dimanche 14 août 2016

Sarkozy reste de droite



En politique, je suis prêt à admettre bien des points de vue, y compris très éloignés des miens. Mais il y a quelque chose que je ne comprendrai jamais : ce sont les gens qui vous disent que la gauche et la droite c'est la même chose, qu'ils font la même politique, et patati et patata. C'est vraiment le degré zéro de la réflexion, la paresse intellectuelle la plus crasse, la facilité suprême qui évite de vous positionner. Je déteste. Au contraire, en ce qui me concerne, pour savoir pourquoi je suis de gauche, c'est très simple : il me suffit de lire ou d'écouter un homme de droite, et la différence est éclatante (il n'y a qu'au niveau local, dans la gestion municipale, que le clivage s'estompe).

J'en ai encore fait l'expérience cette semaine, dans le dernier numéro du magazine Valeurs Actuelles, en lisant l'entretien avec Nicolas Sarkozy. En 2007, celui-ci avait fait largement campagne sur le thème de l'identité nationale, à son profit. En 2012, il a réitéré, à son désavantage. Pour 2017, il exploite la même veine, droitière par excellence : la nation, la patrie, l'identité nationale. A gauche, tant bien que mal, ce sont plutôt les questions sociales qui sont privilégiées. Ainsi va et vit notre démocratie. L'extrême droite exacerbe les thèmes droitiers, en ajoutant la xénophobie, l'autoritarisme et la critique de la République. Dans une partie de l'électorat, il y a même une perméabilité entre la droite et l'extrême droite, malgré leurs différences fondamentales.

Dans Valeurs Actuelles, Sarkozy tacle Hollande sur l'Etat de droit. Le président a pris sa défense, face au terrorisme, qui veut sa destruction. L'ancien président, non : en champion des fausses évidences, il fait remarquer que l'Etat de droit, ce n'est pas les tables de la Loi, qu'on peut donc le modifier. Drôle de comparaison entre Constitution politique et texte religieux ! Bien sûr que ce n'est pas la même chose : il n'empêche qu'il y a, dans les lois de la République, un socle, un élément de permanence qu'il est dangereux et inefficace d'altérer, surtout face au terrorisme.

Où veut en venir Sarkozy ? Au droit du sol. Ah ! le droit du sol ! On ne voit pas trop le rapport direct avec le terrorisme, mais c'est une vieille rengaine d'une certaine droite, plutôt radicale, qui trouve utile de contester ce principe républicain, qui fait justement partie de ce socle immuable. Mais l'ancien président, qui aspire à le redevenir, hésite, sans doute conscient de l'énormité qu'il professe : "Je veux qu'on le garde, mais pas de manière automatique". Ce qui signifie qu'il est pour et contre à la fois. Nicolas Sarkozy a vraiment un problème avec le droit : il rêve manifestement à des lois à géométrie variable, alors que la matière juridique cherche autant que possible à établir des règles qui ne souffrent pas d'exception. Je ne suis pas juriste, mais quand j'entends notre ancien président proposer une "présomption de nationalité", pendant à la "présomption d'innocence", je trouve le concept aberrant et même effroyable. Quelqu'un né en France est Français, quels que soient ses origines, son casier judiciaire ou la situation de ses parents : point final. On ne va pas se mettre à établir des conditions.

Autre désaccord avec Sarkozy, autre vieille lune : l'interdiction du voile (islamique bien sûr) à l'université et dans les entreprises. Bonjour la liberté d'expression, contenue dans la Constitution ! Mais puisque Nicolas Sarkozy considère que le droit est "évolutif", allons-y, évoluons ... Idem pour l'interdiction des repas de substitution dans les cantines scolaires, que jamais la laïcité n'a prôné depuis plus d'un siècle qu'elle existe. Sur tous ces points, je m'oppose totalement, frontalement à l'ancien chef de l'Etat et possible candidat de la droite l'an prochain. Une fois de plus, depuis 38 ans que je jouis du droit de vote, je sais où ira mon suffrage en 2017.

Malgré tout, il y a un point sur lequel j'applaudis Nicolas Sarkozy, où je suis entièrement d'accord avec lui, à la lecture de cet entretien (eh oui !) : ce sont ses positions en matière de politique étrangère. Il demande, dans la lutte contre Daech, que la France se réconcilie avec la Russie, que nous prenions l'initiative d'une coalition des pays arabes partenaires pour l'envoi de troupes au sol. Sarkozy a cette formule très vraie : "Une guerre ne se gagne pas seulement à 10 000 mètres d'altitude" (allusion aux bombardements). J'aimerais qu'Hollande parle ainsi, adopte cette ligne. Comme quoi la différence réelle et profonde entre la gauche et la droite n'interdit pas certaines convergences.

6 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Sarkozy ne sait pas trop sur quel pied danser... Mais si le concept de "présomption de nationalité" est ridicule, il l'est tout autant que le droit du sol. Je n'arrive pas à trouver une quelconque légitimité à ce dernier: d'après vous, un enfant né à Calais de migrants arrivés illégalement en France est français. C'est grotesque: il ne parle pas notre langue, ne connaît pas notre culture, et ses parents n'ont pas vocation à rester dans notre pays... Vous allez objecter que le droit du sol est "républicain" (il semblerait que ce soit votre mot favori). Le droit du sang l'est tout autant. Sarkozy a raison lorsqu'il affirme que le droit se change. Autrefois le droit du sang primait (dans le première version du Code civil notamment) et depuis nous sommes passés au droit du sol. A ceci j'ajoute que le droit du sang est utilisé dans de nombreux pays démocratiques: l'Autriche, l'Italie ou la Suisse pour ne citer qu'eux.

"Mais pourquoi le droit du sang est-il mieux?" me demanderez-vous. Parce qu'il permet de souder la Nation. Avec un tel droit, le pays n'est plus seulement uni par de la paperasse mais aussi par "un sang", qui a une valeur symbolique bien plus forte. Avec le droit du sol, nous allons créer un État "patchwork" d'individus qui n'ont aucun vrai point commun.

J'attends maintenant les arguments en faveur du droit du sol, je reste ouvert d'esprit.

J'ai décidé de passer sur la question du voile, ça se passe de commentaires.

D a dit…

"il n'y a qu'au niveau local, dans la gestion municipale, que le clivage s'estompe" ?
Justifier cette affirmation SVP...
En quoi un politique portant sa casaque de maire ne serait plus de droite tandis qu'il le serait en portant sa casquette de ministre ?

R a dit…

Si le président russe et son premier ministre, interchangeables, sont fréquentables aujourd'hui, alors le chancelier du Reich et le duce ou le caudillo l'étaient aussi autrefois.
Si annexer un territoire, faire la guerre intérieure comme extérieure ne sont pas des motifs suffisants pour qu'au moins les démocrates n'aient pas de relation avec des gens comme ça faut expliquer... La realpolitik, ça va bien un moment, mais pas trop n'en faut.

Emmanuel Mousset a dit…

Non, Poutine n'est ni Hitler, ni Mussolini.

Anonyme a dit…

Non, Poutine n'est ni Hitler, ni Mussolini.
En quoi s'emparer de la Crimée diffèrerait de s'emparer de l'Autriche ou de l'Ethiopie en droit international ?

Philippe a dit…

à R
La France fait aussi la guerre et au moins sur autant de "terrains" sinon plus que la Russie !