mardi 21 février 2017

L'homme sans providence



J'ai dîné une fois avec Benoît Hamon. Nous étions une petite dizaine à table. C'était à Château-Thierry, il y a quelques années. A l'époque, Hamon était surtout connu à l'intérieur du PS. Les autres clients dans le restaurant ne se retournaient pas sur lui. Claire Le Flécher, alors étoile montante de l'aile gauche dans le département, l'avait fait venir pour un meeting. Lui et elle sont de la même génération politique, ont fait leurs premières armes au MJS, se connaissent bien. Qu'est-ce que je faisais là, moi strauss-kahnien ? C'était le temps des reconstructeurs, un rassemblement hétéroclite autour de Martine Aubry (dont Hamon a été proche). J'aimais bien, humainement, Claire. Et puis, il n'est pas interdit de manger ensemble quand on est socialistes et qu'on appartient au même parti.

Pourquoi cette anecdote ? Parce que pendant une bonne heure, j'ai pu observer, écouter et discuter directement avec celui qui aujourd'hui aspire à devenir président de la République. Mes impressions, c'était que Benoît était un gentil garçon, ouvert, sympathique, intéressant, mais un peu effacé, pas transcendant du tout : rien d'un chef, d'un leader, simplement un animateur de courant, un GO, comme on dit au Club Med. Jamais je n'aurais cru qu'il voudrait un jour devenir chef d'Etat, pas plus que vous ne me verriez vouloir être Souverain Pontife. Hamon se débrouillait, mais ne marquait pas. Même ministre, je ne l'imaginais pas.

Il faut tout de même se rappeler qui est et d'où vient Benoit Hamon : c'est une âme de lieutenant, de second rôle. Il a suivi Aubry. Au NPS, un courant critique du Parti socialiste, il était n°3, derrière Montebourg et Peillon. Au MJS seulement, il était chef. Mais chef des jeunes, ce n'est pas vrai chef. Le problème de Hamon, toute idée mise à part, c'est qu'il n'a pas l'étoffe d'un leader. Lui-même d'ailleurs le dit, à travers à la fois une théorie et un lapsus : "Je ne veux pas être l'homme providentiel". Voilà pourquoi, malgré toutes ses qualités et la valeur de son projet, il ne sera pas élu président de la République, il ne passera peut-être même pas le premier tour.

Que cela plaise ou non, notre régime est de nature monarchique, taillé par de Gaulle à sa dimension. Chaque élection présidentielle est la recherche d'un homme providentiel. Le nier, c'est couper la branche sur laquelle on vient de s'asseoir. Macron est christique et messianique, Mélenchon est charismatique et lyrique. Mais Hamon ? On ne le verra jamais les bras en croix, il ne fera pas vibrer une salle. Sa démarche est un peu gauche, sa parole est hésitante, il revient sur ce qu'il a dit, se lance dans des thèmes inappropriés. Sa campagne avance à pas de canard. La bonne volonté est incontestable, mais on sent bien qu'il n'a pas le niveau. Hamon devait appeler Mélenchon juste après son élection, pour rassembler la gauche ? Il ne le fait pas, parce qu'il ne le peut pas. Il avait juré qu'il abrogerait la loi Travail ? Maintenant, il parle uniquement de l'amender.

Dans les années 70, Mitterrand était un homme providentiel, aux yeux d'une gauche qui depuis un quart de siècle était écartée du pouvoir, allait d'échec en échec. Sarkozy a été un homme providentiel, au terme d'une chiraquie épuisée. Ségolène Royal est apparue ô combien comme une femme providentielle, en 2006-2007. L'homme providentiel le doit aux circonstances, mais aussi à sa personnalité : grand seigneur chez Mitterrand, boule d'énergie chez Sarkozy, singularité étrange chez Royal. Benoît Hamon n'est que gentil garçon : ça ne le fait pas. Après le candidat normal (mais Hollande avait tout de même été pendant 10 ans chef du PS), c'est l'homme ordinaire, qui se préoccupe de perturbateurs endocriniens, de burn out et de fumette.

Bien sûr, ces thèmes peuvent plaire à tous les hommes ordinaires qui constituent l'électorat. Mais, au moment décisif, lorsqu'il est question de pouvoir suprême, les citoyens, même ordinaires, sont en demande de transcendance (qui est l'autre nom de la providence). Ne voulant pas endosser les habits de majesté de l'homme providentiel, Benoit Hamon s'interdit lui-même de gagner. Au fond, il n'y a jamais songé, déjà lorsqu'il me passait un bout de pain et que je lui versais un jus d'orange, un soir dans un restaurant de Château-Thierry.

19 commentaires:

vincent Savelli a dit…

...qu en termes élégants vous détruisez un collègue du parti!!!!ok Hamon n' a pas l'étoffe d 'un président,bon,j' attends la tribune sur l'écologiste , sans doute pas à la hauteur , puis celle sur le médiatique , technicien des technologies nouvelles;le sémillantJLM,, quant à Fillon et Le pen , la justice s' en charge!ah?que rete t il?ah oui ,le gars , qui en Algérie nous traite d'assassins et en France nous dit qu il y avait du bon....qui s "excuse pour les cathos , n' est ce pas , souverain pontife , en affirmant sa sollicitude pour le monde lgb..., le gars qui est nourri pas les banques et un staff de communications qui en a faitun pantin de pantomime . et qui a cru ,je vous ai compris ,à une stature gaullienne,en levant les bras dans des postures hystériques dans ses meetings!vous êtes un homme attachant , honnête mais ...si naïfen toute cordialité , bien sûr!!!
parfois .....

Philippe a dit…

Un homme cherche peut être à enfiler les habits de l'Homme Providentiel ?
F.Bayrou .... qui peut devenir le seul capable de se mettre sur le chemin de la Femme !
Il parait que l'on va le savoir jeudi après midi !
Il s'est installé chez les citoyens un doute énorme sur les capacités de mâles qui se présentent à être non pas providentiels mais plus simplement présidentiables ... reste la Femme providentielle …
Celle qui va de nouveau stopper le sarrazin ………………….
http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/02/21/35003-20170221ARTFIG00119-marine-le-pen-refuse-de-porter-le-voile-a-beyrouth.php

Erwan Blesbois a dit…

C'est bien parce qu'Hamon semble avoir toutes les qualités d'un homme ordinaire qu'il est intéressant, et permettrait peut-être si son apparence est autre chose qu'un masque, de sortir de 60 ans de "monarchie" républicaine. Paradoxalement, en cela il est peut-être providentiel, car il me semble que la France est de dernier pays démocratique à avoir conservé une particularité aristocratique telle qu'un régime de nature monarchique.

Erwan Blesbois a dit…

C'est peut-être le signe que d'ailleurs Hamon a naturellement un tempérament aristocratique, sans avoir besoin de s'en donner l'apparence sous les ors de la République, dont il a le courage de revendiquer qu'il se fout royalement. Oui tout cela décidément me donne de plus en plus envie de voter Hamon : peut-être est-il réellement un homme ordinaire authentique, pétri de décence ordinaire, la définition du vrai aristocrate selon George Orwell.

Philippe a dit…

Décoiffons ! un ptiot peu !
Les valeurs aristocratiques et les valeurs populaires sont les mêmes.
Les valeurs aristocratiques et les valeurs populaires se différencient (s'opposent) de (à) celles de la bourgeoisie fondées sur l'argent et les moyens d'en faire comme alpha et oméga de l'existence de l'humain.
Jusqu'alors E.Macron a suivi la pente bourgeoise (ou a été formaté pour ..)

Xavier LENFANT a dit…

On ne cherche pas la monarchie en France , de Gaulle à lancé la démocratie mais après lui, certains ont fait semblants de l'instaurer pour continuer la providence monarchique et être des profiteurs. Aujourd'hui les Français n'avalent plus cette soupe et veulent une vraie démocratie !

Anonyme a dit…

Macron a trouvé son porte-flingue anti Hamon. jeudi, Bayrou sera"t'il le porte flingue anti-Macron?

Erwan Blesbois a dit…

Mais comment se fait-il alors que notre ami philosophe Emmanuel Mousset qui est d'origine populaire se soit totalement converti aux valeurs de l'oligarchie, en voulant nous faire gober qu'elles sont celles de l'aristocratie, dont il se revendique ? L'Education Nationale, comme la corporation des psys, ne recrute-t-elle que des gens soumis à la doxa libérale, explicitement ou implicitement ?
Au fond l'esprit de collaboration semble être la norme, et l'esprit de résistance l'exception. Est-ce propre à la France depuis l'épisode de Vichy ?
La propagation aujourd'hui de la délation à tous les échelons de la société dans le monde du travail notamment, et encouragée par les petits chefs au service de l'idéologie dominante, est-elle une fatalité ? C'est un rouleau compresseur contre lequel il apparaît bien difficile de résister, et pour parler comme un psy, notre ami philosophe Emmanuel Mousset a peut-être fait le choix du principe de réalité...
Toi Philippe, puisque tu me tutoies parfois, je me permets ce tutoiement, tu sembles désormais débarrassé des contingences matérielles, ce qui te donne beaucoup de liberté, mais ce n'est malheureusement pas mon cas, et je dois sauver ma peau et celle de ma famille en milieu hostile. Comment retrouver un monde humain ?
J'ai mes collègues, ma hiérarchie, mon père et ma mère sur le dos, les gens se comportent comme des bêtes féroces, conformément à l'idée que se fait d'eux l'idéologie libérale, c'est-à-dire les définissant comme incapables de faire le bien par eux-mêmes, mais seulement par le biais de l'économie. Et ils sont devenus tous collectivement sourds aux vraies aspirations de leur cœur.
Hélas, hélas ! La société mondialisée est devenue le théâtre d'une tragédie, dont l'origine est effectivement l'idéologie bourgeoise et dont nous sommes tous les acteurs, que nous le voulions ou non. Quelquefois ça sourit, d'autres fois ça grimace, c'est comme une loterie sur laquelle la volonté n'aurait pas de prise.

philippe doucet a dit…

HAMON qui semble effectivement avoir le profil d'un type sympa et droit n'a sans doute pas lui même la conviction qu'il a une petite chance de gagner
Il est le produit de circonstances qui ont vu le parti socialiste s'autonomiser détruire sous le quinquennat qui s'achève, la force des courants socialistes se transforme souvent en tornade autodestructrice l'imperieuse nécessité d'exister pour des élus les entraînent à pousser toujours plus loin la contestation de leur propre camp pas de critique constructive mais une course folle vers le plus à gauche que moi tu meurs
Fondée sur une erreur d'analyse sur un fantomatique peuple de gauche, le désir de contestation aura conduit le parti à désigner un membre sans charisme et surtout sans
Désir réel de gouverner

Gilbert Aubrun a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
P S a dit…

Fondée sur une erreur d'analyse sur un fantomatique peuple de gauche, le désir de contestation aura conduit le parti à désigner un membre sans charisme...
Si erreur de casting il y a, c'est du bis repetita alors.
Parce que ce que vous énoncez s'applique tout à fait à ce qui s'est produit il y a cinq ans où le désigné finalement élu, lui aussi avait et a toujours le profil bien sympa, un produit de circonstances etc.

D a dit…

"ok Hamon n' a pas l'étoffe d 'un président"
Ce blog est truffé d'assertions de même acabit : "on" affirme "ça", on dit "autre chose"...
Ces "ça" et "autre chose" étant proférés sans la moindre justification.
M Hamon (devrais-je préciser que je ne voterai absolument pas pour lui au 1er tour ?) s'il était finalement choisi, ne déparerait certainement pas plus au palmarès que ses prédécesseurs, les inénarrables F Hollande, N Sarkosy, J Chirard, F Mitterrand et V Giscard d'Estaing, tous les cinq lestés d'encombrantes et sonores casseroles jusqu'ici épargnées à celui dont vous jugez péremptoirement l'étoffe insuffisante selon vos yeux.

Anonyme a dit…

Pour une fois d'accord avec vous : Benoît Hamon est un apparatchik terne d'origine rocardienne qui se donne actuellement une posture de gauche depuis son éviction due plus au hasard du gouvernement Valls en 2014. De cette posture il tente de rassembler tout le PS mais il n'a pas l'envergure pour cela. De plus il ne suffit d'une primaire pour être un bon candidat à l'élection présidentielle. C'est bien là tout le défaut du système des primaires quand un parti ne sait pas désigner son candidat Pour compliquer le tout il est coincé à droite par Macron et à gauche par Mélenchon, autrement dit deux personnalités qui prennent en tenaille sa candidature.

Emmanuel Mousset a dit…

Pour répondre à un peu tout le monde : j'essaie avec Hamon d'être honnête, je ne m'en prends pas à sa personne (au contraire, je le trouve sympathique), mais je ne partage pas ses idées. C'est le point focal : les convictions. Ce que je reproche surtout à Hamon, c'est d'avoir fait partie d'un gouvernement que maintenant il dénigre. Ce que je redoute, c'est qu'il rabaisse le PS à la 4ème ou 5ème place au soir du premier tour de la présidentielle. Mais tout ce que je dis d'Hamon, je le disais déjà il y a 10 ans, et beaucoup d'autres socialistes avec moi.

Anonyme a dit…

Vous seriez mal placé pour vous plaindre de voir Hamon, le candidat du PS, se retrouver à la 4ème voire 5ème place parce qu'en faisant campagne pour Macron vous y aurez bien contribué. Pour moi peu me chaut! Il y a longtemps que je pense que le parti qui se dit socialiste ne l'est en rien, donc sa mort, son caractère moribond ne peut surprendre, comme tous les partis sociaux-démocrates en Europe.
Monsieur Mousset, ce serait bien que vous soyez moins franco-français en nous parlant de la crise de la sociale-démocratie en Europe.

Anonyme a dit…

E.M serait socialiste ! Bon sang, bien sûr!

P G a dit…

Vous avez pris un repas d'environ une heure de durée avec un homme politique de votre parti (pris) et vous en concluez qu'il était certainement un vrai chef des "jeunes" mais guère plus, juste un troisième couteau au niveau au-dessus, celui auquel vous, vous vous sentiez appartenir, celui des "grands"...

Pas de bol, ce troisième sous-fifre vient de passer "chef" malgré ce que vous pouvez penser de lui.

Sans doute parce les "jeunes" ayant grandi sont devenus à part entière membres du parti (pris), celui des "grands"...

Il faut toujours se méfier des "petits" quand on veut devenir "grand".

Emmanuel Mousset a dit…

Pas d'accord avec vous. On a l'âme d'un chef ou on ne l'a pas, quelle que soit la fonction qu'on occupe. Ce n'est pas parce que Hamon a été désigné chef qu'il est devenu chef dans l'âme. On voit bien, depuis, qu'il n'entraîne pas ses propres troupes et ne parvient pas à s'imposer au sein de la gauche.

Philippe a dit…

Dans mon enfance sur le marché de ma ville natale je tenais assez régulièrement le chapeau d'un camelot ... dont devait sortir un lapin ... qui ne sortait jamais … mais qui était le prétexte pour ce camelot de donner libre cours à sa tchatche, de dérouler ses boniments … but : vendre des couteaux ou des casseroles etc.
Macron me fait penser à ce « héros » de mon enfance ?
Il bonimente des heures le sourire coincé aux lèvres, sans acrimonie, plaisant à regarder et à entendre … reposant ... cool ...
C’est un très bon camelot.
Il vend tout et son contraire, il a un « programme à tout faire » « de gauche de droite du centre ».
Le lapin qui sortira de son chapeau sera la lapine Marine en 2021 ……...