mardi 23 août 2016

Pas lui, pas ça



Nicolas Sarkozy est de nouveau candidat. Il a ça dans le sang. Il ne sait rien faire d'autre. Pourquoi pas, on est en République, chacun est libre de se présenter, et même de se représenter. Mais est-ce bon pour la démocratie ? Non, je ne crois pas. Quand on a été en charge de la France pendant un mandat, qu'on a été désavoué par l'électorat, on ne se présente pas une deuxième fois, on laisse la place à quelqu'un d'autre. Voilà, à mon avis, le bon sens démocratique. J'aurais le même raisonnement, bien sûr, pour un candidat de gauche. Lionel Jospin, qui est un honnête homme, avait annoncé sa retraite le soir même de sa grave défaite, en 2002.

Quand on est dans l'opposition, c'est différent. François Mitterrand s'y est pris à trois fois avant d'être élu président. Ca ne me choque pas. On essaie, on échoue, on recommence. Mais être au pouvoir, assumer les responsabilités et être refusé par une majorité, qui estime que votre politique a échoué, non, on n'y revient pas. Sarkozy, oui, ça ne le dérange pas. Peut-il être élu ? Oui, bien sûr, le gars n'est pas fou, il sait que la politique est imprévisible, qu'aucun pronostic sérieux n'est possible : donc, il y va, il tente le coup, il force le destin. Nicolas Sarkozy est une bête politique, Alain Juppé beaucoup moins : en fera-t-il une bouchée ? On verra bien ...

Dans l'idéal, ce qui serait honorable pour notre démocratie, l'an prochain, au second tour de la présidentielle, ce serait une confrontation entre François Hollande et Alain Juppé. L'actuel président ne peut être que le seul candidat des socialistes : il a été au pouvoir pendant cinq ans, il doit assumer et défendre son bilan devant les Français et présenter son projet pour la suite. Lui seul le peut et le doit : c'est notre candidat naturel. S'il renonce, il faudra voir à départager Valls et Macron (vous connaissez ma préférence).

A droite, Alain Juppé est un candidat sérieux, légitime, presque naturel dans son camp, si celui-ci était intelligent (mais la politique et l'intelligence ne font pas forcément bon ménage). La droite dure de Nicolas Sarkozy, on a déjà donné ... Juppé est, bien sûr, lui aussi, de droite, mais plus centriste, plus modéré. Et surtout, il n'a pas déjà été président ! Un duel Juppé-Hollande aurait le mérite d'une certaine rationalité, d'un sens des limites, d'un refus des excès. En revanche, un remake Sarkozy-Hollande aurait, j'en suis sûr, un impact très négatif dans l'opinion.

Sarkozy, je n'aime pas, parce que c'est la droite dure : identité, sécurité, autorité, on connaît la chanson. Bon, pas mal de Français y sont sensibles. Ce n'est pas tant pour cette raison que je rejette sa candidature, c'est pour son comportement irresponsable durant sa dernière campagne, où le chef de l'Etat alors en exercice avait dépassé le montant autorisé des dépenses. Résultat : son parti a dû faire la quête pour récolter 11 millions d'euros. Un homme politique qui a un tel comportement, qui nuit ainsi à sa propre famille politique, qui ne respecte pas les règles devrait être immédiatement disqualifié (mais la politique et la morale ne font pas forcément bon ménage).

Sarkozy, c'est fini ? Je l'espère, je le souhaite. Et pourtant, comme il faut s'attendre à tout en politique, comme aucune hypothèse ne doit être exclu, il y a un cas de figure où je pourrais, mais oui, voter pour lui (ce que je n'ai jamais fait jusqu'à présent) : si un funeste second tour des présidentielles éliminait la gauche et mettait en lice Sarkozy et Le Pen. Alors oui, bien que je ne l'aime pas et que je le combats, je voterais pour lui, selon une règle pour moi intangible, maintes fois répétée sur ce blog : contre l'extrême droite, ne jamais s'abstenir, voter contre.

L'abstention ou le vote blanc sont des comportements lâches, irresponsables, hypocrites ou tout simplement stupides. Un choix politique ne se fait jamais dans l'absolu, mais relativement à un autre choix. Entre l'extrême droite la plus molle et la droite la plus dure, j'opterai toujours pour la seconde. Et si vous me dites que ces deux choix sont identiques, je réponds que vous êtes aveugles : il y a bien DEUX choix, avec de fortes différences politiques, historiques, idéologiques, programmatiques. Malheur à quiconque, dans ce pays, favorisera rien qu'un peu les fachos ! Mais espérons que nous n'en arriverons pas là : Hollande contre Juppé, ça me va, ça nous ferait une belle présidentielle 2017.

19 commentaires:

Maxime Lépine a dit…

Jusqu'à présent je me suis toujours abstenu. Pourtant je ne pense pas (en toute honnêteté) être lâche, irresponsable, hypocrite ou stupide. Vous avez une explication?

Erwan Blesbois a dit…

Houellebecq l'a dit, mais Houellebecq est-il infaillible ? Marine Le Pen n'arrivera jamais au pouvoir en France, elle fera jaser, elle déclenchera l'hystérie, mais elle n'aura jamais le pouvoir. Il est déjà pratiquement écrit qu'elle sera opposée au candidat de droite au second tour en 2017, et qu'elle perdra quelque soit le cas de figure. Le scénario est déjà écrit, c'est là que l'on verra si des événements imprévisibles, peuvent déjouer ce qui semble écrit dans le marbre ?

Emmanuel Mousset a dit…

Oui Maxime : tu es l'exception qui confirme la règle.

C a dit…

Il n'y a pas de lâcheté dans le fait d'aller voter.
C'est un droit.
C'est donc un devoir.
Le devoir électoral.
A mes yeux, il est impossible de concevoir qu'après avoir combattu quelqu'un et son programme, on aille par la suite au second tour voter pour eux.
Si je combats les idées de Sarkozy au 1er tour, comment par la suite me rallier à lui ?
Moi, en 2002, j'ai mis un bulletin blanc (en fait j'ai remis le même bulletin qu'au 1er tour) au second tour (je suis rentré dare-dare de quelques jours de repos au Mont Saint Michel et à Saint Malo pour pouvoir voter).
Et en 2017, si je dois à nouveau choisir entre FN et LR (ex- UMP), je referai pareil et remettrai le même bulletin qu'au 1er tour.
J'estime avoir de la logique et agir logiquement.
Je ne pense pas que Monsieur Mousset soit cohérent en combattant Xavier Bertrand puis en votant pour lui, en combattant Nicolas Sarkozy puis en votant pour lui ainsi qu'il le déclare sur ce blogue.

Emmanuel Mousset a dit…

Oui, vous avez de la logique : celle de l'indifférence, du non choix, du blanc bonnet et bonnet blanc. Je connais. Un petit conseil : restez à vous reposer au Mont Saint Michel et à Saint Malo. Ce n'est pas la peine de vous précipiter à revenir pour un vote qui ne sert à rien. Votre logique, c'est le repos : reposez-vous bien.

Philippe a dit…

Le vote blanc ne sert à rien en raison de la volonté législative concertée des appareils/officines/boutiques politiques/politiciennes dominantes.
Il suffirait que la loi décide que le vote blanc entre dans le décompte des voix pour qu’il prenne encore plus de poids et de valeur politique.
Mais Boboland s’y refuse, peur évidemment d’un grand coup de pied au cul.
Quoiqu’il en soit « voter blanc » c’est participer au débat (en se déplaçant physiquement) mais en marquant son refus des choix proposés par les partis politiques, ou son refus des résultats d’un premier tour ...
C’est donc un vote on ne peut plus politique.
Il peut déplaire mais de là à mépriser les citoyens qui l’utilisent !!!!!!!!!!!!

Emmanuel Mousset a dit…

Désolé, je continuerai à les mépriser. Mais ils s'en relèveront, vous savez ...

Philippe a dit…

"Désolé, je continuerai à les mépriser. Mais ils s'en relèveront, vous savez ..."
Heureusement que le mépris (ou "la nausée" inhibant l'action) est rarement rencontré dans certaines professions ...
On sortirait systèmatiquement les deux pieds devant de tous les hôpitaux !

Emmanuel Mousset a dit…

Ne mettez pas de la pathologie là où je mets une forme d'éthique : mépriser ce qui est méprisable, ce n'est que mérite et justice. Ce ne sont pas vos valeurs, soit. Et la nausée n'a rien à voir là-dedans.

Philippe a dit…

Au cours d'une vie on a souvent besoin d'un "méprisable".
Dans tout homme forcèment gris il y a des petits coins blancs et des noirs.
Seriez-vous la perfection fait Homme !!!

Emmanuel Mousset a dit…

Le mépris n'a rien à voir avec la perfection. Sa légitimité ne vient pas de celui qui méprise, qui s'en passerait volontiers, mais de celui qui est méprisé, parce qu'il le mérite. Mais je conçois votre réticence : le mépris n'est plus une valeur dans l'air du temps. Il est même considéré comme une anti-valeur. Quand on veut se débarrasser de quelqu'un, ne pas répondre à un argument, justifier de sa propre position sans avoir à s'expliquer, on nous fait le coup du "mépris".

Maxime Lépine a dit…

Il ne vous est jamais venu à l'esprit que parmi ceux qui s'abstiennent ou votent blanc, certains n'ont tout simplement pas confiance dans le système? Ou n'ont pas confiance dans la démocratie?

Anonyme a dit…

que le vote blanc soit comptabilisé ou pas ne change rien au final puisque quelqu'un sera forcément élu;en fait ça ne servirait qu'à compter les indécis mais ça, tout le monde s'en f..t plus ou moins: on constate un désamour pour la politique mais ce n'est pas cela qui changera le comportement ringard des hommes politiques actuels (toutes tendances confondues) incapables de modifier le "logiciel" de leurs discours;la démocratie à la française prend l'eau..et malheureusement on ne voit pas comment l’empêcher de boire la tasse; ah oui le FN diront certains:là ce n'est pas la tasse mais carrément la descente dans les grands fonds

Emmanuel Mousset a dit…

Maxime, c'est bien ce que je leur reproche : leur manque de confiance.

Maxime Lépine a dit…

Il est normal d'avoir un esprit critique non? Ce que je reproche à notre système c'est de n'admettre aucune critique. Personnellement je ne suis pas convaincu que la démocratie soit le meilleur ni le plus juste des régimes. Cela fait-il de moi un fasciste?

Emmanuel Mousset a dit…

Non, les adversaires de la démocratie parlementaire sont aussi les anarchistes ou les monarchistes. C'est la force de la démocratie d'admettre en son sein ses adversaires, de les laisser s'exprimer.

C a dit…

"Non, les adversaires de la démocratie parlementaire sont aussi les anarchistes ou les monarchistes. C'est la force de la démocratie d'admettre en son sein ses adversaires, de les laisser s'exprimer."
La démocratie, c'est par définition, le peuple citoyen en action pour s'auto-gérer.
Ce n'est pas remettre son pouvoir décisionnel entre les mains de présupposées élites.
S'auto-gérer quand la cité est trop vaste pour appliquer la démocratie directe, ce serait donc laisser une place aussi large que possible au tirage au sort de citoyens !
Non ?
Monsieur est trop bon avec l'expression condescendante du "laisser s'exprimer"...
C'est associer aux décisions qu'il conviendrait de dire !

yvesgerin a dit…

Apparammant mes commentaires ne vous plaisent pas.Faire référence aux poperinistes,faut le faire,le ps vous perdra

Emmanuel Mousset a dit…

J'avoue que ce sont surtout mes propres commentaires qui me plaisent. C'est d'ailleurs pour cela que je les écris. Quant aux poperénistes, j'en parle parce que ça existe. C'est comme les trèfles à quatre feuilles : ce n'est pas parce qu'ils sont rares qu'il ne faut pas en parler.