samedi 16 avril 2016

Comment ça va ?



C'est une question qu'on nous pose souvent, dans la vie, une interrogation banale : comment ça va ? A quoi nous répondons poliment, spontanément : ça va. Même quand ça ne va pas, finalement. Mais que répondre d'autre ? Et puis, qu'est-ce que ça veut dire : comment ça va ? Il y a toujours quelque chose qui ne va pas, toujours motif à se plaindre. Pourtant, notre réponse, ça va, est quand même justifiée : pour beaucoup d'entre nous, en gros on peut dire que ça va, si nous n'avons pas l'esprit trop grognon. Il y a aussi cette intuition un peu bébête, mais vraie, que si notre situation pourrait être meilleure, elle a aussi la chance de ne pas être pire.

Où je veux en venir ? A la formule du président de la République qui a sans doute fait le plus réagir, en négatif, lors de sa dernière émission télévisée : ça va mieux, à propos de la France. Pour un individu, il est déjà difficile de dire si ça va ou pas ; pour un pays entier, imaginez ... Remarquez bien que François Hollande n'a pas dit : ça va, encore moins ça va bien, mais ça va mieux, nuance. Certains commentateurs auraient trouvé plus juste de dire : ça va un peu mieux ou ça va un peu moins mal. Là, c'est du pinaillage.

Quoi qu'il en soit, l'expression a été mal reçue. Serait-elle fausse, mensongère, exagérée ? Non, le chef de l'Etat l'a assortie d'exemples précis : la croissance commence à donner des signes positifs, le déficit est en voie de rééquilibrage, les impôts ont baissé et le gouvernement a pris de nombreuses mesures avantageuses aux Français (par exemple la généralisation du tiers-payant). Le ça va mieux est d'autant moins contestable que ce n'est pas une déclaration triomphaliste : ça va mieux implique qu'il reste encore beaucoup à faire, que c'est loin d'être parfait. Il y a à la fois du réalisme et de la modestie dans cette formule-là. Hollande n'a pas dit non plus : tout va mieux. Nous savons bien que le chômage ne baisse pas, même si la légère embellie économique peut laisser espérer des résultats dans les prochains mois.

Comment alors expliquer que le ça va mieux, constat relativement banal, formule assez indéterminée, ait suscité tant de critiques, et même d'indignations ? Parce que cette phrase, dans l'état actuel de l'opinion, ne peut qu'apparaitre provocatrice, indécente, obscène. Pourquoi ? Parce qu'à l'ère de l'individualisme-roi, personne ne s'intéresse au ça, mais au moi. Aux yeux de beaucoup, c'est leur propre sort qui les préoccupe, pas celui du voisin, encore moins celui de la France. Ils vivent le ça va mieux comme une offense à leur personne. Tant que ça ne va pas chez eux, ça ne peut aller mieux nulle part ailleurs. Et comme chacun d'entre nous trouve toujours de bonnes raisons d'être mécontent, la brève formule du président "choque", comme on dit aujourd'hui.

La population française, depuis de nombreuses années, vit dans un état dépressif, ne croit plus en rien, désespère de tout, doute de l'avenir, s'angoisse à la moindre réforme, craint le déclassement, la clochardisation. Que cette population mette en tête de ses intentions de vote un parti, le FN, moitié de fous et moitié de fachos, en dit long sur notre névrose collective. Allez dire à cette opinion publique malade dans sa tête, pessimiste pathologique, que ça va mieux, elle s'en scandalisera, car elle a besoin de se complaire dans l'idée que rien ne va. François Hollande a-t-il donc eu tort de lâcher cette phrase ? Non, il a eu mille fois raisons de dire la vérité, même si elle est irritante et contrariante. C'est par la vérité et la juste appréciation des résultats que la France guérira.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est bien connu, c'est la faute des autres, ces maudits français névrosés, voire mi-fous ou mi-fachos quand ils osent voter FN. Un diagnostic bien superficiel qui, vous et vos amis politiques, vous exonère de vos propres responsabilités. De votre aveuglement face aux défaites électorales depuis 2012 vous conduira logiquement à la déroute l'an prochain.

Emmanuel Mousset a dit…

A chacun ses responsabilités : quand on vote FN, on doit assumer son choix, nationaliste et xénophobe. Comme moi j'assume mon vote socialiste et les résultats de la politique gouvernementale.

Maxime Lépine a dit…

On peut être nationaliste sans être xénophobe non?

Emmanuel Mousset a dit…

Oui, bien sûr. Comme on peut être xénophobe sans être nationaliste. Mais je crois que le FN est les deux.

Philippe a dit…

EM a dit : « A chacun ses responsabilités : quand on vote FN, on doit assumer son choix, nationaliste et xénophobe. Comme moi j'assume mon vote socialiste et les résultats de la politique gouvernementale. »
Le mot "responsabilité" mériterait d'être utilisé sérieusement !
En politique, dans le système dit "des partis" personne qui soit « en place » en fait n'assume, de fait, vraiment de responsabilités et encore moins de culpabilités.
Dire, quand on occupe une fonction politicienne rémunérée, je me considère comme responsable sans se sanctionner soi-même en démissionnant est une escroquerie intellectuelle.
Dire, quand on occupe une fonction politicienne rémunérée, je me considère comme coupable sans accepter un jugement au pénal est une escroquerie intellectuelle. En effet tous bénéficient d'une immunité qui ne peut être levée que par « les copains » ou collègues de nomenklatura.
En quoi, dans ce système, un obscur carté de sous-préfecture est-il concerné plus que son voisin non carté ?
Surtout en quoi est-il plus concerné que son gourou en fonction qui lui ne l'est pas lui concerné ?
Ah oui ! Il peut éventuellement ne pas être réélu, le train de vie d'un ex est à faire pleurer !
Référence :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/04/15/ce-tres-cher-trio-d-anciens-presidents_4902731_4355770.html

P a dit…

Il conviendrait de distinguer entre rémunération et défraiement.
Défrayer les responsables politiques pour se mettre au service des concitoyens est absolument indispensable.
Ce devrait être le cas pour toutes les personnes qui sont dans le bénévolat par ailleurs.
Rémunérer, assurer un salaire, faire carrière pour les mêmes motifs, citoyens, politiques, bénévoles pose question.
De même que le revenu (pour toute ou partie de la population en âge de pouvoir travailler) sans contre partie de travail, d'emploi, de fonction.
En tous les cas, ça, ça devrait interpeller, ça ne devrait sembler ni raisonné ni raisonnable.