lundi 29 juin 2015

Shocking ?



Avez-vous remarqué que le mot "choqué" est de plus en plus souvent utilisé autour de nous ? A chaque jour sa question "choquante" ... On pense inévitablement au fameux "shocking", qui illustre chez nos amis anglais, dans les milieux aristocratiques, la réaction outrée de la bien-pensance. Ou bien à l'expression française "choquer le bourgeois", qui désigne une provoc volontaire pour déranger le conformisme ambiant. Aujourd'hui, les aristocrates n'existent plus vraiment et les grands bourgeois se cachent.

Mais il reste l'immense armée de la petite bourgeoisie, les classes moyennes, comme on dit. C'est avec elle, culturellement hégémonique, que le terme "choqué" a repris de la vigueur et s'est répandue dans les médias et un peu partout. En ce qui me concerne, n'adhérant pas à cette culture dominante, je ne me sens "choqué" par rien : je peux être d'accord ou pas d'accord, ou bien indifférent, mais jamais "choqué". Le regain et la valorisation de ce mot résultent du mélange de morale et de psychologie qui est au cœur de la mentalité petite-bourgeoise.

La question "choquante" du jour (puisque chaque jour a la sienne) était la suivante : avez-vous été "choqué" par l'expression "guerre de civilisation", employée par Manuel Valls, à la suite du dernier attentat terroriste en France ? Vous remarquez, et c'est un principe général, que les questions "choquantes" portent moins sur des décisions, des idées, des actes que sur des paroles. Là, c'est la formule "guerre de civilisation" qui a suscité l'émoi et "choqué" certains.

Comme tout ce qu'on considère aujourd'hui comme "choquant", cette expression n'a rien de "choquante" en soi. D'ailleurs, la plupart des Français n'auront probablement pas compris qu'on puisse polémiquer là-dessus toute une journée ! Sans compter tous ceux de nos concitoyens qui ignorent ce que cette formule veut véritablement dire : c'est quoi, exactement, une "guerre de civilisation" ? Combien savent qu'elle renvoie au titre d'un livre d'un penseur américain, "Le Choc des civilisations", de Samuel Huntington, paru en 1997 : l'expression est devenue, depuis, assez courante dans le vocabulaire des intellectuels réactionnaires, pour qualifier une incompatibilité entre principalement la civilisation chrétienne et la civilisation musulmane. Je ne partage pas du tout ce point de vue, mais je ne suis pas "choqué" qu'on puisse le défendre, quand on y adhère.

Mais pourquoi notre Premier ministre de gauche a-t-il repris un terme qui est privilégié par la droite ? Parce que Manuel est un malin, pas né de la dernière pluie : comme Sarkozy en son temps a récupéré certains mots de la gauche pour élargir son assise électorale et parvenir au pouvoir, Valls tente de faire la même opération avec des slogans de droite, qu'il s'approprie. C'est purement tactique, ça ne préjuge d'aucun retournement idéologique, pas plus que Sarkozy n'est passé à gauche lorsqu'il a fait référence à Jean Jaurès. D'éminentes personnalités de droite se sont aujourd'hui félicitées que le Premier ministre utilise cette expression : il ne leur faut pas grand-chose !

Comme Manu est malin, après avoir donné à manger à la droite, il a câliné sa gauche : "choc des civilisations" ? Mais non, vous n'y pensez pas ! Sa "guerre de civilisation" est au singulier, là où Huntington l'employait au pluriel. Ca change presque rien dans les mots, ça change presque tout dans l'idée. Décryptage : Valls, selon ses propres explications, n'a pas voulu opposer la civilisation occidentale chrétienne à la civilisation arabo-musulmane, mais la civilisation en général, sous toutes ses formes, à la barbarie terroriste.

Ouf ! La gauche morale n'est peut-être pas complètement convaincue par le distinguo, mais elle n'est plus "choquée", elle est rassurée, et c'est l'essentiel. Comme quoi un S, présent ou pas, peut tout changer. Mais le philosophe Pascal nous en avait déjà averti : "le nez de Cléopâtre aurait été plus long, la face du monde en aurait été changée". Car être "choqué", c'est aussi avoir la passion des formes et des détails.

17 commentaires:

Anonyme a dit…

Choqué OUI car MARINE le PEN va gagner le NORD PICARDIE !!!

Anonyme a dit…

Elle confirme se présenter et écrase BERTRAND , le PS pousse MARTINE AUBRY mais c'est un SOS ........... Quelle épreuve si une des plus importantes régions passe au FN et en plein centre de l' EUROPE des 6 , quel symbole !! On ne peut y croire ..........
.

Emmanuel Mousset a dit…

Un cauchemar, en effet. A nous de faire en sorte qu'il ne se réalise pas.

Anonyme a dit…

Peut-être qu'un jour on remerciera les islamistes radicaux, de nous avoir fait redécouvrir nous autres déracinés consommateurs de biens futiles, nos racines judéo-chrétienne. Et de nous avoir permis de les faire fructifier à nouveau, dans l'optique d'être offensif voire fanatique à nouveau, et non pas complètement démunis face au péril islamiste. Nietzsche s'est complètement planté, Houellebecq a bien raison de le traiter de "vieille pétasse".

Erwan Blesbois a dit…

Les islamistes radicaux retardent l'avancée de l'Histoire et veulent nous faire revenir à une sorte de moyen-âge. Pascal Bruckner le dit très bien, nous ne sommes même pas "contemporains" de la plupart des musulmans (il doit bien exister des musulmans agnostiques ou même athées), qui vivent leur foi comme nous la vivions en Europe il y a 500 ans : comment faire cohabiter des gens si différents dans le même pays ? Sachant en plus que cette religion est grande pourvoyeuse de fanatiques. On peut trouver ça effrayant, comment on peut arriver à garder ton calme devant la gravité de la situation ?
C'est trop tard je crois que nous avons perdu la guerre de civilisation(s), avec ou... sans s comme Manuel Valls.
C'est démographiquement que les musulmans vont gagner, c'est toujours démographiquement que l'on gagne les guerres, heureusement il reste les asiatiques bouddhistes. Le bouddhisme est l'avenir du christianisme, les Chinois et les Indiens vont "manger" les musulmans, les soumettre et vont faire avancer l'Histoire, car ce ne sont pas des décadents, comme nous autres européens. C'est en Asie qu'aura lieu l'avènement de l'IA (intelligence artificielle). L’Asie est l'avenir de l'Europe qui agonise. Quant aux musulmans, rien de bon ne sortira de leur archaïsme et de leur anachronisme. Hegel dirait peut-être qu'ils sont une erreur de l'Histoire.

Emmanuel Mousset a dit…

Nietzsche lui aussi prédit une victoire du bouddhisme en Europe, mais comme religion de la décadence, du "dernier homme", ramolli, hédoniste, narcissique. Un bouddhisme à la sauce occidentale, religion du bien-être, de l'épanouissement individualiste (tout le contraire du bouddhisme historique, oriental). A choisir, je préfère encore l'islam, qui a plus d'allure.

Erwan Blesbois a dit…

De toute façon si tu es Houellebecquien, tu n'auras pas le choix, face au poids démographique représenté par les musulmans et le repoussoir que constitue le FN, tu te SOUMETTRAS. Cela fait bien longtemps, avec Sartre notamment, que l'intelligentsia parisienne a programmé la mise à mort de tout ce qui est blanc, bourgeois et chrétien. La logique de destruction suit son cours, rien ne pourra l'arrêter ; il n'y a aucune raison que les musulmans n'en profitent pas, à leur place j'en ferais autant.

Erwan Blesbois a dit…

La logique de destruction suit son cours, rien ne pourra l'arrêter, toi qui a travaillé pour le magazine "Globe" de Georges-Marc Benamou qui affirmait la phrase désormais fameuse: « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux », toi donc qui travaillait pour le magazine "Globe" en compagnie de joyeux drilles comme Matzneff, tu le sais bien.

Emmanuel Mousset a dit…

Un détail : Matzneff travaillait pour "L'Idiot International" de JH Hallier, grand écrivain, mais loufoque. Matzneff est certes cosmopolitique et métèque, mais défenseur de la langue et culture françaises, qui n'ont heureusement rien à voir avec les bourrées et binious.

Erwan Blesbois a dit…

Oui jean-hedern Hallier je connais, il avait une petite renommée à l'époque, il se prenait pour Céline, à cause de ses origines bretonnes, mais il était loin d'en avoir le génie. Je pense que ce pauvre Hallier, mort dans des circonstances mystérieuses, a en réalité été exécuté par des proches de Mitterrand (après la mort de ce dernier) ; parce qu'il avait révélé au grand public le secret de sa fille cachée Mazarine.

Emmanuel Mousset a dit…

Pas de délire : il est mort en tombant de vélo, à Deauville je crois bien. Pour un héros qui se voulait romantique, ça la fichait mal ...

Erwan Blesbois a dit…

Je me souviens, il y a longtemps, tu m'avais qualifié d'"anarchiste de droite". A l'époque je ne comprenais pas trop ce que cela veut dire et je croyais être de gauche, j'avais pris ça pour une insulte, un jeu dont tu étais coutumier, insulter plus ou moins les gens sans en avoir l'air. Avec le recul et le temps, oui je constate que tu avais raison. Mais tu me qualifies maintenant de "petit bourgeois" hédoniste, ramolli et narcissique, de "dernier homme". J'ai mal tourné.

Emmanuel Mousset a dit…

J'ai toujours pensé, je pense encore que l'insulte a une vertu pédagogique, un effet salutaire. A condition que l'insulte ne soit pas exclusive, qu'elle soit justifiée, qu'elle ne soit pas ce qu'elle est ordinairement : un mouvement d'humeur, une réaction passionnée. L'insulte doit être préméditée et ajustée, comme on règle la lunette d'un fusil.

Ce qui nuit à notre époque, y compris au sein de l'Education nationale, c'est cette morale du "respect", qui interdit désormais de dire à chacun ses quatre vérités. Je crois même que la paire de gifles ou le verre d'eau à la figure sont bien souvent les réponses légitimes, méritées et efficaces à certains propos entendus ou attitudes vues. Mais cette deuxième possibilité est plus délicate à manier (et bien sûr interdite à l'école).

As-tu mal tourné ? Non, tu n'as pas tourné du tout, tu restes immobile, toi-même, comme la majorité des Français, qui sont comme toi, et toi comme eux : anarchistes de droite (insatisfaits, contestataires, très conformistes anticonformistes, gentiment nihilistes) et petits-bourgeois. Mais en disant cela, je ne suis pas dans l'insulte (si j'avais à t'insulter, je m'y prendrais autrement, et sur un autre registre), je suis dans ce que je crois être un constat sociologique : l'hégémonie culturelle des classes moyennes dans la France d'aujourd'hui, qui a d'ailleurs ses vertus.

Erwan Blesbois a dit…

En plus les petits-bourgeois sont très susceptibles, ils ne supportent pas qu'on leur disent leurs quatre vérités. Tu ne dois pas te faire que des amis. Autre chose j'ai perdu un "ami" d'adolescence en utilisant un ton mordant, "moussien", avec lui.

Erwan Blesbois a dit…

C'est quand même très difficile à entendre "comme la majorité des Français", cela équivaut à une condamnation : "tu as tout raté mon gars, tu n'as pas évolué." Mais qui sont-ils les autres ? quels sont tes critères pour échapper à la masse? C'est la circonstance qui fait le héros, pour l'instant ni toi ni moi sommes des modèles pour le reste de la société, tu admires peut-être plus que moi les grands modèles, mais cela ne fait pas de toi un modèle, pour l'instant tu es un petit capesien, avec son blog ; quant à la politique, excuse-moi mais ta gloire est minuscule et très locale, tu ne parviens même pas à percer dans ton propre parti : tu es un militant de base. De plus les petits-bourgeois sont très susceptibles, ils ne supportent pas qu'on leur disent leurs quatre vérités. Tu ne dois pas te faire que des amis. Autre chose j'ai perdu un "ami" d'adolescence en utilisant un ton mordant, "moussien", avec lui. La petite bourgeoisie a peut-être des qualités, mais c'est aussi un gros sac à merde plein de pulsions de ressentiment et de frustration.
Je suis un peu déçu de ne pas avoir réussi à "changer". Si tu savais, j'ai "changé" trop tôt à l'âge de 15 ans, très en avance sur les autres. Bon mais n'épiloguons pas je ne changerai plus, je ne parviendrai pas à la gloire et à la reconnaissance sociale, dans une autre vie peut-être !
Ce qui me définit : je me fais chier dans l'existence. Comme les friqués, les gens connus, les people et les artistes s'amusent plus ! Les intellectuels ? Je sais que c'est au fond un fardeau lourd à porter, la fille de Balibar a fait le bon choix, elle s'est allégée du fardeau paternel. Mais il y en a aussi des jouisseurs comme intellectuels, ceux-là ont l'air de bien s'amuser, les romanciers plus que les philosophes : Bruckner plus que Finkielkraut.
Napoléon n'a pas fait que prendre, il a aussi beaucoup donné à ses hommes, il leur a donné ce qu'ils désiraient : la gloire ; et les militaires l'adoraient pour cela. J'aurais aimé être Napoléon ou rien : c'est certainement une des existences les plus riches sur cette terre. Mais bon, la guerre, les morts, le prix à payer pour une telle gloire est trop exorbitant. Non finalement le mieux est d'être un artiste du style de Pasolini, qui a donné aussi beaucoup à ses acteurs non professionnels, qu'il recrutait dans les bas-fonds de la société. Il a beaucoup donné, sans tuer ; il a eu une mort assez horrible, mais au fond à la hauteur d'une légende telle que la sienne.
C'est bizarre qu'en fait considérer chaque élève comme un cas unique, avec le respect de sa différence qui va avec, aboutit à l'effet contraire de celui recherché : notre système produit finalement des clones, mais plus d'êtres d'exception, plus de génies, au mieux des gens qui ont un grand talent.

Erwan Blesbois a dit…

Pourquoi j'ai peu d'admiration pour les grands hommes, les modèles ; parce que je sais au fond de moi que j'aurais dû être l'élu, mais la société ne m'a pas reconnu, tout au mieux comme autiste congénital, je me sens des affinités avec Artaud ou Van Gogh, mais même eux furent finalement reconnus comme des grands hommes ou des génie, ce qui n'arrivera peut-être pas pour moi, mais crois moi je me bats de toutes mes forces pour ça, contrairement à ce que pourraient laisser croire les apparences. Je sais je me donne des excuses : mon rapport au cannabis, ma relation avec mes parents. Mais parce que j'en suis convaincu, c'est ça qui ne m'a pas permis de saisir ma chance, c'est ça qui a abîmé mon système nerveux, et avec un système nerveux défaillant, on ne peut pas aller bien loin. L'humanité devra se passer de moi, plus que le contraire. Je pense effectivement que mon échec actuel constitue une perte pour l'humanité, plus que le fait que je doive quoi que ce soit à la société. Je ne dois rien à la société, je suis trop généreux pour ça, trop haut ; c'est la société qui doit me donner, pour me remercier de ma générosité : voilà ce que j'aurais dû être et que je ne serai sans doute malheureusement pour l'humanité (pas pour moi), jamais.
Ah ça te fait rire hein, tu dois te dire au mieux : pense-t-il vraiment ce qu'il dit ? Au pire "pauvre type", il est tellement loin de son idéal. Oui je suis vraiment très loin de ce que je fus à 15 ans, une fusée prête à être mise sur orbite, et sabotée par papa. En cela j'ai des affinités avec Arthur Rimbaud, génie trop précoce, sans doute gâté par l'absinthe, qui a détruit son système nerveux, il a vécu 2 ou 3 ans, puis il a gâché le reste de sa vie. Au moins a-t-il laissé une oeuvre et un souvenir impérissable. Nous nous battons tous pour ça Emmanuel, du plus petit au plus grand, pour l’Éternité. Tu n'as pas le droit de réduire les hommes, si médiocres soient-ils à autre chose que leur désir d’Éternité, nous nous battons tous pour ce même idéal : la vie éternelle. Maintenant, ton désir de rangement et ton ressentiment, te fait ranger les hommes dans des petites cases, dans des catégories, "petit bourgeois", "dernier homme", "anarchiste de droite, "narcissique"," hédoniste","ramolli", si cela te rassure !

Emmanuel Mousset a dit…

En disant aux autres ce qu'on pense être la vérité, on garde tous ses amis (qui ne sont jamais très nombreux) et on perd tous ses faux amis (qui sont légion, pas seulement sur Facebook, mais aussi en politique). Et c'est très bien comme ça.

Tes remarques sur moi sont très justes ( militant de base, gloire minuscule, simple capésien, etc), mais elles sont déformées par ton prisme petit-bourgeois, qui repose sur le besoin de reconnaissance, totalement étranger à ma psychologie (sinon, je m'y prendrais autrement pour "réussir" au sein du PS, dont je connais parfaitement les codes de sociabilité).

Oscar Wilde, de mémoire, disait ceci : "l'ambition, c'est le dernier refuge des ratés". A cette différence que le beau mot d'"ambition" me semble bien supérieur à ce que Wilde en réalité moquait, et qui est en effet méprisable : le besoin de reconnaissance, passion petite-bourgeoise par exemple.