mercredi 25 mai 2016

J'aime l'industrie



Qu'on soit pour ou qu'on soit contre, Emmanuel Macron est la personnalité la plus intéressante et la plus originale du gouvernement. Ce n'est pas si fréquent en politique, où règnent le conformisme et le mimétisme, nécessaires à qui veut faire carrière. Le jeune ministre est au-dessus de tout ça. Il n'a plus rien à prouver, c'est un homme libre et indépendant. Surtout, il a une pensée, une analyse de la situation et un projet en gestation, qui sortent des clichés et des préjugés ordinaires de la gauche. On lui colle une image de libéral, il s'en moque, s'en amuse et la reprend à son compte : autant faire braire les ânes, puisqu'ils y trouvent un plaisir très onaniste. En réalité, la réflexion de Macron ne se réduit ni à un vulgaire néolibéralisme, ni au socialisme à l'antique. C'est une autre voie de gauche, dont il est intéressant de souligner l'originalité. Après, on adhère ou pas, c'est autre chose.

Dans Les Echos de cette semaine, Emmanuel Macron, une fois de plus, nous surprend, au bon sens du terme, n'est pas là où l'on s'attend à le trouver. On se souvient de la formule de Manuel Valls : J'aime l'entreprise. Macron, pour résumer son entretien au journal, ce serait plutôt : J'aime l'industrie. Toute sa philosophie économique suit ce fil-là. Pas évident : une grand partie de la gauche (et de la droite), ces vingt dernières années, n'a juré que par le développement des services, du tertiaire, notre nouvelle Californie. Du coup, nous avons raté le tournant industriel, perdu en compétitivité et mal anticipé la mondialisation. Bien sûr, l'industrie lourde est derrière nous. Macron envisage l'industrie du futur, qui commence aujourd'hui, qui a même débuté hier : la robotisation et la numérisation.

Dans ce projet industriel, l'Etat garde toute sa place (ce qui interdit de faire de Macron un simple néolibéral). Le ministre défend une politique de souveraineté qui ne déplairait pas, en partie du moins, à Jean-Pierre Chevènement. Là où l'Etat est actionnaire, comme dans l'énergie ou la défense, ou bien dans les secteurs stratégiques, l'acier par exemple, des politiques publiques fortes doivent être mises en place. Plus surprenant, en contradiction avec l'image habituelle qu'on se fait de Macron, il prône des mesures protectionnistes sur certains produits qui faussent la concurrence, il souhaite un renforcement des règles anti-dumping, une augmentation des droits de douane. Voilà une inspiration que ne désavoueraient pas des penseurs antilibéraux tels que Jacques Sapir ou Emmanuel Todd !

L'objectif, c'est de renforcer la compétitivité de l'économie nationale. Le pacte de responsabilité et le CICE ont ouvert la voie, mais il faut aller plus loin. C'est une politique offensive d'investissements que propose Emmanuel Macron. Même le financement public des entreprises, que la gauche radicale conteste, est remis en question par lui : ce sont trop souvent les grands groupes, bien informés, qui en profitent, pas les PME. Les guichets qui distribuent des fonds publics génèrent des gaspillages auxquels il faut remédier.

Ceci dit, l'inspiration libérale n'est pas non plus absente de la réflexion du ministre (en économie de marché, à partir du moment où l'on accepte celle-ci, pourquoi pas et comment faire autrement ?). Une position a fait couler beaucoup d'encre et de salive : la modération salariale, qui ne fait pas très à gauche. Mais arrêtons le cinéma : est-ce que la gauche de gouvernement ne pratique pas depuis toujours cette fameuse modération salariale, une fois qu'elle est au pouvoir ? L'un des traits saillants de la personnalité de Macron, qui est aussi une vertu politique, c'est qu'il préfère l'honnêteté à l'hypocrisie.

Et puis, il faudrait savoir ce que l'on met exactement derrière l'expression de modération salariale. Chez Macron, c'est clair : privilégier l'emploi et l'investissement aux dividendes et aux salaires. Ce qui n'exclut pas de relever les rémunérations les plus basses (ce ne serait que justice), à condition d'en laisser l'initiative aux négociations d'entreprise. Dans une boîte qui marche, dans un secteur qui roule, oui, les revalorisations de salaire sont non seulement envisageables, mais souhaitables. Et c'est le boulot des sections syndicales de pousser en ce sens, au lieu de bloquer aujourd'hui les raffineries, dans un combat aussi inutile que désespéré, plus politique que professionnel.

Puisque nous y venons, parlons de cette loi travail, que le syndicalisme le plus forcené (mais lui seulement) conteste. Emmanuel Macron non seulement la soutient, mais souhaite l'extension des accords d'entreprise à d'autres domaines que ceux prévus par la loi (voir mon billet d'hier, L'inversion des normes). Quant au plafonnement du salaire des grands patrons, il est contre, comme je le prévoyais dans mon billet du 19 mai, Gros salaires. Non pas que le ministre se contente de la situation actuelle, mais ce n'est pas selon lui la voie législative qui est la meilleure et la plus juste pour régler le problème.

Qu'est-ce qu'on demande d'abord à un homme politique ? D'avoir des idées. On ne réussit rien dans cette activité sans une analyse de la situation et un projet à long terme. Emmanuel Macron est dans cette perspective-là. Ce samedi démarrera sa Grande Marche, l'opération porte-à-porte, dont les résultats seront présentés à la fin de l'été, et cet automne ou cet hiver, juste avant le grand débat des élections présidentielles, Emmanuel Macron exposera son projet pour la France. Nous y serons.

12 commentaires:

Franck Mousset a dit…

Ma parole !! Vous êtes amoureux de lui.

Philippe a dit…

La promotion de l'entreprise privée : en 1984 Laurent Fabius âgé de 37 ans devenu Premier Ministre de Tonton en avait fait un point fort de son programme de gouvernement présenté à l'Assemblée Nationale ...
Macron 38 ans et pas encore "1er" viendrait-il de découvrir la chose ?
Ceci dit, en effet, pourquoi pas des accords d'entreprises plus proches du réel que les accords de branches ?

Erwan Blesbois a dit…

La vérité, niée par le gouvernement, est que cette loi El Khomri est la rançon qu’il nous faut payer à Bruxelles, à l’Union européenne et à l’Euro pour faire admettre un déficit dépassant les normes.
De fait, cette loi est la stricte application de la « stratégie de Lisbonne » et des «Grandes Orientations de Politique Économique» qui sont élaborées par la direction générale des affaires économiques de la Commission européenne. C’est pour cela que le gouvernement y tient tant et qu’il ne veut, ni ne peut, revenir sur sa décision.
Déjà Emmanuel Macron, Ministre de l’économie annonce un politique de modération salariale, soit la diète pour les salariés, au moment même ou il s’oppose à une mesure similaire pour les patrons. Beau raisonnement d’un homme qui confond un gouvernement avec un conseil d‘administration d'entreprise. Car, dans l’esprit de Macron, est intégré le fait que la France ne pouvant plus dévaluer, elle ne peut rétablir sa compétitivité que dans une course au « moins disant/moins coûtant » salarial. La volonté de ramener toute négociation dans le strict cadre des « accords d’entreprise » au détriment des accords de branches ou des accords nationaux, affaiblissant de manière dramatique le rapport de force des salariés face aux patrons. le gouvernement se vit privé de majorité, et décida d’engager l’article 49-3, ce qui n’est – ni plus, ni moins – qu’une escroquerie et un déni de démocratie. De ce point de vue, le recours à des formes de luttes plus violentes s’apparente à une " légitime défense ". Il est venu le temps de " botter le cul " aux patrons, au gouvernement social (sic)-LIBERAL, et de manière générale à la caste oligarchique, dont seuls les intérêts sont représentés par le gouvernement. Comme si selon les mots même de l'oligarchie libérale, ses seuls intérêts et jamais ceux des salariés, représentaient le " droit " et " l'intérêt général ". Espérant sans trop y croire que le mouvement fasse tâche d'huile dans toute l'Europe pour renverser la société et le mode de travail imposé par les libéraux et qui s'apparente à une nouvelle forme d'esclavage moderne. Loin de faire tâche d'huile malheureusement, au contraire c'est principalement l'Allemagne qui par la voie de l'UE cherche à imposer ses diktats au reste de l'Europe, comme elle les a déjà imposés à la Grèce, l'Italie et l'Espagne. Pourquoi nous laissons nous faire par l'Allemagne ? Parce que cela va dans le sens de l'intérêt de l'oligarchie française qui rejoignent ceux d'une oligarchie mondiale, cosmopolite et libérale. Et qu'en plus le monde intellectuel français avec la mouvance " nouvelle philosophie ", a longtemps soutenu ces mutations, qui se font contre les peuple abhorrés et pour/par les élites éclairées. C'est la nouvelle " idéologie française ", pour reprendre le titre d'un livre de BHL, en le retournant contre lui, lui qui a tant d'influences dans les médias, toujours dans le sens du discrédit de Marx. Jetant ainsi le bébé avec l'eau du bain : effectivement même si le communisme a généré des massacres insupportables, faut-il pour autant rejeter toute l'analyse marxiste, portant sur la lutte des classes et l'exploitation des travailleurs, qui sont des faits avérés dans la système de mondialisation économique actuel. Je le répète un tel régime, avec de tels écarts de salaire, un tel chantage au chômage pour les plus faibles, s'apparente plus à une oligarchie qu'à une démocratie. Le temps d'un renversement de paradigme est venu, d'une révolution même puisqu'il s'agirait de remplacer un paradigme par un autre, où les représentants élus et les représentant de l'UE (non élus, malheureusement), devraient être les stricts serviteurs des aspirations du peuple, et non le contraire. Donc n'hésitons pas à leur " botter le cul " si ils ne sont pas de bons serviteurs dévoués et dociles.

Philippe a dit…

"La vérité, niée par le gouvernement, est que cette loi El Khomri est la rançon qu’il nous faut payer à Bruxelles, à l’Union européenne et à l’Euro pour faire admettre un déficit dépassant les normes."

Cette procèdure/orientation concernant la gestion/convergence des codes du travail vers le moins disant concernant la protection des salariés a été décidée par le conseil des chefs d'Etat et celui des ministres de l'UE. Ce sont les organes exécutifs permanents de l'UE.
A ce niveau ils peuvent s'opposer ... Orban ... Cameron ... Andrzej Duda etc. n'hésitent pas quand ils le veulent.

Erwan Blesbois a dit…

La sécularisation de la religion est faite depuis longtemps en Bretagne. Ils ont gardé les valeurs de partage, de solidarité, d'égalité propre au message originel de Jésus Christ (L'évangile selon saint Matthieu Pasolini), c'est en Bretagne que les mouvements populaires contre l'oligarchie libérale sont les plus virulents en France.
Les protestant me semble-t-il ont totalement dévoyé le message originel du Christ, en valorisant spirituellement l'enrichissement personnel comme gage de salut. Alors que JC avait bien dit dans l'évangile selon saint Matthieu, qu'il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. Mais les protestants sont beaucoup plus libéraux au niveau sociétal, ordination de femmes, mariage homosexuel... que les catholiques.
Pris à la lettre JC est un marxiste, c'est l'église et toutes ses hiérarchies qui ont dévoyés son message originel, il faudrait plutôt dire que Marx s'inspirait du message originel du Christ, et que Marx était un " christique ", révolté contre toutes les églises et la religion, mais pas contre le message de Jésus. L'église qu'elle soit catholique ou protestante, est un système " de merde ". Pasolini aimait Jésus, mais il n'aimait pas l'église, qui lui a fait un tas de procès. Ce n'est même pas à Marx et à son messianisme qu'il faut revenir mais au message originel du Christ, qui décrivait en son temps toutes les perversions de la société où il vivait. Effectivement depuis Jésus le monde n'a pas changé, et certainement malheureusement comme le pense E.M, il ne changera jamais, car il a toujours été de tout temps le même, partagé entre réalistes et rêveurs. E.M est un " homme d'église " (l'église de la nouvelle oligarchie mondialisée, mais surtout l'église de sa caste d'enseignants, dont je suis moi-même censé faire partie), je suis un rêveur. Peut-être, je dis bien peut-être que du temps de l'occupation allemande, E.M aurait été un réaliste, c'est-à-dire, un collabo.

Emmanuel Mousset a dit…

Allons, Erwan ! Mais comme je suis un homme d'Eglise, je t'absous de tes errements.

Maxime Lépine a dit…

En plus les vrais réalistes comprirent dès 1941 que c'etait foutu pour le Reich. Les vrais réalistes ce sont les collaborateurs qui ont retourné leur veste (oserai-je dire comme Mitterrand?)...

Anonyme a dit…

Comme commentaire je ne saurais que trop recommander les différentes analyses de Jacques Sapir qui dit des choses proches. Il pense notamment que le clivage n'est plus tant entre la gauche et la droite, puisqu'ils sont interchangeables, mais entre l'union de TOUS les souverainistes de gauche comme de droite d'un côté et les tenants mordicus de l'Union européenne et de l'Euro, bref, des mondialistes !!! Je recommande vivement ses articles, même s'ils sont parfois longs.
http://russeurope.hypotheses.org/
Pour le reste, ne pas oublier qu'on est aussi dans de la politique politicienne avec tout ce que cela a de négatif et de rance où chacun essaie de montrer qu'il en a une plus grosse que l'autre ... le tout avec les élections présidentielles ET législatives dans à peine un an.
C'est, à mon sens la fin d'un régime de toute façon à plus ou moins brève échéance. Cela tiendra-t-il jusqu'aux élections de 2017 ? Je me pose la question.
Je ne peux que recommander de s'y préparer et de préparer éventuellement le pire ; à savoir le CHAOS, voire une guerre civile !
De plus l'environnement géopolitique est très mauvais ...
Il faut s'y préparer : la fin de notre confort dans ce genre de situation où nous dépendons de pleins de réseaux pour vivre bien et même vivre tout court !
On le voit avec la pénurie d'essence, il y a des choses simples à faire pour se prémunir en cas de chaos généralisé, il suffit simplement de réfléchir en famille si c'est possible. En tout cas, évitez de rester seuls, je ne le répéterai jamais assez !

Maxime Lépine a dit…

Triste tableau que vous nous peignez, mais rassurez-vous il n'y aura pas de chaos généralisé comme vous semblez l'affirmer...

Philippe a dit…

"On le voit avec la pénurie d'essence, il y a des choses simples à faire pour se prémunir en cas de chaos généralisé, il suffit simplement de réfléchir en famille si c'est possible. En tout cas, évitez de rester seuls, je ne le répéterai jamais assez !"
d'accord
C'est le pilier du patriotisme ... l'idéal libéral est de détruire ce pilier pour que chacun isolé des autres apparaisse démuni et manipulable idéologiquement et économiquement pour le plus grand profit financier des dominants culturels et économique.

Anonyme a dit…

La modération salariale n'est valable que pour les salariés et fonctionnaires dont vous faites partie Monsieur Mousset mais pas pour la patronat du CAC 40. Pour être crédible il faudrait que l'exemple vienne d'en haut pour éviter de tenir un discours néo-pétainiste.

Anonyme a dit…

On ne peut aimer l'industrie quand on se bat dans le contexte d'une Europe ouverte à tous les vents de la concurrence déloyale du reste du monde appliquée de façon implacable par des bureaucrates de l'UE. Quand, seuls au monde, on est prisonnier du dogme économique intangible, gravé dans le marbre de la monnaie forte à tout prix. Il n'y a que ces idiots d'européens à s'être plombés ainsi! Du moins ceux qui ont adopté les règles absurdes de l'ordolibéralisme allemand soit 19 pays sur 28 de l'UE. Nos amis anglais ont eu la sagesse de ne pas adopter ces dogmes stupides.