samedi 23 septembre 2017

Mélenchon rejoue 1964



A l'heure où j'écris, nous ne connaissons pas le nombre d'insoumis qui ont défilé dans Paris. Dépasseraient-ils les 100 000 que ça ne m'étonnerait pas. Après tout, ils ont été 7 millions à voter Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Et puis, ce n'est pas, comme il y a quelques jours, une manifestation syndicale contre la seule réforme du code du travail. Il s'agit d'une marche anti-Macron : tout ce que France compte d'hostile à sa personne, riche, libéral et réformiste, va se retrouver dans la rue. C'est ce qu'on appelle classiquement une manif fourre-tout, où les revendications et les appartenances importent moins que la caricature et le rejet d'un homme politique.

Macron "dictateur", sa politique "coup d'Etat" ? Au-delà des outrances, cela ne vous rappelle rien ? Mais si ! François Mitterrand en 1964, qui publie "Le coup d'Etat permanent", visant de Gaulle, qualifié non seulement de "dictateur" mais de "Duce", "Caudillo" et "Führer". Ca, Mélenchon n'a quand même pas osé ! Il faut dire que l'époque, contrairement à la nôtre, ne lésinait pas sur la violence verbale ... et physique. Mélenchon nous fait donc le coup de Mitterrand en 1964, contre le fondateur de la toute nouvelle Vème République. Macron a de quoi en être honoré : se voir comparé au général ...

Evidemment, l'anachronisme est total et n'abuse que les gogos. Mitterrand parle de "coup d'Etat" parce qu'il accuse, à tort ou à raison, le général d'être parvenu au pouvoir en 1958 avec le soutien et sous la pression de l'armée, exerçant en quelque sorte, par la suite, un chantage sur le péril militaire que représentaient les soldats factieux de l'Algérie française. Rien à voir avec Macron et ses ordonnances, qui sont un dispositif totalement légal et institutionnel de notre République.

Quant à la figure du "dictateur" ou du "monarque", c'est un lieu commun non pas contre un homme mais contre le pouvoir présidentiel défini par notre Constitution. Le chef d'Etat a une forte responsabilité, oui, mais un pouvoir dictatorial ou monarchique, non, absolument pas. De Gaulle n'était pas Franco, Macron n'est pas Louis XIV : employer ces mots, c'est faire de la rhétorique, pas de la politique. Tout juste bonne à rédiger des slogans ? Non plus, car un slogan doit être juste, vrai.

Alors, une manif pour rien ? Non pas ! Son objectif n'est pas tant de gêner Macron, qui n'a rien à en craindre, qui ne reviendra pas sur sa promesse d'une réforme du code du travail. Non, Mélenchon a autre chose en vue à travers ce défilé des insoumis : installer durablement son leadership sur l'ensemble de la gauche, par delà sur l'opposition à Macron, après que le PS et le PCF aient été marginalisés. Désormais, dans le camp progressiste, c'est eux ou nous : insoumis contre macroniens. Et nous sommes bien en 2017, pas en 1964 !

vendredi 22 septembre 2017

La démocratie et la rue



Les manifestations contre la réforme du code du travail ont connu hier une baisse d'affluence sensible, sans surprise en ce qui me concerne : le temps et les circonstances ne sont pas à l'explosion sociale. On peut certes en rêver, mais la réalité ne suit pas forcément. D'autant que ce mouvement est accompagné de signes baroques qui ne plaident pas en sa faveur : la dernière fois, c'était le ralliement des forains, qui ne sont tout de même pas l'avant-garde du prolétariat ; cette semaine, ce sont les ... CRS, qui font grève en se mettant en arrêt-maladie (on aura tout vu !).

Demain, en revanche, à la grande marche de la République insoumise, je pense qu'il y aura du monde, parce que l'opposition à Macron ne peut mobiliser que si elle est politique, pas seulement syndicale. Le thème de l'antilibéralisme est tellement à la mode qu'il ne peut qu'être porteur. Ceci dit, je ne crois pas non plus que le président de la République ait de quoi s'inquiéter : le positionnement de Mélenchon est tellement extrême qu'il ne peut que coaliser les gros bataillons de la gauche radicale, pas plus. Ca fait bien sûr du monde, mais pas une majorité, même pas relative (voir le résultat des dernières élections).

Une opposition est dangereuse pour le pouvoir en place qu'à partir du moment où elle représente une alternative, où elle constitue une possible relève : ce n'est pas le cas avec Mélenchon. Ses slogans sont si outranciers (le "coup d'Etat social", par exemple, déplacé, grotesque) qu'ils ne peuvent entrainer que les radicalisés. Cette opposition-là ne sait que s'opposer.

Il y a bien sûr, plus préoccupante, la théorie de la coagulation : dans les jours qui viennent, la grogne des retraités, fonctionnaires, chauffeurs routiers, agriculteurs et surtout étudiants pourrait faire boule de neige. Je n'y crois pas non plus : ces revendications sont trop disparates pour se retrouver dans un front commun, un front de classes, comme on disait à la grande époque.

La force de Macron, c'est qu'il fait ce qu'il a promis, ce pour quoi il a été élu, rien de moins, rien de plus. En démocratie, c'est du béton : personne ne peut aller contre ça. La preuve : on vient le chercher sur des mots, des bouts de phrase. C'est assez lamentable, c'est un signe de faiblesse. Dernière polémique en date : "La démocratie ne se fait pas dans la rue", a-t-il dit. Et alors ? Cette formule est banale, évidente de vérité. La démocratie, ce sont les élections, pas les manifestations.

Quand je défilais contre les réformes de Sarkozy, j'exprimais un mécontentement, légitime en démocratie. Mais jamais il me venait à l'idée de contester la légitimité du gouvernement en place, de le taxer de "coup d'Etat" lorsque ses mesures ne me convenaient pas. Je suis trop républicain pour réagir ainsi ! De même, quand plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue pour refuser le mariage homosexuel, ce n'était pas une raison pour renoncer à cette réforme.

Le pouvoir doit écouter la rue, prendre la mesure de ses revendications, mais c'est lui, le pouvoir, qui a, qui doit avoir le dernier mot, parce qu'un mandat irrévocable le lie au peuple, à l'issue de l'élection où une équipe gouvernementale a été préférée à toutes les autres. Je ne bouge pas de là. C'est pourquoi Emmanuel Macron a totalement raison de solenniser la signature des ordonnances aujourd'hui. C'est une excellente pédagogie, pas un vulgaire coup de com' : rappeler en République où est le pouvoir, quelle autorité impose le respect et d'où elle tire sa légitimité. Oui, mille fois oui, et pardon pour la banalité du propos, la démocratie ne se fait pas dans la rue.

jeudi 21 septembre 2017

Le FN diabolise Philippot



Il n'y aurait pas grand chose à dire du départ de Florian Philippot du FN, sinon qu'il révèle les pires travers de la politique, qui ne sont d'ailleurs pas propres à l'extrême droite. J'en déplore cinq aspects :

1- La franche inimitié et l'hypocrite camaraderie. Bras dessus bras dessous un jour, à couteaux tirés le lendemain. Je crois qu'aucun parti n'y échappe. Et dire que certains vont chercher en politique de la convivialité ! Rares sont les activités humaines où l'on rencontre autant de haine et de faux semblants. Les bons amis font les farouches ennemis.

2- Le Pen est incompétente, caricaturale et vulgaire mais c'est elle qui reste. Philippot est intelligent, fin et sympathique mais c'est lui qui est obligé de partir. On retrouve là un axiome de la logique d'appareil : les mauvais l'emportent toujours sur les meilleurs. Comme le disait Pierre Mauroy : "Quand les dégoûtés s'en vont, il ne reste plus que les dégoûtants".

3- Contre Philippot, les arguments de ses ex-compagnons ne sont pas politiques mais psychologiques : on lui reproche son comportement vaniteux, narcissique et solitaire. On voit bien que ce n'est pas un affrontement entre des lignes idéologiques, ou bien à la marge. Les idées ne pèsent pas lourds dans ces querelles de personnes. Allez savoir si les frontistes ne jalousent pas tout simplement l'intelligence et l'aisance médiatique de Philippot ?

4- L'explication de sa déchéance : avoir fondé une association dont il a refusé de démissionner. Là, le FN se distingue radicalement des autres partis politiques et confirme sa nature totalitaire. Car dans aucune autre formation on ne serait poussé vers la sortie pour cette raison, parfaitement antidémocratique et un peu ridicule.

5- Pour résoudre la crise, qu'est-ce que Le Pen a cru bon de proposer à Philippot ? Une vice-présidence privée de sa délégation, c'est-à-dire un titre sans pouvoir, "vice-présidence de rien", a très bien résumé sa victime. Voilà un cynisme de la plus belle eau.

Moi aussi, je ne suis pas exempt de vieille politique et de cynisme : j'applaudis au départ de Philippot, qui enlève au FN un excellent élément, le plus dangereux de tous, mais sans avenir à l'extérieur du parti. Le FN diabolise Philippot et se rediabolise par la même occasion, gardant à sa tête une femme repoussoir : c'est très bien ainsi.

mercredi 20 septembre 2017

Nous n'irons plus à Solférino



Les mauvaises nouvelles arrivent à la nuit tombée. Quand j'ai appris hier soir, de la bouche de Jean-Christophe Cambadélis, la vente du siège du Parti socialiste, rue de Solférino, à Paris, j'ai ressenti un pincement au cœur, parce que je suis volontiers nostalgique. Solférino ! Combien de fois y suis-je allé ? Je ne sais plus. Il parait que quand on aime on ne compte pas ... Des dizaines de fois peut-être, quand j'étais secrétaire de section, puis responsable fédéral à la formation, ensuite représentant de courant. Jospin, DSK, Hollande, voilà ceux que je rencontrais le plus souvent, pour les plus importants. C'était la belle époque du socialisme !

Solférino, j'ai aimé, oui. D'abord, l'emplacement. Aujourd'hui, certains reprochent cette installation dans les beaux quartiers. Et alors ? Des socialistes n'ont pas le droit d'y séjourner ? Ce serait réservé à la bourgeoisie ? Personne n'a fait ce reproche à François Mitterrand quand il l'a acquis en 1981, pas pour la sociologie environnante, mais parce qu'il fallait être près de l'Assemblée nationale. Cet achat symbolisait ce que le Parti socialiste a cessé d'être cette année, aux dernières élections : un parti de pouvoir, un parti de gouvernement. Et puis, Solférino, c'est tout à côté du quartier Saint-Germain, de l'intelligentsia, que le PS a perdu elle aussi.

L'immeuble lui-même est magnifique, puissant, de la belle pierre. A l'intérieur, les salles sont multiples, fonctionnelles. Que de souvenirs, que de débats entre ces murs ! Solférino, c'était notre fierté. Un parti politique se juge aussi à sa façade. Se séparer de ce siège, c'est une triste fin. Quand on vend les bijoux de famille, c'est que tout va très mal. J'ai l'impression que le PS va tout lâcher, petit à petit, jusqu'à son nom, ce qu'il a déjà commencé de faire à l'Assemblée nationale, puisque le groupe socialiste est devenu "Nouvelle gauche".

Pour ne pas paraître trop dithyrambique, je vais apporter un bémol : ce que je n'aimais pas à Solférino, c'est sa grille d'entrée, qui faisait prison ou forteresse assiégée. De plus, la porte était lourde à pousser. Sinon, c'était merveilleux. Le mot lui-même me plaisait : Solférino, la grande bataille que Napoléon III remporta en 1859 sur les armées autrichiennes ! Aujourd'hui, c'est une défaite qui fait abandonner le siège. Nous n'irons plus à Solférino, mais quand nous passerons devant, au hasard de nos promenades dans la capitale, comme on visite un cimetière, nous nous souviendrons qu'a longtemps vécu en ce lieu un grand parti, une belle histoire qui ont l'un et l'autre pris fin.

mardi 19 septembre 2017

Tous les mêmes !



Il est beaucoup question, depuis quelques temps, des conflits au sein du FN. Je n'y crois pas du tout. C'est l'écume des choses. Il n'y a pas de courants qui menacent l'existence de l'extrême droite. Le Pen, sa nièce, Philippot et les autres partagent le même noyau idéologique : nationalisme, xénophobie et autoritarisme. Le clivage entre un FN fréquentable et un autre qui ne le serait pas est une légende. Ce sont tous les mêmes ! Les nuances ne font pas des différences.

Ce qui les déchire, ce n'est pas l'idéologie, c'est le pouvoir. Avec Marine Le Pen, ils sentent qu'ils ne gagneront pas. Son débat face à Macron l'a totalement décrédibilisée. Elle ne remontera jamais la pente. C'est la grande vertu de la démocratie : à la tribune d'un meeting, dans l'entre soi militant, on peut faire illusion. Lors d'un débat avec l'adversaire, on a rendez-vous avec sa propre vérité : les masques tombent. Le Pen reste à jamais Le Pen, c'est-à-dire une femme d'extrême droite : c'est ce que ce débat nous a appris, que nous savions déjà. La suite était inévitable : dissensions au sein du parti, qui ne peut accepter d'être aussi mal représenté s'il veut un jour accéder au pouvoir. Cette séquence nous rappelle aussi que l'inimitié est le ressort naturel de la politique, que la camaraderie y est intéressée et manipulatrice.

Le plus dangereux des frontistes n'est pas celui qu'on croit, mais Philippot. Il est intelligent, compétent, sympathique, crédible et, par dessus tout, il laisse croire que sa ligne n'est pas identitaire mais souverainiste, qu'il n'est pas d'extrême droite mais social-patriote. Si Le Pen lui laissait la place, ce serait terrible pour tous les démocrates. Heureusement, elle ne le fera pas. Et si Philippot quitte le FN ou s'en fait exclure, il connaitra le sort de Bruno Mégret : une rapide marginalité.

Une dernière chose : beaucoup se réjouissent de ces affrontements à l'intérieur du FN et de la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle. Je serais moins catégorique : d'une part parce que ce sont des batailles de Polichinelle, qui ne change rien à la nature de ce parti ; d'autre part, et surtout, parce que cette femme incompétente et dangereuse, qui a donné d'elle une lamentable image lors de ce fameux débat, a malgré tout réussi à capter 11 millions de voix, ce qui est proprement sidérant. Quelques centaines de milliers de fanatiques et d'imbéciles, toute société peut en produire facilement ; mais 11 millions d'électeurs, non, c'est effrayant, et ce ne sont pas les remous actuels au sein du FN qui doivent nous le faire oublier.

lundi 18 septembre 2017

Ni communiste, ni anticommuniste



Il y a eu un temps où la fête de l'Humanité était un gros événement politique, qui mobilisait toute l'attention. Nous n'en sommes plus là : disons que c'est un petit événement, qui ne passe pas inaperçu, qui fait encore parler. Mais quelle dégringolade ! Cette année, que pouvons-nous en retenir ? Ce ne sont pas les attaques contre Macron : elles vont de soi, et je serais presque vexé que notre président ne soit pas la cible du PCF. Non, ce qui est stupéfiant, c'est la charge contre Mélenchon, candidat tout de même soutenu par les communistes à plusieurs reprises.

Cette critique a quelque chose de pathétique. Mélenchon était absent : soit. Et alors ? Pourquoi en faire tout un plat ? Comme si le grand Parti communiste, au passé jugé autrefois glorieux, se sentait orphelin ou perdu quand l'ex-socialiste n'est pas là ... Le plus pitoyable, c'est que Mélenchon méprise l'appareil communiste et se sert surtout de ses électeurs et militants, du moins ce qu'il en reste, pour alimenter ses manifs, ses meetings et ses multiples candidatures. Il a tué le PCF, et le PCF en redemande, en pleurant son absence. Cette attitude me fait penser au syndrome de Stockholm, qui fait sympathiser les victimes avec leurs bourreaux.

J'ai peut-être plus de respect pour les communistes que n'en a Mélenchon. Pourtant, communiste, je n'ai jamais été tenté de l'être : après mai 68, c'était impossible. Une révolution en a tué une autre. A l'extrême limite, je préfère une société injuste et inégalitaire à une société totalitaire et liberticide. En même temps, je n'ai jamais été anticommuniste, sachant reconnaître chez les militants du PCF des hommes et des femmes de cœur, dévoués, se battant pour un idéal très élevé, hélas tragiquement contredit par la réalité.

vendredi 15 septembre 2017

Ah ! les radicaux de gauche ...



En ces journées du Patrimoine, nous allons assister à la disparition d'un joyau de notre patrimoine politique : le Parti radical de gauche (PRG), qui va se fondre dans une nouvelle formation, avec son homologue de centre-droit, le Parti radical-valoisien (quel nom ! il me faisait rêver quand j'étais adolescent : être radical-valoisien, c'était tout aussi mystérieux pour moi qu'être trotskiste lambertiste). Ce week-end, à Montpellier, les deux partis vont commencer leur réunification. Un événement historique ou microscopique ? Les deux, mon capitaine.

Les radicaux de gauche ravivent d'abord en moi la nostalgie de mes premiers pas en politique, dans les années 70. Le MRG, comme on l'appelait alors (Mouvement des radicaux de gauche), m'intriguait par son sigle, pas comme les autres : un sapin, qui faisait bizarre à côté de la rose au poing socialiste et de la faucille et marteau communiste. En 1977, son leader, Robert Fabre, un pharmacien (!), m'avait épaté en volant la vedette à Georges Marchais, devant les caméras et micros, accusant le communiste d'avoir rompu l'union de la gauche. Et puis, ce courant disposait d'un jeune intellectuel sympathique, Roger-Gérard Schwartzenberg, autour d'un ouvrage à succès, "L'Etat-spectacle", qui m'avait bien plu à l'époque. En 1981, au premier tour de la présidentielle, je votais pour Michel Crépeau, candidat du MRG : le centre gauche, ça m'allait bien. Depuis, j'en suis resté là !

Bon, on ne fait pas de politique sur la nostalgie. Je crois que le PRG a pris une décision intelligente, contrairement au PS qui refuse de se remettre en cause et se replie sur lui-même. Emmanuel Macron a fait exploser tout le paysage politique. Le PS et le PCF n'existent plus vraiment, remplacés qu'ils sont par la République En Marche et par la France Insoumise. Les radicaux en ont pris acte, en travaillant à leur unité. Leur démarche n'est pas exempte de macronisme, puisqu'à leur tour ils cherchent une alternative qui ne soit ni de droite, ni de gauche. A l'origine, le Parti radical, c'est le parti de la République, et les républicains sont de droite comme de gauche. Quand même, Robert Fabre, Michel Crépeau, le sapin et Roger-Gérard Schwartzenberg, c'était bien ...

jeudi 14 septembre 2017

Jupiter en lit de camp



Vous savez que je suis un soutien ancien, indéfectible, inconditionnel et désintéressé d'Emmanuel Macron. Mais je crois qu'il a commis hier sa première faute politique, pourtant passée inaperçue, et qui n'a soulevé aucune protestation. Nous vivons dans un monde étrange : le président dit une vérité sur les "fainéants" de la classe politique, et c'est le scandale, alors que personne ne réagit lorsque, pendant sa visite aux Antilles, ses services font savoir que le chef de l'Etat a passé la nuit à la gendarmerie, sur un lit de camp !

Croyez-vous que cette couche est digne d'un président de la République ? Bien sûr que non ! La dernière fois que je me suis allongé sur un lit de camp, c'était dans un camping, il y a très longtemps, et je n'en ai pas gardé un bon souvenir. Nos rois d'autrefois dormaient dans des lits magnifiques, qui ne valaient pas simplement pour leur confort, mais pour leur symbolique : le souverain n'est pas un homme comme les autres, jusque dans son sommeil.

Et puis, il y a le côté pratique. Macron n'arrête pas de bosser et de se déplacer. Il mérite tout de même un matelas correct, qui lui permette de bien se reposer et d'être en forme pour traiter des affaires de la France. Imaginez Charles de Gaulle ou François Mitterrand faisant annoncer qu'on a installé un lit de camp pour les héberger dans telle ou telle sous-préfecture : ridicule ! indécent !

Mais je suis trop macronien pour ne pas trouver des raisons dans cette décision qui donneront raison à Macron. Mon intuition, c'est que l'anecdote est trop bête pour être vrai. Notre président a inventé cette histoire de lit de camp ! Il a paisiblement dormi dans un confortable lit, et me voilà rassuré. Mais pourquoi ce mensonge ? Pour plaire à la population, pour la flatter dans sa vanité : un grand homme qui se contente d'un lit de camp ne peut être que bon, c'est un homme du peuple, il nous ressemble. Et ça marche, puisque personne ne s'étonne ou ne condamne. Génial, non ? Sacré Macron ! Même quand je ne suis pas d'accord avec lui, je suis encore d'accord avec lui ...

mercredi 13 septembre 2017

Camarades farceurs



Karl Marx disait que lorsqu'un événement se produit deux fois, la première est sous forme de tragédie, la seconde comme farce. Je pense que c'est ce à quoi nous avons assisté hier en France, dans les manifestations contre la réforme du code du travail : une farce qui voudrait faire croire à une tragédie. Certes, Marx songeait à des événements autrement historiques, puisqu'il visait le tragédien de haute volée, Napoléon Bonaparte, et son pitoyable neveu, Napoléon III, "le Petit", comme s'en amusait Victor Hugo. Toute proportion gardée, nous étions hier aussi dans la farce.

Pourtant, la contestation de cette réforme est parfaitement légitime et respectable. J'irais même jusqu'à dire que sa critique intelligente serait profitable à tous. Hélas, ce n'est pas le cas : une farce reste une farce. Pourtant, il y a eu du monde dans les rues, tout ce que le syndicalisme de lutte de classes et la gauche radicale peuvent mobiliser, mais pas plus, pas au-delà. Où est donc alors la farce ? Dans les images qu'on retiendra : ces manifestants portant autour du cou des pancartes dérisoires sur lesquelles ils se qualifient de "fainéants". Quand on se croit obligés de mentir en déformant les propos du président de la République (voir billet de lundi dernier), c'est qu'on est mal parti, c'est qu'on n'a guère d'arguments à lui opposer. Jouer les farceurs, ce n'est pas très sérieux, ni pour des syndicalistes, ni pour des militants politiques.

Mais le plus grotesque, le sommet de la farce, aura été le ralliement des forains aux manifestations, eux aussi contre les ordonnances. Marcel Campion, leur leader, a rédigé un texte qui est à pisser de rire. Rien que le titre sent la bouffonnerie : "Fête foraine et lutte finale". Je vous invite vivement à en lire l'intégralité sur internet : vous serez pliés. Campion, qui ne cache pas être "riche", appelle à "défier les bien pensants aux côtés des travailleurs", en criant : "No Pasaran !" (c'est tordant, mais je n'invente rien, le texte fait foi). Campion veut être "en première ligne de toutes les manifestations de la colère sociale : avec les syndicats et les insoumis, les bonnets rouges et les blacks blocs (sic), les agriculteurs faillis et les anarchistes ..." Là, je tombe littéralement sur le cul. Le manifeste révolutionnaire se termine par cette déclaration : "Dans toutes les prochaines batailles de la guerre sociale, les forains seront en première ligne".

Mais qu'est-ce qui pousse les forains à jouer les anars et Marcel Campion à se prendre pour Che Guevara ? Tout simplement parce que Macron leur demande de passer par un appel d'offres avant
d'installer leurs manèges et autres attractions. Rien que pour cette raison-là ! Une farce, je vous dis. Karl Marx avait raison.

mardi 12 septembre 2017

Irma fait son show



Emmanuel Macron est aux Antilles, pour constater les dégâts, après le passage de l'ouragan Irma. Pendant plusieurs jours, nous avons subi dans les médias une déferlante d'images, beaucoup indécentes, montrant inutilement le malheur des gens. Des explications, souvent obscures et techniques, ont été données du phénomène naturel : mais qu'est-ce que ces "précisions" apportent à notre information ? Déferlante aussi de vocabulaire, dans une sorte de surenchère : chaos, scène de guerre, enfer, apocalypse, fin du monde, un registre étonnement biblique ... J'ai noté, sur une radio, cette trouvaille littéraire : "ouragan atomique", comme si la nature se faisait bombe nucléaire ...

Comme toute société moderne, nous avons eu droit à quelques chiffres, inlassablement répétés : 95% de l'île a été détruite. Je me demande bien quels sont les 5% qui restent, et par quel miracle ? L'apocalypse normalement emporte tout. Quant aux 1,2 milliards que devront verser les compagnies d'assurances, comment ont-ils été calculés, aussi rapidement ? Peu importe la vérité, l'essentiel est dans le "ressenti", comme on dit aujourd'hui : au jour de la fin du monde, les chiffres doivent forcément être gigantesques.

Il y en a pourtant qui cloche : 10 morts, un chiffre très bas pour une apocalypse qui détruit 95% du territoire. A la même date, le tremblement de terre au Mexique et les inondations en Italie en ont fait beaucoup plus. Mais il faut laisser Irma faire son show sur les écrans. Il y a quand même des déclarations troublantes, dans la presse écrite : "Nous n'avons eu ni mort, ni blessé grave. Toute l'île a été contrôlée et il n'y a strictement aucun problème de ce côté-là. Je n'ai pas de crainte particulière pour les jours à venir". C'est une déclaration de Bruno Magras, président de la collectivité dans l'île de Saint-Barthélemy, le 09 septembre.

Les scènes de pillage sont venues nous interroger : les hommes ne seraient-ils pas plus féroces que la nature déchaînée ? Il faut dire que Saint-Martin et Saint-Barth sont des paradis pour richards, côtoyant la misère la plus terrible d'une partie de la population. Mélenchon, ce faux intelligent qui n'en rate pas une, en a profité pour accabler Macron d'impréparation ! Je confirme : notre président n'est pas Jésus, il n'a aucun pouvoir de calmer les vents et d'apaiser les tempêtes.

Les climatologues sont formels, au grand dam des animateurs de médias (qui ont détrôné les journalistes) : Irma n'a rien d'exceptionnel, la zone a connu des cyclones aussi puissants, il n'y a pas si longtemps. Quant aux historiens, toujours utiles à consulter pour relativiser, ils nous apprennent que le 10 octobre 1780, les Antilles ont affronté un ouragan qui a fait dans toute la région ... 22 000 morts ! Et tenez-vous bien : la métropole n'en a eu connaissance que ... deux mois après ! Quelle chance nous avons : avec BFMTV et les autres, Irma peut faire son show, comme il était impossible et inimaginable autrefois.

lundi 11 septembre 2017

Les fainéants ne sont pas contents



L'activité politique se passe rarement d'une dose de mauvaise foi, de mensonge et de manipulation. Mais contre Emmanuel Macron, la malhonnêteté se déploie à un niveau inégalé. Son magnifique discours sur l'Europe (voir billet de samedi) a été volontairement occulté, saboté par une polémique sur les "fainéants", faisant dire au président ce qu'il n'a jamais dit. Car ce n'était évidemment pas les Français qu'il visait (il faut s'appeler de Gaulle pour les traiter de "veaux" sans que personne ne songe à s'en plaindre), mais la classe politique, cette élite qui ne supporte toujours pas qu'un homme jeune, non issu de ses rangs, ait accédé à la présidence suprême. Alors, pour le discréditer, on ment !

Ce qui est amusant, c'est que les qualificatifs de "cyniques" et d'"extrêmes", pourtant beaucoup plus cinglants, ont fait beaucoup moins réagir. La raison en est que si la fainéantise peut se cacher en faisant semblant, le cynisme et l'extrémisme explosent à la figure de ses tenants. En tout cas, Macron a fait mouche : s'indigner faussement à ce mot de "fainéant", c'est prouver sans le vouloir qu'on se sent visé. Le président de la République a fait sortir le loup paresseux du bois.

Oui, fainéantise d'une classe politique qui depuis 30 ans répète les mêmes recettes qui n'ont rien donné, qui a du mal à imaginer quelque chose de neuf. Mais fainéantise aussi de la classe médiatique, qui privilégie, BFMTV en tête, la facilité du spectacle et du commentaire, qui a tué l'information et le journalisme. Fainéantise enfin de la classe intellectuelle, qui ne produit que des penseurs secondaires : pour un Badiou et un Houellebecq, combien d'essayistes médiocres, plaisants et complaisants, que l'histoire ne retiendra sans doute pas ? Où sont les Sartre, Deleuze, Foucault et tant d'autres d'il y a 40 ou 50 ans ? Oui, fainéantise de la pensée actuelle.

Emmanuel Macron a un très grand mérite : celui du mot juste et du parler vrai. Tant pis si cela "choque" ! Le vieux monde ne se laissera certes pas faire. Il se battra tant qu'il pourra pour sauvegarder son influence, ses prérogatives, ses privilèges. Macron, tiens bon contre lui ! Vous vous souvenez de cet autre mot qui avait fait scandale : "illettrés". Eh bien, un rapport officiel vient d'être publié il y a quelques jours, montrant qu'une entreprise sur deux est touchée par des phénomènes d'illettrisme. Tenir bon, parce que la vérité, aussi dure soit-elle, doit être dite. Voilà une attitude nouvelle pour un personnage public. Je suis persuadé que les Français apprécient et que les manipulations et les mensonges échoueront.

samedi 9 septembre 2017

L'Europe des peuples



Si Irma n'avait pas focalisé l'attention des médias, l'intervention d'Emmanuel Macron à Athènes sur l'Europe aurait fait l'événement. Mais voilà : un discours prête moins au spectacle qu'un ouragan. C'est pourtant un texte fondateur, qui fera date. On se souvient que pendant ses meetings de la campagne présidentielle le candidat avait mêlé drapeaux nationaux et drapeaux européens. Macron était le premier, il fallait oser, devant une opinion française plutôt antieuropéenne. La ferveur du président est demeurée intacte : c'est ce qu'il a exprimé avant hier en Grèce.

Le choix de ce pays pour une déclaration d'amour à l'Europe n'est pas anodin. La Grèce est une vieille civilisation méditerranéenne : l'orient commence chez elle. Or, l'Europe a été trop souvent conçue comme strictement occidentale, anglo-saxonne, atlantiste. Le vrai clivage est là, de nature culturelle, pas entre les tenants d'une Europe fédérale et les partisans d'une Europe des nations (débat éculé), pas entre une Europe du marché et une Europe sociale (elle est et sera les deux). Il y a une dizaine d'années, DSK avait déjà anticipé et pensé cette Europe ouverte, méditerranéenne. Pas étonnant d'ailleurs que les Anglais ne se soient jamais sentis très européens : la réticence de leur part est surtout culturelle.

Le choix de la Grèce, pour délivrer un message sur la refondation de l'Europe, est aussi motivé, selon moi, par une raison politique : ce pays a été sauvé de la faillite et de l'effondrement, il y a un an, grâce à l'Europe. Il a choisi, contrairement à la Grande-Bretagne, de rester dans l'Union européenne, par la volonté de son dirigeant, Alexis Tsipras, leader aussi admirable qu'Angela Merkel.

Du discours d'Emmanuel Macron, je relève deux propositions essentielles. D'abord, organiser dans toute l'Europe, l'an prochain, des conventions démocratiques, qui s'ouvriront à tous les citoyens, directement, pour débattre de l'Europe qu'ils veulent. Jusqu'à présent, nous avions une Europe des électeurs, certes parfaitement démocratique, envoyant ses représentants au Parlement européen. Mais il lui manquait une dimension de démocratie directe, participative : ce sera fait. L'annoncer dans le pays qui a inventé la démocratie n'est pas là non plus un hasard.

Deuxième initiative, encore plus décisive : aux prochaines élections européennes, ne plus voter pour des listes nationales, qui sont contradictoires avec la nature du scrutin, mais promouvoir des listes transnationales, sur lesquelles les nationalités seront mélangées. Voilà deux mesures concrètes, institutionnelles, qui feront avancer la construction européenne, en associant les peuples et en renforçant cette souveraineté européenne dont parle souvent Emmanuel Macron et dont l'émergence sera l'événement majeur du XXIème siècle sur le continent.

vendredi 8 septembre 2017

Pierre Bergé, riche de gauche



La disparition de Pierre Bergé m'amène d'abord à saluer un homme de culture comme on en voit aujourd'hui rarement dans l'espace public. Avec la prédominance de BFMTV, de Facebook et de Twitter, c'est le règne de la vulgarité assumée et fière d'elle-même, qu'avant on cachait en se taisant, de honte. Bergé était un lecteur, un esthète, un mécène, un homme de la Renaissance. Surtout, il avait cette façon de parler, lente, exacte, intelligente qu'on ne trouve plus aujourd'hui dans nos débats, où l'on s'exprime vite, en bafouillant et d'une manière approximative.

Ce que je retiens ensuite de Pierre Bergé, c'est le militant de la cause homosexuelle, dont on finit par oublier, maintenant que les LGBT sont à la mode, combien son combat a été douloureux et longtemps marginal. Bergé menait cette lutte avec détermination, mais sans ostentation. Je crois qu'il voulait tout simplement que les homos soient traités comme tout le monde.

Et puis, il y a le Pierre Bergé homme de presse, investissant dans les journaux et les magazines, qui me plait aussi beaucoup pour une raison personnelle : j'ai un peu travaillé, en 1985, pour la revue "Globe" dont il était l'initiateur, avec Benhamou. Ce n'était pas encore du macronisme, mais c'était déjà une forme de gauche libérale-libertaire, comme on disait à l'époque !

Ce qui me conduit au Pierre Bergé que j'admire sans doute le plus : l'homme de gauche. Il a soutenu François Mitterrand, s'est retrouvé engagé dans la plupart des combats menés par la gauche socialiste et a rejoint Emmanuel Macron l'an dernier, j'ai envie de dire : en toute logique ! On lui a fait le procès qu'on fait aujourd'hui à notre président et qu'on a fait autrefois à d'illustres hommes de gauche : être riche et socialiste, comme s'il y avait contradiction ! Mais non : Robespierre, Lénine et Che Guevara étaient des révolutionnaires d'origine bourgeoise. Ce n'est pas la condition sociale qui est déterminante pour un grand homme, ce sont ses idées, sa sensibilité. Croire que les convictions intimes sont motivées par des intérêts personnels est une pensée vulgaire.

Pierre Bergé était un riche de gauche, et c'est ce qui m'épatait chez lui. Un riche est généralement de droite et vote à droite. Lui, Bergé, s'en moquait et choisissait le camp qui lui semblait le plus vrai, le plus juste. Pour ma part, sans richesses, je n'ai aucun mérite d'être de gauche, fonctionnaire de surcroit. Mais avoir plein de fric et voter socialiste, oui, c'est digne d'admiration, c'est presque contre-nature. Et les pauvres qui votent à droite ? Là, c'est un peu plus mystérieux à mes yeux, mais chapeau bas, admirables eux aussi. Quant aux pauvres qui choisissent l'extrême droite, ça dépasse mon entendement parce que ça confine à l'imbécilité. Heureusement qu'existent de toute éternité des hommes comme Pierre Bergé, progressiste, libre et intelligent.

jeudi 7 septembre 2017

La guerre nucléaire aura bien lieu



Dans tout le fatras de l'actualité, où nous trouvons tout et n'importe quoi qui ne durent que quelques heures, un seul sujet est vraiment sérieux, durable et politique : le conflit entre la Corée du Nord et les Etats-Unis d'Amérique, le risque de guerre nucléaire qu'il fait peser sur la planète. A côté, même le catastrophique réchauffement climatique parait moins tragique. La guerre nucléaire, qui n'a jamais eu lieu, est l'apocalypse des temps modernes, pas l'ouragan Irma, malgré le spectacle médiatique autour de ce désastre naturel. La guerre nucléaire, il n'y a qu'au cinéma, dans la fiction, qu'on l'a mise en scène.

Pourtant, Hiroshima et Nagasaki nous en ont donné un avant-goût, mais si peu par rapport à la véritable guerre nucléaire aujourd'hui possible, d'une puissance de déflagration autrement plus grande que les bombes américaines sur les villes japonaises. L'humanité n'a vraiment tremblé, mais on l'a un peu oublié, qu'au début des années 60, dans l'affaire des missiles à Cuba, entre les USA et l'URSS. Toute cette période a été hantée, dans les films et les livres, par le spectre de la guerre nucléaire, qui depuis a disparu, qui revient seulement de temps en temps, comme en ce moment, avec ce qui se passe en Corée.

Cet oubli d'une fin du monde par le feu nucléaire universel est étonnant, car la seule frayeur contemporaine est celle-là. C'est peut-être pour cette raison que nous la refoulons. Nos peurs sont sélectives : nous n'acceptons de trembler qu'à ce qui n'est pas bien méchant. Ne me dites pas que la raison vient de ce que la guerre nucléaire n'est qu'une hypothèse, que la stratégie de la dissuasion l'empêchera de se produire, tant les effets seraient gigantesques. Non, ce ne sera pas la première fois que l'humanité basculera dans la folie. Et puis, a-t-on jamais vu dans l'histoire qu'on fabrique une arme ou une technique dont on ne se serve pas ?

Le problème n'est donc pas de savoir si la guerre nucléaire aura lieu, ni entre qui, mais à quel moment, maintenant, dans quelques décennies ou quelques siècles. Car il y aura forcément quelque part un tyran ou un malade qui appuiera sur le bouton. Cela devrait nous faire réfléchir, mais c'est tellement horrible que nous ne préférons pas. Le pire est sans doute que ce ne sera pas le pire : la fin du monde ne sera pas la fin de tout. Plusieurs centaines de millions de victimes à la suite d'un conflit atomique, plusieurs générations impactées par les radiations nucléaires, une grande partie de la planète dévastée, brûlée n'empêcheront pas la vie de subsister et l'humanité de poursuivre son histoire : plusieurs centaines de millions de survivants resteront pour en témoigner et la civilisation continuera. Si le choix était radical entre la bombe et le néant, nous aurions une petite chance d'y réchapper, un instinct de survie ténu mais réel, une étincelle d'intelligence intacte. Ce ne sera pas le cas. La guerre nucléaire aura un jour bien lieu.

mercredi 6 septembre 2017

5 euros, les proprios !



L'appel d'Emmanuel Macron aux propriétaires de baisser de 5 euros leurs loyers a surpris, amusé ou consterné. Ces réactions prouvent une chose : notre président n'a pas fini de nous surprendre. Ses prises de position n'entrent pas dans les habitudes de la classe politique. Et pourtant, quoi de plus légitime que de demander aux propriétaires de faire ce modeste effort ? Drôle de pays que la France : toujours prompt à tenir des discours révolutionnaires, à défendre l'égalitarisme, à vouloir faire payer les riches. Mais quand on demande aux propriétaires (qui ne sont pas parmi les catégories sociales les plus à plaindre), de contribuer à la solidarité générale, on s'en offusque, on sourit, on trouve la mesure dérisoire ...

Le débat est loin d'être superficiel ; il est au contraire fondamental. Je pense à cette formule de Lionel Jospin, tellement juste et vraie qu'elle en était scandaleuse à admettre : "L'Etat ne peut pas tout". C'est exactement la leçon de ces 5 euros, qui passent de la baisse des APL à la baisse des loyers. Pourquoi toujours réclamer plus à un Etat qui est pris dans des déficits vertigineux ? Comme si le gouvernement était responsable de tout, coupable de tout ! Ces 5 euros, qu'on se repasse comme une patate chaude, pourquoi ne seraient-ils pas pris en charge par les propriétaires ? A l'Etat, c'est-à-dire à la collectivité, aux contribuables, la facture est lourde ; mais le sacrifice est individuellement léger aux propriétaires.

Comment ceux-ci vont-ils réagir ? Défendre sans doute bec et ongles leurs 5 euros ... On demandera alors à Macron d'"encadrer" les loyers. Ils le sont déjà, suffisamment. On ne peut pas constamment se tourner vers la loi pour résoudre tous les problèmes. Ces 5 euros n'en valent pas la peine. Mais rappeler à chacun ses responsabilités, comme l'a fait le président de la République, c'est une excellente décision. On a beaucoup parlé ces temps-ci de moralisation de la vie politique ; mais l'intention vaut pour tous les aspects de la vie sociale.

Je connais bien mon Macron. Sa sortie sur les propriétaires correspond à sa psychologie profonde. N'oublions pas qu'il a exonéré d'ISF les biens mobiliers, pas les immobiliers. Macron déteste la rente, l'argent qu'on investit dans la pierre, le réflexe petit-bourgeois de retaper une maison ou d'acheter un appartement pour les louer. Notre président n'admire que les entrepreneurs, les innovateurs, ceux qui prennent des risques, le capital conquérant et créateur. La France des propriétaires, c'est celle du XIXème siècle, d'une société qui ne se développe pas ou peu. Macron rêve à une France qui entrerait dans le XXIème, qui aurait d'autres ambitions, qui participerait au dynamisme économique. Cette France-là mérite de réclamer 5 euros aux proprios.

mardi 5 septembre 2017

Je ne suis pas Wikipédia



J'aime beaucoup notre Premier ministre, Edouard Philippe. La politique de son gouvernement, bien sûr ! Mais surtout sa personnalité : ce barbu tranche, dans notre classe politique lisse et imberbe. Il me fait penser à Monsieur Hulot, dans les film de Jacques Tati : grand, mince, ne sachant pas où mettre ses bras, apparemment maladroit. Ne croyez pas que je me moque : c'est au contraire un hommage. Hulot n'est embarrassé que dans le regard des autres : c'est en réalité un personnage fin, sensible, intelligent, comme notre Premier ministre.

Hulot-Philippe, ce sont surtout des rebelles, à leur façon, pas commune mais authentique : de gentils rebelles ! Le héros de Jacques Tati, sans être un violent révolutionnaire, conteste doucement et ridiculise la société de consommation qui s'installe dans les années 60. Et Edouard Philippe ? Il conteste notre culture médiatique, qui a envahi tout l'espace politique. Le journalisme s'est transformé en quiz, où il n'est plus question d'idées générales mais de précisions techniques (ce qui revient à nier le politique). Le style Wikipédia s'impose partout : sa norme, c'est la notice longue, détaillé, complexe et donc incompréhensible.

Le Premier ministre a décidé de rompre avec cette culture ambiante, ce conformisme de notre temps. Devant Bourdin, sur RMC, la semaine dernière, il hésite, bafouille, se corrige, diffère ses réponses et reconnaît son ignorance : bravo ! Enfin, un homme qui est un homme, pas quelqu'un qui prétend tout savoir et qui fait semblant. Après que Macron ait pris ses distances avec le règne du commentaire permanent, qui est la loi des chaînes d'information continue, Philippe refuse de se soumettre au roi Wikipédia et à la souveraine Quiz : résistance ! comme on dit chez Mélenchon.

Ne croyez pas que je ne consulte pas Wikipédia : mais c'est rare, et quand je sais ce que je cherche, dans une démarche purement informative. Sinon, Wikipédia comme le journalisme Quiz sont des désastres intellectuels. Il n'y a pas de réflexion, pas d'idée dans une notice Wikipédia : seulement des informations dans lesquelles on se noie, qui n'ont pas de sens. Et pourquoi ce résultat ? Parce que Wikipédia est l'aboutissement d'un collectif livré à lui-même.

Sans guide, sans orientation, sans finalité, tout collectif génère de la bêtise. Wiki, Quiz, Facebook, info continue : c'est les piliers de la bêtise contemporaine. Il n'y a que ceux qui sont intellectuellement armés d'avance qui peuvent s'en sortir et en tirer profit. Les autres en deviennent plus abrutis qu'ils ne sont. Autrefois, les dictionnaires étaient des monuments d'intelligence, parce qu'ils étaient rédigés par des individus, pas un collectif informe. Dans le dernier JDD, en proclamant "Je ne suis pas Wikipédia", le Premier ministre de la France a tenu un propos révolutionnaire passé quasiment inaperçu.

lundi 4 septembre 2017

Une rentrée sous Macron



Il y a la rentrée scolaire dans la rentrée politique : allez savoir quelle est la plus redoutable des deux pour un gouvernement ! Les enseignants, les parents et ces futurs électeurs que sont les élèves, ça compte, politiquement. En salle des profs, dans la cour et les couloirs, qu'est-ce qui se disait ce matin ? Les petits groupes en CP sont évidemment bien perçus, tout comme la liberté de choix dans l'organisation de la semaine, les fameux rythmes scolaires. Rien que ça et la rentrée est gagnée !

Mais il n'y a pas que ça : au collège, le retour des classes bilangues, des sections européennes, du latin et du grec sont salués. Et puis, l'Education nationale, c'est avant tout un homme (ou une femme), son ministre. Celui-là, Jean-Michel Blanquer, passe plutôt bien auprès des profs. Il est sérieux, compétent, presque timide. C'est un ancien recteur, qui connaît son monde et la maison : il met en confiance. Il faut dire que nous en avons connu des vertes et des pas mûres : des politiques qui voulaient casser la baraque et crachaient sur le personnel (Allègre), d'autres qui nous cajolaient dans le sens du poil et ne faisaient strictement rien (Bayrou). A l'Education nationale, on enfile les réformes comme d'autres enfilent les perles : on finit par se demander à quoi ça sert !

Pour ma part, je crois que Blanquer peut jouer un rôle historique dans notre grande institution : dépasser le clivage de 30 ans entre pédagogues et conservateurs, entre tenants de l'éducation et partisans de la transmission. Cette distinction est idiote. Personnellement, il me semble qu'un des grands problèmes actuels, qui est aussi générationnel et sociétal, c'est celui de l'autorité dans les classes, thème qui appartient aux conservateurs. Mais comment le dissocier du savoir faire devant et avec les élèves, qui est le dada des pédagos ? Je me suis toujours senti un pied dans les deux camps. J'ai l'impression que le nouveau ministre aussi, et c'est tant mieux.

Enfin, il y a les questions de porte-monnaie, qui ne sont pas méprisables. Le rétablissement du jour de carence, le gel du point d'indice (qui bloque les rémunérations), la hausse de la CSG ne font pas plaisir à tous. Que répondre ? Que la réduction des cotisations sociales et la suppression progressive de la taxe d'habitation vont redonner du pouvoir d'achat. La diminution des contrats aidés font aussi grincer des dents, mais les chiffres qui circulent sont autant catastrophistes que fantaisistes, sans parler des possibles confusions entre contrats aidées et d'autres qui ne le sont nullement, donc pas du tout menacés. La vérité, c'est qu'il y aura certains maintiens et compensation avec les services civiques. "Si les employeurs avaient fait leur boulot, nous n'en serions pas là ..." a judicieusement lancé un responsable de mon établissement. Rappelons aussi que 8 000 AVS (auxiliaires de vie scolaire, qui s'occupent des élèves handicapés ou en difficulté) sont recrutés et que le budget de l'Education nationale va augmenter en 2018 de 1,2 milliards d'euros. A part ça, bonne rentrée !

samedi 2 septembre 2017

Service après vente



Il est bon d'adopter une réforme comme celle du code du travail (voir billet d'hier). Mais il est indispensable de la "vendre" auprès de l'opinion. Sinon, il arrivera à Macron ce qui est arrivé à Hollande : des réformes incomprises et contestées, par défaut d'explication et de pédagogie. La grande différence, c'est que l'actuel président est soutenu par des troupes unies et motivées, qui peuvent porter sa parole, alors que l'ancien avait hélas été trahi par les siens et son propre parti.

Facile à "vendre", cette réforme ? Non, pas du tout. Non pas parce qu'elle serait mauvaise, mais parce qu'elle est essentiellement juridique et technique : une matière qui prête mal à la pédagogie. Surtout, cette réforme ne vaut que pour son objectif : encourager l'emploi dans les petites et moyennes entreprises. Il faudra attendre au moins quelques mois pour en percevoir les premiers bénéfices.

Je crois donc que les Français sont actuellement réservés, prudents : trop déçus et échaudés par les politiques passées, ils attendent de voir les résultats avant de se prononcer. Et ils ont raison ! Le coup de génie d'Emmanuel Macron, c'est d'avoir, avec cette réforme de tous les dangers, désamorcé leur méfiance et leur hostilité. Bien sûr, l'extrême droite et la gauche radicale manifesteront contre, mais la majorité de l'opinion ne se joindra pas (même le PS n'appelle pas à se mêler aux cortèges).

C'est qu'à la lecture des ordonnances, nous ne trouvons rien de scandaleux, qui pourrait donner prise à une forte contestation sociale, de l'ampleur de celles que nous avons connues par le passé. Il n'y a qu'un seul point qui pourrait porter à litige, parce qu'il est évocateur auprès de l'opinion : le barème des dommages et intérêts dans les tribunaux prudhommaux. Les salariés perçoivent cette instance comme un lieu de revanche sociale, où ils espèrent pouvoir gagner à tous les coups. Les prud'hommes, c'est un peu la lutte des classes du pauvre. Les grands patrons, qui peuvent payer, s'en moquent. Mais les PME et TPE souffrent de l'incertitude des sanctions qui menacent de s'abattre sur elles et freinent de possibles embauches. L'instauration de ce barème, qui ne concernera pas les situations les plus graves, n'est donc que justice.

Puisqu'il est question de "vendre" la réforme du code du travail, l'une de ses dispositions est à mettre en avant, car elle met à mal toutes les critiques contre le "président des riches" (comme si les voix de ces derniers avaient suffi pour porter Macron à l'Elysée ! Passons sur cette stupidité) : les indemnités de licenciement sont augmentées dès maintenant de ... 25%. Ce n'est pas une paille ! Macron, "président des riches" ? Non, plutôt "président des chômeurs" ! Le reste n'est que propagande et mauvaise foi.

vendredi 1 septembre 2017

En avant la réforme !



En trois mois et au cœur des vacances d'été, le nouveau gouvernement a réussi à faire passer des réformes magistrales : la moralisation de la vie politique, qui rompt avec 50 ans d'habitudes parlementaires, et la réforme du code du travail, qui va surtout faciliter les embauches dans les TPE. On a rarement vu un pouvoir aller aussi rapidement, avec une telle efficacité. Le plus spectaculaire est la réforme présentée hier, qui devait soi-disant déboucher sur "l'explosion sociale". On voit bien qu'il n'en sera rien : le Medef est satisfait, FO approuve certaines dispositions, la CFDT est déçue mais ne s'oppose pas, la droite est silencieuse, le PS n'existe plus.

Qui Macron peut-il craindre ? La CGT et la France insoumise, c'est-à-dire une caricature d'opposition, parfois grotesque, qui avait décidé de manifester avant même de connaître le contenu des ordonnances ! Comment Macron est parvenu à ce miracle ? Par une méthode toute bête : des négociations bilatérales au lieu d'une grand messe, type conférence salariale, où toutes les organisations se retrouvent et font de la surenchère. La politique comme la vie sont souvent des questions de méthode autant que de contenu.

A part ça, pourquoi Macron réussit-il magnifiquement là où Hollande avait lamentablement échoué, la loi El Kohmri, alors que les deux textes sont de même inspiration, que celui de Macron va même plus loin ? Quatre raisons à cette stupéfiante réussite :

1- Macron fait ce qu'il avait annoncé, sans surprise. Hollande n'avait rien dit d'une réforme du code du travail.

2- Macron intervient en début de mandat, Hollande à la fin.

3- Macron a une approche technique, au sein d'un gouvernement d'experts. L'approche de Hollande était très idéologique (on se souvient du débat autour de "l'inversion des normes", que Macron a évité).

4- Macron, aussi rapide qu'il soit, a pris le temps de la concertation, alors que le gouvernement de Hollande a brandi dès le début le 49-3.

Cette réforme du travail n'est pas une finalité en soi. Elle sera suivie par d'autres réformes, portant principalement sur les retraites, la formation professionnelle et l'assurance chômage. Rapidité, efficacité, anticipation, concertation : le train des réformes va de l'avant, à travers un projet solide et sérieux. Emmanuel Macron nous comble au-delà de toute espérance !

jeudi 31 août 2017

Macron ou le vrai progressisme



Ce que je retiens de l'admirable entretien du président de la République au Point, c'est que je m'y retrouve entièrement, en tant qu'homme de gauche, de progressiste. Car Emmanuel Macron veut rompre essentiellement avec 30 années de déception politique. Nous avons essayé le socialisme planificateur et redistributeur avec François Mitterrand, de 1981 à 1983 : ça n'a pas marché, il a fallu arrêter. Nous avons ensuite tenté la social-démocratie, avec Fabius, Jospin et Hollande : même sentiment de déception, faute d'aller assez loin. Aujourd'hui, Macron veut instaurer un vrai progressisme, qui fonctionne, qui donne des résultats, qui ne déçoive pas.

Le faux progressisme consiste à défendre une fausse égalité, en prétendant défendre tout le monde ou presque, ce qui revient à n'aider personne. Il y a, dans notre société, des citoyens dans le besoin et d'autres qui vivent dans le confort. Les premiers sont les chômeurs et les précaires, des millions, parfois depuis deux ou trois générations. Le vrai progressisme doit se battre en leur faveur, notamment par la réforme du code du travail, en facilitant l'embauche. Les seconds, ce sont les retraités baby boomer, qu'il est juste de mettre à contribution, pourvu d'exonérer de cet effort les plus modestes.

Oui, voilà le vrai progressisme, qui rompt avec le bla bla habituel. Car la pire des injustices, la plus insupportable, c'est de ne pas avoir de travail. A partir de là, il est normal de soutenir, par exemple par la réforme de l'ISF, ceux qui investissent, prennent des risques, créent de l'emploi. Le faux progressisme prétendait pénaliser leurs profits : et pour quel résultat ? Aucun. Les nationalisations d'il y a  35 ans ? Nulles, à tel point que personne ne propose d'y revenir. L'emploi aidé, la formation ? Des millions, si ce n'est des milliards qui soulagent quelques-uns et partent en fumée dans l'inefficacité. Le vrai progressisme veut en finir avec ces bonnes intentions en pure perte et véritable illusion.

Illusion encore que l'ouverture de l'université à tous, excellent principe égalitaire, mais pour quel résultat ? l'échec, le chômage. Emmanuel Macron, dans son entretien, se fait le défenseur d'un vrai progressisme, en ce sens qu'il est un progressisme du réel et des résultats, pas un progressisme des grands principes et des bonnes intentions. Aux Etats-Unis, Obama s'est fait réélire ; en Allemagne, Merkel s'est fait réélire. En France, d'élections en élections, nous allons de déception en déception. C'est à ce cercle infernal qu'Emmanuel Macron veut mettre un terme, en démontrant que des résultats sont possibles, pourvu qu'on s'en tienne à ce qu'on a promis et ce pour quoi on a été élu (rien de nouveau dans l'entretien au Point, et c'est très bien : ses prédécesseurs avaient toujours une nouveauté sous le coude, croyant ainsi s'attirer la sympathie des Français ...). Depuis 36 ans, la gauche, quand elle était au pouvoir, n'a pas réussi à faire reculer le chômage de masse, malgré la volonté qu'elle a pu y mettre. Le vrai progressisme d'Emmanuel Macron s'attelle à cette tâche, en faisant entrer la France dans le XXIème siècle.

mercredi 30 août 2017

Règlement de comptes



Le procès fait à Benoit Hamon par certains socialistes, dont les plus éminents, est indigne. La figure du bouc émissaire est détestable en politique. Ce n'est pas Hamon qui a perdu aux dernières présidentielles : c'est tout un parti, je dirais même toute une idéologie, qui doit chercher à comprendre son échec, se reconstruire en se renouvelant, pas en s'inventant de faux responsables. Combien de fois faudra-t-il le dire ou l'écrire ? Les défaites comme les victoires, sous l'apparence d'un homme, sont toujours collectives.

Le procès fait à Benoit Hamon est d'autant plus détestable qu'il a quitté le Parti socialiste (à tort ou à raison, c'est une autre question), qu'il n'a plus de comptes à lui rendre, que la page est tournée, que son avenir se joue ailleurs. Un parti qui regarde en arrière au lieu d'aller de l'avant est mal ... parti. Quel est donc l'acte d'accusation ? Hamon aurait détourné de l'argent, rien que ça ! Les fonds de sa campagne présidentielle auraient servi à financer son nouveau mouvement.

Ah ! l'argent. J'ai toujours connu ça, à n'importe quel niveau : quand on veut couler quelqu'un, on va fouiller du côté de l'argent et du sexe, c'est-à-dire de la vie privée, puisqu'il n'y a rien de plus intime que ces deux domaines-là : avec qui tu couches ? Combien tu gagnes ? Il y a bien sûr le conjoint reconnu et la rémunération officielle. Mais nous devinons que la sexualité comme les biens d'un individu ne se réduisent pas à aux apparences légales.

En France, le sexe ne marche pas trop, parce qu'il fait rire et que nous sommes sur ce point très libres, contrairement aux Américains. Mais il est probable que nous allons y venir, comme en tant d'autres choses. L'argent, en revanche, est un soupçon efficace : Benoit Hamon y a donc droit, balancé par ses anciens camarades (qui n'étaient que de faux frères, sinon ils ne se comporteraient pas ainsi). L'argument est léger et même idiot : il y aurait un décalage suspect entre ses frais de campagne et le résultat obtenu. Comme si les voix correspondaient au nombre d'euros qu'on met pour les obtenir !

Je crois Benoit Hamon innocent et ses prétendus amis en quête de revanche, de règlement de comptes. "Malheur au vaincu !" c'est aussi le cruel adage de la vie politique. Les socialistes sont tombés bien bas pour en arriver là. Ce sont des morts qui s'affrontent dans un cimetière. La grande et belle histoire du socialisme français ne méritait pas cette fin-là.

mardi 29 août 2017

La femme du président



Je reviens sur une polémique de l'été : faut-il ou non accorder une reconnaissance officielle à l'épouse du chef de l'Etat ? Emmanuel Macron l'avait promis, il l'a fait. Mais pourquoi une telle mesure, sur laquelle nous pourrions tous nous entendre, a-t-elle suscité une polémique ? En soi, ce débat est totalement dérisoire. Mais c'est ça qui est intéressant : le président de la République peut présenter quoi que ce soit, son opposition sera toujours contre.

Pourtant, les faits sont là : la plupart des épouses des présidents ont joué un rôle politique, se sont servies de leur influence à la tête de l'Etat, en ont utilisé les moyens sans aucun contrôle. En 1981, lorsque François Mitterrand est élu président, en compagnie de qui salue-t-il la foule au balcon de l'hôtel du Vieux Morvan, dans la Nièvre ? Son épouse Danielle ! Et nous savons que celle-ci aura une activité politique importante, parfois discutable, auprès de son mari, y compris ... contre son mari. D'autres exemples pourraient être cités.

Cette situation anormale, ambiguë, problématique devait être clarifiée. Désormais, grâce à Emmanuel Macron, nous saurons ce que fait son épouse et quels moyens lui sont alloués. Encore une fois, cette simple régularisation d'une situation confuse et indéterminée était très secondaire. Mais la polémique s'en est emparée, pour laisser croire que Macron voulait instaurer une "Première Dame" à l'américaine, ce qui n'est pas du tout ça, ou pire : qu'il voulait restaurer une sorte de couple "monarchique" ! Et puis, il y a eu cette exégèse ridicule entre "statut" et "charte", dont on voit bien qu'il désigne la même chose. Mais si la raison d'être de cet inutile tintouin venait du vide de l'actualité en plein été, où il faut bien parler de quelque chose, où l'on se jette donc sur n'importe quoi ?

lundi 28 août 2017

Les contrats aidés ne sont pas la solution



Le gouvernement a décidé de diminuer les contrats aidés, non pas de les supprimer : dans la santé, l'éducation nationale ou les associations, ils sont souvent indispensables. Mais c'est le principe qui est remis en question : le traitement social du chômage, là où il faudrait une solution économique. Car quel est le bilan des contrats aidés, qui existent sous diverses formes depuis une trentaine d'années, TUC, CES, emplois-jeunes et j'en passe ? Le chômage de masse s'est installé et a augmenté. Les contrats aidés ont limité les dégâts, apporté un soutien à la marge : ils n'ont pas réglé le problème de l'emploi.

Je vous livre ma petite expérience personnelle. A la tête d'une structure associative importante pendant une petite dizaine d'années, nous avons énormément eu recours aux contrats aidés. Financièrement, le dispositif nous a soulagés, mais il n'a aucunement répondu à nos difficultés structurelles : adaptation insuffisante aux nouvelles demandes, prestations vieillissantes, organisation trop lourde, manque de vision et d'anticipation. Je dirais même que les contrats aidés ont été un leurre, repoussant les restructurations nécessaires mais redoutées, jusqu'au jour où il a bien fallu les entreprendre.

Ceux qui aujourd'hui prennent la défense des contrats aidés et militent pour leur maintien intégral sont les mêmes qui les critiquaient, faisant ainsi feu de tout bois. Je les entends encore dénonçant de faux emplois, de petits boulots, des rémunérations dérisoires, des activités au rabais. En même temps, peu soucieux de se contredire quand il ne s'agit que de contester, ils demandaient leur pérennisation, alors qu'un contrat aidé consiste précisément à une limitation dans le temps.

La vérité, c'est qu'un contrat aidé n'a jamais été un véritable emploi, durable et correctement payé. C'est une façon temporaire d'intégrer au marché du travail, en attendant mieux, en préparant une formation. Globalement, le système n'a pas marché ; trop de contrats aidés ont été utilisés comme des bouche-trous (excusez-moi pour ce terme si laid), sans suite professionnelle. L'Etat a mis beaucoup d'argent dans leur financement, avec des résultats pas du tout à la hauteur des attentes. C'est à cela qu'Emmanuel Macron veut remédier. En matière d'emploi, il n'y a qu'un contrat qui tienne, qui doit demeurer la règle : le CDI, quitte à en revoir certaines modalités. Le maquis des contrats aidés est devenu inextricable, des dispositifs s'ajoutant à d'autres dispositifs. C'est tout cela qu'il faut revoir. Je ne vois pas qui pourrait s'en plaindre, qui pourrait se satisfaire de la situation actuelle et déjà ancienne.

samedi 26 août 2017

Les années 70 finissent en 69



L'écrivain et chroniqueur Yann Moix dresse, dans les deux derniers numéros de Paris Match, un portrait intéressant des années 70, qu'il intitule : "Les chemins de la liberté", avec cette idée, un peu cliché, que la décennie a vu le triomphe de la liberté et de la jeunesse. J'étais, au milieu des seventies, adolescent : l'ai-je vécu ainsi ? A ma façon, oui, mais sans drogue ni sexe. Ce qui m'a alors marqué, ma révolte à moi (et à bien d'autres !), c'est d'avoir "écouté pousser mes cheveux", comme dit Jacques Brel dans la deuxième version des Bonbons.

Il faut se souvenir ce qu'étaient les cheveux courts, très courts, quasiment rasés, en ces temps-là : le symbole concret de la soumission, une sorte d'humiliation, l'adhésion à un ordre militaro-fasciste ! J'ai souffert, enfant, de la tondeuse du coiffeur, de sa lame chaude qui s'attaquait à ma nuque. A partir de 1976, je me libère, je deviens un lion à crinière, une sorte de hippy. J'étais très fier de ma chevelure qui descendait sur les épaules. Aujourd'hui, je me dis que je ne faisais passer que d'une norme à une mode. En 1984, c'était terminé : j'ai fait coupé sans problème mes cheveux, les années 70 était finies depuis longtemps.

A part ma révolte capillaire, j'ai sur ces années 70 un regard moins enthousiaste (moins nostalgique ?) que Yann Moix. Politiquement, en 1975, le gauchisme est moribond, sinon mort. Culturellement, en 1977, c'est l'irruption du mouvement punk : no futur, le contraire d'un slogan soixante-huitard ! Le clou, c'est la fin de la décennie, avec le triomphe du disco : paillettes, superficialité, dépolitisation. Nous sommes à l'opposé de ce qu'a été le début de ces années 70.

Il y a pire : le côté obscur, tragique de la décennie, fait de désespoir, de suicides ou d'overdoses. Pour connaître la vérité des années 70, il faut aller aux Etats-Unis, puisque c'est là-bas que tout a commencé (à part mai 68, qui est un événement typiquement français). Les années 70, en Amérique, se terminent dans le sang, la violence et la mort en ... 1969 : le 09 août, Sharon Tate est assassiné à Los Angeles par un hippy dégénéré et satanique, Charles Manson ; le 06 décembre, Meredith Hunter est poignardé par un Hell's Angel lors d'un concert des Rolling Stone, à Altamont.

Pour la liberté, je suis jusqu'à aujourd'hui resté fidèle aux années 70, surtout en notre époque si conformiste et moralisante. Mais je ne peux pas m'empêcher de poser cette question qui est celle de cette formidable décennie, et que se posait en un autre temps Georges Bernanos : La liberté, pour quoi faire ?

vendredi 25 août 2017

Les Français n'aiment pas les réformes



La phrase du chef de l'Etat a pu surprendre. Mais posez-vous la question : y a-t-il une seule grande réforme, depuis 30 ans, qui ait rencontré l'assentiment général des Français et provoqué chez eux un grand enthousiasme ? J'ai beau chercher, je ne trouve pas. Que ces réformes soient de droite (les retraites) ou de gauche (les 35 heures), elles suscitent souvent défiance et même franche hostilité. Qu'elles soient sociales ou sociétales, elles mobilisent contre elles : prenez le mariage homosexuel ; dans aucun autre pays, y compris beaucoup plus catholique que le nôtre, il n'a soulevé autant de gens contre lui.

On pourrait penser que les réformes institutionnelles, puisqu'elles concernent notre cadre démocratique, échappent à la contestation : eh bien non, la Vème République a rencontré une forte opposition à sa naissance (et encore un peu maintenant). Le plus surprenant, c'est que des réformes mineures, comme les rythmes scolaires, qui consistaient simplement à revenir à ce qui existait avant, ne sont pas mieux admises.

Pour comprendre cette allergie à la réforme, qui est une spécialité française, il faut d'abord écarter les fausses raisons. Psychologique : le Français râleur. Non, pas plus que le Britannique ou l'Italien. Sociologique : la montée de l'individualisme, qui fait primer l'intérêt particulier sur l'intérêt général. Oui, mais pourquoi les autres sociétés, tout autant touchées par ce phénomène, n'éprouvent pas autant d'aversion pour les réformes ? Idéologique : le Français serait conservateur ("On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne", me disait une voisine, réticente à tout changement). Mais nous sommes tout de même le peuple qui a fait 1789 ! Politique : en démocratie, il est normal que les réformes soient débattues et contestées. Certes, mais à ce point, avec une telle régularité, non, il y a quelque chose qui ne va pas. Alors quoi ?

Je crois que la raison est historique : le Français rêve la révolution et refuse la réforme. Nous pensons le changement, auquel nous aspirons, sous forme de rupture, pas de réforme : c'est 1789, 1871, 1936, 1981. La réforme négociée, qui s'impose par le compromis et débouche sur le consensus, n'est pas dans notre culture. Emmanuel Macron arrivera-t-il à lever cette malédiction ? Je pense que oui. D'abord parce qu'il a fait exploser le clivage droite-gauche, que son opposition est complètement éclatée : plus rien ne peut massivement faire barrage. Surtout, contrairement à François Hollande ou même à Lionel Jospin, il ne fait pas dans la demi-mesure qui cherche à contenter tout le monde et qui ne satisfait personne. Il faut sortir des réformes à moitié bonnes par excès de prudence. Enfin, il faut constater qu'une réforme décriée devient avec le temps une réforme acceptée (je pense aux 35 heures). L'ambition de Macron est que l'acceptation soit immédiate, sans conflit ni drame.

jeudi 24 août 2017

Le vieil Espagnol sur un banc



Pendant ces vacances d'été, à Saint-Amand-Montrond, dans mon Berry natal, je reste sur un banc pendant des heures, à lire, à écrire et à rêver. Il m'arrive de m'allonger, de regarder le ciel bleu, les graines de pollen qui s'envolent, qui s'élèvent très haut, que je suis du regard aussi loin que je peux, jusqu'à ce qu'elles disparaissent à mes yeux. Je me distrais aussi aux oiseaux et aux avions qui passent. Parfois, je m'endors quelques minutes.

A côté de mon banc (toujours le même, à l'ombre, dans un coin tranquille), il y a un autre banc. L'autre jour, un vieux en déambulateur est venu s'asseoir et s'est mis à me parler. Ou plutôt il se parlait à lui-même, me regardant à peine. Pendant une demi-heure, je l'ai écouté, je n'ai rien dit. Je n'ai pas toujours tout compris : le vieux avait un fort accent espagnol. Il m'a raconté sa vie. J'ai eu le sentiment que ça aurait pu durer des heures ...

En 1961, ce vieil Espagnol est arrivé en France. "De Gaulle nous a fait venir, il avait besoin de travailleurs immigrés". L'homme ne pouvait séjourner que dans quelques départements du centre de la France. Une histoire d'amour l'a pourtant conduit à Rennes, d'où la police l'a expulsé vers le Berry : la Bretagne ne faisait pas partie des terres où il avait la permission de travailler. A Saint-Amand, il a creusé des tranchées dans à peu près toutes les rues, pour installer le tout-à-l'égout. Puis il a construit les HLM du Vernet, des immeubles qui se sont dressés là où il n'y avait auparavant que des champs avec des vaches, des ânes et des brebis. Quant tout ça a été terminé, il a pris n'importe quel boulot, souvent mal payé, ou même pas payé du tout : "on nous assurait le gîte et le couvert ; c'était mieux que rien". Ce fils d'une famille républicaine n'est pas retourné en Espagne. Il mourra dans ce Berry qui l'a fait venir et qui l'a accueilli.

Voilà l'histoire de mon vieil Espagnol sur son banc, que je n'ai fait que résumer. Pourquoi vous raconter ça ? Parce qu'à l'heure où nous discutons de la directive sur les "travailleurs détachés", où nous nous inquiétons de la "concurrence déloyale" sur le marché du travail entre pays européens, il faut se souvenir de cette histoire, qui est celle de millions d'immigrés venus en France. A l'époque, personne ne se souciait de cette fameuse "concurrence déloyale". On n'en parlait pas, et même on s'en félicitait. A cette époque encore, nul n'était angoissé par ce soi-disant problème de l'"identité nationale". L'extrême droite faisait tout au plus 5% aux élections (Tixier-Vignancourt, en 1965). Ce témoignage et cette réflexion, c'est la carte postale de vacances que je vous adresse. Bonne rentrée.

mercredi 23 août 2017

Qui sont les fous ?



Ces derniers jours, plusieurs attentats "terroristes" ont été provoqués par des non terroristes. Comment les appeler ? Malades mentaux, personnes psychologiquement troublées ou bien fous ? Ce dernier terme est celui du langage populaire : je le retiens. Il s'opère un phénomène bien connu de mimétisme : des esprits faibles et malades reproduisent ce dont tout le monde parle, le geste violent et morbide.

Dans ce genre de situation, nous nous demandons, avec les psychologues, si ces fous sont responsables de leurs actes, s'ils ont le discernement qui permet de les accuser. Un fou a-t-il toute sa raison pour qu'on puisse lui imputer ce qu'il a fait ? Voilà une grave question à laquelle nos psy sont confrontés. Apprendre qu'un fou ne l'est pas complètement, qu'on va pouvoir le juger, nous rassure presque, puisqu'il va pouvoir rendre des comptes !

La difficulté vient aussi du fait que les terroristes, les vrais, sont généralement qualifiés eux aussi de fous. Sacrifier sa vie à une cause perdue, sans que le geste est aucun effet sinon celui de se voir universellement condamné, c'est en effet de la folie. Qu'est-ce qui distingue le fanatique religieux du malade mental ? De toute façon, le résultat est le même : violence, souffrance et mort.

Mais qu'est-ce qui rend fou un fou, qui n'est sans doute pas né ainsi ? Pas la religion musulmane, qui est pratiquée très pacifiquement pas des centaines de millions de gens à travers le monde. La névrose sévère se reconnaît à son mécanisme de répétition obsessionnelle : quelqu'un qui dit ou fait toujours la même chose sans motif apparent n'est pas très net. Quel est dans notre société le lieu le plus flagrant et le plus spectaculaire de la répétition ? Les chaînes d'information continue ! Elles rendent sans doute encore plus fous ceux qui le sont déjà et qui n'attendent que ça pour passer à l'acte. Allons plus loin : n'est-ce pas toute notre société, dans son obsession du contrôle, de la surveillance et de la prévention, qui est devenue doucement folle ?

mardi 1 août 2017

lundi 31 juillet 2017

La morale ou la liberté ?



La bourse ou la vie ? La chandelle ou la bougie ? La canne ou le parapluie ? La morale ou la liberté ? Les malins et les philosophes vous diront qu'on peut concilier les deux. De fait, nous savons qu'il n'en est rien, que la morale et la liberté, par exemple, ne vont pas ensemble. Jack Lang en a fait malgré lui l'expérience aujourd'hui, invité de la matinale de France Inter. Le journaliste lui a demandé ce qu'il pensait de l'amende du CSA sanctionnant l'animateur de M6 Cyril Hanouna, accusé d'une séquence homophobe. Embarras de l'ancien ministre : va-t-il défendre la liberté ou bien se ranger du côté de la morale ?

Jack Lang commence par prendre ses précautions. Il reconnaît à Hanouna son énergie, son "talent", mais son sketch sur les homosexuels est contestable du point de vue de la "morale". Aïe ! Jack a prononcé deux mots sur lesquels le journaliste va rebondir. Aujourd'hui, il est convenu qu'on peut penser tout ce qu'on veut, mais il faut faire attention à tout ce qu'on dit. "Talentueux", Hanouna ? Mais alors, n'est-ce pas une façon de l'exonérer de ses fautes ? Et puis, si l'animateur contrevient à la "morale", c'est qu'il agit mal et mérite condamnation ? Alors, la morale ou la liberté ?

Encore plus embarrassé, Jack Lang a fait ce que fait rarement un homme public interrogé en direct : il a récusé un mot qu'il venait d'employer, quelques minutes plus tôt. "Morale" ? Non, le terme ne lui convient pas. Il n'y a pas à soumettre les émissions de télévision, quoi qu'on en pense, à une quelconque "morale". Ce qu'on sent, à écouter Lang, c'est qu'il trouve excessive, injuste la décision du CSA, qu'Hanouna est sans doute vulgaire, gamin, éventuellement détestable mais pas homophobe, que sa déconne sur les homos aurait pu frapper n'importe qui d'autres, que la liberté ne se partage pas. En revanche, du point de vue de la "morale", qui repose d'abord sur le respect, Cyril Hanouna est indéfendable : il s'est montré ouvertement irrespectueux envers une catégorie de la population qui a subi à travers l'histoire et subi encore de multiples discriminations à cause de son orientation sexuelle.

Mais Lang est prudent, sensible à l'air du temps qui porte plus à la morale qu'à la liberté : il n'ose pas exprimer directement son point de vue. Comme c'est un malin, un politique, il a trouvé un subterfuge, un coupe-feu : s'en prendre à Canal+ pour le non versement des droits d'auteurs, que le CSA devrait sanctionner. Ouf ! le journaliste ne le relance pas sur Hanouna.

Et vous, qu'en dites-vous ? La bourse ou la vie ? La chandelle ou la bougie ? La canne ou le parapluie ? La morale ou la liberté ?

dimanche 30 juillet 2017

Consultation en ligne



L'édition de vendredi dernier du Courrier picard a eu une bonne idée : retourner voir les candidats aux dernières législatives dans notre circonscription pour savoir ce qu'ils sont devenus et ce qu'ils comptent faire maintenant. C'est important : viennent-ils quémander nos voix au moment de l'élection, puis silence radio jusqu'au prochain scrutin ? Ou bien sont-ils investis dans la durée, soucieux de suivre les électeurs et de préparer une prochaine échéance ?

Ce qui m'intéresse dans l'exercice, c'est sa spontanéité : le candidat est appelé, on l'interroge, il répond tout de suite. Pas le temps de préparer un discours, aucun élément de langage : la vérité toute crue ! A Saint-Quentin comme ailleurs, les politiques le savent et le redoutent : ils préfèrent connaître d'avance la question du journaliste et mitonner une réponse aux petits oignons. C'est pourquoi il arrive que leur téléphone reste silencieux à l'appel de la presse, qui devra se contenter de préciser que les concernés sont mystérieusement "injoignables". Pour des responsables qui vivent en permanence avec leur portable, qui couchent même avec, ça la fiche mal et ça ne trompe personne.

Ceux qui se risquent à se confier le feront souvent tout en retenue, en demi-teintes : la sincérité n'est pas la vertu la mieux portée en politique. Fort heureusement, le docteur Freud nous a appris que l'inconscient s'exprime malgré nous, que le refoulé finit par percer, que les lapsus révélateurs et actes manqués traduisent ce qu'on n'ose dire ouvertement, pourvu qu'on sache les décrypter à travers les paroles. C'est ce petit travail auquel je vais me livrer, une consultation en ligne en quelque sorte, à partir des déclarations au Courrier picard, bien que n'étant pas le psy de la classe politique locale.

Corinne Bécourt (PCF rebelle) : "Nous voulions faire entendre notre voix, nous ne laissons pas notre place". Mais ne pas laisser sa place à qui ? A la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon bien sûr, que Corinne déteste. Au PCF officiel, que Corinne déteste encore plus, demandant la démission de son secrétaire national, Pierre Laurent, critiquant sévèrement son candidat local, Michel Magniez (EELV, soutenu par le PCF).

Karl Pincherelle (PS) : comme il travaille à Bruxelles auprès d'un député européen, la question est de savoir si on le reverra à Saint-Quentin. Réponse : oui, il assurera une "petite présence". Traduction : il ne sera quasiment jamais là. Et pour les municipales ? "Je ne peux pas dire que j'y pense, mais on y pense". Beaucoup de pensées, dans tout ça. Mais pour dire quoi ? Il ne pense pas personnellement aux élections locales, mais on y pense pour lui, je suppose. C'est sans doute ce qu'on appelle l'intelligence collective, peut-être même l'intelligence artificielle, très à la mode depuis quelques années.

Paul Gironde (MoDem et LREM, non officiel) : "J'ai été très déçu et très mécontent", évidemment de n'avoir pas été validé par les instances de ces deux mouvements. "L'objectif d'En Marche ! à Saint-Quentin, ce sont les municipales". Mais oui, Paul, on y sera, officiellement cette fois, d'une façon ou d'une autre. Reste à savoir laquelle ...

Michel Magniez (EELV) : "Il faut d'abord tirer le bilan de ces dernières élections". Oui, mais lesquelles ? En ce qui me concerne, je demande, pour la gauche locale, ce bilan depuis une dizaine d'années. Il n'est jamais fait. Ou s'il est fait, il ne porte pas à conséquence, et c'est comme s'il n'était pas fait. Bilan rétroactif donc, avec d'importants arriérés : y'a du boulot, Michel !

Jean-Christophe Seube (DLF) : "Je n'ai pas fait un gros score mais je n'étais pas le dernier". Voilà qui dément toutes les accusations d'ambition forcenée qu'on prête à notre classe politique. Mais après tout, être le premier parmi les tout derniers, c'est déjà quelque chose.

Antonio Ribeiro (Front démocrate et écologique) : pour les municipales, "nous y pensons, mais rien n'est défini". Encore un qui "pense", avec du nous et pas du je, comme Pincherelle. Mais chez lui, rien n'est "défini". Traduction : il n'en sait rien, il attend de voir. Car la pensée consiste à "définir" rigoureusement ce qu'on va faire.

Belaïdi Lograda (sans étiquette) : "Tant que je ne vois pas de changement, je serai candidat". C'est une réponse ouverte, prompte à deux interprétations : avec Macron, il y a du changement, donc Lograda ne sera plus jamais candidat. Ou bien Lograda pense que le changement, droite ou gauche, n'est jamais à son goût et il sera candidat jusqu'à la fin de ses jours.

Fin de la consultation en ligne, gratuite et perfectible. Merci aux patients involontaires et encore bravo au Courrier picard.

samedi 29 juillet 2017

LREM contre le vieux monde



Durant toute cette semaine, il a beaucoup été question des "couacs" à l'Assemblée nationale : vice-présidente débordée, votes mal organisées, cacophonie générale. La faute à qui ? A la République En Marche, bien sûr ! Ils sont nouveaux, ne savent pas gérer les débats, font n'importe quoi. Ah ! avec les vieux briscards du parlementarisme, qui savaient tout du fonctionnement depuis plusieurs décennies, c'était autre chose : efficacité garantie !

Eh bien non : vive le désordre ! Ou plutôt : vive le nouvel ordre ! Car tout dépend, comme toujours, de quel côté on se place, comment on voit les choses. Je ne parle même pas de l'argument de l'apprentissage : il est évident et donc ne m'intéresse pas. Non, je veux souligner et soutenir le vent de fraîcheur qui souffle sur le Palais-Bourbon. On a ouvert les portes et fenêtres, des novices se sont installés, les pratiques changent : bravo et encore !

L'ordre ancien, c'était des pupitres qui claquent, des bourrins de la politique qui lancent des vannes, des exclamations pour déstabiliser les intervenants, des rappels au règlement pour la forme, de fausses indignations, des oppositions de circonstance, des sorties d'hémicycle pour faire théâtre, des textes qu'on ânonne parce qu'on est incapable de s'exprimer sans notes et qu'on répète ce que le Parti a dit de répéter, des questions orales le jour où les débats sont filmés pour que les électeurs voient leur député à la télé ... Ah ! il était joli, le vieux monde, pas mort mais qui bouge encore : c'est ainsi qu'il faut comprendre les récriminations infondées et polémiques qui se sont abattues sur les députés de la LREM, dont je salue le courage, l'opiniâtreté et l'efficacité face à ce vieux monde qui leur fera plus de crocs-en-jambe que de cadeaux.

Et savez-vous quelle est la raison de fond (car en politique, il faut toujours en revenir au contenu politique, au-delà des gesticulations d'empêchement) ? La loi sur la moralisation de la vie publique. C'est une révolution sur laquelle on n'insiste pas assez. Imaginez un peu : un parlementaire ne pourra plus embaucher des membres de sa famille, le sang n'étant plus le moyen de se constituer d'indéfectibles fidélités. Un parlementaire ne pourra plus disposer d'argent propre à distribuer comme il l'entend (la suppression de la réserve parlementaire). Un parlementaire devra se faire rembourser de ses frais en présentant les justificatifs, comme un vulgaire quidam. De quoi provoquer un scandale et faire hennir le vieux monde !

Le plus drôle, c'est que l'Assemblée nationale, malgré les doutes, les critiques et les résistances sur ce projet de loi, l'a finalement adopté dans une très large majorité. Beaucoup de députés ont crié, mais très peu se sont levés pour voter contre. Après tout, la nuit du 4 août 1789, les représentants de l'aristocratie aux Etats Généraux ont bien voté pour l'abolition de leurs propres privilèges ! C'est là la force immense du macronisme, qui a déjà balayé bien des habitudes anciennes et qui va continuer sa révolution : être en phase avec l'opinion publique, traduire par des décisions politiques les aspirations profondes de la population. Contre ça, le vieux monde ne peut rien et finit par courber l'échine. Au Parlement, les chiens aboient et la caravane macronienne passe, en écrasant tout sur son passage. 

Et pour quel résultat ? Un parlementaire qui ne sera plus ce qu'il était depuis déjà longtemps : une hyper assistante sociale, qu'on sollicite pour des sous, des places ou de menus avantages, dans une totale illusion, puisqu'un député ne peut rien de tout ça, sauf à la marge. Enfin ! la noble fonction de parlementaire est restituée dans sa fonction initiale : faire les lois, et rien que ça. Sous la Révolution française, c'est ainsi qu'on le comprenait, avec raison.

Nos grands ancêtres républicains auraient été stupéfaits de voir un représentant du peuple couper le cordon d'inauguration d'une foire au boudin, se mêler de l'économie locale en se targuant de l'implantation d'une entreprise (dans laquelle il n'y est pour rien le plus souvent), donner un peu d'argent pour un concours de pétanque. On a fait descendre la République bien bas ... Je rêve d'antiquité, d'Athènes et de Rome, comme nos révolutionnaires de 1789 : un parlementaire qui soit ce qu'il devrait être, le législateur de la République, et uniquement ça. Avec Macron, avec En Marche, on y va.

vendredi 28 juillet 2017

Il est 10h12



Quelle heure est-il ? Il est 10h12, samedi dernier. A Saint-Quentin, nous avons quelques belles pendules dans nos lieux publics, pour savoir l'heure qu'il est. Mais celle-là est, à mon goût, la plus belle de toutes, digne de figurer dans un film d'Alfred Hitchcock ou Sergio Leone, deux cinéastes du temps qui passe. Où étais-je, à cette heure, ce samedi matin ? L'œil avisé, fin connaisseur de notre ville, donnera immédiatement la réponse.

jeudi 27 juillet 2017

Un drôle de libéral



Emmanuel Macron est tout autant un drôle de libéral que Bourvil était un drôle de paroissien, dans le film de Jean-Pierre Mocky portant ce titre. Sa première décision de politique industrielle est tombée cet après-midi : nationaliser les chantiers navals STX de Saint-Nazaire ! Bien sûr, ce n'est pas une nationalisation au sens du Programme commun des années 70 : pas d'étatisation, de rachat ou d'expropriation, mais une prise de participation temporaire, en vue de reprendre les négociations avec le groupe italien qui veut s'emparer du site français et obtenir de lui un accord plus satisfaisant. Malgré tout, c'est une mesure qui contredit le libéralisme que ses adversaires imputent à l'actuel gouvernement.

Ce n'est pas une surprise : Emmanuel Macron a toujours défendu, en matière d'économie, un point de vue pragmatique. Son étonnant ni droite ni gauche s'illustre ici parfaitement : ni libéralisme sauvage, ni étatisation autoritaire. Surtout, contre l'idéologie purement libérale, Macron s'est fait, durant la campagne présidentielle, le défenseur d'un Etat stratège, interventionniste quand il le faut. Ce n'était pas chez lui des paroles en l'air : en tant que ministre de l'Economie, il s'était par exemple illustré dans la défense de l'acier français contre les velléités chinoises. On en vient donc à se demander pourquoi ses adversaires l'ont affublé de cette étiquette à leurs yeux infamante, que la réalité dément : libéral.

La nationalisation temporaire est un concept inventé il y a dix ans par un autre drôle de libéral : Dominique Strauss-Kahn ! Le malentendu des antilibéraux est sémantique : il vient de ce qu'il confonde libéralisme et capitalisme (remarquez bien qu'ils se proclament antilibéraux, et pas anticapitalistes). La différence est très simple : le libéralisme est une idéologie qui repose, comme son nom l'indique, sur la liberté, qu'elle érige en absolu. Pour un libéral, on ne peut pas dissocier la démocratie et le marché. Cette école de pensée provient du siècle des Lumières. Locke, Montesquieu ou Condorcet en sont quelques exemples. C'est un courant progressiste, la gauche des origines, devenue social-démocratie de nos jours. L'histoire lui a donné raison : le socialisme autoritaire, qui nie le marché et accorde tout à l'Etat, aura été un échec et une tragédie. La gauche antilibérale n'est qu'un discours, une posture qui se termine dans la tyrannie et dans le sang lorsqu'elle arrive au pouvoir, à Moscou, à Pékin ou à Cuba.

Le capitalisme, lui, n'est pas une idéologie, mais un mode de production économique qui repose sur le profit et qui n'hésite pas à avoir recours à l'Etat quand ça l'arrange (par exemple pour mettre en place des politiques protectionnistes ou pour chasser des concurrents encombrants). Karl Marx explique fort bien comment le capitalisme déteste la concurrence, favorise la concentration, aboutit à la formation de cartels, de trusts. En ce sens-là,  le libéralisme est anticapitaliste : il combat la rente, le monopole, l'héritage, il organise le marché à travers des règles rigoureuses, à l'opposé du laisser aller laisse faire dont on le caricature. On dirait que les antilibéraux, qui mélangent tout, ont étudié l'économie dans Bibi Fricotin. Leur haine de ce qu'ils croient être le libéralisme va jusqu'à ne pas le préférer au fascisme (lui aussi antilibéral), par exemple en refusant de choisir entre Le Pen et Macron au second tour de la présidentielle, ce que n'a jamais osé la gauche républicaine. Etrange, aveugle et dangereuse gauche antilibérale !

Mais ce n'est pas elle qui prendra le pouvoir, ni aujourd'hui, ni demain : l'histoire a tranché en sa défaveur. Les 7 000 emplois de STX, la défense du savoir faire français, la préservation d'un site unique dans la construction de navires militaires, c'est au libéral Emmanuel Macron qu'on le doit. Un drôle de libéral !

mercredi 26 juillet 2017

De Nice à St-Etienne du Rouvray



Si vous regardez les gros titres des quotidiens de ce matin, vous faites ce curieux constat : aucun, à part La Croix, n'évoque la commémoration du Père Jacques Hamel, assassiné il y a un an dans son église par deux islamistes. A la radio, on parle surtout des incendies de forêt et du dernier film de Luc Besson. Bien sûr, la commémoration est relatée, mais secondairement. Si l'on compare avec les cérémonies de même type, pour l'attentat de Nice, la différence de traitement est spectaculaire. Pourtant, égorger un prêtre pendant sa messe, c'est un fait unique en France, tragique, traumatisant. Pourquoi l'impact semble-t-il moindre dans l'opinion qu'un camion fou qui écrase 80 personnes ? Je vois cinq raisons :

1- Notre pays est largement déchristianisé, indifférent et étranger à la religion. En la matière, nous sommes devenus des ignorants. Plus que cela : la religion nous inquiète. L'image du prêtre est communément associée à celle du pédophile. Dans ces conditions, le meurtre d'un homme d'Eglise ne déclenche pas le scandale et l'horreur que nous aurions pu éprouver autrefois.

2- La compassion contemporaine ne s'exerce que lorsqu'elle peut s'identifier aux victimes. Nous aurions tous pu nous retrouver à Nice, un 14 juillet, pour assister au feu d'artifice. Mais qui va s'identifier à un vieux prêtre catholique, faisant sa messe un matin de la semaine, entouré de quatre ou cinq fidèles ? Personne.

3- Notre société est en quête de boucs émissaires à travers ses institutions. A Nice, très vite, la sécurité a été mise en cause, jusqu'à viser la responsabilité du ministre de l'Intérieur. A Saint-Etienne du Rouvray, aucune polémique a suivi la tragédie. Les seuls coupables étaient les assassins. Impossible alors de se délecter dans la recherche morbide d'une vérité impossible, comme c'est souvent le cas dans ce genre d'attentat.

4- Contrairement à ce qu'on a dit, l'amour n'a pas été la seule réponse au carnage de Nice. Le lendemain, une stèle de la haine, au milieu de la chaussée, était érigée à l'aide de mégots, vieux papiers, détritus, sur laquelle les passants venaient cracher, en guise d'exorcisme. Les peluches, les fleurs et les bougies n'ont donc pas été les seules réactions. Surtout, les délits racistes ont notablement augmenté dans la région, lors des semaines qui ont suivi. Enfin, n'oublions pas, en août dernier, la stupéfiante chasse aux burkinis sur les plages du Midi. A Saint-Etienne du Rouvray, c'était exactement l'inverse : réconciliation et pardon, jusqu'à voir se multiplier sur nos écrans la présence de musulmanes voilées au côté des catholiques.

5- Ce matin, à Saint-Etienne du Rouvray, les commémorations se sont déroulées dans les cadres traditionnelles de deux grandes institutions : l'Eglise catholique et l'Etat républicain, l'une se basant sur l'Evangile, l'autre sur la Déclaration des droits de l'homme. Messe d'un côté, cérémonie républicaine de l'autre. A Nice, la ritualisation était inédite, prolixe, parfois surprenante, emprunte d'individualisme et de sentimentalité, sans rapport avec aucune tradition historique, politique ou religieuse. 

Je ne sais pas s'il faut déplorer cette différence et cette inégalité dans le devoir de mémoire. Mais il est intéressant de le remarquer.

mardi 25 juillet 2017

L'APL n'est pas le problème



Je veux revenir aujourd'hui sur la réduction de 5 euros. Elle est sans doute la première mesure impopulaire du gouvernement Macron, puisqu'elle frappe d'abord les catégories modestes (je mets les étudiants à part, j'ai traité ce sujet dans le billet de samedi dernier). Autour de nous, nous pouvons constater qu'elle passe mal. C'est pourquoi il faut l'expliquer, en s'adressant justement aux catégories les plus modestes.

Dire d'abord que l'APL est une aide dont on se passerait volontiers, puisqu'elle signale des conditions de vie difficiles, qui exigent un soutien financier pour l'accès au logement. Le problème ne vient donc pas de l'APL, mais des situations sociales qui la rendent indispensables. Ce qu'il faut, c'est traiter le mal à la racine, que nous connaissons : le chômage, le faible pouvoir d'achat qui conduisent à recourir aux aides sociales. Mais celles-ci ne peuvent pas être une fin en soi.  Si Emmanuel Macron augmentait de 5 euros l'APL, qui applaudirait ? Personne ! Au contraire, cette aumône serait reçue avec le mépris qu'elle mérite.

Le problème n'est donc pas de savoir si l'on va réduire ou augmenter l'APL, mais si l'on va relancer l'activité industrielle, la croissance économique et la création d'emplois. Vous me direz peut-être que ça fait une belle jambe à ceux qui ont 5 euros par mois en moins : oui, je sais bien, mais il n'empêche que la solution est bien celle-là, une vie décente qui rendrait l'APL inutile, sauf dans les situations de grande pauvreté.

La réduction de l'APL n'est ni une promesse, ni un objectif d'Emmanuel Macron. En matière de logement, il l'a dit et répété : ce sera la suppression de la taxe d'habitation. Et là, c'est autre chose que l'APL ! La fin d'un impôt injuste, qui bénéficiera à beaucoup plus de monde que la réduction de l'APL ne nuit. Entre les deux mesures, aucune hésitation : celui qui perdra ses 5 euros y gagnera sans commune mesure avec la suppression de la taxe d'habitation. Il faut tout de même avoir l'honnêteté de comparer, si l'on tient à porter des jugements objectifs.

La décision d'Emmanuel Macron à propos de l'APL ne se comprend que dans un vaste plan de réduction des déficits publics. On ne peut pas continuer dans une voie qui fragilise et menace à terme notre système social. Au bout du bout, ce sont les plus démunis qui paieront ; les riches, eux, s'en sortent toujours : ils n'ont pas besoin de l'aide sociale, ils se moquent de laisser courir les déficits. Sans parler des générations futures, à qui l'on refile le problème, en toute irresponsabilité. Les narquois ironisent sur la logique comptable du gouvernement, qu'ils méprisent : mais qui subira les conséquences d'une non maîtrise des dépenses sociales, quand les caisses finiront par se vider ? On a vu, dans d'autres pays, pas très loin de chez nous, que les classes populaires étaient les premières victimes du laxisme budgétaire.

Le choix d'Emmanuel Macron s'inscrit aussi dans le respect des critères européens, les fameux 3% de déficit. Ce choix est un choix, nullement une contrainte ou une obligation. La France a honoré de sa signature un certain nombre de traités, qui la font appartenir à l'Union européenne. Il en résulte des droits et aussi des devoirs. Je suis totalement européen, je les accepte. Que les anti-européens, Mélenchon, Le Pen et les autres, aient la cohérence intellectuelle et le courage politique de militer pour une sortie de cette Europe qu'ils détestent tant. Pourquoi ne le font-ils pas ? Mais quand on accepte d'en faire partie, il faut accepter les termes du contrat. Toute une série d'économies vont aussi dans ce sens-là, car ce n'est pas à plaisir que le gouvernement baisse l'APL.

Reste un dernier argument, très sensible à gauche : pourquoi ne pas faire payer les riches, au lieu de s'en prendre aux bénéficiaires de l'APL ? Ah ! faire payer les riches ... N'en faisant pas partie, ni vous non plus (un riche a autre chose à faire qu'à lire ce blog), nous serions prêts à applaudir. C'est si simple : faisons payer les riches, et tout sera réglé. Si c'était vrai, j'y souscrirais, sans peine. Le problème, c'est que les riches ont beaucoup d'argent, mais sont peu nombreux (sinon, vous redescendez vite dans les classes moyennes supérieures, qui toute supérieures qu'elles sont, ne s'estiment pas riches). Alors que tous les autres, qui ne sont pas riches, ont beaucoup moins d'argent, mais sont beaucoup plus nombreux. Pas besoin d'être agrégé en économie pour comprendre que c'est en taxant légèrement les seconds qu'on remplit les caisses de l'Etat, pas en taxant fortement les premiers.

C'est injuste ? Mais la vie est injuste ! La justice est une notion relative, idéale, subjective. Ce qui m'intéresse, et ce qui intéresse aussi Macron, ce sont les réalités : réduire massivement le chômage, donner à chacun un salaire décent. Après, justice ou pas, injustice ou non, ce sont des débats philosophiques, pas politiques. Au XXème siècle, un système politique, le communisme, a non seulement fait payer les riches, mais il les a éradiqués de la société, un peu partout à travers le monde. On a vu le résultat : une organisation bureaucratique, tyrannique, finalement inégalitaire et antipopulaire, qui a laissé sévir sa population dans de médiocres conditions de vie. Bravo les antilibéraux ! Il faut vous rafraîchir la mémoire, retrouver le sens de l'Histoire. Je m'éloigne de l'APL et de sa réduction de 5 euros ? Pas du tout, je suis en plein dedans ! Le communisme, c'est la population entière vivant d'APL et dans un logement déplorable, constaté dans toutes les sociétés se réclamant de cette idéologie et se targuant pourtant de ses avantages sociaux. Non merci.