jeudi 9 février 2017

Ils sont chez eux



Marine Le Pen sera ce soir l'invitée de L'Emission politique, sur France 2. Je ne regarderai bien sûr pas, je tiens à mon honneur et j'ai mieux à faire. Dimanche dernier, à Lyon, la candidate nous a offert un triste spectacle, guère étonnant de sa part : son discours a confirmé la xénophobie d'Etat qui fait le cœur de son programme. Avec elle, la préférence nationale, vieille revendication de l'extrême droite, sera inscrite dans la Constitution. Emploi, logement, aide sociale : l'étranger, le métèque sont visés. Il est devenu malséant de dire que le vote FN est raciste, et cet interdit n'est pas pour rien dans son expansion électorale. Ses électeurs sont décomplexés, peuvent sans vergogne se défouler.

Durant le meeting lyonnais, il y a eu un moment effrayant, dans la salle, quand le public nombreux a beuglé : on est chez nous ! on est chez nous ! S'il y a une preuve de la nature raciste de cette foule, c'est bien ce cri-là. C'est où, chez nous ? C'est qui, nous ? Et ceux qui ne sont pas nous et qui sont chez nous, on les met où, on en fait quoi ? Pas besoin de réfléchir longtemps : cette meute en chaleur et en chasse, c'est de la graine de fachos, qui ne demande qu'à lever. Constater que Marine Le Pen arrive, dans tous les sondages, en tête du premier tour de la présidentielle est une honte et une souffrance pour la France. Imaginez que cette femme parvienne au pouvoir ... On ne peut hélas plus rien exclure.

Il est fréquent de comparer Le Pen à Trump et Poutine, les assimilant à une même famille idéologique. C'est non seulement faux, mais c'est accorder à Le Pen une certaine crédibilité en l'élevant à un tel niveau, croyant la rabaisser. Trump est un opportuniste, un affairiste, anciennement membre du Parti démocrate, aujourd'hui au Parti républicain, amuseur public à la télévision, surfant sur la vague populiste. Le Pen, c'est autre chose, qui n'a rien à voir : toute une vie à l'extrême droite, parmi les marginaux et les radicaux du nationalisme, en dehors de la République. Poutine est un ancien cadre communiste,  fonctionnaire de l'espionnage en quête de pouvoir, cherchant à redonner à son pays une fierté perdue. La trajectoire et l'idéologie sont sans filiation avec le chef actuel du FN. S'il y a quelques rapports entre eux, ils sont très relatifs, de simples circonstances, motivés par de temporaires intérêts.

On est chez nous ? Oui, ils sont chez eux, et c'est un pays qui n'est pas beau à voir : celui du ressentiment, de la méchanceté et de la haine. Si mon fils était voyou, escroc ou antisocialiste, je m'en remettrais ; mais électeur frontiste, ce serait pour moi un drame. A l'heure qu'il est, un seul peut stopper l'ascension de Marine Le Pen : c'est Emmanuel Macron. Et lorsqu'elle le désigne comme son principal adversaire, qu'elle souhaiterait l'affronter au second tour de la présidentielle, une vérité est dite : c'est le grand combat entre ceux qui sont chez eux, ne veulent pas des autres et ceux qui ouvrent, intègrent, rassemblent. Ils sont chez eux ? Qu'ils y restent !

11 commentaires:

monique stephanie a dit…

No comment pour la marine!!!
Par contre je suis ok avec vous !!
Votre poulain Macron a un PROGRAMME!!!
- ouverture des bibliothèques le dimanche
- interdiction de la vente des oeufs de poules elevees en cage!!!
SUPER!!!
Ca va nous changer la VIE!!

Philippe a dit…

« On est chez nous » est un slogan de pauvre … du miséreux.
Les abandonnés à la périphérie des richesses n’ont, eux, une seule richesse sous forme d’une impression celle très symbolique d’avoir un « chez soi », un « chez eux » comme le précise celui qui se croit l’un de ces « messieurs les gros » (clin d’oeil à la chanson de Craonne).
Hier n’était cependant pas mieux pour les proches ascendants des abandonnés périphériques actuels.
Les zones géographiques du vote FN (hier vote PC/PS) correspondent à celles qui faisaient la richesse de la France. C’est la zone où étaient implantée les grandes industries de main d’œuvre, textile, sidérurgie, mines etc. dont les ouvriers ont donné l’élan dont la France de boboland ou des hors-sol profite encore des dernières miettes, en se demandant comment ces gueulards qui osent réclamer ou se plaindre pourraient être éradiqués.
Ces zones étaient en fait pour leurs parents le lieu d’une colonisation interne, miroir interne de la colonisation externe africaine.
Une idée de la colonisation interne a été donnée par le documentaire récent :
http://www.lavoixdunord.fr/112382/article/2017-02-01/2-7-millions-de-telespectateurs-emus-par-l-epopee-des-gueules-noires
Les nouveaux arrivants seront comme les précédents qui étaient arrivés pour être exploités par exemple dans les mines autour d’Hénin Beaumont entre 1860 et 1980 …. les nouveaux arrivants seront des exploités dans les ventres des mégalopoles Monde où ils sont destinés aux emplois de services en fait de serviteurs.
Mais ces nouveaux dominés seront peut être plus dangereux grâce à leur fédération par l’Islam politique … sujet du livre Houellebecq « Soumission ».

Maxime Lépine a dit…

Moi non plus je n'ai pas regardé, parce que je ne voulais pas voir l'idiote qui vous sert de Ministre.

Pour ce qui est du FN, vous ne faites que regarder le fruit des années de politique muticulturelle menées dans ce pays. Le retour de bâton devait bien arriver un jour... Qu'on se le dise, le multiculturalisme ne fait que diviser et favorise les extrêmes.

Emmanuel Mousset a dit…

Monique, lisez "Révolution", de Macron, au lieu de répéter bêtement ce qui se dit à la télévision : vous aurez 265 pages de programme. Et si ça ne vous suffit pas, de nouvelles propositions viendront.

Philippe, les pauvres ont bon dos.

Maxime, j'ai toujours pensé que le multiculturalisme était le fond et la richesse de notre pays.

D. a dit…

Qu'on se le dise, le multiculturalisme ne fait que diviser et favorise les extrêmes.
C'est à prouver...
Quoi que vous pensiez, quoi que vous fassiez, quoi que l'on en pense et quoi que l'on fera, ce multiculturalisme, si on regarde bien le sens de l'Histoire avec sa grande hache, c'est bel et bien l'avenir de l'Homme, lui aussi avec sa grande hache !

Philippe a dit…

"Philippe, les pauvres ont bon dos."
Vous en êtes un économiquement, mais vous êtes dans le déni de votre réalité sociale.
Une poignée de main d'un représentant local (en France) d'une grande famille de la finance dirigeant le Monde et vous voilà "tombé en amour" pour eux.
NB : Les origines des fonds permettant à Macron de faire des shows à la Johnny Halliday ne sont toujours pas donnée.

Emmanuel Mousset a dit…

Il faut à tout prix soigner votre obsession de l'argent.

Philippe a dit…

Il faut à tout prix soigner votre obsession de l'argent.
Il ne faut pas tout médicaliser et encore moins psychiatriser ... "obsession".
Je reste littéraire, littérature de gare pour midinette, du coup j'aime chez vous votre fraîcheur "fleur bleue".
Attention à ce que cette fraîcheur ne se termine pas en IVG ... retour au médical ...
Ceci dit on ne sait toujours pas qui finance votre gourou.

Anonyme a dit…

Pauvre petit monsieur Mousset qui tient tant à son honneur en refusant de voir une émission poiitique de Marine Le Pen. Il faut croire que Madame Vallaud-Belkacem n'en a pas puisqu'elle a accepté le défi de débattre face à elle.
Ne vous en déplaise il n'est pas malséant mais faux de dire que le FN de Marine Le Pen est raciste, xénophobe, oui !
La responsabilité de la gauche dans la montée du FN est écrasante dès lors qu'il a renoncé à toute forme de socialisme, même mâtiné de sociale-démocratie, reniement qui s'est accentué à chaque fois que le PS et le PC ont gouverné ensemble ou tout seul sous Hollande. Cela a commencé dès mars 1983, s'est largement accentué avec le roi des privatisation le gouvernement de "gauche plurielle" sous l'égide de Lionel Jospin.
Si Marine Le Pen arrive au pouvoir il ne faudra ne vous en prendre à vous-même et à votre "gauche" raisonnable qui a abandonné le monde du travail sur l'autel de la mondialisation et de l'Europe néolibérales. Vous et votre mentor, le banquier Macron vous moquez comme de l'an 40 des 5 millions de chômeurs et sous-employées, sous-payés et 10 millions de pauvres. Vous pourrez alors toujours pleurnicher sur votre blog, en vous donnant une bonne conscience à bien peu de frais.

Anonyme a dit…

Emmanuel Mouuset ou l'hypocrite, le Tartuffe : cachez cet argent ( tout cet argent dont dispose Macron ) dont je ne veux pas entendre parler.

Erwan Blesbois a dit…

L'argent une obsession ? Quand 62 personnes possèdent autant que 4 milliards, cela paraît normal que cela pose un peu question, non ? Mais tu préfère vivre dans le déni d'une société qui vit dans la fuite en avant, dans la destruction systématique des écosystèmes anthropologiques et biologiques, dans la plus pure injustice concernant la redistribution des capitaux générés par le travail. Bref pour ton confort moral et parce que tu as été adoubé par une caste oligarchique au fond ( à croire que tes figures tutélaires sont BHL, Minc, Attali, "Libération" de Laurent Joffrin, "l'Obs", et Benjamin Constant et Adam Smith comme glorieux ancêtres), tu as choisi existentiellement, au sens de la liberté sartrienne et du choix ontologique qui en découle, de leur servir de chien de garde et d'idiot utile. Un jour tu seras bien obligé de dessiller les yeux et de changer ton regard sur le monde, qui pour l'instant est encore rempli de préjugés dogmatiques, au sens d'un "sommeil dogmatique" pour reprendre une expression de Kant, ton modèle sur le plan du comportement à défaut de l'être sur le plan des idées. Encore un autre déni, car tu es bien plus proche en réalité de Kant et de sa rigidité dogmatique, même sur le plan des idées, que de Nietzsche ; et tu as bien raison car sinon à l'instar de Nietzsche tu serais mort ou fou depuis longtemps. Le véritable nietzschéisme est un pari impossible, qui conduit au suicide ou à la folie tôt ou tard tous ses adeptes, devant les ravages des idées qu'il recèle, tant au niveau de l'interprétation que de la réalité qui en découle, et qui s'oppose à toute notion de décence commune. Personnellement je dis mieux vaut Le Pen que Macron, ce fou qui veut nous entraîner dans sa folle fuite en avant, et je persiste et signe. En marche vers quoi... vers l'abîme, qui est bien la destination finale du projet du libéralisme initié par Adam Smith !
Le pire c'est que tout ce que tu dénonces, l'évolution de la société vers un besoin de sécurité inouï, l'imposition du politiquement correct à tous les échelons de la société, le cocooning, la judiciarisation des rapports humains, le rejet de la souffrance au travail et la recherche du confort physique, voire de cette utopie que constitue la notion d'épanouissement personnel... ne sont que la conséquence du progressisme issu des lumières et de l'individualisme exacerbé qui en découle, et qui fait de chacun un monade isolée de toutes les autres, en guerre contre tous et à qui tous font la guerre. Aboutissement ultime de 400 ans de métaphysique occidentale et de culte de l'individu au détriment de toute intersubjectivité. C'est seulement aujourd'hui que cette métaphysique issue directement du solipsisme du cogito cartésien (et avec le petit coup de fouet libéral impulsé par les mouvements étudiants occidentaux de la fin des années 60, rejetant toute forme d'autorité traditionnelle), trouve sa pleine mesure et révèle ainsi aux yeux de l'humanité entière notamment médusée devant le spectacle audiovisuel de l'élite pipolisée, décérébrée et inculte, sa totale absurdité et l'impératif d'un changement de direction.
Même si il y a maintenant pas mal de temps que notre rafiot a heurté l'iceberg, les machines tournent toujours à plein régime.