vendredi 24 février 2017

Les Verts nous manquent déjà



Il n'y aura pas de candidat écologiste à l'élection présidentielle. Yannick Jadot a retiré hier sa candidature, au profit d'une alliance avec le candidat socialiste, Benoit Hamon. C'est une première depuis 1974 : à chaque élection présidentielle, il y a toujours eu un candidat écologiste. Ma réaction personnelle va d'abord à la nostalgie : je remonte dans le passé, je revois toutes ces figures de l'écologie politique, souvent hautes en couleur, toujours intéressantes.

L'écologie, qui ne m'a pourtant jamais tenté, est la seule sensibilité nouvelle à être apparue ces cinquante dernières années dans le paysage politique. Son utilité et même son urgence ne sont plus à démontrer. C'est pourquoi je ressens un regret à ne pas voir, durant la présidentielle de cette année, l'écologie représentée. Et puis, c'est une question de démocratie : il est bon que concourent toutes les familles politiques. En s'effaçant, EELV a pris une lourde décision. L'avenir dira si elle était judicieuse.

Ah ! les écolos. Le premier, en 1974, ne pouvait que me marquer, avec sa chevelure blanche, son pull rouge et son verre d'eau. L'année d'après, j'étais interne au collège de La Bourboule, en classe de 3ème, et je devenais ami avec son neveu, dont l'illustre oncle était souvent le centre de nos conversations. En 1981, Brice Lalonde offrait un profil complètement différent : jeune, fringant, nettement à gauche. Oui, il me plaisait bien. En revanche, à la présidentielle de 1988, patatras ! Le candidat écolo s'appelait Antoine Waechter, en costume cravate, l'air tristounet, sans provocation, sans originalité (et pour moi, sans intérêt). Une écologie de fleurs bleues et de petits oiseaux, peu politisée. Pourtant, c'est avec lui que les Verts vont décoller électoralement et commencer à devenir une véritable force politique, avec laquelle la gauche va songer à faire alliance (quelle drôle de chose que la politique !)

En 1995 et 2007, le candidat Vert est une Verte ! Dominique Voynet : retour à une écologie plus politique. Voynet est proche de la gauche, mais pas gauchiste (ce qu'étaient quand même, un tantinet, Dumont et Lalonde, qui auraient tout aussi bien pu se retrouver au PSU). Voynet, c'est l'écologie réformiste, responsable, l'écologie de gouvernement : d'ailleurs, elle deviendra ministre. En 2002, ce n'est pas un écologiste historique qui représente les Verts, mais le journaliste de télévision, défenseur des droits de l'homme, Noël Mamère. Ce qui me stupéfait à l'époque, c'est que le candidat initial, désigné par les Verts, n'était pas celui-là, mais l'économiste Alain Lipietz, de renom et de qualité. Je ne sais plus quelle bourde il a dû faire, toujours est-il que le parti écologiste l'a évincé !

En 2012, ce n'est toujours pas un historique qui représente les Verts à la présidentielle, mais l'ancien magistrat Eva Joly, qui nous ramène à une écologie de contestation. Autre stupéfaction chez moi : Nicolas Hulot n'est pas choisi, alors qu'il avait toutes les qualités pour faire un bon candidat ! C'est ce côté coupeur de têtes que je n'aime pas trop chez les écolos. Cette année, pour la première fois, c'est le candidat lui-même qui s'est sacrifié.

Hamon y gagnera-t-il quelque chose ? Oui, un peu. Mais l'alliance vraiment profitable pour lui, c'est celle qui est impossible : avec Mélenchon. L'écologie et le socialisme sont deux histoires, deux cultures politiques très différentes. Il est nécessaire qu'elles se rapprochent, qu'elles s'allient et qu'elles gouvernent ensemble. Mais leur dissolution en une seule candidature n'est pas évidente, peut-être même pas fructueuse. Sur le terrain, la jonction entre les équipes militantes ne sera pas faciles : d'un côté un mouvement très libre, parfois imprévisible, de l'autre un appareil politique avec ses notables, son électoralisme.

Il n'y a pas de parallèle possible entre l'alliance Macron-Bayrou et l'alliance Hamon-Jadot. L'écologie, c'est un courant de pensée, qui gagne à demeurer autonome, à exister par lui-même. Le centre, c'est un homme, Bayrou, qui s'est déjà présenté trois fois, qui ne peut pas prendre le risque d'un quatrième et cinglant échec. Surtout, Macron et Bayrou sont d'une culture politique assez proche : l'un des deux aurait été de trop dans cette échéance électorale. Quoi qu'il en soit, Macron-Bayrou ou Hamon-Jadot, bonne chance à tous, donnez-nous une campagne de qualité et que le meilleur gagne !

7 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est sans regret que j'ai pris note du retrait du candidat Vert Jadot de la course à la présidentielle. Les Verts qui prétendaient renouveler les moeurs politiques en ont donné la pire expression de ces luttes internes picrocholines pour aboutir à un e course aux places oublieuse de la question écologique. Si Jadot, un homme de réseau s'est imposé en interne par contre il n'a pas du tout convaincu un électorat vert au-delà des 1à 2% des intentions de votes. Ce faisant l'appareil a préféré un accord préélectoral avec le PS pour tenter de maintenir une représentation nationale par une manoeuvre entre appareils politiques.
Pour le lire et l'écouter j'ai pu constater depuis quelques années une authentique conversion à un souci écologique de Mélenchon ce dont l reconnait lui-même qu'elle n'était pas évidente en raison de la culture productiviste d'une bonne partie de la gauche classique. Une réflexion en profondeur d'une indispensable transformation de notre mode de production pour sauvegarder un bien commun à toute l'humanité à savoir notre environnement à tous. D'ailleurs hier face à la maire de Pierrelatte il a persisté dans un souci d'entamer une véritable sortie du nucléaire et une transition écologique pour développer de nouvelles sources d'énergies plus propres et moins dangereuses que le nucléaire.

Maxime Lépine a dit…

Des sources d'énergie aussi efficaces, moins dangereuses et plus propres que le nucléaire ça n'existe pas. Fin du débat.

Anonyme a dit…

Jadot a retiré sa candidature contre des circonscriptions gagnables par les Verts notamment pour Duflot.

K a dit…

"ça n'existe pas" donc pour vous : fin du débat...
Déplaçons-nous légèrement et voyons ça sur un plan comptable...
Le nucléaire, c'est le moins cher...
A produire dans les conditions actuelles.
A combien sera revenu chaque kwh lorsque les travaux de remise en état des sites producteurs auront été menés à terme ?
Personne ne peut chiffrer cela vu que le procédé n'a encore été mené à bien nulle part...
Et cela sans même envisager une quelconque catastrophe (toujours possible, hélas et malheureusement)...

MF a dit…

la grosse erreur a été que le mouvement "les verts" devienne un parti politique: à partir de ce moment ils se sont enfoncés dans le marécage des combinaisons de partis jusqu'à la caricature;dommage car la protection de notre environnement c'est un beau combat qui méritait mieux que d'être instrumentalisée à des fins partisanes et finalement à se dissoudre dans "la politique politicienne" et de ne plus avoir aucun intérêt si ce n'est de se rappeler au bon souvenir des électeurs tous les 5 ans;quel gâchis

Maxime Lépine a dit…

Nos centrales sont très bien conçues car stables du point de vue des réactions nucléaires. Catastrophe d'origine physique peu probable. Pour ce qui est du coût, je suis d'accord avec vous mais les énergies renouvelables sont aussi chères voire pires. Et je suis totalement contre l'emploi des énergies fossiles pour remplacer le nucléaire. Reste l'hydrogène naturel : des scientifiques travaillent là-dessus en ce moment mais encore faut-il que les dégagements observés à la surface du globe soient suffisamment importants pour envisager une exploitation industrielle...

K a dit…

Et le moteur à eau ?