dimanche 1 mai 2016

Les casseurs ne cassent rien



A l'heure où j'écris, je ne sais pas comment se sont passés aujourd'hui les défilés du 1er mai. Mais ce que je sais, c'est qu'hier, toute la journée, avant-hier et ce matin, les chaînes d'information en continu annonçaient et craignaient des incidents. Elles nous préparaient à cette éventualité. C'était d'ailleurs comme si c'était fait. Les images en boucle des dernières manifestations accréditaient la prophétie redoutée. Il faut dire qu'un casseur filmé en gros plan et en pleine action, violent et encagoulé, c'est très télégénique, c'est bon pour le spectacle, contrairement à une manif traîne-savates, comme on disait autrefois à la LCR (ce n'est pas une télé d'info en continu, c'est l'ancien nom du NPA, la Ligue communiste révolutionnaire). S'il n'y avait pas de casse ce soir, on en seraient presque déçus, devant nos téléviseurs.

Les casseurs, qui sont-ils ? Pas des petits délinquants qui viennent se réapprovisionner dans les magasins pillés. Non, ce sont des militants politiques, qui ont des objectifs ciblés, symboliques, significatifs : banques, compagnies d'assurances, voitures de luxe et forces de l'ordre. Ce sont des anticapitalistes furieux. Casseur ne veut rien dire. Anarchistes violents, ultragauche, autonomes conviennent mieux. Ce sont des révolutionnaires sans organisation. Le type a toujours existé. Mai 68, ce n'est pas seulement l'occupation pacifique de la Sorbonne ; ce sont des dizaines de voitures cramées sur le boulevard Saint-Michel. Là aussi, aucune gratuité, pas de vandalisme : un désir de révolte contre la société de consommation alors naissante, dont la bagnole était l'effigie populaire et, pour certains, aliénante.

Je comprends les casseurs et je les condamne fermement, non seulement pour des raisons d'ordre public, mais surtout pour des raisons politiques. Et c'est parce que je les comprends que je les condamne. Casser les symboles du capitalisme, ce n'est pas casser le capitalisme : le feu à un distributeur de billets ou à une succursale d'assurances n'ont jamais empêché le développement de la finance. Je pense même que le capitalisme sort renforcé de ce genre de violence à son égard. A côté, Hollande, Valls et Macron sont les véritables révolutionnaires. S'ils ne renversent pas la table, ils tentent tout de même d'apporter des limites, des règles et d'imposer des contreparties au capitalisme sauvage. Si vous me dites que ça ne marche pas ou que ça ne donne rien, ok : mais vous proposez quoi à la place, qu'est-ce que vous voyez d'autre ? Moi pas, à part casser inutilement.

1 commentaire:

Maxime Lépine a dit…

Moi je ne les comprends pas. Comme je ne comprends pas les illuminés de Nuit debout. De toute façon ce sont tous des gens jaloux de l'argent des autres, qui voudraient juste leur prendre pour en profiter. C'est cela, le rejet du capitalisme et rien d'autre: de l'envie...