dimanche 15 janvier 2017

Reconquérir les classes populaires



Si l'on suit bien le périple d'Emmanuel Macron durant la semaine écoulée, de Nevers à Lille hier, on constate un même fil directeur : l'appel aux classes populaires dans des terres historiquement de gauche, villes moyennes de province ou grand centre urbain. A chaque fois, les salles sont pleines, une partie du public ne peut pas entrer, les meetings sont très présidentiels, l'ambiance est à la ferveur. A gauche, on n'a pas connu ça depuis longtemps. Il faut sans doute remonter aux meetings de François Mitterrand.

Les classes populaires ! Elles ont été délaissées depuis quelques décennies par les partis de gouvernement, y compris le PS. La rhétorique politique le prouve amplement : la référence constante, parfois unique, va aux classes moyennes. Bien sûr, un candidat à la présidentielle pense à tous, a en vue le bien commun, travaille à l'intérêt général, prend en compte l'ensemble des Français. Mais justement ! Il y a aujourd'hui des oubliés, ce sont les classes populaires. C'est à elles qu'Emmanuel Macron s'est adressé, toute cette semaine.

A Nevers, il a traité du problème crucial de la santé, en rappelant qu'il s'opposait à tout déremboursement de médicament. Mais il est allé beaucoup plus loin, là où jamais aucun autre candidat n'est allé : proposer le remboursement à 100% des soins optiques, auditifs et dentaires, qui sont les plus préoccupants pour les classes populaires.

A Clermont-Ferrand, c'est l'emploi qu'Emmanuel Macron est venu défendre en priorité. A la liste des nombreuses mesures qu'il a déjà préconisées s'en est ajoutée une nouvelle : pour toute création d'emploi au niveau du Smic, baisse de 10 points des charges patronales. Mais les classes populaires sont aussi les premières frappées par l'insécurité, dont l'extrême droite fait une exploitation éhontée : la bonne réponse est toute simple, évidente, dans le recrutement de policiers, que Macron chiffre à 10 000.

Dans le nord, à Hénin-Beaumont, la visite d'Emmanuel Macron était hautement symbolique : un pays ouvrier, cruellement meurtri par la crise économique, des élus corrompus, un électorat populaire désemparé, désespéré, qui s'est livré, faute de mieux, à l'extrême droite. Hénin-Beaumont, c'est l'expression du drame contemporain de la gauche. Même Jean-Luc Mélenchon, quand il s'est porté candidat dans la circonscription, n'a pas su y répondre, n'a pas convaincu. Emmanuel Macron a décidé de relever le défi, de parler à ces populations perdues de la gauche, de les écouter, tout en rappelant son opposition absolue au Front national.

Enfin, hier, à Lille, comme un point d'orgue à toute cette semaine passée, Emmanuel Macron a mis en avant le seul espoir des classes populaires de voir leur condition changer, à travers leurs enfants : l'école. Comme pour la police, ce candidat qu'on accuse curieusement d'ultralibéralisme propose des ouvertures de postes de fonctionnaires, 12 000 dans le primaire, en vue de dédoubler les classes de CP et CE1. En préambule, Macron a rendu hommage à la mémoire de Pierre Mauroy et salué Martine Aubry, en faisant l'éloge du passé ouvrier et socialiste.

La polémique qui a suivi cette présence d'Emmanuel Macron est intéressante et révélatrice. D'abord, l'homme ne laisse jamais indifférent. Il fait réagir adversaires et concurrents, ce qui est un bon signe. Hier, la querelle a porté sur sa dénonciation de l'alcoolisme, dont tous les rapports sanitaires montrent qu'il fait des ravages dans notre région, qu'il provoque de la violence, qu'il détruit le tissu social, familial et humain. Macron a repris l'ancien combat de la gauche originelle contre l'alcoolisme (bien décrit dans les romans de Zola). La gauche contemporaine n'ose plus nommer la misère sociale, se réfugie dans le déni, s'est laissée gagner par la bien-pensance petite-bourgeoise, n'avance donc plus aucune solution à des problèmes qu'elle ne reconnaît pas, qu'il est devenu malséant d'évoquer. Qui dénonce aujourd'hui le scandale d'une surmortalité dans les milieux populaires ?

Nous avons donc assisté hier à cette chose inouïe : le FN et le PCF s'en prendre violemment à Emmanuel Macron, parce qu'il a eu le courage de pointer du doigt un fléau social devenu tabou, au même titre que l'illettrisme il y a quelques mois. Pourquoi ? Parce que le PCF a perdu cet électorat populaire et oublié ses origines (sinon, il serait le premier à lutter contre l'alcoolisme et l'illettrisme), parce que le FN s'est approprié cet électorat et qu'il compte bien jalousement le garder, en cultivant exclusivement la xénophobie, en masquant les problèmes sociaux. 

Emmanuel Macron est parti à la reconquête des classes populaires, qui se réfugient massivement dans l'abstention ou bien dans l'extrémisme. Saint-Quentin, ville pauvre où le Front national est la première force d'opposition, doit aussi être une terre de reconquête pour En Marche ! en 2017 et dans les années à venir.


En vignette : hier, à Lille, au Zénith, en attendant l'arrivée d'Emmanuel Macron. Merci à Norbert pour la photo.

7 commentaires:

Philippe a dit…

Tous les candidats réunissent des salles combles ou du moins l'angle de vue des vidéastes les fait voir comme combles (L'esprit critique à notre époque se cultive en y associant quelques minimes connaissances photographiques).
Quoiqu'il en soit une minime partie de la société se déplace l'hiver pour aller voir ses politiciennes « icônes », je les félicite.
Mais d’autres citoyens non frileux aussi se déplacent pour du cinéma, du théâtre, des chanteurs ou du sport (foot etc. ), j’en oublie.
L’écrasante majorité reste chez elle au chaud mais ira voter au printemps pour la présidentielle.
En fait tout cela qui fait la France peut être chamboulé par un ou une personne violente décidé(e) à suivre les directives simplistes d’EL.

Anonyme a dit…

Les classe populaires ne sont pas encore entrées en campagne électorale, et ce n'est pas le discours libéral de Macron qui va les faire pencher en sa faveur. En effet ce sont elles qui ont payé le prix fort de l'ajustement néolibéral de la société française à la mondialisation heureuse (pour qui ?) et à l'Europe, son cache-sexe qui ne trompe que ceux qui veulent bien être trompés.
Macron reste bien dans un cadre néolibéral défavorable au monde du travail qu'il connait bien mal. Ces propositions en matière de santé se contentent d'éviter, pour combien de temps, l'aggravation des restrictions en matière de santé étant donné le chômage de masse et la pauvreté grandissante qui accroissent les déficits de tous les systèmes de protection sociales.
En matière d'emploi sa proposition de baisse de 10 points des charges patronales est d'un conformisme, d'une platitude, d'une banalité affligeante. Ce n'est qu'une trappe à bas salaires et au mieux de smicardisation du monde du travail. Ce qu'il appelle "charges patronales" est explicite de ses choix en faveur des thèses patronales qui veulent réduire constamment le financement de la protection sociale qui n'est qu'un salaire différé. Cette politique est presque aussi vieille que Macron est jeune, du moins à l'état civil.
Emmanuel Macron prétend réhabiliter le travail, à la suite de Sarkozy, ce qui n'est pas forcément une mauvaise idée mais dans le contexte qu'il entérine c'est une illusion. Dans le cadre du néolibéralisme dominant le travail est la seule variable d'ajustement de l'économie considéré sous le seul angle de son coût qui serait forcément à baisser comme depuis 30 ans, pour le résultat douteux qu'on ne peut que constater. Pour les salariés depuis plus de 30 ans c'est toujours plus de travail pour moins de salaires et moins de protection sociale ( une retraite toujours plus tardive qui risque encore d'être amputée par les périodes de chômage ).

En matière d'éducation il ne s'en prend qu'à la forme et non au fonds à savoir la baisse du niveau des savoirs fondamentaux en raison de la baisse constante de l'importance qui leur est accordé au point de vue des horaires au profit de matières et d'activités secondaires. Comme dans tant de domaines il y a, au-delà des apparences, une parfaite continuité entre la droite et la gauche "raisonnable".
Si Emmanuel Macron voulait être crédible dans sa posture d'homme de gauche soucieux du monde du travail il pourrait dénoncer les ravages sociaux du chômage de masse et de la pauvreté toujours grandissante. Mais il préfère énoncer ses préjugés de classe de grand bourgeois.

Maxime Lépine a dit…

Enfin un candidat qui ose dire la vérité sur notre si "belle" région. Il aurait pu ajouter un taux de consanguinité et d'analphabétisme largement supérieurs à la moyenne nationale... une prochaine fois peut-être?

À part ça, que dire des propositions de Macron? C'est du clientélisme pur et simple: comment il va les financer ses école et ses aides sociales? Ah laissez moi deviner? En matraquant la classe moyenne supérieure. Ce sont toujours les mêmes qui paient pour les autres dans ce pays de toute façon... Marre de l'assistanat!

Philippe a dit…

« Il aurait pu ajouter un taux de consanguinité et d'analphabétisme largement supérieurs à la moyenne nationale... »
1-Concernant la consanguinité.
Dans aucun des milieux ouvriers de l’industrie lourde (mines, sidérurgie et même textile) on ne peut pas parler de consanguinité en raison des besoins en main d’œuvre qui ont amené les employeurs à favoriser l’immigration sur le seul principe d’utilité.
Parler de consanguinité dans ces milieux ouvriers est une grosse erreur.
Concernant le lieu précis de la visite de Macron
Depuis 1860 des puits de mines se sont ouverts progressivement en Artois (bassin houiller) une main d’œuvre locale s’est proposée.
Selon les uns pour faire baisser les salaires, selon les autres parce que la main-d’œuvre locale était insuffisante un appel à une main d’œuvre étrangère a été massif et ceci dès les années 1880.
Les principaux immigrés : belges wallons et flamands (certains déjà professionnalisés dans le Borinage), italiens, polonais et à toutes les époques des maghrébins.
J’ai noté sur certains recensements de Liévin des kabyles dès les années 1880 ! dernières vagues de pays du Maghreb après 1945 avec des marocains et bien sûr aussi des algériens avant la fermeture progressive des puits.
De façon beaucoup plus marginale d’autres nationalités, en certains lieux une vingtaine ont été dénombrées.
Je me passionne depuis des années pour la généalogie de cette région à titre familial et général et … dans les gènes des chtimis c’est souvent un sacré cocktail.
D’ailleurs un point amusant, l’Artois a vu certains éléments des familles de mineurs émigrer vers le Kansas et Illinois ! Dès la fin du 19ème …
Les gueux mélangent au moins autant « les sangs » que les huiles car il sont obligés de « voyager » pour croûter !
2-pour l’alphabétisation = non compétent, tout ce que je sais c’est que ma grand tante du Kansas ne faisait pas plus de fautes d’orthographe que nombre de CM2 actuels ………...

J a dit…

Il y a du surréalisme à lire des interventions de ce blogue.
En quoi les gens issus de quelque part seraient-ils responsables d'une éventuelle consanguinité ?
En quoi cela les délégitimerait-ils de quoi que ce soit ?
Quant à l'alphabétisation...
S'il semble que Moïse savait écrire, quid de Jésus ou de Mahomet entre autres ?
Ne pas être alphabétisé n'empêche pas de penser juste ni d'avoir de l'influence de longue durée sur le monde !

Emmanuel Mousset a dit…

Pas faux. Mes contradicteurs considèrent "analphabète" comme une insulte, pas comme un fait, qui n'est pas en soi déshonorant : les cultures orales ont leurs richesses.

T a dit…

Je connais bien des gars dont l'alphabétisation a été loupée qui sont de furieux et consciencieux travailleurs gagnant honnêtement la vie des leurs et par ailleurs de braves gens à qui on ne la fait pas, sachant se contenter de peu et à partir de salaires très bas, parvenant quand même à économiser.
L'intelligentsia, c'est bien.
Les travailleurs manuels courageux et constructifs c'est aussi bien même s'ils ne savent pas bien lire ou écrire et s'ils n'ont pas souvent envie de voter sauf aux municipales parce que là, ils connaissent avec qui ils ont affaire.