mardi 30 août 2016

Suivre ou non Macron ?



J'apprends à l'instant la démission d'Emmanuel Macron du gouvernement. Avant d'en savoir plus, sous réserve de plus amples explications de sa part, je suis dans l'immédiat partagé entre quatre sentiments : la surprise, la tristesse, la perplexité et l'embarras.

La surprise parce que je ne m'y attendais pas du tout : Macron défend avec bonheur et utilité sa différence, mais en étant resté jusqu'à présent fidèle au président et au gouvernement. Bien sûr, il y avait la rumeur, mais en politique je la méprise depuis toujours : la vérité, l'information oui, la rumeur non.

La tristesse, parce que toute démission est un échec : partir, c'est reconnaître qu'on n'a pas réussi à faire passer ses idées. Quitter une équipe pour laquelle on a beaucoup travaillé, c'est désolant. Surtout, c'est un coup dur pour François Hollande, qui n'avait vraiment pas besoin de ça.

La perplexité, parce que la question de la cohérence est posée : Macron est le principal inspirateur de la politique économique actuelle, qu'il voulait bien sûr pousser plus loin. Mais est-ce une raison suffisante pour partir ? J'ai tendance à croire que non. Il y a peut-être des motifs que nous ignorons ...

L'embarras, parce qu'il me faut maintenant choisir : faire de la politique, c'est suivre quelqu'un, et quand on est militant, prendre sa défense. Les lâches, les hypocrites et les malins ne se prononcent pas, attendent de voir la suite et retombent toujours sur leurs pattes, du côté où se trouve le pouvoir. J'ai bien des défauts, mais j'espère échapper à celui-là ! Ca n'enlève pas l'embarras.

Dans l'ordre de la discipline et de la fidélité, je me dois de soutenir François Hollande, dont j'approuve la politique, et que je pense être le candidat naturel de la gauche gouvernementale. Mais dans l'ordre des idées t de la cohérence intellectuelle, je suis au côté d'Emmanuel Macron, parce que c'est celui qui a théorisé et pratiqué le plus et le mieux cette social-démocratie qui rebute tant la gauche française et à laquelle j'ai pourtant toujours adhéré. Entre la discipline et les idées, il faut donc choisir. Aucun choix n'est parfait en politique, et celui-ci est particulièrement déchirant. Mais spontanément, je n'hésite pas : les idées l'emportent sur la discipline, même si j'aurais préféré que les choses se passent autrement.

Que s'est-il passé pour qu'Emmanuel Macron en arrive à prendre une décision aussi grave et aussi contestable ? C'est un homme libre, honnête, réfléchi, pas opportuniste : il part en toute conscience, volontairement, pas comme Montebourg et Hamon, qui se sont fait virer comme des malpropres, qui seraient sans doute encore ministres s'ils n'avaient pas déconné. Je crois que Macron, lui, a été dépassé par les événements. Non pas par faiblesse personnelle, mais parce que la vie politique ne doit pas grand-chose aux individus et presque tout aux événements et aux circonstances.

Macron, devenu ministre, populaire et médiatique, s'est pris au jeux (sérieux, terriblement sérieux) de la politique, en mettant en avant (et en marche !) ses idées, fondant son propre mouvement, s'attirant beaucoup d'adversité et d'hostilité dans son propre camp (et quelques compliments fielleux dans le camp d'en face). Une logique de différenciation s'est installée, s'est accentuée et a fini par l'emporter, jusqu'à l'ultime conséquence de cet après-midi. Un petit écart de différence est devenu progressivement, presque inconsciemment, un grand écart de rupture. Les commentaires ce soir seront sans doute nombreux, la volaille va s'agiter. Mais c'est l'avenir, et lui seul, qui dira si Emmanuel Macron avait raison de faire ce qu'il a fait. Comme toujours en politique.

19 commentaires:

Anonyme a dit…

Contrairement à vous, moi qui ne suis pas naïf, je ne suis pas surpris, je vous avais récemment dit que votre mentor était un électron libre qui vous réservait des surprises. En voilà une première, d'autres peuvent suivre. Vous êtes bien embarrassé parce que la fidélité de Macron à l'égard de Hollande et le gouvernement était une légende dorée que vous avez voulu entretenir pour vous rassurer à bon compte. Il quitte la navire gouvernemental qui, tel un Titanic, va couler en se fracassant sur l'iceberg électoral de l'an prochain. Cependant assez tôt, il faut lui reconnaitre pour ne pas être rendu co-responsable de la déroute à venir. Pour jouer sa carte personnelle et les raisons qu'il donnera ne tromperont que ceux qui veulent bien l'être .
Contrairement à ce que vous dites Montebourg s'est fait "virer" il y a 2 ans mais pour des raisons de fond qui perdurent : la gestion néolibérale et droitière de Valls-Hollande. Pour promouvoir en tant que ministre un homme, Macron, dans un plus parfait conformisme et orthodoxie.
Je pense qu'en petit militant discipliné du parti "socialiste" vous y resterez douillettement plutôt que de risquer une aventure individuelle sans lendemain. Ayant déjà eu raison sur vous à propos du cas Macron j'ai une forte tendance à penser que j'aurais raison une fois de plus.

Georges M. a dit…

Trente ans de bourrage de crâne libéral cela finit par payer !
Finir par voir en Macron un homme d'avenir et de progrès !
Chapeau la performance !
Petit rappel de ses pensées profondes :
les jeunes doivent avoir envie de devenir milliardaires
mon job n’est pas de défendre les emplois existants
les Britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher
le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés
la France est en manque d’un roi...

Il va avoir l'appui sans faille du MEDEF et, si jamais les Français sont assez cons pour l'élire, il pourra renforcer au détriment des salariés la loi travail qu'il a imposée à El Khomri via Valls, mais qui ne va pas du tout assez loin selon le fourbe Gattaz.
Reste à savoir sous quelle étiquette il va se présenter. Il n'oserait quand même pas participer à la primaire de la "gauche", non ?
Mais en réalité, tout ce qui arrive, c'est de la faute à Hollande. Il a cru qu'en recrutant un banquier de chez Rothschild dans son équipe gouvernementale, il en sortirait quelque chose comme une politique de gauche et un fidèle allié. Il n'a rien vu de cela, mais une politique antisociale initiée par son poulain et mise en œuvre par un quarteron de scélérats. Encore une fois, le président n'a "pas eu de bol". Dans ce genre de situation, s'en mordre les doigts procure généralement un soulagement immédiat. Une fois cela fait, il ne restera à Hollande qu'à rendre lui aussi sa démission, afin de "sortir dignement par le haut". Mais bon Dieu, quel amateurisme au sommet de l'Etat depuis quatre ans !

Philippe a dit…

Je vous rassure après une démission du PS on peut continuer à vivre.

Emmanuel Mousset a dit…

Vous avez vos idées et vos analyses sur Macron, je vous les laisse. Mais sur le départ de Montebourg, vous vous trompez : il en a été le premier surpris et marri, après sa blague de Frangy, où il avait plaisanté sur "le cru du redressement", à offrir au président. Hamon était à ses côtés. Quand on est ministre, non seulement on ferme sa gueule, mais on ne rit pas non plus du chef de l'Etat. Ou alors on démissionne, comme Macron (qui, lui, ne s'est jamais permis une quelconque ironie envers le président).

Emmanuel Mousset a dit…

Georges M., pour y voir un peu plus clair : vous proposez quoi et vous soutenez qui ?

Georges M. a dit…

Georges Marchais bien sûr, ma vie et le temps se sont arrêtés en 1983. Depuis c'est trahisons sur trahisons, et seuls les petits malins s'en sortent, plus les hommes d'honneur !

Anonyme a dit…

Il manque le e de "et" dans la formule " dans l'ordre des idées et de la cohérence intellectuelle". Merci pour la rectification.

Maxime Lépine a dit…

Personnellement je préfère devenir milliardaire que smicard, et je trouve sain que les autres jeunes soient ainsi. Mais le dinosaure d'extrême-gauche que vous semblez être doit penser autrement.

Maxime Lépine a dit…

Je crois que c'est clair: Georges vote toujours Trostski.

Anonyme a dit…

Il n'empêche en dépit de la forme il y avait bien des désaccords de fond quant au départ de Montebourg du gouvernement
Quitte à froisser votre susceptibilité je pense qu'Hollande n'a gouverné le pays qu'en petit apparatchik timoré de l'orthodoxie néolibérale et européiste comme la droite.
Vous pouvez bien me laisser mes idées et analyses sur Macron mais cela traduit un refus de reconnaitre que j'ai eu raison. Manque de courage !

Emmanuel Mousset a dit…

Ce n'est pas ma susceptibilité qui est froissée, c'est mon intelligence.

A a dit…

"la vérité, l'information oui, la rumeur non"...
Ah ?
Il m'apparaissait pourtant bien à l'évidence depuis que je vous lis que vous ne faisiez point fi de la communication.
Où la rangez-vous donc cette com' ?
Dans la vérité ?
Je n'ose y penser !
Dans la rumeur ?
Non plus !
Il ne resterait donc plus que l'information...
La com' devenue de l'information...
Vous décevez beaucoup, professeur, conférencier, philosophe...

Emmanuel Mousset a dit…

Oui, je suis un farouche défenseur de la communication, que je distingue de l'information et de la vérité, mais que je n'oppose pas.

Quant à la déception, c'est votre problème, pas le mien : je ne vous ai jamais demandé de croire en moi, je ne suis pas allé vous chercher.

Anonyme a dit…

Mais qui donc est allé chercher Macron ?
HOllande a une rare qualité : il ne sait pas s'entourer...

Emmanuel Mousset a dit…

Vous voudriez opposer Hollande à Macron : c'est raté, Macron a rendu hommage, ce soir sur TF1, au président, au Premier ministre et au gouvernement.

A a dit…

"Oui, je suis un farouche défenseur de la communication"...
Que dit le dictionnaire ?
du latin "forasticus", étranger...
Trois sens :
Farouche I : qui fuit quand on l'approche...
Farouche II : peu sociable, d'abord difficile...
Farouche III : violent, exprimant la violence...
Vous ne fuyez pas quand on s'approche de vous...
Vous êtes plutôt sociable...
Donc vous défendez la communication avec violence...
Pourquoi tant de violence pour juste de la propagande ?
Restez zen !
Je ne crois pas en vous, ayant déjà bien du souci à croire en moi-même.
Je vous observe et en vous observant, j'observe ceux qui se disent encore socialistes sans plus l'être depuis belle lurette parce que très éloignés du monde ouvrier.

Anonyme a dit…

Je ne doute pas que vous soyez intelligent comme Giscard l'est et comme beaucoup de gens, c'est votre sens et analyses politiques qui sont prises en défaut.

Anonyme a dit…

Macron a rendu hommage à Hollande et Valls comme la corde soutient le pendu, c'est un brillant oligarque intelligent, satisfait de lui-même mais très conformiste qui ne propose qu'un changement qui ne serait que l'aggravation d'une politique néfaste suivie et imposée au pays depuis 30 ans par des oligarques au service de Bruxelles, Berlin et Washington. Ce qui est d'autant plus vrai depuis le déni du vote démocratique du 29 mai 2005.
Au fur et à mesure que l'on va avancer dans la période électorale la bulle politique et médiatique qu'est Macron va se dégonfler. Je vous invite à rester au P"S" au moins vous sentirez un peu moins seul lors de votre prochaine "gueule de bois" électorale.

Philippe a dit…

L'évolution plausible après quelques pantalonnades médiatisées et beaucoup ... de dessous de table pour le partage du fromage France ...
Juppé Président et Macron 1er Sinistre