lundi 13 juin 2016

Mad Pride 2016



Elle est beaucoup moins connue que la Gay Pride. Vous ne l'avez pas vue ce week-end sur les chaînes d'information continue, qui ont privilégié les cochons de supporters et les poubelles dans la capitale. Et pourtant, eux aussi ont occupé la rue, ont des choses à nous dire, qui souvent nous gênent : les fous, puisque c'est ainsi qu'ils n'hésitent pas à se revendiquer, lors de la Mad Pride, une manifestation publique qui existe depuis 1988 mais qui est étrangement passée sous silence. Notre société se veut tellement rationnelle et scientifique, elle est si normalisatrice qu'elle accepte mal cette différence qu'est la folie, la maladie mentale (voir les travaux de Michel Foucauld et son "Histoire de la folie"). Devant l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, où le défilé a démarré, Descartes n'y aurait pas retrouvé ses petits, mais Nietzsche aurait été très à l'aise !

Schizo, bipolaire, toqué, alcoolo, ado déviant, sourd, anormal, dingo, zarbi, barjo, zinzin, berdin (terme berrichon), obsédé, anxieux, tous se sont retrouvés pour qu'on prenne au sérieux leurs revendications. Un lieu commun veut que les fous se prennent pour Napoléon. Mais lui, Napoléon, pour qui se prenait-il ? Sans doute pour Napoléon, c'est-à-dire le plus dangereux des fous dangereux, capable de lancer des centaines de milliers d'hommes à la conquête de l'Europe, pour terminer sa vie dans un îlot perdu de l'Atlantique. Raide dingue, l'empereur ! Je préfère, et de loin, un Don Quichotte qui prend la Bastille !

10 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Là Monsieur Mousset vous me décevez gravement... Réduire Napoléon à un "fou" conquérant... Il fut l'un des plus grands hommes de notre Histoire, que cela vous plaise ou non.

Erwan Blesbois a dit…

Pour une fois je suis entièrement d'accord sur ta description de Napoléon, je ne sais pas si tu le penses vraiment, mais au fond toute volonté de puissance qui s'exprime est totalement absurde et généralement meurtrière. Tu progresses Emmanuel, c'est bien.
Sinon Michel Foucault a tort, le statut des fous n'était pas plus enviable au Moyen-Age, quand on ne les enfermait pas, car alors il y avait une différence de nature entre le fou et l'individu " normal ", alors que les temps modernes ont apporté la preuve qu'il n'y a qu'une différence de degré. Freud l'a dit, la normalité n'existe pas, nous sommes tous fous, plus ou moins, et certains au point de devoir être enfermés. Théoriquement pour les protéger d'eux-mêmes et des gens normaux, enfermement auquel je ne souscris pas non plus : par exemple toi, on t'a bien laissé en liberté !

Emmanuel Mousset a dit…

Maxime, en écrivant ces propos, je savais que j'allais te décevoir, car je me souviens où vont tes admirations. Erwan, je savais que mes propos allaient te réjouir. En fait, je ne cherche pas à déprécier Napoléon : je suis dans une comparaison qui bénéficie à la folie ordinaire. Il y a bien évidemment du génie en Napoléon, sinon des gens aussi éminents que Stendhal, Hegel et bien d'autres ne l'auraient pas admiré. Au Moyen Age, les fous étaient considérés comme des anges ou des démons. Le sort d'un fou n'a jamais été enviable, ni hier ni aujourd'hui. Même Napoléon : qui aimerait être à sa place ?

Philippe a dit…

Il est "fou" "louf", mot utilisé par les profanes, très abusivement, comme « con » ou « conard » d'ailleurs ! Et bien d'autres !
En fait il s'agit d'un concept complètement fourre-tout.
Je préfère citer mes sources, je déteste le copier/coller … je vous renvoie donc à un article facile à lire qui en montre le flou abyssal …
https://fr.wikipedia.org/wiki/Folie

Anonyme a dit…

Je suis fou et je m'en fous
help !

Emmanuel Mousset a dit…

Fou de ce blog, sans doute, qui en a rendu fou plus d'un.

Maxime Lépine a dit…

Intéressante question... toute personne qui voudrait rentrer absolument dans l'Histoire j'imagine. Oui il y a du génie dans Napoléon... Du génie militaire mais surtout administratif et politique.

Maxime Lépine a dit…

Absurde la volonté de puissance? Mais pourquoi?

Je rappelle ici que Napoléon n'a jamais été l'assaillant (hormis en Russie), il s'est toujours défendu. Voilà pour la vérité historique, qui je pense doit être rappelée quand on parle de l'Empire.

Erwan Blesbois a dit…

Il n'aurait jamais dû attaquer la Russie, et essayer de gérer son empire en bon père de famille, à la façon d'un De Gaulle. Voilà pourquoi la volonté de puissance est absurde, elle ne se situe pas dans un cosmos limité, ne vise pas la réconciliation avec soi-même, comme Ulysse lorsqu'il rejoint enfin Ithaque, mais est animée par l'" ubris " et vise le dépassement de soi permanent, la performance et la compétitivité. On le voit bien aujourd'hui, une telle conception de l'individu nous mène droit à l'extinction de l'espèce humaine. Nous nous sommes détachée de façon funeste et peut-être fatale, d'une conception gréco-latine du cosmos, du destin, du caractère, pour une conception de la démesure en tout : que vous Maxime appelez notamment " l'esprit de débauche ". Quand on pense qu'une telle conception moderne de l'individu basée l'autonomie de la conscience et la liberté qui débouche finalement sur la démesure, part de l'austère Kant : c'est sûr qu'il n'aurait pas reconnu ses enfants ! Nous sommes tous un peu aujourd'hui les enfant du " roi Lear ", que représentait Kant.

Maxime Lépine a dit…

L'attaque de la Russie était rendue nécessaire par le non-respect du blocus continental par les Anglais. Son erreur c'est d'avoir visé Moscou et non pas Saint-Pétersbourg (et aussi d'avoir attendu trop longtemps à Moscou).