dimanche 28 février 2016

La partielle de toutes les incertitudes




A 15 jours du premier tour de l'élection législative partielle dans la circonscription de Saint-Quentin, il est bien difficile de faire des pronostics. C'est un petit jeu inutile, auquel on se laisse facilement aller. D'habitude, depuis des années, mes prévisions se vérifient à peu près. Mais là, pour la première fois, je sèche, je suis dans l'incertitude. Pas à cause d'hésitation ou de doute personnel, mais pour des raisons objectives.

Incertitude quant à la participation. Elle sera inévitablement faible, hélas. C'est la loi du genre, dans une élection partielle, qui n'est pas reprise nationalement, qui n'est pas médiatisée, qui ne comporte pas d'enjeu majeur. L'abstention frappera tous les candidats, sans exception, et déformera forcément les résultats.

Incertitude quant au résultat de la droite, pourtant bien implantée dans la circonscription. Car ce n'est plus Xavier Bertrand qui est son candidat, connu, identifié et apprécié. Julien Dive n'est pas à ce niveau, ne vient pas de Saint-Quentin. Et puis, lors du dernier scrutin, régional, l'extrême droite a progressé dans l'électorat de droite et demeure une menace, un adversaire dangereux.

Incertitude sur le score socialiste. Anne Ferreira a l'ancienneté pour elle, les électeurs se sont habitués à son nom, son suppléant, Stéphan Anthony, est bien implanté dans son coin et ramène des voix. Mais le gouvernement est impopulaire, la base militante locale est faible et la gauche très divisée. Les 222 voix d'écart avec Xavier Bertrand dans la législative précédente, en 2012, pourraient donner l'espoir d'une revanche et d'une possible victoire. Mais c'est un trompe-l'oeil : à l'époque, le PS aurait dû normalement l'emporter, dans la foulée de l'élection de François Hollande. La gauche était majoritaire sur la circonscription. C'est Xavier Bertrand qui a incroyablement rattrapé son retard, remonté la pente et coiffé au poteau Anne Ferreira.

Incertitude pour le Front national. Il a tout pour lui en ce moment, mais Sylvie Saillard n'est pas Marine Le Pen, et son électorat sera encore plus difficile que les autres à mener aux urnes, d'autant que l'extrême droite n'a pas vraiment de relais chez les élus locaux.

Incertitude de la mobilisation militante. Dans une partielle, où la télévision ne joue aucun rôle direct, c'est l'ancrage militant qui est déterminant. Le rapport de forces entre Les Républicains et le Parti socialiste peut se mesurer au nombre d'adhérents qui ont participé à la désignation de leurs candidats respectifs : il est de 1 à 8 en faveur de la droite, la différence est écrasante.

Mais la politique n'est pas essentiellement une affaire d'arithmétique. Il n'est pas certain que les adhérents frontistes soient beaucoup plus nombreux que les socialistes, ce qui ne les prive pas de gros scores. La section communiste de Corinne Bécourt est plus active, plus jeune, plus forte que la section socialiste, mais ses résultats électoraux sont beaucoup plus faibles. Les bonnes prestations de son élu Olivier Tournay en conseil municipal auront-elles un impact ? Rien n'est moins sûr. Là aussi, nous nageons en pleine incertitude. Ce qu'il faut retenir, et qui n'arrange pas les prévisions, c'est que la mouvance des sympathisants, pour tous les partis, est aussi sinon plus déterminante que l'activité des militants. Des sympathisants largement incontrôlables, mais qu'il faut pourtant mobiliser.

Incertitude enfin au second tour. Si les trois premiers à pouvoir se maintenir sont dans un mouchoir de poche, qui va l'emporter ? De ce point de vue, le jeu est ouvert. Le scénario casse-tête pour la gauche : droite et extrême droite arrivent nettement en tête au soir du premier tour, le PS peut se maintenir sans espoir réel de gagner, les reports de voix des autres candidats de gauche étant faibles, incertains ou impossibles : que faire ? Retrait républicain pour battre le Front national ? Maintien pour tenter quand même le coup, au risque de faire passer l'extrême droite ? La pire des incertitudes, c'est celle-là.

L'incertitude va jusqu'à se ressentir sur les affiches des candidats. Anne Ferreira (vignette 1) n'accompagne la sienne d'aucun slogan, alors que c'est la tradition (l'écologiste Michel Magniez non plus). Son visage, de tous, est le plus en gros plan, avec le prénom qui se détache, comme si la personne primait sur le message. J'ai tout de suite pensé aux affiches de l'ancienne députée socialiste Odette Grzegrzulka, il y a 15 ans, qui mettaient elle aussi en avant le prénom et le visage. Julien Dive (vignette 2), sans cravate (le temps est fini où le bout de tissu était un passage obligé), propose, sur fond de basilique, un slogan éthique : "Défendons nos valeurs". Mais lesquelles, puisque les rillettes Bordeau Chesnel nous apprennent que nous n'avons pas les mêmes ? Quant à Sylvie Saillard (vignette 3), elle nous parle du "terroir", ce qui est un peu ras de la motte pour quelqu'un qui aspire à devenir législateur de la République.

Au terme de ce billet, je me rends compte qu'il ne sert à rien, puisqu'il est incertain. Mais j'ai pris plaisir à l'écrire et vous, j'espère, à le lire. Il y a pire activité, pour un dimanche.

8 commentaires:

Philippe a dit…

Il s'agit d'un vote à connotation nationale.
Depuis que nombre de citoyens votent de plus en plus "populiste", tout le microcosme politique s'active pour solutionner la crise des migrants alors qu'il suffisait de ne pas bombarder des populations musulmanes dès la 1ère guerre du Golfe et ensuite bien sûr !
Même la Russie s'y met, elle y a grand intérêt car elle a créé une zone le libre échange qui à terme a vocation à se joindre commercialement à l'UE ... une espèce d'Eurasie commerciale !
Au regard du citoyen non carté non militant le vote populiste n'est peut être pas très moral mais il est efficace car il a l'avantage, semble-t-il, de forcer nos hommes et femmes politiques à travailler à mettre de l'ordre ... l'ordre permettant le commerce ... c'est mieux que les massacres.
On pourrait à notre tour devenir des migrants, ce n'est pas réservé in eternam aux syriens !
Alors sur Saint Quentin suivons l'évolution de ce vote ... qui disparaîtra lorsque nos élus des partis modérés travailleront enfin sérieusement et sous cet angle en effet cela devient un vote national voire au-delà.
Au fait les migrants délocalisés de Calais partent en nombre pour Ouitreham ... les ferries !

L a dit…

L'un des candidats (je l'ai vu samedi après-midi) apposait et collait lui-même ses affiches sur les panneaux électoraux à lui réservés...
Peu de moyens et guère de bras pour l'aider : il est mal parti mais...
Les combats désespérés resteront toujours les plus beaux !

Perrine G a dit…

a Calais, la jungle en feu, on se croirait la tout pres en guerre.Curieusement rien a la tele.
De l'enseignement des mathematiques aux luttes ouvieres, un chemin bien tortueux,le compte des voix n'y sera pas

Erwan Blesbois a dit…

Pour répondre à Philippe "alors qu'il suffisait de ne pas bombarder des populations musulmanes dès la 1ère guerre du Golfe et ensuite bien sûr !" Oui je suis d'accord. On aurait dû laisser gérer Saddam Hussein dans la région qui n'était pas un démocrate mais un dictateur, mais avait la poigne permettant d'éviter la guerre civile, et la montée du djihadisme. Mais les services secrets américains en ont décidé autrement, ils lui ont laissé croire qu'il pourrait envahir le Koweit, et ils ont ensuite justifié comme ça leur première intervention au Moyen Orient, puis les autres par des motifs encore plus fallacieux, comme les "armes de destruction massive". Dans cette histoire les pervers et les manipulateurs sont les Américains, comme trop souvent. N'oublions pas non plus la responsabilité de notre BHL national, dans le chaos qui règne désormais en Lybie, et cela en toute impunité médiatique. Quand à notre Mousset régional, il ne veut pas voir la perversion du système actuel, puisqu'il situe le mal dans les génocides reconnus, pas dans la perversion diffuse à l'échelle mondiale par le système qui est la vision la plus libérale de la mondialisation, où les riches s'enrichissent encore plus, où la classe moyenne s'appauvrit, où les pauvres ne savent plus où vivre et errent à travers le monde vers l'Occident le plus souvent, pour trouver un abris. Notre ami Mousset a des qualités, mais c'est un dogmatique.

Emmanuel Mousset a dit…

Le dogme a du bon. L'être humain ne peut pas se passer de certitudes. Mais il n'y a pas que des certitudes dans la vie (sauf pour le fanatique).

Erwan Blesbois a dit…

La faiblesse autant que le dogme de la force peuvent être immoraux, ou plutôt la faiblesse étant amorale peut en devenir immorale. "Ne pouvant faire que le juste fut fort, on peut essayer de faire en sorte que le fort soit juste", je cite Pascal de mémoire. Pour les Américains, tout l'enjeu est en effet de limiter leur force, ou que leur force soit juste. Pour les Français le rayon d'action est de plus en plus limité, comme le remarque fort justement Eric Zemmour. C'est aussi pour cela, parce qu'il ne sont pas amoraux, mais éventuellement immoraux contre leur grès en privilégiant toujours le dogme de la force, que l'on dit que les protestants Anglo-saxons sont au fond probes et honnêtes avec eux-mêmes.

Camille a dit…

Ton histoire de rillettes et de valeurs m'a fait rire.
Je reconnais bien le prof que j'ai eu en face de moi il y a quelques années (déjà!)

Au plaisir de te revoir, autour d'un café ou d'une bière (accompagnée de rillettes ?)

Camille

yvesgerin a dit…

La sinistre Odette qui a definitivement plombe la gauche saint quenti noise.