mercredi 27 janvier 2016

Taubira sans surprise



Christiane Taubira quitte le gouvernement : selon la formule consacrée, je suis étonné mais pas surpris. Etonné parce que la ministre avait dit, il y a peu, qu'elle resterait, que le dernier mot revenait au président. Alors, pourquoi partir maintenant et pas avant, d'autant que le projet de loi qu'elle conteste n'a pas encore été discuté à l'Assemblée ? J'ai l'impression que sa décision vient trop tard ou trop tôt. Elle s'expliquera cet après-midi.

Pour le moment, nous n'avons qu'un twitt un peu mystérieux : "Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l'éthique et au droit". Ce n'est pas très clair, c'est même contradictoire : résister, c'est partir ou rester ? Il faudrait savoir ... Et puis, faire de la politique, surtout quand on est dans un gouvernement, ce n'est pas résister, c'est s'engager, construire et soutenir. Fidélité à soi, à nous ? Là aussi, il faut choisir : ce n'est pas la personne qui importe, c'est le collectif. Enfin, la référence exclusive au droit et à l'éthique est révélatrice : et si Taubira n'était pas, au bout du compte, une vraie politique ?

Mais ce départ n'est pas non plus pour m'étonner. Christiane Taubira, depuis longtemps, n'était plus d'accord avec la ligne générale du gouvernement. La déchéance de nationalité n'est pas une raison, c'est plutôt, pour elle, une occasion. Je salue sa clarté et sa cohérence : quand on est en désaccord personnel, il est en effet honnête de partir. Mais je le regrette en même temps, parce que Taubira avait toute sa place au sein du gouvernement et qu'elle a fait du bon travail à son poste. Je ne l'ai pourtant jamais considéré comme une icône : mon esprit rancunier ne me fait pas oublier qu'elle a contribué, avec d'autres, à la défaite de Jospin en 2002. Et puis, tout le monde omet généralement de rappeler qu'elle n'a jamais été socialiste, mais radical de gauche.

Que va-t-il se passer pour elle maintenant ? Je n'en sais rien. Peut-être l'oubli progressif ... D'un point de vue purement tactique, cette démission est embêtante pour le pouvoir. C'est l'une des règles d'or de la politique qu'il vaut mieux avoir avec soi ou près de soi le rival, le concurrent, sinon, à l'extérieur, libre de sa parole, tenu par rien, il peut faire des ravages. Nous verrons. Quant à son successeur, Jean-Jacques Urvoas, c'est un ancien strauss-kahnien, tendance rocardienne.

3 commentaires:

Philippe a dit…

Taubira n'a jamais été membre du parti socialiste ... français.
Elle a été membre du parti guyanais Walwari qui était en fait un parti socialiste guyanais.



Maxime Lépine a dit…

Vous pensez sincèrement qu'elle a fait du bon travail? Mais c'est la pire ministre de la Justice qu'on ait eu depuis bien longtemps! Son départ est un soulagement pour la police et les magistrats...

T a dit…

Les ministres font ce qu'on a décidé au-dessus d'eux. Ce sont des collaborateurs, des serviteurs comme le dit bien le terme ministre.
Alors si vous n'êtes pas content de Taubira, prenez-vous en à Hollande directement, ce sera plus juste, M Maxime Lépine...