jeudi 27 octobre 2016

Vidocq rend les armes



Des importantes manifestations de policiers, hier encore, nous pouvons tirer trois analyses possibles et très différentes :

1- C'est un mouvement de protestation sociale de la base contre le sommet. Cette révolte contre toutes les hiérarchies, professionnelles, syndicales et politiques, a quelque chose de presque libertaire. La réaction est spontanée. C'est le petit peuple des policiers qui se rebellent contre les grands flics, le terrain qui subit contre les bureaux qui décident mais qui ignorent. Ces fonctionnaires ont le sentiment d'être exploités par un management qui n'a rien à envier au capitalisme. A bas les cadences infernales ! Ces policiers-là auraient du soixante-huitard en eux, pour une fois de l'autre côté de la barricade. Ils se vivent comme de nouveaux prolétaires. Une grille d'analyse quasi marxiste expliquerait ainsi cette flambée de colère. Après tout, les maos, au début des années 70, ne disaient-ils pas que la révolution viendrait en soufflant sur les braises, quelles qu'elles soient ? Et Jean-Paul Sartre de rajouter : "On a toujours raison de se révolter". Plusieurs commentateurs n'ont pas hésité à parler d'un "Nuit Debout" de la police.

Je vois quand même une limite à cette interprétation progressiste : à ma connaissance, aucun mouvement d'extrême gauche, pourtant prompte à soutenir toute forme de contestation sociale, n'a apporté son appui au mouvement des policiers.

2- C'est un mouvement politique, sous influence, de nature réactionnaire, exploitant les thèmes sécuritaires pour son propre compte. Il méprise les syndicats, bafoue la légalité, manifeste sauvagement, viole le périmètre sacré Assemblée nationale-Elysée, avec un petit goût, tout petit, de 1934. Les Marseillaise qui concluent les défilés sont troublantes. La justice est rejetée comme laxiste. Le retour des peines planchers est réclamé, ainsi que l'extension de la légitime défense. Le mouvement des policiers est alors sous l'inspiration de la droite extrême, pour ne pas dire de l'extrême droite. C'est la thèse de Jean-Christophe Cambadélis, parlant d'une manipulation du Front national.

Je n'adhère pas non plus à cette deuxième version. Il y a, dans la police, malgré ou à cause des aléas de son histoire, une tradition républicaine et humaniste solide, qui ne fait pas redouter pour notre régime.

3- C'est un mouvement qui a tous les traits de l'opinion contemporaine, traversant de nombreux corps de métier et toute la société : individualisme, rejet des élites et des institutions, considérations psychologiques (souffrance au travail, fatigue, crise d'identité, sentiment d'insécurité), revendications morales (besoin d'écoute, demande de reconnaissance et de respect). Propre à notre époque est aussi le désir d'une visibilité médiatique (tous les mécontentements passent à la télé : pourquoi pas celui des policiers ?). A travers les témoignages, nous entendons les maux et les mots de la société actuelle, qui auraient sans doute surpris nos ainés.

Je me retrouve dans cette dernière analyse, même si des éléments de la première et de la seconde sont aussi à prendre en compte. Pour ma part, en tant que citoyen engagé, j'ai quatre souhaits :

a- Oui aux revendications matérielles, financières et humaines. La police a besoin d'être soutenue et équipée. Il faut aller aussi loin que possible, budgétairement parlant, dans cette direction. Le gouvernement en a bien conscience et a pris les premières décisions qui s'imposaient d'urgence.

b- Il n'est pas acceptable que les forces de l'ordre soient des forces de désordre, même pacifiques. Ceux qui sont chargés de faire respecter la loi doivent la respecter : il n'y a pas d'exception à cette règle. De même, la hiérarchie et l'autorité doivent être suivies, sinon il n'y a plus de police. Enfin, les remises en cause des juges et des tribunaux sont intolérables : ce n'est pas à la police de faire la justice. En République, il y a séparation des ordres.

c- Les organisations syndicales sont les seuls interlocuteurs valables. La police est l'un des rares corps professionnels où leur représentativité est massive et incontestable.

d- Les revendications politiques sur la légitime défense et les peines planchers sont du ressort de la politique, du débat démocratique, c'est-à-dire de tous les citoyens, pas des seuls policiers. Personnellement, je suis hostile à l'élargissement des conditions de la légitime défense (qui reviendrait à aligner les policiers sur les gendarmes, qui sont des militaires) et au retour des peines planchers. Mais c'est ouvert à la discussion.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

que les policiers dénoncent les mauvaises conditions dans lesquelles ils travaillent, nul ne le nie MAIS il faudrait dans le même temps qu'ils s'interrogent sur leur pratique quotidienne ( notamment en Ile de France ): le contrôle au faciès existe perdure bel et bien;si vous le contestez, prenez donc le métro et vous vous rendrez à l'évidence.
Enfin, et c'est presque plus inquiétant: comment des fonctionnaires chargés de faire respecter la Loi peuvent-ils avoir l'indécence de la braver?: défiler en voiture de service et le pistolet à la ceinture que voila un bel exemple pour les citoyens:il y a malheureusement certains policiers, des jeunes notamment, qui sont devenus flics pour jouer les Zorro et c'est inacceptable
Cocteau disait: je préfère les chats aux chiens car il n'y a pas de chats policiers

L a dit…

"Mais c'est ouvert à la discussion."
Il s'agit d'un point de vue.
On peut en avoir d'autres...
En particulier et sans prétendre avoir raison au moins qu'on puisse en discuter...
De quoi ?
De la tenue, de l'uniforme, de la police et de toutes les forces de maintien de l'ordre public.
La police déjà en uniforme : rien à redire, elle fait bien ce qu'elle a à faire.
Mais tous les autres, habillés n'importe comment, attifés à la mode la plus adéquate pour se fondre dans la population, comment se fait-il qu'ils agissent incognito jusqu'au moment d'entrer en action, interpeller, arrêter...
Mon point de vue : les forces de police doivent être identifiables du plus loin qu'on peut les apercevoir, toutes les forces de police.
Et s'ils ne sont pas en service, qu'ils soient vêtus comme tout le monde, pas de problème, mais qu'ils ne demandent pas à porter leur arme.
On a besoin de policiers et de gendarmes comme de CRS mais très précisément identifiables, visibles, repérables.
Lyautey disait que plus la force publique se montre moins elle a nécessité d'intervenir. Je partage cette opinion.

Maxime Lépine a dit…

En tout cas bravo le gouvernement socialiste: il aura réussi à mettre tout le monde dans la rue: les conservateurs contre le mariage homosexuel, les parents d'élèves contre la réforme du collège, les gauchos contre la loi Travail, les flics contre l'insécurité et le laxisme judiciaire...

Le futur a dit…

http://journal.lutte-ouvriere.org/2016/10/19/manifestations-de-policiers-societe-violente_71627.html
Réaction de Lutte Ouvrière à cette manifestation de policiers. Cf votre analyse du point 1.

Philippe a dit…

synthétisons la situation de la légitime défense … par une brève de blog/comptoir
La population dans son ensemble n'a pas accès aux armes à feu … pétoires et autres kalachnikov.
Les minorités ultra violentes, pègre, milieux violents genre djihadistes par leurs filières souvent communes y ont accès.
Les policiers doivent attendre que l'on tirent sur eux … s'ils survivent ils peuvent riposter mais devront prouver ultérieurement que c'est pas eux qui ont commencé à tirer … s'ils sont morts on décore le cercueil.
S'ils sont terrifiés/pétrifiés par le droit accordés aux assassins et qu'ils n'utilisent pas leur armes … consolation ... dans le service des grands brûlés ils seront décorés pour ne pas avoir fait usage de leur arme, décoré par une huile élyséenne ou de Matignon qui elle se déplace protégée par un service répressif autorisé à tuer ……….
On vit une époque formidable où respecter un assassin mérite une médaille et où respecter une victime vous rend suspect de fascisme.

Anonyme a dit…

Ces manifestations policières et le soutien populaire qu'elles recueillent sont justement le signe de la fin de l'idéologie libérale-libertaire qui imprègne la totalité de la classe dirigeante. La société largement déstabilisée par les effets plus que trentenaires de cette idéologie est demandeuse d'ordre et de protection à tous niveaux ce que la classe dirigeante ne peut comprendre ou alors elle considère cette demande comme "populiste", non raisonnée, pas raisonnable, ne faisant pas partie du cercle de la raison comme dirait leur mentor Alain Minc. L'extrême-gauche n'a jamais apporté son soutien à un mouvement de contestation policière si légitime soit-elle parce qu'elle est par nature anti-flic, anti-police, dans une posture de dénigrement systématique en soulignant, exploitant, généralisant tous les cas où la police a commis des abus. C'est aussi son côté libéral-libertaire. L'extrême-gauche par son internationalisme est l'agent, l'idiot utile du capital financier apatride.

Vous y avez vu par un réflexe pavlovien, bien convenu d'un homme de gauche, l'expression, la manoeuvre du FN. Ce qui allait, évidemment bien au-delà, puis que c'est l'effet de la politique de Sarkozy d'avoir gravement et de façon irresponsable désarmé en hommes, moyens matériels et financiers. Pour les quelques 13OOO policiers, gendarmes et gens du renseignement le pouvoir socialiste n'en a recrée que 4000 nous sommes donc loin du compte parce que depuis les tâches policières se sont multipliées depuis janvier puis novembre 2015, nous sommes en lutte contre un ennemi imprévisible aux actions multiformes. De plus cet agité n'a même pas le courage, l'honnêteté de reconnaitre qu'il s'est lourdement trompé, pas plus que sa faute lourde d'agression de la Libye. Pour répondre sérieusement à cette demande il faudra s'affranchir du pacte de "stabilité" ou plus exactement de stagnation économique imposé par Madame Merkel et son ministre des finances sous alibi européen. Je ne pense pas du tout que les socialistes aient ce courage-là.

Erwan Blesbois a dit…

Dans une société libérale libertaire comme la nôtre, il ne fait pas bon être utile à la société : la valeur suprême est le dieu fric depuis 68, puisque de cette "révolution" bourgeoise, ceux qui en ont hérité, n'en ont gardé que l'aspect libérale libertaire, et principalement l'individualisme. Il est normal que les prédateurs : les voyous de la finance outrageusement enrichis, ou ceux plus modestes des quartiers défavorisés, se sentent encouragés dans leurs mauvaises actions contre la chose publique, qu'ils assimilent au bien commun des moutons, que l'on peut tondre en toute impunité. Le salut passera par une contre révolution populaire, un soulèvement contre la malhonnêteté généralisée des élites autoproclamées de l'esprit de 68 : qui préfèrent idéologiquement les délinquants (sociologiquement excusables), aux flics (minables petit-bourgeois) toujours suspects de sympathie pro FN.