lundi 20 février 2017

Les mots qui choient, les mots qui choquent



Le débat public, depuis quelques années déjà, se réduit à des querelles de mots, où les idées et les faits passent au second plan, sinon sont complètement ignorés. Du coup, la confrontation politique est faussée, et même souvent inexistantes. La semaine écoulée en a donné à nouveau deux parfaits exemples, à travers les prises de position d'Emmanuel Macron.

Le candidat à la présidentielle condamne la colonisation française. C'est un point de vue qu'on peut très bien ne pas partager, discuter et contester. Mais qu'on le fasse avec des arguments, pour que l'échange soit intéressant et que les citoyens se fassent leur idée. Eh bien non : on chicane Macron sur l'expression "crime contre l'humanité", qui ne serait pas juridiquement appropriée. Mais qu'en avons-nous à faire ! Nous ne sommes pas dans un prétoire, entre juristes, mais dans un débat politique. On a bien compris ce que Macron voulait dire, crime contre l'humanité ou pas.

Le candidat lui-même, qui ne peut pas faire abstraction de son époque, s'est senti obligé d'entrer dans la précision sémantique, en rectifiant que par crime contre l'humanité il entendait un crime contre l'humain, ce qui change tout, vous en conviendrez ... Dans la même veine, on a cherché des noises à Macron, en dénonçant sa prétendue contradiction : dire que la colonisation a été à la fois civilisatrice et barbare. Eh bien non, il n'y a pas contradiction, de même qu'Hitler, sans contradiction, a réduit l'inflation, créé des emplois , construit des logements et des routes et instaurer un régime totalitaire, barbare, criminel.

Emmanuel Macron est trop bon. Sa bienveillance peut-être le perdra, dans ce monde de brutes, de cyniques et d'hypocrites qu'est la politique. Il s'est fendu d'une nouvelle distinction sémantique : ne pas s'excuser pour les propos tenus, mais s'excuser auprès de ceux qu'il a pu blesser. D'une certaine façon, c'est une confirmation de l'adage : il n'y a que la vérité qui blesse. Aujourd'hui, nous voulons des mots qui cajolent et qui caressent. On ne cherche pas à être convaincu, mais à être consolé. Espérons qu'Emmanuel Macron y soit parvenu.

Autre problème langagier auquel le candidat a été confronté : dans L'Obs, son propos sur les anti-mariage homosexuel, qui se sont sentis, selon lui, "humiliés". Le mot a fait bondir, parce que l'humiliation est la marque de la victime, qu'il y a une surenchère en la matière, que tout individu cherche sincèrement à se faire reconnaître comme victime de quelque chose, notre nouvelle Légion d'honneur. Dire des partisans de la Manif pour tous qu'ils se sont sentis humiliés, leur accorder donc le statut de victimes, c'est paraître épouser leur cause, sembler se mettre de leur côté : voilà comment les propos de Macron ont été perçus. Les pro-mariage se sont sentis humiliés d'entendre que les anti-mariage se sentaient humiliés. Le sentiment devient un argument et un contre-argument. Mais un sentiment est aussi loin de la vérité que les températures ressenties sont éloignées des températures réelles (avez-vous remarqué que la météo, qui est pourtant une science, insiste surtout sur les premières ?).

Ce qui devrait seulement nous préoccuper, c'est la vérité : oui ou non, Macron est-il favorable au mariage homosexuel ? La réponse est sans aucune hésitation : oui, Macron a toujours été, sans réserves, le défenseur de cette loi. Alors, quels poux dans la tête va-t-on lui chercher ? Le candidat s'est mis dans une autre tête que la sienne, celle des manifestants contre ce mariage, qui ont été, de fait, traumatisés, se sont sentis humiliés. Le reconnaître, est-ce les approuver ? Bien sûr que non !

Mais alors, pourquoi Macron fait-il ça ? Pour la même raison que moi, sur ce blog, il y a quelques années, avais écrit et déploré que l'adoption de cette loi se fasse dans ces conditions-là. Car une large majorité de l'opinion était favorable à l'extension du mariage aux couples homosexuels. De plus, les anti-PACS d'il y a 15 ans ne l'étaient plus, en grand nombre, aujourd'hui. Il m'a donc toujours semblé que cette réforme aurait pu se faire autrement, sans conduire à jeter des centaines de milliers de personnes dans la rue, provoquant un regain d'homophobie chez les plus extrêmes.

Macron ne critique pas à l'évidence le mariage homo, mais les conditions dans lesquelles il a été instauré. Pour être honnête jusqu'au bout, peut-être que l'affrontement aurait été inévitable, même en adoptant un souci d'apaisement. Mais du moins les pouvoirs publics auraient-ils tout tenté pour une évolution en douceur. Le problème de la France, c'est qu'elle vit dans le drame politique en permanence, qu'elle va jusqu'à s'en inventer lorsque le consensus est possible, comme ces gens qui ne se sentent à l'aise que dans le conflit. Emmanuel Macron veut rompre avec cette culture-là, et il a raison.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous devriez proposer une loi interdisant de se marier avec une différence de plus de 15 ans car cela met en péril l'espèce ... C'est logique ... Qu'un ado boutonneux fantasme sur sa prof , soit , la libido se développe avec des images ... Pour étudiant sage ; mais enfin quel couple ridicule et si on se transpose en 1900 , l'un aurait connu cette horrible guerre et l'autre seulement le front populaire ... Pour accorder des violons , bonjour les dérapages !!!

Emmanuel Mousset a dit…

Rien n'est ridicule quand on s'aime. Et l'amour n'a pas pour finalité la préservation de l'espèce : nous ne sommes pas des bêtes !

Philippe a dit…

Dilem a résumé votre note et le tempérament français ...................

http://www.liberte-algerie.com/dilem/dilem-du-18-f%C3%A9vrier-2017

Maxime Lépine a dit…

En tant que scientifique permettez moi d'émettre des réserves sur ce point.