samedi 1 octobre 2016

Cette gauche qui voterait à droite



La politique n'est pas un absolu. Ses choix sont relatifs. Personne ne peut prétendre à la vérité totale. Il faut faire des choix. La politique est régie par le principe de préférence, qui repose sur la comparaison et la sélection. Tout individu qui le nie est un lâche ou un hypocrite, un fasciste ou un anarchiste.

Appliquons ce principe de préférence à mon cas. Entre la droite et la gauche, je préfère la gauche. Entre l'extrême droite et l'extrême gauche, je préfère l'extrême gauche. Entre le PS, le PCF et les Verts, je préfère les socialistes. Entre Valls, Macron et Hollande, je préfère Macron. Entre un républicain et un antirépublicain, je préfère le républicain (c'est pourquoi je vote à droite quand celle-ci est opposée à la seule extrême droite). Ce principe de préférence est présent dans l'Histoire : entre Staline et Hitler, aussi horribles soient-ils l'un et l'autre, c'est avec Staline qu'il fallait s'allier, contre Hitler. J'arrête là cette démonstration, je pourrais continuer : le principe de préférence est universelle et inéluctable en politique. Sinon, vous ne faites pas de politique.

J'en viens au sujet du jour. Entre les sept candidats à la primaire de la droite, ai-je ma préférence ? Oui, bien sûr, puisqu'en politique, on a forcément une préférence. La mienne est connue, puisque j'en ai parlé sur ce blog à plusieurs reprises. Elle n'est pas surprenante ni originale, elle découle de mes convictions sociales-démocrates, et je crois que beaucoup de socialistes partagent, en toute cohérence, cette préférence : c'est Alain Juppé. Vais-je pour autant participer à la primaire, aller au bureau de vote de l'Hôtel de Ville à Saint-Quentin et mettre dans l'urne un bulletin Juppé ? NON, surtout pas. C'est tellement évident que j'ai presque des scrupules à y consacrer le billet d'aujourd'hui. Mais je lis et j'entends ici ou là qu'une partie des électeurs de gauche pourraient se déplacer pour cette primaire et voter Juppé !

Soyons clairs : cette démarche serait malhonnête, mensongère et stupide. La primaire de la droite s'adresse aux militants et sympathisants de droite, pas aux militants et sympathisants de gauche. Une déclaration sera signée par chaque votant, attestant de son adhésion aux valeurs et idées de la droite (il en allait de même pour la primaire de la gauche en 2011). Signer alors qu'on n'est pas d'accord, oui, c'est malhonnête.

Ceux qui s'égareraient dans cette basse manœuvre ont cependant un solide motif, prétendent-ils : ils ne veulent pas revoir Sarkozy, ils ne veulent pas avoir à voter pour lui, en cas de duel final avec Le Pen. Moi non plus, je ne veux plus de Sarkozy, ni voter pour lui contre l'extrême droite. Mais je ne m'invite pas pour autant à un scrutin auquel je ne suis pas convié. Surtout, le raisonnement est tordu : si l'on veut que la gauche soit présente au second tour de l'élection présidentielle, il faut soutenir la gauche et pas la droite, et ne pas considérer dès maintenant que la gauche sera battue au premier tour.

La malhonnêteté, c'est de s'inscrire à une consultation à laquelle on n'a pas droit. La stupidité, c'est de privilégier l'incertaine tactique au détriment des solides convictions. Mais il y a encore autre chose chez ces gens de gauche qui auraient l'aberrante intention d'aller voter Juppé à la primaire : au fond d'eux-mêmes, leur geste indéfendable prouve qu'ils ne veulent pas d'Hollande, qu'ils ne veulent peut-être pas que la gauche l'emporte, ni au premier, ni au second tour. Cette gauche qui voterait à droite serait finalement beaucoup plus de droite que de gauche. Leur vote, c'est plutôt un acte manqué, comme dirait Freud.

Mais il y a pire : ces juppéistes de circonstances, Machiavel à la petite semaine, ne veulent pas avoir à choisir entre le républicain Sarkozy et la néo-facho Le Pen. Je leur en veux beaucoup pour cette hésitation, cette abstention-là. Bien sûr, je n'aurais aucun plaisir, si le cas se présentait, à voter Sarko contre Le Pen. Mais ce n'est pas le principe de plaisir, comme dirait encore Freud, qui dicte nos choix politiques : c'est le principe de préférence, c'est le choix de la République contre le rejet de la République. Entre deux candidats, même s'ils ont certaines similitudes, il n'y a jamais égalité absolue. C'est pourquoi il faut toujours comparer et choisir.

5 commentaires:

S a dit…

Voter Sarkozy donc contre Le Pen si au second tour on retrouve ces deux figures catastrophiques pour la République est votre message même pas subliminal !
Il ne vous viendrait pas à l'esprit qu'en bien des items de son programme, le descendant de Vercingétorix si l'on en croit son personnel roman national serait bien plus extrême droite que l'extrême droite fifille à son papa ?
Sidérant de la part d'un marcheur prétendument de gauche.

Emmanuel Mousset a dit…

Non, mon républicanisme n'est pas subliminal, mais aussi lumineux que le soleil (vous en paraissez même ébloui). Quant à prétendre que Sarkozy serait plus d'extrême droite que Le Pen, là vous êtes en pleine obscurité, ou vous êtes en train de trouver des excuses à votre prochain vote infâme. Aucun historien (laissons de côté les politiques partisans) ne vous suivra dans votre point de vue.

Maxime Lépine a dit…

Que la politique ne soit pas un espace muni d'un référentiel absolu, soit. Mais quand on voit les candidats, je me dis (et je suis pas le seul) qu'il est préférable de s'abstenir.

Le futur a dit…

Avouons quand même que Sarkozy se rapproche de plus en plus dangereusement de Le Pen.

Emmanuel Mousset a dit…

Sarkozy s'est toujours rapproché de certains thèmes lepénistes. Rien de nouveau. Mais Sarkozy n'est pas Le Pen, Les Républicains ne sont pas le FN.