jeudi 6 octobre 2016

Le club des Cinq



On spécule beaucoup sur les prochaines présidentielles. On complique généralement la situation. C'est pourtant simple : il y a cinq candidats principaux, qui ont chacun leur chance, parce qu'ils représentent chacun une sensibilité politique forte dans notre paysage politique. A droite, c'est Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, c'est-à-dire la droite dure et la droite centriste. A gauche, c'est Emmanuel Macron, François Hollande et Arnaud Montebourg : le social-libéral, à la façon de Blair, Schroeder et Renzi ; le socialiste de synthèse ; l'aile gauche du PS. Chacun de ces cinq candidats a sa légitimité, incarne des idées qui méritent d'être débattues dans le cadre de l'élection présidentielle. Tous les autres candidats ont sans doute leur intérêt, mais ils sont très minoritaires et ne joueront pas un rôle majeur.

Si nous n'avons pas à craindre cette diversité de candidatures, qui donne toute sa valeur à la démocratie, nous avons beaucoup à redouter de la division, qui est une plaie en politique. A droite, si Juppé l'emporte lors de la primaire de la droite, les sarkozystes le soutiendront-ils dans la présidentielle ? Rien n'est moins sûr. Entre l'extrême droite et la droite modérée, ne pencheront-ils pas vers la première ? Dans cette hypothèse, la droite rencontrerait des difficultés, car elle ne peut espérer l'emporter qu'en rassemblant ses deux sensibilités, la droite dure et le centre-droit.

A gauche, le problème du rassemblement se pose dans les mêmes termes. Hollande va se présenter, c'est certain et c'est très bien. Mais participer à la primaire, quand on est le chef de l'Etat, j'ai toujours pensé que c'était une mauvaise idée. Le président de la République est le candidat naturel de la gauche gouvernementale, c'est évident, il n'y a pas à en choisir un autre. A ce titre, il doit garder de la hauteur : c'est un atout, lié à sa fonction, qu'il va abîmer dans la primaire, au risque même de se voir battu ou talonné par Arnaud Montebourg.

Emmanuel Macron va se présenter, c'est évident aussi. De ce point de vue, il a raison : défendre son propre projet. Mais les socialistes ont tort de l'attaquer violemment : il faudra bien, le moment venu, rassembler toute la gauche, quelle que soit la sensibilité des uns et des autres. C'est dès maintenant qu'il faut veiller à ce que les conditions de l'unité soient respectées : Macron défend ses idées, mais je ne l'ai jamais entendu condamner aucun membre du gouvernement.

L'essentiel, dans cette présidentielle à venir, c'est que chaque citoyen, électeur, militant se détermine par rapport à ses seules convictions, sans autre considération tactique. Il n'est pas vrai que Macron divise la gauche : au contraire, il introduit une plus-value, il ramène aux urnes et à la politique une partie de l'électorat qui s'en détourne. Il n'est pas vrai que des électeurs de gauche aient raison de participer à la primaire de droite afin de soutenir Juppé : c'est un faux calcul, qui présume que Juppé serait préférable à Sarkozy, alors que ce choix ne concerne que les électeurs de droite.

Je n'ai pas parlé de Marine Le Pen ? Non, parce qu'en République, je ne retiens que les candidats républicains. L'extrême droite, pour moi, ne fait pas partie du débat présidentiel. Ce qui est dramatique, c'est de considérer comme un fait acquis, sur la foi de sondages forcément appelés à varier, que Le Pen sera présente au second tour. Tous les calculs et positionnements des uns et des autres reposent sur cette terrible hypothèse : c'est déplorable.

Rien ne certifie que le FN sera au second tour. Et si tel était malgré tout le cas, ce serait un échec pour la République et un désaveu de la classe politique. Concentrons donc le débat autour des Cinq, qui en sont les seuls dignes, et ne nous définissons pas en fonction de la présence de l'extrême droite. Celle-ci doit être combattue, point final, mais surtout pas instrumentalisée. La tactique, c'est bien joli, mais c'est comme le tic-tac d'une bombe : ça finit par exploser à la figure. Convictions seulement !

8 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Vous auriez dû vous abstenir ce soir car votre billet est truffé de contradictions... Du genre: "Hollande se présente c'est normal, Macron aussi c'est également très bien". Et juste après vous parlez de rassemblement... Celle-ci est pas mal aussi: vous affirmez que la diversité fait partie de la République mais vous refusez un parti crédité de 30% dans les sondages (et qui sera nécessairement au second tour) sous le prétexte que cela ne convient pas à votre idéologie...

Anonyme a dit…

Préselectionner 5 candidats qui seraient, selon vous, digne d'être au second tour est un déni démocratique digne de celui que l'oligarchie pratique depuis le 29 mai 2005. C'est aussi l'oubli d'un discrédit qui ne frappe pas que le président sortant mais aussi non seulement son prédécesseur mais aussi l'ensemble de la classe dirigeante qui ne trouve guère grâce aux yeux des français parce qu'ils ont tous gouverné peu ou prou depuis 30 ans et appliquent avec le même insuccès les même recette économiques inspirées par l'ultralibéralisme dont l'UE n'est à peine qu'un cache-sexe. Votre mentor Macron, si jeune, est déjà un vieux politiquement parce qu'il ne propose que les mêmes recettes éculées.
Vous parlez d'instrumentalisation du FN, j'espère que vous n'oubliez pas que Mitterrand fût un expert en la matière. Que la présence du FN arrange bien la gauche pour mettre en difficulté la droite et permettre à la gauche de gouverner. Si l'on se fie aux régionales de décembre 2015 ce scénario appartient au passé puisque la force du FN permet d'éliminer la gauche, ou du moins ce qui prétend en être, au second tour.
Ce discrédit de la classe politique fait le succès du FN et de sa version MLP qui passe auprès d'une partie de la droite et de l'extrême-droite dont elle est issue en raison d'un discours et un projet que l'on qualifie de gauche voire proche de celui du PC du temps de Georges Marchais ou de Mélenchon. Raisons pour lesquelles, ne vous en déplaise, il est hautement probable qu'elle se qualifie pour le second tour et que la "gauche" soit éliminée dès le 1er tour avec une hypothèse de voir Hollande relégué à la 4è place derrière Jean-Luc Mélenchon.

ST a dit…

Pures spéculations dont vous avez exclus, on peut s'amuser à chercher les motifs d'un tel acte manqué, un succès sarkozien sur les juppéistes et autres lemairiens ou fillonistes...
Parce qu'alors se positionnerait peut-être en arbitre capable de mettre tout le monde d'accord le centriste maire de Pau si par hasard votre marcheur préféré ayant tenté lui aussi la primaire ne se retrouvait pas en tête des postulants de gauche.
Reprenons, E Macron a tout intérêt, s'il est vraiment décidé à être candidat, à ne pas tenter la primaire de gauche.
F Hollande est obligé de participer à cette primaire pour éventuellement avoir sa chance de renouveler son bail à l'Elysée...
M Le Pen ne l'emportera pas. Mais si les candidatures hors primaires persistent tant à droite qu'à gauche, elle donnera du fil à retordre à qui que ce soit au second tour..

Emmanuel Mousset a dit…

1- Pour moi, la diversité des candidatures, à gauche comme à droite, n'est pas contraire au rassemblement, mais son préalable. Pour le dire vulgairement, il faut "ratisser large".

2- Macron, comme Mitterrand en son temps, est favorable à la proportionnelle. Ce n'est pas "instrumentaliser" le FN.

3- Je n'exclus rien, même pas une absence de l'extrême droite au second tour.

Philippe a dit…

L’apprenti bookmaker de service a dit :
MLP a toutes ses chances si elle se voit opposé l'un des deux "chevaux de réforme » Hollande ou Sarkozy …
Peut être encore plus de chance si c’est Hollande !

Emmanuel Mousset a dit…

Puisque vous parlez de "chevaux", attendons le résultat des courses.

Anonyme a dit…

Les Français veulent rêver, les Français veulent qu'on leur parle de choses neuves. Parlez-nous de Juppé, un homme neuf, un homme lisse, sans aucun passif, un homme dynamique et plein de sève qui incarne l'avenir, la France de demain et non le passé comme votre Macron, déjà si vieux dans sa tête. La France a toujours été un pays qui a une grande capacité de renouvellement, un pays qui a toujours un temps d'avance sur tous les autres, dans toutes les guerres qu'elle a mené, ce qui explique l'extraordinaire réussite de la France dans tous les domaines où elle s’immisce : que ce soit sur le terrain militaire, économique ou social. La France a toujours été et sera toujours le phare du monde, le Sel de la Terre. Quand la France éternue, dit-on, le monde s'enrhume ; et le renouvellement se fera par des hommes neufs, des hommes vierges de toute corruption, de toute "affaire", comme Juppé, Juppé, Juppé !!! Rien ne nous arrêtera !

Philippe a dit…

J'ai dit "chevaux de réforme"
Notre cavalerie politicienne ne battra pas de records avec de telles montures.
Médiocrates nous nous en contenteront.