mardi 10 mai 2016

Baupin, présumé coupable



Nous avons besoin de nous raconter des histoires, où il nous faut des héros et des anti-héros. Samedi et dimanche, notre héros, c'était Sadiq Khan, le nouveau maire de Londres (voir billet de samedi). Lundi et mardi, notre anti-héros, c'est Denis Baupin, ancien vice-président de l'Assemblée nationale, puisqu'il a démissionné hier de ce poste, sous la pression médiatique. Nous avons assisté à un spectacle hallucinant dans une République : un homme a été jugé et condamné en direct, sans procès, sans défense, sans même une plainte déposée contre lui, à partir de rumeurs souvent anciennes, pour des faits marqués par la prescription, sur la foi de quelques témoins qui n'avaient rien dit jusqu'à présent et dont les affirmations ne sont nullement vérifiées.

En quelques heures, sur nos écrans, les principes élémentaires du droit ont été bafoués. La base de notre justice a basculé : la présomption d'innocence a été remplacée par la présomption de culpabilité. Certes, la tendance n'est pas nouvelle, mais elle a pris hier un tournant spectaculaire. Il n'y a plus ni juge, ni justice, mais des justiciers. Bien sûr, j'accorde aux médias un rôle fondamental, précieux, irremplaçable dans le fonctionnement de la démocratie. Mais j'en vois aussi les limites contemporaines : la stigmatisation de coupables désignés, l'exonération de victimes autoproclamées, l'atteinte à la réputation des personnes (hier, sur les chaînes d'information continue, Denis Baupin était associé à DSK et présenté comme un quasi violeur).

Les rapports de séduction et de domination entre hommes et femmes en politique sont d'une psychologie complexe, qu'on ne peut pas réduire à un schématique partage des rôles entre de méchants prédateurs et d'innocentes victimes. J'ai tendance à penser qu'aucun de ceux et de celles qui évoluent dans ce monde-là n'est complètement innocent. En tant qu'élus et militants, surtout dans un parti politique inspiré en partie par le féminisme, ils ont les moyens de se défendre. Je sais aussi que la politique est l'univers des règlements de compte, parfois très personnels, où l'on ne lésine pas sur les moyens pour discréditer un adversaire, surtout quand il est issu de nos rangs. Baupin et Cosse étaient il n'y a pas si longtemps membres d'EELV, qu'ils ont quittée pour le pouvoir : de quoi se créer de solides inimitiés. Je ne dis pas que ceci explique cela : je n'en sais rien, et ça ne m'intéresse pas plus que ça. Mais puisque tout le monde en parle, autant réfléchir qu'être péremptoire. Pour le reste, nous sommes dans un Etat de droit : c'est aux plaignants de saisir la justice et à celle-ci de se prononcer.

10 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Tout à fait d'accord avec vous, on ne peut pas dire mieux sur ce triste fait divers, révélateur des effets perverses des médias...

Philippe a dit…

Entre forcer une femme a accepter des rapports sexuels en lui mettant un rasoir sur la gorge dans un lieu isolé et voler un baiser de force dans un couloir entre deux séances de travail il y a un monde ...
Le premier relève de la cour d'assises.
Le second d'une gifle ou d'un coup de genou dans les bijoux de famille ce qui est plus fréquent qu'on ne le croit mais les intéressés ne s'en vantent jamais.

Anonyme a dit…

ben voyons,ces "victimes" se sont présentées devant les medias uniquement pour se faire remarquer;après tout il est si facile de se faire draguer,peut-être avaient-elles une toilette disons "aguichante"( d'aller jusque provocante,il n' y a qu'un pas);comme dit si bien PHILIPPE ça n'a rien à voir avec le viol, ce n'est qu'un petit jeu dérisoire;d'ailleurs pourquoi tant de tapage autour d'une si banale affaire non? c'est le type même d du propos machiste;triste sire....

Philippe a dit…

Ne pas confondre le harcèlement c'est à dire répétition des comportements sexistes vis à vis de la même personne ..... c'est puni par le code pénal
et l'acte non répété et isolé dont je parlais

Maxime Lépine a dit…

Ce n'est pas tant le tapage médiatique qui est critiquable dans cette affaire que le parti pris des journalistes: Baupin serait forcément coupable. Si l'affaire est avérée, et la justice le dira, alors le tapage sera justifié. Mais évitons de formuler des jugements hâtifs, comme nous l'incite la plus élémentaire raison. Et ça ce n'est pas encore du machisme, à ce que je sache.

A a dit…

Tout être humain doit pouvoir bénéficier du droit d'aller et venir comme de s'exprimer sans être agressé.
Le sujet est donc : définir ce qu'est une agression.
Je peux donner mon point de vue mais ce ne sera que mon point de vue.
Autant de citoyens, autant de points de vue...
Agresser , c'est déjà peut-être tenter d'imposer son point de vue face à un autre point de vue...
Il n'y a pas que le physique qui compte dans une agression.

I a dit…

Et les promotions "canapé" dans tout ça ?
Le sexisme existe.
Le machisme existe.
Les deux sont à combattre avec fermeté et décision.

... Quels termes finissant en "isme" sont en y regardant de plus près acceptables à 100% ?

Maxime Lépine a dit…

Le capitalisme peut-être?

Anonyme a dit…

"sur la foi de quelques témoins" , Mr Mousset ce sont au moins 8 femmes qui se sont plaintes ! Comment pouvez-vous cautionner cela ?

Emmanuel Mousset a dit…

Vous mentez : aucune plainte n'a été déposée. Mais quand on a tort, un seul recours : le mensonge.