vendredi 7 octobre 2016

Le moins pire d'entre eux



L'Emission politique avec Alain Juppé était, hier soir sur France 2, très attendue. Par moi aussi. C'était son "grand oral", comme beaucoup l'ont dit. Il s'en est plutôt bien sorti. Mieux que Sarkozy il y a quelques semaines. Juppé avait un petit problème d'image : le gestionnaire coincé. Là, il s'est montré souriant, détendu et plaisantant à bon escient. Il est aussi apparu tel qu'il est depuis toujours : modéré certes, mais de droite assurément et libéral sans hésitation.

Quand s'est affiché son programme sur les impôts, c'était édifiant. Famille fortunée : - 21 700 ; famille moyenne : - 2 000 ; famille modeste : + 150. On voit qui a intérêt à voter Juppé, qui en tire le plus gros bénéfice ! L'objectif, c'est que les riches restent et investissent en France. C'est louable, mais ils ne sont quand même pas des centaines de milliers à émigrer (la Révolution française est lointaine). Et puis, qui dit qu'avec les cadeaux que leur fait Juppé, ils investiront ? En social-libéral, j'accepte et je souhaite qu'on aide les entreprises, qu'on diminue leurs charges, qu'on assouplisse le marché du travail. Mais avantager fiscalement les foyers les plus riches, non !

Juppé nous a refait le coup, classique à droite, du chômeur qui gagne autant que le salarié, à force d'accumuler les aides sociales. Premièrement, cette situation est hyper-minoritaire. Deuxièmement, même à sommes égales, celui qui vit de prestations sociales est beaucoup moins bien loti qu'un salarié avec des rémunérations stables, lorsqu'il doit faire face aux difficultés quotidiennes, par exemple s'adresser à un organisme de crédit pour obtenir une aide. Malgré tout, Juppé envisage de baisser le RSA au cas où l'égalité se présenterait. Quelle misère de voir ces hommes de droite pinailler pour de telles situations, où l'on oppose un pauvre à un moins pauvre, au nom d'une soi-disant justice !

Même irritation, en ce qui me concerne, à entendre Juppé proposer la dégressivité des allocations chômage. Comme si on restait sans travail par plaisir ! Bien sûr qu'il y a des économies à faire, mais allons les chercher ailleurs que sur le dos des sans emploi. Et ce n'est pas en instituant un plancher de 850 euros qu'on y changera quelque chose. Le plus étonnant, c'est que Juppé fait cette proposition de dégressivité "sous condition" de reprise économique, façon de reconnaître, sans le dire, que la mesure est scandaleuse et injuste en période de chômage de masse. Et puis, faire une proposition "sous condition", ça n'a aucun sens. Les allégements d'impôts pour les plus riches, pourquoi Juppé ne les met-il pas "sous conditions" d'investissements productifs ou de créations d'emplois ? Mais là, non, Juppé ne le propose pas ...

L'émission avait convié le facho de service, Robert Ménard, maire de Béziers, qui n'avait qu'un mot à la bouche, de nombreuses fois répété : "enfants d'immigrés". Eux, il ne les aime vraiment pas ! Notons au passage que ces enfants sont Français, comme lui, vous et moi. Mais ce qui tourmente le compagnon de route du FN, c'est l'"origine". Face à lui, Alain Juppé n'a pas cédé, a été parfait et je m'y suis cette fois retrouvé. Le maire de Bordeaux a souligné que l'immigration légale en France n'était pas excessive, qu'elle était même enrichissante. Il a défendu le principe du regroupement familial. Le facho ne tenait plus en place, tournait sa langue dans sa bouche sèche, cherchait le venin qu'il ne trouvait pas. Juppé nous en a efficacement débarrassé, tant mieux.

De même, le candidat à la primaire de la droite a mouché comme il le fallait Léa Salamé, qui voulait sottement lui faire le coup de l'arrogance, parce qu'il avait lancé à Giesbert, par boutade, qu'il emmerdait ceux qui le trouvaient emmerdant (voir billet de mardi). Visiblement agacée par cette résistance inattendue, l'animatrice qui croit faire sa rebelle a laissé échapper un voyou "ça va ! ça va !" en direction de l'ancien Premier ministre qui, lui, gardait son sourire.

Entre Alain Juppé et moi, il y a la distance de la Terre à la Lune. Avec Sarkozy, de la Terre à Mars. Le Pen, c'est carrément une autre galaxie. Le moment venu, s'il y avait nécessité, je saurais prendre la mesure de ces écarts. En attendant, de celui que Jacques Chirac qualifiait de "meilleur d'entre nous", je dirais simplement qu'il est le moins pire d'entre eux.

16 commentaires:

Anonyme a dit…

Je vous invite à lire un livre que vous ne lirez pas parce que vous ne lisez que ce qui est déjà conforme à vos préjugés de petit-bourgeois néolibéral donc de droite à la Macron. Il s'agit du livre de l'économiste Frédéric Farah "Introduction (inquiète) à la Macron-économie". Tant pis pour vous si à l'ouverture intellectuelle vous préférez la fermeture.

Maxime Lépine a dit…

Juppé, son "identité heureuse" je sens que ça va lui coûter la victoire... trop à gauche, trop bien-pensant.

Anonyme a dit…

Le sénateur socialiste Luc Carvounas a justement déclaré que Macron est le huitième candidat à la primaire de la droite.

Emmanuel Mousset a dit…

1- Je ne suis les conseils que des gens de nature bienveillante.

2- Les électeurs, même de droite, ont besoin qu'on leur parle de bonheur.

3- Le sénateur est amusant, seulement amusant.

Anonyme a dit…

Merci de nous faire rêver en nous parlant de Juppé comme je vous l'avait demandé auparavant. Juppé pour vous c'est un peu comme la lune : un espoir inconscient de conquête qui vous ferait oublier la comète Macron. Ne dit-on pas "demander la lune", comme si il s'agissait d'un rêve inaccessible ? Je vous rassure Monsieur Mousset, vous serez exaucé au delà de vos désirs les plus fous. Sarkozy le martien, et MLP de la galaxie d'Orion, y resteront bien sagement, pendant que les Français et vous entameront leur lune de miel avec Juppé. Juppé, Juppé, on se lève tous pour Juppé !!!

Anonyme a dit…

Emmanuel Mousset au pays des bisounours. Au pays des rêves la vie est belle !

Emmanuel Mousset a dit…

Je ne vois pas en quoi le billet d'aujourd'hui exprime un "rêve". Mais si vous n'avez que cela à lui reprocher, c'est que je suis dans la bonne voie (et pas lactée).

Anonyme a dit…

Vous ne lisez donc que ce qui conforte vos idées, ce qui traduit bien votre profond conformisme.

Emmanuel Mousset a dit…

Il faut en effet conforter ses bases, c'est la meilleure méthode. Ne pas perdre son temps dans les lectures inutiles. Quant au conformisme, oui, pourvu qu'on soit conforme à ce qui est bien et à ce qui en juste. Le non conformisme est une posture d'anarchiste de droite, que je ne suis surtout pas.

M a dit…

En 1969 entre un POMPIDOU et un POHER, un (hélas) communiste (et pas du meilleur aloi, je le concède) a émis un pertinent "Bonnet blanc et blanc bonnet".
Entre Juppé et Sarkozy, c'est à coup sûr pour l'ouvrier, pour l'employé payé pas loin du SMIC ou aidé moins et aussi pour tous les fonctionnaires (à dégraisser avec le mammouth) à nouveau "Blanc bonnet et bonnet blanc" que d'aller voter pour l'un ou pour l'autre.
Le bonnet blanc, on l'a vu à l'oeuvre pendant cinq ans à la tête et un autre bail pas loin de la tête. Quant au blanc bonnet, il a fait ses preuves au début du septennat chiraquien.
Dans le doute, abstiens-toi !

Emmanuel Mousset a dit…

Avec votre histoire de bonnets, vous travaillez du chapeau.

Anonyme a dit…

Le conformisme se trouve partout à droite comme à gauche dont vous et votre mentor en êtes l'illustration. Les anarchistes qu'ils soient de droite ou de gauche ne sont que des petits-bourgeois qui ne pensent que pour eux-mêmes ce qui n'est pas mon cas sinon je ne ferais pas de politique. Votre libéralisme, cette pensée de droite, fait de vous un petit-bourgeois sans aucun souci du peuple. En fait bien que vous dites successivement libéral, socialiste puis social-démocrate vous êtes un homme de droite comme Macron genre de ceux qui n'osent pas l'assumer, les pires.
Comme l'a dit le chef de votre actuel (et provisoire?) parti JC Cambadelis Macron se présente pour faire gagner la droite. Tous vos propos le confirment.
Qu'est-ce qu'une lecture inutile ? Celle qui vise à conforter votre prêt-à-penser.
Qu'est-ce qui est bien et juste ? Servir comme votre mentor tous les puissants de la terre. Comme des gens de droite; Certes c'est plus subtil que l'original mais cela ne trompe que ceux qui, comme vous, veulent bien être trompés.

Anonyme a dit…

Quand on a de bonnes bases on n'a pas besoin de les conforter, on peut prendre le risque de se confronter aux idées des autres ce qui est plus stimulant que l'entre-soi, entre gens qui pensent la même chose. Ne pas sortir des sentiers battus de la bien-pensance, ne pas prendre de risque, un comportement typiquement d'un homme de droite.

Emmanuel Mousset a dit…

La preuve que je me confronte aux idées des autres, c'est que je publie vos inepties. Accordez-moi au moins ce mérite-là.

D a dit…

Ne pas perdre son temps dans les lectures inutiles ?
C'est seulement après lecture qu'on pourrait juger de l'utilité ou l'inutilité d'avoir lu quelque chose.
Je ne pense pas qu'il soit jamais inutile de lire.
C'est en lisant qu'on se forge des jugements. Bien mieux qu'en écoutant, même seul, un discours.
Alors je ne parle même pas d'écouter un discours dans la foule d'un meeting !

Emmanuel Mousset a dit…

A la lecture, je préfère, et de loin, l'écriture et la réflexion personnelle. Je persiste et signe : l'immense majorité des livres sont à mettre au feu.