lundi 16 mai 2016

Les vents du mont Beuvray



Arnaud Montebourg fait comme François Mitterrand, qui à chaque Pentecôte escaladait la roche de Solutré. Pour Montebourg, c'est le mont Beuvray. Arnaud Montebourg fait comme François Hollande : il use de l'anaphore dans son discours. Ce n'est pas "moi, président ...", mais "être de gauche, c'est ..." Il y a des gens qui sont faits ainsi : ils ne savent qu'imiter les autres, ont du mal à puiser quelque chose de leur fond propre. Ils ont le talent, pas le génie. Ils sont perso, mais pas originaux. Arnaud Montebourg est de cette catégorie.

Comme Mitterrand, il est avocat de formation. Mais il n'est que le défenseur de sa personne, qui en a bien besoin, tant elle est contestable. Il cause bien. Il se voudrait haut-parleur d'on ne sait qui, il n'est que beau parleur de lui-même. Son lyrisme va chercher des mots précieux, son ton est emphatique. C'est un prétentieux qui n'a pas beaucoup de prétentions : son discours d'aujourd'hui est vide. Le seul souffle qui l'anime, c'est celui du vent d'altitude sur le mont Beuvray, qui vient déranger sa chevelure permanentée.

Cette année, pas de "cuvée du président", comme en 2014, qui lui avait valu de se faire virer du gouvernement, avec Hamon, lorsque les vapeurs d'alcool et le soleil qui tape suscitaient toutes les audaces. Il n'a pas trouvé mieux que Baumel et Paul, qui ont tenté cette semaine de censurer le pouvoir, qui ont raté leur coup et sont fiers de leur échec. Une pareille garde rapprochée, ça ne casse pas des briques, ni les cailloux du mont Beuvray. Qui se ressemble s'assemble : j'ai connu Baumel strauss-kahnien, avant qu'il retourne sa veste. Montebourg est aussi peu fiable : à la dernière primaire, il a mené campagne très à gauche, pour finalement se vendre à Hollande, alors qu'en toute logique il aurait dû soutenir Aubry. Mais Arnaud n'est pas un logicien, c'est un littéraire, dans le genre comique.

Il y a dix ans, il fondait un courant très prometteur au sein du PS, le NPS, qui n'a nullement tenu ses promesses, qui a disparu depuis. Montebourg s'est battu pour la VIème République, puis il s'est battu, en ministre, pour le made in France, avec la marinière comme étendard. Après avoir quitté l'Economie, il a fait un stage pour mieux connaître la vie économique, à la suite de quoi il a rejoint la direction du groupe Habitat. Ce qui est fascinant chez lui, c'est qu'on ne sait jamais si son comique est volontaire ou involontaire. Sa force morale, c'est qu'il ne craint pas le ridicule. C'est une sorte de Don Quichotte, qui le rend sympathique aux yeux des Sancho Panza si nombreux en politique. Arnaud se bat contre des moulins à vent, parce que tout chez lui le ramène à cet élément naturel, le vent, qui peut d'ailleurs mener loin ceux qui s'en servent bien.

5 commentaires:

Philippe a dit…

Avons-nous vraiment besoin d'autres dirigeants que les médiocres Montebourg, Hollande, Juppé, Marine Le Pen etc. etc. etc. ?
Il me semble que non !
Je développe un peu …. c'est un peu long ...
J'ai eu la chance ou la malchance, peu importe, de vivre le dernier souffle d'une agonisante : « la Grandeur de la France ».
Il faut rappeler que ce souffle fut terrible à l'échelle de nos populations. Le comptage de ses victimes en nombre de morts toutes catégories comprises, tous les protagonistes compris, se situe entre le chiffre très minimum de 330 000 (dont 30 000 militaires français) et le chiffre très maximum de 1,5 million.
Il faut y ajouter les blessés avec séquelles, plus nombreux que les morts, de toutes les catégories, présentant des séquelles de tout niveau physiques et psychiques.
Je parle bien sûr de la guerre à la fois guerre civile et guerre d'indépendance en Algérie surtout et en France aussi de novembre 54 à juillet 62 se prolongeant sur 63.
Contrairement à la guerre du Vietnam 63/75 pour les USA la France n'en a pas fait la catharsis à ce jour. Par exemple au niveau du 7ème Art il y a eu en France, réalisés par des français de l'hexagone non musulmans, très peu d’œuvres d'envergure concernant ce drame et ceci contrairement aux USA.
En France on censure comme dans l'Ancien Régime et çà continue à tout va dès que çà fâche la doxa dominante du moment (doxa au sens d'idées reçues que la pensée rationnelle devait combattre). On subventionne avec les impôts des permanents d'associations pour faire ce sale boulot idéologique de police de la pensée et patatras le FN s'y met aussi avec ce qu'il faut chanter !
Bref, à la suite de ce drame sanglant algéro-français … les dirigeants français à partir de 1962 … sont devenus au plan militaire des supplétifs de l'empire militaro-économique US (seul épisode contraire celui de la deuxième guerre d'Irak de 2003, sursaut tragi-comique d'indépendance française!), idem au plan économique via l'appartenance de la France à l'Union Européenne et à l'Organisation Mondiale du Commerce.
Nos hommes politiques ne sont que de pâles gestionnaires de petites succursales de la holding Washington et Cie.
La preuve ci-dessous ……………….
Nos hommes politiques n'ont même pas accès à la teneur des accords qui se rédigent actuellement entre les administrations des USA et les non élus de la Commission de l'UE.
Deux documents à lire :
Un appel à la démocratie (et non pas à la « république ») :
https://diem25.org/home-fr/
Une pétition :
https://you.wemove.eu/campaigns/transparence?utm_source=civimail&utm_medium=mail&utm_campaign=fr_20160514
Bref nous vivons une époque de décadence associée à un déficit de plus en plus abyssal de démocratie et nos hommes politiques franchouillards ne nous sont d'aucune utilité.
Ils nous parasitent par leurs pantalonnades et leurs dépenses un peu trop importantes pour des pantins ! Qu'ils se nomment Hollande Macron Juppé Le Pen etc. … aucune ils n'ont aucune importance, sinon celle qu'ils se donnent … le pouvoir réel est détenu par les dirigeants militaro-économiques des Empires situés hors de l'Europe, USA et bientôt celui qui monte qui monte … la Chine.
Mais je n'en suis pas triste, la vie personnelle peut être belle, riche et digne d'être vécue en période de décadence, l'Humanité en a connu d'autres …….

Anonyme a dit…

La personnalité et l'action de Montebourg m'inspire les plus vives réserves quant à sa crédibilité en raison de son inconstance et incohérence. Cependant critiquer l'égo de ce dernier est un comble quand on défend le plus égotiste du gouvernement Valls, le monsieur 5% de la primaire socialiste de 2011, là où Montebourg a fait 17% alias Emmanuel Macron qui n'inscrit sa démarche dans aucun parti et prétend dépasser le clivage droite/gauche. On peut se demander ce qu'il fout dans le gouvernement Valls.

Anonyme a dit…

Votre critique d'Arnaud Montebourg pour autant qu'elle est justifiée n'est pas compréhensible pour un opportuniste comme vous qui avez défendu Straus-Khan avant de tourner votre veste vers un jeune Valls dénommé Macron, un opportuniste de première classe pire que Montebourg. Ce dernier n'aurait jamais du se rallier à Hollande, ni entrer dans ses gouvernements, encore moins suivre la velléitaire Martine Aubry.
S'il est un littéraire genre comique vous n'êtes qu'un petit prof de philosophie d'une région périurbaine bien victime de l'Europe et de la mondialisation néolibérales. Lui, est un avocat, plutôt un dandy, qui a eu l'audace de quitter une sinécure confortable de député socialiste pour faire bien autre chose ce qui lui a été permis par son bagout et sa notoriété d'où la bile que vous déversez jalousement à son encontre.
Lui, au moins, contrairement à Macron, s'inscrit dans le cadre de la gauche et du parti socialiste pour essayer de lui éviter une déroute électorale historique (pire que celle de mars 1993) que beaucoup pressentent mais pas vous parce que vous préférez un confortable aveuglement envers des gens qui se disent de gauche mais qui sont plus populaire auprès de l'électorat de droite que de la famille politique à laquelle ils sont sensés se rattacher. Il ne suffit pas de se dire de gauche mais il faut l'être dans les faits ce qui est le problème majeur. A force de faire le grand écart on se casse la gueule politiquement ce qui me parait probable pour 2017. Je connais beaucoup d'électeurs de Hollande en 2012 qui ne se reconnaissent pas dans cette gestion libérale digne de la droite et donc qu'ils n'iront pas voter. Au moins ils auront l'original mais pas la copie.

Maxime Lépine a dit…

Je suis globalement d'accord avec vous, Philippe: d'accord pour dire que nos hommes politiques de tous bords, en particulier ceux qui ont fait l'ENA ou SciencesPo, ne sont bons à rien. À la limite seul Macron ou Le Maire pourraient être mieux, mais cela reste à prouver.
Votre explication est intéressante: il est clair que la guerre d'Algérie est une fracture qui a du mal à se résorber. D'une part parce que bien des idéologues de gauche donnent une image scandaleuse de ce conflit ("ce sont les Français les salauds et le colonialisme c'est mal"), d'autre part parce qu'il n'y a pas eu de catharsis à ce sujet, comme vous l'avez souligné. Cela étant, je ne suis pas sûr que cela soit la cause de la vacuité de nos politiques. Je crois que le problème vient de notre système. Après tout, Platon le disait déjà dans la République, la démocratie est le système le plus sensible au clientélisme et à l'inaction. Ce qu'il faudrait à la France, c'est un homme providentiel, un Napoléon de l'administration courageux et réformiste, qui saurait restaurer la force de l'État.
Cela ne vous attriste pas plus que cela, tant mieux pour vous ai-je envie de dire. Voir chaque jour le déclin de notre peuple me fait de la peine... N'avons nous pas gouverné à la moitié du Monde? N'avons nous pas construit Paris, Versailles et tant d'autres choses? Je vous le dis: malheureux le pays qui a besoin d'un héros.

V a dit…

Le Grand Charles l'avait exprimé autrement : un grand pays peuplé de veaux (menés de temps en temps par quelques taureaux à vue plus ou moins longue qui les ont menés plus loin que leurs habituels pâturages)...
En ce moment nos "chefs" sont plutôt du genre avachi comme les veaux que nous sommes.