jeudi 19 janvier 2017

Des citoyens et des convictions



La conférence de presse d'Emmanuel Macron, ce matin, a quelque chose d'historique dans notre culture politique. Oui, le candidat antisystème, c'est bien lui. Car que se passait-il, depuis des décennies, dans notre vie publique ? Les partis se retrouvaient autour d'une table, discutaient, négociaient ... quoi donc ? des places ! Alors, les convictions étaient secondaires, parfois inopérantes. Ce qui comptait, c'était d'arriver à un accord en vue de conquérir le pouvoir. Encore aujourd'hui, à gauche et droite, le système fonctionne comme ça. Les idées, quand il y en a, ne sont plus que des prétextes. Macron renverse la table : il n'y aura pas d'accord électoral avec aucun parti politique pour les prochaines élections législatives. C'est clair, net et sans bavure, et ça fait du bien à entendre.

Vous pourriez objecter qu'il n'y a rien de déshonorant, ni de compromettant à se rapprocher, se rassembler et s'unir. Sans doute, mais il faut le faire dans la clarté, sans renoncer à ses idées. Or, nous savons bien que c'est, à chaque fois, exactement le contraire qui se produit. Nous aboutissons à des marchandages où les adversaires d'hier deviennent les copains d'aujourd'hui, en attendant de s'affronter à nouveau demain. Surtout, ces arrangements ont lieu sur le dos des citoyens. En démocratie, c'est à eux seuls que le choix revient, pas à des combinaisons entre partis. Si encore ces partis politiques étaient représentatifs et populaires ... Mais ce n'est pas le cas.

C'est bien joli, me direz-vous, mais est-ce que Emmanuel Macron va pouvoir gagner en adoptant cette stratégie-là ? Oui, je le crois. C'est aux électeurs que revient l'élection, ce sont les citoyens qui font le résultat, pas les alliances partisanes, motivées la plupart du temps par l'intérêt, non par le projet. Il y va de l'image, de la popularité et du succès d'Emmanuel Macron de ne pas participer à ce jeu-là, qui le ternirait, le discréditerait. Bien sûr, cette stratégie inédite n'est possible que parce que En Marche ! n'est pas un mouvement politique comme les autres, qu'il est complètement ouvert : des adhérents de toutes les autres organisations pourront se présenter sous l'étiquette d'En Marche !, pourvu qu'ils en partagent les valeurs et les idées.

Et puis, même si Macron échoue, même s'il ne parvient pas à avoir beaucoup d'élus, à se constituer une majorité parlementaire, quelle importance ? C'est le choix du peuple qui compte en République, pas l'ambition des hommes à occuper des places. Il n'y a pas de déshonneur à se voir battu sur ses idées, mais il y a de la honte à l'emporter sur une ambiguïté, un compromis boiteux qui entraîneront par la suite une déception. Dans notre vie politique nationale, nous avons trop connu ça. Mais je reste persuadé qu'une victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle déclenchera une vague parlementaire en sa faveur. En tout cas, si Marcheur vous êtes et que l'élection législative vous inspire, vous pouvez dès aujourd'hui candidater, sur le site du mouvement.

11 commentaires:

Philippe a dit…

Pour accèder durablement au pouvoir Macron ne peut pas être hors du système … pas plus que Marine et autre Mélenchon.
Un mouvement anti -système ou hors système est possible cela s’appelle une « jacquerie ».
Sans l’aide des élites, dans ce cas il ne s’agit plus de « jacquerie », ce sont feux de paille.
Autour de ce sujet sur un autre blog j’ai commis l’opinion suivante.
Bien sur cela élargi le débat mais Macron a-t-il une quelconque importance par rapport à ceux qui lui imposeront de choisir son camp (Chine, Russie, usa).
« Je rejette/dispute le mot « populisme » dans la mesure où, à mon avis, il s’agit d’un moyen usant de slogans simplistes, usage utilisé dans un but pragmatique de prise du pouvoir.
En général ce moyen est utilisé par un « clan » politique minoritaire, clan issu lui-même de la classe sociale des « dominants économico-culturels ». Ce clan faisant partie de la classe des « élites » entend arracher le pouvoir à ceux de sa propre classe sociale dominante qui le détenaient jusqu’alors.
Dans populisme il y a « peuple » alors que le peuple dans cette démarche est … second et non moteur.
« Simplisme » serait mieux que « populisme ».
De leur seule initiative, historiquement, les dominés (dit « le peuple ») ne produisent que des jacqueries éphémères.
Je dirais que ceux qui désirent accèder au pouvoir pour le prendre utilisent le « simplisme ».
Pour s’y maintenir la méthode est autre. Le clan des dominants détenant le pouvoir utilise dans nos sociétés post-modernes beaucoup mois la répression violente "traditionnelle" que les techniques analysées par Noham Chomsky et Cie dans « la fabrique du consentement ».
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_de_propagande
On peut peut être (peut être???) analyser les derniers événements US comme une lutte des tenants de la géo-politique contre ceux de la géo-économie. Les premiers luttant pour conserver le pouvoir avec l’aide des moyens donnés par « les fabriques du consentement », ceux qui le prennent avec les moyens du « simplisme » (populisme).
Lire l’analyse ci-dessous :
http://www.huffingtonpost.fr/jean-eric-branaa/pourquoi-en-sadressant-aux-medias-allemand-et-britannique-dona/
Basculement complet dans le tout économique ? »

Anonyme a dit…

Si la perspective de victoire d'Emmanuel Macron se confirme, ce qui n'est pas sûr du tout parce qu'il reste 3 mois de campagne, nous verrions s'amplifier le ralliement de bien des gens du parti "socialiste" et des gens de droite dits centristes et modérés auxquels il faudra bien leur faire une place.

Anonyme a dit…

Macron, un candidat antisystème comme Mélenchon et Marine Le Pen.

Emmanuel Mousset a dit…

Non, Mélenchon est contre le système libéral, Le Pen est contre le système républicain et Macron est contre le système politique : vous ne pouvez pas les confondre.

S a dit…

"Mélenchon est contre le système libéral, Le Pen est contre le système républicain et Macron est contre le système politique"...
Et personne contre les systèmes tout court ?

Emmanuel Mousset a dit…

Vous me tapez sur le système !

Philippe a dit…

Après les deux guerres mondiales déclenchées par l'Allemagne l’Europe n’a plus qu’une importance économique et encore relative.
Le leadership sur les reliquats modestes et uniquement économiques de « l’Europe » sont dominés par et mour l’Allemagne. Cerise sur le gâteau cette Allemagne n’a que peu de dépenses militaires ce qui booste son économie.
Cela a été confirmé par le fait que Merkel a été la seule à recevoir la visite d’Obama qui a doublé l’humiliation faite aux autres dirigeants européens en envoyant hier à la seule Merckel une lettre de remerciements … On rêve mais non c'est réel !!!!!!!
Des engagements du militariste Hollande aux côtés des US que dalle, Obama s’en fout !
La France compte désormais pour du beurre …………
Ouvrez portes et fenêtres regardez ce qui se passe dans le Monde.
Les USA remplacent un Président par un « Entrepreneur » … cà va être très rude pour les politiciens européens qui ne sont pas compétents dans ce domaine ... parler est leur domaine mais entreprendre n’est pas leur tasse de thé.

Maxime Lépine a dit…

Êtes-vous bien sûr que c'est l'Allemagne qui a déclenché les guerres mondiales? Tous les pays d'Europe sont responsables du désastre de 14-18, qui portait en lui celui de 39-45.

Philippe a dit…

Êtes-vous bien sûr que c'est l'Allemagne qui a déclenché les guerres mondiales? = oui
Mais comme toujours les torts ne sont pas de 100%
Bismark a fait la guerre en 1870 à la France pour créer/souder l'Allemagne autour de la Prusse de façon voulue et réfléchie.
A partir de là = un enchaînement ............... dans lequel personne n'y a mis du sien et en dernier Hitler encore moins que les autres !

Anonyme a dit…

Macron n'est que la créature du système politique (conseiller de Hollande qui l'a promu Ministre), économique et financier, l'UE et la mondialisation néolibérales. Son opposition est une imposture. Mélenchon et Marine Le Pen sont les vrais opposants à ce système pour être plus en phase avec un monde en train de changer depuis le vote Brexit en Grande-Bretagne et l'élection de Trump aux USA. Comme il a changé en 1979 avec l'élection de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne puis celle en 1980 avec l'élection de Ronald Reagan aux USA. Le sémillant Macron incarne ce monde en train de mourir.

M a dit…

"Mélenchon et Marine Le Pen sont les vrais opposants à ce système"
Que faîtes-vous des gauchistes extrêmes ?
Les maoistes, les trotskistes, les marxistes, les léninistes, les anarchistes (qui tous savent qu'ils ne dirigeront pas eux-mêmes un jour notre pays vu leurs forces groupusculaires ou à peu près) sont autrement plus opposants que vos pseudo-opposants qui de fait aspirent à diriger réellement l'état.
Idem à l'extrême droite avec les pétainistes, les légitimistes, les bonapartistes ou les orléanistes (si, si, ça existe toujours !).