vendredi 18 juillet 2014

Picardie, c'est fini



Tard dans la nuit, les députés ont voté la fin de notre région, sa dissolution dans le Nord-Pas-de-Calais. Je me réjouis de cet élargissement, je me désole qu'il se fasse au profit du Nord. Une occasion historique vient d'être ratée, qui ne se représentera plus d'ici très longtemps. Avec la Champagne-Ardenne, la Picardie aurait pu constituer un géant agricole : avec le Nord, elle va demeurer un nain industriel. Le projet du gouvernement a été refusé par le groupe parlementaire, malgré la ferme opposition de Martine Aubry, de ses élus et du parti. Le responsable de ce revirement est le conseil régional de Picardie.

Pour comprendre l'énormité de cette erreur, il faut se tourner vers les milieux économiques. Philippe Vasseur, président de la Chambre de commerce et d'industrie de la région nord, expliquait, dans le Courrier picard du 8 juin dernier, que les deux régions n'ont absolument aucun intérêt à fusionner. Début juillet, Jean-Paul Bachy, président de gauche du conseil régional de Champagne-Ardenne, s'enthousiasmait que la Picardie et sa région forment "la première région agricole de France", en ces termes :

La Champagne-Ardenne associée à la Picardie, c'est l'image en réduction de toutes les potentialités de l'agriculture française : nous avons des filières végétales puissantes, des systèmes coopératifs puissants, et si on additionne la production dans le secteur betteravier et céréalier, nous sommes leaders (Courrier picard, 6 juillet).

Associée au Nord-Pas-de-Calais, la Picardie est leader de quoi ? De rien du tout ! Elle pourra juste s'enorgueillir de parler le même patois. On sera bien avancé, avec ça ! L'axonais Jean-Pierre Balligand, socialiste, a défendu lui aussi ce beau projet d'une Champicardie, aujourd'hui honteusement avorté. Le 2 juin, il s'exprimait dans L'Aisne nouvelle :

On forme une grande région qui serait le grenier à grains, à betterave et à l'agro-industrie, avec des industries technologiques à Compiègne et à Troyes, des universités publiques à Reims et à Amiens, et le pôle agro-ressources au milieu. Et là, on a les plus grandes industries du monde de l'agro-alimentaire.

Qu'est-ce que la nouvelle région Nord-Picardie a à proposer comme projet économique ? Rien du tout. Nous avons raté le 3e aéroport international à Chaulnes, le canal Seine-Nord n'en finit pas d'apparaître et de disparaître (voir le Courrier picard d'hier) : la Picardie est en panne de grandes ambitions, et la voilà maintenant dans une funeste subordination qui ne va rien arranger.

Martine Aubry a tenté hier une dernière proposition pour éviter le pire : une grande région à trois, Normandie, Picardie et Nord. Ce projet rejoignait en partie la réflexion de Claude Gewerc, président du conseil régional de Picardie, sur une économie maritime, littorale, qui me semble un peu utopique mais qui n'est pas inintéressante, qui a surtout le mérite de dessiner un projet. Cette ultime tentative a échoué.

Puisque le débat a été tranché, il faut maintenant faire avec, en se disant, maigre consolation, que le pire aurait été pour la Picardie de rester la Picardie, toute seule. Mais quand Anne Ferreira et Monique Ryo, membres du conseil régional de Picardie, viendront s'adresser, si elles le font, aux Saint-Quentinois qui n'en peuvent plus du chômage et de la désindustrialisation, les citoyens seront en droit de leur demander quelques explications.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Toutes les reformes depuis le debut du mandat de francois hollande m enthousiasmes au debut et me laissent un gout amer a la fin. La moindre contestation, de la rue, des lobbys ou de quiconque occasionne a chaque fois un recul du gouvernement qui pour moi n est pas suffisemment ambitieux et ferme dans ses reformes. Je suis tres decu par les elus socialistes tres divises et qui contestent a chaque fois les propositions du gouvernement. La gauche n a pas le sens de l interet commun, comme la droite le clientelisme regne chez les elus de gauche.

Emmanuel Mousset a dit…

La défense des intérêts particuliers n'est pas en soi choquante. C'est la vie ! L'esentiel est que l'Etat, représentant de l'intérêt général, tranche le moment venu. C'est ce qui se passe actuellement.

Anonyme a dit…

il fallait tout simplement "vendre la Picardie à la découpe": Oise vers Paris, Somme vers Lille, Aisne vers Reims
La Picardie telle qu'elle existe n'est qu'une entité administrative mais les barons locaux ( de tous bords politiques) tiennent à leur position ;pourquoi ne pas avoir demandé l'avis des principaux intéressés que sont les électeurs?
il est des moments où le recours au référendum peut ^être salutaire et dans le cas présent il n'y aurait pas d'ambiguïté comme cela arrive dans un referendum national( plébiscite ou pas?); nos élus hélas n'ont pas osé; leur frilosité est désarmante

Evi a dit…

Enfin un commentaire qui a le sens de la réalité concernant le découpage .
Oui la moindre de chose était qu'on nous consulte.
Concernant la politique de Hollande et la pseudo fronde des qqs députés socialistes, je craints que non seulement le personnage n'est pas à la hauteur de la situation critique mondiale dans laquelle nous nous trouvons mais la construction européenne aux mains des conservateurs est partie en vrille. Des erreurs techniques concernant la zone euro et la politique monétaire mettent à mal le projet d'une Union européenne politique.
Les différents projets de sociétés (gauche-droite) ne sont pas à la hauteur d'une crise multiforme, crise des valeurs, crise des matières premières, crise climatique, crise migratoire, et crise par rapport au personnel politique qui a perdu tout crédit.
La démocratie vit des moments difficiles.
Le moment est venu pour inventer autre chose.


Youssef Maille-Serf a dit…

En ce qui concerne la Crise, même le plus ignorant des axonais sait qu'elle se jette dans l'Aisne à Soissons.
Quant à cette "crise", excuse quasi-universelle pour masquer l'agonie d'un système qui entraîne lentement au vortex l'humanité et sa planète préférée, ce n'est que l'actuel avatar de ce à quoi l'on assiste depuis de nombreuses décennies.
En ce qui concerne la consultation de la population qui fait vivre la Picardie, cela n'aurait été que de la vulgaire démocratie... On sait depuis 2007 que lorsque le vote de l'électeur ne va pas dans le sens souhaité par l'autorité, on le contourne. Ce n'est pas plus élégant qu'un coup d'état, mais c'est moins sanglant.