samedi 20 août 2016

Macron imperator



Ce Macron, il m'épate ! Il ose tout, se moque des convenances politiques. Aller faire sa rentrée en Vendée, chez de Villiers, dire qu'on n'est pas socialiste, c'est bluffant. Nulle tactique de sa part, encore moins de l'incohérence ou de la bouffonnerie : l'homme a une pensée, une trajectoire. On peut être en désaccord, mais on ne peut pas dire que c'est n'importe quoi. Quel est son secret ? Ne le répétez pas, c'est très mal vu en politique : Macron est un homme libre. Son audace, c'est de dire ce qu'il pense, un luxe rare, que ne peuvent se permettre que ceux qui pensent quelque chose.

Si Macron n'est pas socialiste (mais homme de gauche), c'est qu'il est d'abord "ministre de la République", soucieux de l'intérêt général. C'est aussi parce qu'il a constaté, de fait, que sur certains points importants, les clivages anciens sont devenus inopérants. Comment ne pas être d'accord avec lui ? Quand Macron se rend au Puy du Fou, ce n'est pas pour soutenir un ancien ministre réactionnaire, d'une droite très radicale : c'est pour saluer un entrepreneur qui a réussi en mettre en place l'attraction la plus visitée du pays. Là aussi, comment ne pas lui donner raison dans cette démarche ?

Macron est libre dans sa tête et dans son geste. Au spectacle du Puy du Fou, il a joué le jeu. Dans son sourire et son visage, je crois même déceler un côté enfant. "Le Signe du triomphe", c'est le titre de l'attraction : après Jeanne d'Arc en mai, Macron est devenu César en août. Le peuple rassemblé a attendu avec anxiété son verdict lorsqu'il a dû se prononcer sur la vie d'un prisonnier gaulois. Macron a finalement levé le pouce pour l'épargner : ouf ! Mais à qui s'adressait cette clémence ? Nous sommes bien sûr dans la métaphore : quel homme politique devra sa survie à l'indulgence d'Emmanuel Macron ? Dans la même veine, qui sont ces lions et ces tigres dans l'arène, de droite et de gauche ? Pour le moment, Macron est imperator : il faudra qu'un jour il endosse l'armure du gladiateur, qu'il descende dans l'arène, qu'il aille au combat. En attendant, il a terminé le spectacle sur un char, tiré par quatre chevaux ! Après César, Ben Hur ?

En cette mémorable journée de rentrée, le ministre est aussi allé fleurir la tombe de Clémenceau, le grand républicain, avant de se rendre chez le monarchiste de Villiers. L'art de la synthèse n'est pas réservé qu'à François Hollande. Et puis, mine de rien, c'est une pierre dans le jardin de son rival social-libéral, Manuel Valls, grand admirateur du père la Victoire. Oui, ce Macron m'épate, et je me range plus que jamais derrière lui, inconditionnellement. Seule petite différence : je suis socialiste. Mais entre hommes libres ...

14 commentaires:

Anonyme a dit…

En juillet 2015 , vous disiez MACRON est un socialiste comme je les aime ... Alors vous mentiez , il mentait ... Que dire ???

Emmanuel Mousset a dit…

Il n'y a pas de mensonge en politique (nous ne sommes pas dans la morale), il y a des points de vue différents. Croyez-vous que tous les socialistes soient au Parti socialiste ? Croyez-vous que tout adhérent au PS soit forcément un socialiste authentique et sincère ? A ces deux questions, mon point de vue est que non. Voilà ce que je dis. Et je continue à aimer Macron ...

Erwan Blesbois a dit…

Je pense que tu comprends mieux Macron qu'il ne se comprend lui-même. Macron est avant tout un homme d'argent, c'est un gadget qui nous vient du capital, pour défendre les intérêts de cette caste. Il n'entend rien à l'État, ni encore moins à l'Histoire de France. D'ailleurs il a une tête de golden boy anglais de la city. Oui il est «libre», comme l'économie de marché dérégulé qu'il préconise. Mais il faut bien s'enthousiasmer pour quelque, tant que le probable futur cadavre du PS bouge encore un cil.

C a dit…

Et le Georges, prétexte à cette mise en scène où le couillon semble bien être le petit marquis vendéen, le Joli de Villiers, était-il socialiste, lui ?
Qu'en pourrait bien penser la vierge rouge, la Louise Michel, contemporaine forcément du Clémenceau de service... ?
Tout ça ressemble fort à de la "com" où "c'est le fonds qui manque le" plus.
On est tombé bien bas, loin des fédérés et de leurs fusillés.

Emmanuel Mousset a dit…

Erwan, tu n'aimes pas Macron, c'est ton droit. De ton point de vue, c'est même ton devoir. C'est bien : il faut toujours accomplir son devoir.

C, on ne tombe que de là où on est perché : Macron n'a rien à voir avec les Communards.

Anonyme a dit…

Macron n'a rien à voir avec les Communards.
Et vous, si ce n'est pas indiscret car il me semble vous avoir aperçu pérorer non loin du mur il y a quelques saisons pour certains de vos amis de la ligue ?
Les morts (et les survivants - il y a toujours quelques survivants pour témoigner) de 1871 ne se pensaient pas autrement que socialistes, communards parce que membres de la commune de Paris.

Erwan Blesbois a dit…

Effectivement je l'ai fait par devoir, sans conviction, car Macron a quand même l'air plus sain et sympathique que Mélenchon, vraiment antipathique celui-là.

Emmanuel Mousset a dit…

Rien n'est jamais indiscret de ce qui est public : devant le mur des Fédérés, je faisais une visite historique, pas une manifestation politique. Ce n'était pas avec la Ligue de l'enseignement, mais avec l'Université du Temps Libre de Cambrai. Le bilan de la Commune de Paris est trop court, dans un contexte trop différent, pour en faire une source d'inspiration si longtemps après.

Erwan Blesbois a dit…

Je crois pour nous sauver à quelque chose comme une réforme des consciences, la politique ne pourra plus nous sauver, c'est trop tard. Heureux ceux qui y croient encore. J'aimais bien certaines idées de Mélenchon, mais le personnage m'apparaît sectaire et intolérant. Non la seule solution serait le retour à un dogme religieux, dès l'enfance. Mais il y a désormais le dogme de l'islam, bien virulent, on ne voit pas comment il ne l'emporterait pas : ce qui donne raison à Houellebecq.

Maxime Lépine a dit…

De toute façon pour se revendiquer de la Commune faut être un peu taré: ces braves communards n'ont-ils pas brûlé l'hôtel de ville, le palais d'Orsay, les Tuileries? N'ont-ils pas abbatu la colonne Vendôme? Ils ont aussi assassiné des dizaines de personnes, représentant l'État ou le clergé... un mouvement purement destructeur, en aucun cas créateur.

Philippe a dit…

Cette note me plaît, on quitte enfin les ornières crétines du tout blanc tout noir, organisées par les officines politiciennes.
Macron a raison comme citoyen soucieux du bien commun en cela il se préoccupe du "Politique" et ne se comporte pas en "politicien".
C'est la nuance que j'avais essayé de faire comprendre à notre hôte entre « Le Politique » et les « politiciens »..
Quand de Villiers a décidé de s'éloigner du monde des "politiciens" pour se préoccuper de la cité il s'est préoccupé du Politique.
Même encore maintenant les moqueries fusent quand on parle de de Villiers ...
mais ceux qui se moquent de lui qu'ont-ils, eux, fait de leur talent ?

Anonyme a dit…

"C, on ne tombe que de là où on est perché : Macron" peut tomber tout simplement en marchant sans nulle nécessité qu'un croc-en-jambe lui ait été décoché.

Anonyme a dit…

Je partage totalement votre point de vue.
Le lendemain, le 20, Emmanuel Macron est allé très discrètement rencontrer près du Puy du Fou quelques sympathisants dont j'étais, qui avaient participé à la grande marche dans l'Ouest. Il est brillant, bluffant, libre, totalement libre. Et candidat, au moment qu'il choisira.
Je viens plutôt du centre, mais quelle différence y a t-il entre vous et moi ? Aucune.
PS (!) : j'ai fait toute ma scolarité à Saint-Quentin, vous enseignez à La Ramée ou Henri Martin ?
Isabelle

Emmanuel Mousset a dit…

A Henri-Martin, depuis 1994.