jeudi 29 septembre 2016

Droite et extrême droite



Que nous apprend la parution du livre de Patrick Buisson ? Rien du tout. Le bouquin est aussi peu intéressant que son auteur : il ne dit rien que nous ne savions déjà. Buisson n'est qu'un médiocre intriguant, comme il en existe un certain nombre en politique. Le pouvoir attire les mouches. Buisson n'est ni intellectuel, ni universitaire : il n'a publié aucun ouvrage remarquable, ne s'est signalé par aucune action digne d'estime.

Qui est-il ? Un plumitif d'extrême droite, qui renifle le pouvoir et l'argent à son bénéfice. Un conseiller ? Non, un profiteur. Dans les milieux politiques, ce genre de types se repèrent très vite : ils sont partout où va leur patron, on se demande ce qu'ils font là, ils n'ont pas de rôle précis, ils font les mystérieux, ils jouent les hommes de l'ombre. En vérité, ce sont des nullités qui ne servent à rien, mais qui laissent croire à leur propre importance. Sarkozy n'avait pas besoin de Buisson pour exister et agir, mais Buisson avait besoin de Sarkozy.

Cette affaire ne juge pas tant Patrick Buisson, cafard de plus dans le bocal, que Nicolas Sarkozy. Quelle faiblesse de caractère faut-il avoir, quel esprit influençable faut-il être pour prendre à ses côtés un personnage aussi sinistre et inutile que ce Buisson ! Un homme politique s'évalue aussi au proche entourage qu'il se donne. Je n'avais pas besoin de ça pour savoir que Sarkozy était mauvais, mais cette obscure présence le confirme. Comme tout individu que le néant habite, il essaie de le combler comme il peut : Buisson, c'était d'enregistrer son maître, croyant ainsi pouvoir exercer sur lui un ascendant que ce pauvre type n'a sur personne. J'ai connu des militants qui prenaient en photo leurs adversaires, pensant de cette façon leur faire peur. Ce sont des procédés de moderne sorcellerie, aussi peu efficace que l'ancienne. Qu'est-ce que la politique peut rendre con, par moment !

La grande idée de ce petit cerveau, c'est d'unir la droite et l'extrême droite. Quelle originalité ! On présente Buisson comme maurrassien, ce qui fait intelligent. Mais qui a lu Maurras et connaît ses idées, à part moi et quelques autres ? Je ne vois pas ce qu'il y a de maurrassien chez lui. Il n'y a que Sarkozy, dépourvu de toute culture, qui peut se laisser impressionner. Le bouquin de Buisson s'appelle "La cause du peuple" : pas intelligent, Buisson, mais très malin, en reprenant le titre d'un organe gauchiste, maoïste, celui de la Gauche prolétarienne, que vendaient Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre sur le Boul'Mich', à la grande époque. Toujours la même tambouille des fachos, Buisson ou Le Pen : mêler les extrêmes, assaisonner leur nationalisme avec des slogans révolutionnaires, pour abuser les électeurs et les ignorants.

A l'Elysée, pendant plusieurs années, un président républicain s'est fait conseiller par un crypto-facho : étonnant, non ? Sarkozy n'était pas dupe, évidemment : son objectif à lui, encore aujourd'hui, c'est de séduire l'électorat d'extrême droite avec des thèmes d'extrême droite, parce qu'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Est-ce que ça marche ? La réponse renvoie à un débat de fond : y a-t-il porosité, continuité entre la droite et l'extrême droite ? François Mitterrand pensait que oui. Il ne croyait guère en une spécificité de l'extrême droite : pour lui, un homme d'extrême droite était quelqu'un de droite qui allait jusqu'au bout de ses idées. Moi même, il y a une trentaine d'années, lorsque je conversais avec certaines personnes de droite, je comprenais vite, sur la nation, l'autorité, l'immigration, que leurs points de vue étaient souvent proches de ceux de l'extrême droite. Quand je leur faisais remarquer et leur demandais pourquoi ils ne votaient pas FN, la réponse était toujours la même : "Le Pen est un aventurier infréquentable, il n'arrivera jamais au pouvoir, le vote en sa faveur est inutile".

Aujourd'hui, depuis que le FN a pris de l'assurance et a gagné en audience, je vois les choses différemment. Entre la droite et l'extrême droite, il n'y a pas seulement une différence de degré, mais de nature, qui les rend incompatibles. Mitterrand avait tort, en définitive. On l'a bien vu, lundi soir, au conseil municipal de Saint-Quentin. Le maire Frédérique Macarez n'est pas favorable à l'accueil de migrants dans sa ville, mais devant le vœu du FN demandant une "commune sans migrants", elle ne va pas du tout dans leur sens, les remet en place, dénonce la proposition "détestable" et surtout souligne que le propos est intolérable dans "une enceinte républicaine". Là voilà, la digue qui sépare à jamais, du moins faut-il l'espérer, la droite et l'extrême droite : c'est la République. Et il faudra sans cesse y revenir, le redire : le Front national n'est ni de près ni de loin un parti républicain. Autrefois, c'était le gaullisme qui distinguait droite et extrême droite ; aujourd'hui, c'est la République. Patrick Buisson a beau faire tous ses efforts, ils resteront vains.

6 commentaires:

R a dit…

La "République", c'est immortel.
Une "république", ça peut sauter.
On l'a vécu en France à quatre reprises puisque nous en sommes à la cinquième "république".
Un événement d'importance, ça peut avoir raison d'une "république", un homme aussi...
Un Bonaparte, une guerre "extérieure" perdue, des événements "intérieurs" désastreux conjugués à des citoyens peu vigilants.
Alors, oui, le FN et ses cheftaines incertaines peuvent mettre à mal notre "république".
Et plus tôt qu'on pourrait le croire, malheureusement.

Anonyme a dit…

Il est parfaitement légitime de ne pas du tout aimer Patrick Buisson mais de là à exécuter en quelques lignes un livre de 500 pages que vous n'avez pas lu est le signe d'un amateurisme et d'une mauvaise foi flagrante. Le dit Patrick Buisson existait avant Sarkozy et existera après Sarkozy. Je l'ai écouté hier au JT de France 2, il se défend bien, ce qu'il dit n'est pas infondé, et l'on gagne toujours à écouter ses adversaires pour mieux les combattre.
N'ayant pas lu son livre je me garderais de tout jugement excessif envers un homme conseiller d'un homme politique élu président par les Français malgré ses défauts notoires( aucune culture politique et un culot d'acier qui désarçonne, agité, anxiogène, vulgaire et inculte) Cependant je combattrai les idées de Patrick Buisson et ses idées tout en lui reconnaissant une culture politique contestable mais réelle.
Il n'est pas inutile de rappeler que si Sarkozy a été élu en 2007, à mon grand regret, cela est du à l'incohérence de Ségolène Royal et au sabotage de sa campagne par les "éléphants" et les hiérarques du parti socialiste.

Anonyme a dit…

Mitterrand que j'ai beaucoup apprécié en tant que Président, en savait quelque chose sur la droite et l'extrême-droite, lui qui a commencé sa carrière politique avant guerre de ce côté-là de l'échiquier politique, du côté de La Cagoule, et l'Action Française, il connaissait bien feu le Comte de Paris, le Chef de la Maison de France puisqu'ils se sont retrouvés pour dénoncer les Accords de Munich en 1938 signés par l'homme de gauche Edouard Daladier. Mitterrand, un exemple aussi d'évolution politique de la droite vers la gauche coe certains en sens inverse de la gauche vers la droite sans l'assumer. Comme vous, Monsieur Mousset.
Comme quoi les choses sont toujours plus complexes que vous vous complaisez à décrire.

Anonyme a dit…

Patrick Buisson ne fût pas le seul conseiller, pas forcément aussi écouté comme le gaulliste Henri Guaino qui prenait là sa revanche sur l'ingratitude de Chirac et la lâcheté de Jospin. Les discours écrits par Henri Guaino ont plus contribué à l'élection de Sarkozy et aussi en raison aussi des effets négatifs des Lois sur les 35 Heures de Madame Aubry. Il y eût aussi une certaine Emmanuelle Mignon, peu connue des citoyens.
Au JT de France2 hier Buisson citant Mitterrand a confirmé une affirmation de ce dernier selon laquelle après lui il n'y aurait que des médiocres dont Sarkozy et Hollande en sont les expressions. L'actuel succès du FN version Marine Le Pen est le signe de la mort clinique du gaullisme à laquelle ses présumés héritiers et épigones ont largement contribué

Philippe a dit…

Bien que j’abhorre les politiciens et leurs techniques je m’y mets !
« ville sans migrants » est un slogan machiavélique lancé par le FN par la personne de Steeve Briois vice président du FN.
Beaucoup de villes pour ne pas être taxées de droitières, pour ne pas être suspectes de pencher FN, vont recevoir des migrants qui sont en général des hommes jeunes ayant les besoins naturels de la jeunesse mais éduqués dans d’autres cultures.
Il espère donc au contraire que dans beaucoup de villes une population migrante soit parachutée sans éducation préalable à nos mœurs et s’installe durablement dans le désœuvrement, déambule dans les rues aux heures où d’autres travaillent, avec parfois des comportements disons inciviques ou dans notre culture considérés comme tels vis à vis des passants et passantes, ait des revendications identitaires etc. ….
Cet éparpillement de « Calais » et autres jungles plus petites mais nombreuses dans la France périphérique va créer des problèmes de désagréments voire d’ordre public dont le FN va faire son beurre en lui amenant des mécontents.
Bien entendu les maires LR qui veulent échapper au traquenard sont obligés de faire les équilibristes en sortant un hypocrite « je ne veux pas de migrants mais nous ne sommes pas une « ville sans migrants » … traduire « je ne veux pas de migrants mais nous ne sommes pas une «ville pro FN »
Il n’y a pas de quoi pavoiser.

Maxime Lépine a dit…

Ah si seulement on pouvait se trouver un Bonaparte pour achever cette république moribonde et répartir sur des bases saines!