jeudi 8 septembre 2016

Une certaine idée de la France



François Hollande a fait ce matin un excellent discours, clair, précis et combatif. Surtout, il a marqué, sans avoir à trop forcer, les différences entre la gauche et la droite. Emmanuel Macron a raison de dire que sur bien des points le clivage a perdu de sa pertinence et de son tranchant. Pourtant, au moment de la confrontation électorale, c'est bien la gauche et la droite qu'on retrouve face à face, et c'est d'ailleurs une bonne chose pour la démocratie (si le débat politique se réduisait à l'opposition entre les républicains et les extrémistes, ce serait dramatique).

La droite veut l'Etat d'exception, Hollande défend l'Etat de droit et dénonce cette contradiction de l'actuelle opposition d'avoir refusé d'inscrire l'état d'urgence dans la Constitution. La droite doute que l'islam soit intégrable dans la République ; elle demande aux musulmans de renoncer à leurs signes jugés ostentatoires. Hollande pense que la religion musulmane est compatible avec la République et tout à fait assimilable. A l'extrême droite qui crie "On est ici chez nous", il a cette phrase : "Chaque Français, quelles que soient sa confession, ses origines, est ici chez lui". La laïcité, ce n'est pas une "religion d'Etat", c'est le "principe de neutralité" : oui, c'est précieux à rappeler, en ces temps où le mot de "laïcité" est manipulé à des fins liberticides.

Hollande rejette toute "loi de circonstances" contre le burkini. La droite y est largement favorable. Il a cette définition de notre pays, qui rappelle une formule de de Gaulle : "La France est bien plus qu'une identité, c'est une idée", alors que la droite tient à ce que le débat présidentiel tourne autour de la question identitaire. Pour le président, l'école est le meilleur moyen d'intégration, que Nicolas Sarkozy a mise à mal, en supprimant 80 000 postes d'enseignants durant son mandat. Voilà des choses qu'on a oubliées et qu'il serait bon de se rappeler.

Enfin, François Hollande a dit vouloir aller plus loin dans la lutte contre le cumul des mandats, en instituant cette fois une limitation dans la durée. Il a souligné quelques acquis de son bilan social, qui sont nombreux, sur quoi il reviendra et dont il fera sans doute un fer de lance dans les prochaines semaines et mois. Le discours s'est terminé sur la défense de l'Europe, "espace de valeurs", qui a bien besoin d'être soutenue tant elle est attaquée, principalement par l'extrême droite.

Est-ce un discours de campagne, un discours de candidat ? Je n'en sais rien et la question est idiote : un homme politique est toujours en campagne et il s'apprête toujours à être candidat. Le sera-t-il vraiment ? C'est autre chose ... Sa volonté seule ne sera pas en cause, mais la situation du pays, l'état de l'opinion, les choix de la droite, les circonstances internationales et surtout l'imprévisible, dans deux ou trois mois.

16 commentaires:

Philippe a dit…

L'école a été un moyen d'intégration dans la mesure où à partir de 1870 le patriotisme revanchard (perte de l'Alsace Lorraine) et l'idéologie coloniale (apporter une culture supérieure à des cultures inférieures) ont été relayés dans les écoles publiques certes mais aussi privées, à l'époque essentiellement catholiques.
Ce creuset, pour moi discutable car militariste et racialiste, n'existe plus.
L'école en général, pas seulement l'école publique, reste-t-elle un moyen d'intégration ?

Emmanuel Mousset a dit…

Réponse : oui.

Anonyme a dit…

Il vous faudra bien choisir entre Macron et Hollande ! A moins que ce derniers saisi par un éclair de lucidité ne renonce à se représenter. Ce qu'il serait bien inspiré de faire : 88% des français ne veulent plus de lui. Cependant Macron s'étant déclaré pas socialiste in ne peut être investi par votre parti et vous, en bon petit militant discipliné, ne pouvez voter pour lui, s'il arrive à avoir ses 500 signatures d'élus pour appuyer sa candidature.

Emmanuel Mousset a dit…

Ah ! encore l'ado boutonneux qui n'aime pas la discipline ... La réponse à vos interrogations est dans mes précédents billets sur Macron. Je vous punis à les relire et à les retenir.

A a dit…

E. M. aime la discipline et se l'applique sans barguigner.
Faut-il rappeler ce qu'est la discipline pour le clergé régulier ?
Qu'il se flagelle donc avant d'aller voter au jour dit si son champion de coeur et de raison est opposé à son champion du parti. E. M. peut ainsi être amené à voter non en fonction de l'intérêt général mais d'intérêts partisans.
Peu m'en chaut, moi, j'exercerai toujours et jusqu'à mon dernier souffle mon droit de choisir en fonction de l'intérêt général, excluant les intérêts particuliers.
Que chacun agisse en son âme et conscience !

Maxime Lépine a dit…

Moi je suis pour que Hollande se représente. Comme ça la gauche serait désintegrée aux élections et la droite pourra faire tout ce qu'elle veut.

Anonyme a dit…

Comme disait le général de Gaulle à propos de Pétain : la vieillesse est un naufrage.
C'est aussi votre cas mais dès votre plus jeune âge. Soyez donc plus clair, bref et incisif au lieu de nous infliger des robinets d'eau tiède.

Emmanuel Mousset a dit…

1- Le général de Gaulle n'a pas forcément raison sur tout.

2- Je me lave à l'eau tiède. Je vous laisse l'eau chaude et l'eau froide.

P a dit…

"Moi je suis pour que Hollande se représente."
Eh bien je suis d'accord mais radicalement pour des motifs qui divergent totalement du vôtre. La France n'a pas à devoir subir la punition du retour de M Sarkozy parce que M Hollande a été décevant.
D'ailleurs, peu importe qui serait président à partir du moment où le parlement serait fort et à même de bien contenir tout écart de l'exécutif.
Même l'ancien président, non plus que celle qui mène le Front National, face à un parlement décidé et sachant où il veut aller, ne sauraient nuire à notre république.
Ce qui compte en définitive, c'est de voter comme il convient aux législatives.

Anonyme a dit…

Hegel est censé avoir dit quelque chose comme "rien de grand ne se fait sans passion". De même les tièdes ne font rien ( de grand ).

Emmanuel Mousset a dit…

Ca tombe bien : je déteste la philosophie de Hegel !

Anonyme a dit…

C'est pour cela que vous manifestez une inaptitude à argumenter selon la raison politique. Cela explique aussi une pente démesurée pour les médiocres comme Macron-Valls-Hollande, clones de Juppé-Sarkozy-Le Maire. Et que vous n'aimez pas les fortes têtes, relatives, de Montebourg et Mélenchon.

Emmanuel Mousset a dit…

"Fortes têtes", c'est un euphémisme pour qualifier les fantaisistes ou les caractériels, qui ne sont pas du tout mon genre. Des "médiocres" comme les vôtres, j'en rêverais tous les jours !

Anonyme a dit…

Tout est relatif comme disait mon ami Albert Einstein et moi à propos de fortes têtes présumées comme ceux cités. Ces gens que vous aimez tant nous ont mis dans une telle situation que leur médiocrité les empêche d'en sortir et les Français par la même occasion. Ils sont thatchériens à leur manière et à la vôtre puisqu'elle affirmait : There Is No Alternative ou en acronyme TINA. Vos amis politiques et leurs présumés adversaires font en réalité la même politique depuis 1983 avec le même insuccès depuis. Errare humanum est, persevare diabolicum est. Tous sont les alliés objectifs du "populisme". L'ex-socialiste Macron, et bientôt qui sait, l'ex-homme de gauche, est intelligent donc il peut sortir de ce système pour avoir un avenir politique. Au fur et à mesure de la campagne il sera obligé de se démarquer de plus en plus de Hollande et Vallss, du PS et du gouvernement dont il a fait partie. Pour le moment il reste encore bien sagement dans les rails de la pensée dominante.

Anonyme a dit…

Je doute que les "fortes" têtes aient un avenir politique pour Montebourg étant donné ses dernières déclarations, Mélenchon parce qu'il ne va pas jusqu'au bout de sa logique de rupture avec le système, la pensée dominante. Pour le moment à ce "jeu-là" Marine Le Pen est plus forte qu'eux quoique l'on pense d'elle et de ses idées et de son parti.

L a dit…

Pas de blabla inutile.
Nos dirigeants actuels (depuis plusieurs lustres) seraient d'honorables dirigeants si tout allait un peu mieux de par le monde.
Mais ils se révèlent insuffisants dans le gros mauvais temps actuel.
Ce qu'il nous faudrait c'est une sorte de Churchill ou de de Gaulle des années 40 capables de rassembler les hommes autour d'un projet simple et clair, gagner la guerre.
Parce qu'il paraît qu'on est en guerres, non ? Il nous faut un chef de l'amirauté ou un général en chef pour les faire ces guerres et les remporter.
Guerre contre les fous de Dieu, guerre économique, guerre contre les misères et la bêtise humaine.
Les robinets d'eau tiède, comme le dit E M c'est juste bon pour se laver.
De 1942 à 1944, là où il était, mon père n'avait pas d'eau tiède pour se laver.
Il n'a jamais regretté ces années là où lutter donnait un sens à son existence.