mardi 13 août 2013

Catherine Hekking



Je tiens Hervé Cabezas pour l'un des hommes les plus intelligents de Saint-Quentin, mais ils sont nombreux. Ce qui distingue le conservateur du musée Antoine Lécuyer, c'est son esprit, c'est-à-dire son sens de la répartie. Je me dis que l'ambiance des salons, qui était celle dans laquelle Maurice-Quentin De La Tour évoluait, l'inspire encore aujourd'hui, lui qui vit au milieu de ses pastels. A quoi il faut ajouter ses attaches parisiennes, qui en font un individu particulièrement racé.

Un exemple : lorsque, en début juillet, MATELE pose dans la rue, à des passants, la question "Dans quel animal aimeriez-vous être réincarné ?", les réponses, très attendues, tournent autour du chien, du chat, de l'oiseau, du cheval ... Sous la pluie et sous son parapluie (c'était alors le déluge), Hervé Cabezas a immédiatement rétorqué : "me réincarner tout simplement en être humain". Voilà une saillie qui marque et élève, qui en fait, au sens propre du terme, un homme distingué.

Aujourd'hui, ce n'est pas par un Monsieur le conservateur que j'ai envie d'interpeller Hervé Cabezas, mais plutôt Monsieur le commissaire : non pas qu'il commence une carrière tardive et parallèle dans la police, mais parce qu'avec Pomme Legrand, directrice de l'école de dessin De La Tour, ils sont les organisateurs d'une très belle exposition de dessins et pastels, que l'on doit à Catherine Hekking et que je vous invite vivement à visiter (en vignette, la couverture du catalogue).

Ce que je retiens d'abord du travail de l'artiste, c'est ce mélange de nature et d'artifice, principalement des figures géométriques, qui rend une atmosphère étrange : une palissade sur fond de montagne, une fenêtre et porte qui ouvrent sur un paysage, une barrière dans un champ, avec une prédilection pour ces formes qui surgissent de l'élément liquide, une échelle, un ponton, un vivier. C'est une peinture qui joue avec les lignes droites, qui les croise et les entrecroise, qui quadrille, si on peut dire, le réel. On retrouve cette intention dans les pastels d'étangs et surtout de granges, dont la belle série a ma préférence. La vignette ci-dessus en donne un magnifique exemple : le bois de la charpente à la fois écrase et est attaqué par le mur de pierre.

Je ressens chez Catherine Hekking une fascination pour la géologie dans ce qu'elle a de brut, de primitif, de mystérieux : ses plis, sa présence, sa puissance. Dans cet univers d'eau, de pierre et de bois, le règne minéral est souverain, c'est la véritable chair du monde, à laquelle le végétal est soumis (par exemple, Le Bois de l'archevêque, Bleurville, 1982). Quant à l'animal et à l'homme, ce ne sont que des accidents : l'être humain ne se signale que par ses réalisations presque à l'abandon, dont il est curieusement absent.

L'exposition est visible jusqu'au 14 octobre : vous auriez tort de la manquer. Elle s'adresse à tout public. Avec des enfants, c'est très simple : prenez une poignée de cailloux et demandez-leur de les peindre ou de les dessiner, avant et après l'expo. Vous les aurez ainsi introduits dans l'étrange travail de l'artiste, vous leur en aurez donné le goût. Merci à Catherine Hekking, Pomme Legrand et Hervé Cabezas.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Indécent culte de la personnalité !!

Emmanuel Mousset a dit…

Il y a des personnalités qui méritent qu'on leur voue un culte (raisonnable). Manifestement pas la vôtre.

benferrah yazid a dit…

Malheureusement Mme C.Hekking n'est plus capable de nous émerveiller avec ses dessins fascinant ,mais par contre j'ai eu la chance de la connaitre à la maison de retraite de Pantin, et je vous promet qu'on peut voir dans son sourire tout un art ...

Emmanuel Mousset a dit…

Pantin ? J'y ai vécu plusieurs années ...

Emma Pages a dit…

On m'a offert le livre pour mon anniversaire :) belle artiste , en effet, ses sujets choisis donnent l'impression d'un univers parallèle, et j'admire sa maîtrise incontestable ( et ô combien difficile) de la perspective.