samedi 30 juillet 2016

Des mots et des images



Comment combattre le terrorisme ? Par la solution militaire, c'est évident (voir billet d'hier). La clé du problème est en Irak et en Syrie, pas ici. Mais chez nous, hormis les mesures de sécurité, nous pouvons agir très simplement, sur les mots qu'on emploient et les images qu'on diffusent, qui sont fortement anxiogènes, qui participent à ce que souhaitent les terroristes : répandre la peur, inquiéter tout citoyen où qu'il se trouve. Comment y mettre fin, ou du moins en réduire l'impact traumatique ?

D'abord en employant les mots justes. C'est à la portée de ceux qui sont les dépositaires de la parole publique. Je prends un exemple parmi plusieurs : le terme de "sidération", pas si commun que ça dans notre langage, mais fréquemment utilisé pour qualifier l'état d'esprit attribué à l'opinion après les attentats. D'autres expressions pourraient pourtant disputer la place : consternation, stupéfaction, indignation ... Mais non, c'est "sidération" qui a plutôt la préférence.

Et sait-on à quoi exactement ce mot renvoie ? Le Petit Larousse nous aide en le définissant : effondrement subi d'une ou plusieurs fonctions vitales. Le terme est médical. Synonyme : anéantissement. Sidération désigne un état passif et pathologique. En l'employant, il signe la victoire des terroristes : ils nous auraient psychologiquement anéantis. Non, ce n'est pas l'état de la France et des Français. C'est pourquoi je condamne l'emploi de ce mot, faux, menteur et démoralisant.

Après les mots, il y a les images, elles aussi très contestables. Faire état, longuement, de la vie des terroristes, de leur famille et amis, détailler leurs crimes, solliciter le témoignage de victimes larmoyantes, tout ça crée une ambiance mélodramatique. De nombreuses personnes répètent qu'elles ne comprennent pas. Et pourtant, tout est très clair et compréhensible dans ce qui se passe en France depuis un an et demi : nous sommes en guerre avec un groupe politique et militaire, Daech, qui influence sur notre sol des esprits pourris à l'internet et les pousse au crime. Qui peut prétendre que c'est incompréhensible ? En le prétendant, on diffuse un sentiment d'irrationalité dans toute la société, on donne l'impression que le ciel nous tombe sur la tête. Ne rien comprendre, c'est ne rien pouvoir, et c'est dramatique.

Je note un point positif, dans le tourbillon d'images : les interventions de croyants, musulmans, qui marquent bien la différence entre leur foi légitime et les crimes commis au nom du Coran. Félicitons-nous aussi des efforts de BFMTV et du Monde pour ne plus diffuser l'identité des terroristes. Moins on en parlera, moins on les montrera, mieux cela vaudra. Les médias peuvent aller encore plus loin dans ce sens-là.

Les terroristes font de leurs crimes d'horribles campagnes de communication. Si ce motif leur est enlevé, nous n'aurons pas tout réglé, mais nous aurons progressé. Je sais que le sujet est délicat, puisqu'en démocratie, la censure n'est pas acceptable. Mais la déontologie n'est pas non plus absente du travail d'information. De même, en matière d'images et de sens qu'elles véhiculent, j'aimerais que ce soit le ministre de la Défense qu'on mette au premier plan, puisque nous sommes en guerre, et pas le ministre de l'Intérieur, aussi utile soit-il dans la protection des populations.

Pourquoi ne dit-on pas que cette guerre, nous la gagnerons, à la longue, parce que l'ennemi est incomparablement moins fort que les armées des pays qui se sont mobilisées contre lui ? Pourquoi ne pas répéter, en boucle, que Daech ne cesse de subir des pertes, qu'il recule considérablement sur le terrain, que sa chute est inéluctable ? C'est à tout un réarmement moral de la population qu'il faudrait procéder, sous la responsabilité première des hommes politiques. La victoire passera par les armes, mais aussi par les mots, les images et les symboles.

3 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Mais oui vous avez raison: ne diffusons plus les noms ou les visages des terroristes, afin de faire croire aux gens qu'il ne s' agit pas toujours d'immigrés maghrébins mais aussi de Français de souche. Pour combattre un ennemi, il faut le connaître et en premier lieu le nommer. Non à l'anonymat des traîtres.

P a dit…

Si les conflits ne se réglaient qu'avec des armes de guerre, ça se saurait !
Employer les mots vrais utilisés avec bon sens (la communication, la propagande, non ! parler vrai avec les mots justes, oui !) est la meilleure façon de combattre une idéologie même subversive !
Gagner la guerre ? Bien sûr, mais laquelle ? Celle des idées, celle des ondes, celle qui engendre la paix.

Philippe a dit…

Anonymiser le nom des auteurs de crimes terroristes ne me semble pas être la panacée.
Cette mesure est positive en privant le califat de pub directe.
Cette mesure est négative car tous les crimes de sang vont être interprétés comme étant d'origine terroriste par de nombreuses personnes….. et au final faire en retour une pub indirecte au califat.

Je n'ai pas vu beaucoup de témoignages de survivants, nombreux, qui portent de lourdes séquelles physiques. J'en ai rencontré professionnellement suite aux attentats des années 80 je comprends que la société préfère les ignorer, la vie continue … pour les autres bien sûr !
La censure existe, elle est dans les cerveaux pusillanimes … innombrables.