mercredi 31 décembre 2014

Dernier jour, premier voeu

Dans mon billet de samedi dernier, je vous ai proposé mon regard, forcément subjectif et engagé, sur l'année politique 2014 à Saint-Quentin, vue de gauche, côté socialiste. Mais j'aime à comparer mes impressions avec celles de la presse, qui a une vision plus exhaustive et plus distanciée. J'ai souvent remarqué que le ressenti n'était pas complètement le même, quoique les grandes lignes soient identiques. Aujourd'hui, dans le Courrier picard, j'ai lu avec intérêt la rétrospective faite par Alice Meunier, qui me semble assez juste dans l'ensemble. Elle a suscité en moi quelques réflexions :

Ce n'est pas tant les victoires électorales de la droite qui retiennent mon attention, mais sa "mainmise assumée sur la vie publique". C'est ce qui impressionne et devrait préoccuper la gauche : à quelques rares exceptions près, tout l'espace public local est occupé par la droite. Ce n'est certes pas nouveau, mais le phénomène s'accentue au fil des années. Une gauche soucieuse de reconquête devrait commencer par là : réinvestir l'espace public et médiatique, s'y rendre visible. Cette droite, l'article du Courrier picard souligne à quel point elle s'est renouvelée et rajeunie. La figure emblématique en est sans doute Frédérique Macarez, "de plus en plus présente et de plus en plus à l'aise avec la fonction". Et j'ajouterais : probablement promise à un bel avenir. Une autre "se montre particulièrement à l'aise dans l'exercice", mais d'opposition cette fois : c'est Sylvie Saillard, du FN. L'extrême droite, après un round d'observation, a pris ses marques et commence à donner de la voix. Là aussi, la gauche doit intervenir, répliquer, ne pas se laisser voler la vedette.

Mais tout n'est pas rose à droite, puisque 2014 aura été "l'année de Jérôme Lavrilleux", qui "a joué dans la cour des grands et s'est parfois brûlé les ailes". Oui, mais ce qui m'épate le plus, c'est que le feu à la maison Bygmalion n'a pas touché la droite saint-quentinoise, alors qu'on pouvait penser qu'elle n'en ressortirait pas indemne. Je ne sais pas trop quelle conclusion en tirer : solidarité sans faille de la majorité locale ? Ponts coupés avec Jérôme Lavrilleux ? Timidité de l'opposition à s'emparer du dossier (jamais évoqué en conseil municipal) ?

De l'opposition, Alice Meunier remarque que "c'est la première fois qu'elle se montre aussi divisée". Le contraste est saisissant avec la précédente opposition, tout d'un bloc, mais totalement artificiel (l'union de la gauche avec l'extrême gauche). Ce que je regrette personnellement, c'est la division entre partenaires naturels, socialistes et communistes, qui étaient ensemble dans un passé pas si lointain. Les divergences nationales, c'est un fait ; mais localement, les deux principaux partis de gauche devraient pouvoir réussir à s'entendre. Sinon, c'est à désespérer de toute possible victoire.

Enfin, l'article se termine sur les récentes absences de Michel Garand lors des séances du conseil municipal, laissant mal augurer de la suite. Je n'en connais pas les causes, qui sont peut-être strictement personnelles. Ce que je sais, en revanche, c'est que les socialistes ont besoin d'un chef, et que celui-ci ne peut être que celui qu'ils ont démocratiquement désigné comme leur chef de file. De plus, l'an dernier, en juin, dans un entretien à L'Aisne nouvelle, Michel s'était très fermement engagé à être présent dans la vie publique locale, reprochant à la précédente opposition de ne pas faire sur ce point son travail. Puisque nous sommes à quelques heures de la nouvelle année, mon premier voeu (politique) sera en direction du chef de l'opposition socialiste : qu'il joue pleinement son rôle de rassembleur de la gauche et d'opposant n°1 à Xavier Bertrand, dans la ligne politique qui est la sienne et la mienne, celle d'une opposition déterminée mais constructive, qui prépare l'avenir.

mardi 30 décembre 2014

49 ans avec Roland



Etre élu et réélu pendant 49 années consécutives, on en rêverait, c'est presque de la fiction, et pourtant c'est la réalité de Roland Renard, conseiller général du canton de Saint-Simon, qui cèdera sa place en mars prochain. Il aurait pu continuer : à 75 ans sans les paraître, d'une bonne santé physique et intellectuelle, Roland avait encore bon espoir pour un nouveau mandat, et ne craignait rien pour sa réélection, devenue quasiment une formalité. C'est fascinant, quand on sait à quel point les gens sont vite mécontents de leurs élus, et prompts à changer de tête. Peut-être que Roland Renard appartient à une catégorie d'hommes politiques qu'on ne reverra plus (parce que l'époque a changé) : ceux qui savaient localement fidéliser la population pendant un demi-siècle. Elu en 1966 une première fois, Roland faisait partie du paysage, était quasiment devenu un membre de la famille pour les habitants du canton. Son bilan, il est inutile de le faire, les urnes s'en chargent : en démocratie, ce sont elles qui parlent le mieux.

Roland Renard, c'est pour moi le modèle, l'élu local exemplaire : enracinement, travail, popularité, tout est dit. Dans un lointain idéal, c'est l'homme de gauche que j'aurais voulu être, pas celui que je suis malgré moi devenu. Il a gravi les échelons, en toute cohérence personnelle, avec à chaque fois la reconnaissance de l'électorat : après conseiller général, il est devenu député, de 1973 à 1986, maire de Montescourt-Lizerolles depuis 1989, président de la communauté de communes depuis 1994, sans oublier la 2e vice-présidence du Conseil général de l'Aisne et le député suppléant qu'il a été, de la socialiste Odette Grzegrzulka, entre 1997 et 2002. Respect et admiration ! La droite s'est toujours cassée les dents dans ce canton. Aujourd'hui, elle envoie deux jeunots au casse-pipe, pour voir. En politique, on ne sait jamais. La longue durée existe, mais pas l'éternité.

Mais Roland Renard a fait plus fort que tout ça : il a carrément créé un parti politique, IDG, Initiative démocratique de gauche ! Vous en connaissez beaucoup qui font ça ? C'était en 1991, après sa rupture avec le PCF, dont il était membre. Et ce n'est pas un parti fantoche, comme il en existe quelques-uns ! IDG a 7 élus au Conseil général de l'Aisne et un élu au Conseil régional de Picardie : pas mal, non ?

Quand il m'est arrivé d'aller faire des animations de café philo à Montescourt, j'ai tout de suite compris que Roland était un sacré bonhomme, une statue du commandeur : là-bas, le patron, c'est lui, sans forcer. Le génie des chefs, c'est d'être portés par les autres, sans rien imposer. Je suis épaté, envieux, presque jaloux. Mais pourquoi s'en va-t-il, alors qu'il aurait pu rester ? Parce qu'il fallait faire un choix, comme il y en a sans cesse à faire en politique : les cantons de Saint-Simon, de Ribemont et de Moy-de-l'Aisne ont été regroupés en un seul. Chacun avait à sa tête un conseiller général de gauche, respectivement Roland Renard (IDG), Michel Potelet (PS) et Frédéric Martin (IDG). Les trois étaient légitimes, pouvaient prétendre, mais un seul était possible, en vertu du binôme homme-femme. Entre les trois, il aurait pu y avoir la guerre, le rapport de force, les coups fourrés. Souvent, la politique tombe dans cette facilité, cette faiblesse, au risque de la défaite. Non, pas là : une bonne intelligence de la situation a conduit Roland à se retirer, Frédéric à devenir suppléant, Michel étant titulaire, en compagnie de Florence Bonnard, maire-adjointe de Roland Renard (Danièle Lanco, maire de Flavy-le-Martel, étant la seconde suppléante). A eux tous, tous mes voeux de succès en mars prochain !

lundi 29 décembre 2014

Un scrutin important



Je crains une forte abstention pour les élections départementales de mars. Pourtant, ce scrutin sera très important, plus important même que les précédentes élections cantonales. Pour quatre raisons :

1- D'abord, toute élection est importante. Elle permet de mesurer l'état de l'opinion. Pour un parti politique, il est inconcevable de faire l'impasse sur le moindre scrutin, d'autant que certains formations n'existent que le temps d'une campagne électorale. C'est un moyen de se faire connaître, de remobiliser les sympathisants et de préparer l'avenir. Comment cela pourrait-il être négligé ?

2- Avec le nouveau mode de scrutin, binaire et paritaire, l'assemblée départementale, quels que soient les résultats de l'élection, va changer complètement de profil : plus féminine, plus jeune, plus politique. Elle va rejoindre les représentations démocratiques habituelles, alors que le Conseil général échappait jusqu'à présent à la règle. N'oublions pas que nous devons cette petite révolution à l'actuel gouvernement. D'autre part, les cantons recomposés ont été démographiquement rééquilibrés.

3- Mais l'essentiel est ailleurs : pour la première fois, une campagne cantonale va poser la question de l'avenir du département. Nous savons que la réforme territoriale conserve les départements ruraux, dont l'Aisne. Reste maintenant à réfléchir au rôle nouveau qu'on lui donne, sachant que l'action sociale demeurera son attribution principale. Il y a là un beau débat en perspective, pourvu que les candidats s'en saisissent, y mettent le ton et le niveau.

4- L'extrême droite va profiter de ce scrutin pour poursuivre son implantation. Ce sera l'occasion de la combattre, de la "rediaboliser" (ce que la gauche n'aurait pourtant jamais dû cesser de faire). Nous ne pouvons pas nous permettre une défaite de plus face au Front national.

Il reste jusqu'à mercredi soir pour s'inscrire sur les listes électorales, en allant en mairie. Là aussi, voilà un message à faire passer, si l'on ne veut pas considérer l'abstention massive comme une fatalité.

dimanche 28 décembre 2014

Pitié pour Zemmour



On ne parle que de lui, son livre se vend comme des petits pains, il y a même des livres sur son livre ! Consécration suprême : la classe politique le cite, généralement pour le condamner, jusqu'au Premier ministre, insigne honneur, quoique involontaire, fait à Eric Zemmour. Tout ça est bien sûr excessif, déplacé et contreproductif, sauf pour l'auteur, qui redouble ainsi de popularité. A mon tour, je m'y mets, j'y vais de mon billet, mais pour dénoncer les menaces de censure qui pèsent sur Zemmour. Son éviction de ITélé est scandaleuse : nous sommes en République, le délit d'opinion ne devrait pas exister. Si on se met à interdire tous ceux qui ne pensent pas comme nous, où va-t-on ? Zemmour est un journaliste, un essayiste, un chroniqueur : sa liberté doit être totale. Qu'on soit réac, anar ou tout ce que vous voudrez, la liberté de penser est absolue en démocratie ; elle n'a de limite que celle de la loi.

Les attaques contre Zemmour me gênent d'autant plus qu'elles contournent le problème qu'elles croient combattre, elles le déplacent sans le régler : xénophobie, nationalisme, autoritarisme, c'est sur le terrain politique qu'il faut lutter. Le danger, ce n'est pas Zemmour, c'est Le Pen. En se focalisant sur l'un, on a tendance à oublier l'autre. Les idées ne sont jamais dangereuses : on peut mettre à disposition, dans une bibliothèque, Mein Kampf ou les oeuvres du marquis de Sade, c'est sans risque, c'est même préventif. Le danger, c'est le pouvoir. Aucun livre ne doit être caché ou brûlé, mais certaines forces politiques, en l'occurrence le Front national, doivent être combattues. Je ne suis pas inquiet du nombre de lecteurs de Zemmour (dont d'ailleurs je fais partie, pour m'informer, comme j'ai lu Mein Kampf et Sade) ; mais je suis effrayé par le nombre d'électeurs de Le Pen.

Le phénomène Zemmour ne me préoccupe pas trop non plus parce qu'il est bien connu, parce qu'il s'est déjà produit par le passé (mais les gens, aujourd'hui tellement sollicités, oublient tout). La figure de l'essayiste réactionnaire est récurrente dans la vie politique et littéraire française : dans les années 60 et 70, il y a eu Jean Cau et Michel Droit ; dans les années 80 et 90, Jean Dutourd, Dominique Jamet, Philippe Tesson, et d'autres qui ne me reviennent plus en mémoire, tous hommes de droite à des titres divers, anticonformistes de talent, parfois pamphlétaires. Leurs livres à eux aussi se vendaient bien, sur des contenus assez voisins. La seule différence, c'est qu'il n'y avait pas autrefois l'influence des chaînes d'information continue, leurs multiples tribunes et débats. Notons aussi que ce type d'auteurs rencontrent souvent le succès lorsque la gauche est au pouvoir, ce qui est logique : ils ne font que refléter la part réactionnaire de l'opinion publique, qui a toujours été importante dans notre pays.

Si la gauche veut combattre Zemmour, il faut qu'elle le fasse à travers la confrontation d'idées, pas par l'indignation morale, la censure médiatique ou le recours judiciaire. Ses idées sont vieilles comme le parti réactionnaire : la France est en déclin, notre peuple est menacé dans son identité, les moeurs souffrent de trop de liberté, voilà ce qu'il faut discuter et récuser. Le parti socialiste doit renouer avec les intellectuels, dont il s'est depuis trop longtemps éloigné. Ce sont eux qui sont les mieux placés pour mener le combat idéologique. A condition que ces intellectuels consentent à s'engager dans le débat public, à entrer dans l'arène médiatique, ce qu'ils ne sont pas toujours prompts à faire. Car le succès de Zemmour vient aussi de son habileté à communiquer.

samedi 27 décembre 2014

De ma fenêtre



Le temps des rétrospectives est venu. La presse locale fera les siennes. Comme d'habitude, la mienne sera subjective, engagée, de ma fenêtre, celle de la gauche, du parti socialiste. Les événements politiques locaux ne m'ont hélas pas plus satisfaits que les années précédentes. 2014 a été riche en élections, puisqu'il y a eu trois scrutins.

Après une campagne en demi-teinte pour Michel Garand, chef de file socialiste, le résultat a été sans appel lors des élections municipales de mars dernier : une défaite cruelle, Xavier Bertrand l'emportant au premier tour malgré la présence de cinq listes ; une défaite humiliante, puisque le Front national est arrivé bon premier des partis d'opposition. C'est la 4e fois consécutive que la gauche échoue à l'élection locale, alors même que Saint-Quentin vote à gauche dans les scrutins nationaux. Tant que mes camarades n'auront pas pris à bras-le-corps ce paradoxe, tant qu'ils ne s'interrogeront pas sur leurs propres limites, tant qu'ils ne chercheront pas à remédier à leurs faiblesses, la gauche saint-quentinoise sera condamnée à perdre. C'est aussi simple et aussi triste que cela.

Aux élections européennes de juin, Anne Ferreira a tenté de retrouver son siège de députée, en vain, étant trop mal placée sur la liste pour espérer gagner. C'est la deuxième déconvenue de l'année, quand on est socialiste saint-quentinois. En septembre, nous avons eu droit cependant à une embellie, un motif de satisfaction, avec les élections sénatoriales. Dans un contexte incertain et même périlleux, Yves Daudigny, qui nous a fait l'honneur d'une visite à Saint-Quentin, a été réélu sénateur de l'Aisne. C'est une belle récompense pour son travail, qui me fait dire qu'il y a tout de même une justice en politique !

Sur ce, je referme ma petite fenêtre, de laquelle j'aurais cette année subi beaucoup de bourrasques et de pluies, mais apprécié un rayon de soleil. Bientôt, elle se rouvrira sur d'autres horizons, en 2015 : les élections départementales en mars, le congrès du parti socialiste en juin, les élections régionales au dernier trimestre. La politique, c'est un mouvement perpétuel, comme celui des étoiles : on n'en finit jamais, le ciel est toujours plein de promesses et de menaces. J'aimerais quand même qu'à ma fenêtre, l'an prochain, le temps soit localement plus clément. Nous aurons toute l'année pour en reparler.

vendredi 26 décembre 2014

Angoulême sans crèche



Le maire d'Angoulême a pensé bien faire, mais il a mal joué. Installer, la veille de Noël, des grilles autour de bancs publics pour empêcher les mendiants de séjourner, c'est contredire l'esprit de la Nativité : Joseph et Marie ont quand même trouvé une crèche pour les héberger ! Les pauvres d'Angoulême ne savent plus trop où crécher aujourd'hui. Notre société a beau être déchristianisée, elle a un peu de christianisme en tête. Le maire s'est défendu comme il a pu, en visant les dealers et pas les mendiants. Mais c'est raté : chacun a compris que ce sont les pauvres qui sont incriminés. Non loin d'un centre commercial, leur présence est gênante, donne mauvaise conscience, dérange la clientèle. Et puis, un pauvre, c'est mal habillé, ça boit beaucoup, ça mange n'importe comment, ça parle fort, ça ne sent pas bon et ça embête à tendre la main, à demander de l'argent alors que ça ne fiche rien. Ce n'est pas un modèle pour notre société.

Ne montrons pas du doigt les élus d'Angoulême : ils sont le produit de toute une société qui méprise désormais les pauvres. La faute à qui ? A la morale libérale qui s'est imposée depuis une vingtaine d'années, qui affirme que le bien, c'est de travailler beaucoup et de gagner beaucoup d'argent et que le mal c'est de ne rien faire et d'être pauvre. Pour cette morale-là, très répandue aujourd'hui, dans tous les milieux, la victime (de l'impôt) c'est le riche, le coupable (d'assistance) c'est le pauvre. Autant vous dire que je ne partage pas ce point de vue : je suis libéral en économie (au sens où je suis favorable à la concurrence et au marché), mas pas libéral en morale (les riches ne sont pas les gens bien, les pauvres ne sont pas des salauds de fainéants). Si on me pousse, j'aurais tendance à penser que les profiteurs sont du côté des riches (même si tous les riches ne sont pas des profiteurs) ; en revanche, à mes yeux, un pauvre est toujours une victime, à ce titre toujours défendable. L'inconscient du maire d'Angoulême nous dit qu'il ne peut pas voir les pauvres en peinture, qu'ils font tache sur le tableau de sa ville, qu'il préfère les voir ailleurs ou derrière des grilles ...

Les bancs publics ont bien changé depuis l'époque où Brassens les chantait. Les amoureux n'en font plus usage ; les adolescents se retrouvent ensemble dans leur chambre à se bécoter, les parents étant devenus tolérants. Les vieux ne s'y reposent plus, depuis qu'ils voyagent en charter ou en croisière au bout du monde. Il n'y a plus que les pauvres qui s'en font un refuge. Laissez-leur au moins ça ! Il paraît que le maire d'Angoulême a décidé d'enlever les grilles du scandale, de façon provisoire, pour les réinstaller plus tard. Après l'ignominie, l'hypocrisie. S'il a eu droit au joyeux Noël, je ne sais pas si on lui souhaitera une bonne année.

jeudi 25 décembre 2014

Jésus autrement



Non, ce n'est pas ce que vous croyez : je ne vais pas m'amuser à blasphémer un jour de Noël, ni un autre jour, d'ailleurs. Je ne pratique pas le genre sacrilège ou profanateur. En revanche, je vous conseille vivement la lecture de ce hors-série du magazine Charlie hebdo, qui n'est pas du tout satirique, même si le dessin est amusant. Mais le contenu est tout ce qu'il y a de plus sérieux. Les textes sont tirés de la Pléiade, c'est vous dire.

Il s'agit, non pas des Evangiles officiels, canoniques, que nous connaissons bien, mais des apocryphes, non reconnus par l'Eglise. Vous croyez peut-être aussi que j'aggrave mon cas, en ce jour de la Nativité, m'appuyant sur une littérature hérétique. Pas du tout ! Ces écrits sont historiquement trop incertains pour que les chrétiens les aient retenus. Mais il n'est pas interdit, y compris chez les chrétiens, de les lire et de les méditer, pourvu qu'on n'en fasse pas un article de foi, une matière de dogme. C'est une approche symbolique et poétique de la naissance et de l'enfance du Christ, édifiante à sa façon, spirituellement profitable.

Bien sûr, ce numéro spécial de Charlie est préfacé par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, qui sont mécréants, mais non moins savants. Et puis, dites-vous bien que les meilleurs interprètes de la religion peuvent être des athées, et pas forcément des croyants. Le plus beau film sur la vie de Jésus, L'Evangile selon saint Matthieu, a été réalisé par Pasolini, qui menait une existence pas très catholique. Le plus grand film théologique que je connaisse, La Voie Lactée, est dû à Luis Bunuel, qui se disait malicieusement "athée, grâce à Dieu !" Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père : allez savoir si, paradoxalement, les agnostiques, les sceptiques et les athées n'ont pas la leur ...

mercredi 24 décembre 2014

Et Chancel dans tout ça ?



On se forme par petites touches : éducation, école, lectures, films, fréquentations, ... Dans ce que je suis, je dois une partie à Jacques Chancel. Ce n'est pas tant son émission "Le Grand Echiquier" qui m'a formé : je n'ai jamais été très musique. Non, c'est sur les ondes, par "Radioscopie", que je l'appréciais, que j'ai été influencé par lui. J'attendais, quand c'était possible, 17h00 avec impatience, pour pouvoir l'écouter. Pendant une heure, un invité était soumis à des questions très personnelles, graves, métaphysiques, qui sortaient complètement de l'exercice ordinaire.

Au final, la personnalité était vue tout autrement. C'était passionnant, un régal, un vrai moment d'intelligence. Chancel avait le chic pour poser des questions osées qui pourtant ne le paraissaient pas, parce qu'elles étaient prononcées sur un ton très doux, patient, bienveillant. Depuis, je n'ai rien vu de tel. Jacques Chancel était sans doute l'un de nos derniers journalistes de radio et de télévision disposant d'une large culture, méritant sans doute le titre d'"intellectuel".

"Le Grand Echiquier", je regardais beaucoup moins, mais j'étais également épaté : l'émission durait trois heures, sinon plus, et on avait l'impression qu'elle aurait pu durer toute la nuit, tant les invités étaient des passionnés ( à l'époque, l'image s'arrêtait vers minuit). Là encore, Jacques Chancel prenait son temps, chose inimaginable aujourd'hui, où tout doit aller très vite. Il faisait venir sur son plateau des artistes que je ne connaissais pas toujours, mais dont je sentais que c'étaient des grands. Il y avait du jazz, de la musique classique, mais aussi des copains à lui, comme Brassens ou Lino Ventura. Chancel, en ce temps-là, c'était l'anti-Guy Lux, et ça me plaisait. En le suivant, on avait un peu l'impression de faire partie de l'élite ...

Une vanne courait sur son compte, jusqu'à aujourd'hui : c'est le fameux "et Dieu dans tout ça ?", que je ne l'ai jamais entendu prononcer, qui est probablement une légende, mais à la dimension de l'homme, de sa hauteur de vue. Pourtant, comme nous tous, il avait sans doute son petit côté obscur. Qui se souvient aujourd'hui que, dans les années 70, Jacques Chancel avait invité à son "Grand Echiquier" celui qui, depuis, s'est fait appeler Raël, un sinistre chef de secte loufoque (qui a d'ailleurs copiner aussi, ces récentes années, avec l'écrivain Houellebecq) ? A la télé, Chancel l'avait présenté, je m'en souviens, comme un doux rêveur, presque un poète (le type prétendait entrer en contact avec des extra-terrestres !), un personnage digne d'intérêt. Résultat : des milliers de lettres ont été adressées à Vorillon (son nom réel), qui a lancé à partir de là son mouvement "raëlien". Chancel, c'est aussi celui qui a fait la bringue avec Gabriel Matzneff, dans les années 60 (certifié dans le journal intime de l'écrivain).

Une autre circonstance me rattache à Jacques Chancel. J'ai été deux ans interne dans un lycée des Hautes-Pyrénées, région où il est né. J'avais comme prof de philo un ami à lui, Joseph (Jo pour les intimes) Comets, avec qui il faisait des randonnées en montagne (Chancel l'évoque d'ailleurs dans l'un de ses bouquins). Evidemment, cette amitié était très commentée par mes camarades de classe. Un bruit courait sur Chancel, que je n'ai jamais pu vérifier (mais quelle importance ?) : il aurait été patron de boîte de nuit au Vietnam. Ce genre d'anecdote assez surprenante, qui ne cadrait pas avec l'image que Jacques Chancel donnait de lui, faisait causer dans les couloirs et à la récré les ados que nous étions.

Si j'avais à retenir quelque chose de symbolique en ce moment de sa disparition, je n'hésiterais pas : ce serait le court générique de "Radioscopie", cette petite musique qui installait le climat de l'émission, où l'invité se présentait lui-même. Sacré Chancel, vous allez nous manquer !

lundi 22 décembre 2014

L'ascension de Freddy



Le Courrier picard présente, dans son édition d'aujourd'hui, les candidats UMP aux prochaines élections départementales dans le Saint-Quentinois (à l'exception du canton de Bohain, encore à pourvoir). Trois remarques : d'abord, leur proximité avec Xavier Bertrand (jusqu'à sa directrice de cabinet, Orane Gobert), confirmation, s'il le fallait, que c'est bien lui le patron. Ensuite, le choix des élus, puisque tous, sans exception, le sont déjà (pour des élections cantonales, c'est un choix pertinent). Enfin, la prime à la jeunesse et à la notoriété (plusieurs sont très jeunes, tous sont plus ou moins connus de la population, présents depuis pas mal de temps). Manifestement, l'UMP désigne des candidats qui ont déjà fait leurs preuves, qui ont une activité publique, qui sont engagés dans la vie locale.

Le cas d'école, et la seule petite surprise, c'est Freddy Grzeziczak dans le canton sud. Rien ne prédisposait à ce que ce soit lui : à droite, il a dû y avoir concurrence. La dernière fois, c'était Alexis Grandin, qui aurait légitimement pu rempiler. Cette fois-ci, on pouvait penser que Jean-Marc Weber, le nouveau maire de Gauchy, était le mieux placé. D'autant que Freddy n'est même pas UMP, et n'appartient plus à aucun parti ! C'est plutôt un homme seul, au sens où il n'a jamais été entouré d'une équipe militante très nombreuse, pas issu d'un appareil (c'était déjà le cas il y a 15 ans, lorsqu'il était au MRC de Jean-Pierre Chevènement). Son ascension politique n'est donc pas le résultat d'un rapport de force qui jouerait quantitativement en sa faveur. A droite, ils sont un certain nombre à le jalouser. Quoi qu'il fasse, aux yeux de beaucoup, Freddy garde l'image d'un homme qui vient de la gauche. Qu'est-ce qui explique sa réussite ?

D'abord, il y a le jeu des circonstances. En 2008, le parti socialiste est profondément divisé, sans leader, égaré dans une aventure sans lendemain avec l'extrême gauche (la suite des événements le confirmera). Dans un tel contexte, Freddy Grzeziczak sent que la gauche est morte pour longtemps. De son côté, Pierre André, qui lui aussi a compris l'état catastrophique de la gauche, en profite pour récupérer ceux qui sont prêts à franchir le Rubicon, dont Freddy. Si la gauche avait été forte, unie, dotée d'un véritable leader et en capacité de l'emporter, il n'aurait probablement pas rompu avec elle, il serait encore aujourd'hui au MRC.

Ensuite, il y a la personnalité de Freddy. Après 2001 et 2002, les échecs de la gauche aux élections municipales et législatives, il va occuper le terrain médiatique, la scène publique, où le parti socialiste n'intervient plus. Il va se faire connaître ainsi, occuper un vide à une époque où aucune autre figure, à gauche, n'émerge. C'est une constante en politique : on ne tire sa force que de la faiblesse des autres, concurrents ou adversaires. Et puis, Freddy a le contact facile, l'air sympathique. Il parle à tout le monde, veille à ne se fâcher avec personne : tout ça compte, quand les clivages idéologiques deviennent très secondaires.

Bien sûr, Freddy pourrait pâtir de l'image du "traître", de l'opportuniste, de l'homme de gauche qui rallie la droite pour son propre compte. Mais comme il ne l'a pas fait en cours de mandat, une fois élu, comme c'est un choix strictement personnel, on lui en tient moins rigueur (voir mon billet de samedi, "Psychologie du traître"). Surtout, une trahison s'oublie vite en politique, où un événement en chasse un autre, où l'essentiel est d'avancer, pas de ressasser le passé. Regardez Nicolas Sarkozy : il est passé, dans les années 1990-2000, au sein de son parti, de l'image de traître à celle de sauveur. Alors ...

Mais Freddy Grzeziczak n'aurait pas connu une telle ascension, jusqu'à devenir aujourd'hui candidat soutenu par l'UMP aux élections départementales, s'il n'avait pas eu la confiance de Xavier Bertrand. Entre eux, le courant passe, c'est évident. Je ne crois pas non plus que la psychologie soit déterminante. La bonne image de Freddy, c'est qu'il fait le job, qu'il a maintenant du métier, qu'il se sent très à l'aise dans son rôle d'élu, parce que, par dessus tout, il aime ça, que les gens le voient et l'apprécient pour ça. Freddy a cette envie, cette ambition, ce plaisir qui ne suffisent pas à la réussite, mais qui sont quand même des conditions nécessaires. Dans son travail d'adjoint aux affaires sociales, il est parvenu à s'imposer, à devenir président départemental des CCAS et vice-président national : ce n'est pas rien.

A-t-il des convictions ? Avant de répondre, je crois qu'il faut relativiser la question, et le rôle des convictions en politique : les autres en ont-ils beaucoup plus que lui ? Freddy a sûrement une ligne directrice, qui est celle du gaullisme social, anti-européen, qu'il avait déjà chez Chevènement, qu'il a poursuivi chez Dupont-Aignan, qu'il retrouve auprès de Xavier Bertrand et du "Nouveau Siècle". La décision que je salue, la ligne rouge qu'il n'a pas franchie, c'est lorsque "Debout la République" s'est rapproché du FN et qu'il a alors rompu avec ce parti.

Jusqu'où ira l'ascension de Freddy Gzreziczak ? Conseiller départemental dans trois mois ? Tout dépendra de l'attitude de la gauche, si elle est unie ou pas, dynamique ou non. Dans les cantons nord et centre, c'est largement joué d'avance. Il faut donc que le PS mette le paquet sur le sud, à conserver à tout prix. Freddy, soutenu par la droite mais ayant une image de gauche, va troubler le jeu, c'est sûr. C'est pourquoi la gauche devra redoubler d'efforts. Ses candidats ? Jean-Claude Capelle est le sortant, présent depuis très longtemps : c'est donc lui qui doit être réinvesti, au nom de toute la gauche. Sa partenaire ne peut être que socialiste, puisque lui est IDG (Initiative démocratique de gauche). L'idéal serait Anne Ferreira, son titre de vice-présidente du Conseil régional de Picardie ayant du poids. A défaut, une conseillère municipale PS de Saint-Quentin. Le combat sera rude, mais il mérite d'être mené.


Pas de billet demain.

dimanche 21 décembre 2014

Grande Parade de Noël (1)



Saint-Quentin en cette fin d'après-midi, c'était Disneyland en plein centre-ville. Après le traîneau du Père Noël (voir billet précédent), c'est le Christmas Train qui a impressionné et émerveillé (vignette >1). En voiture les voyageurs ! (vignette 2). Des cadeaux en veux-tu en voilà (vignette 3), y compris des jouets d'autrefois, comme ce cheval de bois (vignette 4). Les oursons aussi sont de la fête (vignette 5).

Grande Parade de Noël (2)



Quelle heure est-il lorsqu'on est hors du temps ? (vignette 1). Champagne pour tous, un grand événement se prépare ! (vignette 2). Des rennes en plein ciel ? Oui, le voilà qui arrive (vignette 3). Son traîneau n'a pas traîné : le Père Noël vous salue bien (vignette 4). La Vaillante a réchauffé les coeurs, en attendant les chars : ici, Allan et Anthony (vignette 5). La parade s'est terminée par un feu d'artifice, tiré inhabituellement près de l'hôtel de ville.

C'est parti !



L'UMP a désigné ses candidats pour les élections départementales de mars prochain. Dans le canton de Saint-Quentin-nord, ce sera Thomas Dudebout et Pascale Gruny. Par ce choix, Xavier Bertrand poursuit sa stratégie déjà ancienne de rajeunissement des cadres de son parti. Il met en avant les "jeunes pousses", préparant ainsi l'avenir à long terme. Autre caractéristique : Thomas Debout est un candidat préparé, formé. Depuis quelques années, il assiste régulièrement aux séances du Conseil municipal de Saint-Quentin, où je le croise au balcon des spectateurs (maintenant, il est parmi les élus).

C'est aussi quelqu'un depuis longtemps présent dans les manifestations publiques de la ville. A quoi s'ajoute un caractère avenant, affable, serrant volontiers les mains, allant au contact. Pendant la campagne des élections municipales, Dudebout avait même participé à une réunion électorale de Michel Garand, tête de liste socialiste (l'inverse semblerait inconcevable : un responsable socialiste assistant à une réunion locale de l'UMP !). C'est que Thomas Dudebout a l'assurance et l'audace des gagneurs (qui ne sont pas forcément, au final, les gagnants : c'est le peuple seul qui en décide). Il est grand, souriant, toujours bien sapé, on le remarque, les dames se retournent sur son passage et les hommes disent du bien d'un jeune homme si gentil. C'est un Freddy Grzeziczak en plus jeune, qui aurait satisfait ses ambitions beaucoup plus tôt.

La faiblesse de ce binôme, c'est peut-être Pascale Gruny, qui a tout eu (conseillère municipale, adjointe au maire, députée nationale, députée européenne, aujourd'hui sénatrice) et qui veut encore plus, devenir aussi conseillère générale. Alors que l'esprit du temps est au rejet du cumul des mandats, voilà une petite faille, sur laquelle la gauche ne peut pas non plus trop compter, car Yves Daudigny lui aussi, quoique avec un palmarès moins impressionnant, est sénateur et président du Conseil général. Et puis, comme Thomas Dudebout, Pascale Gruny a pour elle une implantation ancienne, une image plutôt positive, pas très politisée, une amabilité et un sourire qui font leur petit effet auprès de l'électorat.

Voilà donc des candidats redoutables pour la gauche. Tant mieux : c'est un stimulant pour encore mieux se battre. Notons que Thomas Dudebout s'affrontera à Olivier Tournay (PCF), un beau duel de jeunes en perspective. Côté socialiste, les candidats ne sont pas encore connus. Quoi qu'il en soit, comme toujours en politique, le rôle des personnes est assez secondaire (non pas non plus qu'il soit négligeable). C'est la campagne qui va être déterminante, l'énergie que vont déployer les candidats, leur réactivité, leurs propositions, le soutien efficace de leur parti respectif, la bataille sur l'internet, les relais dans la presse, la réussite des réunions publiques, etc.

Comme toute élection, ce sera un grand moment de démocratie, un rendez-vous passionnant, avec des surprises inévitables. Je vous en rendrai compte régulièrement, partout où j'irai. Avec cette légère mélancolie de ne pas être, une fois de plus, aux postes de combat, dans un canton où j'avais ferraillé, il y a dix ans, contre Jérôme Lavrilleux. Mais c'est peut-être mieux comme ça.

samedi 20 décembre 2014

Psychologie du traître



Le traître est une figure de la vie politique, comme le mari cocu est une figure du théâtre de boulevard ou l'assassin une figure du roman policier. Ainsi, Isabelle Ittelet, conseillère général du canton de Sains-Richaumont, appartenant au groupe socialiste, vient de le quitter. On a le droit bien sûr d'évoluer. Le traître a d'ailleurs une formule toute faite pour se justifier : "il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis". Bref, quand vous êtes fidèle, discipliné et cohérent comme il faut l'être en politique, le traître vous taxe d'idiot ! L'intelligence est donc de son côté. Je dirais plutôt : l'habileté, la malignité, la ruse.

Trêve de plaisanterie, un désaccord n'est pas une trahison. Certes, Isabelle Ittelet argue de son malaise à l'égard du gouvernement actuel. Mais pourquoi ? François Hollande n'a pas changé de politique, que je sache ? Il a même accentué celle qu'il a promise et qu'il applique depuis le début de son mandat. Alors quoi ? L'impopularité du gouvernement, oui, c'est sans doute ce qui fait réfléchir Isabelle Ittelet, ce qui la rend prudente, circonspecte et inquiète pour sa réélection en mars prochain.

Son canton a été redécoupé et se trouve désormais associé à celui de Marle, où siège le président du Conseil général, Yves Daudigny. Celui-ci lui a ouvert les portes de son binôme, puisque les candidats doivent être deux, un homme et une femme. Mais la femme en question manifestement ne veut pas, préfère un mariage plus sûr. Elle a tort : en matière de politique, il ne faut pas se laisser aller à des spéculations hasardeuses, il ne faut suivre que ses convictions. Mais en a-t-elle ? Et quelles sont-elles ? Isabelle Ittelet a choisi de se présenter, aux dernières élections cantonales, comme suppléante de Michel Lefèvre, membre du parti socialiste, disparu dans un accident de voiture en 2012. Quand on fait ce choix, c'est qu'on est sympathisante socialiste, du moins femme de gauche.

Pourtant, aux récentes élections municipales, Ittelet s'était présentée, au nom de l'UDI, contre le maire socialiste de Sains-Richaumont. Un bon traître peut être un mauvais perdant : sitôt battue, elle a contesté en justice le résultat, jusqu'à s'adresser au Conseil d'Etat ! La trahison n'est jamais le produit d'une réaction brutale. Elle s'installe en douceur, comme le serpent se love dans le nid de l'oiseau. Mardi dernier, la trahison était consommée : Isabelle Ittelet s'abstenait lors du vote du budget, alors qu'elle a pleinement participé à la politique qui a présidé à l'élaboration de ce budget. C'est qu'elle doit lancer un signe d'amitié à ses nouveaux copains de l'UDI, qui eux aussi se sont abstenus. Quand on trahit les uns, on doit prouver qu'on ne va pas trahir les autres.

La psychologie du traître n'est pas dénuée de ressort comique. Dans la lettre qu'elle a envoyée à Yves Daudigny en octobre 2014, Isabelle Ittelet pousse un cri, la main sur le coeur : "en aucun cas, je ne peux te trahir, ainsi que les personnes avec qui j'ai travaillé" (lu par le président du Conseil général lors de la séance de mardi dernier). "Trahir", c'est elle qui prononce le mot, qui l'écrit de son encre, comme certains signent avec leur propre sang un pacte avec le Diable. Freud, plus rationnellement, appellerait ça un lapsus, un acte manqué. Le traître jure toujours, devant Dieu, sur la tête de sa mère et à ses camarades de parti, qu'il ne trahira jamais. C'est pourquoi on ne peut avoir confiance en personne quand on fait de la politique, même pas en ses proches, ses amis, ses fidèles. C'est triste.

On croit souvent que le traître est un méchant. Mais non : il se donne souvent des allures de vertueux. Commentant sa missive à Ives Daudigny, Isabelle Ittelet a déclaré d'emblée (rapporté par L'Union du 04 décembre) : "avec beaucoup de courage, j'ai adressé un courrier au président du Conseil général". Oui, vous avez bien lu : "avec beaucoup de courage". C'est qu'il en faut, du "courage", pour trahir. Ce n'est pas à la portée de n'importe qui. L'explication ? "Pour que je sois en phase avec moi-même". Sans doute veut-elle parler de ses supposés intérêts, qui la conduiraient à rejoindre la droite centriste, après avoir collaboré avec la gauche socialiste ?

La touche finale du traître, c'est sa paradoxale faculté d'indignation : "je suis écoeurée", lâche maintenant la conseillère générale. Et nous donc ! Isabelle Ittelet, de métier, travaille pour le Conseil général, aux cuisines. Il faut croire qu'elle est poursuivie par l'odeur de la gamelle. Mes camarades socialistes ne sont pas complètement innocents dans cette affaire : ils devraient veiller à prendre des personnes fiables, même dans les suppléances. Une leçon à méditer ces jours-ci, où nous choisissons nos candidats aux élections départementales.

vendredi 19 décembre 2014

Les modernisateurs



Chacun sent bien que le socialisme en France est à un tournant, que plus rien ne sera comme avant. C'est d'ailleurs toute la société, depuis quelques années, qui change : les références ne peuvent plus être les mêmes lorsque les repères sont en mouvement. Pas mal de choses ont déjà évolué au parti socialiste, dans son organisation et sa doctrine. Mais je crois que le rythme ira en s'accélérant. Je vois aujourd'hui deux modernisateurs en chef, pourtant très différents l'un de l'autre : le ministre de l'économie, Emmanuel Macron, et la tête du parti, Jean-Christophe Cambadélis.

La fameuse loi Macron, qui est débattue en ce moment et qui n'a pas fini de faire parler d'elle, est un ferment de transformation sociale. On ne retient que la stupide querelle des dimanches. Mais il y a bien d'autres dispositions dans ce texte. Qui défilent dans la rue contre lui ? Pas les salariés ou les chômeurs, mais les professions protégées, souvent aisées, qui n'acceptent pas qu'on mette fin à leurs privilèges. En vérité, ce sont les conservatismes, de gauche ou de droite, que recèle notre société qui se lèvent, qui résistent à la loi Macron.

Cette loi, il faut la comprendre dans son esprit général, et ne pas se perdre dans le détail de ses articles. Quelle est l'intention ? Redonner de l'énergie, du souffle, de la liberté à la société française, qui en manque singulièrement. C'est de là que repartira la croissance, et donc l'emploi. Qu'on ne s'y trompe pas : Macron est populaire, Valls aussi, et ils le seront de plus en plus, parce que leurs idées sont en phase avec les attentes des Français. En revanche, il n'y a rien à espérer d'une ligne politique plus à gauche, que les résultats électoraux régulièrement condamnent.

La bataille d'opinion que doit mener le PS, c'est en direction des milieux populaires, ouvriers (car il y en a toujours, et des millions !), employés, exclus : eux, dans la précarité ou la mouise, sont prêts à entendre un discours de réalisme économique. Mais il faut laisser tomber les bobos-écolos-petits-bourgeois, qui refusent tout grand projet, qui se fichent de la reprise de la croissance, qui ne pensent qu'à la défense de leur confort, de leurs rentes. Ceux-là manifestent contre le barrage de Sivens, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, le Center Parks je ne sais plus où, le canal Seine-Nord chez nous, les Jeux olympiques ou l'Exposition universelle à Paris. Ils sont hostiles à tout idée de développement économique, à toute sorte de grands travaux : c'est une classe sociale qui vit sur sa propre prospérité, qui ne se pose pas la question de celle des autres.

Après Macron et le gouvernement, Cambadélis et le parti, le second modernisateur. Celui-ci veut s'attaquer aux clans, aux féodalités, aux clientèles protégées au sein de PS, comme Emmanuel Macron le fait dans l'économie. Il y a analogie. Le PS, depuis pas mal de temps, s'est balkanisé : plus vraiment de débats idéologiques comme dans les années 70 et 80, mais des sections aux effectifs squelettiques, qui verrouillent pour vivre sur leurs rentes électorales, dans le confort des gens installés, soucieux de contrôler les investitures aux élections, délaissant tout travail de recrutement, de formation et de communication (la réflexion, je n'en parle même pas). Je résume, avec mes mots à moi, l'admirable discours de Jean-Christophe Cambadélis, lors du Conseil national du parti, qui s'est tenu à Paris samedi dernier.

Notre premier secrétaire s'est donné un objectif ambitieux : faire du parti socialiste un parti de masse, dans lequel les sections ne seraient plus repliées sur elles-mêmes à ne rien faire ou à se regarder le nombril. Nous en sommes très loin ! Mais qui aurait dit, dans les années 60, que la vieille SFIO, avec ses notables, ses élus alimentaires et ses adhérents employés municipaux, se transformerait, sous l'influence de François Mitterrand, en un parti jeune, moderne, dynamique, en adéquation avec son temps, capable de gagner de nombreuses élections ? C'est vers cela que nous devons aller aujourd'hui, bien sûr dans un tout autre contexte qu'alors.

Le gouvernement ne peut convaincre que s'il est soutenu par un parti fort. Le parti ne peut se développer qu'en s'appuyant sur le travail du gouvernement. La modernisation ne se fera (et elle a commencé) que dans ces deux directions concomitantes. Ce sera long et difficile. Même dans un parti progressiste, il y a des esprits conservateurs, nostalgiques du bon vieux temps, qui ne souhaitent pas remettre en question leurs habitudes de penser, qui résistent à voir disparaître leurs avantages acquis. Mais cette modernisation se fera : sinon, ce sera la mort ou l'extrême droite, ce qui revient d'ailleurs au même.

jeudi 18 décembre 2014

Rébus littéraire



Hier après-midi, à la sortie de ma conférence à Cambrai, une auditrice m'a fait un petit cadeau (en vignette) : une carte sur laquelle figure un rébus, que je vous invite à déchiffrer, sachant que la réponse donne le sujet de mon intervention.


mercredi 17 décembre 2014

Show devant



Lors du conseil municipal de lundi dernier, il a beaucoup été question de show. Carole Berlemont (PS) a reproché à Xavier Bertrand de faire un "show télévisé", une opération de communication, une forme de publicité au moment des questions par SMS, en fin de séance. De même, Xavier Bertrand a reproché à Olivier Tournay (PCF) de faire un show, de s'exprimer sur la DSP (voir billet précédent) lorsque les caméras de télévision sont présentes. C'est une amusante et fréquente tournure de l'esprit humain : dénoncer chez les autres ce qu'on pratique pour soi. C'est la vieille histoire évangélique de la poutre et de la poussière dans l'oeil.

Pourtant, quand on fait de la politique, n'est-il pas légitime de faire le show, de communiquer sur ses opinions, d'en assurer la publicité ? Un homme politique est forcément un comédien, au bon sens du terme. Ce qu'on lui demande, ce n'est pas d'y renoncer, mais de savoir tenir son rôle. Pour le dire autrement, de façon plus classique : un homme politique est toujours en représentation. Ce qu'on peut reprocher à un homme public, ce n'est pas d'en faire trop en matière de com ou de pub, mais de ne pas en faire assez. En démocratie, les citoyens doivent être informés. Quant aux effets de manches, les électeurs ne sont pas dupes : ils repèrent très vite quand le jeu est bon, juste, motivé et quand il est mauvais, forcé, surjoué. A la limite, mieux vaut un excès de communication (pas forcément bon) qu'une absence de communication (toujours mauvais).

Lorsque Carole Berlemont reproche à Xavier Bertrand de faire son show à la fin du conseil municipal, elle oublie que c'est dès le début et tout au long de la séance que le maire fait son show, et que c'est très bien comme ça (pour lui en tout cas). Et si la gauche pense que ses réponses aux questions par SMS relèvent de l'opération publicitaire, il faut alors qu'elle se lève et parte, pour ne pas se transformer en spectateurs passifs de ce "show télévisé" (c'est ce que j'avais conseillé dans le billet portant sur le précédent conseil municipal). A ne pas le faire, on est incohérent avec soi-même, on se condamne. Lorsque Xavier Bertrand reproche à Olivier Tournay d'en faire trop devant les caméras, il oublie lui aussi que le conseiller municipal communiste est dans son droit et même son devoir, qu'il fait son boulot d'opposant, avec les moyens médiatiques qui se présentent à lui (c'est d'ailleurs le maire qui a fait entrer la télévision dans la salle du conseil).

Mine de rien, le conseil municipal de lundi dernier a opéré une petite révolution, avec sa diffusion en direct sur MATELE. Soit dit en passant, personne ne s'étonne de cette retransmission, sur la chaîne locale, d'un événement politique, du plus politique des événements de la ville, alors que le cahier des charges de cette télévision excluait d'aborder, à ce qu'il me semble, les sujets politiques et polémiques. Mais puisque je suis le seul à poser la question, c'est que je dois probablement avoir tort ...

Revenons à la petite révolution : avant l'entrée de la télé, il fallait savoir bien parler pour siéger efficacement en conseil municipal, surtout quand on est dans l'opposition. En passant de la simple voix à l'image, ça change beaucoup de choses : il faut désormais être aussi télégénique, bien passer à l'écran. D'autant que les séances publiques, vues du balcon, n'étaient pas très fréquentées. Avec le passage à la télé, beaucoup plus de gens vont regarder, les séances du conseil municipal vont gagner en importance et en influence politique (toutes choses égalent par ailleurs).

Pour l'opposition, il faudra beaucoup plus soigner ses interventions. La prise de parole est une épreuve, mais l'apparition à l'image encore plus. Xavier Bertrand a l'air frais comme un gardon et débordant d'énergie, ce qui lui est facilité par la maîtrise du micro. Carole Berlemont et Marie-Anne Valentin (PS), qui sont côte à côte, apparaissent un peu tristounettes et fatiguées. A l'écran, Olivier Tournay et Jacques Héry (PS) sont ensemble. Olivier a une belle petite gueule médiatique, c'est un "bon client", comme on dit dans le jargon. Mais l'effet de contraste est désastreux pour Jacques Héry, passif (du moins dans la séance de ce mois-ci), regardant de tout côté, donnant l'impression de se demander ce qu'il fait là, avec un imperturbable sourire de Bouddha. Ces remarques sont bien sûr de pure forme et ne préjugent pas de ce qui se passe dans les têtes, ni des efforts consentis (peut-être des souffrances éprouvées, qui ne sont pas à moquer). Mais les faits sont là : en introduisant la télévision dans le conseil municipal, on le transforme forcément en émission de télévision, qu'on le veuille ou non.

Xavier Bertrand en sera-t-il le bénéficiaire ? Je n'en suis pas certain. C'est une bête politique qui sait contredire, anéantir et ridiculiser ses adversaires, c'est un bon communiquant, mais l'image est quelque chose de rebelle qui peut facilement se retourner contre son instigateur. Déjà, Olivier Tournay lui résiste, le met parfois en difficulté, ce dont le maire certes se sort aisément. Mais dans la lutte de David contre Goliath, c'est le petit qui a tout à gagner et le grand qui a tout à perdre.

Xavier Bertrand n'avait pas besoin de la télévision pour asseoir son autorité et sa popularité. En faisant du conseil municipal un spectacle de télévision, il prend un risque, dont il pouvait se passer. Le maire est bon, soit. Mais c'est aussi parce que ces opposants ne sont pas très bons, n'ont pas le métier qu'il a : la nouvelle version de David contre Goliath, c'est le combat de l'amateur contre le professionnel. Sauf que trop d'aisance, de condescendance, d'ironie à l'égard de ses adversaires peut lui nuire. Qu'on se souvienne de ce qui s'est passé, à la télévision justement, face à Nicolas Totet : la réaction d'indignation à la question du journaliste (sur la succession de Pierre André) n'a pas été profitable à Xavier Bertrand, c'est Nicolas Totet qui en a tiré tout le bénéfice médiatique, en apparaissant comme une victime.

Bref, puisque les caméras sont là, et un peu partout dans le monde d'aujourd'hui, faisons avec. A Saint-Quentin même, la médiatisation va changer la vie politique, même si celle-ci, dans ses ressorts fondamentaux et éternels, restera à l'identique.

mardi 16 décembre 2014

La DSP, par principe



Le conseil municipal d'hier soir a essentiellement débattu de la DSP, délégation de service public, c'est-à-dire l'attribution de la gestion de certaines manifestations, surtout sportives, à des entreprises privées. A Saint-Quentin, c'est jusqu'à présent la société de Pascal Cordier qui a obtenu le contrat. J'ai toujours défendu dans son principe cette procédure, qui est utilisée dans de nombreuses municipalités socialistes. Toutes les activités sportives ou culturelles ne peuvent pas être organisées par une municipalité. Pour des raisons d'efficacité, de baisse des tarifs, de rentabilité, de savoir faire, il est légitime de s'adresser à des professionnels. Les services municipaux ou les associations ne peuvent pas tout faire. Dans notre ville, les uns et les autres sont déjà très pris.

Une fois ce principe posé, il reste à procéder à des choix, mesurer avec pertinence ce qui doit être traité par le service public et ce qui est confié au secteur marchand. Olivier Tournay, élu communiste, rejette toute délégation de service public, en cohérence avec sa philosophie politique, qui n'est pas la mienne. La précédente opposition, où les socialistes composaient avec l'extrême gauche, refusait également la DSP. La nouvelle opposition socialiste, par la voix de son chef de file Michel Garand, avait exposé, dans l'un des premiers conseils municipaux de cette mandature, une position tout à fait conforme au réformisme qui est le mien et celui du PS : se distinguant alors d'Olivier Tournay, Michel Garand n'avait pas écarté par principe la DSP, mais demandé à ce qu'une réflexion soit menée sur son application. C'était parfait.

Hier soir, par la voix de Carole Berlemont (Michel Garand étant absent), la position a changé du tout au tout, pour s'aligner peu ou prou sur Olivier Tournay : rejet de la DSP ! C'est incompréhensible et inacceptable. Si le parti socialiste à Saint-Quentin veut être crédible, s'il veut retrouver le soutien des électeurs, il faut qu'il se prépare à gérer la ville, à montrer qu'il en a les capacités, qu'il est en mesure d'exercer les responsabilités. Olivier Tournay n'a pas ce souci : il est dans une logique protestataire, qui ne s'embarrasse pas des questions d'intendance. Comment pourrions-nous promettre aux Saint-Quentinois la municipalisation des activités, ou bien les faire assumer par les seules associations ? Ca me semble impossible, irréaliste, relevant plus de l'idéologie que du discernement politique. Je n'ai vraiment pas envie de revoir les dérives et les régressions dont nous avons souffert à gauche pendant six ans, privant le parti socialiste de présenter localement une alternative sérieuse. Avec Michel Garand, je pensais que la page avait été définitivement tournée ...

Ceci dit, je dois aussi avoir l'honnêteté de reconnaître qu'Olivier Tournay a été hier très bon dans son rôle de conseiller municipal d'opposition : il est à l'aise, sait intervenir sans lire son papier, a de la répartie, travaille ses sujets et met à plusieurs reprises Xavier Bertrand en difficulté, ce qui est un exploit qui mérite félicitations. Je ne lui trouve qu'un seul défaut, mais de taille : il n'est pas socialiste ! Sur la DSP, ses remarques et ses questions sont judicieuses, utiles au débat, mais elles ne me font pas changer d'avis sur le principe : il est bon qu'une municipalité ait recours, quand c'est nécessaire, à cette possibilité.

La séquence s'est terminée de façon surréaliste, et même grotesque, au moment de désigner les membres de la commission chargée d'examiner les candidatures et les offres pour la DSP. Olivier Tournay, certain de ne pas être élu, n'avait pas postulé. Xavier Bertrand l'a fait changer d'avis, en lui promettant de voter personnellement pour lui ! Problème : il fallait à Olivier un suppléant, mais il est le seul communiste. Qu'à cela ne tienne, Xavier Bertrand lui en a trouvé un, son voisin, Jacques Héry, socialiste, qui a accepté, tout en disant qu'il ne voterait pas pour lui ! (et pour cause : le PS présentait Michel Garand). Il y a d'ailleurs incohérence à contester le principe de la DSP et à siéger volontairement dans une commission chargée de sa mise en oeuvre. Résultat du vote : Olivier Tournay a eu ses deux voix ! Je me demande ce que les spectateurs ont pu comprendre à ce tissu d'absurdités. Si Xavier Bertrand avait voulu ridiculiser l'opposition pour faire oublier les banderilles que lui plantait Olivier Tournay, il ne s'y serait pas pris autrement ...

lundi 15 décembre 2014

Mourir sans souffrir



Au lieu de discutailler inutilement sur le passage de 5 dimanches à 12 dimanches de commerces ouverts dans les zones touristiques, les socialistes feraient mieux de parler du remarquable projet de loi sur la fin de vie, proposé conjointement par Alain Claeys, PS, et Jean Léonetti, UMP (mais là aussi, je suppose que certains vont trouver le moyen de s'opposer, afin de nourrir leurs détestables petits calculs d'avant-congrès socialiste).

La méthode est exceptionnelle et exemplaire : sur un sujet de société, aussi délicat que celui-là, il est bon de rechercher le consensus (le compromis, non : on ne passe pas des arrangements à propos de la vie et de la mort). Associer deux sensibilités politiques opposées, les amener à travailler ensemble, voilà l'idée. Que l'une de ces personnalités, Jean Léonetti, soit conduit à réfléchir sur sa propre loi d'il y a 10 ans pour la revoir, la questionner, la compléter, c'est très pertinent. François Hollande a choisi une démarche d'une grande hauteur de vue politique. A tel point que j'en viens à me demander s'il n'aurait pas fallu opter pour une procédure similaire pour réformer le mariage civil et l'ouvrir aux couples homosexuels : la France aurait peut-être fait l'économie de déchirements inutiles.

Le résultat est du même niveau que la méthode : habile, pragmatique, intelligent. L'euthanasie pure et dure n'est pas acceptable. Un "droit à la mort" est une abomination, autant que l'expression barbare et inhumaine de "suicide médicalement assisté". Mais "l'acharnement thérapeutique" n'est pas plus acceptable : laisser végéter et souffrir un grand malade en état irréversible est d'une égale cruauté. Philosophiquement, le débat ne sera jamais clos entre ceux qui réclament la mort dans la dignité et ceux qui défendent la vie à tout prix. Pour sortir de ce dilemme, Claeys et Léonetti sont partis d'un point qui fait consensus : la souffrance intense et incurable est inacceptable, il faut tout faire pour la soulager. Leur projet de loi découle de cet objectif.

On ne fait pas mourir (l'euthanasie), mais on laisse mourir, en cessant les traitements, en plongeant le patient dans un sommeil profond et continu, de façon à ce qu'il s'éteigne sans souffrir. La décision suppose l'accord du patient, qui s'imposera alors au médecin, sans refus possible. Voilà une très grande loi, ingénieuse et humaine. On se demande même pourquoi on n'y a pas pensé avant ? Mais quand les débats idéologiques et partisans prennent le dessus, il n'y a que l'affrontement, et l'esprit de consensus se délite au profit des intérêts particuliers. Oui, ce projet, s'il est adopté en janvier prochain par le Parlement, sera à l'honneur du gouvernement et de la majorité.

dimanche 14 décembre 2014

Les livres aussi ont un destin



Philippe Lacoche était hier matin en séance de dédicace chez Cognet, notamment pour son récent ouvrage "Les dessous chics", un recueil de ses chroniques du dimanche dans le Courrier picard, de 2005 à 2010. A Emmaüs, j'ai découvert, il y a peu, un livre de Philippe déjà ancien d'une vingtaine d'années, "Des petits bals sans importance", avec une longue dédicace de sa main, sur un ton familier et tutoyant, adressée à un certain Fred. J'ai acheté, me disant que je pourrai le lui montrer. Et puis, je me suis repris : un livre qu'on a pris soin de faire dédicacer, on le garde précieusement chez soi, on ne s'en débarrasse pas, ni ne le donne. Bref, la curiosité amusante pouvait sans le vouloir vexer son destinataire. Et si la personne était décédée ? Cette autre hypothèse n'était guère plus réjouissante. Bref, j'hésitais, je verrai bien sur place, devant lui.

Un argument m'a décidé à sortir le roman dédicacé de mon sac : Philippe Lacoche est un écrivain de la nostalgie, sans cesse tourné vers son passé. Je me suis dit qu'un tel homme ne pouvait pas être gêné par mon geste, quoi qu'il arrive. J'ai bien fait de renoncer à mes préventions : Philippe Lacoche a ouvert timidement le livre, relu
ses mots écrits en 1997, surpris et ému par une telle découverte. Fred, c'était un cher copain à lui, aujourd'hui disparu. Surprise dans la surprise : "Les dessous chics" évoquent sa mémoire, p. 98, "So long, Fred ...".

Je n'ai jamais cru à ces histoires de naufragés qui jettent une bouteille à la mer dans le golfe du Mexique, qu'on retrouve des années plus tard sur les plages de la côte picarde. Il y a un peu de ça dans notre histoire. Par quelle suite de hasards et de coïncidences, entre quelles mains ce bouquin est-il passé pour venir jusqu'à moi, et de moi jusqu'à lui, Philippe Lacoche ? N'ai-je pas été l'intercesseur d'une incroyable providence ? Nous savons que les (bons) livres ont une âme ; mais ils ont aussi un destin. Ils ne meurent que par la destruction. Sinon, ils continuent leur vie, on ne sait trop où, jusqu'à ce local d'Emmaüs à Saint-Quentin.

C'est bête à dire, encore plus à écrire : une larme a discrètement coulé sur la joue de Philippe, une seule, une vraie, comme je n'en vois jamais, surtout pas sur mon visage. Après ça, on a envie de se taire. Mais je suis là pour vous parler : Philippe Lacoche fait partie de ces hommes qui pleurent, comme cet autre écrivain dont je suis un admirateur inconditionnel, Gabriel Matzneff, rencontré samedi dernier à Paris, à l'Institut Saint-Serge (il m'a donné son adresse électronique, on doit se revoir).

Quel rapport pourtant entre le petit prolo communiste de Tergnier et le russe blanc orthodoxe ? Une même sensibilité : la mélancolie du passé, le sens de l'amitié, l'amour des femmes, le goût de la liberté, la critique de la société contemporaine ... Je ne connais pas tout Lacoche, mais c'est en lisant "Des rires qui s'éteignent" que la proximité entre les deux écrivains m'a frappé. Leur sensibilité, c'est une sensualité très fine, très prenante (le chapitre 9 des "Rires qui s'éteignent" est plein d'odeurs). Sensations, odeurs, pleurs, tout ça va ensemble.

Quand Philippe Lacoche a terminé de me faire sa dédicace, je me suis dit que ce livre que j'emportais chez moi aurait lui aussi, un jour, son propre destin, lorsqu'il m'aura échappé, que je ne serai plus de ce monde. Alors, peut-être que quelqu'un le découvrira quelque part, avec sa dédicace, qu'il sera intrigué, qu'il essaiera d'en savoir plus ... Jusqu'où iront-ils, nos livres dédicacés qui voyagent ainsi à travers les années et les lieux ? Ces quelques phrases, souvent banales, prennent au fil du temps une valeur inestimable. N'oubliez pas, à Emmaüs ou chez un bouquiniste, de regarder les premières pages d'un livre que vous feuilletez : elles vous raconteront peut-être toute une histoire.

samedi 13 décembre 2014

Tout un cirque



La dernière fois que j'ai assisté à un spectacle de cirque, c'était sur un canapé, devant ma télé, la Piste aux Etoiles, présentée par Roger Lanzac. C'est vous dire s'il y a longtemps que je n'ai pas vu ce genre de divertissement ... Hier soir, place du Champ de foire, le Grand Cirque de Noël m'a vraiment enchanté (vignette 1, le final, en présence de tous les artistes, rejoints juste après par le Père Noël). Au départ, je n'étais pas très convaincu : le cirque, c'est surtout pour les enfants. Tout compte fait, non. Ce que j'ai retenu : grâce et force dans les démonstrations. Même si je crains toujours que l'acrobate tombe de son fil, que le jongleur laisse échapper sa quille ou que la bête ne se précipite sur le dompteur.

Le cirque a beaucoup changé depuis Roger Lanzac : les lumières nous en mettent plein les yeux, c'est un vrai show, très rythmé, sans temps mort. L'orchestre est toujours là, au dessus de l'entrée des artistes, jouant la fameuse musique de cirque, un genre à part entière, joyeuse, entraînante. J'ai regretté l'absence des grands fauves et des trapézistes. Ceci dit, je me suis régalé, c'était parfait. Le plus impressionnant, c'est bien sûr le numéro avec l'éléphant. Mais j'aime beaucoup aussi le magicien qui arrive sur la piste en moto, fonce dans la cabine où a été enfermée sa partenaire ... qui évidemment a disparu !

Certaines prestations sont d'incroyables exercices sportifs, des épreuves d'athlètes et de gymnases. Pas de séquences clownesques particulières, mais un seul clown, Johannès, présent tout au long des deux heures et quart de spectacle, double perturbateur et comique de Monsieur Loyal, s'autorisant tout, allant jusque dans le public, y compris à vélo ! A la fin, autre innovation, les artistes forment une double rangée d'honneur pour saluer le départ des spectateurs (vignette 2, Johannès au premier plan).

On médit beaucoup du cirque, on lui reproche d'être un art mineur, on dénonce l'exploitation des animaux. C'est faux ! Le cirque est un merveilleux art populaire, qui ne fait caqueter que nos petits-bourgeois. Les animaux y sont soignés, aimés ; ils deviennent les partenaires des hommes, c'est beau à voir. Certes, ils ne sont pas libres, pas plus que la vache dans son champ qu'on rentre le soir à l'étable, qu'on va traire ou qu'on va manger. Et puis, l'éléphant est-il plus heureux dans sa jungle, à la merci de n'importe quoi, des catastrophes, des maladies et des prédateurs ? Je sens, dans le spectacle de cirque, beaucoup de respect pour l'animal, un hommage qu'on lui rend dans le travail qu'il effectue de concert avec l'homme.

Demain dimanche, trois dernières représentations vous attendent. Ne les ratez pas, "mesdames, messieurs et vous aussi les enfants", comme on dit au cirque.

Original et copie



J'ai trouvé ce prospectus (en vignette), ce matin, à la Poste de Saint-Quentin. Ca ne vous rappelle rien ? Je devrais peut-être demander des droits d'auteur ...

vendredi 12 décembre 2014

La femme qui croit aux miracles



Il y a, à Saint-Quentin comme ailleurs, des associations qui se la jouent, qui ne méritent pas un radis et qui sont pleines de fric. Il y en a d'autres qui sont discrètes, d'une utilité criante et qui n'ont pas assez d'argent : j'ai nommé Ecout'Jeunes, présidé par Françoise Malherbe, qui tenait hier soir son assemblée générale, en présence de plusieurs élus, de représentants de mouvements caritatifs, de la Mission locale, de l'ASTI et de l'EPIDE. Ce devait être un enterrement, nous avons assisté à une renaissance : l'association a trouvé in extremis une généreuse donatrice qui l'a sauvée de la dissolution. C'est que les subventions baissent de toute part, même si la Municipalité de Saint-Quentin a maintenu la sienne et son aide (mise à disposition du local).

Françoise Malherbe n'est pas une personne comme les autres : elle parle d'une voix douce alors qu'elle côtoie la violence ; elle est déterminée alors que les difficultés rencontrées pourraient la décourager ; elle ne se met jamais en avant alors qu'elle est au premier plan de la lutte contre la pauvreté. Les pauvres, elle les défend, au moment où ils sont attaqués de toute côté : non, ils ne sont pas fainéants, mais que voulez-vous faire quand il n'y a pas de boulot ? Ils abusent de leurs droits (RMI, RSA, ...) ? Mais non, c'est tout le contraire : ils les ignorent, ou bien n'osent pas les réclamer, de honte ; et quand ils font la démarche, c'est souvent pour se heurter à la complexité administrative. Il y a un mot qui n'aura jamais été prononcé, durant cette heure et demi d'assemblée générale : c'est celui d'assistés.

Autre trait de caractère de Françoise Malherbe : sa totale bienveillance. Elle ne se plaint pas, ne critique personne, ni les institutions, ni les spécialistes, personne. C'est très rare, dans une société où n'importe qui a quelque chose à reprocher aux autorités et se présente en victime. Pas Françoise. En 2013, il y a eu 9 000 passages dans son petit bureau de la rue Charles Gomart. 9 000 ! dont 560 nouveaux, 85% de Saint-Quentinois, autant de garçons que de filles, 7% d'étrangers. A-t-on idée de ce qu'est la pauvreté à Saint-Quentin, 28e localité la plus pauvre de France ? Françoise Malherbe nous apprend que les suicides augmentent chez ces jeunes-là. Qui le savait ?

Une AG, c'est souvent un moment ennuyeux, où l'on débite des actions déjà connues ou des chiffres qu'on ne comprend pas. Pas de ça avec Françoise, mais des anecdotes vivantes, émouvantes, révélatrices, qui valent bien une montagne de statistiques. Comme ce Jérémy qui a besoin d'une paire de baskets rouges, mais qui ne peut pas se les payer. Mais pourquoi rouges ? Un luxe de pauvre ? Non, une nécessité de travail : embauché chez Quick, ce sont les chaussures de rigueur. D'autres histoires sont beaucoup plus dramatiques, mais Françoise est là, qui ne désespère pas. Elle prend ce qui vient, s'enchante des petits progrès éphémères, croit aux miracles (et il arrive qu'elle en fasse). Françoise Malherbe a une force en elle, sans laquelle elle ne tiendrait pas. Je la connais, mais n'en parlerai pas. La seule chose qui compte, c'est ce qu'elle fait, et c'est énorme.

jeudi 11 décembre 2014

Les préférés des artistes



L'association Art et Littérature a exposé pendant une semaine au 115 (vignette 1, de gauche à droite : Pierre Thuillier, Jean-Claude Langlet, Daniel Nobécourt, Claudine Thuillier, Sonia Hennino, Edith Hennino). C'était hier la fermeture. J'ai demandé aux artistes présents de poser devant leur oeuvre préférée : Claudine devant L'abbaye (vignette 2), Edith et la voiture ancienne (vignette 3), Sonia au côté de L'ange au sourire (vignette 4). Pour Jean-Claude Langlet, c'est moi qui ai choisi : nous le connaissons bien en tant que peintre, j'ai voulu valoriser le sculpteur (vignette 5).

mercredi 10 décembre 2014

Oui, non, peut-être



L'Aisne nouvelle a consacré hier une pleine page aux élections départementales à Saint-Quentin. Pour le moment, on ne sait pas grand chose des candidats. Ce qui est un peu inquiétant : on pourrait s'attendre à des candidatures préparées de longue date, déclarées et identifiées depuis un certain temps, déjà présentes, labourant le terrain. C'est que nous ne sommes plus qu'à trois mois du scrutin, c'est-à-dire rien. En même temps, je me pose la question : qu'est-ce qui peut motiver quelqu'un à se présenter à une élection cantonale, qui n'est pas le plus prestigieux des scrutins ? Le désir, l'ambition, le plaisir, le courage, l'audace, le devoir ... ? Peut-être tout ça à la fois.

5 catégories de réponses sont repérables : oui, non, plutôt oui, plutôt non, ni oui ni non.

1- OUI. La palme de la détermination revient au PCF, qui a annoncé tous ses candidats, avec leurs suppléants, sur les trois cantons de Saint-Quentin. Côté PS, c'est Stéphane Andurand qui s'y colle, dans le canton nord. La fois précédente, il s'était présenté dans le centre, battu dès le premier tour par le FN. A droite, Colette Blériot rempile et confie que cinq hommes, au moins, veulent se mettre en couple avec elle (les candidats sont en binôme, homme-femme).

2- NON : Frédérique Macarez est la seule, d'après L'Aisne nouvelle, à écarter clairement une candidature. Cette catégorie très délaissée s'explique par le fait que la politique se nourrit souvent de l'ambiguïté : celui qui n'est pas candidat peut laisser croire qu'il l'est, pour se donner une importance qu'il n'a pas ; celui qui veut être candidat peut laisser penser qu'il ne le sera pas, pour ne pas susciter trop tôt des jalousies, ne pas se créer des adversaires, bénéficier encore quelque temps de la neutralité d'une non candidature.

3- PLUTOT OUI. Freddy Grzeziczak est "en réflexion", car "très intéressé". Si ça ne dépendait que de lui, je suis sûr qu'il nous sortirait un gros OUI. Mais il n'est pas seul. Pascal Cordier, lui aussi, du côté de Vermand, a très envie, mais reste prudent : "c'est pas exclu". L'un et l'autre aimeraient, n'attendent que ça, mais savent aussi qu'en politique plus qu'ailleurs, il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités.

4- PLUTOT NON. C'est la tendance de Michel Garand et Anne Ferreira. Mais comme il ne faut jamais fermer brutalement aucune porte, leur NON n'est pas ferme et définitif (il faut le comprendre comme ça). Pour Michel Garand, c'est ma vraie déception politique : le leader de l'opposition socialiste se devait, dans l'idée que je me fais d'un chef, participer à la bataille des cantonales, comme il l'avait d'ailleurs déjà fait, il y a quelques années, dans le canton sud. Mais on ne peut forcer personne ...

5- NI OUI NI NON : c'est la grande catégorie des possibles et des hésitants, remarquablement formulée par Jean-Marc Weber, le maire de Gauchy : "je ne dis pas oui, je ne dis pas non" (!). Mais c'est surtout au parti socialiste qu'on se bouscule au portillon, puisque L'Aisne nouvelle énumère les possibles candidatures de Carole Berlemont, Jacques Héry, Christiane Vanrullen et même Jean-Pierre Lançon. La liste se termine pas des points de suspension, qui signifie qu'elle n'est pas close ! Je ne sais pas trop comment interpréter cette pléthore inhabituelle pour une élection cantonale pourtant difficile pour la gauche.

En tout cas, la plupart de nos candidats n'ont pas suivi le précepte de l'Evangile : "que ton oui soit oui, que ton non soit non". Mais d'ici quelques jours, il faudra bien, comme dans la cérémonie de mariage, dire oui ou non. Après, ce sera aux électeurs de s'exprimer à leur tour. Mais ceci est une autre histoire.

mardi 9 décembre 2014

Le dimanche au boulot ?



Claude François nous promettait "le lundi au soleil". Avec Emmanuel Macron, c'est le dimanche au boulot, au coeur de son projet de loi présenté demain en conseil des ministres. Et alors ? J'ai travaillé pendant 5 ans, de 1988 à 1993, presque chaque dimanche, la nuit, agent de sécurité dans le groupe d'assurances GPA, à côté de la gare Montparnasse, à Paris. On me l'a proposé, j'ai dit oui, je m'y suis fait. Les vacations étaient de 12 heures, 19h00 jusqu'à 7h00 du matin. J'étais payé au SMIC, mais j'avais droit à des repos compensateurs. Le projet Macron ne me scandalise donc pas.

Mais ce n'est pas mon expérience personnelle qui m'y fait adhérer, c'est ma réflexion politique : ce projet n'a absolument rien de scandaleux, contrairement à ce que laisse croire l'aile gauche du PS (dont il est de plus en plus évident qu'elle veut l'échec du gouvernement et prépare une alternative à l'actuelle ligne social-démocrate). Il y a 5 bonnes raisons de défendre la loi Macron :

1- Passer de 5 à 12 dimanches autorisés à travailler, ce n'est tout de même pas le bout du monde ! Dans plusieurs grandes villes européennes, c'est pratiquement toute l'année que les commerces peuvent ouvrir. Si les adversaires du projet étaient cohérents avec eux-mêmes, ils demanderaient à ce que les 5 actuels dimanches possiblement travaillés n'y soient plus du tout autorisés.

2- Cette autorisation de travail dominical ne concerne que certaines zones touristiques, dont on comprend parfaitement que l'activité commerciale est surtout importante le dimanche.

3- Les mairies décideront ou non de cette ouverture des commerces le dimanche. Les élus locaux sont les mieux placés pour savoir si cette décision est favorable ou pas au dynamisme de leur ville. On peut compter sur eux.

4- Ce travail le dimanche sera strictement volontaire. Qu'on ne raconte pas que les salariés se sentiront obligés : c'est un argument fallacieux. On ne ferait rien du tout si on le suivait. La vérité, c'est qu'un droit est un droit : les salariés qui ne veulent pas travailler le dimanche ne travailleront pas le dimanche, point.

5- Le travail dominical ouvrira à des compensations, encore en discussion. Ce ne sera donc pas un travail comme dans la semaine.

Au nom du progrès social, certains veulent sanctuariser le dimanche, qui est vaqué depuis le moyen âge, qui considérait ce jour comme celui du Seigneur. Mais le progrès social n'est pas quelque chose de figé : drôle de gauche que celle qui est aveugle aux évolutions de la société ! Il n'y a que les chrétiens qui seraient légitimement en droit de se plaindre. Mais ils savent, à la lecture de l'Evangile, que la croyance est une affaire de foi, pas de loi.

lundi 8 décembre 2014

Redonner du sens aux choses



Les débats stupides sont nombreux. J'ai l'embarras du choix : la chapka du président, la morale à l'école, le burn out à l'Assemblée nationale. Mais j'ai préféré le plus stupide de toutes les débats stupides : la "guerre des crèches". J'ai écouté les arguments des deux parties adversaires : c'est consternant.

Les laïques s'inquiètent : ils estiment que la laïcité est "menacée". Par le petit Jésus dans le hall d'un supermarché ou d'une administration ? La laïcité est devenue bien faible de trembler pour si peu. Et puis, demandons-nous pourquoi autrefois, notamment à la grande époque de la laïcité conquérante, les crèches, beaucoup plus nombreuses dans une société beaucoup plus chrétienne, ne posaient aucun problème ? Enfin, les laïques rouspéteurs devraient s'interroger sur ce qu'est un signe religieux et le prosélytisme : une crèche est moins aujourd'hui un argument de foi qu'une tradition détachée de toute croyance métaphysique, sinon un élément purement décoratif.

La riposte des catholiques n'en est pas moins stupide (j'imagine le coup de gueule que pousserait Léon Bloy !). Défendre la crèche dans les lieux publics au nom de la tradition est certainement vrai, mais c'est le contraire de la foi, qui n'accepte pas que ses fêtes, dont la Nativité, soient réduites à des traditions, à une esthétique dépourvue de tout sens spirituel. La crèche ne fait pas plus la croyance que l'habit ne fait le moine. Est-ce que ces crèches exposées aux yeux de tous entraînent des conversions, ramènent dans le giron de l'Eglise les brebis perdues ? Je ne pense pas.

Dans cette querelle stupide, les chrétiens feraient bien de se prononcer en faveur du retrait des crèches de l'espace public, non pour des raisons laïques (elles ne tiennent pas, ne sont que faiblement juridiques), mais pour des raisons théologiques : la crèche devrait retrouver sa symbolique spirituelle et être réservée exclusivement à l'espace sacré des églises. Laisser les centres commerciaux ou les administrations récupérer à des fins profanes les personnages du christianisme, c'est une sorte de blasphème. D'autant que le résultat pastoral est nul, et même contre-productif. Dans la même veine, mais à rebours, les édifices religieux devraient être interdits aux touristes, dont la présence est une profanation, d'un point de vue chrétien, puisqu'elle transforme un temple en musée (à moins d'imposer un tarif d'entrée, dans certaines plages horaires).

Si Auchan installait une crèche, ce serait scandaleux, parce que la Nativité, qui invite à l'humilité, à la méditation et à l'adoration, n'a pas à être mêlée au matérialisme de la consommation de masse et à ses gaspillages. Quant à une crèche dans le hall d'un Conseil général, c'est aussi vide de sens que dans un cabinet dentaire ou sur un quai de gare. Les chrétiens et les laïques, dans leurs positions respectives, feraient bien de redonner du sens aux choses et d'éviter ce grand n'importe quoi qu'est devenu trop souvent notre débat public.

dimanche 7 décembre 2014

Tout simplement génial



Comment viennent les idées géniales ? On ne sait pas trop. Les années précédentes, le Salon du livre de Noël se tenait dans la petite salle au rez-de-chaussée de l'Hôtel de Ville. C'était très bien, mais très petit, donc pas très génial. L'idée de génie, c'est de l'installer dans le théâtre Jean-Vilar, d'utiliser la topographie du lieu pour exposer des bouquins, faire des dédicaces, raconter des contes (jusque dans les balcons !). L'idée de génie, c'est de combiner la découverte de la littérature et la visite du théâtre, que tous les Saint-Quentinois ne connaissent pas, parce que l'endroit demeure culturellement impressionnant.

A l'entrée, des musiciens mettaient l'ambiance (vignette 1, à droite Audrey Labruyère, directrice des services culturels). Au guichet, c'est Nao le petit robot qui accueillait, tout en grâce (vignette 2). Parmi les exposants : les sculptures en sucre d'Alain (vignette 3), les dessins d'Alex, du Courrier picard (vignette 4) et les sourires du service culturel (vignette 5). Génial !

Brassens, guitare et trompette



Hier après-midi, non loin de la tumultueuse place de l'Hôtel-de-Ville, à l'intérieur de la bibliothèque Guy-de-Maupassant, le public était là aussi en nombre, mais dans une ambiance plus calme, celle des chansons de Georges Brassens, d'abord à travers la conférence de Jean-Philippe Cayla-Faure (en vignette, au fond) et le récital à la guitare de Philippe Dubrulle et à la trompette de Xavier Besnard.

On n'est pas fatigués !



Les Saint-Quentinois, hier, n'étaient pas fatigués : les rues du centre-ville étaient noires de monde, par la conjonction de deux événements, le défilé du Téléthon et l'ouverture du village de Noël. Pas fatigués, et ils l'ont crié en reprenant la fameuse chanson, toutes celles et tous ceux qui sont passés devant les caméras de France 2 et de l'animatrice Tania Young (vignette 4).

Dalila a motivé le public pendant l'attente. Une mobylette, à force de pétarader, nous a fait le coup de la panne, vite réparée (vignette 2). Pour les autres, c'était entre Easy Rider et L'Equipée sauvage (sans Marlon Brando). Les Stimulants ont stimulé sans difficulté (vignette 1). Même pas la pluie ! Et s'il y avait malgré tout des parapluies, ce n'était pas ceux de Cherbourg mais de Saint-Jean (vignette 3). Pas fatigués, je vous dis.

Les plus applaudis ont sans doute été les basketteurs, tout en sombre. Le cordon de sécurité était assuré par les jeunes de l'EPIDE, qui, à la fin, se sont lâchés en rires et en danses. L'AICA (association islamique et culturelle de l'Aisne) vendait de délicieux gâteaux marocains. Contre l'islamophobie non plus, on n'est pas fatigués, et c'est tant mieux.

samedi 6 décembre 2014

Carte d'identité



A l'issue d'un grand débat collectif de plusieurs mois, qui a mobilisé les adhérents et les sympathisants socialistes, après le dépôt de plusieurs milliers de contributions, un texte a été élaboré, la Charte de l'identité socialiste, soumis à l'appréciation des militants. Le vote a eu lieu, dans la plupart des sections, le mercredi 03 décembre. Je regrette que cette réflexion collective, qui fait l'honneur de la politique et du parti socialiste, ait si peu fait parler d'elle, et que les résultats de la consultation aient soulevé assez peu de commentaires. Les sections ont du mal à faire connaitre leur travail, quand travail il y a. C'est vraiment dommage.

La participation s'est élevée à 32%, ce que je trouve stupéfiant. Les adhérents se préoccupent-ils si peu de leur parti, de son projet et de son identité pour qu'ils soient si peu à s'exprimer quand on leur donne la parole ? La vérité, c'est que beaucoup de socialistes ne le sont que de carte : leur entrée dans le parti a été suscitée par des jeux de courants et des enjeux de pouvoir. Ils ne sont pas là pour s'interroger sur le socialisme, mais pour aller voter quand on les siffle, afin de soutenir tel candidat, tel élu, tel courant. Quand c'est fini, ils retournent dans leur trou, jusqu'au prochain coup de sifflet. C'est déplorable. Il faudra bien qu'un jour ou l'autre le PS s'interroge sur les conditions d'adhésion au parti, qui relève plutôt actuellement de la cooptation instrumentalisée (ce qui explique que le PS ne soit hélas pas un parti de masse, à la différence des partis sociaux-démocrates européens).

La Charte de l'identité socialiste a été adoptée à 78%, ce qui est une bonne nouvelle, ce qui prouve que le parti est relativement homogène, regroupé autour des mêmes valeurs. Tout le parti ? Pas tout à fait. Les deux courants de l'aile gauche ont boudé le scrutin. Un Monde d'avance (Hamon, Emmanuelli) a demandé de ne pas participer ; Maintenant la gauche (Maurel, Lienemann, Filoche) a appelé à s'abstenir. Ce sont désormais des socialistes sans identité. Pour tous les autres, dont je suis, nous disposons d'un grand et beau texte qui expose notre philosophie politique, une référence pour (presque) tous les socialistes dans les combats à venir.

vendredi 5 décembre 2014

Les lumières de la ville



Aujourd'hui, à 17h30, toutes les décorations de Saint-Quentin se sont illuminées, dans les rues et sur le village de Noël, après que le maire ait appuyé sur le bouton, entouré par le conseil municipal (presque) au grand complet (vignette 1). Le manège n'était plus le seul à briller (vignette 2). La tour Eiffel se serait-elle installée place de l'Hôtel-de-Ville ? (vignette 3). Même la basilique a pris des couleurs (vignette 4, à droite le grand sapin).

5 millions et moi



5 millions de fonctionnaires étaient appelés aux urnes cette semaine, dans le cadre des élections professionnelles, qui ont lieu tous les trois ans. Les résultats définitifs ne sont pas encore connus. Dans l'Education nationale, c'est fait, grâce au vote électronique. C'est la première fois de ma vie que je votais par ordinateur. Il m'a fallu trois quarts d'heure pour comprendre la procédure, réessayer plusieurs fois et arriver à la bonne solution. Mais c'est moi qui ne suis pas très malin dans ce domaine-là. Il faut dire aussi que chez les enseignants, c'est très compliqué : de multiples listes et deux niveaux de vote, national et régional (académique).

Je m'en suis quand même bien sorti, et je reconnais que c'est beaucoup mieux que le vote papier (avec l'entraînement, je ferai mieux dans trois ans ... sauf que j'aurai tout oublié !). Le vote électronique, je suis favorable à sa généralisation, dans les scrutins internes, à une profession ou à un parti politique. La différence avec les fois précédentes, c'est que j'ai cliqué très vite, sans prendre soin de lire toutes les professions de foi et les noms des candidats (ce que je fais habituellement). De toute façon, mon choix était fait, depuis longtemps, depuis toujours : je vote à chaque fois pour le syndicat réformiste, l'UNSA.

Les résultats ont donné quoi ? D'abord, une participation lamentable : 41%. C'est quand même un problème que les personnels d'une profession ne prennent pas soin de désigner leurs représentants, alors que leur utilité est flagrante, que le choix est très large et que la procédure est facile (oublions mes trois quarts d'heure d'initiation). Dans toute élection, il y a un gagnant et un perdant. Là, le gagnant, c'est FO, qui passe de 10 à 13% et remporte un siège. FO, chez les profs, c'est un étrange mélange de conservatisme pédagogique et de protestation systématique, qui a ses charmes vénéneux, qui m'ont toujours fait horreur. Le perdant, c'est la FSU, qui baisse de 40 à 35% et perd un siège. La FSU, dans le monde de l'Education nationale, c'est le corporatisme tantôt éclairé, tantôt radical.

Ces deux syndicats ne me plaisent pas parce que leur action se limite souvent à des attitudes défensives et catégorielles. En revanche, le SE-UNSA et le SGEN-CFDT sont ouverts aux réformes et beaucoup plus soucieux de l'intérêt collectif. SNALC et SUD, je n'en parle même pas : ce sont les bordures extrêmes, à droite pour le premier, à gauche pour le second. Pas du tout mon genre !

Pour terminer, je voudrais dire, une fois de plus, un mot sur Thierry Lepaon, le leader de la CGT, injustement attaqué, dont le mandat pourrait bien lui être enlevé : si cela était, ce serait déplorable pour le syndicalisme, déjà mal en point. Les attaques contre le représentant du premier syndicat de France sont ignobles, infondées, injustifiées. On fait de la mousse avec de la bave de crapaud. Ma sympathie et mon soutien vont à l'ancien ouvrier soudeur, qui n'a nullement démérité. J'espère qu'il va se sortir de l'immonde traquenard.

jeudi 4 décembre 2014

Le monde sans pépé



Pas facile hier soir d'animer le débat autour du dernier film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, Near Death Experience, tellement la matière est riche, tellement il y a de choses à en dire. A la première projection, j'ai pris trois pages de notes bien serrées, preuve qu'il s'agit d'un bon film (parfois, pour d'autres, trois lignes, et c'est fini). A mes yeux, c'est un film parfaitement houellebecquien, non seulement parce que Michel Houellebecq en est l'acteur quasi principal, mais surtout parce que les thèmes sont ceux que l'écrivain exploite depuis une quinzaine d'années dans ses romans.

Le récit, c'est un type qui veut mettre fin à sa déprimante existence, qui redécouvre à cette occasion la nature sauvage, qui a du mal à passer à l'acte ... et je ne vous dis pas la suite, pour préserver la surprise. En filigrane à cette histoire, il y a toute une critique de l'homme contemporain : la société actuelle nous invite à être séducteur, sportif, bon conjoint, dynamique, drôle, toujours jeune, copain avec nos enfants, performant au travail et au lit, soucieux de notre santé, bref tout ce que le personnage incarné par Houellebecq déteste, tout ce que l'écrivain dans ses livres conteste, tout simplement parce que ce modèle d'homme moderne est impossible, anxiogène, déprimant, aliénant.

En contrepoint, Paul (le nom du héros) a la nostalgie de son grand-père, "pépé", qui, à 56 ans, était vieux, heureux de l'être, n'attendant plus que la retraite, sans grands désirs, vivant dans une forme de sagesse aujourd'hui oubliée. Dans "Les particules élémentaires", le roman qui l'a fait connaître, Michel Houellebecq nous parlait avec la même émotion de sa grand-mère, à une époque où il y avait encore des "mémés", qui travaillaient dur, faisaient leur devoir, prenaient la vie comme elle venait, acceptaient leur sort de "mémé" et ne songeaient pas à s'en plaindre (dans la même approche, il faut lire "Mémé", le témoignage de Philippe Torreton). Plus de mémés désormais : place aux "sexygénaires" et aux cougars, qui bossent, qui baisent et qui voyagent !

"Near Death Experience", c'est aussi la nostalgie de l'enfance, la nôtre, dont le souvenir nous rend à la fois heureux et mélancolique, le goût des joies simples (jouer aux petits coureurs cyclistes, au "je te tiens, tu me tiens par la barbichette ..."). "On reste ensemble à cause des enfants", pensent bien des couples : "on reste en vie à cause des enfants", dit Paul (Michel Houellecbecq). Mais il y a aussi la sensualité de l'instant, le plaisir à exister, quand Houellebecq hume, caresse, contemple, embrasse, désire sa dernière cigarette (qui ne sera pas consommée, faute de feu).

Contrairement à ce qu'a dit un spectateur, ce film qui met en scène un déprimé n'est absolument pas déprimant. La mort elle-même, qui justifie le titre du film, devient libératrice et douce, grâce à la découverte d'une divinité féminine d'un genre nouveau, du nom charmant d'endorphine, cousine de Morphée : avant de rejoindre définitivement le néant (Delépine et Kervern ne sont pas des spiritualistes), nous avons droit à deux minutes de bonheur, de relâchement orgasmique en prélude au sommeil éternel.

J'arrête là, je pourrais continuer longtemps à commenter ce film, qui est plein de trouvailles dans la mise en scène et dans les dialogues. Mais le mieux est d'aller le voir. C'est drôle, grave et déconcertant, on en sort avec beaucoup de questions et de nombreuses idées. C'est au cinéma de Saint-Quentin toute cette semaine.