mercredi 20 juillet 2016

L'attentat de trop



J'ai longtemps cru en la possible réélection de François Hollande, malgré son impopularité, malgré la courbe du chômage qui peine encore à s'inverser. Je continue à la souhaiter, mais je commence à en douter, depuis l'attentat de Nice. Les Français sont prêts à reconnaître, je crois, les efforts du président et du gouvernement en matière d'emploi, même si les résultats sont insuffisants. Je ne pense pas que la droite soit plus convaincante. Si la ligne libérale et sécuritaire entrainait l'adhésion des Français, Nicolas Sarkozy aurait été réélu en 2012. Mais l'attentat de Nice vient contrarier l'image que le jour même, lors de son allocution du 14 juillet, François Hollande tenait à se donner, depuis le premier attentat de l'an dernier : le protecteur de la nation.

D'abord, contrairement aux deux autres attentats, il n'y a pas eu union nationale derrière le chef de l'Etat. C'est déplorable, mais le fait est là. Surtout, il y a la perception de la tragédie par l'opinion publique, que je sens très différente de l'an dernier. Charlie, c'était des personnalités iconoclastes qui avaient été visées ; le Bataclan, la jeunesse festive lors d'un concert de rock métal. A Nice, ce sont les familles et des enfants à la sortie du feu d'artifice. Dans les deux premiers cas, il y a un motif idéologique, aussi barbare soit-il. A Nice, il n'y a que la barbarie.

Ensuite, il y a la personnalité du tueur. On ne connaitra jamais son profil psychologique. Mais on voit bien que sa vie privée n'avait strictement rien à voir avec l'islam, qu'elle le contredisait même. Et ce n'est pas le grotesque concept de "radicalisation rapide" (j'ai même entendu : "auto-radicalisation" !) qui aide à comprendre quoi que ce soit. A Charlie et au Bataclan, nous avions affaire à des soldats perdus d'un islam dévoyé. On ne peut même pas dire ça du meurtrier de Nice. Que Daech l'enrôle post-mortem sous sa bannière ne prouve rien : l'Etat islamique est prêt à reprendre à son compte, a posteriori, n'importe quel acte de folie commis contre l'Occident et ses alliés.

Enfin, il y a le mode opératoire de l'attentat. Les explosifs et les armes, comme à Charlie et au Bataclan, sont des instruments de guerre, rares autour de nous. Mais un camion fait partie de notre quotidien. Il est, en soi, inoffensif, et même utile. Qu'on puisse se servir d'un objet ordinaire pour répandre la mort, c'est le signe que la terreur peut surgir à tout moment dans le cours le plus banal de l'existence.

Cet attentat est l'attentat de trop, celui qui échappe à toute rationalisation, même la plus ténue. Nos psychologues parlent, dans leur langage à eux, de "choc post-traumatique". A Nice, les personnes qui étaient simplement présentes lors de la tragédie, sans cependant avoir été directement frappées, cherchent à se faire reconnaître comme "victimes". On peut penser qu'il faut voir plus large : c'est la France entière qui est sous ce "choc post-traumatique", c'est chaque Français qui se considère désormais comme la "victime" d'une tragédie qui lui échappe, qu'il ne parvient pas à s'expliquer (le besoin réitéré de "comprendre", jamais satisfait, en est la manifestation).

François Hollande n'est pour rien dans ce qui arrive. Aucun service de l'Etat n'est à remettre en cause. La solution est militaire et syrienne. Mais dans l'état actuel d'une opinion traumatisée, je crains qu'on ne fasse porter au pouvoir la responsabilité des événements. C'est injuste, mais ce ne serait pas la première fois dans notre histoire politique qu'on assisterait à une défaite électorale injuste. Comme rien n'est jamais écrit d'avance, nous ne pouvons pas être certains de la suite.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Je salue votre début de lucidité en ce qui concerne la non-réélection d'Hollande. Encore des efforts à faire pour cesser de vous illusionner sur Macron qui n'est que le double de Valls en plus jeune, moins psycho-rigide; et plus genre gendre idéal. Seulement votre mentor n'a pas pris la mesure du monde dont il fait partie et qui est en train de mourir. S'il est lucide et intelligent comme ses déclarations de l'été dernier sur l'incomplétude de notre système politique il peut avoir un avenir politique.

Anonyme a dit…

Je pense que François Hollande et son équipe politique, et même tout le parti socialiste, n'est pas du tout "armé" politiquement, intellectuellement, culturellement et psychologiquement pour affronter le monde qui vient dont l'attentat de Nice en est la dernière et tragique actualité, parce que rien ne dit que ce sera le dernier et que les incantations actuelles du pouvoir et les quelques mesures qu'il aprises sont totalement insuffisantes, inefficaces voire stériles la preuve en est que Valls a été hué à Nice.Cela, on peut ne pas l'apprécier, mais cela traduit en partie mes analyses.

Philippe a dit…

"François Hollande n'est pour rien dans ce qui arrive."
Dans la vie normale, basique, de Mr Toutlemonde, quand on reprend une entreprise ou un héritage on assume les dettes de l'entreprise ou celles de l'héritage.
Nul n'obligeait Mr Hollande de se porter candidat à la reprise.
Le "populo" est logique quand il considère son Président, naguère son Roi comme responsable de sa situation ...

Anonyme a dit…

J'ai exactement le même raisonnement .N'importe quel assassin peut se revendiquer de DAESH .C'est une porte ouverte à tout acte criminel de masse .L'avenir s"assombrit .Nous vivons dans un état de terreur .C'est le but de ces horreurs .Que le gouvernement soit de droite ou de gauche ,il n'y aura aucune différence dans les agissements terroristes .On ne peut pas anticiper un acte contre l'occident .Le mode opératoire diffère à chaque action .Je pense qu'il faut éviter les événements de masse .Messieurs les politiques vous êtes lamentables .faut-il placer un agent de sécurité derrière chaque citoyens pour le protéger ?A la place de se quereller ,cherchez des propositions ,tous les mouvements politiques doivent lutter côte à côte pour prévoir une action efficace Vous ressemblez à des gamins dans une cour de récréation : c'est ta faute ,non c'est la tienne . Vous courrez dans le vide .c'est toujours une réaction et non une prévision .Nous sommes en situation de guerre sur notre territoire .DAESH a revendiqué l'acte ;Je n'y crois pas .Cela doit les amener à "rire" des conséquences dans nos assemblées

Anonyme a dit…

Tiens, on pourrait croire que le responsable de ce blogue commence à voir un peu plus clair...
Ce qui s'est passé le 14 juillet à Nice sur la promenade des Anglais = ce qui s'est passé le 11 septembre à New York contre les tours de Manhattan en terme d'impact sur les populations locales ayant morflé.
Le reproche à faire à l'exécutif français : parler, d'accord mais ensuite mettre en accord les actes avec les paroles prononcées.
Si "on" est en guerre, même non déclarée, "on" ne se met pas en état d'urgence mais en état de guerre ! "On" mobilise !
"On" n'organise ni l'Euro ni le Tour de France ni des feux d'artifice le jour de la Fête Nationale...
Ni les fan zones...
Ou a t-on ressenti qu'il y avait mobilisation générale ?
Comme en 14 ?
Pour obtenir la cohésion sur le plan national, encore faut-il être cohérent entre les paroles et les actes.
Là, c'est parti en sucette et c'est la roulette russe qui va déterminer les vainqueurs des élections de 2017.

patrick biellmann a dit…

arrêtez de toujours exfiltrer l'Islam de toute responsabilité dans ce monde de religions .....

merci à vous pour vos réflexions instructives et le plus souvent philosophiques

mais non opérationnelles au sens de non opérabilité , comme si le chirurgien ne pouvait opérer

STGM a dit…

à l'adresse de l'anonyme du 20 juillet 2016 à 12:27 : "la preuve en est que Valls a été hué à Nice"...
Je suis loin d'être un contempteur du 1er ministre, mais je dois constater que c'est tout à son honneur que d'avoir pu être hué où que ce soit.
Et je souhaite qu'il en soit de même pour tout représentant de l'état.
S'il est possible de siffler un ministre, c'est que tout ne va pas si mal dans notre démocratie.
Il était impossible, je l'ai constaté de mes propres yeux, de ma propre expérience, de contester le précédent président (sauf coup de bol comme on a pu le voir lors de deux ou trois occasions).
Est-il concevable actuellement de huer le pouvoir en Turquie par exemple ?
Qu'un 1er ministre soit brocardé ne peut en aucun cas justifier ce que vous avancez, tout juste, ça prouve que nous sommes en démocratie et que le peuple a le droit de faire savoir ses sentiments, même erronés.
STGM.

Anonyme a dit…

@ STGM
Si, dans de telles circonstances, un premier ministre est hué c'est que la situation est plus grave que vois le pensez. Les manifestants peuvent avoir l'impression, à tort ou à raison, que le tout premier travail d'un gouvernement est d'assurer la sécurité et que donc cela n'est pas fait. J'ai tendance à leur donner raison.