vendredi 10 février 2017

Hamon y a l'téléfon qui son



Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, s'est plaint ce matin sur LCI que Benoît Hamon, depuis quinze jours qu'il a été désigné, n'a pas daigné téléphoner à Mélenchon. La politique est faite aussi de petites susceptibilités. Celle du coup de fil est bien connu. Elle laisse une blessure narcissique qui a du mal à cicatriser. Il y a une quinzaine d'années, à Saint-Quentin, un candidat, dissident socialiste aux élections cantonales, a longtemps trainé le souvenir douloureux d'un appel du secrétaire de section PS qui n'est jamais venu : "j'attends encore", répétait-il souvent, dans un mélange de dérision et de ressentiment.

Revenons à Corbière l'amer. Il interprète le silence téléphonique de Hamon comme "une forme d'arrogance". Ah ! l'arrogance ... Quand vous ne savez pas quoi dire d'un adversaire politique, faites-lui le coup de l'arrogance et du mépris : effet garanti ! Il faut dire aussi que les hommes politiques ont un rapport passionnel au téléphone. Les importants l'ont toujours à portée de main ou collé à l'oreille. Les vaincus du suffrage universel souffrent de ne plus entendre sa sonnerie : son silence est le signe de leur déchéance. Les moins importants, qui veulent cependant le paraître, font même semblant qu'on les appelle, en parlant à un téléphone muet.

Revenons à Mélenchon. En réponse à Hamon et à son souhait de rassemblement, il accepte de "prendre un café" avec lui. Un café ! Si ça n'est pas du mépris ... En politique, quand on veut sérieusement s'unir, ce n'est pas autour d'un kawa, mais d'un robuste déjeuner, qui laisse le temps de discuter et de digérer les propositions. Un café, c'est un lapsus : une fin de non recevoir. Tout comme le "Monsieur Hamon" que répétait systématiquement, hier soir sur BFMTV, un autre porte-parole de Mélenchon, Danielle Simonnet. Si ça n'est pas du mépris là aussi, mais tout sourire, la pointe d'arrogance qui va avec, chez ceux qui sont prompts à la dénoncer en même temps qu'à la pratiquer. "Monsieur" : fausse politesse et vraie distance, preuve indiscutable que Mélenchon et Hamon ne sont pas près de s'allier.

Hamon y a l'téléfon qui son, Mélenchon y a jamais person qui y répond. Car la vérité, c'est que nous sommes dans une pathétique comédie. Aucun des deux candidats ne se retirera, ils se disputeront au contraire âprement le même électorat. Tous les deux font ce qu'ils savent très bien faire : semblant. Le but flagrant de Jean-Luc Mélenchon, c'est de détruire le Parti socialiste et de construire sa propre boutique sur les ruines. Ce n'est pas parce que Benoît Hamon a trahi François Hollande et rompu avec le gouvernement qu'il va forcément s'associer à l'entreprise de démolition que mène Mélenchon. Le fil du téléphone n'est pas non plus la corde du pendu.

13 commentaires:

Anonyme a dit…

Le suicide collectif ça existe et c'est la solution de certaines sectes, de là à conclure que le PS était une secte pourquoi pas ....

Emmanuel Mousset a dit…

Non, le PS n'est pas une secte, mais un appareil politique vieillissant.

jean-marc Bouré a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Ils pourraient communiquer par hologrammes respectifs !!!!!!!!!!!!!!

Anonyme a dit…

rien que ce nom ; primaire...

G a dit…

C'est assez difficile de vous "suivre", Monsieur Mousset (ce n'est un "Monsieur" ni arrogant ni méprisant mais ma marque de politesse à votre égard) depuis que vous êtes "en marche".
Comme si Monsieur Mélenchon comme les autres candidats de "gauche" ayant refusé de participer à la disparate et incongrue primaire des sept cavaliers de l'apocalypse (en fait six cavaliers et une cavalière) pouvaient à un moment ou un autre rétro-pédaler pour faire ami - ami avec les autres, dont l'un devrait porter les improbables couleurs (on hésite entre le rose pâle, le rose un peu plus vif, le rouge voire la rose et ses épines).
Monsieur Hamon, investi, représente maintenant aussi bien les valsiens, les bayletiens, les montebourgeois, les orangistes de Bennahmias, les écolos comme les hollandais et les peilloniens tout autant que les hamoniens : il ne peut pas se mettre au service de Monsieur Mélenchon.
Monsieur Mélenchon, lui, pourrait conclure un accord avec Monsieur Hamon mais le faisant, il se porterait en faux avec sa position qui date de très longtemps, bien avant que Monsieur Hamon soit rejeté du gouvernement. Sa crédibilité en prendrait un coup fatal.
Si un accord devait intervenir entre les deux tendances, ce ne pourrait avoir lieu qu'à l'issue du premier tour et là, les carottes seront cuites et même ultra-cuites pour tous les deux en ce qui concerne le palais de l'Elysée.
L'accord ne porterait que sur les législatives, les sénatoriales, les européennes.
Ce ne serait plus du stratégique, juste du tactique, bref de la cuisine électorale dont on est repus.

Emmanuel Mousset a dit…

Je ne vous demande pas de me suivre, surtout si vous avez du mal à marcher. Pour le reste, je suis d'accord avec votre commentaire.

G a dit…

Les gens de gauche n'ont aucun mal à marcher si c'est dans la bonne direction. Votre "champion" qui se dit "en marche", vers où veut-il qu'on marche avec lui ? Pas vers la gauche apparemment alors qu'il aille vers la droite mais sans moi.

Emmanuel Mousset a dit…

Même réponse que précédente (parce que je n'en trouve pas de meilleure et que j'ai de la suite dans les idées) : personne ne vous oblige à marcher avec Macron. S'il ne vous plait pas, allez vous faire voir ailleurs, emboitez le pas de quelqu'un d'autre, ils sont nombreux, vous avez le choix.

Anonyme a dit…

Ce doit être votre grand âge qui vous fait perdre la mémoire ou rend votre mémoire sélective. En effet le jour de sa victoire lors des primaires du parti socialiste Benoît Hamon a déclaré qu'il prendrait contact téléphonique avec Jean-Luc Mélenchon ce dont il s'est bien abstenu. Quoi de commun entre un dirigeant "socialiste" qui comme d'habitude se hisse sinon à la direction du moins comme candidat du PS à l'élection présidentielle en tenant un discours de gauche et aura comme toujours une gestion droitière comme la ligne de son parti. Mélenchon présente un vrai programme de gauche susceptible de changer le cours des choses.
Prendre un café n'a rien de méprisant mais est, peut-être, le signe d'une reprise de contact entre frères ennemis qui ne se sont pas vus depuis longtemps et ont un sérieux contentieux, le repas plantureux ne viendrait qu'après. Soyez donc patient ! Cela aura, peut-être lieu si Mélenchon dépasse Hamon lors du premier tour de la présidentielle. L'intérêt de la gauche est d'avoir Mélenchon en deuxième position devant Hamon, une fois que la bulle gonflée par l'oligarchie politique, économique et médiatique aie explosé en vol. ( Voua avez encore une mémoire sélective en oubliant que Macron a aussi trahi Hollande en quittant son gouvernement pour monter à grand frais sa petite boutique pour diviser encore plus la gauche et détruire un parti qui se dit socialiste ). Jean-Luc l'emporterait face à Marine Le Pen et je ne doute pas qu'alors vous voteriez pour lui en cette circonstance.

Emmanuel Mousset a dit…

1- Mélenchon et Hamon sont de faux "frères" et de vrais "ennemis". Pour Mélenchon, un bon socialiste est un socialiste mort (électoralement).

2- Macron, contrairement à Hamon, n'a jamais condamné le gouvernement et sa politique (dont il est l'inspirateur). Le rôle du traitre inconséquent, il faut donc le réserver à Hamon, un pied dedans, un pied dehors, et demain les deux pieds dans la tombe (électorale).

3- J'ai toujours défendu l'idée que contre les antirépublicains, il fallait voter pour les républicains. J'espère que vous êtes vous aussi de cet avis.

P R a dit…

Il faut voter en faveur des républicains dites-vous...
Même un républicain sans vertu républicaine ?
Il faut quand même une fois se poser une question sur la signification du vote.
Au 1er tour, c'est toujours "facile" de voter.
C'est le second tour à la "française" qui complique la donne.
Déposer un bulletin dans l'urne c'est être en accord avec ce que signifie ce bulletin, ce n'est pas seulement dire être contre ce que signifie l'autre bulletin possible.
Alors, ne faudrait-il pas s'en tenir à des élections à un seul tour ?
L'idée de Mélenchon d'élire certains élus par tirage au sort n'est pas à négliger.
En finir avec les circonscriptions et les départements. Elections à un seul tour. Prise en compte des votes blancs. Autant de tirés au sort que le pourcentage des blancs le définirait.
Resterait l'élection présidentielle actuelle : est-il si important que le président de la république soit élu par l'ensemble du corps électoral ?
Les présidents de IIIème et de IVème étaient tout autant présidents que ceux de Vème il me semble.
Cela pour des élections qui seraient toutes de niveau national.

Emmanuel Mousset a dit…

1- Compliquée, pour ne pas dire tordue, votre réflexion.

2- Je ne suis pas un maître de vertu. Républicain me suffit.

3- Les bulletins blancs, je m'en sers pour me torcher le cul.

4- Désigner les élus en jouant aux dés : ça va pas, la tête ?

5- Un mini-président élu par un mini-collège électoral : bof ...

6- Elections à un seul tour : pas bête, je prends.