lundi 20 juin 2016

Les perles du Conseil



A la séance du Conseil municipal, la stratégie du nouveau maire se confirme : un traitement technique des dossiers, une forme de dépolitisation des débats, pas d'affrontement avec l'opposition. Sur la délégation de Bleu ciel événement, Frédérique Macarez et Olivier Tournay s'accordent à reprocher le manque de professionnalisme dans les bilans comptables. Le maire souligne simplement qu'il n'y a eu aucune irrégularité et l'élu communiste qu'il a fallu cinq ans pour admettre que quelque chose n'allait pas. Le nouveau directeur général des services résume la situation, dans son style à lui : "la consolidation n'était pas faite de manière optimale".

En revanche, désaccord total sur la fusion entre Saint-Quentin et Saint-Simon. C'est une question de philosophie politique. Tournay est contre ce qu'il pense être la disparition des communes, la mise en concurrence des territoires et l'atteinte à l'unité de la République (rien que ça !). Macarez est pour l'intercommunalité renforcée, parce que les services à la population s'en trouvent renforcés. Les fachos sont contre, parce qu'ils craignent la formation de métropoles livrées à toutes les pollutions (la pire étant l'immigration, ils ne le disent pas mais le pensent fort, leur petit père Pétain préférant la terre qui ne ment pas à la ville pleine de perversions). Xavier Bertrand clôt le débat, dans une intervention très politique, où il n'oublie pas de rappeler son entier soutien à Frédérique Macarez, dans le prolongement de Pierre André, histoire de faire taire les rumeurs sur leurs divisions. L'ancien maire insiste sur le choix "historique" de constituer un "pôle métropolitain", afin de peser dans la nouvelle grande région et ne pas condamner Saint-Quentin à demeurer une ville moyenne.

Avec le contrat de Ville, c'est un autre débat qui était lancé. Le désengagement du département, tenu par la droite, a été la cible des critiques. Les conseillers départementaux présents se sont expliqués : ils n'y sont pour rien, c'est la loi qui impose ce désengagement, mais ils feront tout pour soutenir les projets. Les échanges ont laissé passer quelques perles : "ne vous fiez pas trop aux journaux" (Colette Blériot, majorité) ; "j'ai beaucoup de compassion pour ceux qui souffrent" (Sylvie Saillard, FN).

Le moment où madame le maire perdra un peu de son légendaire sourire, c'est à propos d'Habitat Saint-Quentinois. Légèrement tendue, elle lit un texte, pour une fois, d'où il ressort qu'il faut tout changer dans la gestion du logement social, et rapidement, en allant vers un rapprochement ou une fusion de la structure avec un autre organisme public. Frédérique Macarez termine par une pique qui n'est pas trop dans ses habitudes : "ce ne sont pas les états d'âme des uns et des autres qui m'intéressent, mais les problèmes des locataires". Coup de théâtre final : Gilles Gillet, le président d'Habitat, annonce qu'il a démissionné ce matin, à l'issue d'une rencontre avec le maire. Il reçoit le soutien paradoxal d'Olivier Tournay, sur le point de l'indépendance de la structure. De nouveau, Xavier Bertrand approuve Frédérique Macarez.

Dernier point important : le mécénat, que le maire veut développer, en ces temps où l'argent public se fait rare. A quoi s'oppose Olivier Tournay, qui n'y voit qu'un bénéfice pour les entreprises. Quant aux fachos, ils ont une peur bleue : que le Qatar et l'Arabe saoudite n'en profitent pour investir dans notre ville, n'imposent le voile à nos femmes et construisent des mosquées pour nos hommes. Bon, j'extrapole, mais leur obsession permanente du Qatar et de l'Arabie saoudite me fait penser qu'ils ont ça dans leurs têtes. Dans la même logique, les élus fachos veulent bien des postes supplémentaires pour la police municipale, mais pour les artistes, ils font la grimace. Quelle honte tout de même qu'ils représentent au Conseil municipal le premier parti d'opposition !

Frédérique Macarez a terminé la séance en avertissant les "supporters avinés" (sic), juchés sur les toits de leurs véhicules, klaxonnant jusqu'à 01h00 du matin. Là, les fachos n'ont rien dit de ce désordre bien réel. Mais peut-être en faisaient-ils partie ...

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Et les sociaux-démocrates approuvaient quasi-systématiquement Macarez.

Maxime Lépine a dit…

Personnellement je préfère vos "fascistes" que les islamistes... question de point de vue j'imagine.

Laissez donc le Maréchal reposer en paix, il n'a rien demandé sur ce coup là!

Emmanuel Mousset a dit…

Il m'a semblé utile de rappeler qu'une certaine aversion pour la grande ville cosmopolite, en opposition à la France des terroirs, était une thématique classique de l'extrême droite, présente ce soir dans les interventions des élus FN, quoique non explicitées (ils n'en ont pas les capacités ; tant mieux d'ailleurs).

Erwan Blesbois a dit…

A l'heure des réseaux et d'internet, l'opposition de la grande ville et de la campagne ne veut plus rien dire. Nous sommes tous " reliés ", pas par la religion catholique malheureusement.

Philippe a dit…

Bon E.M. dit :
« Bon, j'extrapole, mais leur obsession permanente du Qatar et de l'Arabie saoudite me fait penser qu'ils ont ça dans leurs têtes. »
Ils ne sont pas les seuls !!!!!!!!!!!!!!
Il n'a pas pris connaissance de l'info …  :
http://www.atlantico.fr/decryptage/hillary-clinton-est-elle-en-train-promettre-rupture-entre-etats-unis-et-arabie-saoudite-yannick-mireur-2734092.html
Je disais :
Les chefs bisounours bobos US s'y mettent aussi pour dénoncer les incendiaires (friqués) :
"Ce lundi, en réaction à la tuerie d'Orlando, Hillary Clinton a fustigé dans un discours à Cleveland l'attitude de l'Arabie Saoudite, du Qatar et du Koweït, qui devraient selon elle "cesser de soutenir financièrement les écoles et mosquées radicales". Dans quelle mesure peut-on penser que les positions très tranchées en politique étrangère de son futur adversaire Donald Trump ont incité la candidate démocrate à adopter cette posture agressive, peu habituelle chez elle ? »

Info supplémentaire comme entre 1957/58 avec le socialiste Guy Mollet c'est toute la France avec à le socialiste François Hollande qui vire vers les méthodes des États policiers qui peuvent être de droite de gauche et d'ailleurs.
La page
http://www.leparisien.fr/faits-divers/plus-d-un-francais-sur-deux-se-declare-favorable-a-la-torture-21-06-2016-5901429.php
Après la mollesse nous auront la gègène.
Pour ceux qui ne connaissent pas cette page ignoble de notre histoire récente :
https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9g%C3%A8ne

Erwan Blesbois a dit…

La religion catholique est une bonne chose à enseigner aux enfants, afin de leur inculquer des valeurs, en premier lieu la valeur du sacré, mais aussi les valeurs de solidarité, de partage, et aussi pour faire contrepoids à l'abrutissement consumériste généralisé, qui génère tant de troubles du comportement chez les enfants. Cependant que faire de cette religion à l'âge adulte ? La dépasser par l'exercice de son libre arbitre et de sa réflexion. La religion : une fable pour enfants ? Oui, ce que devraient être le christianisme et l'islam, nécessaires mais très loin d'être suffisants pour former les esprits. Mais nécessaires cependant, ce que nie notre époque consumériste.

Maxime Lépine a dit…

Dans le contexte actuel ce genre de sondage ne signifie rien du tout Philippe et vous le savez bien.

Sans même ouvrir le lien je suis quasi sûr que cela a un rapport avec la guerre d'Algérie... c'était la guerre, les deux camps ont fait des choses "ignobles", comme dans toute guerre. Pas la peine de nous faire des comparaisons hasardeuses.

Maxime Lépine a dit…

C'est bizarre, j'ai justement l'impression que ce sont ces valeurs de solidarité et de partage qui ont rendu notre société si mollassonne... mais peut-être que ces valeurs "féminines" qu'on met en avant ne sont qu'un écran de fumée pour cacher la réalité violente de notre monde...
Quoi qu'il en soit la religion pour former l'esprit des enfants... Ça ne me plait pas. Pourquoi pas la Science? La rigueur, le doute que vous professez, le travail sont des choses je pense beaucoup plus indispensables que les pseudo-valeurs catholiques qui aboutissent plus ou moins à une forme d'inhibition morbide et culpabilisatrice.

Erwan Blesbois a dit…

Je ne trouve pas notre société si mollassonne, ceux qui ont saisi l'opportunité matérielle de 68, s'en sortent plutôt bien et occupent tous les postes de pouvoir et de domination : ce sont le sexe, l'argent et l'estime de soi qui sont les ingrédients du pouvoir. Ceux qui ont su saisir l'opportunité en 68, sont aujourd'hui les rois du monde, et en France ils constituent ce que l'on pourrait appeler la nouvelle " idéologie française " : eux disent qu'ils ont remis la vérité sur ses pieds, et qu'avant eux elle était sur la tête, ils s'estiment dépositaire de la vérité et dans le camp du bien, et sont prêts à toutes les guerres " légitimes ", toutes les oppressions " légitimes " pour conserver leur pouvoir. La jeunesse dans sa globalité, à part des exceptions, est faible, parce que désunie, parce que dans la compétition et dans la guerre du tous contre tous : c'est pour cela qu'un peu de solidarité et de partage lui ferait le plus grand bien. Les quelques petits malins, dans la jeunesse, qui s'en sortiront, demeureront idéologiquement les esclaves de la génération de leurs parents ; et aussi bien du point de vue culturel, que du point de vue politique, il me semble qu'ils seront dans l'incapacité d'être les créateurs de quoique ce soit. Malgré les apparences la société n'est pas du tout nietzschéenne mais basée sur la tyrannie et l'oppression. Est-ce mieux ou pire qu'une société traditionnelle fondée sur le catholicisme ? Je n'en sais rien : de tout temps la vie semble un sale moment à passer avec des moments d'éclaircie dans l'Histoire, comme entre 1945 et 1975, parenthèse enchantée qui a suivi un grand traumatisme. Sans doute nous faudra-t-il maintenant connaître à nouveau un grand traumatisme, certainement plus meurtrier encore que l'épisode hitlérien, puisque les moyens techniques se sont développés, pour qu'en sorte peut-être, je dis bien peut-être, à nouveau une brève éclaircie. L'Histoire est faite de cycles, où se succèdent de longues phases de purgatoire, de brefs instants d'enfer, et de très rares instants de grâce et de fraternité, que l'on pourrait appeler de brèves éclaircies. Pour l'instant nous sommes très clairement engagés dans un mauvais cycle, que Pasolini appelait le "cercle de la merde ", où l'hyper consumérisme plonge l'individu lambda dans la plus grande passivité, isolement social, pathologie sociale où il en arrive à consommer ses propres excréments de matière métaphorique. Pasolini avait prévu qu'après viendrait le " cercle du sang ", où là viendront les grands massacres, et où l'oligarchie éprouvera une jouissance sadique-anale, à assouvir aussi une pulsion de voyeurisme, à voir périr la majorité du peuple, les gens innocents, dans les plus atroces souffrances et tortures : mais bon ce n'est que de l'art. Il y en a aussi pas mal aujourd'hui qui ont un certain don de prophétie : Houellebecq, Onfray, Finkielkraut, Zemmour... On les appelle nos Cassandres déclinistes.

Anonyme a dit…

Vous avez de la chance j'avais pris rendez vous on a pas voulu de moi

Philippe a dit…

Maxime
En effet sur le fond nous ne sommes guère différents dans la gestion de la violence collective des autres sociétés humaines actions/réactions, une idéologie à une autre, un « isme » s'oppose à un autre, une bombe en appelle une autre en réponse etc. etc. etc. !
Mais nous frôlons l'excellence dans d'autres domaines que ce lui de la cuisine !!!
Notre société française qui se dit humaniste au fil du 20ème siècle s'est doté d'une spécialité : « le maintien de l'ordre ».
Un ministre nous a rappelé cette supériorité/expertise en janvier 2011 … 21ème siècle !
http://www.liberation.fr/planete/2011/01/11/mam-propose-le-savoir-faire-francais-a-la-police-tunisienne_706462
La bataille d'Alger en 1957 sous un gouvernement de gauche a fait l'admiration de nombreux dictateurs et de certains grands services occidentaux ...
On peut faire des recherches sur ce sujet tabou (comme de nombreux autres en France) à partir de ces documents :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Escadrons_de_la_mort,_l%27%C3%A9cole_fran%C3%A7aise
ou
https://fr.wikipedia.org/wiki/Crevette_Bigeard
ou
« Nous avons tout appris des Français » a pu déclarer le général Harguindeguy, ministre de l’intérieur de la junte argentine du général Videla. Paul Aussaresses – il est à présent général – a été attaché militaire au Brésil, en 1973, et, d’après le général Manuel Contreras, ancien chef de la police secrète de Pinochet, de nombreux officiers chiliens ont pu alors bénéficier de son enseignement. »
dans : http://ldh-toulon.net/cinquante-ans-apres-la-bataille-d.html
bon … j'arrête de charger la charrette !!!

Maxime Lépine a dit…

Et alors Philippe? Je ne vois pas en quoi ça contredit mon commentaire. Il n'y a pas de guerre propre, l'Algérie ne fait pas exception et n'allez pas croire qu'au FLN c'étaient des enfants de coeur.

Pour le maintien de l'ordre désolé Philippe si je heurte vos principes moraux mais au Maghreb je préfère les dictateurs aux islamistes.

D. a dit…

Enseigner "la" religion ? Une bonne chose ?
Enseigner une religion, ça se dénomme du catéchisme.
Laissez le catéchisme dans la sphère du privé.
Enseigner simultanément plusieurs religions, ça aurait plus de sens afin de relativiser l'impact dans les jeunes esprits.
Bien meilleure est l'idée de privilégier la rigueur scientifique, le doute cartésien, les valeurs du travail et la recherche comme l'observation.
Il faut prendre garde que déterminisme ou finalisme et même créationisme l'emportent dans les têtes pensantes.

Philippe a dit…

et alors Maxime
Un commentaire sur un blog ne peut être qu'approximation venant en complément des opinions émises précédemment.
Faire remarquer dès que l'occasion se présente, c'est à dire quasi toujours, qu'un commentaire est une approximation c'est un peu ouvrir une porte ouverte …
Mon propos était plus humble mais semble-t-il dérangeant : certains services français ont acquis une expertise/expérience en maintien de l'ordre reconnue … mondialement … depuis la bataille d'Alger en 1957 … expertise utilisée beaucoup plus récemment en d'autres lieux.
(Je n'ai jamais pensé qu'il y avait des guerres « propres », il n'y a déjà pas de programme politique « propre », la nature humaine semble d'ailleurs être de couleur plutôt grise comment pourrait-elle donner du « propre »)