lundi 25 septembre 2017

Les insoumis ratent la marche



Il y a des jours, nombreux, où je songe à arrêter ce blog. J'aime pourtant la politique et l'écriture, mais mes commentaires dépendent de l'actualité, trop souvent médiocre. Par exemple, qu'est-ce qui a dominé, en France, ce week-end ? La petite phrase de Mélenchon sur "la rue qui a abattu les nazis". C'est terrible : nous vivons constamment sous l'œil médiatique et dans la toile des réseaux sociaux, friands de ce genre de polémique misérable.

La France insoumise a réussi sa mobilisation. Désormais, socialistes et communistes défilent derrière Mélenchon, opposant de gauche n°1 à Macron. Eh bien non : une formulation maladroite et pour tout dire stupide est venue casser ce beau succès politique. Car ce qui compte désormais dans notre société, ce n'est pas tant la réalité que son ressenti à travers les médias, chaînes d'information continue et internet. Là, c'est raté.

D'un autre côté, je me dis que c'est bien fait pour les insoumis. Rappelez-vous les "fainéants" de Macron, faussement imputés à l'ensemble des Français alors que c'est la partie conservatrice de la classe politique qui était visée, de l'aveu même de son auteur. Il arrive une semblable mésaventure à Mélenchon et à ses "nazis", car ce n'est évidemment pas Macron et son gouvernement qu'il qualifiait par ce mot.

Ceci dit, on peut légitimement faire au leader de la France insoumise le reproche de l'amalgame facile et abusif : rois, nazis, factieux d'Algérie et CPE, tous soi-disant rejetés par la rue, non, ça ne va pas. Il y a pire : la grossière erreur historique, que tout le monde, je crois, a notée ; les nazis n'ont pas été chassés de notre pays par la rue, mais par les Alliés, aidés par la Résistance et l'armée française. Je dirais même que la rue, entre 1940 et 1944, a très majoritairement soutenu Pétain. Mais là, c'est le cœur de la démonstration de Mélenchon qui est désavoué (voir mon billet "La démocratie et la rue").

Qu'est-ce qui a conduit Mélenchon à une telle bourde, qu'un lycéen ne commettrait pas dans une dissertation d'histoire ? Dans son lyrisme, il ne retient que les images, se laisse emporter par elles, en fait des critères de vérité. Je suis persuadé que Mélenchon avait en tête la libération de Paris, les images qu'on nous en montre à la télévision et au cinéma : des hommes et des femmes dans la rue, armes à la main contre les soldats allemands en fuite, érigeant des barricades. De là a en conclure que tout un peuple s'est soulevé contre l'occupant et l'a bouté hors de France, non, c'est faux, archi-faux. Dans un monde dominé par les images et les petites phrases, au détriment des analyses et des idées, Mélenchon en a été lui aussi la victime. Cela lui aura coûté une marche contre Macron. Mais je suis sûr qu'il saura se rattraper.

6 commentaires:

tourtinet a dit…

https://twitter.com/LarrereMathilde/status/911711283766087680 .

Mathilde Larrere , c'est une historienne des révolutions et de la citoyenneté. Elle mentionne justement qu'effectivement la rue n'a pas abattu les nazis, mais que dans le cas de la libération de Paris, il y a bien eu une insurrection

En fait, je raccourcis ,mais c'est vraiment bien développé et détaillé ce qu'elle raconte. (Et d'ailleurs, elle montre que j'ai moi-même fait une confusion derniérement en confondant "la rue" et "les gréves" et que les 2 , ce n'est pas pareil. Désolé pour l'erreur, d'ailleurs). Même si c'est sur Twitter. (Son storify n'est malheureusement pas à jour).
Je conseille à pas mal de monde de lire ce qu'elle écrit.

D a dit…

Je pense, pour ma petite part, que dans notre société, il y en a beaucoup trop qui parlent sans maîtriser totalement la portée de leurs paroles.
En particulier en public.
A la TV.
En meetings.
Rien ne vaut les discours qu'on a écrits soi-même à l'avance et qu'on prononce en public (toujours TV ou meetings).
Quand j'entends qu'on range Mélenchon du côté d'un tribun tels Jaurès, c'est tout sauf vrai.
Mélenchon s'exprime bien, sa voix porte, il manie bien les images.
Mais c'est du côté de Georges Marchais qu'il faut le ranger et parfois aussi de celui de Michel Colucchi...
En fait, il faut toujours se méfier de ce qui se dit en réunions publiques réunissant de grandes foules : c'est souvent en ces occasions que sont proférées les expressions qui dépassent les pensées et les approximations qui se révèlent être des erreurs.
Si la parole est d'argent, le silence reste d'or, ne dit-on pas ?

Philippe a dit…

Je comprends que l’on puisse en avoir marre de commenter la politique.
J'ai, il y a longtemps, servi de répétiteur à un candidat à l'ENA.
On disposait d'un énorme tas de polycopiés (pouvant servir de tabouret!), tous les sujets étaient passés en revue !
Il fallait être capable de jacter sur n'importe quel sujet, même si le sujet n'était pas assimilable/compris compte tenu du manque d'expérience du candidat (du fait du jeune âge par exemple).
L’essentiel était d’apprendre à baratiner … comprendre était accessoire.
Depuis lors lorsque j’écoute un politicien énarque je ne peux m’empêcher de sourire et je zappe.
Maintenant, depuis une décennie, il n'y a pas que la jactance,s’y ajoute l’art d’utiliser la « Madame » et son "image".
Y-a-t-il des poly sur le sujet !!!!!
Depuis quelques semaines le cliché recherché en vogue chez les photographes « accrédités » pour les cérémonies du monarque a été illustré par Souchon :
« sous la jupe des filles »

Anonyme a dit…

Vous êtes qui Philippe pour dédaigner et juger la formation des énarques?

Philippe a dit…

Réponse à Anonyme du 26 septembre 2017 à 22:15
en chanson :
https://www.youtube.com/watch?v=QcuvcLEL3ZM

S P a dit…

Il y a des jours, nombreux, où je songe à arrêter ce blog...
C'est la nature qui veut cela : il y a une fin à tout.
S'il y a eu un début, il y aura une fin.
Et s'il doit y avoir une fin, c'est qu'il y a eu un début.
Mais s'il n'y a pas de fin, il n'y aurait donc pas eu de début...
Une réflexion philosophique sur ce thème n'est jamais superflue.