vendredi 9 septembre 2016

Vive le roi !



Une fois n'est pas coutume, je vais laisser à quelqu'un d'autre le soin de faire le billet d'aujourd'hui. Voilà :

Les Français viennent du nord, du centre, du sud ou d'autres régions. Les Français, ce sont aussi des immigrés qui viennent d'Italie, d'Espagne, de Pologne, du Portugal, d'Asie ou du Maghreb. Ce n'est pas facile de savoir d'où l'on vient, de quelle nationalité nous sommes. Notre maison est là où notre cœur est, et il ne peut pas toujours se situer à l'intérieur des frontières d'un pays. Les Français, ce sont des filles qui aiment les filles, des garçons qui aiment des garçons, des garçons et des filles qui s'aiment entre eux. Les Français croient en Dieu, Allah, tout et rien [...] En d'autres termes, vous êtes la France ! Nous sommes la France ! [...] Mon plus grand souhait pour la France est que nous parvenions à prendre soin les uns des autres. Nous pouvons encore construire ce pays sur la confiance, la fraternité et la générosité.

C'est beau, non ? Alors qu'on sent bien que la campagne présidentielle en France a commencé, que l'extrême droite arrive en tête des sondages au premier tour, qu'elle a fait de bons score en Allemagne dimanche dernier, que le Brexit a multiplié en Grande-Bretagne les actes racistes, que chez nous les Asiatiques pour la première fois se sentent obligés de manifester, qu'un centre d'hébergement pour réfugiés est incendié, qu'un autre est refusé, le message ci-dessus est très précieux, apporte un vent nouveau, fait du bien à entendre.

Mais j'ai un aveu à vous faire : j'ai triché, pour la bonne cause. Oui, le texte cité a été transformé par moi. Pour le restituer dans sa version originale, il faut remplacer Français par Norvégiens, et substituer à Italie, Espagne, Portugal, Asie et Maghreb les mots suivants : Afghanistan, Pakistan, Suède, Somalie et Syrie. Et je dois vous donner l'auteur : le roi de Norvège, Harald V, 79 ans, dans un discours il y a quelques jours. Alors, là aussi, une fois n'est pas coutume, nous pouvons crier : Vive le roi !

34 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

On en revient toujours aux mêmes commentaires: la vieillesse est un naufrage...

Anonyme a dit…

Dimanche dernier lors de la manifestation des Chinois contre les crimes et actes racistes on n'a pas vu, ni entendu les grandes organisations anti-racistes leur apporter un soutien pour de multiples raisons. La première est qu'ils demandaient de la sécurité pour leurs biens et personnes, la deuxième est que leurs agresseurs ne sont pas des gens d'extrême-droite classique comme Monsieur Mousset se complaît à dénoncer mais des français d'origine maghrébine et/ou africaine dont la presse, pour une fois n'a cité que les initiales et pas les photos, respectant ainsi pour la première fois la présomption d'innocence des personnes arrêtées, ensuite la communauté chinoise est discrète, travailleuse et ne pèse pas électoralement.

Emmanuel Mousset a dit…

Un raciste est un raciste, quelle que soit sa motivation ou son origine. Il n'y a pas à faire de détail. Quant à vos considérations politiques, elles sont d'une bassesse que je m'honore de ne pas commenter. Soyez déjà heureux que j'accepte, par condescendance, de les publier.

Philippe a dit…

Un raciste ... mais il n'y a pas de races.

Anonyme a dit…

Ce n'est qu'un constat désagréable à lire à vos chastes petits yeux. La liberté de penser c'est d'abord d'accepter ceux qui ne pensent pas comme vous.
Je ne pense pas que vous ayez lu un livre fort ancien du politiste Pierre-André Taguieff "la force du préjugé" paru 1988. Je l'ai lu, en son temps, et c'est un livre stimulant, remettant trop de choses en question pour vous, et certains professionnels de l'anti-racisme.

Philippe a dit…

J'approuve à 100 % le texte revisité par E.M. sous l’angle toujours rassurant de l’utopie ou de l’incantation «comme on aimerait que ce soit ainsi".
Mais comment adapter cette incantation sur le terrain du réel.
Le réel contient son pourcentage d'intolérants, de personnages refusant aux autres toute liberté de penser autrement qu'eux. Bref ces personnes refusent implicitement la liberté de conscience et le libre examen ... ce qui fait que certains crétins ... bien entendu en meutes ... s’autoproclament police des mœurs, privatisent du domaine public, d’autres allant plus loin encore ôtent la vie.

Emmanuel Mousset a dit…

1- En effet, il n'y a pas de races. Les racistes nous disent le contraire, c'est pourquoi il faut combattre leur mensonge.

2- Tiens, c'est marrant, Taguieff ... Ca ne me rajeunit pas ! Je l'ai rencontré en 1986, chez lui, pour un article destiné au magazine "Globe" (qui n'existe plus), sur la "nouvelle droite". Et paf, au beau milieu de l'entretien, qui appelle ? Alain de Benoît (bien que radicalement opposés, ils étaient assez copains) ! Marrant ...

Erwan Blesbois a dit…

Oui Emmanuel, on sait bien que les races n'existent pas, puisque tout membre de l'espèce humaine peut se reproduire avec un autre membre de l'espèce humaine, nous sommes tous des descendants de l'homme de cro-magnon. Mais ces derniers ont bien "génocidé" l'homme de néandertal, parce qu'il était d'une autre race et qu'il ne pouvait pas se reproduire avec l'homme de cro-magnon (l'"homme" au sens générique bien sûr) : c'est la théorie de certains scientifiques et aussi la mienne. Ce qui énerve les gens, et qu'ils ne supportent pas, c'est que tu sembles appartenir à une petite aristocratie locale (mais bon sang, qu'est-ce que tu as de plus que les autres ?), post soixante-huitarde, et que les gens désormais vomissent cette idéologie et surtout ses conséquences actuelles : la montée de la virulence islamiste, l'augmentation du chômage, l'appauvrissement voire le déclassement redouté de la classe moyenne. Il n'empêche que le fond de l'espèce humaine semble bien, être l'aspect génocidaire, alors elle s'invente des clivages, des "races", qui n'existent pas il faut bien le reconnaître. C'est pour cela que selon moi il faut abolir les différences, et que je suis un partisan de l'assimilation : c'est surtout un moyen d'éviter les logiques de bouc-émisseration et génocidaires ; c'est ainsi que j'interprète l'œuvre d'Eric Zemmour, qui au fond est un grand humaniste, qui veut du bien à l'espèce humaine. La France n'est pas une auberge espagnole, elle a un fond commun que l'esprit de 68 et le libéralisme économique ont ruiné, et il faute bien reconnaître aussi que finalement tu sembles sous estimer les effets néfastes et délétères, du laisser-faire économique et social : atavisme propre aux post soixante-huitards, dont le credo est "après moi le déluge".

Emmanuel Mousset a dit…

D'après ce que je crois savoir, Néandertal et Cro Magnon ont longtemps cohabité sans problème, comme toi et moi à la Sorbonne.

Au contraire de toi, l'idée d'une France, "auberge espagnole", me plait beaucoup.

Erwan Blesbois a dit…

Il est vrai que toi et moi, n'aurions pu nous reproduire ensemble : comme Neandertal et Cro-Magnon. Tu marques un point (cependant c'est un génocide qui a eu lieu sur plusieurs milliers d'années, la technique de l'extermination manquait encore à nos ancêtres : ce qui manque de moins en moins à nos contemporains, d'où la multiplication des génocides avec les temps modernes, et même si les juifs insistent pour que l'on reconnaisse la spécificité et l'unicité de "leur" génocide. Alors qu'en réalité tous les génocides ont un fond commun : la spécificité de l'espèce humaine). Cependant la France n'est pas un hôtel, ce qu'elle est devenue, comme le déplore un autre maître : Michel Houellebecq.

Emmanuel Mousset a dit…

Arrêtons avec cette métaphore hôtelière, qui est ridicule, appliquée à un pays. Houellebecq est un artiste, pas un politique. Le génocide juif est réellement unique, en tout cas dans l'époque moderne. Ca n'enlève rien à la tragédie des autres génocides. Pour en revenir à ton ancêtre Neandertal, un génocide "sur plusieurs milliers d'années" n'est pas à proprement parler un "génocide".

Erwan Blesbois a dit…

Le mise en concurrence des génocides est encore un élément typique de la nature humaine : tout le monde veut être le "plus" victime, pour avoir le plus de droits.

Emmanuel Mousset a dit…

Non, cette concurrence est un vice contemporain, très indécent. Un être humain normal n'a aucune envie d'être victime.

Erwan Blesbois a dit…

Nous sommes d'accord faisons en sorte que l'humain regagne sa dignité en faisant en sorte qu'il ne soit plus en situation de victime : homogénéisons l'espèce humaine contre une altérité extérieure, extra-terrestre pourquoi pas ? Evidemment nous nageons là, en pleine utopie. En réalité tout groupe humain a besoin d'une victime expiatoire pour se structurer : d'où l'extra lucidité d'une religion comme le catholicisme. Mais tu vas me traiter de rêveur. Non en réalité je me rallie aux théories d'un grand philosophe comme René Girard. Comme le dit Nietzsche dans "Aurore" : malheureusement tout être humain est d'abord le bouc-émissaire de ses parents ; dans ces conditions qu'est-ce que la normalité : un être théorique détaché de tout lien viscéral à la parentalité ? Tu vois l'être humain beaucoup plus beau qu'il ne l'est réellement, en réalité tout être humain qui a "réussi" est souillé de vices, de crimes, et de passions étouffées : c'est pour cela que généralement je n'aime pas les hommes de pouvoir, exception faite de de Gaulle (l'exception qui confirme la règle, exception née de circonstances exceptionnelles).

Emmanuel Mousset a dit…

1- Quand on ne croit pas en Dieu, on ne parle pas du catholicisme.

2- De Gaulle n'a aucune raison d'échapper à la règle que tu établis.

Erwan Blesbois a dit…

Qu'est-ce qu'il me reste alors ? Adhérer au macronisme ?

Philippe a dit…

J'ai aimé la métaphore hôtelière très révélatrice de la pensée bisounours.
L’analogie de la France avec «l’auberge espagnole» était possible à l’époque du boum de l’industrialisation pendant lequel la main d’œuvre locale devenait rapidement insuffisante dans les bassins d’emplois des industries minières, sidérurgiques et textiles en expansion.
Actuellement nous avons au contraire un chômage structurel chronique important.
Ces nouveaux arrivés risquent d’être exploités, nouveaux esclaves, dans le cadre de filières de travail au noir. Ils seront coincés dans cet état, sans possibilité de retour chez eux, car ils ne pourront jamais rembourser les membres de leur communauté qui se sont cotisés pour leur payer le voyage.
et qui dit exploités dit exploiteurs

Anonyme a dit…

Ce qui est marrant c'est que vous ne sachiez pas qu'il faut lire ses adversaires pour mieux les démonter quitte à les fréquenter un peu. Ce que Taguieff a toujours fait à l'encontre des professionnels de l'antiracisme, en le démontrant magistralement.

Emmanuel Mousset a dit…

Ne parlez pas à la place des autres. Si des immigrés viennent en France, c'est qu'ils y trouvent un intérêt. Et c'est notre devoir de les accueillir. Vous parlez de "bisounours" parce que vous cherchez à tout prix à rabaisser de nobles sentiments dont vous êtes incapable. Quant au chômage, il serait exactement le même, si aucun immigré ne venait.

Anonyme a dit…

Intetrviouver Taguieff pour le magazine "Globe" vous avez "raté" une carrière de journaliste? Ce magazine, financé par Pierre Bergé, était influent à l'époque.

Anonyme a dit…

"Quand on ne croit pas en Dieu, on ne parle pas du catholicisme" drôle de raisonnement! Justement les catholiques ne sont pas forcément les mieux placés pour parler de Dieu qui est le bien de tous mes croyants, même des musulmans.

Emmanuel Mousset a dit…

1- Oui, ma vocation première était journaliste, un beau métier. J'ai mal tourné ... "Globe" était mitterrandiste, je m'y sentais bien.

2- Ne faites pas l'idiot : les croyants, chrétiens ou musulmans, nous parlent mieux de Dieu que les athées qui ne croient pas en son existence.

Erwan Blesbois a dit…

On peut être athée et reconnaître la nécessité du mécanisme psychique, pour ma part du catholicisme, qui repose sur la bouc-émissarisation symbolique d'un tiers, pour que cette bouc-émissarisation ne soit pas réelle : sur ce point Sarkozy a raison quand il admet la prééminence spirituelle du curé sur l'instituteur. Pourtant je suis instituteur et justement je vois les failles du système : qui repose sur l'exclusion d'un ou plusieurs tiers, toujours (et même si ce sont les communicants de Sarko qui lui ont sans doute insufflé l'idée pour des raisons électoralistes).

Emmanuel Mousset a dit…

Il faut comparer ce qui est comparable : l'ordre spirituel n'est pas l'ordre séculier, le curé n'est pas à opposer à l'instituteur, il n'y a pas à les hiérarchiser. C'est cela la laïcité, l'indépendance respective de la sphère religieuse et de la sphère profane. Sarkozy avait tort.

Erwan Blesbois a dit…

L'ordre séculier est mauvais, Nietzsche avait tort : "Dieu est mort" et on ne voit pas fleurir toutes sortes de créations artistiques ou aristocratiques, on voit au contraire fleurir toutes sorte de génocides et de crimes inédits. Le monde séculier et laïque (fierté de la république d'inspiration kantienne) est très laid, ne nous voilons pas la face.

Emmanuel Mousset a dit…

Certes, la beauté est dans le sacré. Mais une salle de classe, à la différence d'une église, n'a pas besoin d'être belle : il lui suffit d'être fonctionnelle et utile. Quant aux génocides, ils sont de tout temps et la Bible en est remplie.

Erwan Blesbois a dit…

En gros le monde "n'a pas besoin d'être beau", on lui demande juste d'être "fonctionnel et utile" : c'est bien ce que je lui reproche et que lui reprocherait Nietzsche. CQFD, Nietzsche s'est complètement planté, lui qui se voulait le pourfendeur de la laideur et l'apôtre du beau. Par contre cet imbuvable Kant doit être très satisfait.

Emmanuel Mousset a dit…

Le sacré n'est pas de ce monde, qui est laid et utilitaire, depuis que le monde est monde. Ce n'est d'ailleurs pas si grave : l'utilité est aussi une vertu.

Erwan Blesbois a dit…

Il y a un film de Pasolini, "Médée", qui parle précisément de cette perte du sens du sacré, à un moment donné, où un centaure se transforme finalement en humain normal aux yeux de Jason : qui n'est certainement pas un âge de l'humanité, mais plus un âge de l'humain.

Emmanuel Mousset a dit…

En classe de terminale, nous étions allés voir ce film avec notre prof de philo. Je n'avais pas compris grand chose. Il faut dire que j'étais moins intelligent qu'aujourd'hui.

Erwan Blesbois a dit…

Ne te sous-estime pas, tu es "né" intelligent, c'est le propre des philosophes. A moins qu'un "Socrate" nommé Chédin (qui sait !) ne t'ait fait advenir à toi-même, par l'art de la maïeutique. Je crois plus à l'hypothèse du caractère et du destin propre à Schopenhauer : tu ne pouvais pas y échapper, peut-être le fameux "sentiment d'éternité" dont tu te sens investi depuis la petite enfance, rien de très extraordinaire, mais juste ce qu'il faut de sentiment du sacré (enfant de chœur par dessus le marché !)."

Philippe a dit…

E.M. a dit "Ne parlez pas à la place des autres. Si des immigrés viennent en France, c'est qu'ils y trouvent un intérêt."
L'extrême droite dit que c'est pour les aides qu'ils finiront par obtenir ... à l'usure ... je n'y crois pas
Par contre je pense qu'ils sont dupés ... ils croient y trouver un intérêt ... au final ... la plonge dans les restos fréquentés par boboland ... ou technicien de surface chez Cahuzac ... remember ...
http://www.ladepeche.fr/article/2007/11/10/223413-jerome-cahuzac-reconnu-coupable-mais-sans-peine.html

E a dit…

"Mais une salle de classe, à la différence d'une église, n'a pas besoin d'être belle : il lui suffit d'être fonctionnelle et utile."
Surprenante observation...
Une salle de classe est un lieu de vie et c'est bien mieux que ce soit un petit palais plutôt qu'un vilain repoussoir.
Si les temples se sont voulus beaux voire majestueux et le plus souvent beaucoup plus solides de construction que leurs habitations c'est bien pour que les fidèles s'y sentent à l'aise et en sécurité.
Quant aux églises, se souvenir qu'il a été dit que lorsque deux chrétiens prient ensemble, là se trouve l'église de Jésus-Christ.
L'église, ainsi peut se résumer au plus strict minimum !

Emmanuel Mousset a dit…

Non, une salle de classe n'est pas un "lieu de vie", où l'on mange, baise et s'amuse : c'est un lieu de travail. Je suis hostile à la rénovation des salles de classe, qui introduit le confort, distrait et amollit les esprits. Une école doit ressembler à un monastère, pas à un palais, même si je sais bien qu'aujourd'hui l'enfant est roi. Quant aux lieux de culte, ils sont ce que les croyants veulent en faire, librement.