dimanche 24 janvier 2016

Etes-vous laïque ou laïcard ?



La querelle est passée inaperçue, elle n'a pas été médiatiquement relevée, mais je crois qu'elle mérite d'être signalée. L'Observatoire de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco, a été ces derniers temps vertement attaqué, à cause de ses prises de position, à tel point que son existence même semble menacée. Trois associations laïques, historiques, ont décidé de prendre sa défense, à travers une pétition sur Médiapart, que je vous invite à signer, ou bien en prenant contact avec les initiateurs : la Ligue de l'enseignement, la Libre-Pensée et la Ligue des droits de l'homme.

La querelle n'est pas nouvelle. Elle s'enracine dans notre passé laïque. Il y a ceux, dont je suis, pour qui la liberté est un principe de liberté de conscience, de neutralité et d'indépendance des institutions, de diversité des convictions et des religions. Il y a ceux pour qui la laïcité est un principe d'autorité, de combat idéologique contre la religion, récusée comme aliénante, reléguée dans l'espace strictement privé, en attendant que l'éducation la chasse des esprits. Cette seconde conception de la laïcité est liberticide et totalitaire. Elle est le miroir inversé de ce contre quoi elle prétend lutter : fanatisme laïcard contre fanatisme religieux.

Deux articles récents d'un des meilleurs spécialistes français de la laïcité éclairent utilement le débat. Je vous en recommande la lecture : "Gare aux laïcards extrémistes", dans Le Monde du 21 janvier ; "Pour une laïcité rassembleuse", dans Le un de cette semaine. Les deux articles ont le mérite de se compléter et d'offrir un tableau très juste de cette laïcité qui m'est chère, contre ses partisans fanatiques. Baubérot rappelle un incident récent, passé relativement sous silence : la mère d'un soldat tué par Mohamed Merah en 2012, s'est faite gravement insultée à l'Assemblée nationale, par des députés socialistes, parce que ses cheveux étaient recouverts d'un voile. C'est l'une des manifestations de cete laïcité fanatique.

En 1905, un laïcard, Emile Combes, avait plongé la France dans une quasi guerre civile, par sa conception furieuse de la laïcité et son hostilité à la religion (ses amis voulaient interdire le port de la soutane dans la rue, comme aujourd'hui leurs descendants veulent interdire le voile musulman). Un laïque de génie s'est levé, Aristide Briand, il a réussi à imposer une loi de pacification, séparant les Eglises et l'Etat, dans le respect de chacun, il a fait sortir notre pays d'une crise qui basculait dans la violence. La célèbre loi de 1905 est à ce jour le modèle indépassable et incontesté de la laïcité en France. C'est d'un Aristide Briand dont nous avons encore besoin, pas d'un Emile Combes.

On me pose souvent la question : quelle est la différence entre un laïque et un laïcard ? La réponse la plus simple est la suivante : le laïque admet qu'il existe plusieurs définitions de la laïcité, la sienne n'étant qu'un point de vue parmi d'autres, soumis à la discussion ; le laïcard estime qu'il est le seul détenteur de la vraie laïcité, il rejette comme faussement laïques les points de vue qui ne sont pas les siens. Gardez bien à l'esprit cette distinction et, dans vos rencontres et conversations, vous saurez tout de suite si vous avez affaire à un laïque ou à un laïcard, à un partisan de Briand ou à un partisan de Combes.

14 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Bon. Je suis laïcard puisque je suis favorable à une interdiction pure et simple du voile dans les lieux publics.

Emmanuel Mousset a dit…

Ultra-laïcard même, puisque, à ma connaissance, jamais les laïques n'ont défendu une telle position (dans les services publics, pour les agents de l'Etat, oui ; mais pour tout citoyen, dans les lieux publics, non).

C a dit…

Si les religions ne faisaient pas de prosélytisme, tout serait bien plus simple !
Les parents élèveraient leur progéniture selon leurs convictions. L'éducation nationale apporterait le complément permettant de douter selon le projet de Descartes. Mais il y a les missionnaires de tous poils dans la plupart des religions qui se croient le devoir de prêcher et de convertir. Quand parfois elles décident de trucider ceux qui ne se convertissent pas ou qui renient. Alors, il faut comprendre que les laïcards comme vous dîtes, réagissent. Ces laïcards ne sont que des réactionnaires, des gens qui transforment la laïcité en religion comme les autres. Être laïc, c'est tout le contraire, c'est ne pas être religieux, c'est laisser les religieux penser comme ils l'entendent sans que ces derniers viennent les emm... avec leur prosélytisme.

MF a dit…

Je suis un de ces derniers héritiers des hussards noirs de la 3e république puisque j'ai"fait" l"Ecole normale d’Instituteurs de Laon de 1954 à 1958( la 2e guerre mondiale était toujours très présente dans les esprits et surtout pour nous, futurs maîtres d'école- ça se disait encore- il était essentiel de se rappeler la volonté de l'Etat français de Pétain d'essayer de faire du catholicisme la religion d'Etat, on en était à l'alliance sabre et goupillon);alors ne nous en voulez pas ,nous les derniers "laïcards" ( terme toujours employé avec un sous-entendu péjoratif genre demeurés, obtus, bornés voire bons pour l'hospice) de continuer à croire que la religion n'a jamais fait évoluer le genre humain,qu'on continue- et de plus en plus - à tuer au nom de "dieu" et qu'on ne peut pas être tolérants avec des intolérants;je suis laicard,bouffe-curé,bouffe-iman,bouffe-rabbin,bouffe religion dès qu'on essaye- de manière toujours insidieuse- de me dire comment je dois mener ma vie..laicard? j'assume et je revendique
Ce sont nos deux conceptions très différentes de la laïcité qui ont provoqué mon départ de la FOL quand tu en es devenu président

Emmanuel Mousset a dit…

- A C : un parti, un syndicat, une association ... et une église pratiquent le prosélytisme. C'est normal, c'est la liberté. On est en République !

- A MF : c'est très clair. Et ça n'enlève rien à la sympathie que j'ai pour toi.

Philippe a dit…

Ces discussions manquent de précisions.
De quel "voile" parle-t-on ?
Le "voile" lorsqu'il permet de distinguer le visage et ses expressions n'est pas gènant.
J'en ai fait l'expérience de longue durée dans un pays musulman avant qu'il ne soit hélas contaminé par l'importation extérieure du wahhabisme, importation bien aidée par les pétro-dollars.
En aparté .... comme quoi religion et fric peuvent faire très bon ménage!
Je suis hostile à l'usage des niqab et burqa dans l'espace public.
Bref à tout ce qui interdit de savoir qui est qui !
Le hijab ne me gène absolument pas. Quant au foulard .... les femmes en portaient un à l'église.
D'ailleurs les statues de la Vierge Marie la montre toujours avec un grand voile sur la tête et les épaules le visage restant visible.
Je déteste aussi les casques de motards quand ces derniers ne sont plus sur leur engin ... dans une station service c'est pire pourquoi pas dans une banque !!!!!!!!!!!!!!
Suis-je laïcard ?


Emmanuel Mousset a dit…

La maladie contemporaine, c'est la "précision", qui ne débouche sur plus rien du tout. Laissez de côté vos humeurs sur les motards casqués et reconnaissez un seul principe : en République, on met ce qu'on veut sur sa tête, même une poubelle.

Philippe a dit…

"La maladie contemporaine, c'est la "précision"
Est-ce l'un des principes de l'Education Nationale ?


Emmanuel Mousset a dit…

Où voyez-vous que j'ai parlé de l'Education nationale ?

Philippe a dit…

"Où voyez-vous que j'ai parlé de l'Education nationale ? "

Les écrits supposés désincarnés sont souvent voire toujours dictés par l'histoire personnelle, tel le métier, l'origine sociale, l'enfance, la famille ... etc.
Votre blog m'intéresse essentiellement de ce point de vue ... que voulez-vous je suis un voyeur, à chaque âge ses plaisirs !

Philippe a dit…

Dilem est-il laïcard quand il se moque de la burqa ?
pour se faire une idée
http://www.liberte-algerie.com/dilem/dilem-du-24-janvier-2016/page/2

C a dit…

- A C : un parti, un syndicat, une association ... et une église pratiquent le prosélytisme. C'est normal, c'est la liberté. On est en République !
Ce serait tout aussi bien qu'on nous laisse vivre tranquillement et tout particulièrement nos jeunes que beaucoup tentent d'embrigader.
Effectivement réserver l'éducation religieuse aux familles avec obligation effective de fréquenter l'école laïque et gratuite, au moins dans le primaire, ce ne serait pas un programme moche...

Matthieu a dit…

C a dit... "Ce serait tout aussi bien qu'on nous laisse vivre tranquillement et tout particulièrement nos jeunes que beaucoup tentent d'embrigader."
Mais C, qui, aujourd'hui, ne tente pas d'embrigader, pour reprendre votre terme ? Ou, pour utiliser un terme plus consensuel, de "transmettre ses propres valeurs" ? Il est impossible d'éduquer de manière "neutre", il faut quand même se le rappeler à un moment ou un autre. Le seul moyen que nous ayons de proposer une éducation qui n'enferme pas, c'est justement d'être à l'écoute de tout et d'apprendre à se faire sa propre opinion.
Un religieux que je connais recevait régulièrement des couples préparant une cérémonie de mariage. Lorsqu'il posait la question de l'éducation religieuse des enfants, une réponse revenait souvent : "on préfère laisser choisir nos enfants quand ils seront grands". Ce à quoi le religieux répondait : "Ah, très bien. Et pour sa langue maternelle, il choisiront quoi ? Chinois ? Allemand ? Serbo-croate ?"... Juste pour faire prendre conscience aux parents qu'on ne peut faire de choix qu'à partir de ce qu'on connaît, et qu'on ne connaît que ce qu'on apprend.
Dans tous les domaines, trop peu de savoir peut rendre borné, mais beaucoup de savoir rend équilibré et intelligent. Alors je suis tout à fait d'accord avec vous pour "laisser vivre nos jeunes tranquillement", seulement il me semble bien que ça passe non pas par l'ignorance du religieux, mais au contraire par une connaissance de plus en plus accrue... qui n'oblige personne à changer ses convictions, d'ailleurs.

C a dit…

A Matthieu :
Vous faîtes exprès ou semblant de ne pas savoir lire ?
J'ai écrit : réserver l'éducation religieuse aux familles...
C'est exactement ce que vous ajoutez dans votre propos dont vous auriez pu faire 'économie.
La différence ? Vous acceptez de laisser vos enfants se faire éduquer religieusement par des clercs, par autrui et moi je dis de faire cette éducation en présence, avec les parents.
Si l'embrigadement reste toujours possible, son risque serait bien atténué.
Car il y a la religion chrétienne qui semble être la vôtre mais il y en a bien d'autres très incisives pour recruter et diffuser des dogmes pas très... catholiques dont certaines venues d'outre Atlantique. Des sectes pour parler clair.