'il croit, en tout cas. Jacques Cheminade, lui, se retranche derrière une formule de Résistant : "Se libérer de l'occupation financière". Peut-être que cet anti-américain veut nous faire oublier que son mouvement politique a ses origines dans l'extrême droite américaine ... François Asselineau nous demande de faire "un choix historique". Je n'en doute pas, mais ce ne sera pas le sien. Cheminade et Asselineau sont deux anciens énarques : comment quoi l'intelligence n'est pas une garantie.

Sur les onze affiches, il y a une grosse tête et un slogan, sauf chez Lutte ouvrière, qui nous gratifie d'un long texte, privilégiant ainsi le lecteur à l'électeur. Nathalie Arthaud est en petit : dommage, c'est le plus joli visage. Philippe Poutou, son collègue d'extrême gauche, est le seul des candidats à afficher une barbe naissante (selon ses partisans) ou à être mal rasé (selon ses adversaires). Jean-Luc Mélenchon offre la photo la plus naturelle : un visage reposé, lui dont le verbe est souvent excité. Je crois que ce doux regard, ce sourire serein rassurent alors que son programme, lu de près, inquiète.

François Fillon est le plus triste des onze. Triste comme son slogan, triste comme sa campagne, triste comme ses affaires, triste comme sa prochaine défaite. Benoit Hamon est la seule tête qui penche, fortement, à gauche bien sûr. Tous les autres visages se tiennent droit. Le candidat socialiste est bancal. Logique : il manque de soutiens, il baisse dans les sondages, on sent qu'il va s'effondrer. Il aura sans doute le destin de la tour de Pise : elle penche, elle s'enfonce mais elle tient encore.

Voilà, j'ai passé en revue les onze. Mais non ! J'ai gardé le meilleur pour la fin : mon Manu Macron ! C'est le seul qui emploie en gros, dans son slogan, le mot de "président". Aucun autre ne le fait. Et vous savez pourquoi ? Parce qu'ils ne le seront pas, et qu'ils le savent déjà. Il faut savoir observer les signes des temps. A vous maintenant, amis indécis, de faire votre choix. Je vous ai aidés comme j'ai pu. Ne me remerciez pas.

mardi 18 avril 2017

Indécents indécis



Le plus anormal de cette campagne anormale, c'est le nombre d'indécis à quelques jours du premier tour. Pourtant, les réunions font salle comble, les émissions de télévision sont multiples et très suivies, le suspense est grand jusqu'à dimanche prochain, les jeux sont ouverts. Voilà qui manifeste un réel intérêt et devrait mobiliser les électeurs. Eh bien non, pour le moment. Car un indécis, s'il le reste jusqu'au bout, se transforme rapidement en abstentionniste. A force d'indécision, on finit par ne plus savoir quoi choisir et donc par renoncer à voter. Il parait qu'un tiers de l'électorat serait atteint par le mal de l'indécision.

Les abstentionnistes, je peux les comprendre, sans bien sûr les approuver : ils ne s'intéressent pas à la politique, ils ne se sentent pas concernés. Pourquoi pas : s'abstenir, c'est aussi une forme de point de vue. Qu'on ne croit pas au système de gouvernement, qu'on se méfie des hommes de pouvoir, qu'on estime qu'il est plus sage de cultiver son jardin ou d'aller à la pêche, c'est après tout une philosophie de vie qui n'est pas réservée qu'aux anarchistes. Mais les indécis, je ne les comprends pas et, pour tout dire, je ne les aime pas : l'hésitation, la pusillanimité, l'incertitude, ce sont de très condamnables faiblesses, dans la vie d'homme comme dans la vie de citoyen.

Les abstentionnistes, au moins, ne faussent pas la démocratie. Ils veulent rester chez eux ? Qu'ils y restent ! De toute façon, leur abstention compte heureusement pour du beurre dans le calcul des résultats. Mais les indécis, eux, perturbent tout. Ils ne savent pas sur quel pied danser et ils risquent de faire tourner le scrutin en bourrique. On se demande même si le pur hasard ou la stupide intuition de dernière minute ne vont pas conditionner leur choix. Car on me dit que certains indécis demeurent indécis jusque dans l'isoloir ! Pas sérieux, ces gens-là.

Et ne me dites pas que l'indécision aurait sa légitimité : elle n'en a aucune, elle est un vice. Qu'on puisse hésiter à quelques mois de l'élection, je l'admets. Mais à quelques jours, c'est une sottise. Les candidats, leur personnalité et leur programme sont connus pour la plupart depuis longtemps. Il n'y a rien de bien nouveau à en attendre. Les citoyens ont largement eu le temps de se faire une idée. Aussi loin que je remonte dans mon existence d'électeur, je n'ai jamais été indécis. Macron, je savais que j'allais voter pour lui avant même qu'il se porte candidat. Je crois même pouvoir dire que j'étais son supporter avant qu'il soit né, puisque le courant politique qu'il incarne a toujours été le mien, sous d'autres visages.

Alors, comment expliquer le boom actuel de cette manie détestable, anti-citoyenne : l'indécision ? Comme le reste, je pense qu'elle est à l'image de notre société. Le choix est si grand que les gens ne savent plus choisir. Ne pas s'engager, passer de l'un à l'autre, n'être satisfait par personne, c'est notre époque ! L'indécision devient presque une forme de décision, le parti pris de ne pas en prendre. Fromage ou dessert ? La vérité, c'est que l'homme d'aujourd'hui veut les deux, et ne surtout pas trancher. C'est politiquement embêtant, c'est moralement méprisable.

lundi 10 avril 2017

Fermeture provisoire



Fermeture provisoire du blog. Nous nous retrouverons le mardi 18 avril.

dimanche 9 avril 2017

Les militants ne meurent jamais


Les réseaux sociaux, c'est bien ; mais le militantisme classique, c'est mieux. Surtout, c'est irremplaçable. Facebook, ce sont des gens qui échangent entre eux. Le niveau est très bas, entre la dérision et l'invective. Sur un marché, nous rencontrons vraiment tout le monde. On répond aux questions ; de réelles discussions peuvent s'engager.

Vendredi matin, sur le marché du quartier Europe, En Marche ! n'était pas seul. Il y avait aussi Anne Zanditenas et Lutte ouvrière, les candidats du Front de gauche aux législatives et des partisans de ... François Asselineau. Comme quoi les militants ne sont pas une espèce en voie de disparition !

Cette semaine, En Marche ! a distribué à la sortie des lycées de Saint-Quentin, ainsi que devant la gare. Notre prochaine réunion aura lieu le jeudi 13 avril, à 20h00, dans la salle de quartier Europe, 20 rue Henri-Barbusse, sur la politique de la ville. En vignette : avec Benjamin, Bruno, Karim et Mike, vendredi matin.

samedi 8 avril 2017

Manu, la parade





Evénement culturel d'importance cet après-midi à Saint-Quentin : la première pierre de la nouvelle Manufacture, salle de concert et de spectacles, dans le quartier de Vermand, au milieu de la foule et du beau temps. La Compagnie Générik Vapeur nous a fait déambuler en fanfare à partir du Centre social Artois-Champagne (vignette 1), le club théâtre du lycée Henri-Martin en tête (vignette 2). Au passage, la chorale du Centre social Vermandois a manifesté ses talents (vignette 3). C'est sous le regard du géant Maurice que nous avons rejoint le site, pour procéder à l'inauguration (vignette 4).

Manu, l'inauguration





La nouvelle Manufacture, signalée par des poteaux et des rubans, se dresse, délimitée au sol par des fumigènes rouges, saluée dans le ciel par un feu d'artifice unique, en plein jour ! (vignette 1). Les élèves de l'école de danse Angélique Didier se produisent sous une pluie de papiers (vignette 2). La première pierre est inaugurée, devant les officiels et les enfants du Vermandois (vignette 3). Les six gabions, qui ont récolté les objets inspirés par la Manufacture, sont entassés au-dessus (vignette 4).

vendredi 7 avril 2017

Macron à l'Elysée, tout de suite !



J'ai quelques scrupules à rédiger ce billet : les louanges sont toujours un peu ridicules. Mais comment faire autrement, après avoir vu hier soir Emmanuel Macron à la télévision ? Ce type est tout simplement génial, formidable. Et ce ne sont pas des hyperboles ! Il écrase tout le monde par son intelligence, il m'épate à passer d'un dossier à un autre, complètement différents, les connaissant sur le bout des doigts, entrant dans le moindre détail technique, sans aucune note devant lui. Bluffant !

Et puis, il est à l'aise, au naturel, comme chez lui, avec ce qu'il faut d'humour, de distance, de décontraction. Un régal ! J'aurais pu le regarder et l'écouter pendant des heures. Rien ne me semble long quand il parle, et je ne suis pourtant pas un spectateur facile. Je ne comprends pas tout ce qu'il dit, l'économie n'est pas ma partie. Mais même quand je ne comprends pas, je suis d'accord avec lui ! Toute personne de bonne volonté ne peut que le suivre, être séduite et convaincue. Ce que nous a montré surtout l'émission, ce qu'il faut en retenir, c'est l'autorité naturelle que dégage Emmanuel Macron, avec laquelle il parle, il réponde, il tranche. C'est important, car c'est la première qualité qu'on attend d'un chef d'Etat.

Ses contradicteurs faisaient grise mine, n'en menaient pas large, prêtaient à sourire ou à grimace. Macron leur torche le nez, vite fait bien fait. Il a un incroyable sens de la répartie. Le chauffeur de VTC s'accrochait à son boulot et se foutait pas mal de l'ubérisation de son métier, parce qu'elle donne du travail aux autres et pas à sa binette. La prof d'histoire-géo pète-sec lui a cherché des noises sur la colonisation, qu'elle ne considère pas comme un crime contre l'humanité. Comme quoi on peut être enseignant et inculte. Le maire de la Guyane, qui a empoché un milliard, en voulait deux autres : bin voyons ! Pourquoi pas quatre, cinq ou six supplémentaires : quand on aime la Guyane, on ne compte pas ! Bref, aucun des trois intervenants n'étaient sérieux : tant mieux, ils se sont transformés en faire valoir involontaires du candidat, qui ne pouvait que trancher, à son avantage, sur eux.

L'invité surprise, c'était Ruffin. Et pour une surprise, c'était en effet une surprise ! Il est arrivé drôlement attifé, avec des chèques géants sous le bras, pour faire son malin. Et nous dire quoi ? Que Macron était un méchant banquier au cœur sec, ignorant tout de la vie des tites gens. On aurait presque la larme à l'œil en écoutant ce gus. Mais son langage et son visage expriment quelque chose de malveillant, de sectaire et de mensonger qui rassurent : on voit tout de suite à qui on a affaire. L'invité politique était un second couteau, représentant de Fillon, dont j'ai tout oublié de l'intervention tellement elle était plate comme une crêpe.

Après ça, que voulez-vous que je vous dise ! Emmanuel Macron est le meilleur, le seul, et notre pays a besoin de lui. Prenez les autres : Lassalle, Asselineau et Cheminade sont cinglés. Dupont Aignan est vicieux. Le Pen, c'est une folle, une sorcière. Mélenchon est un excellent poète, mais on ne dirige pas la France en récitant par cœur Victor Hugo. Hamon est un gamin en culotte courte, un boy scout avec des faux airs de Charlie Chaplin : sa seule performance sera de ramener le PS en dessous de 10%. Arthaud et Poutou méritent le respect, parce que ce sont de vrais militants ouvriers.

J'aurais rêvé qu'hier soir s'ouvre un second plateau, en fin d'émission, avec un piano, pour que Macron, qui excelle aussi dans cet art, nous montre ou plutôt nous fasse entendre ses talents. Un président mélomane, ça vaut bien un exposé économique aride et indigeste ! Oui, Macron est artiste, et le plus bel artiste qui soit : un pianiste. Le Pen, c'est de la grosse caisse, Mélenchon de la trompette et Hamon du pipeau. Le virtuose, c'est Macron. On devrait aussi choisir le président de la République sur sa maîtrise d'un instrument de musique, qui dit beaucoup du caractère.

Les deux seuls candidats crédibles dans cette élection, ce sont Macron et Fillon, qui tous les deux ont les compétences, l'expérience et le projet, global, cohérent, chiffré. Mais ce que propose Fillon, c'est un remède de cheval qui tuerait le cheval : voilà pourquoi je m'y oppose, hormis le fait que ce candidat n'est pas de ma famille politique. Il reste Macron. Je vais donc aller au bout de ma pensée : il y a encore 15 jours de campagne, mais le résultat est acquis d'avance. Quels que soient les résultats des uns et des autres, c'est Macron au final qui sera élu, inévitablement. Le sondage à la fin de l'émission prouvait que notre candidat arrivait loin devant tous les autres.

Alors, autant faire l'économie de ces deux semaines, qui ne pourront qu'être pénibles, qui verront se multiplier les petites affaires, qui ne profiteront qu'aux scores d'audience de BFMTV. La campagne n'a que trop duré, les arguments des uns et des autres ont été largement exposés et le gagnant est connu. Dans ces conditions, je propose d'abréger les délais, de remplacer l'élection par une désignation immédiate de Macron par le Parlement, réuni en ses deux assemblées, à l'unanimité. Nous gagnerons du temps et nous ferons des économies, dont la France a bien besoin.

J'en profite, en fin de billet, pour lancer un message personnel : Mike, as-tu réservé les caisses de champagne ?

jeudi 6 avril 2017

La France, une chance pour tous



Qui se souvient des slogans de campagne présidentielle ? On en retient très peu. Il y a surtout "La force tranquille", de François Mitterrand, en 1981. La victoire était tellement extraordinaire ! Avant, Giscard a marqué, avec "Le changement dans la continuité", en 1974 : étonnant parce que quasiment contradictoire ! Plus près de nous, "Le changement, c'est maintenant", de François Hollande : la formule est assez plate, mais il a gagné, et c'est tout ce qu'on demande à un slogan, d'ailleurs pas facile à trouver, et si difficile à retenir. Il y a un art du slogan, à la fois politique et publicitaire. Il faut échapper à la banalité, synthétiser en quelques mots tout un message, être percutant sans être folklorique : c'est mission impossible ! En définitive, la victoire ou la défaite décident du bon ou du mauvais slogan.

Emmanuel Macron a dévoilé le sien il y a deux jours. La photo est sobre, ressemble presque à une pièce d'identité. La grosse surprise, c'est la disparition du fameux sourire, qui fait son charme, que l'affiche présidentielle a gommé : Macron est entré dans une autre dimension, celle de la fonction présidentielle, grave, sérieuse. Le slogan : La France doit être une chance pour tous. Une phrase assez longue, qui laisse à la libre interprétation. Je vous donne la mienne :

La France : oui, il fallait s'y référer, non seulement parce que c'est notre pays, que c'est l'enjeu de cette élection, mais parce qu'il fallait l'arracher à l'extrême droite, qui en fait un usage indu, comme du mot de patrie, comme des symboles de la République, drapeau tricolore et hymne national. Et puis, montrer qu'Emmanuel Macron ne s'adresse pas à la gauche, ni à la droite, mais à l'ensemble des Français.

Une chance : pas comme au jeu, pas le hasard, mais l'occasion, l'opportunité, la perche qu'on vous tend, la main vers vous. Qu'est-ce que la politique, dans une République ? Plusieurs définitions répondent à cette question : garantir la liberté, se battre pour l'égalité, travailler à la solidarité. Macron a choisi une formule peut-être plus moderne et plus modeste : donner sa chance, permettre de réussir sa vie, avoir un emploi, bénéficier d'un salaire correct, disposer d'une juste retraite, s'assurer des soins de santé, accéder au logement de son choix et tant d'autres choses qui peuvent être mises derrière le mot chance. Dans la chance, il faut y mettre du sien : je ne crois pas en un Etat qui fasse le bonheur des citoyens. Mais cette chance doit être rendue possible par lui, ce qui est loin d'être actuellement le cas.

Pour tous : certaines politiques donnent leur chance à quelques-uns, en les privilégiant, pensant que le redressement économique viendrait exclusivement de leur impulsion. C'est la vieille réaction des conservateurs. Les progressistes pensent qu'il y va non seulement de la justice, mais aussi de l'efficacité que la chance soit donnée à tous, c'est-à-dire à chacun : la chance du demandeur d'emploi de trouver un travail, la chance du salarié de pouvoir se former pour changer de métier, la chance de l'élève de réussir à l'école et dans ses études, la chance de l'immigré de s'intégrer, la chance des syndicats de pouvoir négocier au plus près de l'entreprise, etc.

La France doit être une chance pour tous : c'est une impérieuse nécessité. Les jours qui suivront nous diront si une majorité de Français se retrouvent ou non dans ce slogan.

mercredi 5 avril 2017

Le débat continue sur le marché



Alors, ce débat, entre les onze, hier soir ? Je m'attendais à pire (voir mon billet d'hier). Bien sûr, il y a les candidatures loufoques (Lassalle, Cheminade et Asselineau) et des moments de franche rigolade. Poutou se retournait sans cesse vers ses supporters, comme pour leur demander leur avis. Il parlait très vite, à la façon d'un élève qui craint d'oublier quelque chose. La durée du débat, trois heures trente, était évidemment inhumaine, mais l'ensemble n'était pas trop ridicule.

Les petits se sont faits remarquer, les grands ont été égaux à eux-mêmes, sauf Le Pen, plus éteinte que dans le premier débat. Surtout, elle a été violemment attaquée par l'extrême gauche, qui a osé dire ce que les autres candidats hélas n'osent pas : Le Pen est raciste et corrompu. Raciste, la démonstration n'est plus à faire ; corrompu, il faut rappeler qu'elle détourne l'argent public, celui du Parlement européen, au profit des activités de son parti.

Autre vertu de ce débat, non négligeable : montrer, de façon magistrale, que le discours de Le Pen, en comparaison avec Poutou et Arthaud, n'est en rien social, ni économiquement radical. Ce n'est pas la candidate du Front national qui porte les revendications populaires ou qui exprime la souffrance des petites gens. Nous le savions depuis longtemps, depuis toujours, que l'extrême droite était une vaste imposture, dont la seule réalité est la xénophobie et le nationalisme. Mais quand la vérité éclate en direct, ça fait du bien !

A part ça, j'ai retenu la séquence sur l'Europe, fort inquiétante : la majorité des candidats y sont hostiles, Emmanuel Macron a été le plus clair et le plus engagé. Beaucoup veulent sortir des traités européens et évoquent un hypothétique plan B : c'est une chimère ! L'Europe actuelle n'existe qu'à travers une suite de traités : en sortir, c'est tout simplement la détruire, sans aucun plan de rechange. Nous n'avons pas fini de payer très chère la dramatique victoire du non en 2005, qui a empêché l'adoption du Traité constitutionnel européen. Avec celui-ci, les multiples traités auraient été refondus dans un texte plus synthétique, l'Europe aurait obtenu de nouveaux pouvoirs, sa construction politique aurait nettement progressé. Nous avons, en 2005, raté un rendez-vous avec l'Histoire. A la suite, il a fallu, dans l'urgence et par nécessité, adopter le traité de Lisbonne, sans lequel l'Europe aurait été ingouvernable, par la faute des vainqueurs du non.

Les échanges sur la directive concernant les travailleurs détachés étaient également très instructifs. Cette directive, je suis pour. Macron l'a rappelé : de nombreux salariés français à l'étranger en profitent. Le problème n'est pas dans cette directive, qui facilite le travail à travers l'Europe, mais dans le faible niveau social des pays d'origine. Harmonisation sociale ? Oui, avec plus d'Europe politique, nécessairement. Or, ceux qui réclament cette harmonisation sociale veulent moins d'Europe, et même pas d'Europe du tout ! N'oublie pas que si l'harmonisation sociale est difficile et la directive sur les travailleurs détachés imparfaite, c'est parce que les fameux traités tant détestés laissent à chaque pays la responsabilité de sa législation sociale (contrairement aux mensonges des antieuropéens).

J'ai apprécie la fougue et l'honnêteté de Nathalie Arthaud, quand elle a soutenu, face aux europhobes, que nos malheurs ne venaient pas de l'Europe, mais du capitalisme hexagonal et des politiques nationales. La contestation de l'Europe est, à la racine, nationaliste et xénophobe ; elle ne fait le jeu que de l'extrême droite, qui ne s'affiche jamais avec le drapeau européen, détail significatif. Le candidat que j'ai trouvé malhonnête, démagogue, détestable, c'est Dupont-Aignan : il a porté le soupçon sur Macron, à propos d'une opération financière de la banque Rothschild, sans rapport avec le candidat d'En Marche ! Dupont-Aignan est venimeux, malfaisant, autant que Le Pen.

Le débat s'est prolongé ce matin sur le marché de Saint-Quentin, où Mike, Bruno, Antoine et moi (en vignette) avons distribué le programme d'Emmanuel Macron, bien reçus par la population. A quelques mètres de nous, les partisans de François Fillon distribuaient aussi, pas le programme de leur candidat, mais un tract de Julien Dive, pour l'élection législative, comme s'ils zappaient la présidentielle. Le slogan, pas mal trouvé : "Un député qui ne fait pas semblant !". Pour en revenir à Fillon, je trouve qu'il ne s'en est pas trop mal tiré hier, pendant le débat, sa situation étant ce qu'elle est. Mais comme je l'ai dit ce matin à une dame : c'est maintenant aux citoyens de réfléchir et de choisir. Il reste 18 jours pour ça.  

mardi 4 avril 2017

Bonne nuit les petits



C'est donc ce soir l'événement politique inédit, le premier débat de premier tour entre les onze candidats à la présidentielle. Vous savez tout le mal que je pense de cette initiative. Elle instaure une fausse égalité. On ne peut pas mettre sur un même pied des candidats qui sont là pour gagner et d'autres qui ne songent qu'à témoigner. On ne peut pas disposer à rang égal des hommes ou des femmes qui se préparent, souvent depuis longtemps, à exercer la magistrature suprême, et ceux qui se servent de ce scrutin comme d'une tribune, sans souci de la fonction qu'ils sont censés briguer. Certains parmi eux sont même hostiles au pouvoir présidentiel ... pour lequel pourtant ils se présentent. On comprend évidemment le faux semblant. Une compétition, n'importe laquelle, doit être sincère pour être valable. Ce soir, ce ne sera pas le cas.

Vous me ferez sans doute remarquer que c'est leur droit, à tous ces candidats, de se présenter aux suffrages des Français, que la loi de la République le leur permet, que l'élection présidentielle n'est pas réservée à un club restreint. Oui, je sais et je ne le conteste absolument pas. L'égalité existe, je la défends : c'est la période de la campagne officielle, à la radio et à la télévision, où le temps de parole doit être rigoureusement réparti entre tous, à durée égale. Mais ce soir, c'est autre chose, qui n'a rien à voir, qui n'est qu'une parodie d'égalité, en réalité une grande confusion, qui ajoutera à l'indécision de nos concitoyens, qui n'aidera pas aiguiser leur discernement. Sous des apparences de démocratie, c'est un mauvais coup porté à la démocratie.

Et ne me parlez pas de mépris ou d'arrogance envers les petits candidats ! Celle-là, on ne me la fait pas, et vous savez où je me la mets, leçon de morale et psychologie de comptoir. Ce soir, les grands candidats seront au contraire disqualifiés, auront tout à y perdre. On les connaît déjà ; ce sont les petits qu'on attend, qui pourront faire leur show, qui créeront sans doute le buzz, qui alimenteront les commentaires d'après et du lendemain. Nous n'aurons d'yeux que pour eux. Il risque d'y avoir de sacrées surprises, je préfère ne citer personne. La politique n'en ressortira pas grandie, c'est le cas de le dire.

La démocratie va mal, la classe politique est discréditée, l'abstention s'annonce importante, les extrêmes ont le vent en poupe : le débat de ce soir, propice au folklore, ne va rien arranger. Vais-je le regarder ? Oui, bien sûr, en grignotant des cacahuètes et en sirotant quelque chose, après une journée de travail, pour me délasser à un spectacle où l'on sait que tout peut arriver, surtout le pire. Je regarderai comme on va au cirque ou à la ménagerie. Ce n'est pas ma conscience de citoyen qui sera en éveil, mais mon désir de voyeur. Je crains que ce soir nous soyons des millions dans cet état-là.

lundi 3 avril 2017

Argent, morale et politique



Quand le député de l'Aisne René Dosière a rédigé son dernier ouvrage, Argent, morale, politique, paru récemment au Seuil, il ne s'attendait sans doute pas à ce que sa publication tombe à pic dans l'actualité. L'avantage de ce livre est de parler de moralisation de la vie publique, sans basculer dans le moralisme, c'est-à-dire l'imposition d'un comportement privé. Les événements récents et leurs commentaires ont tendance à entretenir cette fâcheuse confusion. Qu'un parlementaire emploie comme assistants des membres de sa famille ou qu'il accepte des cadeaux luxueux, ce sont des questions de morale personnelle, qui ne contreviennent pas à la loi. La moralisation de la vie publique, c'est autre chose : introduire plus de clarté, de rationalité et de justice dans l'activité politique.

René Dosière fait cinq propositions, que j'approuve entièrement :

1- Supprimer le cumul des indemnités, afin que le gain ne l'emporte pas sur les convictions.
2- Instaurer le mandat unique, pour que chaque élu se concentre sur sa tâche et ne soit distrait par rien d'autre.
3- En finir avec les "carrière politiques", qui font que certains (beaucoup ?) ne vivent que de la politique, en font une profession comme une autre, alors qu'elle est une vocation.
4- Limiter les mandats dans le temps, afin que les mêmes ne restent pas indéfiniment au pouvoir, même sous couvert démocratique. C'est le seul moyen, avec le mandat unique, de renouveler le personnel politique.
5- Contrôler les finances des partis politiques. Elles le sont déjà beaucoup, mais c'est encore insuffisant. Un parti doit rendre des comptes, autant que peuvent le faire une association ou une entreprise.

René Dosière, à 75 ans, ne se représentera pas aux élections législatives de juin. Pour la présidentielle, il a donné son parrainage à Emmanuel Macron. Si celui-ci l'emportait, je vois bien René devenir ministre ou secrétaire d'Etat chargé de la moralisation de la vie publique. C'est l'une des préoccupations de Macron et Dosière s'en est fait sa spécialité. De plus, il a tout à fait le profil d'En Marche ! : un progressiste, en délicatesse avec l'appareil socialiste, qui l'a exclu localement mais rattrapé au Parlement. Un rebelle, quoi.

dimanche 2 avril 2017

L'élection des électrons



Electron libre : jusqu'à présent, dans le vocabulaire politique, l'expression était péjorative, synonyme d'indiscipline, d'individualisme et même d'incohérence. A Saint-Quentin, auprès de certains socialistes, j'ai pu apparaître comme un électron libre, ne disant pas et ne faisant pas ce qu'on attendait de moi. L'étiquette suintait l'ironie et un léger mépris. Je l'ai toujours récusée : j'ai ma ligne, je me retrouve dans une sensibilité, je suis fidèle à mes idées. Mais aux yeux de l'alcoolique qui zigzague, celui qui va tout droit n'a pas une démarche normale.

A la limite, j'accepterais d'être qualifié d'électron libre, à cause de l'adjectif. En République, nous sommes tous libres, même les électrons. Et puis, un électron non libre est prisonnier de son atome : en politique, c'est un militant enfermé dans son parti, son appareil, sectaire et fanatique. Ce temps-là est révolu. L'actuelle élection présidentielle voit se libérer une multitude d'électrons :

Emmanuel Macron était l'électron de François Hollande : il s'en est émancipé en quittant le gouvernement. Benoit Hamon s'est écarté du gouvernement socialiste et de sa majorité parlementaire : les frondeurs sont des électrons libres, à plusieurs. Jean-Luc Mélenchon est un électron libre par rapport au Parti communiste, qu'il a décidé de ne plus suivre mais de précéder. François Bayrou est le plus vieil électron libre qu'on connaisse : il s'est détaché depuis une dizaine d'années de la droite, son camp d'autrefois. Marine Le Pen, en rompant avec son père et l'ancien FN, est aussi un électron libre, mais moins libre qu'on ne le croit, tant la filiation avec l'extrême droite demeure.

Allons plus loin : les électrons libres ont gagné le monde entier, notamment ses deux plus grandes puissances. Aux Etats-Unis d'Amérique, Donald Trump est un électron hélas libre, perturbant sa famille politique, le Parti républicain. En Russie, Vladimir Poutine est un électron libre au regard de son passé de fonctionnaire communiste, au service d'un système qu'ensuite il a contribué à dynamiter.

Cette affaire d'électrons libres est trop nouvelle, trop déconcertante, trop universelle pour la laisser à la seule politique : il faut que la philosophie nous apporte ses lumières. Dans l'Antiquité, Epicure avait une théorie pour expliquer l'origine du monde, à une époque où sévissait la mythologie. Son nom : le clinamen. Sa thèse : au commencement, l'univers est une pluie d'atomes qui chutent verticalement dans le vide, dans un strict parallélisme, qui fait qu'ils ne se rencontrent jamais. Le hasard va amener un de ces atomes (ou électrons, puisqu'alors on ne distingue pas) à légèrement dévier, entrer en collusion avec un autre, qui a son tour etc. De ce chaos va naitre le monde, par agrégation et désagrégation. Conclusion d'Epicure, traduite avec les mots d'aujourd'hui : ce n'est pas Dieu qui a créé le monde, c'est le premier électron libre, malgré lui, sans intention.

Notre monde politique, qui a besoin d'être recréé, assiste actuellement à l'heureuse éclosion d'électrons libres, pour le meilleur ou pour le pire. Ce désordre peut légitimement inquiéter, les repères de jadis sont malmenés mais c'est ainsi qu'un monde nouveau peut émerger. Vive les électrons libres !

samedi 1 avril 2017

En Marche ! vers la victoire




En Marche ! Saint-Quentin tient des réunions publiques dans chaque quartier de notre ville. Après Saint-Martin et Vermand, c'était hier soir au tour de Saint-Jean, dans la salle Paringault. Chacun a pu expliquer pourquoi il avait choisi de soutenir Emmanuel Macron. Le thème général portait sur la moralisation de la vie publique, une question devenue très sensible à nos concitoyens (en vignette 1, Pétula M'Bella ; en vignette 2, Cyril Thirion).

Ce n'est pas être présomptueux que de dire que la candidature de Macron est bien partie pour gagner. Nous couvrons très largement, ce week-end encore, l'espace médiatique. Les sondages nous donnent à la première place, en concurrence avec Marine Le Pen. Il ne reste plus que trois semaines avant le premier tour ! François Fillon peut améliorer sa situation, il ne rattrapera jamais son retard ni n'effacera l'impact négatif des affaires. Jean-Luc Mélenchon a le vent en poupe, mais c'est un protestataire, certes de génie, qu'on n'imagine pas président de la République. Benoit Hamon est fini. Oui, nous sommes en marche vers la victoire, et ça vaut le coup de trinquer ! (vignette 3). Retrouvez-nous sur les marchés de Saint-Quentin jusqu'à l'élection.

vendredi 31 mars 2017

Une élection en cache une autre



L'élection présidentielle, c'est important. Sa campagne aussi. Mais le prisme médiatique sous laquelle elle se présente à nous est un miroir déformant. Les élections professionnelles dans le secteur privé ne sont pas sous les feux de l'actualité. Mais justement : c'est beaucoup plus intéressant, leur résultat en est d'autant plus sincère, plus révélateur de l'état profond de l'opinion. Et quand il s'agit des salariés les plus motivés, ceux qui participent à ce scrutin, ceux qui sont souvent syndiqués, c'est fondamental pour la gauche.

Eh bien qu'apprend-t-on ? Que la CFDT dépasse désormais la CGT, qu'elle est le premier syndicat de France dans les entreprises. Les commentateurs n'ont pas manqué, à juste raison, de qualifier l'événement d'"historique". Certes, la tendance est ancienne, remonte à une vingtaine d'années. Mais il n'est pas indifférent que son aboutissement se fasse dans le contexte actuel. Qui l'eût cru ? Il y a quelques mois, la CGT mobilisait fortement contre la loi travail, multipliait les manifestations. Philippe Martinez se faisait connaître dans le monde entier comme celui qui pouvait bloquer la France et faire reculer le gouvernement. Poids des discours, choc des images, miroir déformant ! Rien de tout cela n'est arrivé, le pays a continué de vivre, la loi n'a pas été retirée.

La réalité salariale n'est pas qu'on croit. Il faut gratter l'idéologie pour retrouver la vraie vie. Dans leur grande majorité, les salariés sont des réformistes. Ils n'attendent pas que les syndicats soient des machines de guerre contre le pouvoir, ni même contre le patronat : ils veulent des résultats concrets, des gains tangibles, qu'on acquiert à travers la négociation, pas à travers la lutte de classes. La classe ouvrière ne veut pas la révolution, mais la justice sociale. La CGT crie, bouge, descend dans la rue mais n'obtient rien pour les salariés : voilà ce que traduit ce résultat des élections professionnelles.

Ceci dit, la CGT n'est pas finie, loin de là, et ce n'est pas à espérer, au nom du pluralisme syndical. La tradition révolutionnaire (j'emploie les mots d'autrefois, parce que je les crois encore pertinents aujourd'hui) est vivante, persistante, importante. Le vote pour Jean-Luc Mélenchon en est la plus pure expression. Le succès inattendu de Benoit Hamon à la primaire aussi. Mais cette tradition radicale, comme on dit maintenant, a diminué d'une bonne moitié en quarante ans. Inversement, le courant réformiste a considérablement progressé, alors qu'il était autrefois minoritaire. Quand on pense que le terme "social-démocrate", honteux ou ignoré il n'y a pas si longtemps, est devenu d'un usage fréquent. Les élections professionnelles sont aussi des élections politiques.

jeudi 30 mars 2017

La politique, ça se soigne



Dans un livre paru hier, Bruno Le Maire, l'un des rares intellectuels engagé en politique, affirme que celle-ci, en des mots très durs, est ... une maladie mentale. Jugez-en plutôt : "La politique, ça écrase tout le reste de la vie, ça absorbe tout, ça prend tout, ça vole tout". Ou encore : "Les deux névroses en politique, c'est le narcissisme et la haine de soi" (apparemment contradictoire, mais très juste : quelqu'un qui s'aime et qui aime les autres ne va pas s'emmerder en politique, où l'on cherche désespérément à ce que les autres vous aiment). Enfin : "Les hommes politiques, ils sont dépressifs et alcooliques. Parce que la folie de la politique, c'est qu'il ne faut jamais voir les choses telles qu'elles sont, il faut se projeter au-delà, nier la réalité". J'ajouterais peut-être : faire de la politique, c'est souvent vouloir régler les problèmes des autres alors qu'on est incapable de régler les siens.

La charge de Bruno Le Maire est violente, mais lucide et pertinente. Oui, c'est bien ça la politique. Mais pas que ça : c'est l'indispensable gestion des sociétés, qui réclame intelligence et vertu. A mon petit niveau, j'ai pu constater cette dimension névrotique : parano, hystérie, obsession, psychose, perversité, oui, tout ça est monnaie courante en politique, bien sûr à des degrés divers, pas forcément puissants. Surtout, on y trouve presque immanquablement ce besoin maladif de reconnaissance, qui ne touche pas à ce point l'homme normal, se contentant de l'image que lui renvoient ses proches, en famille, entre amis ou au travail.

Bruno Le Maire, malgré les apparences, n'est pas complètement pessimiste (sinon, on peut penser qu'il abandonnerait l'activité publique). D'abord, selon lui, ce n'est pas la politique qui rend fou, mais ce sont les fous qui sont attirés par la politique : "Ce n'est pas la politique qui rend névrotique, on l'est avant, on s'y retrouve". Et puis, il propose un remède bien connu, guérir le mal par le mal : "La politique, c'est le décalage entre ta réalité et ton rêve. Les deux ne coïncident jamais, sauf le jour où tu es élu. Le pouvoir, c'est la guérison de la haine de soi".

Oui, c'est très bien vu. Contrairement à ce qu'on pense, ce n'est pas le pouvoir qui rend malade, c'est le fait de ne pas l'avoir (ou de le perdre), qui alimente alors tous les fantasmes. Un élu, confronté à la réalité, sera toujours moins dangereux qu'un non élu, perdu dans ses rêves et son ressentiment. C'est pourquoi on ne guérit bien de la politique que par l'exercice du pouvoir. Le Maire a raison, mais ça ne règle pas le problème de tous ceux qui sont en dehors, et qui sont beaucoup plus nombreux que ceux au sommet. Et puis, vouloir traiter le mal par le mal, ça ne me convient pas trop non plus.

Non, je préfère une ordonnance plus vertueuse, qui passe par quatre prescriptions, à mon avis efficaces :

1- Ne pas vouloir à tout prix une place, même s'il est légitime de chercher à accéder à des responsabilités.

2- Cultiver une distance entre soi et les autres, les événements, pour ne pas en être dépendant.

3- Mettre dans sa vie quelque chose de supérieur à la politique, afin de ne pas faire de celle-ci un absolu.

4- Pratiquer l'autodérision, afin d'atténuer l'effet dévastateur que prend le combat politique, où les autres, mêmes les proches, sont toujours l'ennemi, effectif ou potentiel, à affronter ou à surveiller.

Pour autant, je ne prétends pas ainsi guérir de la politique, dont les ressorts sont sans doute autrement plus profonds. Mais en soigner les grands ou petits malades, oui, sûrement.

mercredi 29 mars 2017

Nous irons tous voter Macron



Nous tous, c'est qui ? J'ai horreur des gens qui parlent au nom de tout le monde, alors qu'ils n'expriment que leur point de vue. Nous tous, c'est ma famille politique, depuis toujours : les socialistes réformistes, les sociaux-démocrates, la gauche de gouvernement. Ce matin, son meilleur représentant après François Hollande, Manuel Valls, nous a donné le signal : il votera Emmanuel Macron dès le premier tour. Ce n'est pas une consigne collective, c'est une position personnelle. Mais tous les membres de la famille s'y reconnaitront et suivront. Nous irons tous voter Macron.

Pour ma part, je n'ai pas eu besoin d'attendre ce signal. Avant même qu'En Marche ! ait été créé et que son leader soit candidat, je mettais mes espoirs en Emmanuel Macron. Nous étions alors quelques-uns parmi les socialistes. Aujourd'hui, nous sommes les plus nombreux. Benoit Hamon ne peut pas être notre candidat, car il incarne la gauche radicale, il a pour partenaire naturel, de son propre aveu, Jean-Luc Mélenchon, qui n'a de cesse de critiquer le Parti socialiste. Hamon fait une tentative respectable de Podemos à la française : fort bien, mais ce n'est pas ma carte d'identité politique. C'est pourquoi nous irons tous voter Macron.

Attention : ce n'est pas parce que beaucoup de socialistes iront voter Macron que Macron sera devenu socialiste ou le candidat des socialistes. Non, Macron, ce n'est pas ça : c'est le candidat du rassemblement de tous les progressistes, qu'ils soient de droite ou de gauche. Autour de lui, dans nos collectifs locaux, c'est la diversité des origines qui prévaut. A Saint-Quentin, chez les macroniens, toutes les sensibilités sont présentes : UDI, PS, MoDem, écologiste et surtout la sensibilité de ceux qui ne se reconnaissent dans aucune sensibilité, qui se revendiquent simples citoyens, qui aspirent à un rajeunissement et un renouvellement de la vie politique.

Hier, dans sa conférence de presse, Emmanuel Macron a été très clair : pour les élections législatives, pas d'accords d'appareil, pas de circonscriptions réservées, mais une seule étiquette, majorité présidentielle, et un seul critère de sélection des candidats, l'expérience, la compétence, l'enracinement. Idem au gouvernement : même critère, pas d'anciens ministres, pas d'apparatchiks. Au Parlement, fini la majorité de parti unique, place à une majorité de projet (dont les contours pourront varier selon les lois à adopter). A tous les niveaux, le temps de la société civile est venu. C'est pourquoi nous irons tous voter Macron.

Je comprends que tout cela puisse laisser sceptique, hésitant. Je comprends même les inquiétudes. Toute nouveauté questionne, perturbe, préoccupe. Mais il ne faut pas en avoir peur. Le vieux n'est pas plus convaincant, pas moins inquiétant : il a fait son temps. Osons la nouveauté, espérons en elle, en nous, en la France : allons tous voter Macron.

mardi 28 mars 2017

Mélenchon a raison



J'ai expliqué sur ce blog, dès le début, pourquoi j'étais hostile à un débat entre candidats à la présidentielle avant le premier tour, je n'y reviens pas. Mais trois débats de ce type, bonjour les dégâts ! C'est pourtant ce qu'on nous annonce : après le 20 mars sont prévus le 4 avril et le 20 avril, les deux derniers réunissant les onze candidats. Comme si on avait besoin d'autant ... Rappelons-nous le premier : interminable, confus, ennuyeux. Et ils n'était que cinq ! Imaginez le binz à onze ... Ce n'est plus 3h30 qu'il faudra, mais au moins 6h00 : une folie !

C'est pourquoi Jean-Luc Mélenchon a raison de ne pas participer à la troisième rencontre, qui n'aura lieu que trois jours avant le premier tour : quelle cirque ! La démocratie n'a pas besoin de ça. Au contraire, ce genre de spectacle (car c'est bien ça) dénature la démocratie. Qu'on invite tant qu'on voudra les candidats à la présidentielle, qu'on privilégie les petits candidats, qui n'ont pas les mêmes moyens d'expression que les grands, c'est nécessaire. Mais pourquoi les retrouver tous ensemble en arc de cercle, dans ce qui ressemble visuellement à un jeu télévisé ? Je souhaite qu'Emmanuel Macron lui aussi renonce au moins au débat du 20 avril, qui est un scandale.

Le problème est de fond : c'est celui de la démocratie médiatique. Les débats politiques font de l'audience, le dernier a réalisé un audimat de rêve, onze millions de spectateurs. Quelle émission peut aujourd'hui prétendre à un tel succès ? Les médias abusent donc de ces débats, les transforment en arène, comptent sur les vedettes, cherchent le buzz. La politique a tout à y perdre. Attention : ce n'est pour moi ni une condamnation des médias, ni de la communication, qui sont indispensables à la vie de la démocratie. Mais je regrette une dérive à l'américaine, ou à la Berlusconi, qui fait de la politique un mauvais divertissement, une sorte de reality show

lundi 27 mars 2017

L'avenir de la gauche



Nous avons la manie de croire que tout est nouveau. L'actuelle campagne présidentielle est à bien des égards inédite. Mais ses surprises ont de lointaines causes, à gauche en tout cas. Pour ce camp, le résultat va être déterminant, beaucoup plus que pour la droite. Si celle-ci perd, les raisons auront été conjoncturelles, un candidat pris dans d'inextricables affaires à répétition. Si Macron l'emporte, si Mélenchon fait mieux qu'Hamon, c'est toute la gauche qui basculera dans une recomposition d'une ampleur comparable, il y a plus de 40 ans, à l'extinction de la SFIO au profit du tout nouveau PS.

Là où il y a rien de nouveau sous le soleil, c'est que les deux "gauches irréconciliables" théorisées par Manuel Valls étaient déjà repérables dans les années 70. Nous fêterons le 18 juin prochain les 40 ans du discours de Michel Rocard au congrès du PS à Nantes : c'est d'une incroyable limpidité (Rocard hélas ne nous a pas toujours habitués à une telle clarté dans son parler) et d'une surprenante actualité (en vignette, Le Un, qui a eu l'heureuse idée, dans le numéro de cette semaine, de publier des extraits de ce texte fondateur).

Bien sûr, le vocabulaire est d'époque et le contexte politique est complètement différent, mais l'essentiel est là : la gauche est traversée par deux sensibilités, l'une étatique, jacobine, protectionniste, l'autre décentralisatrice, libéralisatrice et autogestionnaire : avec les précautions d'usage qu'il faut avoir dans toute comparaison, c'est l'opposition entre Mélenchon et Macron (j'attends avec impatience un débat télévisé entre ces deux-là, qui nous éclairera sur le fond, car l'un et l'autre sont des hommes de cohérence et de conviction).

Rocard, que lui reprochait-on ? D'être un libéral et de vouloir gouverner avec les centristes, ce qui lui avait valu le surnom de Rocard d'Estaing (en allusion à VGE, alors président). Qu'est-ce qu'on reproche aujourd'hui à Macron ? A peu près la même chose, sous des termes différents ! Ce qui a changé, c'est que Rocard croyait encore, dans les années 70, à l'union entre ces deux cultures de gauche. Aujourd'hui, leur séparation passe à l'intérieur du PS. L'intérêt tactique de conquête du pouvoir ne suffit plus à les concilier.

Ce qui a aussi changé, c'est que le PCF, puissant à l'époque, est aujourd'hui marginalisé. Il y a beaucoup moins de différences entre le socialiste Benoit Hamon et le communiste Pierre Laurent qu'entre François Mitterrand et Georges Marchais autrefois. C'est pourquoi, après leur probable défaite, Mélenchon et Hamon ne pourront que se rapprocher, s'unir dans une même structure, tandis que Macron au pouvoir incarnera une social-démocratie renouvelée, un rocardisme d'aujourd'hui, un parti démocrate à l'américaine, un parti travailliste à la Blair. "Le changement dans la continuité", disait Giscard en son temps : la remarque est vraie aussi pour les évolutions politiques. La surface est sans cesse agitée, mais les courants de fond demeurent. 

dimanche 26 mars 2017

Voyage en Macronie



Dans Le Monde de ce week-end, Florence Aubenas a fait un excellent papier sur la France de Macron. On comprend mieux pourquoi, dans notre vieux pays fatigué, le jeune candidat fascine. C'est sa petite musique que les Français aiment, son charisme. Aux yeux de beaucoup, c'est un héros d'aujourd'hui, dit Jérémie. Rodolphe rêve de mettre à la retraite les politiques de toujours : On aidera les anciens élus à se réinsérer, la politique doit devenir un CDD, lance-t-il très sérieusement. Bien vu.

Nils se réjouit : Macron a un coup d'avance, il est différent. Il apprécie que les comités En Marche ! se montent et se gèrent tout seul, avec des responsabilités à prendre tout de suite, et des places pour tout le monde. Dans les appareils politiques, il faut attendre des années, après avoir courtisé le sous-chef ou fait allégeance à l'élu de service. Charles est enthousiaste : Voilà un jeune qui croit dans le monde qu'on lui laisse et ne dit pas : tout est foutu. Marre en effet des plaintes, des gémissements, de se complaire dans l'impuissance.

Oui, ça fait du bien, et c'est la clé du succès d'Emmanuel Macron. Quand je l'ai rencontré, par hasard dans Paris il y a deux ans (voir billet du 8 mai 2015), il était ministre mais pas très connu, pas candidat à la présidentielle, et En Marche ! n'existait pas. J'ai immédiatement accroché, j'ai senti en lui un possible avenir. En bas de la rue Soufflot, téléphone portable à l'oreille, il a traversé sans trop regarder, au milieu des voitures, en dehors du passage piéton. C'est tout Macron, audacieux, un peu inconscient, comme en politique !

Profitez de votre dimanche pour lire cet article du Monde : qui sait ? à votre tour, vous rejoindrez peut-être En Marche ! A Saint-Quentin, retrouvez-nous vendredi prochain, à 18h00, salle Paringault, où nous débattrons de la sécurité et de la moralisation de la vie publique.


En vignette : une partie de notre équipe locale, vendredi soir, salle Vermand-Fayet.

samedi 25 mars 2017

Suicide en direct



J'ai regardé François Fillon jeudi soir à la télévision. L'émission m'a fait penser à une scène de film d'aventure : un type est pris dans un marécage, il s'enfonce doucement, on ne voit plus que la tête qui dépasse, bientôt la vase va lui entrer dans la bouche, il agite la main, essaie désespérément de se raccrocher à n'importe quoi. Les spectateurs savent qu'il va mourir, comme les électeurs savent que l'élection présidentielle est perdue pour François Fillon. Je le dis sans plaisir : d'abord pour l'homme, mais surtout pour la dignité du débat présidentiel, qui exigerait que la droite gouvernementale soit présente au second tour, avec un candidat valable, au lieu de l'extrême droite.

Encore mon image de l'enlisement n'est-elle pas complètement juste, tant j'ai l'impression que c'est Fillon lui-même qui s'est mis dans ce bourbier, et que chacun de ses gestes le condamne encore plus. Il y a quelque chose de suicidaire dans ce comportement. Pourquoi être allé chercher, pour expliquer ses déboires, cette histoire de "cabinet noir", cousue de fil blanc ? Fillon se réfère à un bouquin dont les auteurs eux-mêmes démentent ce qu'il prétend ! Quelques heures plus tard, Fillon revient sur ses accusations, en disant qu'il n'en sait rien, qu'il faut enquêter. C'est gamin !

On n'a jamais vu ça, dans cette présidentielle vraiment pas comme les autres : un candidat qui s'en prend violemment à quelqu'un qui n'est pas candidat ! Si j'étais Fillon, j'en resterais à la défense de mon programme, j'essaierais de faire oublier les affaires. Eh bien non ! Et puis, il y a chez lui cette suite de maladresses, la dernière en date étant de dire qu'il a rendu les costumes qu'on lui a offerts : mais c'est ne pas les prendre qu'il aurait fallu ! Fillon a encore perdu une occasion de se taire ... Remarquez bien que ça m'arrange plutôt : pendant que Fillon attaque Hollande, Macron continue de progresser, personne ne s'en prenant vraiment à lui sur le fond.

Quand je parle de suicide, je n'exagère pas : François Fillon dégage volontairement une odeur de mort autour de sa campagne, à tort il me semble. Qu'est-il allé évoquer la fin de Pierre Bérégovoy ? Déjà, bien avant, à la télévision, il s'était référé à une fausse rumeur portant sur le suicide de son épouse. Son vocabulaire est volontiers morbide : "c'est un assassinat", avait-il déclaré après sa mise en examen. Et hier, en meeting : "On veut me tuer". Je comprends la stratégie : c'est celle de la victimisation, pour sauver ce qui peut l'être, le noyau dur de son électorat. Mais ce n'est pas comme ça qu'on gagne une élection présidentielle.

L'essentiel, pour moi, jeudi soir, était encore ailleurs. Car je ne juge pas la personne de François Fillon, n'étant ni moraliste, ni juge, encore moins justicier. Ce qui m'intéresse, ce à quoi je m'oppose, c'est son programme politique. Jeudi soir, c'était très clair, et le candidat n'a pas démenti : un pouvoir d'achat qui progressera de 1,3% pour les familles modestes et de 21,6% pour les familles fortunées. Je ne doute pas de la bonne intention : relancer l'économie en donnant plus à ceux qui en sont les acteurs. C'est sans doute ce qui fait de Fillon un homme de droite et de moi un homme de gauche : je ne crois pas qu'un projet inégalitaire puisse être la condition de la relance de notre économie. Qu'on aide tant qu'on voudra les entreprises, parce qu'elles sont les principales créatrices d'emplois, oui, mille fois oui : c'est ce qui fait que je suis social-démocrate et partisan de Macron. Mais favoriser ceux que la vie (et pas forcément le travail) a déjà favorisé, non, mille fois non.

vendredi 24 mars 2017

Les temps ont changé



Avec Mike, nous avons distribué ce matin le programme de Macron, sur le marché Europe. Le public, populaire et parfois pauvre, est très différent du marché de centre ville, mais l'accueil est tout aussi bon. Il y a peu de refus, et nous arrivons à engager le dialogue avec certains. Les gens ont aussi besoin d'une présence, qu'on les écoute. La politique et l'argent : le sujet revient dans les réactions. Il faut expliquer que Macron n'est pas concerné, que tout est clean de son côté. Des lycéens font de la provoc : Le Pen ! Le Pen ! Ne pas dramatiser, répondre calmement que ce vote est une impasse et un danger.

Il y a ceux qui n'attendent plus rien de personne, comme cet ajusteur chez Alstom, qui a commencé à travailler dès 14 ans : expliquer que les problèmes de la France ne sont pas faciles à régler, qu'il faut continuer à croire en la politique, que nous avons la chance de vivre dans un régime où c'est le peuple qui choisit ses dirigeants. Je ne fais pas forcément la promotion de Macron, car il y a aussi quelque chose d'indécent à vouloir à tout prix imposer ses idées. Mais nos concitoyens doivent savoir que nous sommes là, que nous avons des solutions à proposer.

Ce marché a beaucoup changé, depuis que j'y distribuais pour le Parti socialiste, il y a quinze ans. Des jeunes, des filles, des voiles, une population de plus en plus bigarrée : c'est très bien comme ça, c'est la République, c'est la France. Emmanuel Macron est bien perçu ici : il a été très clair dans sa vision de la nation, ouverte, plurielle et tolérante. L'hostilité du Front national à ses propos est révélatrice. En Marche ! doit bien sûr s'adresser à tous, mais il y a des secteurs de la société qui sont plus sensibles à notre message. Je crois que ce qu'on appelle les quartiers en font partie. "Macron a toujours bossé, il n'a pas vécu de la politique", me dit un passant en prenant le tract. Il y a quinze ans, on n'aurait pas entendu ça. Les temps ont changé.

jeudi 23 mars 2017

Le dernier des socialistes



Quand j'ai adhéré au Parti socialiste, en 1995, j'étais très fier de ma carte : elle était signée "Henri Emmanuelli", qui était alors le secrétaire général du PS. C'est donc une figure importante de la gauche qui nous a quittés il y a deux jours. Ironie du sort ou signe du destin : Emmanuelli s'en va au moment où sa sensibilité politique a pour la première fois un candidat à l'élection présidentielle, Benoit Hamon. Car Henri Emmanuelli a toujours appartenu à l'aile gauche, et l'on dit qu'il qualifiait Macron d'"imposteur".

Dernier des socialistes, parce qu'il incarnait un courant qui, paradoxalement, est en train de vivre son été de la Saint-Martin. Hamon est en train de diviser durablement le Parti socialiste : après lui, rien ne sera plus comme avant. Hamon n'est même pas un héritier fidèle de ce socialisme traditionnel que représentait Emmanuelli : il a commencé par être rocardien ; l'aile gauche historique, Lienemann et Filoche,  s'est initialement reconnue en Montebourg, pas en Hamon. Nous ignorons ce qui se passera à la suite de la défaite du candidat socialiste. Mais l'aile gauche ne pourra pas se maintenir à la tête d'un Parti qu'elle aura conduit à la catastrophe. Sa position naturelle, celle où elle se sent bien, c'est la minorité, c'est l'opposition. Hamon, en fin de compte, c'est une erreur de casting, un accident industriel, provoqué par une primaire pleine de malentendus, puisque c'est Hollande qui devait être son candidat.

Dernier des socialistes, Henri Emmanuelli l'est aussi par son parcours politique : il a construit sa carrière en collectionnant les mandats, député, président de conseil général, premier secrétaire du PS, président de l'Assemblée nationale. Il a même tenté d'être président de la République, en étant candidat à la candidature, en 1995. Nous ne retrouverons plus ce genre de cursus dans les jeunes et futures générations d'élus. L'opinion publique, à tort ou à raison, n'a plus la même admiration pour ce type de parcours à l'ancienne. Le succès d'Emmanuel Macron, jamais élu, frais émoulu en politique, est un signe.

Dernier des socialistes, Emmanuelli n'a jamais aimé cette social-démocratie qui est majoritaire aujourd'hui. Il a suivi François Mitterrand, mais pas jusqu'à épouser le virage idéologique de 1982-1983. En 2005, il combat le Traité constitutionnel européen. En 2014, il s'abstient lors du vote de confiance à Manuel Valls. Déjà, 20 ans auparavant, il s'opposait à Lionel Jospin, les deux hommes s'affrontant dans ce qu'on n'appelait pas encore une primaire (déjà, j'avais voté Jospin contre Emmanuelli, méfiant envers l'aile gauche).

Dernier des socialistes, Emmanuelli a pourtant un point commun avec le social-libéral honni, Macron : tous les deux ont travaillé pour la banque Rothschild. Je pense même qu'Emmanuelli était plus spécialiste de la finance que Macron. Mais quand on fume des gitanes maïs et qu'on parle le langage de la gaugauche (néologisme pour désigner les plus à gauche), tout est pardonné.

Dernier des socialistes, Henri Emmanuelli l'est enfin pour avoir couvert, en tant que trésorier du PS, un système de financement illégal, qui lui a valu une condamnation à 18 mois de prison avec sursis et la privation de ses droits civiques pendant deux ans. Depuis quelques semaines, on parle beaucoup de corruption et d'argent dans la vie politique. N'ayons pas la mémoire courte : c'était pire avant ! Depuis, nous devons à la gauche d'avoir instauré une loi sur le financement des partis politiques. Les abus d'autrefois ont été supprimés. Bien sûr, la moralisation de la vie publique est un combat permanent. Mais qu'on ne dise pas que rien n'a été fait et que la situation empire !

La disparition d'Henri Emmanuelli n'est pas seulement celle d'un homme : c'est la fin d'une époque, d'un socialisme hérité des années 70, mort d'ailleurs depuis longtemps mais survivant sous forme de nostalgie, plus très loin de s'effacer totalement (je ne parle pas ici de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, qui représente encore une autre sensibilité, une sorte de néo-communisme).

mercredi 22 mars 2017

Familles, je vous hais



Nous vivons une drôle d'époque, et la folie de cette campagne présidentielle n'en est que l'expression parfois grotesque. Il y a 40 ans, à l'issue de Mai 68, la famille était brocardée. Depuis quelques années, elle est portée aux nues. C'est l'ultime valeur refuge. Même les homosexuels, qui ont obtenu le mariage, rêvent de fonder une famille. Et pourtant, après Fillon, avec Le Roux, on se déchaîne contre ceux qui n'ont fait que le geste de solidarité filiale le plus banal : employer quelqu'un de sa famille.

Quoi d'ailleurs de répréhensible ? L'embauche serait ouverte à tous, à l'exception des proches ? On comprend bien, en politique comme dans le commerce ou l'entreprise, la commodité qu'il peut y avoir à travailler avec les siens. Je vois une contradiction entre cette condamnation et la défense de la famille. J'y vois aussi beaucoup d'hypocrisie : dans la société, depuis toujours, nombreux sont ceux qui privilégient leurs parents ou leurs amis : quoi de plus normal, quoi de plus humain ? En vérité, ce n'est pas tant la famille qu'on vise, c'est l'homme politique.

Au nom de quoi ? De la morale. On n'arrête pas de nous dire que dans ces affaires, il n'y a rien d'illégal (du moins tant que la justice n'a pas tranché), mais que le problème est moral. Mais quelle morale ? Il y a 40 ans, à l'issue de Mai 68, la morale était brocardée, au bénéfice de la liberté individuelle. La page est-elle en train de se tourner ?

Et puis, il y a cette folie des mots, qui tournent les têtes. Deux m'amusent beaucoup, souvent répétés ces temps-ci. "Emploi fictif" : quelle drôle d'expression ! Un emploi, un travail, c'est toujours faire quelque chose. Un emploi ne peut pas être fictif. Ou alors ce n'est pas un emploi, c'est autre chose, et le mot ne convient pas. "Emploi fictif", c'est un oxymore, comme l'"obscure clarté" de Corneille. De même, le fameux "enrichissement personnel", qui n'est qu'un pléonasme : tout enrichissement est personnel, par définition, dans sa réalité. S'enrichir, c'est pour soi ou pour ses proches, rarement pour les autres.

Vous me direz peut-être que ces termes sont purement juridiques : c'est bien ce que je leur reproche ! La politique et la vie, ce n'est ni le droit, ni la morale. Or, notre drôle d'époque a décidé de faire prévaloir les seconds contre les premiers. C'est une catastrophe. Le langage public, de moins en moins maîtrisé, est désormais truffé d'oxymores, de pléonasmes et d'hyperboles. Le mot juste a tendance à disparaître. La première des corruptions, c'est celle du vocabulaire, dans un régime, la démocratie, qui ne repose pas sur la force mais sur la parole. En politique, il ne faut parler que de politique ; le reste n'a aucune importance.

mardi 21 mars 2017

Débat cata



Porter un commentaire sur un débat politique est un exercice difficile. Celui d'hier soir n'échappe pas à la règle. Objectivement, il est difficile d'en tirer des leçons, encore plus de désigner un vainqueur et un perdant. Que reste-t-il à faire ? Donner ses impressions, qui valent ce qu'elles valent. Même l'audience, excellente, puisque près de dix millions de Français étaient devant leur poste, est sujette à discussion : que signifie-t-elle vraiment ? Est-ce une assurance contre l'abstention de masse ? Je n'en suis pas trop sûr. La politique est devenue un spectacle : on vient voir les grands fauves se battre. Mais le devoir électoral en sort-il renforcé ?

Ma première impression confirme ce que j'avais écrit dans le billet du 22 février : un débat avant le premier tour est une mauvaise idée, parce qu'il ne peut tourner qu'à la confusion. La démonstration a été faite, selon moi, hier soir. On compare les candidats comme des lessives, et on ne voit pas trop les différences. Bien sûr, quand on est militant, le jugement est faussé : on soutient son champion, on le trouve forcément bon puisqu'on se reconnaît dans ses idées, on le juge meilleur que les autres puisqu'on souhaite qu'il gagne. Je ne veux pas tomber dans cette facilité. Quand on est militant, on comprend aussi aisément les clivages, on repère les lignes, on identifie les projets. Mais il faut se mettre à la place de la plupart des gens, qui ne connaissent pas grand-chose à la politique, qui souvent font des confusions : qu'ont-ils pu retenir du débat d'hier ? A mon avis, surtout une cacophonie, où l'on avait du mal à s'y retrouver.

C'était couru d'avance : tant de sujets à aborder avec autant de candidats, et une durée d'émission totalement folle, 3h30 de direct (j'ai tenu jusqu'au bout, presque par devoir, mais j'ai eu du mal). Qui a tiré son épingle du jeu, qui va profiter de cette confrontation ? Il m'est pénible d'avoir à le dire : je crois que c'est Marine Le Pen. Elle était à l'aise, très claire, offensive. Son avantage, c'est de parler en toute irresponsabilité, dans une parfaite démagogie. Ses concurrents s'efforcent d'argumenter en tenant compte de la complexité des dossiers ; Le Pen pratique la simplification outrancière. Ce qu'elle propose est dangereux et intenable ; elle n'a aucune maitrise de la technique gouvernementale, mais je crains que ces défauts ne se retournent en attraits au regard de l'opinion. Tous les grands leaders fascistes ont usé de cette facilité, de cette rouerie. Le Pen exerce sûrement une part de fascination, par sa présence physique et verbale à l'écran. C'est effrayant.

Tous les autres candidats n'hésitaient pas, même Mélenchon, à reconnaître parfois des convergences entre eux sur certains points. Le Pen était la seule à ne jamais acquiescer, à conserver son quant à soi, à marquer sa différence de brute blonde devant et contre les hommes en costard bleu. Même sa grosse voix de fumeuse tranchait : elle assénait avec arrogance ses certitudes, qu'elle accompagnait régulièrement de son sourire de rongeur. Quand elle s'exprime, on comprend tout et ça fait peur. Les autres exigent notre effort, qui n'est pas toujours récompensé. Le Pen joue d'autant plus sur du velours que personne ne l'attaque : qui, hier soir, a rappelé que c'était la candidate de la xénophobie, que son projet n'était pas républicain ? Personne ...

De Macron, cible de toutes les critiques, j'ai aimé sa réplique : "Si je n'étais pas là, vous vous ennuieriez". Et j'ai trouvé dégueulasse l'insinuation de Benoit Hamon, chafouin, faisant son malin, à propos du financement de la campagne de Macron, laissant entendre qu'elle serait sous influence des lobbies. Ce genre de soupçon, totalement infondé, est indigne d'un candidat à la présidentielle. Hamon est vicieux : il réclame à Macron quelque chose que celui-ci ne peut pas lui donner, les noms de ses donateurs, que la loi interdit de dévoiler. Qu'on affronte tant qu'on voudra Macron sur ses convictions, mais qu'on ne fasse pas de la politique de caniveau. Mélenchon a bien des défauts, mais il est honnête : ce serait justice qu'il coiffe au poteau le candidat que je n'ose plus qualifier de socialiste.

A l'issue de ce débat pour moi catastrophique, je suis très pessimiste. Une consolation tout de même, qui contredit mon appréhension : Emmanuel Macron a été jugé le plus convaincant dans deux sondages effectués juste après, et Benoit Hamon arrive en bon dernier. C'est parfois un bonheur d'avoir tort dans ses impressions.