vendredi 31 juillet 2015

Rebsamen pas possible



A plusieurs reprises, sur ce blog, j'ai exprimé mon mécontentement à l'égard de François Rebsamen, ministre gaffeur. C'est mon droit de citoyen, et mon devoir de socialiste. De ce François-là, j'aime surtout sa voix, grave et belle, son visage aussi, très marqué, un peu comme le vieux Gabin (mais j'aime aussi les visages lisses de poupon, à la Macron). A part ça, Rebs, comme on l'appelle entre socialistes, ça ne va pas du tout.

Certes, son ministère, le Travail, est l'un des plus exposés : quand on est le ministre d'un président qui a fait de l'emploi son cheval de bataille, on n'a pas droit à l'erreur. Bien sûr, Rebsamen n'est pas un mauvais type (aucun socialiste d'ailleurs n'est un mauvais type, sauf quelques cas rares), mais ministre, ce n'est visiblement pas son truc. Il a le costume mais pas l'étoffe. C'est une question de niveau.

Son gros problème, c'est surtout la communication. Dès qu'une caméra ou qu'un micro s'approchent, on sent venir la faille. Sous la IIIème République, François Rebsamen aurait fait un bon ministre, parce que c'est un bon gars, fidèle, appliqué. Aujourd'hui, dans la société de communication, où l'on meurt de ne pas ou de mal communiquer, Rebsamen est mort. Pas d'excuses : il est entièrement responsable. Personne ne l'a obligé d'être là où il est, et ses limites, il les connaît, parce que s'il est maladroit, il n'est pas non plus idiot.

Sa dernière gaffe date d'hier, et ce pourrait bien être la toute dernière, parce que pire qu'une faute, c'est une erreur politique. Quelques jours après le décès du maire de sa ville, il annonce qu'il va être candidat au poste qu'il a longtemps occupé, avant d'être ministre. Patatras ! François Hollande a dit et répété, de nombreuses fois, sur tous les tons, que le cumul des mandats était autant son adversaire que le chômage. Etre ministre et maire d'une grande ville, non, non et non ! Quand on a la charge de cinq millions de chômeurs et d'une multitude de précaires, on ne se consacre pas à la gestion de la ville de Dijon.

Rebsamen sait qu'il ne peut pas, que ça ne va pas, qu'Hollande ne veut pas ... et il le fait quand même ! Comment appelez-vous ça ? Rebsamen sait que les médias vont lui tomber dessus, que l'opinion publique, qui déteste le cumul des mandats, ne lui pardonnera pas ... mais il fonce tout droit dans le mur, au risque de perdre son portefeuille, de pousser le Premier ministre à un mini-remaniement, tout ça pour avoir Dijon comme consolation. A entendre ça, la moutarde vous monte au nez (oui, je sais, celle-là est un peu facile, mais ce sont les vacances, je me relâche).

Le cas Rebsamen pose une question plus générale, l'une des plus délicates qui soit en politique : où est-on à la bonne place ? A quel moment atteint-on son niveau d'incompétence ? C'est le problème de la compétence en démocratie, où n'importe quel citoyen est censé pouvoir assumer un mandat, exercer une charge élective. C'est un principe républicain, mais ce n'est pas la réalité de la vie : aucun d'entre nous n'est bon à n'importe quoi. Il y a forcément des qualités que nous avons et d'autres que nous n'avons pas. L'art de la politique consiste à mettre the right man at the right place. Les erreurs de casting font les mauvais films.

Autre problème : la rétribution des fidèles. La politique exige d'avoir des soutiens, qui sont rarement gratuits, désintéressés, surtout à un haut niveau. Celui qui suit ne le fait pas pour rien : il attend un retour sur investissement. Le militant au cœur pur et aux mains blanches, c'est une figure de légende. De quelqu'un qui est en politique ou dans ses parages, il faut toujours se demander ce qu'il fait là, ce qu'il recherche, ce qu'il attend. Le leader est forcément sollicité, les espoirs qu'il suscite autour de lui restent souvent silencieux, mais réels. Le pire pour lui, c'est de se montrer ingrat. Un espoir non satisfait, c'est pire qu'un amour déçu. Quand on est dans les cuisines, il faut donner à manger : en politique, tout le monde a faim, et beaucoup sont boulimiques. Un leader est toujours redevable, tout chef qu'il est.

François Rebsamen est un grognard de l'Hollandie, un fidèle parmi les fidèles, un des tout premiers soutiens, un bon copain. Pas facile de ne pas récompenser celui qui n'aurait pourtant pas démérité à rester premier magistrat de la ville de Dijon, belle et grande cité de Bourgogne. Mais, en politique, on veut toujours plus, même ce dont on n'est pas capable. Avoir une place quelque part, n'importe où, la plus haute possible. Qu'est-ce que le chef peut répondre à ça ? Si c'est non, autant se couper un bras, le droit, celui du bon lieutenant ... François Rebsamen était à la fois condamné à entrer au gouvernement et condamné à le quitter. C'est maintenant. Mais on connaît plus grave condamnation dans la vie, même pour un homme politique. Rebs peut redevenir roi de Dijon, la belle digue digue, la belle digue don, ce qui n'est pas mal non plus.

Venez comme vous êtes



Ce n'est pas le plus beau tag de Saint-Quentin, mais il mérite quand même le coup d'œil, et surtout une photo. J'aime beaucoup ce vert au milieu de la verdure. Il n'est pas non plus très facilement visible, mais si vous avez faim, vous le verrez beaucoup mieux (indice). Deuxième indice, dans le titre du billet. Avec ça, vous devriez trouver.

jeudi 30 juillet 2015

Obligation de résultats



Il y a deux jours, François Hollande a répété ce à quoi il s'est engagé dès le début de son mandat : il ne se représentera pas s'il échoue à faire reculer le chômage, de façon significative et durable. Voilà une attitude honorable, sur laquelle il n'y a rien à redire, qu'on soit de droite ou de gauche. On peut contester la politique de Hollande, on ne peut pas contester l'obligation de résultats qu'il s'impose à lui-même.

C'est du moins ce que je pensais, ce qui me semblait évident jusqu'à hier matin, où Xavier Bertrand, sur BFMTV, a durement critiqué sur ce point le président de la République, et encore ce matin Benoît Apparu, sur France-Inter, une critique tout aussi sévère, allant dans le même sens. J'ai noté leurs arguments, j'y ai réfléchi, les voici, et ma réponse :

François Hollande, en liant une éventuelle candidature à la réussite de sa politique de l'emploi, ne penserait qu'à lui-même, qu'à son destin, alors que les Français demandent à ce qu'on s'occupe de leurs problèmes. Un chef de l'Etat n'aurait pas à évoquer sa possible réélection, ne devant travailler que pour l'instant présent, sans autre préoccupation. On ne fait pas de la politique pour être candidat. Voilà, en substance, le point de vue de Xavier Bertrand et Benoît Apparu. Comme quoi tout comportement politique, même celui qu'on pense être le plus honorable, peut susciter la critique. Mais celle-ci est-elle tenable ? Je ne crois pas. Voilà pourquoi :

D'abord, en disant qu'il ne se représentera pas en cas d'échec, François Hollande fait acte de sincérité. Il pourrait cacher sa pensée, tergiverser, dire le contraire de ce qu'il a en tête, comme un cynisme de base, un machiavélisme élémentaire peuvent le recommander : il n'est pas dans cette perspective-là, et ça me plaît. J'ai toujours préféré en politique le "parler vrai", pour reprendre l'expression de Michel Rocard. On peut ne pas être d'accord avec la règle que François Hollande s'impose à lui-même, mais on peut lui reconnaître ne pas mentir à ce sujet (sauf à considérer que le mensonge serait une vertu en politique).

Ensuite, François Hollande fait acte d'honnêteté. Il s'est fait élire essentiellement en vue de faire reculer le chômage. S'il ne réussit pas, il est normal qu'il renonce à un second mandat. Plus que de l'honnêteté, c'est même de la logique : ce qu'on ne réussit pas en cinq ans, on ne le réussira pas mieux en dix ans. Ce faisant, Hollande ne se préoccupe-t-il que de son avenir ? Pas du tout, sinon il ne dirait rien, ne s'engagerait pas sur un point aussi sensible, laisserait planer le doute. Par sa promesse, le chef d'Etat prend des risques énormes. Ses adversaires sauront lui rappeler, le moment venu, son engagement. Un homme soucieux de préserver son avenir politique, de rester à la place éminente qui est la sienne, n'agirait absolument pas ainsi.

Pourquoi alors Xavier Bertrand et Benoît Apparu ne partagent-ils pas mes arguments raisonnables et incontestables ? D'abord pour une raison triviale : ils sont de droite et je suis de gauche. L'un et l'autre sont fidèles, malgré eux, à la formule mitterrandienne (à laquelle je n'adhère pas) : toute opposition doit être inconditionnelle. Il ne faut rien céder à l'adversaire.

Surtout, je vois une autre raison à leur réaction hostile à ce qui semble d'un honnête bon sens : la prise de position de François Hollande est inédite, en contradiction avec toute notre culture politique nationale, de droite ou de gauche. On n'a jamais vu un homme politique renoncer à se présenter parce qu'il n'avait pas atteint ses objectifs, quels qu'ils soient. Hollande introduit un principe nouveau en politique, qui n'existe aujourd'hui que dans le monde professionnel : l'obligation de résultats.

La politique est sans doute la seule activité sociale qui ne se soumet à aucune obligation de résultats : on peut s'y tromper, s'y renier, prendre des décisions désastreuses, aboutir à des conséquences catastrophiques, adopter un comportement éthique contestable et cependant ne se sentir nullement pénalisé par autant de points négatifs, ne penser avoir aucune responsabilité dans les effets d'une politique qui est pourtant la vôtre. C'est assez étonnant, c'est évidemment contre-productif.

En politique, un incompétent faisant la preuve de son incompétence ne se posera aucun problème de conscience. Au contraire, il tirera quelque fierté à échouer tout en se maintenant au pouvoir. La politique est peut-être la seule activité au monde où persévérer dans l'erreur est considéré comme une forme d'habilité, de courage, de ténacité. La valeur d'un homme ne s'y mesure pas à ce qu'il fait de bien, mais à sa capacité à se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible. C'est avec cette tradition non écrite que François Hollande a décidé de rompre.

L'absence d'obligation de résultats en politique n'est pas le fruit du laxisme, de la facilité ou d'une quelconque malfaisance : non, c'est la conséquence de la démocratie ! Un élu considère, à juste titre, qu'il n'a à être jugé que par ses électeurs, et pas par ses résultats. Qu'il n'a de comptes à rendre qu'au suffrage universel. De fait, il n'est pas rare de voir des élus incapables et corrompus se faire réélire ou de mauvais candidats se présenter. A l'inverse, un bon bilan n'est pas un gage de réussite. L'exemple le plus spectaculaire est celui de Winston Churchill : il gagne la guerre ... et se fait battre, juste après, aux élections législatives !

Je ne conteste pas que la souveraineté populaire soit le seul juge, l'unique arbitre en démocratie. C'est bien l'élection et l'électeur qui ont le dernier mot. François Hollande pourrait fort bien, en toute légalité et légitimité, se représenter en 2017, alors que le chômage n'aurait pas baissé : ce sera au peuple, de toute façon, à se prononcer. Mais je trouve positif, exemplaire qu'il adopte pour lui-même cette obligation de résultats, avant toute expression de la "volonté générale", comme la nommait Jean-Jacques Rousseau.

Les faits sont les faits, un engagement est un engagement : il n'y a pas à continuer une politique qui n'aurait pas donné de résultats conséquents. A une époque où la classe politique est très décriée, souvent injustement, le principe d'obligation de résultats, qui doit rester bien sûr une règle éthique individuelle, pas une norme institutionnelle, me semble d'une grande utilité, et c'est peut-être ce sur quoi pourraient s'accorder Xavier Bertrand et Benoît Apparu.

On dit souvent qu'on ne se fait pas élire sur un bilan, mais sur un projet, que la politique n'a pas d'obligation à l'égard du passé, mais de l'avenir. Oui, bien sûr, le peuple attend un projet sur lequel se prononcer. Mais, au préalable, l'examen du bilan me semble indispensable. Et quand l'élu du peuple fait son propre examen là-dessus, avant que ne se prononce le peuple, je trouve ça très bien.

Machin, machine



Non, ce n'est pas la machine infernale, ni la machine à remonter le temps. Mais je vous demande quelle est sa fonction. Cette machine est très visible, en un certain endroit de notre ville, à condition d'y entrer, ce qui nous arrive, entre amis, pour discuter, se délasser ... et admirer la fameuse machine, impressionnante et belle.

mercredi 29 juillet 2015

Où va Michel Onfray ?



Comme chaque été, j'écoute sur France-Culture les conférences de Michel Onfray, dans lesquelles, depuis 13 ans, il nous présente une contre-histoire de la philosophie (à 11h00, puis rediffusion à 19h00). D'année en année, je me désole de l'évolution du philosophe, dont on se demande avec inquiétude jusqu'où elle va le mener.

Cette année, Michel Onfray s'est trouvé un nouvel adversaire, puisque qu'il pense essentiellement contre, par dénonciation systématique et virulente : le gauchisme culturel (sic), l'héritage de Mai 68. Pourquoi pas, me direz-vous ? Oui, mais pas de cette façon-là. Car c'est d'abord la méthode d'Onfray qui me déplaît : elle n'est guère philosophique, elle ne construit ni ne déconstruit aucun concept, elle s'inscrit plutôt dans une histoire critique des idées, pas dans une véritable pensée argumentée.

Bien sûr, il a délibérément choisi l'angle de la contre-histoire. Mais ça ne dispense pas de règles rigoureuses, absentes de ses deux premières conférences. L'intitulé même de "gauchisme culturel" est polémique, peu scientifique. Onfray amalgame des penseurs très différents. Surtout, il les fait parler, sélectionne leurs propos, plus qu'il n'essaie de comprendre et de nous expliquer leurs pensées. Quand il entre dans leur vie privée, la démarche devient franchement scandaleuse : le postulat qu'une existence éclaire une philosophie a bon dos.

Enfin, les approximations sont nombreuses, sans compter celles qu'on ne repère pas, tant les références foisonnent. Lors de la séance d'hier, sur l'université de Vincennes (à quoi j'aurai pu consacrer tout mon billet, puisque j'y ai étudié pendant une année), Onfray, pour souligner le mal qu'il pense de cette expérience "gauchiste", a cité la mésaventure arrivée au grand intellectuel Paul Ricoeur, que des contestataires avaient coiffé d'une poubelle : sauf que cette stupide provocation a eu lieu à Nanterre, pas à Vincennes.

Michel Onfray prend régulièrement soin, durant ses interventions, de rappeler que sa perspective n'est pas réactionnaire, qu'il ne s'inspire pas de ce point de vue-là. Sauf que la conférence d'hier s'intitulait "Le cheval de Vincennes", en référence à la ministre des Universités, la giscardienne Alice Saunier-Séité, qui détestait Vincennes et prétendait que même un cheval pouvait s'y voir délivrer un diplôme. Voilà la référence dont s'autorise Michel Onfray pour intituler, ce qui n'est pas rien, sa conférence. Et je pourrais continuer ainsi, à travers beaucoup d'exemples, qui prouvent que le philosophe n'est plus dans une trajectoire philosophique, mais politique et polémique. Pourquoi pas d'ailleurs, ça n'enlève rien à l'intérêt du propos, aussi discutable soit-il : mais autant annoncer la couleur.

La thèse d'Onfray est simple : Mai 68 a produit une culture nihiliste, violente, transgressive, sectaire, qui sévit jusqu'à nos jours et rend compte de bien des malheurs dont souffre notre société, déclin de l'école, montée de la pédophilie, oubli du peuple (entre autres). Cette thèse peut se défendre, comme n'importe quelle thèse. En ce qui me concerne, je n'y adhère pas du tout, je crois au contraire que Mai 68 représente un "soulèvement de la vie", pour reprendre l'expression du philosophe et écrivain Maurice Clavel. Je pense que l'apport de Mai 68 est essentiellement positif, en changeant les rapports entre les gens. Onfray n'est pas d'accord, soit : mais qu'est-ce qui le distingue, dans cette condamnation de Mai 68, d'un homme de droite ? Absolument rien. Il reprend une critique très ancienne, aussi vieille que l'événement, que les penseurs de droite ont mené aussi bien que lui. Etrangement, l'athée Onfray rejoint le pape Jean-Paul II, lorsque celui-ci qualifiait de "culture de mort" la société contemporaine.

Le pire, c'est lorsque Michel Onfray accuse le "gauchisme culturel" de ces années-là d'avoir fait le lit du Front national d'aujourd'hui. C'est idiot et odieux. Toutes les valeurs de Mai 68, sans exception, sont en opposition complète avec la culture nationaliste, autoritaire et xénophobe de l'extrême droite. Par quelle perversion de l'esprit, par quelle bassesse de la pensée, par quel raisonnement retors peut-on affirmer que la montée de l'extrême droite politique serait causée par l'extrême gauche culturelle ? C'est un attrape-gogos bien dans l'air vicié du temps ...

Où va Michel Onfray ? C'est clair et net : vers une pensée réactionnaire et populiste, bien en peine de trouver à gauche de quoi se justifier, même si le philosophe tient encore confusément à cette référence. Réactionnaire, parce qu'elle pratique le discrédit, le rejet d'une culture de gauche, progressiste, révolutionnaire, soixante-huitarde. Populiste, parce que le seul apport positif d'Onfray est de se tourner vers "le peuple", de se référer à lui (sans aucune conceptualisation de la notion), d'en faire une vertu en soi, qu'il oppose au mal en soi, "les élites". On reconnaît là une dialectique aujourd'hui très répandue, un préjugé bien peu philosophique, qui explique que Michel Onfray fasse régulièrement la une des magazines, comme récemment du Point. Son populisme n'a donc qu'un rapport lointain avec le peuple : c'est une arme de guerre qu'on retrouve au cœur de toutes les pensées réactionnaires contemporaines.

Il ne faut pas s'étonner que Michel Onfray trouve une large audience dans toute une partie de la population, que ses ouvrages y rencontrent le succès : il épouse son époque, surfe sur le mécontentement généralisé, cultive le désenchantement ambiant, lui donne des justifications, détruit les valeurs les plus sûres, porte le soupçon sur les maîtres à penser les mieux respectés. Il a le droit de jubiler à ce jeu de massacre, j'ai le droit de m'en inquiéter.

Notre-Dame-de-Saint-Quentin



C'est à s'y tromper : on se croirait à Lourdes, devant la fameuse grotte, mais nous sommes bien chez nous, à Saint-Quentin. Mais où ? Je n'ai pas eu d'apparition, ni de révélation, mais il m'a fallu faire une petite acrobatie pour prendre la photo, le site étant clos par une grille. Comme d'ailleurs, du temps de Bernadette Soubirous, les environs de la grotte avaient été fermés d'accès, à cause de la foule, qui frisait l'émeute. Quelle époque et quelle histoire ! Aujourd'hui, les seules émeutes populaires qu'on connaisse dans notre pays, c'est au moment de l'ouverture des soldes dans les grands magasins. Je ne sais pas si c'est un progrès ...

mardi 28 juillet 2015

Le scotch du capitaine Haddock



Non, ce n'est pas la fameuse boisson dont le personnage de Hergé raffole et abuse, mais le sparadrap dont il n'arrive pas à se débarrasser dans "L'affaire Tournesol", et qui me semble une parfaite métaphore de ce que vit aujourd'hui le Front national : Jean-Marie Le Pen, c'est le bâton merdeux qui lui colle au cul et qui pourrait bien lui porter la poisse. La fille essaie de jeter ce relais par dessus bord, mais n'y parvient pas. A force, il va devenir bâton de dynamite.

Le plus drôle dans cette histoire, c'est que c'est la justice qui règle une lamentable dispute de famille. Ce que j'en retiens, c'est qu'en politique, "on ne peut rien contre la volonté d'un homme", comme disait souvent François Mitterrand, qui en savait quelque chose. Même la mort ne règle pas le problème : quelqu'un s'efface, un autre le remplace. L'esprit de vengeance ne disparaît pas biologiquement : c'est un legs qui trouve toujours des héritiers. Jean-Marie Le Pen est bien parti pour faire chier le Front, en long, en large et en travers pendant longtemps.

Je retiens aussi, du feuilleton nauséabond, que la politique, contrairement à ce qu'on croit souvent, n'est pas une question de rapport de forces, mais de situation de pouvoir. Le vieux Le Pen est quasiment seul contre tous ; mais là où il est, pour l'instant, on ne peut pas le déloger. Lui, en revanche, est bien placé pour les dégommer. La politique est aussi un art de sniper. Quand le tueur vise son propre camp, ça peut faire très mal. Il ne gagne rien pour lui, dans sa casemate, mais représente une terrible capacité de nuisance pour les siens.

Au passage, nous voyons bien, une fois de plus, combien le Front national n'est pas une organisation républicaine. Imagine-t-on une démocratie de papier, puisque le FN a conçu un congrès par voie postale ? C'est une étrange politique par correspondance ... Tout ça ne m'amuse pas plus que ça, parce que je sais aussi que les divisions à l'intérieur de l'extrême droite font partie de ce courant et qu'elles n'auront aucune conséquence, hélas, sur les élections régionales.

L'électeur FN, on ne le répètera jamais assez, veut mettre les étrangers dehors ou leur couper toute aide sociale, en même temps qu'il souhaite un policier à chaque coin de rue et un Etat autoritaire pour régler ses problèmes ; il se moque des embrouilles entre Jean-Marie et Marine, ça ne le dérange pas plus que ça. En 2000, Bruno Mégret quittait le Front avec la moitié des cadres du parti. Deux ans après, Le Pen se qualifiait au second tour des présidentielles et Mégret n'était plus rien. N'oublions pas.

Au milieu coule une rivière



Oh, je le reconnais bien volontiers : elle n'est pas très belle, cette immense fresque murale, sans doute la plus vaste de Saint-Quentin. Le temps est passé sur elle, et les intempéries, puisque rien ne la protège. Ses couleurs sont délavées, les dessins sont légèrement effacés. Il y a un trou noir à la place de son soleil, et des grosses taches sur une verdure un peu sale. On ne remarque plus très bien ce qu'elle représente. Mais nous ne vivons pas que de chefs-d'oeuvre ! Et puis, je suis sensible à son charme bucolique : un beau panorama de campagne, des champs, des arbres, des fleurs, une rivière, un pont, un chemin, une voiture à cheval, une petite maison (dans la prairie) ... L'imagination fait le reste, là où la création fait défaut. Dites-moi où nous pouvons, humblement mais sûrement, la contempler.

lundi 27 juillet 2015

En noir et blanc



Toutes les photos-mystères de la semaine passée ont été identifiées, sauf le tag de mardi dernier. Je vous donne donc la bonne réponse : le petit parking au 113, rue de la Chaussée Romaine, près du cabinet médical.

Aujourd'hui, ces deux grandes photos à l'ancienne encadrent une porte qui ne peut pas être celle d'un particulier. Elles sont vues par de nombreux automobilistes, puisque la circulation est dense à cette endroit. Mais ce qui est le plus visible n'est pas forcément vu. Même au volant, il nous arrive d'être rendu aveugle par la routine.

dimanche 26 juillet 2015

J'écris ton nom, ma région



La nouvelle grande région qui inclut les deux anciennes, le Nord et la Picardie, pour laquelle nous allons voter en décembre prochain, il va bien falloir lui donner un nom. Malin, Xavier Bertrand, tête de liste de la droite, a lancé un référendum sur cette question. Les réponses sont bien sûr libres, mais 5 premières suggestions sont avancées :

1- Nord-Pas-de-Calais-Picardie : c'est l'appellation actuelle, provisoire. Mais on sait qu'il y a du provisoire qui dure. Alors, pourquoi pas cette première solution, administrative, qui est celle qui vient spontanément à l'esprit ? Non, d'abord parce que c'est longuet ; mais surtout, ce nom introduit une inégalité de traitement entre les deux ex-régions : de l'une, on cite les deux départements, de l'autre, on se contente du terme générique de la région. Si on veut être juste et cohérent, il faudrait appeler la nouvelle région, dans cette logique départementale : Nord-Pas-de-Calais-Somme-Oise-Aisne. Mais là, pour le coup, c'est vraiment trop, trop long. Et puis, l'ordre des cinq départements serait à discuter et à justifier. Je laisse.

2- Flandres-Artois-Picardie : c'est la solution historico-culturelle. C'est joli, peut-être trop, un peu ronflant, compliqué, pas évident à retenir quand on n'est ni de Flandres, ni d'Artois, ni de Picardie. J'écarte.

3- Nord-de-France : là, c'est simple à retenir, facilement compréhensible, évident jusqu'à être simpliste. Vous croyez que les régions du midi vont chercher à s'appeler "Sud-de-France" ? Non, je ne pense pas. J'abandonne.

4- Hauts-de-France : c'est un peu plus élaboré, c'est en même temps parlant, il est fait mention de notre pays, ce n'est pas si mal. Mais "Hauts-de-France" fait penser à "Hauts-de-Seine" : on réduit la grande région à un petit département. Je ne retiens pas.

5- France-du-Nord : c'est le n°3 inversé et ce sont les mêmes critiques qu'on peut faire à cette appellation, qui est pauvre en identité, qui manque d'originalité, comme lorsqu'on parle de la "région Centre". Je ne garde pas.

Xavier Bertrand fait 5 propositions ; j'en mets 6 nouvelles sur la table :

6- Nord-Picardie : je contourne ainsi le défaut de la proposition n°1, j'associe à égalité les deux anciennes régions pour en faire une nouvelle. Mais le nom n'est pas non plus folichon.

7- Terres-du-Nord : ah, j'aime bien, ma trouvaille me plaît (c'est déjà ça !). Il y a une petite pointe poétique, un léger souffle littéraire dans ce nom, une forme de fierté à le prononcer. Mais ça renvoie trop à la dimension agricole.

8- Grand Nord : la notion de grandeur est positive, pour une région qui a bien besoin de relever la tête. Mais l'expression fait canadienne. On a froid rien qu'en la prononçant, et ça, ça ne va pas.

9- Chti-Picardie : c'est la prime à l'humour, nous aurions sûrement le titre le plus amusant de France. Mais la politique, qui compte pourtant pas mal de rigolos, ne prête pas à l'humour, même pour désigner une région.

10- Septentrion : je suis content de moi d'avoir trouvé ça, parce que je suis certain que personne d'autre ne va le proposer. C'est savant, original, tellement savant et original que je vous laisse en chercher l'origine et le sens. Mais ma géniale idée a hélas sa limite : on ne pense pas à un nom de région, mais de secte, ce qui est fâcheux.

11- Val d'Europe : c'est la possibilité la plus inattendue, la plus surprenante, donc très discutable, dont on voit quand même l'intention. Notre nouvelle région sera à la croisée des grandes voies européennes. Or, à mes yeux, l'Europe, c'est notre creuset, notre avenir. Le nom de la nouvelle région ne doit pas se référer au passé, mais au futur. Et cette pauvre région, la plus pauvre de France, en a bien besoin ! Les ressources nouvelles qui pourront contribuer à son redressement sont à l'extérieur d'elle-même. Elle doit voir grand, elle doit voir large, elle doit dépasser le cadre national, elle doit s'ouvrir sur l'Europe, elle doit anticiper une prochaine et sans doute lointaine organisation fédérale de notre continent.

Oui, Val d'Europe, cette fois, je retiens, ça me convient, parce que c'est la proposition la plus politique, la plus audacieuse, la plus enthousiasmante ... et la plus polémique. Adieu Picardie, adieu Nord-Pas-de-Calais, sans regrets. Vive le Val d'Europe, notre petite patrie, notre nouvelle grande région, la plus européenne des régions françaises, et qui le proclame dans son nom !

Le charme d'une ville



Ce motif de sculpture me plaît parce qu'il est dans une petite rue où nous ne passons guère, alors qu'à quelques dizaines de mètres, le quartier est le plus fréquenté de la ville. Il me plaît aussi par la conjonction qu'il opère entre l'arrondi de la porte cochère et de la fenêtre supérieure (qui, à plat, me fait penser à un bassin d'eau, dont la surface reflète le ciel). Ce n'est pas du grand art non plus, mais c'est justement ce qui me plaît : ces détails qui font le charme d'une ville et qui méritent le coup d'œil. Vous voudrez bien honorer celui-ci en le localisant.

samedi 25 juillet 2015

Où est la "manif pour tous" ?



La justice a autorisé l'arrêt des soins pour Vincent Lambert, qui entraînerait son décès. L'hôpital de Reims a décidé de repousser la décision. La famille continue à se déchirer. Les uns et les autres affichent sur leurs tee-shirts les points de vue opposés pour lesquels ils militent. Les catholiques intégristes, hostiles à l'euthanasie, sont en pointe dans ce combat, très médiatique.

Je ne reviens pas sur le fond de cette dramatique affaire, auquel j'ai déjà consacré quelques billets. Mais c'est sa réception dans l'opinion qui m'intéresse : autour de cette terrible polémique, il n'y a aucun mouvement d'opinion, aucune protestation massive, dans un sens ou dans un autre. C'est assez surprenant, que sur un sujet aussi sensible, concernant de près nos concitoyens, pas de réaction significative ne se manifeste, pas de mobilisation ne s'organise dans l'opinion publique.

Le contraste est saisissant avec le mariage homosexuel, où d'impressionnants et multiples défilés avaient exprimé leur opposition radicale. Pourtant, l'euthanasie est une question de société tout aussi controversée, et même beaucoup plus : il n'est pas question d'amour, mais de souffrance et de mort. Normalement, le débat devrait être plus vif : mais non, il est quasiment inexistant, en dehors des milieux depuis longtemps engagés.

Le rejet du mariage pour tous avait été expliqué, chez les observateurs, par la résistance d'une France catholique et réactionnaire, dont le nombre, la jeunesse et le dynamisme avaient surpris. Le démographe Emmanuel Todd parlait de "catholicisme zombi", sorte de refoulé chrétien, surgissant à l'occasion de thèmes en quelque sorte répulsifs pour les croyants. Je ne suis pas du tout convaincu par cette interprétation, et mon scepticisme est confirmé par l'atonie de ce même mouvement devant l'affaire Vincent Lambert. Logiquement, les protagonistes de la Manif pour tous devraient redescendre dans la rue avec leurs gros bataillons, si c'est l'inspiration chrétienne qui les motivait, puisque la foi interdit tout autant de mettre fin à une vie qu'elle juge sacrée que marier des personnes du même sexe. Mais non, la rue reste vide, les catholiques intégristes, tellement actifs contre le mariage homosexuel, ne sont pas suivis dans leur refus tout aussi violent de l'euthanasie.

Mon explication, c'est que les anti-mariage homo n'ont jamais été foncièrement motivés par des arguments religieux. Ils se sont lancés dans la défense de la famille, valeur principale de la société actuelle, qu'ils ont cru menacé par le mariage de même sexe. Il y a même eu une surenchère autour de la famille, puisque au-delà du droit, le mariage pour tous refondait la famille, en l'élargissant. GPA et PMA procèdent aussi de cette obsession familiale, ce besoin d'enfant, ce souci de filiation. J'ai toujours pensé que pro et anti étaient moins en opposition qu'en concurrence. LGBT et cathos tradi, même combat pour la famille, mais pas la même ! Rien de particulièrement chrétien dans tout ça, d'autant que l'Eglise est une organisation de célibataires, dont l'idéal de vie, au Royaume des cieux, dissout les liens familiaux.

Pas étonnant alors que l'euthanasie ne suscite aucun mouvement d'opinion, n'émeuve presque personne dans les milieux qui devraient se lever contre elle. La société contemporaine célèbre la famille, mais elle défend aussi la liberté individuelle, elle a horreur de la souffrance, elle aspire au confort jusque dans les derniers instants de la vie. C'est pourquoi l'euthanasie ne verra jamais beaucoup de monde descendre dans la rue pour la contester. Cette acceptation tacite justifie-t-elle pour autant le procédé ? Je pense que non, mais c'est un autre débat.

On a perdu bébé



Ce charmant poupon tout rose s'affiche en pleine rue de Saint-Quentin. Que fait-il là ? D'où vient-il ? Et surtout, où sommes-nous ? Mon reflet sur le tableau vous donne une petite idée de sa dimension.

vendredi 24 juillet 2015

Saint-Quentin en capital



Saint-Quentin ne sera pas la capitale de la grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, même si son maire en devient le président. Mais toute ville est la capitale de quelque chose : Montélimar, par exemple, est la capitale du nougat. Los Angeles, pour aller voir ailleurs, est la capitale du cinéma. Mais notre ville, de quoi pourrait-elle être la capitale ? Le magazine gratuit St-Quentin Mag l'annonce dans l'édition de cette semaine : "la capitale mondiale de l'Art déco" ! Qu'est-ce qui justifie ce titre prestigieux ? L'organisation d'une exposition exceptionnelle, en fin d'année ou début 2016, dans le bâtiment des anciennes Nouvelles Galeries (actuellement Monoprix).

Je m'en réjouis, sans être totalement satisfait. En fin 2013, alors que j'étais candidat pour la tête de liste socialiste aux élections municipales, j'avais proposé que Saint-Quentin renforce et même institue beaucoup plus ce qui fait son identité, son rayonnement national et international : l'Art déco. Bien sûr, il existe des visites organisées par l'Office du tourisme, dédiées à ce thème : c'est bien le moins, mais c'est très en deca de ce qu'on pourrait imaginer, dans une ville possédant un très trésor architectural et pictural.

C'est pourquoi j'avais fait une suggestion assez audacieuse, soucieux également de l'animation de la grande place, trop souvent vide, de l'Hôtel-de-Ville : la construction d'un centre culturel, d'exposition, de documentation et de recherche sur l'Art déco ... au beau milieu de la place, là où était autrefois le monument de 1557, aujourd'hui sur une autre place, du 8 Octobre. Je n'ai finalement pas été désigné tête de liste : mon concurrent, Michel Garand, a milité pour une autre idée, l'ouverture de la place aux véhicules légers.

Une exposition sur l'Art déco, c'est donc très bien. Mais je la prends comme un commencement. Car il manque toujours à Saint-Quentin une structure permanente et importante consacrée à ce sujet. Le Village des métiers d'antan s'est installé : très bien. La Cité de la Prévention est programmée : pourquoi pas, même si, personnellement, je n'aurais pas fait ce choix. Mais si notre ville veut jouir entièrement du titre de "capitale mondiale de l'Art déco", il lui faut un établissement pérenne exclusivement voué à ce genre.

C'était le temps des fleurs



Pour le tag "professionnel" de ce matin, qui est un peu défraichi, il n'y a pas de lien direct, contrairement aux tags précédents, entre le motif peint sur le rideau métallique et l'activité concernée. Il y a tout de même un rapport, mais ténu et difficile à trouver.

Un indice : le commerce a fermé, mais le décor est resté. Regardez bien le dessin, ses figures, ses couleurs : ils sont censés traduire une époque, une décennie chère à mon cœur, qui a donné son nom à l'établissement en question.

Avec tout ça, les Saint-Quentinois parmi vous les plus anciens et les plus attentifs auront la bonne réponse.

jeudi 23 juillet 2015

Le Front de gauche s'affiche aussi



Nos hommes politiques ne partiront pas en vacances, les candidats aux élections régionales encore moins. Nous allons probablement les voir sillonner, pour la plupart, les manifestations locales durant cet été. Les militants resteront l'arme au pied, c'est-à-dire le tract et le seau de colle à la main. La présence, il n'y a que ça de vrai en politique ! D'autant que nos concitoyens sont plus réceptifs pendant l'été, débarrassés temporairement des soucis de l'année.

Des élections placées en décembre, comme le prochain scrutin régional, ça ne s'est jamais vu, sauf une fois, au début de la Vème République. Présent, pas présent sur le terrain, ce sera déjà une première estimation de la motivation et de la mobilisation des uns et des autres, souvent meilleure anticipation des résultats qu'un savant sondage.

Hier, nous avons vu que le Parti socialiste et les Républicains avaient "collé" dans Saint-Quentin, comme on dit dans le jargon. Aujourd'hui, c'est une affiche du PCF-Front de gauche (en vignette) qui a retenu mon attention. Je dis bien UNE, parce que je n'en ai pas vu d'autres (mais je n'ai pas non plus inspecté tous les panneaux d'affichage de la ville).

Pour l'anecdote, cette affiche repérée place de la Liberté, non loin du cinéma, se trouve dans un endroit où nous pouvons régulièrement voir des affiches du Front de gauche. J'en déduis qu'un militant doit habiter à côté (pas si anecdotique que ça : le collage, sa fréquence, son degré de recouvrement de la ville sont aussi des signes de puissance ou de faiblesse politiques).

L'affiche en elle-même est assez surprenante : de loin, on dirait plutôt qu'elle vient des écolos, à cause de la couleur verte, prédominante (corrigée par le bandeau rouge du haut). Ou d'une information sanitaire, une recommandation médicale, genre prévention contre les accidents cardiaques, le surmenage, à cause cette fois du dessin central, les deux cœurs, et le slogan, a priori bien peu politique : "j'aime me reposer le dimanche". Les communistes nous avaient habitués, par le passé, à des slogans plus explicites, plus offensifs, plus idéologiques.

Comme quoi eux aussi, tout révolutionnaires qu'ils sont, subissent l'influence de la société, qui a tendance à dépolitiser les débats. "J'aime me reposer le dimanche" : c'est un slogan passe-partout. Qui ne serait pas d'accord avec ça ? Il y a, tout en bas de l'affiche, une formule plus classique : "Plus un sou pour le capital", mais qu'on ne relie pas forcément au slogan principal. En tout cas, on ne voit pas immédiatement le rapport de cause à effet, entre le repos dominical et l'abstinence du capital.

Bien sûr, le message quasi subliminal vise la loi dite Macron, qui augmente la possibilité du nombre de dimanches non vaqués dans certains zones très précises, après autorisation des Municipalités. Ce n'est pas non plus un changement de civilisation ni une étape supplémentaire dans la surexploitation des classes laborieuses !

Et puis, en ce qui me concerne, j'aime me reposer aussi bien le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi, le samedi que le dimanche. L'important est d'avoir au moins une journée pendant laquelle on puisse souffler ... ou bien travailler à autre chose qu'à gagner sa vie. Par exemple coller des affiches pour le Front de gauche ou tout autre parti politique ...

Ne cachez plus ce saint



Hier, les Républicains locaux cachaient dans le centre ville de Saint-Quentin le socialiste tête de liste régionale (voir le précédent billet "Les Républicains sont facétieux"). Les affiches de la droite ne laissaient voir qu'un bout de visage, avenant mais anonyme. Dans la soirée, la colle était de retour, toute fraîche, rétablissant heureusement Pierre de Saintignon dans ses droits et son intégralité (en vignette). L'honneur du socialisme est sauf, la droite perd un point, le combat continue.

Salon d'été



Vous avez hier regardé par le trou de la serrure, sans trouver où était la porte (voir le précédent billet "ouverture et fermeture"). Aujourd'hui, c'est un autre commerce saint-quentinois qui baisse pour nous son rideau métallique, et nous fait découvrir cette abondante et magnifique chevelure en décor. Vous n'aurez sans doute pas de peine à deviner l'activité, mais il sera plus difficile de la localiser. Un indice : tout près d'un carrefour.

mercredi 22 juillet 2015

Le drapeau grec flotte dans St-Quentin



Nous sommes rue Anatole-France, au local de la CGT. De l'aveu du secrétaire de l'union locale, Patrick Dupont, les couleurs grecques ont été hissées il y a trois semaines. Ce qui pose la question de leur interprétation : la CGT affiche-t-elle ainsi son soutien à Alexis Tsipras d'avant le référendum, tout feu tout flamme contre les institutions européennes ? Ou bien est-ce une approbation de la politique menée par le Premier ministre à la suite du référendum, qui a conduit à la solution de compromis que nous savons ? A moins que ce ne soit un signe de ralliement aux frondeurs de Syriza, à l'aile gauche de ce parti, qui aujourd'hui s'opposent à Tsipras ? L'habit ne fait pas le moine et un drapeau ne dit rien de certain non plus : il flotte au vent, mais nous flottons quant à sa compréhension.

Les Républicains sont facétieux



La bataille des régionales va faire rage dans Saint-Quentin, la ville de la tête de liste des Républicains, Xavier Bertrand. Elle a commencé aujourd'hui, sur les panneaux d'affichage. Pourquoi aujourd'hui ? Parce que c'est jour de marché en centre ville, donc de grand passage.

La droite a collé ... pour recoller sur la gauche : quel est donc ce monsieur souriant qui nous fait coucou entre deux affiches des ex-UMP ? C'est Pierre de Saintignon, la tête de liste socialiste, ainsi coincé sur plusieurs panneaux.

Les Républicains sont facétieux, mais médiatiquement contre-efficaces, car du coup, tout le monde se demande quel est ce visage et cherche à en savoir plus. J'aurais été à leur place, j'aurais carrément tout recouvert (mais les Républicains ne sont pas obligés de suivre mon conseil au prochain collage ...).

Ouverture et fermeture



Il n'y a pas, à Saint-Quentin, que les tags sauvages, sur des murs. Il y a aussi ceux qui décorent les rideaux métalliques de certains commerces, qu'on ne voit donc pas dans la journée quand c'est ouvert, mais seulement aux heures de fermeture et le week-end. Je vous laisse deviner celui-ci, dans une rue il est vrai pas énormément fréquentée. Mais un même motif est reproduit une bonne trentaine de fois dans le dessin et doit vous amener à identifier au moins l'activité professionnelle du magasin, et, à partir de là, qui sait, l'endroit. Le titre que j'ai donné à ce billet est aussi un indice.

mardi 21 juillet 2015

Un seul droit pour les étrangers



L'Assemblé nationale a commencé à examiner hier le projet de loi sur les droits des étrangers, qui sera définitivement adopté à l'automne. Rien de saillant en ressort. Pour l'instant, le débat n'est pas très affûté, entre la droite et la gauche, autour de ce texte. Celui-ci est utile, mais quand j'entends parler de droits des étrangers, j'ai une seule et unique réaction : que devient la promesse du droit de vote pour les immigrés aux élections locales ?

Cette idée remonte à 35 ans, dans les rangs de toute la gauche. Elle n'a jamais été mise en œuvre. Si encore elle avait été définitivement abandonnée (ce que je ne souhaite pas), je pourrais comprendre. Mais non : elle est régulièrement évoquée, mais jamais appliquée. Bien sûr, il y faut des conditions institutionnelles particulières, difficiles à réunir, en matière d'organisation du scrutin, au Sénat et à l'Assemblée. Mais peu importe : c'est la volonté politique qui compte, assumer ce projet et le défendre autant qu'on le peut, aussi loin qu'on le peut.

Il parait aussi que cette proposition de vote des immigrés ferait monter le Front national. C'est idiot : l'extrême droite n'a pas besoin de ça pour progresser. Et puis, il n'y aurait pas meilleure pédagogie contre les nationalistes que montrer notre ferme intention d'intégrer les immigrés, en en faisant des citoyens comme les autres, donc des électeurs.

Un autre argument consiste à dire qu'il faut réserver le droit de vote à ceux qui disposent de la nationalité française, et que nos compatriotes d'origine immigrée n'ont qu'à la demander. Argument irrecevable : d'abord, la nationalité ne s'obtient pas si facilement. Ensuite, les membres de l'Union européenne résidant, travaillant et payant leurs impôts en France peuvent participer aux élections municipales, alors qu'ils ne sont pas Français. Pourquoi ce qui leur est permis ne le serait-il pas aux autres étrangers, d'origine extra-européennes ? Ce ne serait que justice. Enfin, il est bien compréhensible que des personnes ayant choisi la France pour y vivre ne veuillent pas rompre totalement avec leur pays d'origine, veuillent demeurer fidèles à leurs racines.

J'attends donc, depuis 35 ans, qu'une majorité de gauche soit en cohérence sur ce point avec un engagement très ancien, dont aucune raison ne justifie le retrait ou le report. De toute façon, Français ou pas, de souche ou de je ne sais quoi, immigrés, étrangers ou ce que vous voudrez, je récuse tout ce vocabulaire de distinction et de division : il n'y a pour moi, au pays de la Grande Révolution et des Droits de l'Homme, que des CITOYENS.

Les murs ont des couleurs



Ce magnifique tag, un des plus beaux de Saint-Quentin, est sur le mur d'un petit parking public, très visible de la rue, près d'un cabinet médical (je vous aide un peu à trouver).

lundi 20 juillet 2015

Un philosophe pour la République



La République est d'abord un idéal de philosophes. Au XVIIIe siècle, celui-ci a été assez bien représenté par la pensée de Jean-Jacques Rousseau. Mais le siècle d'après, avec la révolution industrielle, le mouvement socialiste et l'apparition du prolétariat, un autre nom s'imposait. Il y a été très largement oublié depuis, et c'est pourtant l'inspirateur des républicains de ce XIXe siècle, par exemple Jules Ferry et Georges Clémenceau : il s'agit d'Auguste Comte, fondateur du positivisme, une philosophie pour la République (vignette 1, le portrait du maître à gauche).

Samedi dernier, en visite quasi privée, je me suis rendu dans les appartements d'Auguste Comte, 10 rue Monsieur le Prince, à Paris, là où il a passé les dernières années de son existence. Le positivisme n'est plus de mode aujourd'hui. Sait-on même encore ce que c'est ? Une pensée à l'origine de la sociologie, qui tente de donner un fondement rationnel et social à la société industrielle et démocratique, en se basant sur les connaissances scientifiques. Sa devise résume l'idée : "Ordre et Progrès", adoptée jusqu'à nos jours par le Brésil, puisque Auguste Comte a eu, en son temps, une influence internationale.

Pourquoi alors a-t-il été oublié, y compris par les républicains eux-mêmes ? D'abord parce qu'un autre géant a éclipsé ce géant : Karl Marx, dont la philosophie plus prometteuse (en théorie du moins) a supplanté Auguste Comte dans les milieux progressistes. Et puis, le positivisme a étrangement tourné à la religion, lui qui affirmait que la religion était le passé (et l'enfance) de l'humanité. Comte a inventé une nouvelle religion, avec ses temples, ses sacrements, ses saints laïques, mais sans dieu, sans miracles, ni immortalité de l'âme : la religion de l'humanité, sans doute peu convaincante pour des esprits modernes.

La personnalité d'Auguste Comte n'a pas aidé au maintien de sa pensée. Cet homme de science et de raison avait un côté un peu fou, sinon inquiétant. Il pesait ses aliments avant de les consommer (vignette 2, la balance qu'il utilisait) et surtout il vénérait sa platonique amante, Clotilde de Vaux, à laquelle il a voué un véritable culte après sa disparition : il se recueillait devant le fauteuil de sa chère, pieusement conservé (vignette 3). Sans parler de cette religion qui avait notamment instauré, dans une ambiance très particulière, une fête des morts (vignette 4).

Un dernier élément est troublant : si ce philosophe a inspiré la plupart des grands républicains du XIXe siècle, il a aussi été, au siècle dernier, le maître à penser de Charles Maurras, le plus brillant intellectuel de l'extrême droite, fondateur de la monarchiste Action Française. Les idées essaiment parfois on ne sait trop où. Toujours est-il qu'Auguste Comte, sauf pour les spécialistes, n'est plus à l'ordre du jour.

Vous l'avez aussi compris : malgré ce petit pèlerinage respectueux, je ne suis pas du tout comtien, ni positiviste, je n'ai pas ma balance ni ma Clotilde de Vaux. Sur le fond, je ne crois pas en une disparition des religions, encore moins en une religion d'emprunt, ni que la science et la sociologie soient l'alpha et l'oméga de la société moderne. Mais la référence à Auguste Comte a au moins le mérite de nous rappeler que la République est un régime qui ne peut pas se passer d'une assise idéologique, que les philosophes sont chargés de conceptualiser. Quand on constate aujourd'hui les dérives, les contresens et les dénaturations qui frappent les principes républicains, il y a nécessité.

dimanche 19 juillet 2015

DSK le Grec



Après la fiche publiée le 27 juin ("apprendre de ses erreurs"), Dominique Strauss-Kahn a édité hier une nouvelle réflexion, tout aussi remarquable, sur la crise grecque et l'Europe. La première était technique, celle-ci est politique : elle conçoit l'Europe d'abord comme une "culture commune", une "longue histoire" de penseurs, d'écrivains et d'artistes. Nous devrions en effet commencer par nous représenter notre continent en termes de civilisation. Ca ne réglerait pas les problèmes financiers, mais l'approche serait au moins différente.

Culturelle, la vision de DSK est aussi géopolitique : il regrette que notre Europe se laisse dominer par le Nord, alors que c'est autour de la mer Méditerranée qu'elle doit trouver son centre de gravité, en s'intéressant beaucoup plus au Sud (cette réflexion est ancienne chez Strauss, il l'avait déjà développée il y a une dizaine d'années dans un texte qui m'avait frappé). Il refuse la petite Europe, celles des Etats riches, dont la dépendance aux Etats-Unis serait inévitable. Il se réfère à Alexandre, à Napoléon : c'est ce qu'il nous faut, sans les armes. En homme supérieur, DSK voit à travers l'espace et le temps, contre "le souverainisme larvé des élites économiques et intellectuelles".

Ces vues m'agréent complètement, à deux réserves près : DSK est un peu sévère sur l'accord signé entre la Grèce et ses créanciers ; il emploie des mots très durs, "effrayant", "mortifère", "dévastateur", ce qui n'aide pas à la pédagogie européenne, dont les peuples ont besoin (puisque leurs élites ne s'y livrent pas). Surtout, il y a un grand absent dans la réflexion de DSK : c'est la Russie. Il voit l'Europe du Nord au Sud, et c'est bien ; mais il faut la voir aussi d'Ouest en Est, et très à l'Est.

La position actuelle de DSK ne se comprend que si on se reporte à sa première fiche, du 27 juin. Avant que la crise grecque n'entre dans sa phase tragique, post-référendum, il proposait un plan alternatif, qui aurait peut-être changé le cours des choses : cesser tout financement nouveau, toute possibilité d'emprunt pour la Grèce, repousser tous les remboursements à dans deux ans, réduire la dette grecque envers les institutions publiques. A partir de ce choix, laisser le pays équilibrer tout seul son budget, entreprendre les réformes nécessaires, avec l'assistance technique des institutions financières internationales. Je ne sais pas si ce plan B aurait marché, mais son avantage politique aurait été d'éviter le sentiment d'humiliation éprouvé par la Grèce devant ce qu'elle perçoit maintenant comme un diktat (à mon avis à tort, mais les sentiments ne se commandent pas).

François Hollande, dans le JDD de ce jour, prolonge la réflexion en proposant un gouvernement, un budget et un parlement de la zone euro. Oui, tout ce qui va dans le sens du fédéralisme et de la supranationalité est bon à prendre. Mais je n'aime pas trop la notion d'"avant-garde", qui suppose que certains pays d'Europe sont plus européens que les autres. Cette idée d'une Europe à plusieurs vitesses ou à plusieurs cercles, encore défendue récemment pas Emmanuel Macron, ne me convainc pas : à force d'être dans la vitesse lente, on finit en queue de peloton et par mettre pied à terre. Et puis, un gouvernement économique à 19, c'est oublié les 9 autres qui constituent ensemble l'Union européenne. C'est là où l'approche globale de DSK me semble plus pertinente. Mais elle est encore très incomplète dans sa définition du fédéralisme. En tous cas, l'essentiel est que le débat aujourd'hui s'organise entre les sociaux-démocrates européens, pour ne pas laisser le champ de l'opinion à la gauche radicale, antilibérale et antieuropéenne.

samedi 18 juillet 2015

Les mystères de Paris



Comme Joséphine Baker, j'ai deux amours, pas tout à fait les mêmes : Saint-Quentin et Paris. Comme Eugène Sue, j'aime les mystères de Paris, dont je livre quatre photos à votre sagacité (elles ont été prises ce matin, dans le même quartier, ce qui doit vous aider) :

Vignette 1 : ce bouddha d'un genre particulier, relâché, repose à l'entrée d'un musée, très particulier lui aussi. Lequel ?

Vignette 2 : cette agréable fresque ombragée est au pied d'un monument (si on peut l'appeler ainsi) connu dans le monde entier. A vous de deviner.

Vignette 3 : un vélo déglingué qui surgit d'un mur, ce n'est pas banal. Dans quelle rue sommes-nous ?

Vignette 4 : voilà une impressionnante tour. Où se trouve-t-elle précisément et quelle est sa fonction exacte ?


A vous de faire en sorte que les mystères de Paris ne le restent pas bien longtemps ... C'est parti !

vendredi 17 juillet 2015

Un avenir en rose et vert



Eh oui, encore la Grèce dans le billet d'aujourd'hui ! Vous en avez marre ? Très bien, il faut vous habituer. L'actualité change en permanence : Tsipras, les déchirements de la gauche libérale, l'accord financier, le comportement des institutions européennes, tout ça nous a tenus en haleine pendant une bonne semaine. C'est beaucoup, dans un monde qui zappe constamment. C'est trop, pensent sûrement certains. Pourtant, nous n'en avons pas fini avec la Grèce : ce qui s'y passe n'est pas un terme, mais un commencement. La réflexion sur ce pays, son devenir, l'appartenance à l'Europe ne font que débuter. Il le faut : le temps de la politique ne peut pas être le temps médiatique. Celui-ci change sans arrêt, celui-là a besoin de continuité.

La Grèce, nous en parlons et nous en reparlerons, parce que sa situation est la nôtre, en beaucoup moins grave, mais en potentialité : un développement qui repose sur la finance, un usage très généreux du crédit, des banques qui prêtent les yeux fermés au grand bonheur de tous, des investissements aléatoires, une économie d'une grande fragilité, des déficits astronomiques, un endettement qu'on n'arrive même plus à mesurer. Voilà où nous a conduits, presque fatalement, un demi-siècle de société de consommation, de recherche effrénée de biens matériels, d'achats à tout-va, qui nécessitaient de l'argent, encore de l'argent, toujours plus d'argent. Ce monde-là, c'était notre rêve, et c'est maintenant notre cauchemar.

Nous avons vu, sur nos écrans, stupéfaits, des files d'attente devant les banques, des retraits d'argent limités à 60 euros par jour, des retraites qui ne sont plus assurés, des biens de première consommation qui viennent à manquer ... Cette angoisse collective, qui s'est emparée de tout un pays, beaucoup de Français la vivent individuellement, pendant un temps : le surendettement, le chômage, la retraite insuffisante, le pouvoir d'achat qui ne permet plus d'acheter ... La Grèce, c'est notre cauchemar, parce que nous sentons que ça pourrait être notre possible avenir, qu'il ne faudrait pas grand chose pour que l'économie française, elle aussi, se rapproche de la faillite, vive l'horreur de la cessation de paiement, la nécessité un peu humiliante d'avoir à faire appel aux institutions financières européennes et mondiales.

Une approche sommaire mais pas fausse nous fait dire que les problèmes de la Grèce, au fond, proviennent d'un manque d'industrialisation, d'une économie essentiellement tournée vers le tourisme. Mais n'est-ce pas, à un moindre degré, la situation actuelle de l'économie française ? Nous sommes de plus en plus un pays à touristes et de moins en moins un pays à usines. Regardez les collectivités locales : dans quoi investissent-elles ? Dans l'économie du loisir, du divertissement. C'est rarement en faisant venir une grosse industrie sur leur territoire. De ce point de vue, il faut lire Michel Houellebecq : un écrivain est parfois plus clairvoyant que les économistes. Le tourisme, national et international, ce sera l'activité économique du XXIe siècle, facteur d'emploi et de développement. L'Acropole ou la Côte d'Azur, on ne pourra jamais les délocaliser. Au contraire, c'est le monde entier qui va venir en Europe, qui a déjà commencé.

Cette réflexion oblige le socialisme à s'allier à l'écologie, pas seulement électoralement, mais intellectuellement. Là aussi, ce n'est pas une idée nouvelle, mais il faut du temps pour qu'elle s'installe : le socialisme productiviste, consumériste est dépassé par les événements, par les évolutions de la société. La social-démocratie ne peut plus reposer sur la redistribution, quand il n'y a plus grand chose à redistribuer, ni sur la croissance, quand celle-ci est à la peine. L'écologie nous ouvre à de nouveaux modèles de développement et d'existence. L'avenir ne sera pas forcément notre cauchemar, si les forces politiques le préparent, l'organisent : un avenir en rose et vert.

Rosa rosa rosam



Je vous offre aujourd'hui, dans la photo-mystère, un bouquet de roses, mais il faut deviner dans quelle rue de Saint-Quentin je suis allé les cueillir. Car il ne suffit pas d'avoir l'œil en se promenant : il faut aussi lever le nez. C'est ici un très joli motif d'art déco, bien que bordé d'un très laid câble électrique. Rien à voir avec la rose au poing des socialistes, quoique ...

jeudi 16 juillet 2015

L'été grec de la gauche française



Les événements en Grèce ont et auront des conséquences sur la gauche française. D'abord parce que François Hollande s'est fortement impliqué, que le Parlement s'est exprimé, que les positions des partis politiques ont été très contrastées. C'est une crise qui fera date. J'en tire déjà trois leçons principales pour la gauche :

1- L'échec de la gauche antilibérale. Elle est arrivée au pouvoir en Grèce en croyant pouvoir échapper à l'austérité, établir un rapport de force favorable : elle a échoué. Cette défaite est source de pédagogie pour la gauche française : on ne peut pas échapper à la rigueur économique, même quand on fait partie de ses adversaires, à la façon d'Alexis Tsipras première manière. En France, nous avons assisté à un étrange spectacle politique : la troïka gauche de gauche (Mélenchon, socialiste tradi, Laurent, communiste toujours, Lienemann, mélenchoniste refoulée) a soutenu, contre toute attente, un accord qui augmentait la TVA, reculait le départ en retraite et procédait à des privatisations.

Ces anti-réformistes ont été réformistes quelques jours seulement. Au terme de la négo, quand il a fallu passer des compromis, ils ont dénoncé l'accord et lâché Tsipras. Cette gauche d'opposition ne saura jamais prendre ses responsabilités, avoir le sens de l'Etat et adopter une culture de gouvernement. Ce qui la condamne, ce qui fait qu'elle n'a aucun avenir en France, ce n'est pas sa prise de position, estimable comme n'importe quelle prise de position, même quand on ne la partage pas : non, ce qui la condamne, c'est qu'elle ne va pas au bout de sa logique, et que la timidité est fatale en politique.

Pour que la gauche antilibérale soit cohérente avec elle-même, il faudrait qu'elle prône la sortie de la zone euro et la dissolution de l'Union européenne (l'extrême gauche, plus structurée idéologiquement, va jusque-là) : à défaut, elle n'a aucune crédibilité, elle joue à cloche-pied, un jour pour Tsipras, le lendemain contre Tsipras. La vérité, c'est que cette gauche-là ne se sent bien que dans l'opposition, se bat pour obtenir des places mais refuse d'accéder au pouvoir (parce que son exercice est perçu comme une inévitable trahison de soi-même et une déception des siens).

2- L'extrême droite comme adversaire absolu. Faire de la politique, c'est désigner un ennemi et le combattre. Les ennemis de la gauche, ce ne sont pas les "créanciers", l'Allemagne, la Banque centrale, le FMI ou la Commission européenne, qui sont des institutions, sans doute réformables, mais pas à dénoncer ou à combattre, contrairement à ce que pense la gauche antilibérale. On lutte contre des forces politiques, pas contre des institutions.

Durant la crise grecque, la force politique la plus hostile à l'Europe, la plus hostile à toute solidarité internationale, la plus favorable à une dissolution de la zone euro, c'est, dans la plupart des pays d'Europe, l'extrême droite, qui s'appuie sur son idéologie nationaliste, xénophobe et ultra-libérale (son rejet de l'austérité n'est que tactique, ponctuel, tout comme le fascisme en son temps s'est réclamé de valeurs de gauche par pur populisme). L'adversaire absolu, c'est l'extrême droite, aujourd'hui comme hier. Dans les années 30 déjà, elle précipitait les peuples dans la crise économique pour en retirer des bénéfices électoraux. Sa politique est celle du pire, par laquelle elle espère parvenir au pouvoir, le plus légalement du monde, bien qu'elle soit antirépublicaine. Elle y est arrivée en Finlande, elle pourrait y accéder demain en France, si nous n'y prenons pas garde.

3- Réaffirmation et recomposition de la social-démocratie
. En France et en Europe, le soutien le plus fort à Alexis Tsipras est venu de la social-démocratie, notre pays en tête. Pourtant, le Premier ministre grec n'est pas social-démocrate. Mais c'est la réalité qui compte, pas l'étiquette qu'on met dessus. Tsipras a signé un accord qui n'est pas parfait, qui n'est pas idéal, qui est même discutable, parce qu'en politique rien n'est jamais parfait, rien n'est jamais idéal, tout est toujours discutable. Sauf qu'au pouvoir, à la tête d'un gouvernement (et c'est vrai de n'importe quel exécutif, y compris d'une ville), il faut faire des choix, trancher en faveur de ce qui semble être la moins mauvaise des solutions (l'avenir, lui seul, le dira). Il faut prendre des risques, avoir du courage, composer avec les partenaires, renoncer à certains points qui tiennent pourtant à cœur. Et par dessus tout, il faut assumer. La phrase la plus importante qu'aura prononcée hier Alexis Tsipras, qui fait de lui un grand politique, c'est : "j'assume".

Non, cet accord n'est pas celui de ses rêves ; non, il n'est pas bon en tout point. Mais il fallait prendre une décision, dans le sens de l'intérêt général : choisir de sacrifier une partie des avantages des classes moyennes et mieux protéger les classes populaires. Ce choix de classe, pour parler comme les marxistes, doit aussi inspirer la social-démocratie française. Radical de tradition, Alexis Tsipras est devenu réformiste face à l'événement, confronté aux responsabilités et aux contraintes du pouvoir.

Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, ce sont pour la gauche française des exemples à suivre, des sources d'inspiration et de réflexion. Car ces mouvements incarnent une gauche qui change, qui se cherche, qu'on ne peut pas réduire à l'extrême gauche classique ni au socialisme traditionnel. Ces mouvements, libérés de leur aile gauche, de leur courant radicalement antilibéral, peuvent devenir des modèles de social-démocratie en voie de renouvellement. Ils sont profondément européens ; or, c'est autour de la question européenne qu'une recomposition de la gauche est en train de s'effectuer, depuis quelque temps déjà.

Electoralement, le PS ne peut plus guère envisager une alliance avec le Front de gauche, surtout après l'épisode grec et le vote d'hier au Parlement. C'est vers les centristes qu'il faut se tourner : PS et UDI, avec le centre gauche (PRG), sont les seules forces politiques qui ont affiché massivement leur soutien à Alexis Tsipras. Nous savons maintenant que la gauche de la gauche n'est pas soluble dans la social-démocratie. Le PS français a commencé à en tirer les leçons, surmontant de tenaces et illusoires nostalgies. Le travail de recomposition doit se poursuivre, pour que l'été grec ne se transforme pas en hiver français.

Du tag au tag



Saint-Quentin, ville d'art déco ? Oui, mais avec quelques fresques sauvages, des tags, qui ne sont pas laids du tout. En voici deux très beaux, à quelques mètres l'un de l'autre, dans un endroit peu fréquenté, contrairement à la photo-mystère d'hier. Mais il y a au moins un lecteur ou une lectrice qui est passé par là et qui répondra.

mercredi 15 juillet 2015

Pour, contre, abstention



On croit généralement qu'on fait de la politique avec la bouche : prendre la parole, s'adresser aux gens, faire un discours. Non : vous pouvez réussir en politique en restant muet, en ne disant rien, en ne sachant pas très bien parler. C'est même recommandé, parce que quelqu'un qui ne parle pas rassure et laisse parler les autres (mes remarques ne concernent bien sûr pas, ou beaucoup moins, la politique de haut niveau). On ne fait pas non plus de la politique avec ses mains, en écrivant. Si c'était le cas, je serais le roi socialiste de Saint-Quentin. Ce n'est pas le cas.

Alors, si on fait de la politique ni avec sa bouche, ni avec ses mains, avec quoi ? Avec ses pieds. Oui, en allant voter. Vous pouvez faire les plus beaux discours du monde, vous pouvez rédiger les plus belles analyses, ce qui compte, ce ne sont pas les paroles ou les phrases : c'est le nombre de voix. La vérité de la politique n'est pas dans la rhétorique ou l'écriture : elle est dans l'arithmétique la plus basique.

Combien de fois des camarades m'ont dit être d'accord avec moi, en écoutant mes interventions, en lisant mes réflexions ... et n'ont jamais voté pour moi ? Combien m'ont dit se reconnaître dans la social-démocratie ... pour finalement soutenir l'aile gauche ? Combien de Saint-Quentinois m'ont annoncé localement une possible victoire de la gauche ... qui débouchait sur une écrasante victoire de la droite ? Les mots n'ont aucune valeur en politique : ce sont les chiffres qui commandent.

Depuis plus d'une semaine, l'actualité politique française est concentrée sur ce qui se passe en Grèce. Nous entendons de multiples avis, de nombreuses analyses, des positions très différentes. Je me demande parfois comment le simple citoyen peut s'y retrouver et se faire sa propre opinion ! D'autant que les points de vue quelquefois changent d'un jour à l'autre ... Mais cet après-midi, au Parlement français (et cette nuit en Grèce), c'est l'heure de vérité, le moment de voter. Et là, fini de tergiverser : c'est oui, c'est non ou c'est ni oui ni non, c'est-à-dire abstention. La vérité des uns et des autres, la voici donc :

Deux partis soutiennent massivement l'accord que porte, assume et défend le Premier ministre grec pour sauver son pays de la faillite : le PS (267 pour, 9 contre, 2 abstentions) et l'UDI (23 pour, 1 contre). Normal, ces deux partis sont historiquement les plus européens de notre paysage politique.

Deux partis s'opposent unanimement à cet accord : le Front de gauche et le Front national. Le plus cocasse, c'est que ces deux formations, surtout la première, ont été les plus ardents défenseurs d'Alexis Tsipras. Aujourd'hui, ils se retournent contre lui et deviennent ses plus sévères opposants.

Deux partis hésitent : Les Républicains (ex-UMP) sont très partagés, entre les pour (93), les contre (41) et les abstentions (35). C'est la divergence ancienne, à droite, entre un courant gaulliste, national, et un courant européen, fédéraliste. Hésitation un peu plus surprenante chez les écologistes (EELV) : 9 pour, 3 contre, 2 abstentions ... et un député qui ne participe pas au vote, et pas n'importe lequel : Cécile Duflot ! Il y a, là aussi, une logique : l'écart entre le courant très européen et le courant très antilibéral, qui parfois ne font qu'un, mais il faut bien qu'une des deux préférences l'emporte au moment du choix.

Ma satisfaction personnelle, c'est de voir au final l'accord proposé par Alexis Tsipras adopté par une très large majorité des parlementaires français. C'est un signe de solidarité envers le peuple grec, qui sans cet accord courait à la catastrophe. C'est aussi un signe de soutien d'une grande partie de notre classe politique à l'Europe, et c'est heureux pour l'avenir. Je souhaite que ce soir le Parlement grec trouve aussi une majorité pour soutenir ce plan financier, et que les autres Parlements européens aillent dans le même sens : défense de la Grèce, défense de l'Europe.

Mais où est donc l'art ?



Saint-Quentin est une magnifique ville d'art déco. Mais les œuvres ne sont pas toujours très visibles. Celle-ci (en vignette) se trouve dans un endroit inattendu, où passent certains jours des centaines de personnes qui ne la remarquent pas. Mais vous, qui avez l'œil, allez sûrement nous dire quel est ce lieu très fréquenté.

mardi 14 juillet 2015

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira (1)



A Saint-Quentin, ce matin, pour le défilé militaire du 14 juillet, MATELE a mis les grands moyens (vignette 1). Les porte-drapeaux ne sont pas forcément de vieux messieurs (vignette 2). Pascal Cordier, notre Léon Zitrone du moment, se retrouve cette année sur une petite estrade, protégé par des barrières métalliques, confortablement assis sur une caisse pour commenter le passage des troupes, avec devant lui un écran qui lui permet de suivre le déroulé. On sent le professionnel. Au fond, les jeunes de l'EPIDE sont en nombre (vignette 3). Les héros du jour, les petits nouveaux, ce sont les pompiers qui défilent à pied, très applaudis (vignette 4).

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira (2)



Le passage des chars fait toujours un gros effet (vignette 1). Les élus nous tournent le dos, mais c'est pour la bonne cause (vignette 2). Moins spectaculaires que les blindés, mains non moins utiles : la Police Municipale à vélo (vignette 3). A la fin du défilé, les officiels se mêlent sans façon au peuple : nous fêtons la Révolution, que diantre ! (vignette 4)

lundi 13 juillet 2015

La Grèce en direct



Je n'aime pas trop les chaînes d'information continue, leur mise en scène de l'actualité. Mais il faut bien dire que je n'ai pas cessé de les regarder ce week-end, dans l'affaire de la Grèce. Grâce à elles, nous étions au cœur de l'événement, nous suivions l'Histoire d'heure en heure, comme si la prise de la Bastille était retransmise en direct. Les allées et venues à Bruxelles, les rues d'Athènes, le discours de Tsipras devant le Parlement, tout ça était médiatiquement impressionnant, parfait ...

Avec parfois un décalage presque amusant entre le texte et l'image (mais n'est-ce pas une règle générale, l'écart entre les faits et leur commentaire ?) : à Bruxelles, on nous annonçait des négociations dures, des relations tendues, des visages crispées. Or, la télévision nous montrait des dirigeants plutôt affables, souriants, se saluant aimablement, parfois s'embrassant, la main sur l'épaule, discutant tranquillement en petits comités, l'air assez détendu. On ne sentait pas une ambiance de tragédie, de tension, de conflit.

Ce qui m'épate, c'est que ces gens-là, les grands, Merkel, Tsipras, Hollande, leurs ministres, leurs conseillers, n'ont jamais des têtes de fatigués, alors qu'ils passent des nuits à parlementer. Nous autres, les petits, nous affichons souvent des gueules pas possibles au moindre effort ; mais eux, non ! Quel est donc leur secret ? Et pour s'entendre, comment font-ils ? Ils se retrouvent, les hommes de pouvoir, autour d'une table immense, très nombreux : on se demande comment ils s'y prennent pour parler, mais ils y arrivent, et ça débouche en quelques heures sur quelque chose. On a l'impression qu'ils ne sont pas fabriqués comme nous. Nous, les petits, à quelques-uns dans une cabine téléphonique, pour des problèmes mineurs, nous ne parvenons à rien, nous tournons en rond, nous repartons comme nous sommes entrés, pas plus avancés. Comment les uns réussissent-ils de compliqué ce que les autres échouent de simple ? C'est peut-être pour ça que les premiers sont des grands et les seconds des petits ...

Pendant ces derniers jours et ces dernières heures, c'était le jeu du "hou hou fais-moi peur" qui rythmait la dramaturgie télévisée. Acte 1 : Alexis Tsipras ne veut pas d'accord, n'a rien à proposer. Acte 2 : Angela Merkel ne veut pas d'accord, n'a rien à proposer. Si la crise n'existait pas, il faudrait sur nos écrans l'inventer, pour pimenter la suite des événements, spectacle oblige. Un mot revenait sans cesse, à faire peur lui aussi, un mot bizarre, mystérieux, étranger, un mot qui gratte, qui écorche, qui fait mal à prononcer : GREXIT. On aurait pu tout aussi bien dire : sortie de la zone euro. Mais la formule est trop technique, un peu fade, pas assez théâtrale. GREXIT, ça fout les boules, même quand on ne comprend pas le sens, surtout quand on ne comprend pas le sens. Notre société, qui se paie de mots, les suce comme des bonbons, sucrés ou acides. GREXIT, c'est une dragée au poivre, qui fait grimacer, notre petit frisson du week-end, en attendant les suivants.

Sur le Net, c'est un autre mot qui nous a excités, fait fantasmer, qui a circulé ces jours-ci : "coup d'Etat" ! Les créanciers et les Allemands préparaient un coup d'Etat pour renverser le gouvernement Tsipras. C'est complètement idiot, ça ne veut rien dire, ça ne renvoie à aucune réalité, mais c'est si bon de se faire mal, de penser à des choses horribles. "Coup d'Etat", ça ne vous rappelle rien ? Mais si, bien sûr, le régime des colonels, Costa-Gravas, le film "Z". Notre imaginaire a besoin d'imaginer : il fait feu de tout bois, pourvu que la tête s'échauffe. Un coup d'Etat, mais cette fois venu des financiers et des Schleus ! C'est trop beau parce que c'est trop laid. Tout est faux, mais l'essentiel est de fumer la moquette, comme disent les jeunes.

Malgré tout ça, l'accord impossible est devenu possible, même s'il reste encore à le ratifier par les uns et les autres. Alors, on a trouvé un autre bonbon amer pour alimenter notre amertume, une catégorie psychologique et morale comme nous en raffolons : l'"humiliation". Les Teutons veulent "humilier" les Grecs. "Humiliation" : c'est un mot à la mode, très fort, puissant, anxiogène, hallucinatoire, comme beaucoup de mots à la mode (c'est pour ça qu'ils sont à la mode). Les Boches veulent "humilier" les Grecs ? Non, les Allemands défendent tout simplement leurs intérêts, exigent des garanties avant que l'Europe ne refile des milliards à Athènes. Peut-être ont-ils tort, que les mesures sont excessives, que la méfiance est injustifiée : politiquement, on peut en discuter, être d'accord ou pas. Mais enlevons ce terme psycho-moralisateur d' "humiliation". Les Fritz ne sont pas des sadiques qui chercheraient à tourmenter le brave petit peuple grec. Vous l'avez remarqué : en quelques jours, on est passé de la grécophobie (néologisme, tant pis) à la germanophobie, du Grec fainéant et fraudeur à l'Allemand dominateur et tortionnaire.

La suite au prochain numéro, sur BFMTV évidemment, et toujours en direct.

Un panneau au poil



Avec les vacances d'été reviennent les billets plus ludiques, qui vous font connaître Saint-Quentin sous un angle inhabituel (mais les billets plus sérieux continuent !). Dans quel honorable établissement public de notre ville lit-on cette autorisation cocasse ? (les bonnes réponses ne gagnent rien, les mauvaises non plus).

dimanche 12 juillet 2015

Une question de confiance



A l'heure où j'écris, l'euro-groupe est réuni, nous ne savons pas ses conclusions, seulement que le sommet des chefs d'Etat ne se tiendra pas. Mais qu'est-ce que cela préjuge ? Rien du tout, sinon que se pose le problème de la confiance à l'égard de la Grèce et de ses dernières propositions, et c'est parfaitement compréhensible : il y a une semaine encore, Alexis Tsipras était anti-européen et refusait toute forme d'austérité, à laquelle il se plie depuis quelques jours, en renouant avec les institutions européennes.

Alors, peut-on lui faire confiance ? Je pense que oui, pour les raisons que j'ai développées durant dans cette semaine dans les billets consacrés au sujet. Et pour une raison plus fondamentale encore : on ne peut pas, en politique, faire l'économie de la confiance, à quelque niveau que ce soit. Cette activité n'est pas rationnelle, scientifique, objective : l'élément humain, subjectif, intervient forcément, et il est essentiel.

On peut demander à Tsipras autant d'engagements et de garanties qu'on voudra, aucune certitude complète n'en résultera : la politique, c'est l'école du flottement, du retournement, de la trahison, confirmée par toute notre histoire. Il faut faire avec cette donnée, sinon on ne fait rien. Ce qui compte, ce n'est pas la psychologie du partenaire, mais ses intérêts et notre projet politique : la Grèce a intérêt à rester en Europe et l'Europe a intérêt à garder la Grèce. A partir de là, on peut aller loin ensemble et conclure un accord, qui pourtant aujourd'hui parait incertain, mais auquel je crois, comme je croyais il y a une semaine à l'évolution spectaculaire d'Alexis Stipras.

Le problème permanent de l'Europe, et le problème de ce jour, ce n'est pas son déficit de démocratie, comme le prétendent les anti-européens, pour lesquels tout argument est bon, mais au contraire son inflation de démocratie : elle réclame à chaque instant de se soumettre au vote pour pouvoir avancer. Or, on n'avance pas de cette façon-là, ou très lentement (c'est sa situation). Quand vous pensez que l'accord qui est en train de se discuter en ce moment entre les dirigeants de la zone euro devra être ratifié ensuite par huit Parlements nationaux ! C'est presque mission impossible. Il faudra bien, un jour ou l'autre, le plus tôt possible, mettre en place des règles de fonctionnement fédérales, que la funeste victoire du non français en 2005 a rendu jusqu'à présent impossible.

En tout cas, l'absence d'accord, ce soir ou dans les prochains jours, serait une défaite pour l'Europe et une victoire pour les anti-européens les plus agressifs, nationalistes et extrême droite. Hier soir, Florian Philippot, du Front national, a révélé sur BFMTV le fond antirépublicain de sa pensée (sans d'ailleurs être repris par le journaliste, qui n'a manifestement rien vu passer) : selon lui, un référendum est plus légitime qu'un vote au Parlement (il disqualifiait ainsi le choix des députés grecs à rester dans la zone euro et à adopter des mesures d'austérité). Un référendum plus légitime que le Parlement ! C'est du plus pur populisme, du néofascisme, qui nie la primauté de la démocratie parlementaire et représentative. Oui, le référendum a sa valeur, secondaire, complémentaire, mais jamais il ne peut récuser le suffrage universel, qui s'exprime par l'élection et la désignation de représentants mandatés.

Autre masque qui est tombé, en écoutant Philippot : ce qui motive le FN dans cette affaire, ce n'est pas sa critique du libéralisme (un prétexte), ce n'est pas sa solidarité avec le peuple grec (un mensonge), c'est son nationalisme et sa xénophobie : pas un sou de plus pour les Grecs, qui peuvent crever la bouche ouverte, tout comme les migrants peuvent se noyer en Méditerranée, voilà la pensée indigne du Front national, qui n'applaudit Alexis Tsipras que de ses mains très sales.

A l'autre extrême de l'échiquier politique, c'est le "gauchisme" qui est embarrassé et même contredit par ce qui se passe actuellement en Grèce. Je donne au mot "gauchisme" le même sens que lui donnait Lénine, en le qualifiant de "maladie infantile du communisme", sauf que je l'étends aujourd'hui à toute la gauche. Tsipras n'a pas été, après ses propositions à Bruxelles, soutenu par son aile gauche. Comment aurait-elle pu admettre les mesures d'austérité, même en échange d'une aide nouvelle des créanciers ? C'est une leçon qu'il faut aussi tirer pour la France : Mélenchon, Laurent, Lienemann et consorts applaudissant aux privatisations, à l'augmentation de la TVA et à la retraite à 67 ans prouvent simplement que le "gauchisme" a sa propre limite, qui s'appelle l'opportunisme.

Quant à l'extrême gauche à proprement parler (qui est essentiellement trotskiste, qui ne se confond pas avec la "maladie infantile" de la simple gauche), la crise grecque la récuse sur un point : sa défense du mandat impératif, qui lui fait désormais critiquer Alexis Tsipras, sur l'air bien connu de la trahison et des promesses non tenues. Quand on est républicain, on ne défend pas le mandat impératif et révocable, qui transforme le parlementaire en administrateur, en gérant du programme pour lequel il a été désigné. Cette conception de la politique n'est pas du tout la mienne : les représentants du peuple doivent avoir les mains libres pour juger de la situation et prendre les décisions qui leur semblent bonnes. Seul le peuple, le moment venu, par l'élection, en tire le bilan et porte un jugement. Le mandat impératif et révocable, c'est la négation du suffrage universel et de la souveraineté du peuple, c'est le triomphe de l'appareil, de la bureaucratie, c'est la collectivisation du régime.

Il reste une dernière tentation, qui j'espère ne l'emportera pas : ce serait la sortie "provisoire" de la Grèce de la zone euro. Le "provisoire" est rajouté comme pour rassurer, pour dire que ça ne va pas durer. C'est un joli lapsus, qui prouve que cette sortie de l'euro ne serait pas quelque chose de normal, au vu de l'idéal européen. Sauf que le "provisoire" existe rarement en politique, où l'on revient difficilement ce qui a été fait ou défait. En 1983, Lionel Jospin explique que la politique de rigueur, tournant de la gauche au pouvoir, n'est qu'une "pause". Déjà, à l'époque, c'est la question européenne qui était en jeu dans les décisions du gouvernement. La fameuse "pause" dure toujours, la rigueur s'est même creusée, puisque la ligne du Programme commun, conclu avec les communistes dans les années 70, n'était plus tenable et que le PS est devenu un parti social-démocrate comme les autres. Si la Grèce quittait la zone euro, ce serait plus un adieu qu'un au revoir.

samedi 11 juillet 2015

La politique a besoin de réflexion



La lecture de l'excellent hebdomadaire "Le un" est cette semaine particulièrement passionnante, parce que c'est une espèce rare en politique qui est sollicitée : un intellectuel, au sens premier de généraliste des idées. Les spécialistes sont nombreux dans la classe politique, technocrates, économistes, hauts fonctionnaires, mais il y a peu d'intellectuels, de penseurs à proprement parler. Sans doute parce que le système politique exige une discipline, une allégeance, un suivisme qui s'accordent mal avec la liberté de penser propre à l'intellectuel, qui le conduit à émettre des idées novatrices, originales, décalées. Quoi qu'on dise, la politique sécrète une forme de conformisme qui décourage la réflexion novatrice. Emmanuel Macron, puisque c'est de lui dont il s'agit, est "un philosophe en politique", comme le titre "Le un" (couverture en vignette).

Ce qui m'a intéressé dans ce long entretien, où tout retient l'attention et est à méditer, c'est surtout la pensée proprement politique, institutionnelle du ministre. Ce qui est assez surprenant, puisqu'on l'attend plutôt sur la philosophie économique, qui est son domaine. Emmanuel Macron vise juste, en repérant un problème récurrent et latent de notre démocratie : elle manque de représentation, elle souffre d'un déficit d'imaginaire, elle rencontre des difficultés dans l'ordre du symbolique. Bien des événements politiques le confirment. La montée de mouvements identitaires de toute sorte sont les symptômes douloureux et dangereux de cette crise de la représentation démocratique : ils s'engouffrent violemment dans un vide, sans régler quoi que ce soit, puisque ces mouvements ne sont pas de nature démocratique.

Emmanuel Macron fait remonter, et il n'est ni le seul, ni le premier, cette faiblesse de la démocratie française à la mort du roi, figure tutélaire et séculaire, que rien n'a vraiment remplacé. Or, une société est en quête d'images, de repères, de héros : nous avons eu, depuis, Napoléon ou De Gaulle, qui ont imparfaitement suppléé à ce manque au sommet de l'Etat. C'est qu'une société ne vit pas seulement de procédures électives ou administratives : il lui faut aussi de grands mythes rassembleurs. La République, c'est le règne de la Raison, du citoyen éclairé : c'est très bien, mais c'est insuffisant ; l'humanité est faite aussi d'émotions, de sentiments, de passions. Le collectif est une réalité abstraite, qui n'existe ou qu'on ne fait exister qu'en l'incarnant.

Voilà donc la riche et indispensable réflexion que nous propose Emmanuel Macron, qui se situe plus dans l'analyse que dans la proposition. Car comment remédier à cette crise symbolique de la démocratie ? Une piste est tout de même esquissée : "une République plus contractuelle et plus européenne, inscrite dans la mondialisation ...". Je crois en effet que le grand mythe mobilisateur de notre époque et des décennies à venir, c'est l'idéal européen, avec toutes les promesses qu'il contient : une civilisation nouvelle et à la fois très ancienne, un rapport inédit au monde, un dépassement de l'Etat-nation. La révolution de notre temps, c'est celle-là, je n'en vois pas d'autres. Ce qui se passe en ce moment en Grèce en est une illustration. Et pour les socialistes que nous sommes, le rejet du nationalisme, la construction d'un fédéralisme européen, la réflexion sur les nouvelles formes d'internationalisme sont des objectifs enthousiasmants, qui nous vont droit au cœur.

vendredi 10 juillet 2015

Tsipras magistral



Dans mon billet de lundi, au lendemain de la victoire écrasante du non au référendum en Grèce, j'ai senti, moi qui souhaitais la victoire du oui, qu'Alexis Tsipras pouvait être l'homme de la situation, à la façon de De Gaulle en 1958, porté au pouvoir par les partisans de l'Algérie française et accordant pourtant l'indépendance à l'Algérie. En Grèce, le problème est évidemment d'une toute autre nature, mais d'une identique gravité.

Je dois dire que les propositions faites par le Premier ministre dès hier soir, et discutées en ce moment même par le Parlement grec, comblent mes espérances et font taire les commentaires méprisants de ceux qui dénonçaient l'irresponsabilité de Tsipras et de son équipe : ce sont des propositions "sérieuses et crédibles", comme l'a souligné tout de suite François Hollande, qui joue dans cette affaire un rôle très positif d'intermédiaire entre la Grèce et l'Allemagne.

Tsipras, depuis quelques jours et jusqu'à ce jour, est magistral, très politique dans ses choix et son comportement, qui se résume en trois mots : rassemblement, habileté, courage (ces trois termes expriment d'ailleurs parfaitement le sens politique quand il atteint l'excellence).

Rassemblement : au lendemain du référendum, fort de son succès, le Premier ministre aurait pu en rester là. Non, il a réuni les principaux partis de son pays, à l'exception de l'extrême droite et des communistes, pour s'assurer de leur soutien, en vue de sa rencontre avec les autorités européennes.

Habileté : n'importe quel homme politique, à quelque niveau que ce soit, obtenant 60% des voix, devient immédiatement le roi du monde. A partir de là, il a les mains libres, n'est plus tenu par une coalition incertaine, peut agir efficacement. C'est ce qu'Alexis Tsipras ne s'est pas privé de faire dès lundi. L'homme politique véritable est celui qui s'émancipe des siens. François Mitterrand, magistral lui aussi, souverain même, l'a prouvé à maintes reprises.

Courage : la politique consiste à faire accepter ce que spontanément on n'accepte pas, parce que rares sont ceux motivés par l'intérêt général (et c'est naturel : chacun pense à lui, à ses proches, pas aux autres). Le Premier ministre a repris une partie des propositions de ses créanciers, allant même plus loin qu'eux sur certains points : augmenter la TVA, réformer les retraites, privatiser, ce n'est pas facile quand on vient de la gauche radicale. Et pourtant, Tsipras le fait, parce que c'est l'avenir de son pays qui est en jeu, sa survie, et pas les intérêts d'une boutique politique.

Dans son programme, il est significatif que l'armée est touchée (réduction des dépenses militaires), mais pas l'Eglise, pourtant en partie exemptée d'impôts. Vu de France, c'est "choquant", pour employer le mot à la mode. Mais la Grèce ne vit pas, comme chez nous, sous le régime de séparation. Même Syrisa n'a pas remis en cause cette exception. Pourquoi ? Parce que la religion orthodoxe fait partie de l'identité nationale, beaucoup plus fortement que le catholicisme en France, vieux pays laïque. Surtout, cette puissante Eglise joue un rôle caritatif très important, qu'il aurait été malvenu de limiter par une taxation, alors que le pays traverse une grave crise sociale.

Tout est-il donc réglé ? Non, pas plus que De Gaulle n'a réglé en quelques jours le problème algérien. Désormais, la balle est dans le camp de l'Europe, dimanche prochain. A elle de répondre positivement aux propositions grecques, aux efforts qu'accepte de faire ce courageux pays. Mais il faut du donnant-donnant : allégement, réaménagement de la dette, nouvelle aide, il faut techniquement voir.

Dominique Strauss-Kahn a avancé quelques pistes, qui ne suivent pas strictement le plan des créanciers. A eux de revoir leur projet, comme Alexis Tsipras a revu le sien. En politique, ça s'appelle le compromis, qui est l'essence même de la politique, sauf pour les jusqu'au-boutistes, qui campent sur le rapport de force et n'en bougent pas, quitte à tout perdre. Finalement, il n'y a que deux attitudes possibles en politique : être minable ou être magistral.