jeudi 1 septembre 2016

De Mike à Macron




Mike Plaza aura 23 ans le 17 septembre. Il habite à Etreux et travaille depuis cette rentrée scolaire au lycée Condorcet, en tant qu'assistant d'éducation. Malgré son jeune âge, il a déjà une belle carte de visite politique : responsable du MJS de l'Aisne (Mouvement des Jeunes Socialistes), coordonnateur du mouvement d'Emmanuel Macron, "En Marche", pour le nord du département et membre de droit du bureau fédéral du Parti socialiste.

Je lui demande d'abord comment ça se passe avec ses petits camarades qui ne portent pas forcément Macron dans leur cœur : "pas de problème avec la motion majoritaire, me répond-il. Avec l'aile gauche, c'est un peu plus tendu, mais ça va, je suis ouvert, je discute, je m'entends bien avec tout le monde". En revanche, et c'est paradoxal, Mike se sent un peu moins à l'aise avec les jeunes du MJS, plus "fermés", "frondeurs". Lui, en tout cas, refuse tout sectarisme. Dans sa section, à Guise, il a de bons rapports avec Matthieu Mayer, pourtant partisan de Manuel Valls, le rival d'Emmanuel Macron. "Matthieu est quelqu'un de très ouvert".

Au fait, pourquoi Mike Plaza a-t-il choisi de soutenir Macron et pas Valls, qui sont quand même proches politiquement ? Le Premier ministre "grande gueule", il aime. Mais chez Macron, ce qu'il apprécie, c'est sa liberté, sa façon différente de voir la politique, les nouvelles idées qu'il met sur la table.

Sa jeunesse lui donne-t-elle une supériorité en politique sur les plus anciens ? "Non, j'ai simplement un regard différent. Je les respecte, je ne me permets pas de les critiquer. Je suis plus preneur de leçons que donneur de leçons". Mike Plaza n'est manifestement pas atteint par le jeunisme.

A-t-il déjà rencontré celui en qui il met toutes ses espérances ? Oui, et même plus que ça : il a fait partie de son service d'ordre (voir vignette) ! Il faut dire que Mike a la carrure, la diplomatie et une petite expérience locale, dans la sécurité d'événements sportifs ou musicaux. Avec d'autres, il a assuré la garde rapprochée du ministre, lors de son déplacement à Amiens, quand il a lancé "En Marche", ou bien en juillet, au meeting de la Mutualité. "Je suis allé voir Macron dans sa loge, il a retenu mon prénom, j'étais content. C'est quelqu'un qui sait remercier ceux qui s'engagent pour lui".

Mais Mike Plaza n'est pas seulement bodyguard : il a des ambitions électorales. Sa ligne : être utile, travailler pour son village, son département, sa région. Ainsi, il a été en 14ème place sur la liste socialiste aux dernières élections régionales. "Je n'étais pas éligible, mais l'expérience humaine a été très enrichissante : j'ai rencontré un tas de monde". Aujourd'hui encore, Mike est présent sur le terrain, serre des mains, écoute, discute. Mais il ne veut pas précipiter les échéances, il va à son rythme, il veut d'abord apprendre : "candidat titulaire, c'est peut-être un peu tôt ; mais suppléant à une législative ou à l'élection départementale, oui, pourquoi pas".

Il songe à Etreux, là où il réside, aux prochaines élections municipales : être adjoint à la sécurité ou bien à la jeunesse et aux sports, ça lui irait. Mais simple conseiller municipal aussi. Et Saint-Quentin, là où il travaille ? Pour l'instant, non, il n'y pense pas, veut faire au plus près de chez lui. Plus tard, oui, peut-être, s'il s'installe dans la ville.

Et la droite locale, Mike Plaza en pense quoi ? "J'ai du respect pour Julien Dive [député Les Républicains de la circonscription], j'approuve sa proposition sur l'inclusion du temps de bénévolat dans les points de retraite. Sa campagne des législatives a été respectueuse, il fait correctement son travail de député". En fait, droite ou gauche, Mike attend des hommes politiques la même chose : "qu'ils tiennent leurs promesses et qu'ils fassent leur travail". En revanche, il déteste les bisbilles artificielles. C'est aussi la raison pour laquelle il a rejoint Macron : Mike est de gauche, issu d'une famille de gauche, mais il ne veut pas s'enfermer dans la confrontation stérile entre droite et gauche.

Et Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin ? Mike Plaza aimerait bien la rencontrer, discuter avec elle. "Je l'apprécie, elle a mis de l'animation en centre-ville, elle agit d'abord pour le bien-être de Saint-Quentin". Il la distingue de Xavier Bertrand, marqué à droite, avec des ambitions nationales. J'ose alors lui demander, puisqu'Emmanuel Macron conçoit parfaitement que des gens de gauche et de droite travaillent ensemble, si lui, Mike Plaza, socialiste, accepterait de figurer sur la prochaine liste municipale de Frédérique Macarez ? Il me répond sans hésiter : "Si j'habitais à Saint-Quentin, oui, pourquoi pas". Je lui fais remarquer que plus d'un socialiste se retournera non seulement dans sa tombe, mais dans son lit en lisant ceci. Mike, naturel, me confirme cette possibilité, en vertu de son principe macronien : faire de la politique, c'est être utile et agir au-delà des clivages, dont les gens ont marre.

Pour terminer notre rencontre, j'essaie d'en savoir plus sur les goûts personnels de Mike Plaza : il est très musique (au festival des "Vieilles Charrues" en juillet) et aime bien faire son touriste (c'est un amoureux du patrimoine). Il apprécie, à la télévision, les séries américaines, et au cinéma, de même qu'en littérature, les aventures de Harry Potter. Son sport préféré, c'est la joute nautique ! Amusant : Mike est volontiers guerrier sur l'eau, mais conciliateur en politique.

En le quittant, je me dis que j'ai passé un agréable moment avec quelqu'un d'agréable. Je suis social-démocrate comme lui, partisan d'Emmanuel Macron aussi, mais j'ai un peu plus de 30 ans d'âge que Mike, et je le ressens. J'ai gardé de la politique son climat de tension, d'affrontement, parfois d'hystérie. Ce sentiment-là est complètement absent chez Mike Plaza, qui a une approche plus sereine, plus tranquille, moins dramatique de la politique. Je suis aussi d'une génération qui sacralisait l'opposition entre la gauche et la droite, qui jugeait sacrilège, blasphématoire de faire un pas l'une vers l'autre. Je ne le dis pas à Mike, mais en mon for intérieur, je sais que ses déclarations d'aujourd'hui lui auraient valu, il y a 15 ou 20 ans, comme je l'ai moi-même vécu, de passer devant la commission des conflits du Parti socialiste (c'est-à-dire un conseil de discipline interne) et peut-être une sanction. Autre temps, autres mœurs !

Ecouter Mike Plaza donne envie de faire de la politique. Certes, je ne me fais pas d'illusion : la lutte pour le pouvoir, la rivalité entre les hommes, les coups fourrés qui vont avec existeront à mon avis toujours. Mais les jeunes générations, de Mike (23 ans) à Macron (37 ans), me semblent avoir une pratique plus ouverte, plus décontractée, peut-être même plus intelligente de la politique que les anciens. Nous ne pouvons que nous en réjouir et souhaiter que cette bonne disposition d'esprit perdure, pour le bien de la démocratie.


Cet entretien a été réalisé avant que nous ayons pris connaissance de la démission du ministre de l'Economie et des Finances.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Mike PLaza ne semble ouvert qu'à ceux qui partagent sa sensibilité, les autres "frondeurs" sont forcément fermés. Il est bien parti pour faire une carrière politique au moins locale dans un parti où les places à prendre vont devenir de plus en lus rares. Pour cela il devra faire preuve de plus de discipline, esprit de parti dans le sillage du leader local. Contrairement à vous il ne diabolise la droite que lors des élections pour essayer de s'en différencier. La différence entre Valls et Macron, c'est l'âge, une question de forme plus que de fond, le premier a plus d'expérience politique, n'est pas qu'une bulle médiatique, il se dit socialiste quoiqu'il aie proposé de changer le nom de son parti, le second vient de déclarer ne pas l'être. Finalement ils seraient bien d'accord sur l'essentiel si les rivalités de personne ne prenaient pas le pas sur le reste. En dehors d'un parti fort, cohérent et structuré Macron n'a pas ou peu d'avenir politique à moins de l'implosion électorale du PS par une probable déroute électorale qui ouvrirait le champs des possible.

Philippe a dit…

Pour les arrivistes que sont tous les politiciens en harbe difficile de choisir son "camp" !
En fonction de son ressenti concernant sa sécurité une population se choisit des « chefs » dans l'offre qui se présente à elle pour résoudre sa problématique.
D'ici mai 2017 de nombreux événements peuvent survenir modifiant sa problématique.
La sécurité économique peut être bousculée par un nouveau 2008, suite à une nouvelle invention des petits génies des banques … selon certains économistes alarmistes = en cours …
La sécurité physique peut être bousculée, le Califat blessé à mort peut être tenté, pour finir en « beauté », par un attentat de très haute intensité, en Allemagne au niveau gouvernemental on évoque la possibilité de demander aux citoyens de faire des provisions pour 10 jours … ce qui correspond à un confinement …
Un pays comme la France peut être ballotté électoralement par ce type d'événements.
Macron comme hier DSK a toutes ses chances en cas de séisme économique, Sarkozy ou Marine toutes les leurs en cas d'attentat de haute intensité … chimique ou nucléaire …
Il peut ne rien survenir et Juppé rescapé des années 1990 dont personne ne se souvient aura toutes les siennes !
Les dès roulent …………….