mardi 30 avril 2013

Mourir et aimer



Les obsèques de Marie-Lise Semblat ont eu lieu ce matin, en l'église d'Etreillers, en présence d'une foule importante et bigarrée, à l'image de sa vie d'engagement militant et des nombreuses rencontres qu'elle a pu faire. De Saint-Quentin, les élus Colette Blériot, Alain Gibout et Monique Ryo ; de la région Picardie, Michèle Cahu et Olivier Chapuis-Roux, ainsi que Yann Joseau, Frédérique Lepot et Ezio Monselatto pour le monde associatif.

D'autres figures locales bien connues, pour ce dernier hommage à Marie-Lise : Viviane Caron, Josette Casinelli, Antoine Crestani, Jean-Philippe Daumont, Hubert de Bruyn, Christophe Genu, Jocelyne Guezou, Paule Guilbert, Nathalie Lobjoie, Jocelyne Nardi, Stéphane Nowak, Anna Osman, Annette Pierret, Dominique Puchaux, Sylvie Racle, Evi Ralli, Maurice Vatin ... et sûrement d'autres personnalités ou responsables associatifs qui auront échappé à mon attention, tellement il y avait de monde. Tous témoignent, par leur présence, par leur diversité, des liens riches et multiples que Marie-Lise Semblat avait noué durant une existence bien remplie, entièrement justifiée.

Il y a celle qui part, il y a celui qui reste, mon cher Jean-Pierre, Semblat, rencontré la première fois il y a 19 ans, en arrivant comme jeune enseignant au lycée Henri-Martin, sans cesse croisé depuis, dans mes activités et ses activités associatives. Les enterrements, on s'en passerait, c'est un moment éprouvant, je ne sais souvent trop que dire tant la mort nous laisse impuissants. Mais là, Jean-Pierre m'a impressionné par sa dignité, qui consiste tout simplement, dans le malheur, à rester soi-même : il était comme toujours, sous sa barbe marxiste, dans sa veste de cuir noire, avec sa voix forte et ferme qui avait quelque chose de rassurant, tant on a besoin d'être fort et rassuré dans ce genre de circonstances.

Jean-Pierre a été fort, avec naturel, et il nous a transmis de sa force, qui porte un autre nom : l'espoir. Ce qu'on peut traduire ainsi : rien ne s'arrête, rien ne s'efface, la vie continue, Marie-Lise, à sa façon, est toujours parmi nous. Tout juste Jean-Pierre a-t-il précisé que sa voix, sa fameuse voix, serait "moins mâle" que d'habitude, que les hommes aussi ont le droit de pleurer. Mais les larmes sont restés à l'intérieur, et c'est mieux comme ça.

Formidable Jean-Pierre, qui a su garder son humour, nous faire sourire malgré notre tristesse : la "gueule d'enterrement", ce n'est pas son genre, qu'il en soit remercié, il nous a sauvés de l'accablement, qui ne sert à rien. Lui seul, maître de cérémonie, pouvait nous faire échapper à la tragédie d'une disparition aussi brutale. Jean-Pierre, qui souffre forcément, a eu l'intelligence et la maîtrise de la situation, sans pathos inutile. C'est rare. Sa famille aussi, que je ne connais pas, a suivi dans cette même ligne de dignité.

Et puis, il y a autre chose, que je ne savais pas : c'est la foi de Marie-Lise, son espérance en une autre vie. Je la connaissais féministe, progressiste, tiers-mondiste (comme on disait autrefois), mais pas chrétienne. Incontestablement, cette dimension a éclairé toute la cérémonie et toute la matinée. On a beau dire, mais contre la mort, il n'y a d'efficace que la foi. Le reste est vaine consolation. La cérémonie était religieuse, avec un prêtre, Marcel Ouillon, mais sans messe. Une cérémonie d'aujourd'hui, à l'image de Marie-Lise, où se mêlaient le Kyrie Eleison, la chanteuse Anne-Sylvestre, le Magnificat en latin, Charles Baudelaire et un chant africain. Marcel, prêtre-ouvrier, je l'associe plus aux manifs qu'à la messe, surtout en cette veille de premier mai !

Après l'église, nous avons rejoint en cortège le cimetière, où chacun, devant la tombe, a pu témoigner de son amitié à Marie-Lise. C'était bien de marcher, de respirer et d'espérer. La douceur du temps avait quelque chose de rassurant, là aussi. Et puis, nous avons terminé dans la salle municipale d'Etreillers, pour nous restaurer, pour que le corps reprenne des forces, puisqu'il en a autant besoin que l'âme. C'est un moment chaleureux, où la vie l'emporte encore sur la mort. Manger, boire, discuter, avec des photos de Marie-Lise qui défilaient sur l'écran, et sur les tables, des livres qu'elle a aimés : Bourdieu, Lévi-Strauss, Onfray, Touraine, Weil, Mounier ... tout un parcours intellectuel.

En quittant Jean-Pierre et la cérémonie, car il faut bien à un moment se quitter, j'avais en tête ces vers de Baudelaire, dans "L'invitation au voyage", entendus à l'église : Aimer à loisir, aimer et mourir. Oui, si la vie n'était que ça, aimer à loisir, aimer et mourir, elle serait amplement justifiée, elle se suffirait à elle-même. Mais la douce lumière qui a traversé la matinée, l'église et la campagne d'Etreillers, nous laissait entendre et nous faisait espérer autre chose : mourir et aimer, mourir nécessairement mais continuer à aimer. Comprenne qui pourra, comme il est écrit dans un grand texte de foi, cité aujourd'hui.


Vignette 1 : Marie-Lise à l'inauguration de l'exposition au palais de Fervaques, dans le cadre de la journée internationale des droits de la femme, le 10 mars 2012.

Vignette 2 : lors du repas de l'ASTI, association de solidarité avec les travailleurs immigrés, le 05 novembre 2011.

lundi 29 avril 2013

Philosophie dominicale



Ce dimanche, café philo à la Caverne du Dragon, sur le thème : Les cérémonies patriotiques sont-elles utiles ? Parmi le public, on reconnaît Thierry Delerot, vice-président du Conseil général de l'Aisne (vignette 2 et 3). Le dimanche d'avant, café philo aux Phares, place de la Bastille, à Paris, sur le thème : La force des faibles (vignette 1).

Remaniement



Il est beaucoup question ces temps-ci d'un possible remaniement gouvernemental. Les Français, paraît-il, le souhaiteraient. Pourquoi pas, mais s'il vous plaît, pas d'union nationale ! Cette expression est politiquement absurde (mettre un peu de gauche et un peu de droite ensemble, ça n'a pas de sens, ça ne débouche sur rien). C'est un déni de démocratie (il faut respecter le choix des Français, qui se sont donnés l'an dernier une ligne social-démocrate pour cinq ans). Le gouvernement d'union nationale n'a existé que dans de rares périodes, durant ou juste après des guerres : la crise économique, aussi grave soit-elle, ce n'est pas la guerre. L'union nationale, c'est un fantasme !

Si remaniement il devait y avoir (ce qui me semble peu probable), ce serait sous certaines conditions. D'abord, garder Jean-Marc Ayrault, un homme sage et solide, qui fait du bon boulot. Et puis, on ne va tout de même pas changer de Premier ministre au bout d'un an ! En revanche, réduire le nombre de ministres serait une bonne idée. Sur quel critère ? Très simple : il y a certains ministres dont les noms sont inconnus ou dont on ne sait pas ce qu'ils font. Ceux-là, on ne se rendra même pas compte de leur disparition ! Un ministre qui ne fait pas parler de lui (en bien évidemment) n'existe pas, et on n'a pas besoin de lui.

Il y a le cas des ministres qui ne sont pas complètement à l'aise dans l'équipe actuelle, parce qu'ils n'en partagent pas la ligne social-démocrate (Montebourg, Hamon, Duflot). Libre à eux, mais ils doivent prendre leurs responsabilités, en tirer les conséquences et partir. Car rester et critiquer, laisser entendre qu'une autre politique serait possible et souhaitable, ce n'est pas acceptable. A l'inverse, il y a de fortes personnalités socialistes qui sont actuellement en dehors du gouvernement et qui méritent tout à fait d'y entrer, car face à la difficulté, l'heure est au rassemblement de toutes les bonnes volontés : je pense bien sûr à Ségolène Royal, Martine Aubry et Bertrand Delanoë, les trois étant en phase avec la politique suivie.

Ceci dit, le gouvernement ne peut pas non plus rester socialo-socialiste, même avec une pincée écolo et un zeste de PRG : il lui faut s'élargir, pour conforter la majorité présidentielle de François Hollande. Faire appel à Jean-Luc Mélenchon ? Impossible, le leader du Front de gauche passe son temps à critiquer violemment la politique du gouvernement, ce n'est pas pour y faire son entrée ! Je ne vois qu'une seule nomination qui serait politiquement cohérente et qui aurait un impact électoral assez important : l'arrivée de François Bayrou à la tête d'un ministère. Le leader du MoDem a appelé à voter pour Hollande et il n'est pas très éloigné d'une politique social-démocrate. Le PS doit s'ouvrir au centre et pas sur sa gauche.

Mais un remaniement ne suffira pas : il faut aussi une reprise en main du parti socialiste, qui ne peut plus se comporter comme un parti d'opposition, qui doit assumer totalement son rôle de parti de gouvernement. Et pour ce faire, soutenir complètement le président de la République, seul et véritable patron.

dimanche 28 avril 2013

24%



Un sondage montre ce matin que 24% des Français sont satisfaits de François Hollande. J'en fais partie et j'en suis fier. Pour moi, les notions de fidélité, de constance, de cohérence ont un sens, en politique comme dans la vie. Je constate et je déplore que ce n'est pas le cas de tout le monde. Il y a un an, il y avait 62% de satisfaits. Tomber de près de 40 points, ne me dites pas que c'est normal, que c'est justifié : rien dans ce qu'a fait Hollande n'explique rationnellement une telle impopularité, exceptionnelle en cette première année de mandat.

Mais les faits sont là. Alors quoi ? Alors n'importe quoi ! Nous vivons à une époque et dans une société où les Français ne sont satisfaits de rien, d'absolument rien. Ce qui d'ailleurs me rassure : ce qui se passe avec François Hollande se passe pareillement avec n'importe qui ou n'importe quoi. Les gens ne sont jamais contents ! Le récent débat sur les rythmes scolaires en est une illustration quasi grotesque.

Pourtant, la satisfaction est une attitude toute simple, qui consiste à reconnaître que François Hollande correspond pour le moment à ce qu'on attendait de lui, ce que je crois fermement. Objectivement, on ne peut pas dire qu'il déçoive : au bout d'un an, ses engagements de campagne ont bel et bien commencé à être réalisés. Ceux qui ne le sont pas, ou pas encore, c'est que des éléments extérieurs l'ont empêché. Il y a donc tout lieu d'être satisfait de ce gouvernement (sauf quand on est de droite ou qu'on n'a pas voté pour lui, évidemment). D'où vient donc cette baisse-record de popularité ? Ne me demandez pas d'expliquer les turpitudes, l'irrationalité et les retournements de l'opinion publique : c'est à elle de se justifier, pas à moi de le faire. En tout cas, ce serait un grand tort de lui donner toujours raison.

J'ai l'impression que nous vivons dans un monde où aucune décision politique, aucune réforme de société, aucune mesure sociale ne peuvent contenter. Imaginons qu'Hollande décide d'augmenter tous les salaires de 100 ou 200 euros, je suis persuadé que l'idée susciterait des reproches, des critiques, du mécontentement : quoi, 100 ou 200 euros, mais ce n'est pas suffisant ! Puisque tout augmente, il ne sert à rien d'augmenter les salaires, ça revient au même, le gain est nul, la hausse est épongée dans la consommation ! Et puis, c'est injuste de donner un montant identique à tout le monde, les riches en seront encore plus riches et les pauvres, comparativement, toujours aussi pauvres ! et patati et patata. (je n'exagère pas, je ne caricature pas, voyez ce qui se passe avec les rythmes scolaires : les premiers à être pour sont maintenant les premiers à être contre !).

Il n'est pas demandé grand chose à l'électorat de gauche : simplement reconnaître que le gouvernement a fait jusqu'à présent le job. Se dire satisfait, ce n'est pas forcément tout approuver, ce n'est pas accorder une adhésion aveugle à la politique actuelle, mais exprimer avec honnêteté son contentement, les choses étant ce qu'elles sont. N'y aurait-il que 1% de satisfaits (j'espère qu'Hollande ne va pas descendre jusque-là !), j'en ferais encore partie. Car j'ai le sentiment que l'insatisfaction nourrit bêtement l'insatisfaction, par mimétisme, l'influence des médias aidant. Les insatisfaits se reproduisent sans peine, par voie orale : il leur suffit d'ouvrir la bouche, comme dans les repas de famille ou les rencontres entre amis, où l'on en vient vite à médire.

C'est pourquoi les socialistes doivent être parfaitement unis, ne laisser filtrer aucune petite différence entre eux. A 24% de satisfaction, il faut resserrer les rangs, sinon c'est le suicide collectif. Ce n'est pas gagné et je suis plutôt, à mon tour, mécontent : qu'est-ce que les ténors du parti en ont à s'en prendre aussi violemment à l'Allemagne ? Ce n'est pas digne d'un parti de gouvernement ! Il est tout de même malheureux que le Premier ministre en personne soit obligé de corriger des irresponsables. Il n'est pas acceptable que Barto joue perso : pour le moment, il n'est pas chef du gouvernement mais président de l'Assemblée nationale, très bon dans cette fonction. Qu'il ne cherche pas à jouer un autre rôle ! Camba, qui est l'auteur du texte sur l'Europe, voudrait bien, lui aussi, être ce qu'il a échoué d'être, premier secrétaire du parti. Qu'il fasse son travail de député, sans chercher à affaiblir Harlem. Et que les uns et les autres n'aient qu'un chiffre en tête : 24%. Ont-ils vraiment envie que la chute continue ? Pas moi.

samedi 27 avril 2013

L'ordre et l'égalité



Le grand mouvement contre le mariage pour tous, étonnant par son ampleur, mérite qu'on l'analyse d'un peu plus près, sans préjugé ni visée polémique. Il va forcément sur sa fin, le combat cessant non faute de combattants, qui sont nombreux et toujours mobilisés, mais faute de combat, une fois que la loi sera définitivement adoptée, tous les recours légaux épuisés. Je ne crois pas que nous ayons assisté, depuis plusieurs mois, à l'affrontement des cathos contre les homos. Il n'y a pas d'un côté une cause spirituelle, même si toutes les religions ont manifesté leur hostilité au projet de loi, et de l'autre côté la cause d'une minorité sexuelle. Ce n'est pas la lutte de la foi contre le droit.

Non, ce n'est pas dans la morale ou la religion qu'il faut aller chercher les racines et les ressorts du conflit, mais bel et bien dans la politique. C'est cette lecture-là qu'il faut faire, selon moi, de l'événement. Car les adversaires du mariage pour tous n'étaient chrétiens que pour une minorité, et tous les chrétiens ne se sont probablement pas reconnus dans ces manifestations de masse. En revanche, et c'est une évidence, un constat, toute la droite, jusqu'à ses extrêmes, a participé au mouvement (à l'exception de quelques individualités). L'UMP a engagé ses troupes sur ce terrain.

De même, les partisans du mariage pour tous n'étaient pas forcément homosexuels, loin de là. Au contraire, la grande majorité s'est recrutée parmi les hétéros. Là aussi, c'est le critère politique qui a été premier, puissant, mobilisateur : tous les partis de gauche et d'extrême gauche se sont retrouvés dans ce combat. C'est donc sur ces faits incontestables et massifs qu'il faut faire reposer l'analyse, pour tenter de comprendre quelque chose à un soulèvement inattendu.

Comme bien souvent dans notre histoire nationale, il y a confirmation du clivage droite-gauche, que certains, confondant leur désir et la réalité, s'obstinent à vouloir effacer ou relativiser, alors qu'il n'a jamais été aussi flagrant. Depuis deux siècles, la valeur qui détermine l'imaginaire de droite, c'est l'ordre. Fondamentalement, un homme de droite se reconnaît à ce qu'il est, avant tout, un homme d'ordre. Or, dans une société qui n'a jamais autant bougé, et si rapidement, bien des formes d'ordre sont mises à mal. Nous vivons, à tort ou à raison, une époque de changement permanent, comment sans doute l'humanité n'en a pas connu par le passé, en tout cas pas avec une telle accélération. Dans cette situation singulière, l'homme d'ordre est déboussolé (au sens étymologique du terme), il lui faut des repères, il ne lui reste plus qu'un seul type d'ordre, naturel, biologique auquel se raccrocher, la famille, sous sa version la plus traditionnelle, père, mère et enfants.

Autrefois, la droite défendait l'ordre social, politique ou religieux ; elle a cédé sur ces trois terrains, s'est modernisée elle aussi, est devenu progressiste et réformatrice sur certains points. Mais la famille demeure son dernier point d'ancrage, sur lequel elle ne peut pas céder sans risquer de se renier. La famille, c'est l'ordre le plus basique qui soit, dans lequel Aristote voyait déjà une petite société en miniature, avec son chef, sa loi, sa hiérarchie. Les grands penseurs réactionnaires du XIXème siècle ont tous promu la famille comme pilier de la société. J'ajoute que ce point de vue, cette sensibilité politique qui n'est pas la mienne est parfaitement cohérente et respectable.

A gauche, la valeur structurante, c'est l'égalité. Quand le peuple de gauche se soulève, manifeste, c'est souvent pour elle. A droite, où l'on a autant le sens de la justice qu'à gauche, c'est plutôt la valeur d'équité qui a la préférence. Pour la gauche, le mariage homo n'est pas fondamentalement une affaire de différence sexuelle ou la promotion d'un mode de vie, c'est l'élargissement d'un droit en vue d'une plus grande égalité entre les couples. Le "pour tous" est ce qu'il y a de plus important, qui signe l'objectif d'égalité du projet. Ce n'est pas du tout une revendication libertaire ou libertine.

On se plaint parfois que la politique ne séduise plus, que l'idéologie soit passée de mode. Mais nous avons assisté ces derniers mois à un formidable débat idéologique, à une grande confrontation politique entre la France de droite et la France de gauche, alors qu'on pouvait plutôt s'attendre à un soulèvement social sur la question du chômage ou du pouvoir d'achat. Non, c'est une question sociétale qui a mis le feu aux poudres. L'étranger s'en étonne, mais notre pays est ainsi.

vendredi 26 avril 2013

Inquiétant Mélenchon



Avez-vous vu hier à la télé Jean-Luc Mélenchon ? Plus de deux heures d'émission ! Jusqu'à présent, je ne partageais pas ses idées (trop radicales) mais j'avais de l'estime pour le personnage, sa sincérité, sa force de conviction, sa culture, son lyrisme. Et puis, c'est un homme de gauche, dont les valeurs, les combats, certaines analyses sont assez souvent les miens. Sauf qu'hier, je ne l'ai plus du tout reconnu, je trouve qu'il est allé beaucoup trop loin, je l'ai trouvé inquiétant.

D'abord, il y a ses cris : j'avais l'impression qu'il ne parlait pas mais qu'il hurlait. Dans un meeting, devant une foule, être tonitruant peut produire un bel effet rhétorique. Mais sur un plateau de télévision, non. Pourquoi ce besoin de hausser le ton, d'élever la voix ? On peut tenir des propos radicaux en restant calme. Son corps semblait suivre l'excès de sa parole, se soulevant lui aussi régulièrement, comme s'il avait la danse de Saint Guy. J'ai inévitablement pensé à Georges Marchais, qui roulait pareillement des épaules et des yeux. Et ce n'est pas dans ma bouche un compliment ...

Et puis, il y a sa façon de s'en prendre aux journalistes, tellement outrancière qu'elle en devient idiote. On peut critiquer le système médiatique sans pour autant s'attaquer aux personnes pour un oui pour un non, sur un mot, une expression. L'effet était catastrophique, donnant vraiment le sentiment que Jean-Luc Mélenchon esquivait les questions qu'on lui posait, restait complètement enfermé, muré dans son point de vue, ses certitudes, sans dialogue possible avec lui.

Par moments, son visage faisait presque peur. Ses pointes d'humour étaient parfois compréhensibles que de lui seul, s'amusant à ses propres blagues, ravis de l'image qu'il était en train de donner. Spontanément, y compris par son physique, ses mimiques, il m'a fait penser à Jean-Pierre Lançon ! Ses répétitions obstinées signalaient un esprit qui raisonne en boucle, imperméable à toute confrontation. Le monde selon Mélenchon est divisé en deux : lui qui a raison et les autres qui ont tort. Il y a quelque chose d'autiste et de régressif dans cette position, qui est celle de la forteresse assiégée, du contestataire professionnel.

Franchement, j'ai trouvé ce mauvais numéro très inquiétant. A plusieurs reprises, j'avais l'impression que Mélenchon jouait un rôle, d'où ces déclamations très théâtrales, virulentes, ces formules creuses et clinquantes, ces gesticulations appuyées. On a l'impression qu'il s'auto-caricature, qu'il force volontairement le trait, frisant à certains moments une forme de grotesque. Je me demande si l'ex-socialiste n'est pas prisonnier du personnage qu'il s'est inventé, auquel il doit son succès mais qui le conduit à la perdition.

Ce n'est pas tant l'homme qui m'inquiète : en politique, chacun fait ses choix, les assume et suit son destin. Non, ce qui m'inquiète, c'est ce qu'il représente auprès de plusieurs millions d'électeurs qui ont choisi de le suivre. Car même s'il a beau s'en défendre, c'est bien une forme de populisme de gauche qu'incarne Mélenchon (et que je ne confond bien sûr pas avec le populisme d'extrême droite). Mais où va-t-il comme ça ? Il a plusieurs fois évoqué le "rapport de force", comme si c'était la formule magique qui lui permettait d'exister politiquement. Non, jamais Mélenchon et ses amis ne changeront la social-démocratie qui est au gouvernement. Que leur reste-t-il à faire ? Jouer la comédie du grand méchant loup comme l'a fait hier soir Jean-Luc Mélenchon. Si j'étais communiste, je m'inquiéterais encore plus que le social-démocrate que je suis. L'épisode Marchais n'a pas profité au PCF, il a même entraîné son déclin (qui a bien sûr également d'autres raisons).

jeudi 25 avril 2013

50 ans à droite



La gauche saint-quentinoise n'a parfois pas le moral, après 18 ans de règne de la droite, et des perspectives d'avenir pas toujours réjouissantes. J'aimerais la consoler un peu en montrant que ce n'est pas mieux ailleurs, relativiser la situation. Malgré les apparences, nous ne sommes pas dans un état d'exception. La preuve, c'est la comparaison avec la gauche de ma ville natale, Saint-Amand-Montrond, qui n'est pas en meilleure forme, qui est même en situation pire, puisque la droite est à la tête de la municipalité depuis 50 ans ! Au-delà des inévitables différences, les analogies sont troublantes, au nombre de cinq : un potentiel réel à gauche (Yann Galut est député socialiste), mais une gauche divisée sur la question des alliances (à Saint-Amand, c'est le MoDem qui pose problème), l'impact du scrutin municipal de 2008, le rôle de la presse dans le déroulement du conflit, l'absence de leader naturel.

Trois dates récentes sont à retenir : le 15 janvier, pleine page dans le Berry républicain sur une possible alliance PS-Verts-MoDem en vue de 2014, grande photo de quatre élus d'opposition, le socialiste Clément Bernard, l'écologiste Daniel Maizeret, le centriste Michel Mrozek et Gilbert Aubrun. Pourquoi cette stratégie ? Parce qu'en 2008, les listes de gauche et centriste arrivaient en tête, auraient pu battre l'UMP si elles s'étaient unies au second tour, ce qui ne s'est pas fait.

19 janvier : réplique, toujours dans la presse, en pleine page et grande photo, de quatre autres responsables de gauche, David Elis, du Parti de gauche, Françoise Winckler, conseillère municipale communiste, Jean-Claude Coffin (ancien conseiller régional et figure historique du PCF local) et Joël Bugogne. Ils reprochent à leurs camarades précédemment cités d'être déloyaux, secrets et rejettent catégoriquement toute alliance au centre.

04 mars : réunion de la section socialiste de Saint-Amand, qui décide de désigner dès maintenant sa tête de liste pour les prochaines élections municipales. Deux candidats sont en lice : Clément Bernard, l'élu municipal, et un militant inconnu, Alain Pouillou. A votre avis, qui l'a emporté ? L'inconnu, évidemment ! En politique, quand il y a conflit, on va chercher quelqu'un qu'on ne connaît pas, qui n'a pas encore eu le temps d'être impliqué, du moins publiquement, dans le conflit. Allez savoir : ça peut aussi marcher ! Ca me fait penser à la femme de ménage qui glisse la poussière sous le tapis. Dans la même veine, je ne sais plus qui disait qu'un problème trouvait toujours sa solution en restant au fond d'un tiroir. En l'occurrence, c'est Bernard qui est sous le tapis ou dans le tiroir ...

Dans ces conditions, la gauche saint-amandoise est mal partie pour battre la droite au printemps prochain. 50 ans d'UDR, de RPR et d'UMP, ça ne leur suffit donc pas ? A Saint-Quentin, nos 18 ans paraissent bien modestes et moins désespérants. Mais ne sommes-nous pas, nous aussi, à ce rythme, engagés pour 50 ans de droite ?

mercredi 24 avril 2013

Marie-Lise Semblat



C'est de ma ville natale, Saint-Amand-Montrond, où je séjourne pour quelques jours, que j'ai appris le décès de Marie-Lise Semblat, dans un accident de la route, en Haïti. Marie-Lise est une personnalité du monde associatif local et régional, depuis fort longtemps, présidente de l'association Aster-International. Toute disparition est une souffrance, celle-là plus encore, tant elle est brutale et inattendue. C'est pour moi une grande tristesse, une grande peine. Je pense bien sûr à Jean-Pierre, son époux, conteur picard bien connu lui aussi, notamment chroniqueur à L'Aisne Nouvelle.

Marie-Lise, c'était d'abord, à mes yeux, une présence, un personnage avant même d'être une personnalité (les deux ne sont pas forcément synonymes), quelqu'un qui ne pouvait pas laisser indifférent. Sa voix, son physique et son message en imposaient. Ce qui l'animait, c'était la passion, et ce n'est pas si fréquent dans nos vies de routine. C'était une personne entière, n'hésitant jamais à dire ce qu'elle pensait, avec force et tonitruance, une femme engagée, impressionnante de convictions. Elle ne cachait pas ses idées de gauche, mais elle restait avant tout une femme libre, y compris de critiquer la gauche quand il le fallait !

Nous étions à la fois très proches et, par certains côtés, éloignés. La première proximité était professionnelle : elle était prof de philo, enseignante autrefois dans mon lycée, Henri-Martin. La philosophie, c'est une discipline qu'on ne quitte pas et qui influence tout ce qu'on dit et fait : pareil pour Marie-Lise, qui était philosophe en bien des occasions, parfois invisiblement. Mais pour comprendre Marie-Lise, il faut aller plus loin : son féminisme était pour elle très important, déterminant et omniprésent. C'était chez elle un militantisme de tous les instants, sur lequel elle ne cédait rien. Par exemple, elle m'avait gentiment reproché de ne pas faire suffisamment de place aux femmes dans mon livre "Les Saint-Quentinois sont formidables". Je me suis bien sûr défendu, elle n'a pas plié. Toute Marie-Lise Semblat est là : une combattante !

Ensemble, à travers nos associations respectives, nous nous retrouvions chaque année pour organiser à Saint-Quentin la journée internationale pour le droit des femmes, en mars, et la journée contre les violences conjugales, en novembre. La synergie de nos deux réseaux assurait à chaque fois le succès de ces manifestations. Le 8 mars dernier, elle n'a pas pu participer à notre ciné philo commun, étant partie à Rabat pour une animation évidemment féministe. Car c'était aussi une particularité forte de Marie-Lise : toujours par monts et par vaux, souvent entre deux avions ! C'est sans doute la dimension la plus originale et la plus précieuse de son action : l'international. L'Afrique était son continent de prédilection, une terre d'amour autant que de militantisme. Le droit des femmes, c'est à travers la planète, et dans les pays où elles sont les plus opprimées, qu'elle le défendait, avec un immense respect, une forte compréhension des cultures qu'elle approchait et qu'elle intégrait. Cette soixante-huitarde dans l'âme avait gardé de ces années-là l'attrait pour les différences culturelles, le refus de réduire le monde à la mentalité occidentale.

Marie-Lise Semblat est morte comme elle aura vécu, en militante, sur le terrain, dans un pays, pour une cause qui lui tenaient à coeur. Une femme de tête et une femme de coeur, oui c'est ce que je retiendrai d'elle.

mardi 23 avril 2013

Camarade La-Morale



C'est fait : Vincent Peillon introduit des cours de morale laïque à l'école. Heureux ? Bin oui : quand on est laïque, on ne peut qu'approuver. Bon, depuis que l'école laïque existe, on y parle de la laïcité et de ses valeurs (forcément). Moi-même, dans mon enseignement de philosophie, en défendant la tolérance, la rationalité, la pluralité des idées, j'inculque à mes élève un état d'esprit laïque. Est-ce une forme de morale ? Oui, sans doute, qu'on peut aussi appeler, si on veut, éthique ou citoyenneté. D'ailleurs, l'éducation civique existe depuis déjà pas mal de temps. Mais qu'un temps spécifique soit dédié à la morale laïque, pourquoi pas, c'est une bonne chose, avec laquelle tout le monde ne pourra qu'être d'accord.

Maintenant, il ne faut pas trop se faire d'illusion : "faire" la morale, comme on dit, consiste à en parler, à donner une "leçon de morale". Or, en matière de bien (puisque la morale est la pratique du bien et le rejet du mal), rien ne vaut l'action. "Faire" à quelqu'un la morale, c'est ne rien faire, c'est seulement montrer ce qu'il faut faire. Ce n'est pas rien, évidemment, mais l'essentiel est néanmoins dans l'agir, qui dépasse très largement tout enseignement. Je crois en la vertu lorsqu'elle a force d'exemple, dans la vie des individus. Je me méfie d'elle quand elle devient l'objet d'un discours, qu'on écoute poliment mais dont on ne fait pas grand chose, avec toujours ce soupçon à entendre un moraliste : "faite ce que je dis, pas ce que je fais".

Et puis, depuis pas mal d'années, il y a une véritable demande sociale en matière de morale, sur l'air nostalgique de l'école d'autrefois, tellement mieux que celle d'aujourd'hui. Tout ça est pipeau. Quand l'instituteur écrivait le matin sur le tableau noir, en belles lettres (je l'ai aussi vécu !) : "Qui vole un oeuf vole un boeuf", les gamins notaient consciencieusement et rigolaient intérieurement, et ça n'empêchait pas de voler des oeufs et des boeufs ! La morale n'efface pas la nature humaine. De ce point de vue, je crois plus en la force de la loi qu'en l'efficacité de la morale.

Mais notre société, qui se permet pourtant bien des turpitudes (l'internet en est le miroir), est avide de morale. La politique, elle n'enthousiasme plus. L'idéologie, personne n'adhère. La religion, elle a dans notre pays reflué comme jamais. Qu'est-ce qui reste quand on a tout perdu, quand on ne croit plus en rien ? La bonne vieille morale ... Le sexe est suspect (affaire DSK), le mensonge fait horreur (affaire Cahuzac), l'argent attire la méfiance (loi de "moralisation" de la vie publique), la gestion des deniers publics se réclame de la "rigueur" et de l'économie. A l'école, au gouvernement, dans la finance et partout ailleurs, c'est le triomphe de la morale.


dimanche 21 avril 2013

La République au soleil



J'ai passé une partie de l'après-midi allongé dans l'herbe, au soleil, la tête dans le ciel. Mais pas n'importe quelle herbe : la pelouse du jardin du Luxembourg, à Paris. Le matin, j'avais animé la séance du café philo des Phares, à la Bastille, sur le thème : la force des faibles. En sortant, les premiers manifestants en faveur du mariage pour tous se mettaient en place. Je reviens à ma pelouse, sur laquelle je me suis assoupi, jusqu'à être réveillé par un drôle de bruit, un gros bourdonnement au dessus de moi : un hélicoptère !

Cet engin à cet endroit, c'est peu banal, surtout lorsque je me suis rendu compte qu'il stationnait dans le ciel, ou évoluait mais par aller et retour. J'ai quand même vite compris : il suivait la manifestation des anti-mariage homo, de Denfert aux Invalides. Au déplacement de l'hélico, j'ai pu suivre l'avancement du défilé et même grosso modo évaluer sa longueur, le mouvement de l'hélicoptère en donnant une petite idée, par déduction. Quand on est allongé dans l'herbe à ne rien faire, il suffit de peu de choses pour occuper l'esprit.

Puis j'ai redescendu le boulevard Saint-Michel en pensant, comme à chaque fois que je suis là, à Mai 1968. Et je me suis dit aussi que le mariage homo, finalement, je m'en fichais : je ne suis ni marié, ni homo et je n'ai envie ni de l'un ni de l'autre. Je me sens étranger au mouvement LGBT, je ne m'intéresse pas à la théorie du genre. Mais je suis de gauche et républicain. La République, c'est quoi ? Une devise qui commence par la liberté ... et qui finit par elle. L'égalité, on en est encore loin et la fraternité n'est pas très développée. Si la République a mis en premier la liberté, c'est qu'elle pressentait que sur ce terrain elle serait la plus forte.

Quel rapport avec le mariage homo ? J'y viens : il y a des tas de gens très bien qui sont contre (et même quelques personnalités de gauche), pour des raisons éminemment respectables, d'ordre anthropologiques ou spirituelles. Mais il y a un argument que je retiens, qui me semble déterminant : celui de la liberté. La loi sur le mariage pour tous ne touche absolument pas à la liberté des anti, qui n'y perdent rien, et elle accorde une liberté nouvelle à ceux qui sont pour. Au nom de quoi, en République, être gêné par la liberté, ou refuser une liberté supplémentaire qui ne lèse personne ?

Je vais plus loin : une fois la loi adoptée, les anti pourront continuer à militer contre, à dissuader, par leur argumentation, d'utiliser ce droit nouveau. S'ils ont raison, s'ils sont convaincants, la loi deviendra lettre morte, sauf pour quelques partisans qui feront appel à elle. Et puis, cette droite qui soutient le mouvement contre le mariage homo pourra, dans son prochain programme électoral, proposer l'abrogation du texte législatif actuel.

Vous voulez que je vous dise ? Les adversaires du mariage homo vont très vite ranger leurs banderoles et on n'en entendra plus parler. L'UMP ne fera pas campagne, lors d'une prochain élection, pour la suppression du mariage pour tous. Qu'est-ce qui me rend si catégorique ? C'est qu'en République (et à part l'extrême droite, nous sommes tous républicains), la liberté est une valeur plus forte que tout. Quand on y a goûté, on ne revient pas dessus.

C'est beau la République, quand on est allongé dans le Luxembourg et qu'on traverse le quartier Latin, qu'il fait aussi beau temps qu'aujourd'hui. Ca rend confiant.

samedi 20 avril 2013

Gironde conteste



A Saint-Quentin, depuis 18 ans, un axiome quasi mathématique gouverne la droite municipale : union absolue derrière le chef, pas une tête ne dépasse. C'est ce qui fait sa force, et sa victoire presque sans interruption aux élections locales. Toute règle a cependant ses exceptions : Colette Blériot, aux cantonales de 1998, n'en a fait qu'à sa tête ; en 2001, le conseiller municipal délégué aux foires et marchés avait manifesté sa mauvaise humeur (j'ai oublié son nom et la raison) en assistant à une réunion électorale de la députée socialiste, tête de liste, ce qui évidemment avait fait jaser ; quelques années plus tard, Vincent Savelli, alors adjoint, avait tenu, dans le magazine L'Express, des propos peu amènes à l'égard de Pierre André et Xavier Bertrand, quasiment traités de tyrans (!) ; enfin, Antonio Ribeiro, après avoir rallié la majorité, s'en est pris publiquement à sa collègue chargée de l'Education. A chaque fois, le rappel à l'ordre a été efficace et l'axiome de départ confirmé : pourquoi la droite locale s'en priverait-elle puisque c'est ce qui la fait gagner ?

Ce matin, dans le Courrier picard, nouveau coup de canif dans le contrat ou, si vous préférez, fausse note (et c'est rare, je tiens à le souligner, tant la droite saint-quentinoise est soudée) : "L'élu conteste les choix dans les marchés publics", c'est le titre en première page, mais pas le principal. Sur le coup, j'ai cru à une dernière turpitude d'Antonio Ribeiro, tant j'imaginais mal un élu de la majorité se lever ouvertement contre Xavier Bertrand. Mais non, c'est le très sage Paul Gironde. Qu'est-ce qui lui prend ? Il n'est pas content des marchés publics qui reviennent selon lui à des entreprises extérieures à la ville. Une telle prise de position, à un an des élections municipales, sur le sujet le plus délicat et le plus douloureux à Saint-Quentin, l'emploi, a de quoi surprendre.

Quand on sait, de plus, que Paul Gironde est représentant du MoDem, on pourrait presque en conclure à une sorte de dissidence politique. En même temps, il faut être prudent. Dans la forme, il s'agit d'un courrier adressé au maire, dont on se demande comment et pourquoi il a été rendu public : est-ce par la volonté de son auteur ? Ou est-ce la presse qui en a eu connaissance par un autre biais ? La "lettre ouverte" est un mode d'expression politique, mais on ne sait pas vraiment si Paul Gironde en a fait usage.

En tant que conseiller délégué chargé des relations avec les entreprises, l'élu est dans son rôle. Mais quand la journaliste lui demande d'étayer sa critique, la réponse est évasive : "Il n'y a pas d'exemple précis de marchés attribués à des entreprises extérieures : c'est global, c'est une généralité". Ah bon ? Pas d'exemple précis ? A quoi bon alors contester s'il n'y a pas de démonstration précise de ce qu'on avance ? Il y a bien un entrepreneur qui s'en prend à Xavier Bertrand, qui dénonce l'écart entre le discours et la pratique, mais ce contestataire-là tient à rester courageusement "anonyme". Un témoin cependant à visage découvert : Charles Simon, président de Consommateur et citoyen, qui cite l'exemple des fournitures de papeterie scolaire.

Plus surprenant encore, on pourrait s'attendre à ce que l'opposition se saisisse de cette exceptionnelle fissure à droite : pas du tout, son chef de file, Jean-Pierre Lançon, semble plutôt prendre la défense de la Municipalité, en expliquant que "ce qui peut arriver, ce sont des entreprises saint-quentinoises peut-être moins chères mais qui ne remplissent pas le cahier des charges". Gironde tempête et Lançon tempère ! Autre hypothèse : le conseiller délégué ne s'exprime pas vraiment en tant qu'élu, dans une perspective politique, mais en tant que chef d'entreprise qui défend ses intérêts et ceux des patrons locaux. En tout cas, c'est une affaire à suivre ... si suite il y a.

vendredi 19 avril 2013

En mai, ça va péter ?



Certains le prédisent, d'autres le souhaitent ou bien le redoutent : en mai, mois historiquement chargé, ça peut, ça va péter. Colère, révolte, ras-le-bol, explosion sociale, manifestation, peu importe le mode d'expression, la formule est là, répétée avec envie, crainte ou scepticisme : ça va péter. Qu'est-ce qui va péter exactement ? On ne sait pas trop bien, le "ça" est par définition indéterminé, il renvoie chez Freud à l'inconscient, à ce qu'on ne peut pas nommer. C'est plutôt de l'ordre du sentiment, de l'impression, de la pulsion. Quand on dit que "ça" va péter, on pense que "tout" va péter. Et surtout, on prend son désir pour une réalité.

Le phénomène n'est cependant pas seulement subjectif ou psychologique; il y a évidemment des données objectives, atmosphériques, un climat, une ambiance qui laisse croire que ça va péter, comme le ciel d'été avec sa grosse chaleur et ses nuages noirs font pressentir l'orage. Je vois trois éléments perturbants et peut-être déclencheurs :

1- L'affaire Cahuzac ébranle évidemment le système, avec une même violence que l'affaire DSK : après le sexe, l'argent, et dans les deux cas, le mensonge (c'est en tout cas perçu comme ça par une bonne partie de l'opinion). A partir de là, tout ce que la France compte de démagogues, de populistes, d'antirépublicains se déchaînent sur l'air du "tous pourris". La République a régulièrement traversé ce genre de crise politique et morale.

2- La contestation du "mariage pour tous" : elle est massive, profonde, de plus en plus radicale, parfois violente, elle touche un symbole de civilisation, une institution. Pour moi, ce n'est qu'un aménagement juridique sans problème, largement positif, mais je dois bien admettre que tout le monde ne le perçoit pas comme ça. La droite, qui appuie ce mouvement, n'a pas l'expérience du contrôle de la rue, acquise depuis très longtemps par la gauche. Inévitablement, elle se laisse déborder par l'extrême droite groupusculaire, avec tous les dangers que cela comporte.

3- La radicalisation à gauche : les périodes de troubles voient toujours la conjonction involontaire des extrêmes, comme une explosion provoquée par deux fils électriques qui se rencontrent. La manifestation "coup de balai" lancée par Jean-Luc Mélenchon pour le 5 mai, son discours imprécateur à l'égard du pouvoir contribuent à l'hystérisation de la vie politique. On sent que tout un pan de rationalité est en train de s'effondrer et que notre société court à l'aventure.

Ca va péter ? Peut-être pas, mais après ces trois constats, on peut en effet dire que ça risque de péter. Pourtant, je n'en ferai rien, parce que je crois aussi que trois autres éléments relativisent fortement ce risque d'explosion :

1- Ca va péter, ça fait trente ans que je l'entends, dans des contextes comparables au nôtre, et même pire, et rien ne vient, ça pétarade mais ça ne pète pas. Pourquoi ? Parce que l'expérience historique nous montre qu'une explosion sociale, 1789, 1936, 1968 est imprévisible (d'où la surprise et la force de l'événement). Plus on répète que ça va péter, moins il y a de risque que ça pète. L'annonce a un effet quasi dissuasif.

2- Pour que "ça" pète vraiment, pour que le pouvoir en place soit réellement menacé, il faudrait en face de lui une alternative : des idées nouvelles comme en 1789, un gouvernement de rechange comme en 1936, un projet révolutionnaire comme en 1968. Aujourd'hui, nous n'avons rien de tel : la droite est divisée, sans programme ni chef, et l'extrême droite est perçue comme un ferment de pure contestation, pas une alternative crédible.

3- Et même si ça pétait, qu'est-ce qui se passerait ? Du désordre social, un parfum lacrymal d'émeute, des violences spectaculaires, et puis après ? Ce type de situation, dont l'analogie historique serait février 1934, a toujours profité au pouvoir en place. Si j'étais un politique du genre cynique, je dirais presque : laissez péter, le gouvernement socialiste en sortira renforcé. Quand la société tremble et qu'il n'y a rien pour la remplacer, l'ordre existant est préféré au chaos.

Alors, en mai, ça va péter ? Je pense que non et que, de toute façon, ça ne changerait rien.

jeudi 18 avril 2013

Prise de tête



J'ai déploré lundi deux mauvaises nouvelles pour la gauche saint-quentinoise. Il y en a tout de même une bonne : la section socialiste se donnera enfin une tête de liste avant les vacances d'été. Ailleurs, ce sera en octobre, sauf à Laon, qui partage trois points communs avec Saint-Quentin : pas de candidat naturel, des socialistes divisés et une droite qui part favorite. Dans ce genre de situation, il faut forcément anticiper la procédure de désignation. Sinon, il n'y a pas besoin là où le candidat est pressenti, déjà connu par ses activités et son implantation. A Saint-Quentin et à Laon, ce n'est pas le cas : il y a donc urgence.

A tous les sens du terme, le choix d'un candidat pour les élections municipales, c'est-à-dire d'un leader local, est une prise de tête (ce n'est pas le penseur de Rodin, mais pas loin). C'est un peu la quadrature du cercle : il faut trouver quelqu'un de volontaire, capable, connu et rassembleur. Quand j'étais enfant, je m'amusais à chercher dans les champs des trèfles à quatre feuilles : là, ça y ressemble, l'amusement en moins.

On croit souvent que l'ambition va remédier à ce problème : faux ! Regardez ce qui se passe à Laon : c'est une ville sociologiquement de gauche, comme Saint-Quentin (fonctionnaire pour l'une, ouvrière pour l'autre), les candidats devraient être nombreux, ... il n'y en a aucun ! Et ce n'est pas un refus de coquetterie, à la façon d'une dame qui dit non pour qu'on la désire encore plus fort, avant qu'elle ne cède à la demande pressante. Je sais que cette tactique, charmante en amour mais puérile en politique, existe parfois mais je ne vois aucun de mes camarades laonnois dans ce rôle-là.

Pourtant, la section a du potentiel, du "lourd" comme on dit aujourd'hui : un vice-président du Conseil régional de Picardie, deux vice-présidents du Conseil général de l'Aisne, en la personne d'Alain Reuter, Fawaz Karimet et Thierry Delerot. Trop de vices et pas assez de vertus ? (ok, celle-là est facile mais je n'ai pas pu m'empêcher de la faire : mes trois camarades me pardonneront). Les capacités sont là (sinon, aucun d'entre eux n'auraient obtenu les responsabilités qu'il occupe) et je ne peux pas croire que le courage fasse défaut. Alain connait tout le monde à Laon, Fawaz, de par sa profession, est l'ami des chiens et des chats : ce sont des élus socialistes très populaires, comme on en rêverait à Saint-Quentin !

Certes, ils ne sont pas assurés de gagner, mais à ce compte, jamais personne ne se présenterait en politique. Et puis, une surprise n'est jamais exclue, plus fréquente qu'on ne croit. Enfin, même dans l'opposition, être chef de file, ce n'est pas rien. Alors quoi ? Fawaz Karimet avance une explication : "Avec la position qui a été la mienne lors des législatives [il s'est présenté contre René Dosière], j'ai peur qu'une incompréhension à gauche nous coûte des électeurs si je suis tête de liste. Je ne veux pas être responsable d'une défaite. Il y a un sacrifice à faire" (L'Union, 12 avril). Je ne suis pas sûr de bien comprendre le raisonnement de Fawaz, mais un homme qui se sacrifie oblige au respect, peut-être même à l'admiration.

Ce qui est certain, et qu'on oublie trop souvent, c'est que tête de liste, c'est très chiant. Il faut vraiment aimer, être un peu fou pour le vouloir, surtout à Laon et à Saint-Quentin : rassembler peu de camarades très divisés, négocier avec des partenaires pas faciles et très divisés eux-aussi (je pense évidemment à Saint-Quentin), se lancer dans une campagne où il n'y a que des coups à prendre, être quasiment sûr de perdre, se retrouver dans le rôle difficile et ingrat de premier opposant, qui en rêverait ?

Il y a aussi un élément dont personne ne parle et qui est pourtant fondamental : une élection en cache toujours une autre, la politique se joue comme aux échecs avec au moins un coup d'avance. Tous les observateurs sont rivés sur les élections municipales de 2014 alors que tous les politiques ne pensent qu'aux élections régionales et cantonales de 2015. Là, ce sera une autre paire de manche : non pas des places à prendre mais des places à conserver. 2015 sera une année d'autant plus délicate que le mode de scrutin cantonal va changer, provoquant ce mélange d'inquiétude et d'espoir qui caractérise tout homme politique, et cette vertu qui en découle : la prudence. Reuter, Karimet et Delerot sont concernés par l'une ou l'autre de ces élections.

La prudence étant mère de sagesse, les plus fous deviennent vite rationnels, et le calcul électoral, comme tout calcul, est un exercice élémentaire de rationalité. A Saint-Quentin, quel socialiste a intérêt à prendre le risque d'une sévère défaite face à Xavier Bertrand, sachant que les places seront chères et relativement prometteuses l'année suivante ? Le philosophe Pascal nous demande d'avoir la foi en faisant un pari osé sur l'existence de Dieu, à partir d'un calcul de probabilités (le philosophe était aussi mathématicien). La politique n'est pas la religion, l'élu du peuple n'est pas l'élu de Dieu mais dans les deux cas, les places au paradis sont comptés et l'accès incertain. Au moment de renouveler les candidatures pour les scrutins départementaux et régionaux, un échec local aux élections municipales sera pénalisant. Y aller ou pas ? La politique est une interminable prise de tête.

mardi 16 avril 2013

Histoire d'os



Je suis fana de presse locale, je lis tout, sauf les pages sportives, j'observe, je compare. A l'instar de l'émission sur le net "Arrêt sur images" qui décrypte l'information à la télévision, je pratique l'arrêt sur articles. Je veux revenir aujourd'hui sur une petite querelle qui est sans doute passée inaperçue de beaucoup. Ca commence comme une histoire d'enfant, puisque tous les enfants aiment l'archéologie (quand j'étais gamin, j'hésitais entre deux professions, pâtissier ou paléontologue) : des fouilles à Harly, des tombes qu'on découvre, avec forcément des squelettes dedans, un cimetière qui date des Mérovingiens.

Le Courrier picard, en la personne de son chef d'agence Nicolas Totet, a consacré à la découverte une pleine page le jeudi 11 avril, sous un titre à la mesure de l'événement : "Une spectaculaire nécropole mérovingienne découverte". L'article est précis et enthousiaste, agrémenté d'une belle photo où l'on voit au premier plan un squelette dans le sable (on se croirait presque dans un désert, les ombres sont allongées par le soleil couchant, l'ensemble offre un aspect mystérieux). Le lendemain, la rubrique "Les + lus hier sur notre site" (qui mesure la consultation internet) confirme l'attrait exercé par le sujet sur les lecteurs, puisque l'article est classé n°1.

Le samedi 13 avril, L'Aisne Nouvelle y consacre à son tour un article, sous la plume de Jérôme Poinsu, mais d'une tonalité assez différente, plutôt neutre. Pourtant, c'est bien la même personne qui est sollicitée par les deux journaux : Elisabeth Justome, responsable communication à l'INRAP Picardie (Institut national de recherches archéologiques préventives). Et c'est la surprise, et même la déception, puisque la spécialiste déclare dans L'Aisne Nouvelle : "Je suis surprise de tout cet engouement. Je préviens la presse quand il y a quelque chose de notable. Là, c'est vrai que je n'avais pas jugé utile de le faire. Là, en soi, il n'y a rien d'extraordinaire". La photo d'illustration montre des chercheurs affairés, creusant le sol, mais pas cette fois de squelettes : "Tous ont déjà été exfiltrés", explique la légende.

Bref, le lecteur que je suis est un peu paumé. La même nouvelle est qualifiée de spectaculaire dans le Courrier picard et de pas extraordinaire dans L'Aisne Nouvelle. Pire, il y a divergence sur le nombre de squelettes découverts : 250 pour le Courrier, 180 pour L'Aisne, ce qui n'est pas un mince écart. Je ne sais plus à quels Mérovingiens me vouer ! Les suites de l'exhumation donnent lieu aussi à une petite divergence d'appréciation entre les deux journaux locaux : le Courrier picard annonce "une exposition et des manipulations" le 8 juin, sans plus de précision, tandis que L'Aisne Nouvelle, hésitante, indique que les squelettes ne seront "probablement pas exposés", sauf "peut-être" ceux affectés par une maladie.

L'affaire ne s'arrête pas là. Nicolas Totet revient sur la fameuse découverte dans la rubrique "Décryptage", le dimanche 14 avril. Il souligne la "belle exclusivité" et le "joli coup", en apportant quelques précisions qui semblent contredire les propos plutôt distanciés d'Elisabeth Justome dans L'Aisne Nouvelle. : "Elisabeth Justome a fait spécialement le déplacement pour encadrer notre visite (...) Elisabeth Justome nous garantit l'exclusivité (...) elle nous suggère d'accepter de repousser d'une semaine notre publication". La responsable de l'INREP, qui affirmait à L'Aisne Nouvelle ne pas avoir contacté la presse, se montre au contraire très active face au Courrier picard, qui parle même d'un "deal" entre eux. Nicolas Totet termine en se satisfaisant de la reprise de la nouvelle par l'AFP (Agence France presse) "jusqu'à un média néerlandais".

De cette histoire d'os pas bien grave, dans laquelle je ne prendrai pas parti, n'ayant pas de compétence en la matière, je tirerai une leçon plus politique : il est indispensable que le pluralisme existe dans la presse locale, la démocratie l'exige. Quand je me suis installé à Saint-Quentin il y a quinze ans, il y avait trois journaux, L'Aisne Nouvelle, L'Union et La Voix de l'Aisne. Chacun avait sa personnalité. Aujourd'hui, L'Union ne parle presque plus de Saint-Quentin et il se dit qu'il pourrait bientôt ne rester qu'un seul organe de presse sur la ville. Ce serait vraiment dommageable pour tous. Certes, les squelettes d'Harly ne s'en plaindront pas, mais les citoyens que nous sommes, si !

lundi 15 avril 2013

Mauvaises nouvelles



Je m'apprêtais à rédiger ce billet quand un journaliste de L'Aisne Nouvelle m'a appelé ce matin pour m'interroger, coïncidence, sur le même sujet : les primaires à Saint-Quentin, qui finalement n'auront pas lieu. C'est une très mauvaise nouvelle. Ces primaires, j'y tenais, je les avais demandées dès janvier, j'avais même accepté de renoncer à mon recours en vue de l'élection du secrétaire de section si ces primaires étaient organisées. Ce refus m'est incompréhensible : les primaires à Saint-Quentin, c'est la condition indispensable pour se donner un leader incontesté, rassembler les socialistes et mobiliser l'électorat de gauche. A défaut, je ne vois pas comment on peut gagner une élection municipale si difficile, dans un contexte national si peu favorable et face à un adversaire si redoutable. Il faut beaucoup d'inconscience ou d'assurance mal placée pour rejeter ainsi une procédure qui est pourtant la condition nécessaire de la victoire.

Comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, j'ai appris par la même occasion que l'élection du secrétaire de section, souhaitée par la direction nationale du parti et renvoyée après les élections municipales, n'aurait finalement pas lieu. Là aussi, pour mettre toutes les chances de réussite électorale de notre côté, il faut s'assurer d'un secrétaire de section pleinement légitime et en phase avec la direction et les règles du parti, car c'est lui qui sera chargé d'organiser matériellement la campagne des municipales et de prendre les contacts politiques avec nos partenaires. Dans la situation actuelle, avec un secrétaire de section contesté par le parti lui-même, une victoire, déjà difficile, devient encore plus difficile.

Qu'est-ce que je vais faire ? Continuer à faire ce que j'ai toujours fait, me battre sur une ligne de convictions dans l'intérêt collectif de mon parti, sans en faire une affaire personnelle. Je suis en ce moment en train de préparer un colloque sur Simone Weil, qui aura lieu à l'automne. Il y a une phrase de la philosophe que j'aime beaucoup, dont j'ai fait une règle de vie : "Il faut penser le monde comme si on n'y était pas". Dans la situation de la gauche locale, je fais abstraction de ma personne, je réfléchis en dehors de tout intérêt personnel des uns et des autres et je me demande alors ce qui serait le mieux pour gagner. Quand les êtres humains sont pris dans des passions personnelles, quand ils réagissent au sentiment, c'est fichu, on tourne en rond, on se répète, on ne pense plus rien du tout et au final on échoue.

C'est pourquoi j'ai dit au journaliste que dans les conditions actuelles, étant donné ce mauvais début de campagne, je m'interrogeais sur ma propre candidature, sur sa pertinence, sur son utilité. Faut-il se porter candidat quand on sait que celui ou celle qui aura été désigné, en l'absence de primaires, n'aura pas la légitimité ni la force politiques suffisantes pour imposer son autorité à l'ensemble de la gauche ? Faut-il se porter candidat quand on sait qu'il faudra composer avec un secrétaire de section qui n'est pas sur la même ligne politique et dont l'élection a été contestée par la direction nationale du parti ? Je n'ai pas encore les réponses, mais il serait irresponsable de ne pas se poser ces questions.

Mais j'ai une interrogation encore plus profonde, évoquée depuis longtemps, à de multiples reprises, sur ce blog : mes camarades ont-ils vraiment envie de gagner ? Imprégnés depuis toujours par une culture d'opposition, n'ayant jamais exercé de leadership municipal depuis 50 ans, ne se satisfont-ils pas finalement du rôle d'opposants à la droite et à Xavier Bertrand ? Là, ce n'est pas moi qui peut répondre à leur place mais j'écoute, j'observe, j'analyse, je m'appuie sur mes quinze années d'expérience locale et je redoute la réponse. En tout cas, un groupe politique qui aurait la victoire en tête et dans les tripes ne se comporterait pas ainsi, de façon si hésitante et si chaotique, ne serait pas à ce point absent de la scène publique. Mais je ne demanderais pas mieux que d'être démenti par les événements.

dimanche 14 avril 2013

Avoir raison



Samedi soir, au Havana Café à Soissons, café philo sur le thème : qu'est-ce qu'avoir raison ? D'où il en est ressorti qu' "avoir toujours raison est un grand tort" (Turgot) et que "le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas" (Pascal).

Du beau, du bon, du boudin



On croit parfois que la prévision en politique est une science impossible ou un art compliqué. C'est faux ! Le cerveau sert à peine ; en revanche, il faut avoir de bons yeux. Ce matin, à l'inauguration officielle de la XXIIIème Foire au Boudin à Saint-Quentin, tous les candidats à la prochaine élection municipale étaient là, les bons et les mauvais, les vrais et les faux, les possibles et les certains (n'attendez pas de moi que je mette des noms devant chacun de ces qualificatifs : là, il faut utiliser son cerveau, les yeux ne suffisent pas, je vous laisse choisir). Bizarrement, mais pas si bizarrement que ça, les absents faisaient beaucoup plus parler d'eux que les présents, à charge évidemment. Ce qui est certain, c'est que ce rendez-vous incontournable de la vie saint-quentinoise ne se rate pas.

Au départ, William Lesur, figure historique de la CGT et du parti communiste, était là, avant même l'arrivée des personnalités officielles, accoudé à la barrière de protection. J'ai cru un instant à une manif, en ces temps de radicalisation politique. Mais non, William attendait son frère. Il n'y a pas que la politique dans la vie, il y a aussi le boudin. Quelques minutes plus tard, adossés à cette même barrière métallique, je retrouvais les représentants de la Confrérie du Boudin de Saint-Quentin Saint-Jean, auprès du Bouffon de la Ville (vignette 1, et derrière, entre Jean-Paul Lesot et Daniel Bourdier, vous reconnaissez William Lesur).

Il faisait beau, il faisait chaud, le boudin sentait bon et nous sommes tous partis, officiels, semi-officiels, clandestins et anonymes vers la salle Paringault, pour la cérémonie d'intronisation. A l'entrée, après avoir coupé le ruban, Xavier Bertrand a distribué autour de lui des morceaux de boudin, comme le prêtre avec la Sainte Communion. Même la gauche y a eu droit (Jacques Héry and me). Ca tombe bien, j'aime le boudin ! A l'intérieur, l'immuable rituel s'est déroulé comme à l'accoutumée, sous la direction du Grand Maître de la Confrérie, Daniel Caudron, dont les jeux de mots ont fait rugir de jalousie Daniel Wargnier (qui rugit de toute façon, à n'importe quelle occasion).

On pourrait croire qu'une inauguration de la Foire au Boudin est un éternel recommencement où il ne se passe rien de nouveau. C'est faux ! et croyez-en mes quinze ans d'expérience, durant lesquels je n'ai jamais manqué l'événement. Mais pour percevoir les changements, il faut avoir de l'oreille. Cette année, parmi les intronisés, plus aucune personnalité locale, "à cause de la politique", a expliqué le Grand Maître (eh oui, la politique est partout, même dans le boudin).

Du coup, ce sont des bénévoles de l'association Saint-Jean et des enfants qui ont été choisis (vignette 3, le serment prêté à genoux et vignette 4, l'engagement "par le sang du cochon"). Pour les enfants, une entorse a été faite à la sacro-sainte règle initiatique qui oblige à manger, parfois sous la grimace, une rondelle de boudin accompagnée d'un verre de rouge, remplacés par des chocolats et du jus de raisin. Nouveau également, en tout cas depuis fort longtemps, la présence de la télévision régionale, France 3 Picardie, qui n'a peut-être pas senti que l'odeur du boudin mais celle de la politique, à un an des élections municipales.

Dans son intervention (vignette 2), Xavier Bertrand a plaisanté sur les prochaines municipales (puisque je vous dis qu'avec le boudin tout le monde ne pensait qu'à ça !) en proposant qu'elles se jouent à la consommation de boudin ( eh eh, si c'est le cas, je ne suis pas si mal placé ...). Au moment du vin d'honneur, il fallait surtout veiller à ne pas se tacher ni tomber sur Daniel Wargnier. Freddy Grzeziczak ne distribuait pas autour de lui des boudins mais des poignées de main, en bon professionnel qu'il est devenu. Stéphane Monnoyer s'était fait accompagné d'un jeune partisan (professionnalisme là aussi : en politique, ne jamais arriver tout seul, mais être entouré, surtout quand on est politiquement très seul ...). J'ai même croisé une revenante, Chantal Pipart, figure de la gauche associative il y a quelques années, exilée puis revenue aujourd'hui.

Dans un an, tout recommencera, les uns seront là, les autres pas, mais le boudin, lui, ne changera pas : c'est le seul élément d'éternité dans ce petit monde saint-quentinois où bien des choses passent.

samedi 13 avril 2013

La misère de St-Quentin



Qui a dit qu'on ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde ? Je n'aime pas cette formule ... En tout cas, il y en a une qui accepte de recevoir toute la misère de Saint-Quentin : Françoise Malherbe, présidente de l'association Ecout'Jeunes, qui tenait hier soir son assemblée générale, en présence de nombreux responsables associatifs et d'institutions sociales, ainsi que de deux élues politiques, Marie-Laurence Maître et Pascale Gruny.

La présidente, qui a le sens de la formule, a rappelé l'objectif de son association : accueillir, librement et anonymement, les jeunes de 18 à 25 ans dont personne ne veut ailleurs. On vient ici, dans le petit local de la cité Billion, quand on a échoué partout, quand il n'y a apparemment plus aucun espoir. Ils sont parfois jusqu'à 95 lors d'une permanence, et 8 500 passages en 2012. Ce sont les pauvres parmi les pauvres, sans boulot, sans logement, sans souvent de quoi manger, se laver, se vêtir décemment. Ces jeunes sont victimes de la violence, de l'alcool, de la drogue, de la société et d'eux-mêmes. Parfois, ils ne savent ni lire ni écrire, souffrent de problèmes psychiques, sont atteints par la gale ou les poux. Nous sommes en deça de la pauvreté, nous descendons dans la misère.

Que leur propose Françoise Malherbe et son équipe de bénévoles ? D'abord une écoute, en étant la famille de ceux qui n'en ont pas, en leur proposant des solutions de dépannage, mais sans angélisme ni illusion : Ecou'Jeunes ne leur apportera pas "le lait de la tendresse humaine" (Françoise cite une jolie formule de Shakespeare que je ne connaissais pas). Concrètement, des tickets pour la nourriture, l'hébergement provisoire, le transport, les vêtements, les médicaments ... leur sont distribués (et rigoureusement contrôlés). La finalité, c'est de resocialiser ces jeunes à la dérive, en situation de survie, dont on n'imagine même pas l'existence et la galère. Dans ce milieu, un bénévole est "spécialiste dans le désamorçage des débuts de bagarre" (humour de Françoise, qui n'en manque pas). Pour ma part, j'ai animé quatre cafés philo avec eux, qui se sont très bien passés.

Madame Malherbe, contrairement à notre époque, n'évalue pas son efficacité et ses réussites en termes de chiffres mais de situations personnelles qu'elle a réussi à redresser. Une société qui n'a que des bilans chiffrés à l'esprit devient idiote et inhumaine. Mais il faut bien parler argent, même pour ceux qui n'en ont pas : l'association a 291 000 euros de dépenses et 171 000 euros de recettes (des dons privés et des subventions publiques, en diminution, d'un peu plus de 50 000 euros). Un legs permet pour le moment de tenir bon, mais d'ici deux à trois ans, Ecout'Jeunes devra arrêter, alors que les besoins seront toujours là, et même grandissants. Je le dis aux personnes politiquement influentes dont je sais qu'elles lisent ce blog : la disparition de l'association de Françoise Malherbe serait une catastrophe sociale et un scandale moral pour Saint-Quentin. Débrouillez-vous, mais il faut absolument trouver de l'argent !

vendredi 12 avril 2013

Pépère Hollande



A la une du Point de cette semaine, François Hollande est appelé "pépère". Il paraît, d'après le Canard enchaîné, que c'est ainsi que ses collaborateurs le surnomment (derrière son dos, évidemment). Pépère, franchement je n'y aurais pas pensé. Hollande ne m'évoque pas l'image d'un grand-père ! Mais il y a quelque chose de logique dans ce sobriquet : le passage de "candidat normal" à "pépère" peut se comprendre.

Bien sûr, je n'ignore pas que le Point est un magazine classé plutôt à droite et que "pépère", même écrit avec des guillemets, n'est pas forcément un compliment : le terme renvoie à quelqu'un de tranquille, poussif, un peu plan-plan qui jure avec le tumulte que traverse la société française, depuis pas mal de temps déjà. Un président pépère est une figure quasiment grotesque, qui cherche à ridiculiser l'homme.

Je ne suis pas sûr que le magazine parvienne à ses fins et que sa formule fasse mouche. Car "pépère", ce n'est pas non plus une insulte, ce n'est pas franchement dégradant. Dans l'esprit des Français, le qualificatif est sympathique, attendrissant, familier (et familial). Son pire ennemi, on ne va pas l'appeler "pépère", mais son meilleur ami, il n'est pas interdit qu'on le nomme ainsi. Ce "pépère", je me sens prêt à l'assumer et même à l'utiliser à mon tour : vas-y pépère, tiens bon !

Je vais jusqu'à penser que la droite ferait une erreur tactique en affublant Hollande de ce surnom. Dans une société où les seniors deviennent de plus en plus nombreux, influencent les modes de vie, représentent un poids électoral décisif, il est maladroit de transformer en injure un terme qui désignait anciennement toute une catégorie de la population, les vieux (même quand ils n'étaient pas obligatoirement grand-père). François Hollande, roi des personnes âgées, seigneur des seniors, j'adhère, j'applaudis : vive pépère !

Il y aurait à faire une analyse des sobriquets que les Français ont attribué à leurs chefs d'Etat. De Gaulle, c'était "Charlot", qui comme "pépère" a un sens ambivalent, à la fois critique et flatteur. Mitterrand a eu droit à "Tonton", ce qui est assez plat (en fait, ce sont ses agents de sécurité qui l'utilisaient comme code). "Dieu" aussi a eu la faveur à un moment, mais là c'est complètement ridicule. Chirac s'est vu appeler parfois "Chichi", ce qui n'est pas beau, ce qui est assez pauvre. "Sarko" n'était pas mieux, avec en plus (et en pire) quelque chose de rocailleux, d'angulaire dans la prononciation, qui n'était pas au bénéfice du président d'alors. En général, les diminutifs, par manque d'originalité, ne brillent pas.

A tout prendre, et après comparaison, va pour "pépère" ! Staline avait le titre de "petit père des peuples", Hollande (qui n'a bien sûr rien à voir avec le tyran communiste) c'est le "pépère du peuple". Oui, cette consonance entre "peuple" et "pépère", ce renvoi de l'un à l'autre me convient tout à fait. Pépère Hollande, c'est la sagesse, le calme, la maîtrise de soi à l'Elysée, pour le bien de tous les Français. En vérité, notre classe politique manque de "pépères" : avec François Hollande, ce défaut est largement comblé. Longue vie à pépère !

Et puis, que la droite se méfie, car les pépères, il faut s'en méfier : rappelez-vous le coup du pépère François !

jeudi 11 avril 2013

Fermez vos gueules !



Le gouvernement traverse une séquence très difficile pour lui : impopularité du chef de l'Etat, affaire Cahuzac ... C'est donc le moment, plus que jamais, où les socialistes doivent être solidaires et unis. Ce n'est malheureusement pas le cas, même si le gros des troupes demeurent fidèles. Quand on est ministre, élu ou responsable socialistes, on doit soutenir sans rechigner, on doit être aux postes de combat, pas à la traîne, encore moins en dissidence. Je suis outré par les derniers propos de trois ministres, Montebourg, Hamon et Duflot, qui se la jouent perso, qui nous font entendre leur petite musique au détriment de la cohérence gouvernementale. Je le dis comme je le pense : c'est dangereux et inacceptable.

Bien sûr, ces trois ministres, qui tiennent à leur place, se gardent bien d'utiliser le style direct dans leurs critiques. C'est aussi cette hypocrisie que je n'aime pas, cette façon d'en être sans en être, de jouer sur les deux tableaux. Leurs propos sont tout en nuance, très prudents mais tout le monde comprend qu'ils ne sont pas d'accord. Arnaud Montebourg s'en prend au "sérieux budgétaire", qu'il trouve excessif, et dénonce les politiques européennes (en incluant implicitement la politique européenne du gouvernement auquel il participe). Benoît Hamon qualifie la politique actuelle d'"éprouvante" : voilà un mot que la droite ne manquera pas de retenir et d'utiliser à son tour ! Cécile Duflot, qui n'est certes pas socialiste mais ministre, reproche aux mesures de moralisation annoncées par François Hollande d'être un "coup de rabot" (quelle image !) insuffisant.

Eh, on va où comment ça, à se distinguer d'une équipe dont on fait partie, dont on devrait partager, assumer et défendre les choix ? En un temps où l'honnêteté politique prévalait, Jean-Pierre Chevènement, l'aile gauche d'alors du parti socialiste, avait eu une formule qu'il faudrait inscrire en lettres d'or au dessus de la salle du Conseil des ministres : "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne !" Chevènement a mis deux fois en pratique ce précepte, et il a quitté le PS quand il n'était plus d'accord avec sa ligne politique. Rocard, lui aussi, a démissionné pour exprimer un désaccord capital. J'aimerais qu'on en revienne à cette honnêteté élémentaire, cette cohérence intellectuelle et politique qui font qu'on ne reste pas dans une équipe dont on ne partage plus une ou plusieurs grandes orientations.

J'essaie moi aussi, à mon niveau, de mettre en conformité mes actes et mes pensées : depuis six ans, je suis en désaccord avec les choix et la ligne politique de la section socialiste de Saint-Quentin, j'ai donc refusé de participer à la liste municipale et d'avoir des responsabilités dans le bureau de la section. C'est normal, c'est logique. En revanche, dès qu'un scrutin se présente et que j'en ai la possibilité, je me présente aux suffrages de mes camarades pour infléchir et changer cette ligne qui ne me convient pas, qui me semble aller dans l'impasse.

Le parti socialiste est une organisation démocratique, où chacun est libre de ses opinions. Mais quand on endosse des responsabilités, on est tenu par des devoirs. Sinon, on redevient, comme moi, simple adhérent, entièrement libre de sa parole. Si je deviens tête de liste aux prochaines élections municipales, je ferai appliquer cette discipline politique à tous les membres de la liste, qui ne seront plus autorisés, en Conseil municipal, à émettre des avis différents de ceux décidés collectivement (et le premier de leurs devoirs sera de siéger en séance !).

Etre élu, ministre, responsable politique, ce n'est pas un métier, c'est une charge ou un mandat, qui n'a de valeur que pour la politique qu'on y mène. Personne en politique n'est irremplaçable. J'aime beaucoup Montebourg, Hamon et Duflot, ils font dans leurs ministères du bon travail, je ne souhaite vraiment pas qu'ils démissionnent. Mais par pitié, qu'ils ferment leurs gueules !

mercredi 10 avril 2013

Et les gagnants sont ...



Ce soir, au CinéQuai, c'était la cérémonie de palmarès du festival international ciné-jeune de l'Aisne. Le jury de la Ville (où participait notre ami cinéphile Claude Baugée) a décerné son prix à "Electrick Children", de l'américaine Rebecca Thomas.

Le Grand Prix du jury jeune international (un peu l'équivalent de la palme d'or à Cannes !) a été attribué à "Rat King", du finlandais Petri Kotwica, très enjoué lors de la remise de sa récompense (en vignette, aux côtés de Robert Lefèvre, Céline Ravenel et Isabelle Ittelet, conseillère générale, suppléante de notre regretté Michel Lefèvre). D'autres prix ont été distribués, dans une ambiance jazzy. Le film passé au ciné-philo de lundi, "Shifting the blame", a reçu plusieurs distinctions.

Ce genre de manifestation donne aussi l'occasion de rencontres en coulisses : pour ma part, j'ai fait connaissance avec notre nouveau sous-préfet, qui m'a semblé sympathique, dans un genre très différent du précédent, Jacques Destouches. Attention, le festival ne se termine que vendredi : profitez-en pour aller voir les derniers films ! Bravo à Céline et Robert, à l'an prochain !

Les certitudes et l'optimisme



L'Aisne Nouvelle, dans son édition d'hier, a fait un point politique, à un an des élections municipales. Son analyse de la situation à Saint-Quentin est assez juste, mais la tonalité trop pessimiste pour la gauche. Oui, il est vrai que Xavier Bertrand est "en position de force", qu'il "ne peut pas envisager une défaite dans sa ville", au risque de compromettre sa candidature à la primaire présidentielle de 2017. Oui, il est vrai aussi que la gauche souffre de trois "handicaps" : l'absence de leader incontesté, la multitude des candidats socialistes potentiels (au moins cinq) et les divisions de la gauche. A la puissance de la droite s'ajoute la menace sérieuse de l'extrême droite. Evidemment, il n'y a pas de quoi mettre la gauche en joie.

Une phrase résume bien l'analyse du journal, que je partage : "autant d'incertitudes qui ne peuvent que brouiller une stratégie de reconquête". Mais voilà : la gauche locale souffre moins de ses faiblesses (qui sont pourtant réelles mais pas insurmontables) que de ses incertitudes, beaucoup trop nombreuses et en effet handicapantes : y aura-t-il ou non organisation de primaires ? Quand aura lieu exactement l'élection du secrétaire de section souhaitée par la direction nationale du parti ? Faut-il repartir avec l'extrême gauche ? Les maux de la gauche saint-quentinoise, c'est le doute, l'hésitation, l'incertitude, l'indécision. Je veux l'en guérir.

Je crois en la possibilité d'une victoire, parce que perdre pour la quatrième fois consécutive à des élections municipales, ce serait la mort pour longtemps de la gauche locale. La victoire n'est possible qu'en donnant à la gauche des certitudes : oui, il faut organiser des primaires, en octobre, comme le recommande la direction du parti ; oui, il faut revoter pour désigner un secrétaire de section qui soit pleinement légitime, et le plus vite possible, en tout état de cause avant les vacances d'été ; oui, il faut rompre avec l'extrême gauche, se donner un projet conforme à l'orientation social-démocrate du gouvernement. Quand les certitudes seront là, l'optimisme reviendra. A défaut, ce sera la morne plaine des défaites sans fin.

mardi 9 avril 2013

La première fois



Hier soir, bonne séance de ciné-philo, avec le film "Shifting the blame", en présence du jeune réalisateur allemand Lars-Gunnar Lotz (au micro, en vignette 1, et Robert Lefèvre, président du festival Ciné-Jeune de l'Aisne, à ses côtés). Passionnant débat (en traduction simultanée !) sur la faute, le remords et la rédemption.

Nos prochains rendez-vous : le 6 mai, le documentaire de Vincent Goubet, "Faire quelque chose", qui donne la parole à de grands Résistants, dont Stéphane Hessel, sa dernière apparition à l'écran. Nous aurons une fois de plus le privilège et l'honneur d'avoir le réalisateur parmi nous. Et puis, le 3 juin, le ciné-philo commémorera le centième anniversaire de la naissance d'Albert Camus (impossible que je l'ignore !), en projetant le film de Gianni Amelio, "Le premier homme", ultime roman, inachevé, de l'écrivain philosophe.

Ce soir, à Guise, j'ai animé un café philo sur un thème inédit, qui me tient depuis longtemps à coeur mais que je n'avais pas eu l'occasion de traiter : "La première fois" (vignette 2). Les questions n'ont pas manqué, comme toujours : pourquoi la première fois n'est-elle pas la seule fois ? La première fois est-elle précédée d'autres fois ? En quoi les fois suivantes sont-elles mieux ou moins bien que la première ? Peut-on oublier la première fois ? Quelles sont les premières fois dont on ne veut pas ? Quelle est la toute première des premières fois ? Quelle sera la dernière des premières fois ? etc.

J'ai eu à nouveau la confirmation qu'un thème abstrait (et les interrogations qu'il suscite) se prête aisément à la réflexion philosophique, c'est-à-dire générale et originale. Avec les thèmes d'actualité (genre le travail, la justice, ...), c'est la cata : les participants répètent les préjugés sociologiques et psychologiques qui traînent un peu partout, notamment dans les médias. Avec "la première fois", je n'ai pas été déçu : les questions ont été suffisamment déstabilisantes pour rendre les interventions créatives. Je me suis bien gardé de donner à la "première fois" un contenu concret (premier pas, premier baiser, premier travail, ...), pour ne pas orienter la pensée : c'était à chacun de librement s'en charger. Mon prochain café philo, c'est samedi, à Soissons, sur le thème : qu'est-ce qu'avoir raison ?

lundi 8 avril 2013

Chefs de guerre



J'ai reçu, au courrier de ce matin, la toute nouvelle formule de "L'Aisne Socialiste", le bulletin des socialistes axonais, un beau six-pages qui se déplie. Comme il a changé ! Il y a quinze ans, il était pâle comme un cachet d'aspirine, sans photo, mais noir de textes. Avec ce numéro, la couleur est partout, dominante rose forcément, des encadrés, des expressions surlignées, un côté agréablement flashy. C'est important, un bulletin de liaison entre socialistes du département.

La page qui a retenu mon attention, c'est la cinq, la présentation de nos instances fédérales, c'est-à-dire l'équivalent des officiers dans une armée ou des cadres supérieurs dans une grande entreprise. Un organigramme au kilo, de plume et de plomb. En ce qui me concerne, j'ai rejoint l'infanterie au dernier congrès, après plus de dix ans passés dans ces fameuses "instances fédérales". Les proverbes se justifient à ma place : "Les meilleures choses ont une fin", "Il n'est pas de bonne compagnie qui ne se quitte", "Dix ans, ça suffit !" (slogan de Mai 68), etc.

Le "Conseil fédéral", c'est un peu notre Parlement, qui aurait son Assemblée nationale (45 membres, titulaires et suppléants) et son Sénat (le collège des 15 secrétaires de section). Les 60 socialistes qui comptent dans l'Aisne, les voilà ! Attention, la liste ne recoupe pas forcément celle des grands élus : s'il y a le maire de Villers-Cotterêts et d'Hirson, il n'y a pas le député socialiste de l'Aisne, le président du Conseil général, ni le maire de Soissons, non plus de nombreux conseillers généraux, parmi lesquels la figure historique Jean-Pierre Balligand.

C'est donc très largement un préjugé que de présenter le PS comme un "parti d'élus" : dans la fédération de l'Aisne, la preuve que non ! Et si vous prenez le quatuor de tête, les fonctions les plus importantes (premier secrétaire fédéral, premier secrétaire fédéral délégué, trésorier, secrétaire aux élections et relations extérieures), aucune n'est détenue par un élu. Quand je siégeais, la présence des élus était beaucoup plus forte.

Le "Bureau fédéral", c'est le gouvernement du PS dans le département. Les décisions politiques se prennent à ce niveau. Ses membres sont 29 et émanent du "Conseil fédéral". Le saint des saints, c'est le "secrétariat fédéral", dont j'ai fait partie pendant plusieurs années, qui assure la continuité entre deux réunions de bureau et prépare les décisions qui y seront statutairement tranchées. Le secrétariat fédéral est l'instance de travail, à ce titre la plus importante de toutes. Elle a 32 membres (de mon temps, le nombre était beaucoup plus réduit).

La composition du secrétariat fédéral est intéressante à étudier : on y trouve sept Saint-Quentinois, dont trois qui occupent des fonctions politiquement majeures, décisionnelles (parmi ce que j'ai appelé plus haut le quatuor de tête), le n°2 de la fédération, la trésorerie et les élections. J'ai connu une époque où les Saint-Quentinois étaient quasiment absents ou en tout cas peu influents.

Après, les responsabilités sont plutôt thématiques, comme la santé ou le "laboratoire des idées" (mais oui !). A noter qu'Anne Ferreira est chargée de l'industrie, de la recherche et du développement, du partenariat interrégional pour le co-développement (c'est ce que j'ai cru comprendre, le titre étant long, compliqué et abrégé). Enfin, mention particulière à Carole Berlemont, conseillère municipale à Saint-Quentin, chargée de la "veille" internet, pour les "argumentaires" et la "riposte", qui se retrouve ainsi au poste de combat dans la sphère du net. Les chefs de guerre sont debout, les troupes attendent leur signe, la bataille des municipales peut commencer !

dimanche 7 avril 2013

Choc de moralisation



Après la dramatique affaire Cahuzac, que faire ? L'extrême droite et le Parti de gauche parlent de "pourriture" et veulent donner un "coup de balai" : n'entrons pas dans le jeu délétère des extrémistes. L'opposition républicaine parle de démission, remaniement, commission d'enquête, les centristes pétitionnent. Je n'adhère à aucune de ces propositions, qui vont à la fois trop loin et pas assez. Un homme a failli, c'est un fait. La Justice se charge de son cas, et nous n'avons pas à nous substituer à elle. Politiquement, le chef de l'Etat a dit ce qu'il fallait, conformément au devoir de sa fonction.

Est-ce suffisant ? Il faut aller plus loin que la réaction politique, puisque le scandale est moral : il faut un choc de moralisation de la vie publique, qui ne se réduise pas à des mesures juridiques mais réclame tout un état d'esprit. C'est la République entière qui est concernée, qu'un sursaut moral devrait relégitimer, si on ne veut pas demain assister à la victoire du Front national, c'est-à-dire des antirépublicains. Nous aurons dans quelques mois des élections municipales, qui verront des dizaines de milliers de candidats se présenter aux suffrages des citoyens. C'est l'occasion de procéder à un code de moralité qui rappelle à tous les cinq vertus de la République, selon moi :

1- Sincérité : le plus choquant dans l'affaire Cahuzac, c'est qu'il ait effrontément menti. Autrefois, quand nous n'étions pas une République, les princes mentaient à leurs adversaires, ce n'était pas bien grave, et même sûrement, par esprit de ruse, recommandé. Aujourd'hui, quand un élu ou un responsable politique ment au peuple, c'est insupportable. Je ne crois pas en la transparence totale : il y a une discrétion légitime, des secrets nécessaires en politique. Mais devant le peuple ou ses propres camarades de parti, on n'a pas le droit de mentir. Le devoir de vérité s'impose à tout élu, tout responsable, à quelque niveau que ce soit. Le moindre mensonge discrédite la parole publique.

2- Honnêteté : on ne demande pas à un élu d'être un juste, un héros ou un saint, mais simplement un honnête homme, notamment en matière d'argent. Je ne prêche même pas le désintéressement, je ne vais pas jusque-là, je sais qu'on ne peut pas trop exiger de la nature humaine. Mais qu'au moins on soit au clair sur les situations personnelles des uns et des autres. Dans ce domaine, il ne faut rien cacher, aucun silence ou dissimulation ne sont justifiables. En politique, il ne peut pas y avoir de comptes secrets ou de dessous de table. Quand il y a argent, il faut savoir d'où il vient, et où il va. Le contrôle des fonds des élus, des partis doit être strict.

3- Fidélité : la moralisation que tout le monde appelle de ses voeux est, j'y reviens et j'insiste, un état d'esprit, dont certains individus ne sont pas soucieux : il faut les écarter de la vie publique avant que le mal ne soit fait. Il y a un critère très simple, en politique, pour juger de la moralité publique (dans ce billet, je n'aborde pas la morale privée : en laïque, je laisse libre chacun d'avoir la sienne) : c'est la fidélité à ses convictions. Regardez à Saint-Quentin le parcours sinueux de certains personnages, les transferts (parfois à répétitions) d'un parti à un autre à l'approche d'une élection, parce qu'il y a des places à prendre. Il est évident qu'on ne peut pas se fier à de tels individus, les "ex" quelque chose, qui trahissent aujourd'hui leurs propres convictions, qui demain trahiront leur parti et leurs électeurs. Ils ne doivent en aucun cas figurer sur une liste, encore moins accéder à des responsabilités. Les citoyens de talents sont suffisamment nombreux, à droite et à gauche, pour ne pas confier le sort d'une ville à des opportunistes ou à des aventuriers. Montre-moi ta fidélité, je dirai quel homme politique tu es : voilà l'adage auquel nous ne devrions pas déroger.

4- Discipline : la démocratie, c'est l'Etat de droit, la République, c'est le respect des lois. On ne peut pas transiger avec ça. Au plus petit niveau, toute violation d'une règle n'est jamais petite mais toujours scandaleuse, que cette règle soit électorale, juridique, statutaire, fiscale ou autres. La règle, c'est la règle : dès que cet autre adage républicain est remis en cause, il n'y a plus esprit républicain, c'est la porte ouverte à tous les abus, toutes les manipulations. C'est pourquoi, dans ma section, je continuerai à être intransigeant sur ce point, qui déshonore ceux qui en jouent, par calcul ou par inconscience. On dit souvent que la discipline fait la force des armées : je crois surtout qu'elle fait la force des républiques. Sinon, c'est le règne injuste et anarchique des rapports des forces, où les droits de l'individu sont bafoués. Je crois aussi que la République, c'est le respect de l'autorité légitime : quand un député se permet d'insulter le chef de l'Etat qu'il est censé soutenir, quand un ministre fait de même avec le chef du gouvernement, ce sont des comportements inacceptables qui appellent des sanctions.

5- Exemplarité : c'est sans doute la vertu à laquelle je tiens le plus, parce que la plus probante. Je ne sais plus qui a dit : il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Je pense qu'il en va de même dans les engagements publics : il n'y a pas de moralité, il n'y a que des preuves de moralité. Celles-ci ne résident pas dans ce qu'on dit (n'importe quel rigolo peut dire n'importe quoi) mais dans ce qu'on fait. Ce sont nos actions, même maladroites, même ratées, qui nous honorent un peu, pas nos parlotes. En politique, il faut écarter d'une liste municipale tous ceux qui ne font rien, parce qu'ils ne feront jamais rien, encore moins une fois élus. Ceux-là, on les repère très vite : ils attendent, ils ne font qu'attendre, ils ne savent que trop combien agir pourrait leur faire perdre la place qu'ils ambitionnent, parce qu'on n'agit jamais sans risques. Ce ne sont pas des militants mais des courtisans : ils se ramènent au premier coup de sifflet ou de téléphone. Les courtisans d'aujourd'hui seront les traîtres de demain, qui iront se vendre au plus offrant. C'est comme ça depuis la nuit des temps, ce doit être différent dans la lumière de la République.

Voilà le choc de moralisation que je souhaite et qui est autrement plus ambitieux que de simples mesures politiques ou juridiques. Mais je le crois tout à fait à la portée de n'importe quel responsable politique qui aura à constituer une liste pour les élections municipales.

samedi 6 avril 2013

Weil à Saint-Quentin



Ce matin, au multiplexe, dans le cadre du festival international Ciné-Jeune de l'Aisne, j'animais une table ronde sur la lutte contre les discriminations, destinée surtout aux enseignants et aux associations. A mes côtés, de gauche à droite (vignette 1) : Céline Ravenel, déléguée artistique du festival, Elise Van Beurden, présentatrice du projet Rainbow, Taina Tervonen, auteure du livre "Fils de", Kevin Etancelin, délégué régional de l'association SOS homophobie.

Cet après-midi, à la bibliothèque Guy-de-Maupassant, le public était au rendez-vous pour ma conférence sur Simone Weil (vignette 2). Un centre d'intérêt majeur, bien sûr : les trois mois que la philosophe a passés à Saint-Quentin, affectée en octobre 1937 au lycée de jeunes filles, rue de Metz (en 1932, elle avait demandé à être mutée dans notre ville, mais sans succès. Sa motivation : pouvoir enseigner dans une cité ouvrière !). Elle partira définitivement le 15 janvier 1938, pour cause de congé-maladie. Malgré ce court laps de temps, je suis à la recherche de ce qu'a pu y faire Simone Weil, d'éventuels témoignages, de possibles écrits. C'est une période de sa vie d'autant plus intéressante qu'elle correspond à son "tournant" religieux, entre la prière d'Assise et la révélation de Solesmes.

Je sais déjà que Simone Weil faisait partie de la section locale du CVIA, comité de vigilance des intellectuels antifascistes, fondé en 1934 par Malraux, Gide et Aragon, et qu'elle a rédigé à ce titre un texte sur l'affaire Messali et l'Etoile Nord-africaine. Mais je n'en sais pas plus. Il me reste à dépouiller la presse locale de l'époque et peut-être les archives du lycée Pierre-de-La-Ramée. Si des lecteurs ont des pistes à me suggérer, je suis preneur. Un colloque sera organisé à l'automne, où j'espère pouvoir alors reconstituer le séjour de Simone Weil à Saint-Quentin.

vendredi 5 avril 2013

Place aux jeunes !



La réforme des rythmes scolaires inquiète parce qu'on se demande à quoi va servir le temps périscolaire : facile, organisez des goûters philo, faites appel à Rencontre Citoy'Aisne, ça ne coûte rien et les enfants sont ravis ! (vignette 1, hier matin, à l'école Lyon-Jumentier, dans la classe de CE2-CM1 d'Isabelle Reche).

Au café philo aussi, place aux jeunes : hier soir, j'ai laissé l'animation à Wadir, élève de Terminale littéraire au lycée Henri-Martin, qui s'est montré magistral, de l'avis de tous (vignette 2, à la brasserie du Théâtre).

Les jeunes encore, ce soir, lors de la cérémonie d'ouverture du festival international Ciné-Jeune de l'Aisne, où se sont particulièrement illustrés les élèves du lycée Jean-Bouin, de l'EREA et du BTS audiovisuel d'Henri-Martin (le thème de cette année est le textile, qui nous a valu un défilé original et coloré, vignette 3).

Jeunes et moins jeunes, je vous invite à me rejoindre demain matin, au multiplexe, à partir de 9h30, pour une table ronde sur les discriminations et la tolérance, et à 15h00, à la bibliothèque municipale Guy-de-Maupassant, pour une conférence-débat consacrée à la vie de la philosophe Simone Weil.

jeudi 4 avril 2013

Un débat très rythmé



La section socialiste de Saint-Quentin organisait mardi soir une réunion publique sur la réforme des rythmes scolaires. La dernière en date portait sur la réforme des retraites, sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy. On ne sait jamais comment une réunion de ce type, ouverte à tous, peut se passer. Je m'attendais à une présence importante de parents d'élèves, premiers concernés par le sujet, et des questions pratiques sur les modalités de la semaine à 4,5 jours. Pas du tout ! Le public était très politique, des militants du parti ouvrier indépendant, dont le conseiller municipal Michel Aurigny, Pozzo di Borgo, secrétaire départemental du syndicat Force ouvrière de l'Education nationale, l'ex-MoDem Stéphane Monnoyer, Jean-Robert Boutreux, de Génération écologie, et même une belle brochette de jeunes UMP, cette dernière participation étant tout à fait singulière (je n'ai jamais vu, en quinze ans de réunions socialistes à Saint-Quentin, une telle présence de militants de droite).

Je regrette l'absence, tout aussi singulière que les présences ci-dessus mentionnées, des partenaires les plus proches du parti socialiste ou les plus représentatifs : la FCPE, le SE-UNSA (en congrès à Marseille), la FSU, le SGEN-CFDT, le PCF, les Verts entre autres. Du coup, avec un tel profil de salle, le débat, néanmoins fort intéressant, a pris une tournure très particulière, très politique et même idéologique, ce qui n'est pas pour me déplaire. Et c'est d'autant plus heureux que la réforme des rythmes scolaires sera au coeur de la campagne des élections municipales (ce qui explique sans doute aussi la présence insolite et remarquée de l'UMP, qui sans rien dire aura fait parler d'elle).

Le fond du débat, c'est la conception qu'on se fait de l'école. Le vrai clivage, lors de cette réunion de mardi soir, séparait et même opposait les militants du POI, partisan d'une école qui instruit, à la Jules Ferry, aux socialistes favorables à une école plus ouverte sur la société, se chargeant aussi d'éduquer l'enfant. Pour les uns, les activités périscolaires ne servent à rien, pour les autres, elles ont leur rôle à jouer dans l'enseignement.

La racine du débat va beaucoup plus loin, dans des conceptions politiques. Pour les trotskistes lambertistes, fidèles à leurs convictions révolutionnaires, il s'agit d'étendre la lutte des classes au sein du personnel enseignant, de défendre toutes les revendications, quelles qu'elles soient, afin d'exacerber les contradictions sociales, de faire éclater le système. Vue de l'extérieur, la démarche peut sembler corporatiste, et même parfois réactionnaire (un comble pour des révolutionnaires !). Mais non : la stratégie est rigoureusement marxiste, du moins telle que Pierre Lambert l'interprétait. Voilà les non-dit, les soubassements idéologiques d'un débat par ailleurs passionnant, et dont chaque point de vue, lambertiste y compris, est parfaitement respectable.

L'intervention dont je me suis senti la plus proche est celle de Stéphane Bizeau, responsable des Francas et de la fédération de l'Aisne du parti socialiste, qui a parfaitement expliqué que le temps d'activités culturelles serait pris en charge par les associations d'éducation populaire, qui ont un savoir faire très ancien en la matière. Les invités, remarquables de clarté, Claire Leconte et Olivier Caremelle, ont bien souligné l'essentiel : que chaque municipalité mette en oeuvre l'intelligence collective pour aboutir à un projet pédagogique fort. Les jeunes Pop n'ont pas eu à intervenir : entre les partisans socialistes de la réforme et ses adversaires d'extrême gauche, il leur suffisait de compter les points. Mais le dernier mot reviendra aux électeurs en mars prochain.