jeudi 18 août 2016

Pas de recul contre le cumul



En politique comme dans la vie, on peut changer d'avis, même si ce n'est pas recommandé, car il vaut mieux avoir de la suite dans les idées. Mais parfois, c'est inévitable : le monde change, les idées changent. Il y a un point sur lequel je n'ai jamais varié : le non-cumul des mandats électifs. On ne fait bien qu'une chose à la fois ; seuls les prétentieux se vantent du contraire. Et puis, la classe politique, en démocratie, doit être largement ouverte : il n'est pas bon de retomber sur les mêmes, souvent durant plusieurs décennies.

Mon hostilité fondamentale au cumul des mandats ne me fait pas ignorer les arguments en sa faveur, qui ne sont pas dénués de légitimité. Il est vrai que dans les années 60, 70 et avant, le cumul ne posait aucun problème, et son interdiction ne figurait pas aux programmes des partis politiques. Au contraire, cumuler était considéré comme un gage d'efficacité et de compétence. Et puis, on laissait aux électeurs le soin d'en décider, pas à la loi. Alors, pourquoi maintenant le sujet fait-il débat ? Parce que le monde change et que les réactions changent.

Autrefois, les élus étaient honorés. Un simple conseiller municipal, ce n'était pas n'importe qui. Aujourd'hui, c'est fini. La classe politique s'est professionnalisée. Les mandats électoraux exigent des compétences. L'opinion publique est devenue exigeante. Massivement, elle est contre le cumul des mandats, alors que sur tant d'autres questions, elle est partagée. C'est pourquoi il faut aller dans ce sens-là. A quoi s'ajoutent une crise de la démocratie, de la représentation, une montée de l'extrême droite qui renforcent la nécessité d'une stricte limitation des mandats, pour redonner vie, vigueur et rigueur à notre République.

François Hollande l'a bien compris, quand il en a fait une promesse de campagne, en 2012, devenue loi en 2014 : désormais, on ne peut plus cumuler, à partir de 2017, un exécutif local et un mandat national. C'est sage et raisonnable. On pourrait même aller plus loin, mais le progrès est déjà énorme. D'autant que l'idée ne fait pas l'unanimité, dans cet éternel débat et combat qu'est la politique en démocratie. Durant ce mois d'août, 160 parlementaires de droite ont demandé de repousser l'application de la loi en 2020, à partir d'une argumentation technique qui cache mal leur hostilité de fond à la philosophie de la loi. Nicolas Sarkozy, qui a le mérite de la clarté, comme tout leader digne de ce nom, souhaite carrément son abrogation, qu'il soumettra à référendum, en cas de retour au pouvoir.

Le plus étonnant, c'est que des socialistes sont eux aussi hostiles à cet engagement du président et de leur propre parti. 11 sénateurs, dont des radicaux de gauche, ont déposé un projet de loi comparable à celui de la droite : recul en 2020. Parmi eux ne figure pas le sénateur socialiste de l'Aisne Yves Daudigny, et je m'en réjouis. Parmi les parlementaires de droite favorables au prolongement du cumul, il y a Pascale Gruny, Julien Dive et Antoine Lefèvre. En janvier prochain, quand il nous faudra faire campagne pour François Hollande, défendre son bilan et présenter son projet, nous nous souviendrons de tout cela.

26 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous ne faites plus campagne pour MACRON ??

Emmanuel Mousset a dit…

Si, plus que jamais.

Philippe a dit…

une idée sans doute idiote :

ne plus donner d'aide financière aux élus les dédommageant de leurs déplacements

sûr que cela ils ne le voteront jamais....

C a dit…

Ce sont des cumulards qui ne songent qu'à prolonger leurs baux cumulés d'abord pour le plaisir de diriger sans doute ou encore parce qu'ils se refusent à choisir entre leurs mandats mais aussi et éventuellement surtout pour les prolongements lucratifs (indemnités et retraites), ne nous voilons pas la face...

Emmanuel Mousset a dit…

On ne se grandit pas à avancer des arguments très bas.

Maxime Lépine a dit…

N'empêche que la Nature humaine étant ce qu'elle est, nul doute que beaucoup de nos élus ne désirent que du pouvoir (qu'ils n'ont pas toujours dans les faits) et de l'argent (merci les indemnités, qui s'ajoutent dans le cas des cumulards).

Emmanuel Mousset a dit…

Il est normal, en politique, de vouloir le pouvoir, sinon on ne peut rien faire. Quant à l'argent, pour en gagner, il faut aller vers l'activité économique ou financière, pas vers la politique, trop incertaine.

Anonyme a dit…

Tant que on entretiendra un flou ....
Soyons clair , un seul salaire , celui de la fonction la plus rémunératrice ...Cela permettra de répartir le boulot et donc de faire émerger de nouvelles têtes , de nouveaux talents et donc de réduire les dictatures locales et le verrouilage de la démocratie ....
Pour le cumul dans le temps .. 2 mandats de même titre et RIEN de plus ...

Erwan Blesbois a dit…

Les hommes politiques sont là pour montrer l'exemple, ils doivent être exemplaires, avoir plus de devoirs que le citoyen lambda, être vertueux, et pas plus de droits. Si on critique le vice chez le citoyen lambda, comme le narcissisme, pourquoi l'encouragerait-on chez un homme politique ? L'homme politique est grassement payé, et jouit du pouvoir, on ne lui demande pas d'être immoral et nietzschéen, mais kantien. Laissons Nietzsche et tous ses excès aux artistes.

Philippe a dit…

C'est sans doute oublier que nous ne sommes peut être plus parmi les pays vertueux et que la sensibilité au lobbying et à ses cadeaux peut s'accentuer d'année en année.
La France est classé comme l'un des pays les plus corrompus d'Europe.
Le pouvoir peut éventuellement offrir des avantages officieux.

Emmanuel Mousset a dit…

Pitié, Erwan, ne nous fait pas le coup de l'homme politique "grassement payé". Le "gras", c'est toi qui l'as, dans ta tête engraissée aux préjugés.

Erwan Blesbois a dit…

C'est vrai que comparé à un joueur de foot, un homme politique gagne une misère.

Emmanuel Mousset a dit…

Pas besoin d'exagérer la comparaison. Si tes enfants ont envie de se faire du fric, ils n'iront pas en politique.

Philippe a dit…

Comparaison !
Je préfère l'emploi du mot « politicien ».
A mon avis il faut utiliser le mot « homme politique » à ceux qui se trouvant en désaccord avec le comportement que l'on cherche à leur imposer démissionnent et abandonnent tout pouvoir politique … pour comme on dit « une traversée du désert » … politique ... de plus en plus rare.
Donc pour revenir à nos moutons, il me semble que majoritairement les politiciens viennent de la petite et moyenne bourgeoisie et les revenus officiels qu'ils tirent de la politique ne sont pas inférieurs à ceux qu'ils auraient pu espérer comme avocat, médecin basique ou prof basiques etc..
Il y a qq rares exceptions qui cachent cette réalité sociale, des héritiers qui cherchent à prendre leur pied comme d'autres le font en jouant aux échecs ou des erreurs de casting qui quittent rapidement le « jeu ».

Emmanuel Mousset a dit…

- Je n'emploie jamais le mot "politicien", trop péjoratif.

- Oui, beaucoup d'élus viennent de la petite bourgeoisie. Une indemnité d'élu permet d'augmenter un pouvoir d'achat que leur avancement de carrière n'aurait pas permise. C'est une conséquence, mais ce n'est pas un motif. Je ne connais, personnellement, aucun élu qui se soit engagé en politique pour l'unique objectif de l'argent. Je pense que la dimension psychologique est plus importante : la recherche d'une forme de reconnaissance sociale. N'oublions pas que beaucoup d'élus ont peu ou pas d'indemnités.

Anonyme a dit…

Le personnel politique de notre contrée est faible ...
Médecin, Ingénieurs , Chercheurs sont rares ...

R a dit…

"N'oublions pas que beaucoup d'élus ont peu ou pas d'indemnités" ???
A part les conseillers municipaux, vous voyez qui dans cette catégorie là ?
Vous vous méprenez, vous vous leurrez ou vous faîtes semblant, cher E M.
Si l'unique objet de l'engagement politique n'est certes pas l'argent, il y contribue...
Et puisque nous en sommes là, revenons sur la loi "parité".
Elle est belle cette obligation à présenter autant de masculins que de féminines...
A quand celle qui obligerait autant d'ouvriers, autant de sans emploi, autant d'entrepreneurs et autant de fonctionnaires ou autant de salariés agricoles... et j'en passe... que leur représentation dans le corps social ?
Et tant qu'à faire autant de musulmans, de catholiques, de bouddhistes ou de protestants voire d'athées que toujours dans ce même corps social ?
Eh oui, je suis républicain et donc j'accepte la loi actuelle mais en tant que républicain, je suis en droit de vouloir agir pour qu'elle soit modifiée.
Et vous, cher E M ?
Et tous les autres intervenants sur ce blogue ?

Emmanuel Mousset a dit…

1- Les conseillers municipaux constituent l'écrasante majorité des élus de notre pays.

2- La loi sur la parité est un immense progrès, que l'on doit à la gauche. La moitié du genre humain, exclue du pouvoir pendant plusieurs millénaires, a enfin droit de cité. Quant à la représentation obligatoire des minorités que vous évoquez, elle me semble absurde. En tout cas, je suis contre.

Maxime Lépine a dit…

Vous parlez d'un progrès: en doublant le nombre d'élus cela permet de caser encore un peu plus de petits apparatchiks des différents partis politiques... et puis si les femmes ne veulent pas se présenter aux élections c'est quand même leur choix non? Ou alors pour imposer la parité le PS n'a qu'à obliger les électeurs à voter pour des femmes, peu importe leur compétence.

Emmanuel Mousset a dit…

Pourquoi voir tout en mal ? Bien sûr que les sentiments bas, les soucis médiocres existent en politique. Mais on ne peut pas non plus réduire la politique à eux. Et puis, en insistant sur le négatif, on le renforce.

Les femmes ont évidemment le choix de ne pas vouloir occuper le pouvoir. Mais que celui-ci soit depuis toujours très majoritairement dominé par les hommes, c'est le signe que la liberté n'a rien à voir là-dedans, mais plutôt la contrainte.

Maxime Lépine a dit…

Ou alors c'est le signe que la Nature féminine est telle qu'elle dédaigne le pouvoir?

Maxime Lépine a dit…

Je vois tout en mal parce que je suis réaliste. Vous pouvez me trouver cynique mais j'aurais tendance à penser être dans le vrai, la bassesse humaine étant ce qu'elle est.

Maxime Lépine a dit…

Cela étant, ce qui est bien quand on ne se fait aucune illusion, c'est qu'on n'est JAMAIS déçu.

Emmanuel Mousset a dit…

1- La femme aspire autant au pouvoir que l'homme (hélas ?).

2- Il est vrai que la réalité ne pousse pas à l'optimisme. Mais quelque chose change tout : l'espérance, qui n'est pas un vain mot, quand on y croit.

3- La déception est le sentiment qui me semble le plus étranger à la politique. On agit, ça marche ou ça ne marche pas. Mais il n'y a pas à être déçu.

L a dit…

E M, vous pouvez paraître cohérent mais à bien y penser, c'est moins sûr...
Vous vous pressentez "socialiste" et vous suivez un homme que se dit : "je ne suis pas socialiste" [depuis peu, par ailleurs]...
Soit, vous êtes socialiste (on peut remonter avant 1905 et la création de la SFIO) et vous êtes socialiste à la Jules Guesde, à la Jean Jaurès, à la Blanqui, à la façon pensée par Marx et même éventuellement à la Viviani, à la Briand soit vous ne l'êtes pas !
Parce que les enfants de tous ces ancêtres, des communistes aux républicains, qu'ils soient aux manettes ou dans l'opposition, actuellement, comme vous, et comme le marcheur du Touquet, sont dans des postures, pas dans le socialisme tel que vécu par ceux de 1948 dont Lefrançais pour lesquels socialisme ne signifiait pas posture mais action.

Emmanuel Mousset a dit…

Je suis socialiste à la suédoise, à l'allemande, à la Bad Godesberg, à la Olof Palme, à la Gerhard Schroeder, à la Michel Rocard, à la Jacques Delors ... et à la Emmanuel Macron. Visiblement, nous n'avons pas les mêmes références. Ce n'est pas grave : historiquement, le socialisme a toujours eu plusieurs versions.