mardi 16 juillet 2013

Bourses : les vrais problèmes



La politique, qui est une école de l'adversité, offre deux tactiques possibles dans le combat, face à son contradicteur : soit laisser passer les flèches, ne rien dire, jouer l'indifférence, faire le mort, en se disant que l'attaque passera, qu'elle sera oubliée, que la contrer reviendrait à la valoriser ; soit ne rien laisser passer, répondre à chaque critique, rendre coup pour coup, en se disant qu'une offense laissée impunie s'installe, enfle et finit par tuer. Bref, vous avez le choix entre l'ignorance et la riposte. Depuis longtemps, par expérience, je me suis rangé à la riposte, en faisant mienne la formule de Staline, seule occasion où je suis stalinien : "La meilleure défense, c'est l'attaque".

Une pétition a décidé de s'en prendre au Conseil général de l'Aisne en particulier et au parti socialiste en général, à propos de la suppression des bourses départementales (voir billet d'hier). J'ai riposté, comme à chaque fois que mon parti et le gouvernement que je soutiens sont attaqués. Mais je suis républicain : j'ai donc publié le point de vue de la partie adverse (voir les commentaires, hier, de Simon Dubois-Yassa). Les hasards du calendrier font que le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a exposé aujourd'hui même une réforme des aides financières aux étudiants. Je remonte donc sur mon cheval, je repars à la charge.

Quel est le vrai problème que posent les bourses universitaires ? Non pas leur disparition au niveau départemental, qui n'est qu'un épiphénomène, mais tout un système de financement des études qui est ancien et injuste. D'abord les faits : un quart seulement des étudiants sont boursiers, alors que cette population n'a cessé de progresser. C'est bien peu. Et puis, le principe qui consiste à calculer le montant des bourses sur les conditions de la famille est remis en cause par le nombre grandissant d'étudiants qui sont indépendants, travaillent au risque de voir leurs études en pâtir (autrefois, il n'y a pas si longtemps, l'étudiant faisait un job d'été, mais pas toute l'année). Le principe des bourses, conçu pour aider les familles à financer les études des enfants, a ainsi perdu de sa pertinence et de son efficacité quand le lien entre la famille et l'étudiant se distend. Le montant des bourses, de ce fait, est maintenant largement insuffisant.

A ce problème de principe (rendu criant par les évolutions de la société) s'ajoute un problème d'organisation. L'aide financière se répartit à plusieurs niveaux : l'Etat principalement, mais aussi les collectivités, région, département, parfois municipalité ou association. Cette aide financière est de nature différence : elle peut se porter sur le logement, le transport, parfois le matériel universitaire. Bref, cet éclatement rend difficile d'apprécier à sa juste mesure l'aide que reçoit un étudiant puisque les situations sont multiples. Il en ressort un risque d'inégalités qui est généralement passé sous silence. La meilleure solution est la refonte du système, et c'est ce qu'a commencée à faire le gouvernement.

Toutes les bourses, à la prochaines rentrée, seront revalorisées à la hauteur de l'inflation. Le budget a été abondé de 118 millions d'euros supplémentaires. Les bénéficiaires augmenteront de 15% en 2013 et de 25% en 2014. Un nouvel échelon est créé pour les familles les plus modestes : c'est 30 000 étudiants qui percevront 803 euros supplémentaires. Quant aux classes moyennes, qui n'ont droit qu'à l'exonération des droits d'inscription, elles recevront 1 000 euros, ce qui concerne 55 000 étudiants.

Enfin, pour les étudiants indépendants, ils bénéficieront d'une allocation spécifique de 4 000 à 5 500 euros (7 000 ayant droit). Les bourses au mérite seront supprimées en 2014. Elles ne profitent qu'à un tout petit nombre et leur principe est contestable : le mérite, c'est le travail et les résultats qu'on obtient en luttant contre les difficultés, pas forcément obtenir la mention très bien au baccalauréat. Je me méfie beaucoup de la valorisation de l'excellence, qui ne concerne qu'une petite minorité n'ayant pas besoin de lauriers supplémentaires ; car on oublie la masse des étudiants de bonne volonté, qui n'en sont pas moins méritants.

Ces mesures ne sont qu'un premier volet de la refonte du système d'aides financières aux étudiants, qui en a bien besoin. La suite viendra pour la rentrée 2014. Mais les jalons sont posés, et ils sont bons. Pour juger honnêtement de la suppression des bourses départementales par le Conseil général de l'Aisne, il faut avoir à l'esprit l'ambitieuse réforme qu'est en train de mettre en place le gouvernement et qui apportera plus de justice et d'efficacité. L'effort financier est d'autant plus remarquable que nous sommes en période de rigueur budgétaire.

3 commentaires:

Simon Dubois-Yassa a dit…

La réforme du gouvernement est une excellente nouvelle pour beaucoup d'étudiants. Pour une partie des boursiers échelons 0 et pour une partie des échelons 6.
Pour le reste des boursiers d'échelons 1 à 5, la revalorisation s'élève a 2,1%. Cela représente entre 4 et 10€/mois. Ce n'est d'ailleurs pas une "augmentation" de la bourse puisque c'est un rééquilibrage qui suit l'augmentation des prix. On ne devrait donc même pas en parler...
Dans le même temps, les tickets restau U augmentent. C'est ce qu'on appel mettre de l'argent dans une poche pour en reprendre dans l'autre.
Mais en effet, cette réforme du gouvernement est a saluer. C'est un bon début.
Cependant, pour les étudiants de l'Aisne d'échelons 1 à 5, cette augmentation ne compensera pas du tout la perte subit avec cette suppression des bourses départementales (environ 100€/mois parfois beaucoup plus).
Le compte n'y est donc pas.
La pétition est loin de s'attaquer au Parti Socialiste. Elle s'attaque aux élus inconscients (PS, indépendants, ET PCF) qui ont voté (sans le savoir parfois apparemment !!) la suppression de cette bourse (ils ont aussi voté pour la suppression du budget pour la lutte contre l'illettrisme, beau travail !).
Nous donnons une idée, elle n'est pas la notre, c'est celle de Claude Bartelone, président du Conseil Général de Seine Saint-Denis ET MEMBRE DU PARTI SOCIALISTE.
Nous disons : puisque l'Aisne est un département sinistré, puisque proportionnellement aux autres départements le nombre d'étudiants est inférieur, il est nécessaire, pour préparer l'avenir, de continuer cette politique sociale. Nous tenons le même discours que nos élus ont tenu pendant des années.

Mais nous ne battons pas en retraite face à l'austérité, et puisque le Conseil Général n'a plus le budget, il doit voter un budget en déficit pour entrer en rapport de force avec l'Etat, comme l'a fait Claude Bartelone en 2010.
Vous dites "naïveté", vous dites "folie", je vous répond : Socialisme.
Bonne lecture :
http://www.parti-socialiste.fr/articles/en-seine-saint-denis-un-budget-de-revolte-en-deficit-comment-en-est-arrive-la

Anonyme a dit…

Monsieur Mousset,étudiant précaire, installé sur Paris pour finir mes études Bac+5, orphelin de père, ayant eu un frère au RSA à 28 ans, bossant pour 436 euros par mois au centre Pompidou, vivant en squatte et mangeant mal, j'ai bénéfiicé du dispositif du Département dirigé par la gauche. Je suis également élu communiste à Hirson. Je suis convaincu que les bourses départementales permettaient d'amoindrir ce mal axonais : à savoir un niveau de diplômés en dessous de la moyenne nationale (que ce soit pour les BTS, les IUT, les facs, etc), ce niveau de sous-diplômes accentuant encore plus le niveau de chômage, ayant un lien direct avec le niveau de RSA. En effet, les jeunes ne pouvant plus accéder à des emplois d'Ouvriers Spécialisés (suite à la fermeture des usines) voire d'OQ (fermeture de l'usine Noiret à Bohain Mondrepuis, sous contrat direct avec l'État : que fait le député "socialiste" Bricout?) seront les premières victimes de la précarité et du chômage, et donc les premiers à demander le RSA. De plus, comment pouvez vous défendre une politique d'austérité que même la droite n'a pas oser pratiquer ?! Le département de Seine Saint Denis, dirigé par Claude Bartolone, avait mené une bataille en engageant le département dans un vote budgétaire en déséquilibre, pour faire ainsi pression sur l'État afin qu'il compense par des dotations supplémentaire les augmentations de prestations sociales. Et oui, c'est une bataille politique que de considérer que le RSA doit relever de la solidarité nationale, et pas que les départements les plus pauvres se démerdent eux-même avec leurs pauvres ! La péréquation républicaine, ça vous dit quelque chose ?!Ensuite, le syndicaliste anonyme qui doit militer dans un syndicat "jaune" devrait plutôt retourner défendre des salariés aux prud'hommes plutôt que de prêcher pour l'austérité.Enfin, notre pétition a recueilli plus de 1200 signatures, notamment de la candidate PCF Front de Gauche aux cantonales à Aubenton en septembre, Ginette Devaux, syndicaliste militante à la CGT, toujours aux côtés des ouvriers avec son mari métallo. Quant à vous, rassembler une 10aine de voix de supporters pour les élections municipales devraient vous encourager à un peu plus de modestie ! Vous ne représentez que vous, avec vos conceptions petites-bourgeoises de la vie !
Clément Lorillec

Emmanuel Mousset a dit…

Vous êtes anti-socialiste (sauf en Seine-Saint-Denis) et anti-Mousset. C'est votre droit. Mais vous êtes trop généreux avec moi : ce n'est pas dix voix, mais cinq que j'ai obtenues.