mardi 12 janvier 2016

Comment s'opposer à Macarez



Jeudi prochain, en Conseil municipal, ce sera pour Frédérique Macarez la cérémonie d'intronisation, et dans la foulée, lundi, le discours du trône, lors des vœux à la population, dans le palais de Fervaques. Avant même d'être installée, elle est déjà critiquée : c'est le privilège des grands, l'hommage qu'on rend à leur puissance en les attaquant. Si elle n'était rien, personne n'en parlerait. Vendredi dernier, le Courrier picard a donné la parole aux opposants : les réponses sont surprenantes, inattendues. Elles soulèvent une question de fond : comment s'opposer au nouveau maire de Saint-Quentin ?

Pour le Front national, Sylvie Saillard est plutôt nuancée, ce qui est inhabituel chez les extrêmes. Elle dénonce surtout "un leurre" : on change de maire deux ans après avoir élu Xavier Bertrand. Mais je ne vois pas où est le "leurre" : la loi oblige le nouveau président de Région à quitter son poste à la mairie, un nouveau vote est organisé parmi les élus. Où est le "leurre" là-dedans ? Saillard et ses amis ont un problème manifeste : ils ne savent pas s'opposer, ils ne le feront pas plus ni mieux contre Macarez que contre Bertrand.

Pour le Parti communiste français, Olivier Tournay, qui, lui, a acquis une vraie compétence en matière d'opposition, apporte la réponse qui est la plus proche de celle que je pourrais faire : "Je ne vois pas au travers du prisme de la personne mais des politiques qui sont menées". Je crois que personne ne peut honnêtement le contester : Frédérique Macarez est une femme ouverte, de bonne volonté et de grande compétence. Mais elle sera jugée sur ce qu'elle fera, et nous n'avons pas, en politique, à porter des appréciations sur les personnes.

Pour le Parti socialiste, Carole Berlemont se montre la plus virulente à propos du nouveau maire. Pourtant, en séance de Conseil municipal, depuis 8 ans, elle ne nous a pas habitués à ce genre d'attaque. Ce qui me gêne, et qui fait que je ne m'y reconnais pas, c'est qu'à la différence d'Olivier Tournay, les critiques visent la personne, et d'une façon erronée ou injuste :

Frédérique Macarez est traitée d'"apparatchik". C'est désobligeant, mais surtout inapproprié : un apparatchik est un homme ou une femme d'appareil, qui exerce une fonction dans un parti politique. A ma connaissance, Macarez n'a jamais été cela. En tout cas, c'est l'image opposée qu'elle donne : une personne plus technicienne que politique, plus gestionnaire qu'idéologue. Le reproche qu'on pourrait lui faire serait inverse : être une administrative, pas une militante (mais je ne suis pas sûr que cette critique jouerait en sa défaveur).

Frédérique Macarez a "un profil politique coupé de la population". Franchement non : je pense au contraire que c'est une femme très au fait de ce qui se passe en ville, très en contact avec les Saint-Quentinois. J'ai le sentiment que Carole Berlemont, en menant cette deuxième attaque, s'inspire de Freddy Grzeziczak et de sa formule sur Frédérique Macarez : "Elle ne sait pas serrer des mains". On a vu où ce jugement a conduit le candidat malheureux au poste de maire. Comme quoi il ne suffit pas d'avoir une bonne pogne pour avancer en politique ...

Frédérique Macarez "n'est jamais passée par une véritable élection". C'est la troisième et dernière salve. Je ne sais pas très bien ce qu'est une "véritable" élection. Je ne crois pas qu'il y en ait de moins "vraies" que d'autres. Je suppose qu'il est ici reproché à Frédérique Macarez de ne s'être pas fait élire sur son nom, mais à travers une liste. Mais qu'est-ce que ça peut faire ? Beaucoup sont dans cette situation-là, y compris chez les socialistes. Ce n'est donc pas un argument. C'est même un argument qui se retourne contre lui-même : Macarez apparaît comme nouvelle en politique, elle n'a pas collectionné les candidatures et les mandats, ce qui ne peut être que positif aux yeux d'une opinion en quête de renouvellement.

A nouveau maire, nouvelle forme d'opposition, certainement. Mais pas de cette façon-là. On a vu, pendant la campagne des élections municipales, ce qu'ont donné les attaques contre la personne de Xavier Bertrand, sa domiciliation parisienne et la scolarisation de ses enfants. Les Saint-Quentinois, et les électeurs en général, n'aiment pas ces mauvaises manières qui consistent à s'en prendre aux personnes au lieu qu'à leur politique. S'opposer à Frédérique Macarez, oui, mais projet contre projet, pas à travers ce qui donne l'impression d'un règlement de compte. L'idée que je me fais de la politique ne consiste pas à utiliser n'importe quel argument, y compris de faux arguments, ni à chercher à tout prix à disqualifier l'adversaire.

14 commentaires:

Philippe a dit…

X B reste président de l'Agglo le leurre est peut être là.
En dehors de cela s'opposer pour s'opposer dans le domaine de la gestion d'une petite ville cela amène à dire n'importe quoi et à se retrouver condamné pour diffamation ... le PS local en sait quelque chose ! trouble mnésique ?
Y a pas beaucoup de grain à moudre pour les opposants car à ce niveau "village", niveau chikungunya pour lequel XB est excellent.

Maxime Lépine a dit…

Chercher à tout prix à disqualifier l'adversaire, ce n'est pas ce que vous faite avec le Front National?

Emmanuel Mousset a dit…

Je combats essentiellement les idées du FN, pas les personnes. Il m'arrive de caricaturer Marine Le Pen, mais c'est plus par jeu que sérieux. Surtout, je pense que le FN se disqualifie lui-même par ce qu'il est. C'est pourquoi je le considère comme un ennemi, pas comme un simple adversaire.

Philippe a dit…

"se disqualifie lui-même par ce qu'il est"
On peut lister les coins qui sentent ou ont senti mauvais dans tous les partis FN et PS compris.
Ce sont des machines fabriquées pour permettre à un groupe la conquête du pouvoir mais hélas "le pouvoir pourrit, le pouvoir absolu pourrit absolument"

V a dit…

"la loi oblige le nouveau président de Région "a quitté" (sic) son poste à la mairie"...
La loi ferait mieux d'obliger le candidat qu'il démissionne avant que de pouvoir se porter candidat lorsqu'il est question de cumul.
Ainsi, on verrait que ce n'est pas l'intérêt carriériste individualiste (mais en même temps du parti avec les reversements et cotisations) qui prime mais plutôt que le candidat potentiel privilégie l'intérêt commun (sans mettre en avant celui de son parti).
Il paraît que Debré et De Gaulle ont mis en place la Vème république pour "écarter" les partis du pouvoir... On voit où nous en sommes...

Anonyme a dit…

[ils ne savent pas s'opposer]
Normal ! Votre réflexion est juste ! Pour pouvoir s'opposer, il faudrait d'abord savoir se poser. Ce "front" n'est pas un parti, c'est juste un refus.

Anonyme a dit…

Bref, Mme Macarez vous a séduit...
Ce n'est pas grave, dans quatre ans vous aurez changé d'avis à son sujet puisque vous êtes un littéraire et que vous savez que l'amour ne dure que trois ans.

Erwan Blesbois a dit…

On s'en fout de Macarez, pendant ce temps là, sous un gouvernement qui se dit de gauche, 9 mois de prison ferme pour une séquestration sans violence c'est hallucinant. D'autant que les séquestrés n'ont pas porté plainte et que c'est le parquet qui a engagé des poursuites. Par contre, le parquet ferme les yeux sur toutes ces multinationales qui détournent des millions d'euros à l'insu des salariés et des contribuables. Cet argent volé en masse et qui tend à appauvrir toute une catégorie sociale de citoyens. Là le parquet ne dit absolument rien ... C'est écœurant ! Dans les années 1970, ils parlaient de "justice de classe". Ensuite, l'expression s'est démodée. Depuis Sarkozy et Hollande (dans le même bateau), la "justice" retrouve avec panache ses origines de classe : vive la violence du patronat licencieur, à bas les salariés, employés et ouvriers, qui réagissent à cette violence ! Le jour où ça va péter, le gouvernement, quel qu'il soit, et les patrons et Macron leur nouveau mentor ne se demanderont pas pourquoi... Et ils ont pris combien les gourous de France Télécom ou de la Poste pour les salariés qui se suicident sur leur lieu de travail ? Les délits voir les crimes en col blanc restent impunis. Malheur aux vaincus.
Et pendant ce temps là les femmes se font violer en Allemagne, vive la mondialisation, vive la libre circulation des personnes et des capitaux, les délocalisations, qui n'avantagent qu'une seule classe, celle que Macron adule, "qui n'a pas peur de gagner des milliards". Pour ce qui est des viols en Allemagne, beaucoup d’hommes, par peur de perdre leur emploi, de ne plus pouvoir payer le crédit de leur voiture etc.. ont déjà choisi leur camp: celui des victimes, quitte à ce que leurs femmes, leurs filles, leurs mères en fassent les frais…..et ces hommes là font aussi partie des « forces » de police. Puisque les intérêts du grand capital convergent avec ceux qui se disent défenseurs des droits de l'homme et des forces de progrès, dans la libre circulation des personnes et l'accueil des réfugiés... Cependant si il n'y avais pas des intérêts économiques derrière, les droits de l'homme ne pèseraient pas lourd, et il n'y aurait pas d'accueil, ni de "générosité", envers les migrants. Mais le patronat voit du même œil population autochtone et population immigrée, des mains d'œuvre à mettre en concurrence les unes avec les autres, sans aucun soucis moral pour l'une comme pour l'autre, le patronat par le fait de la mondialisation est devenu une classe nomade, cosmopolite, qui se fout comme d'une guigne du patriotisme et de la solidarité ethnique ou de la "générosité" envers les migrants, il ne voit que son intérêt, et vise à accroître encore son capital.
Il n'y aura jamais de progrès "morale" de l'humanité, non l'homme est condamné à rester un Cro-Magnon 1.0,cela ne remet pas en cause la possibilité d'une IA, mais qui n'aura plus rien à voir avec l'humanité, l'homme amélioré "moralement" est un fantasme, c'est ma conviction, mon intime conviction, Cro-Magnon 1.0 te dis-je !
Quant à l'idée de la présence bienveillante d'une IA aux côtés de l'homme, pour l'accompagner dans son épanouissement, c'est encore selon moi un fantasme d'origine judéo-chrétienne.
L'homme ne se modifiera pas, ne s'améliorera pas, il disparaîtra si tel doit être son destin, confronté à la concurrence de l'IA, c'est la loi de la sélection naturelle, on a jamais vu une "espèce" plus intelligente prendre soin d'une espèce moins habile mais dangereuse, comme ce sera de l'IA avec l'espèce humaine, Cro-Magnon a bien fait disparaître Neandertal, un génocide selon moi, le premier génocide d'une longue liste de la part de Cro-Magnon 1.0

Anonyme a dit…

S'opposer en attaquant la personne me choque. Frédérique MACAREZ a toute légitimité à devenir maire. Le mode de scrutin pour les municipales est ainsi.
Si on veut s'opposer à elle, c'est en proposant d'autres idées que les siennes pour gérer notre ville.
La posture contraire aurait tendance à prouver que les idées sérieuses sont absentes, et c'est bien là le drame pour l'opposition socialiste. Ce n'est pas en continuant comme cela que l'on verra s'opérer l'alternance à gauche à St Quentin.

Philippe a dit…

c'est l'évidence il y a une voirie de "droite" une de "gauche"

Emmanuel Mousset a dit…

Pas plus qu'il y a un chômage de "droite" et un chômage de "gauche". Et pourtant, il y a des choix politiques différents, y compris au niveau d'une ville. C'est ce qu'on appelle la démocratie.

Anonyme a dit…

Coup de gueule justifié (à mon sens) de M Blesbois. Si la concertation se résume à ce que les DRH exposent leurs décisions (ou celles venues de plus haut) et s'en vont tranquillement vaquer à leurs affaires familiales, on n'est pas loin du comportement du coupeur de têtes saoudien qui besogne 47 fois faite s'en va tranquillement déjeuner avec son (ou ses) épouse(s). A Ham, le patron ferme sa boîte en laissant 132 familles sur le carreau : on ne s'y est pas encore énervé mais ça risque. A moins que Zorro n'arrive... Mais de moins en moins, quand on pense "Zorro", on ne voit les traits de François ni ceux de Manuel et guère davantage ceux de Xavier...

Emmanuel Mousset a dit…

Ah ! si les coups de gueule servaient à quelque chose ...

Anonyme a dit…

Et la résignation, elle sert à quoi ?
Le terrain des "ça sert à quoi" est semblable au terreau des temps anciens de la soumission aux seigneurs de tout poil.