lundi 25 juillet 2016

Prière pour les mécréants



Parmi tous les commentaires et analyses sur l'attentat de Nice, il y a eu la somme habituelle des banalités, des clichés et des injonctions. A ce jour, la réflexion la plus intéressante me semble être celle de Riss, dans son éditorial de Charlie hebdo, intitulé "Prière pour les mécréants". Non que je sois forcément d'accord avec ce qu'il écrit. Mais c'est intéressant, argumenté et c'est un texte qui prête à réfléchir.

Première idée : l'attentat est lié à la religion, affirme Riss, qui regrette la psychologisation fréquente de tels crimes. Oui et non. Oui, parce que l'islamisme radical est bien le déclencheur. Mais la tête qui est passée à l'acte n'était guère musulmane. Surtout, les instances religieuses l'ont condamné. C'est seulement une organisation d'abord politique et militaire, Daech, qui s'en est réclamée en le récupérant. Donc, contrairement à Riss, je ne pense pas qu'on puisse parler d'un crime religieux.

Deuxième idée : la fameuse "radicalisation rapide". "L'histoire des religions est pleine de conversions express", dit Riss, qui avance trois exemples : Henri IV, l'empereur Constantin, saint Paul. La démonstration, de mon point de vue, n'est pas recevable. Aucun de ces cas particuliers ne s'apparente, de près ou de loin, à l'assassin niçois. Henri IV se convertit rapidement du protestantisme au catholicisme pour des raisons exclusivement politiques. L'empereur Constantin se convertit certes en une nuit et commet ensuite des massacres. Mais c'est un chef militaire qui mène des batailles : chrétien ou pas, c'est un guerrier, et c'est à ce titre qu'il tue, pas au nom de sa foi. Quant à saint Paul, il était "radicalisé" avant le chemin de Damas, puisqu'il persécutait, en pharisien, les chrétiens. Sa conversion rapide au christianisme lui a fait au contraire renoncer à toute violence.

Le tort de Riss est méthodologique : il compare ce qui n'est pas comparable, il fait des anachronismes. "Comparaison n'est pas raison", comme dit l'adage. La pensée pertinente ne cherche pas à rapprocher, mais à différencier : elle s'efforce de cerner la singularité d'un événement, pas à le réduire à d'autres événements. Commettant la même erreur formelle, Riss prétend que "ce genre de crimes (d'inspiration religieuse) sont réalisés comme des prières" (!) : pas besoin de gros moyens, n'importe quel endroit convient, il suffit d'y croire. L'argument comparatif et réducteur n'est pas logiquement défendable. En apparence, Riss a raison : on tue comme on prie. Mais ce n'est qu'une apparence, un paralogisme. Je pourrais tout aussi bien, dans la même fausse logique, soutenir que faire l'amour, c'est comme tuer et prier : ça n'exige pas de gros moyens, on peut le faire n'importe où, il faut simplement être motivé. Et là, on voit que ça ne va pas : copuler, tuer, prier sont des actes spécifiques, qu'on ne peut ni rapprocher, ni assimiler, sinon par facilité.

Ceci dit, j'ai deux points d'accord avec Riss. Le premier, c'est que la religion, parce qu'elle est en rapport avec l'absolu, est quelque chose de dangereux. Ce ne sont pas les athées qui le disent d'abord, mais les plus grands mystiques ! C'est saint Paul qui explique que la foi est une folie (mais positive, non pathologique en ce qui le concerne). Le deuxième point d'accord, le plus fort, c'est que "les forces de l'ordre n'arriveront jamais à venir à bout de ces attentats si elles misent trop sur la technique". Oui, c'est pourquoi je ne crois pas du tout au discours sécuritaire qui se déchaîne en ce moment. Non pas qu'il me gêne en soi : je suis tout autant répressif que n'importe qui, et pas du tout laxiste ou angélique. Mais je le crois inopérant, illusoire. Alors, on fait quoi ? La dernière phrase de l'athée et anticlérical Riss est étonnante : "A notre tour d'avoir la foi" (!). Oui, il a complètement raison. Reste un ultime question : De quel foi devons-nous nous réclamer pour lutter contre le mal et la violence ? Mais ça, c'est une autre histoire ...

4 commentaires:

Anonyme a dit…

La foi, cher Emmanuel, est une addiction comme les autres : drogue, alcool, tabac, etc.
Mais là où les addicts "classiques" tuent par manque (pour le combler), la foi rend les autres monstrueux en raison du "trop plein" ou, bien plus souvent, du "pas compris".

Maxime Lépine a dit…

Ah bon ce n'est pas un crime religieux? Pourtant Daech se donne bien le nom "d'État islamique". Vous refusez de voir qu'il y a deux sortes d'islam: l'islam modéré et l'islam radical. Il s' agit bien de la même religion, mais de façons différentes de la pratiquer. Si l'islam modéré est tout à fait compatible avec les valeurs de notre pays, nous devons détruire l'islam radical. Car ne doutez pas que les terroristes auxquels nous sommes confrontés sont bien convaincus d'agir pour la religion; ils pensent être des martyrs et aller au paradis après... leur lecture du Coran est encore médiévale et prennent tout ce qui y est écrit au premier degré.
À cela s' ajoute l'islam politique, qui cherche à adapter notre société aux musulmans, alors que c'est à eux de s' adapter à notre pays. Chaque fois que nous reculons devant cet islam politique, c'est l'islam radical qui remporte une victoire. Nous ne devons plus le tolérer et avoir foi (pour répondre à votre interrogation finale) en la supériorité de notre civilisation, de notre mode de vie, de notre culture!

Anonyme a dit…

E.M. se pose la question : « De quel foi devons-nous nous réclamer pour lutter contre le mal et la violence ? Mais ça, c'est une autre histoire »
Cette foi existe … mais elle est tellement exigeante pour chacun d'entre nous que l'on préfère se perdre dans des arguties de pseudo morale molle voire de cynisme politicien pour éviter de la voir et de l'appliquer.
On pourrait en effet construire/appuyer une « religion » ou une « foi » laïque chapeautant l'ensemble des diverses croyances religieuses et non religieuses des citoyens de notre République sur les trois piliers suivants :
tolérance mutuelle, respect des autres,
liberté absolue de conscience
Notre système sécuritaire aurait pour but de faire respecter sans faiblesse ces piliers d'un réel « vivre ensemble ».

Philippe a dit…

Dans le "Quotidien d'Oran" une bonne analyse de ce qui nous arrive et des suites éventuelles par rapport à notre immigration musulmane.
Sortons un peu des analyses franchouillardes .............
sur la page :
http://www.lequotidien-oran.com/?news=5231500